Titre : De l'autre coté du miroir
Disclaimer : Pas à moi
Blabla : Un grand merci pour vos reviews. Pour ce qui est des demandes... Sans commentaires!
Chap 8 :
La journée a été épuisante. Physiquement bien sur. La chaleur et l'humidité de ce lieu sont éprouvant pour les corps. Mais épuisante moralement aussi. Toutes ces révélations. Cette projection dans un avenir commun. Cette incertitude. Mon incertitude face à sa volonté d'avoir cet enfant. Je m'effondre sur le lit.
- Sara… murmure doucement Gil
Je sens dans ce « Sara… » soufflé du bout des lèvres comme une urgence, une inquiétude, une détermination teintée de doute. J'ai souvent entendu ce « Sara… ». Il n'augurait jamais rien de bon. Il est signe de « j'ai envie de te dire quelque chose. Quelque chose d'important, MAIS je ne sais pas comment te le dire ».
Ce « Sara… » je l'ai entendu pour la première fois lorsque je l'ai invité à dîner et qu'il a décliné. Ce soir là ce « Sara… » voulait dire « moi aussi j'en ai envie. MAIS je ne peux pas. Pas maintenant. J'ai envie de venir avec toi, de voir ce qui ce passe. MAIS je suis trop vieux, je dois me faire opérer des oreilles, quel avenir pour nous ? ».
Et puis il a recommencé avec ce « Sara… » quand on a travaillé sur l'affaire Debbie Marlin. Quand je dis on, c'est plutôt il. Quand IL a travaillé sur cette affaire. Elle était mon sosie. On l'avait retrouvée assassinée dans sa salle de bain. Quand je lui ai demandé au téléphone si tout allait bien, j'ai eu le droit à ce « Sara… ». Et puis, plus tard, quand j'ai assisté, sans qu'il le sache, à l'interrogatoire de son assassin j'ai compris. Cette fois ce « Sara… » voulait dire « J'ai tellement peur de te perdre. J'ai envie de saisir cette chance que tu m'offres. Cette nouvelle vie. MAIS j'ai peur. Peur de prendre cette chance. Peur de t'aimer et que tu me quittes en me reprenant tous mes rêves, mes espoirs. Peur de mourir d'amour si tu t'en vas. Je ne m'en remettrais pas. Au moins là j'ai mal mais je n'ai pas goûté au bonheur que tu peux m'offrir »
J'ai encore eu droit à ce « Sara… » alors que nous étions seuls dans son bureau. Disons que j'ai eu quelques soucis avec l'alcool. J'y avais trouvé refuge. Mon métier me pesait. L'attitude de Gil vis-à-vis de moi me pesait. Je ne supportais plus qu'il souffle ainsi le chaud et le froid. Résultat je me suis faite arrêter pour conduite sous alcool. Gil est venu me chercher au commissariat. Il a tout fait pour que je ne sois pas suspendue. J'ai juste dû prendre quelques jours de congé et me rendre chez un thérapeute. A l'issue de toute cette histoire, j'ai pris le temps de discuter avec Gil. Je lui ai avoué qu'il était plus qu'un patron pour moi. Et pour toute réponse, j'ai eu ce « Sara… ». Celui-ci voulait dire « Je suis désolé. C'est de ma faute si tu t'es réfugiée dans l'alcool. C'est moi qui t'ai poussée à chercher le réconfort dans cette addiction. Pour moi aussi tu es plus qu'une collègue. MAIS je ne peux rien y faire. Je sais que je finirais par te blesser à nouveau. Et la prochaine fois qu'est ce que tu trouveras pour te consoler des souffrances que je t'inflige. Je tiens à toi comme personne. MAIS je n'ai pas le droit d'agir autrement que comme ton patron. Je voudrais être tellement plus MAIS je n'ai pas le droit. »
