L'obscurité était son domaine et la montagne son terrain privilégié. S'il n'y avait pas eu une vie en jeu, des vies en jeu même, il aurait presque aimé cette embuscade. Le problème était qu'il n'avait pas beaucoup de temps. Kaname était imprévisible et elle avait un don pour irriter Gauron qui risquait fort d'abréger considérablement son existence s'il ne réussissait pas son coup.

Accroupi au milieu des buissons, Sosuke ne perdit rien des échanges entre l'aubergiste et son ravisseur et il fut, une fois encore, impressionné par le sang-froid et la détermination de cette jeune femme. Elle n'avait aucune chance et pourtant, elle continuait à lui résister, à se battre, alors même qu'il venait de lui faire une démonstration très explicite de sa cruauté. Elle ne s'avouerait jamais vaincue, aussi stupide que cela puisse être.

Il ne la connaissait pas très bien mais il avait vu sa détermination à protéger ses proches et quand Gauron commença son attaque, quelque chose en lui se brisa. Il n'était plus Kashim depuis longtemps et pourtant, il sentit son cœur se refroidir, ses sens s'aiguiser et son esprit se focaliser sur son arme. Il ne pensait plus à rien d'autre qu'à ses prochains gestes, fonctionnait à l'instinct et redevait ce guerrier son âme qui tuait simplement parce qu'on le lui ordonnait. Il attendit patiemment le moment opportun et quand son adversaire baissa sa garde, il passa à l'attaque.

-oOo-

Gauron n'était pas un débutant et donc, quand il vit Kurz se livrer seul, il se douta bien que c'était pour permettre à son collègue de passer à l'offensive. La ruse était grossière et il n'eut aucune difficulté à deviner ce qui se préparait dans son dos, à son plus grand amusement.

Seulement il avait sous-estimé le shérif et son intelligence.

Même s'il avait choisi de se rendre, Kurz n'était pas sans défense et contrairement à ce que supposait le ravisseur, son plan ne reposait pas que sur Sosuke, loin de là. L'élément important était la prisonnière elle-même et il avait toute confiance en Kaname pour réagir au quart de tour et révéler ses vrais talents, au moment où on les attendrait le moins.

Il s'approcha d'elle, l'air grave et fit mine de s'asseoir à ses côtés, sans quitter des yeux son adversaire. Il gardait les mains levées, pour lui prouver qu'il n'avait aucune mauvaise intention et lui expliqua gentiment, de son ton débonnaire :

« Oh là, m'sieur, faut pas l'embêter comme ça, notre Kana-chan. C'est une gentille fille ! »

Se posant lourdement parterre, il croisa les jambes et sourit, visiblement assez détendu. Kaname le regardait fixement sans y croire, oubliant son assaillant et sa lame toujours en attente sur son cou.

« Tu veux jouer au plus fin avec moi, shérif ? demanda Gauron en souriant lui aussi. Ça ne me gêne pas, mais est-ce que tu as conscience de ce que tu risques ? »

Pour toute réponse, Kurz haussa les épaules et désigna Kaname du menton.

« Pour le moment, c'est surtout elle qui risque, mais je pense pas que vous lui faisiez sérieusement du mal.

- Ah oui ? Et pourquoi donc ? »

Les oreilles à l'affût, Gauron attendait l'attaque de Kashim. Il savait que le shérif ne faisait que gagner du temps et pourtant, il n'entendait rien, aucun signe de son adversaire.

« Si vous cherchez Sosuke, c'est peine perdue. »

Se redressant vivement, Gauron se désintéressa complètement de sa victime pour se concentrer sur Kurz.

« Tu essaies de me faire croire qu'il est parti ? Je le connais depuis bien plus longtemps que toi, shérif et il ne raterait pas une occasion pareille ! »

A nouveau, Kurz haussa les épaules et tourna la tête en direction de la vallée.

« Sauf s'il avait quelque chose de vraiment précieux à protéger... »

Baissant les yeux vers Kaname, il prit un air navré et elle sentit la colère lui monter à la gorge. Un instant, elle avait réussi à retrouver une lueur d'espoir, une maigre possibilité de s'en sortir sans trop de casse et il venait de tout détruire par cette simple réflexion. Comment osait-il ? Il avait promis de veiller sur elle quand elle lui avait raconté sa première agression, il avait également juré à miss Mao de s'occuper de tout pour garantir leur sécurité et maintenant, il annonçait tranquillement qu'il était seul alors qu'il se rendait. Il n'avait pas de plan de secours ? C'était inadmissible ! Mais le pire, c'était de comprendre pourquoi Sosuke l'avait lâché au milieu de leur mission.