Et ce « Sara… » je l'ai réentendu quelques mois plus tard. La encore j'étais en « vacances forcées ». Je travaillais avec Catherine. Deux corps de femme avaient été retrouvé. Après avoir reconstitué le visage d'une des deux, j'avais passé la journée à regarder les archives de femme battue. Toute la journée à regarder des cliché de ces femmes, un nez cassé, une pommette explosé, un œil noir… A chaque photo je voyais ma mère. Mais j'avais fini par retrouver mon inconnu, réussi à mettre un nom sur son visage. Avec Cath on avait interrogé le mari. Un homme pédant, sur de lui, dominateur. Je n'ai pas supporté, je revoyais mon père. Je me suis énervée après lui, puis après Cath. Au final, Ecklie m'a entendue et j'ai été suspendue. Gil est venu. Il a insisté pour comprendre. J'ai résisté, je ne voulais pas lui parler. Et il a su me convaincre. Je lui ai raconté mon enfance, la mort de mon père sous la main de ma mère. J'ai terminé en pleur, recroquevillée sur moi son mon fauteuil. Et tout ce qu'il a su me dire c'est « Sara… ». Il y avait tellement de douceur dans ce « Sara… », mais toujours autant de doutes, d'incertitudes. Il disait « Je suis désolé de ce que tu as enduré. Je t'aime, je voudrais te prendre dans mes bras pour te réconforté. MAIS je ne peux pas, je n'ai pas le droit, je ne saurais me contenter d'une étreinte amicale, je ne veux pas profiter de la situation ». Alors il a serré ma main dans la sienne. Un petit geste. Sauf pour lui. Sauf pour moi. C'était déjà énorme, et d'un grand réconfort.
Finalement il a réussi à surpasser toutes ses peurs, toutes ces règles pour former un couple avec moi. Un couple amoureux. Et pourtant, un matin j'ai eu droit à ce « Sara… ». Mais il était encore plus timide que les autres, plus coupable. Et cette fois il a dû aller au delà de ce « Sara… » par ce que je ne savais vraiment pas ce qu'il voulait dire. J'étais heureuse avec lui. Je profitais de chaque instant passé ensemble. Et il semblait lui aussi heureux. Plus épanoui . Il partait enfin à l'heure du travail. Il prenait de temps en temps un jour de congé pour le passer avec moi. Il souriait plus. Il riait plus. Alors je ne savais pas du tout ce qu'il voulait dire ce « Sara… ». Alors je suis tombée des nues quand il m'a annoncé la suite. « Sara… Sara je… Je… Sara, je pars un mois à Williamson pour enseigner » Imaginez ma surprise. Le choc. Un mois loin de moi, à l'autre bout du pays. Alors le « Sara… » suivant je l'ai compris seule. « Je t'aime MAIS je dois prendre du recul. Tout va si vite. Je suis perdu. Attends moi. Donne moi du temps pour comprendre tous les changements qui m'arrivent. J'ai peur de changer. Mais je veux changer, pour toi, pour nous ».
Alors je l'ai laissé partir. Et quand il est revenu, plus de « Sara… » timide. Mais des « Sara ! » francs, plein de désirs, plein d'avenir. Je croyais en avoir fini avec ces « Sara… » mais je me trompais.
J'y ai eu droit à nouveau quand il a passé une nuit chez Lady Heather. Oui, vous m'avez bien lu. Il a passé toute une nuit chez Lady Heather, alors qu'on était ensemble. Oui, oui, il a osé. Elle s'était faite agresser, laissée à demi consciente. Elle ne s'était pas défendue, elle s'était laissée étrangler, sans réagir. Elle, si battante, si forte, ce n'était pas logique. Gil a voulu savoir pourquoi. Alors il a passé la nuit chez elle pour la faire parler et comprendre. En soi, je trouve ça plutôt normal qu'il aide une amie. Même si cette amie est Lady Heather. Dominatrice, femme intelligente et sexy, maître dans l'art de donner du plaisir aux hommes... Par contre qu'il oublie de me prévenir, que je ne l'apprenne qu'au cours de l'enquête par une collègue, je n'ai pas apprécié. Encore moins du fait des rumeurs qui courraient dans le labo. Tout le monde pensait que Gil avait couché avec elle quelques années auparavant. Certains pensaient même qu'elle était faite pour lui, que c'était la seule femme qui pouvait l'attirer et le garder. Alors le lendemain, j'avais eu droit à ce « Sara… » qui disait « je t'aime MAIS tu me connais je ne suis pas doué dans les relations humaines. Je ne voulais pas te blesser, j'ai juste oublié de t'appeler. Je devais l'aider, c'est mon amie ». Il y avait tellement de remords dans le ton de sa voix. Ce soir là il voulait s'excuser mais ne savait pas comment. Finalement il a parfaitement réussi. J'ai eu droit à des « je t'aime » toute la nuit. Entre baisers, caresses. On a passé la nuit blotti l'un contre l'autre. Pas de sexe. Juste de l'amour.
Et la dernière fois que j'ai eu ce « Sara… » c'était… Il y a quelques mois. Quand je lui ai demandé de me suivre. De quitter Vegas. Et pour toutes réponses « Sara… ». Il en disait tellement long. Après toutes les épreuves qu'on avait partagées, tous ces moments difficiles qu'on avait traversé. Mon enlèvement, la mort de Warrick… Je pensais que plus rien ne pourrait nous arriver. Et pourtant ! Ce « Sara… » là a failli me tuer. Il voulait dire « je t'aime MAIS je ne peux pas te suivre. Je ne peux pas abandonner mon équipe. Je voudrais partir avec toi MAIS j'ai peur de changer de vie. Je t'aime MAIS… »
Oui, ce « Sara… » soufflé timidement, avec urgence, avec doute, j'en ai horreur. Il annonce toujours un MAIS. Une catastrophe
- Sara ? S'inquiète t'il
Son ton a changé. Il semble inquiet à présent.
- Oui ?
- tu es avec moi ?
- Oui, je t'écoute
Le voilà qui fuit mon regard. Tout à coup il trouve le bureau très intéressant. Efface une poussière imaginaire. Parce que oui, avec ce « Sara… » il y a tout un tas de gestes nerveux. Il retire ses lunettes. Se pince l'arrête du nez. Tripote ses lunettes. Passe une main derrière la nuque. Se triturent les mains. Je sens l'énervement poindre en moi.
Plusieurs solutions s'offrent à moi. Le brusquer. Le forcer à sortir cette bombe qu'il me prépare. Non. Ca ne servira à rien. Il va se braquer et ce sera pire. Le laisser se débrouiller et on y passe toute la nuit. Non, j'ai d'autres plans pour la nuit. Quoique, après son annonce… Ou l'aider. Le rassurer pour qu'il me parle. Alors comme toujours, je suis compréhensive. Juste parce que je l'aime. Et que même si je ne vais sûrement pas apprécier la suite, je l'aime. Je l'aimerais toujours.
Je lui tends ma main pour l'inviter à me rejoindre sur le lit. Il accepte cette main tendue comme une bouée de secours. Je l'attire vers moi sur le lit. Il s'installe à mes cotés. Face à face.
- « Sara… » souffle t'il à nouveau
J'essaie de rester calme, de l'encourager. Je glisse ma main sur sa joue. Le caresse. Je suis sure que mes yeux reflètent tout l'amour que j'ai pour lui. Les siens sont pleins de doutes. Mais ils débordent d'amour. Je sais qu'il n'y arrivera pas comme ça. Alors je me laisse tomber sur le dos. L'emportant avec moi. Sa tête sur ma poitrine. Je caresse doucement ses cheveux.
- Parle moi Gil. Je t'aime. Tu peux tout me dire. Je peux tout entendre.
Je sens que son corps se détend. Il me serre dans ses bras.
- Je t'aime Sara
Et tout s'arrête là. Le silence nous englobe. Je profite du moment, sachant que dans quelques secondes il trouvera le courage de me parler et de briser cette quiétude, cette sérénité qui nous habite depuis trois semaines.
- Je suis prêt à attendre Sara. J'attendrais que tu sois prête à porter mon enfant.
Je ne m'attendais pas à ça. Il a vraiment l'air d'y tenir à cette paternité. Je ne suis pas contre. Il faut juste que je me fasse à l'idée. Et que je surmonte mes peurs.
- mais…
Je me disais bien aussi qu'il devait y avoir un mais…
Il me serre dans ses bras, d'une force incroyable, comme s'il voulait être bien sur que je ne m'échappe pas, comme s'il s'accrochait à une bouée de secours pour ne pas sombrer.
- Mais j'ai plus beaucoup de temps
C'était donc ça.
- Je sais Gil. Pas la peine de me rappeler mon âge. Pas la peine de me rappeler que bientôt je n'aurais plus le choix
- Non Sara. Pas toi. Moi. Mai je n'ai pas tant de temps devant moi
- dois-je te remémorer que, vous, les hommes, pouvez avoir des enfants toute votre vie. Jusqu'au dernier souffle.
- Je sais. Mais j'aimerais pouvoir être un participant actif à cette conception ! Quelques minutes de bonheur avant de s'engager pour la vie dans l'éducation d'un autre être.
En disant cela, il commence à aventurer une main sous mon tshirt. Je sens la chaleur de sa bouche sur ma poitrine malgré le bout de tissu qui sépare ma peau de la sienne. Finalement cette conversation se passe mieux que je ne l'avais prévu.
- Sara…
J'ai parlé trop vite
- Sara… Si tu as peur des tous petits. Que tu n'es pas prête à une grossesse, un accouchement… Peut être… Peut être qu'on pourrait…
Ahhhh. Il va la cracher sa valda ! Je tente de le rassurer, encore. Je lui caresse tendrement les cheveux. Embrasse la tête.
- On pourrait… On pourrait adopter un enfant. Comme ça pas de grossesse, pas d'accouchement, pas de nourrisson. Et oui, je t'ai observée avec Pablo. Tu seras une mère géniale. D'ailleurs on pourrait adopter Pablo. Qu'est ce qu'il va devenir, seul dans la jungle quand on va partir ? Il a confiance en nous. Je crois qu'il nous aime bien. Il va se sentir trahi. Abandonné un seconde fois. D'abord la mort de ses parents. Puis notre départ. En plus Marco va forcément s'en prendre à lui. Lui faire payer mon arrogance. Lui faire payer ma « victoire » sur lui. Tu comprends. Il ne pourra plus vivre au sein de son village. Ils vont le rejeter ou lui en faire voir de toutes les couleurs. En plus il est super ce gamin. Il t'adore. T'as vu le cirque qu'il a fait ce soir pour que tu t'occupes de lui. Et la façon dont il s'est accroché à toi avant de s'endormir. Et le sens bien que toi aussi tu es attachée à lui. Et…
Et voilà. Gil. Soit il n'arrive pas à s'exprimer, soit il débite toutes ses idées d'une traite. Posant arguments après arguments. Qu'est ce qu'il a dit ? Adopter Pablo ? Adopter ce petit bonhomme ? Evidemment, il va se sentir abandonné. Et puis, sa vie ici va être encore plus dur. Et… Et je l'adore. Et Gil aussi
- Oui
- Et c'est un gentil gamin. Il est toujours prêt à rendre service. Très curieux et…
Enfin il s'arrête de parler. Il plonge son regard dans le mien.
- Oui ?
- Oui
Tout son visage est rayonnant. Son sourire, ses yeux. Oui, il est heureux. Et je suis sure que je reflète cette même émotion. Il m'embrasse enfin. J'allais m'impatienter. C'est un baiser plein de promesses. Pas un baiser passionné. Un baiser tendre. Nos langues se caressent avec beaucoup de douceur et d'amour.
Oui. On va être parents. Du moins, on va essayer. Ce n'est pas encore fait. Les démarches risquent d'être compliquées et longues. Dès demain il faut qu'on aille à l'ambassade pour se renseigner. Et puis, et puis après ? Il faut qu'on trouve une maison, il faut lui trouver une école, qu'il apprenne notre langue que…
- Comment on va faire ? On ne va pas pouvoir continuer à vivre dans cette jungle. On ne peut pas éduquer un enfant ici. On ne peut pas continuer à vivre en communauté. On va devoir trouver du travail. Et il faudra une vraie maison. Une école. Et…
- Sara, Sara. Doucement. Ca va aller. On a tout l'avenir devant nous. On a qu'à choisir. L'endroit où l'on veut vivre. Le travail que l'on veut faire. On a tous les deux mis de l'argent de coté. On est deux scientifiques connus et reconnus, on trouvera facilement du travail où on veut. Qu'est ce que tu veux faire comme travail ?
Il se rallonge à mes coté, sa tête retrouvant le confort de ma poitrine. Ses bras m'enlaçant.
- Je ne sais pas trop encore. Et toi ?
- J'ai eu plusieurs propositions dès que ma démission du labo a été connue. Différentes universités du pays, même de l'étranger, m'ont demandé de rejoindre leurs équipes d'enseignants ou de recherche. Evidemment, les labos de police scientifique m'ont contacté aussi…
- Ok, mais ça me dit pas ce que tu as envie de faire
- J'ai aimé enseigner à Williamson. Tous ces étudiants si enthousiastes. Plein de curiosité, l'envie d'apprendre. Ca me changeait tellement des flics blasés, amorphes avec qui on travaillait. Mais j'aime l'ambiance ici aussi. Les discussions si intéressantes et motivantes qu'on a avec l'équipe scientifique. Regarde, l'autre soir, j'ai passé la nuit entière à débattre avec Fred. L'entomologiste européen.
Ah oui, cette fameuse nuit. Je l'ai attendu des heures pour me coucher. Certes, je préfère qu'il passe la nuit avec un entomologiste qu'avec Lady Heather… mais après plusieurs mois de séparation c'est dans mon lit que je le veux ! Et je vais lui faire comprendre que je n'ai pas aimé. Je prends mon ton de reproche le plus sérieux.
- Je sais, tu es rentré tôt le matin. J'ai passé la nuit seule !
- On a eu une super discussion. Il travaille en Europe sur Euphydryas aurina. Un programme de suivi. Tu te rends compte, il compte les populations.
Et le voilà parti. Il n'a même pas remarqué mon reproche. Il est comme un gamin quand il parle d'insectes. Je n'ai pas la moindre idée de quoi il me parle.
- Gil ! C'est quoi Eufi…truc
- Euphydryas aurina. Un petit papillon, le Damier de la succise. Il est en voie de disparition. C'est fascinant. Il est spécialisé sur la succise. Une plante de marais sur laquelle il pond ses œufs. Sa plante hôte disparaît en même temps que les marais, alors il s'est reporté sur d'autres plantes dans d'autres habitats mais les scientifiques…
Je ne comprends pas tout ce qu'il me raconte. Mais ça à l'air passionnant. Ca fait longtemps que je ne l'avais pas senti aussi intensément pris dans une discussion. J'aime quand il est ainsi. Un enfant devant une sucrerie.
- Tu m'écoutes ?
Pas besoin de répondre. Mon sourire suffit pour qu'il sache que je ne l'ai pas suivi. Il ne semble même pas vexé. Il sait que j'adore l'écouter me parler des heures de cette passion. Mais pas maintenant. Pour me faire pardonner mon manque d'intérêt, je passe ma main sous son menton pour attirer sa bouche contre la mienne et y déposer un tendre baiser.
- Bref, je crois que j'aimerais un poste dans une fac. Un poste d'enseignant chercheur. Finit-il par m'annoncer
- Tu ne vas pas regretter les énigmes des enquêtes policières ? Ca ne va pas te manquer de résoudre des puzzles, de retrouver les coupables simplement en analysant les preuves ?
- Non. J'aime résoudre une enquête. C'est toujours très satisfaisant de comprendre comment, pourquoi, d'être plus malin que les truands juste pour porter la voix des victimes. Mais, c'est devenu trop lourd. Ils deviennent de plus en plus machiavéliques. Je n'arrive plus à faire face aux victimes, à leur famille. Je sais que je retrouverais cette excitation en faisant de la recherche. Imagine à quel point ça doit être jouissif de décrire une nouvelle espèce.
Sara : et si tu découvres une nouvelle espèce, tu la nommeras comment ?
Gil : Tout dépend de ce que je découvre. Si c'est un papillon, ou une demoiselle, je pense quelque chose comme Sara bella grissomae.
Son regard se perd. Ses mains me caressent doucement.
Gil : Mais ces espèces sont déjà bien connues, je risque plutôt de trouver un criquet. Dans ce cas un truc genre Gilbertus grissomus.
J'éclate de rire avant de l'embrasser à nouveau. Cette fois avec passion. Ma langue s'invitant en lui pour caresser cette bouche si accueillante. A bout de souffle, il reprend sa place et la conversation continue.
- et toi alors ? Qu'est ce que tu veux faire ?
-Je crois que j'aimerais enseigner. La physique des matériaux. Et peux être reprendre la recherche aussi. Découvrir de nouvelles matières. Et ! On pourrait même travailler ensemble.
- J'adorerais ça. Je suis sur qu'on trouvera une université prête à nous embaucher.
Sara : Non, enfin oui. Mais je pensais qu'on pourrait coupler nos recherches. Tu sais que le fil des araignées et le plus extraordinaire qui soit. Le plus solide, le plus élastique. Avec tes connaissances et les miennes on pourrait peut être réussir à reconstituer cette matière. Ou, l'exploiter.
- Non, non, non. Tu ne vas pas exploiter mes araignées. Les faire travailler pour avoir un peu de fil. Et puis, je croyais que tu étais contre les expérimentations animales.
- Gil, ce sont des araignées…
- mais… Attends, j'y tiens à mes araignées. Elles sont sensibles, douces…
Douces et sensibles ? Des araignées ! Il est adorable. A nouveau je prends possession de ses lèvres pour me faire pardonner cette ignominie.
- ok, ok. Promis, on ne leur fera pas de mal à tes copines. Juste les étudier pour essayer de copier leur fil.
- donc on va enseigner et faire des recherches ensemble. Où ? En Amérique du Sud ?
- Non. Le climat tropical ne me plait pas trop. Je préfère un climat plus clément
- En Europe ? J'ai une amie d'origine Italienne, Gina. Il paraît que c'est un super pays. En plus elle est retournée y vivre, elle pourra nous accueillir dans un premier temps.
Mon regard noir, lui suffit à comprendre que je n'adhère pas du tout à cette proposition. C'est à son tour de se faire pardonner. Sa main caresse doucement mon ventre. Remonte sur ma poitrine. Il relève doucement la tête pour embraser mon cou de sa langue.
- Ok, pas l'Italie. La vie doit être douce en France ou mieux, en Espagne. Comme ça Pablo ne sera pas trop dépaysé pour la langue
- Oui, mais pas nous ! Je parle très mal l'espagnol et toi pas un mot.
- les Etats-Unis alors ?
- Je crois oui
- Où ?
- La côte est ?
- Non. Trop froid au nord, et la Floride… non. Le Texas ?
- Non. J'ai passé quelques jours avec Nick là bas, pas envie d'y vivre. Entre grandes cultures de maïs et élevage intensif ! Tu ne vas pas étudier beaucoup d'insectes là bas avec tous les insecticides et antiparasitaires.
- La Californie ? On pourrait vivre au bord de l'océan. A Tomales Bay. Tu seras près de ta maman. Tu pourras continuer à reconstruire ta relation avec elle, et je suis sûre qu'elle saura t'aider avec Pablo… et nos futurs enfants.
- Je crois que j'aimerais revivre au bord de l'océan. Mais, je ne suis pas sûre d'avoir de bons souvenirs du coté de Los Angeles. Et je crois que je préfèrerais le soutien de Nick pour nos futurs enfants.
- Nick ?
- Oui, il est plusieurs fois tonton. Il est super avec les enfants. Même les tous petits. Et Greg ferait un grand frère génial.
- Tu plaisantes. Je te rappelle qu'enfant il fabriquait des bombes ! Me répond t'il incrédule
- Justement !
- Alors à Marina Del Ray. Je n'ai pas encore revendu la maison de maman. C'est une belle ville tu sais. J'ai aimé grandir au bord de la plage. J'ai plein de beaux souvenirs de mon enfance. Et c'est à deux pas de San Francisco. Tu serais près de tes amis.
Sa voix est pleine de nostalgie quand il parle de son enfance. Je crois que sa mère lui manque. Il était dévasté quand elle nous a quitté. La seule femme à qui il s'est toujours confié, sans aucune retenue. Ils étaient tellement proche tous les deux. J'essaie de le réconforter. Je profite que sa tête soit toujours au creux de ma poitrine pour embrasser ses cheveux. Je glisse une main sous sa chemise pour caresser son torse.
- Non, je ne veux pas vivre dans la maison de ta maman. Pas où tu as grandi. J'aimerais qu'on se construise notre propre univers. T'as des amis d'enfance là bas ?
- Pas vraiment. Je n'avais pas beaucoup d'amis enfant. J'étais un peu mis à l'écart. « Le fayot, l'intello »… Je vivais un peu dans mon monde. Et mes amis de facs ne sont pas restés à San Francisco. Ils travaillent un peu partout dans le pays.
Je ne trouve aucune trace d'amertume dans sa voix à l'évocation de ses années d'écoles. Justement parce sa maman savait l'aimer, le soutenir, tout ça en dépit de tous les bruits qui pouvaient courir à leur encontre. Toujours dans cette bulle, mon autre main reste sur sa hanche, cherchant un passage sous la ceinture de son pantalon.
-Moi non plus, je n'ai pas vraiment d'amis à San Francisco. Je ne suis restée que peu de temps au labo de Frisco, je n'ai pas eu le temps de me faire de vrais amis. Comme à Vegas. En fait, mes amis sont à Vegas.
- Moi aussi mes amis sont là bas. Jim, Cath…
- Heather
- Oui, Heather. Tu ne vas pas remettre ça ?
- Je te taquine chéri. Je crois que c'est près de mes amis que je veux vivre.
- Alors on rentre à Vegas ?
- Oui. Dès que l'adoption de Pablo est officielle.
Il relève un visage rayonnant vers moi. Il se redresse avant de s'emparer goulûment de ma bouche. Nos mains s'empressent de se défaire de tous ces vêtements inutiles. Mais rapidement la passion fait place à la tendresse. Je veux prendre mon temps. Faire durer le moment. Je veux lui faire l'amour toute la nuit.
D'un coup de rein je le retourne. A cheval sur lui, je lui adresse un sourire avant d'éteindre la lanterne. Seule la nuit sera témoin de notre amour.
Je sais, c'est dur cette fin... J'en connais au moins deux de frustrées...
Marg, t'as des dons de voyance ou t'as piraté mon ordi...
Voilà fin de la première partie. J'espère que ça vous a plu et si vous le souhaitez, on se retrouve pour la suite...