Bien sûr, elle appréciait Tessa et elle avait tout fait jusque là pour lui éviter de souffrir, seulement elle ne risquait pas grand chose tant que Leonard était avec elle. Il tenait bien trop à sa précieuse petite sœur pour permettre qu'il lui arrive quoi que ce soit. Et pourtant, cet abruti de shérif adjoint complètement asocial avait décidé qu'elle méritait plus sa protection qu'elle, qui était seule contre un malade visiblement habitué à ce genre de situation. Alors contre tout bon sens et toute logique, elle s'emporta et sans se soucier une seconde du couteau pointé sur elle ou de sa promesse de ne pas crier, elle se mit à hurler.

« Mais vous vous foutez de moi ! »

Elle se débattit, relevant brusquement les genoux pour retrouver un semblant d'équilibre et de contrôle et Gauron fut pris au dépourvu une demi-seconde en la voyant réagir de la sorte. Cette demi-seconde permit à Sosuke de passer à l'action et à Kurz de mettre la jeune femme en sûreté. Il se jeta sur elle, attrapant au passage la lame que tenait son adversaire pendant que celui-ci roulait sur le côté pour éviter les balles du shérif adjoint.

-oOo-

Toujours à l'abri dans l'obscurité, Sosuke avançait lentement pour surtout ne pas se faire remarquer. Il espérait bien pouvoir capturer son ennemi vivant et pour cela, il devait éviter autant que possible les échanges de tirs. Un effet de surprise serait le bienvenu, seulement il ne voyait pas trop comment cela serait possible. Gauron comprendrait facilement leur stratégie et d'ailleurs, dès que Kurz l'approcha, il se raidit, à la recherche de son associé.

Sosuke attendit et il écouta, perplexe, les élucubrations du shérif niant sa présence près de lui. C'était ridicule et absolument pas crédible, que pourrait-il bien avoir à protéger ? Pourtant, Kurz réussit à semer le doute dans l'esprit de son adversaire, mais ce qui permit vraiment de le distraire fut la réaction, violente, de Kaname. Quoi que le shérif ait pu sous-entendre, ça avait eu pour effet d'énerver l'aubergiste et pour une fois, son côté imprévisible tourna à l'avantage de Sosuke.

Gauron ne s'attendait ni à l'entendre râler si vivement ni à la voir bouger de cette manière si bien qu'un court instant, il resta interdit par la puissance sonore de la jeune femme, doublée de son agilité. Voyant le sourire confiant de son collègue, Sosuke comprit qu'il avait le champ libre et il tira, dans le but de libérer Kaname de l'emprise de son agresseur. En effet, Gauron bascula sur le côté et même s'il put se mettre à l'abri, il venait au moins de perdre son avantage, sa victime n'était plus en danger immédiat. Malheureusement ce bandit n'en était pas à sa première attaque et il riposta rapidement dès qu'il fut à couvert derrière un maigre buisson. Les tirs se succédèrent en vain, chacun des deux hommes connaissant assez l'autre pour éviter de justesse ses attaques et la situation aurait pu durer indéfiniment si Kaname n'avait pas décidé d'intervenir à nouveau.

-oOo-

Malgré l'arrivée inespérée de Sosuke, elle était toujours contrariée et l'adrénaline qui coulait encore dans ses veines la poussa à agir. Dès que Kurz eut coupé ses liens, elle tenta de lui échapper. Il essaya bien de lui expliquer que ce n'était pas le moment de jouer les têtes-brulées, mais la jeune fille ne voulait rien savoir. Contournant les rochers qui l'abritaient, elle se faufila jusqu'aux trois chevaux qui attendaient sagement aux abords du campement.

Dans le plus grand silence, elle réussit à rejoindre l'arbuste où leurs rennes étaient accrochés et elle les libéra dans le but de créer une diversion et d'empêcher toute fuite de son ravisseur. Si elle avait pris le temps de mieux réfléchir, elle aurait surtout utiliser ces animaux pour quitter les lieux, seulement à ce moment-là, son but était surtout d'aider Sosuke et de s'assurer que Gauron soit bien capturé. Ainsi, elle les regarda courir vers la vallée sans même envisager de les suivre et elle repartit, à quatre pattes, vers le shérif.

Kurz n'était pas ravi de ses actions imprudentes mais il se contenta d'un regard accusateur pour lui faire passer le message, de façon à éviter d'attirer l'attention de Gauron sur lui. Il ne savait pas où il se trouvait mais il sentait sa présence tout près. Sosuke n'était pas loin non plus, ce qui rendait difficile toute intervention. En plus, il avait abandonné son revolver lorsqu'il avait fait mine de se rendre et il n'avait plus que le couteau qu'il avait récupéré sur Kaname pour se battre, ce qui n'était pas très utile. Il n'avait jamais été très doué en combat rapproché et il aurait grandement préféré un fusil plutôt qu'une lame pour se défendre.

Ainsi, il était un peu coincé et inutile, obliger de regarder le combat sans pouvoir vraiment agir et il commença assez vite à trouver le temps long. Kaname à ses côtés lui offrait bien une sorte d'occupation, puisqu'il fallait constamment la garder à l'oeil, mais bientôt son activité de surveillance prit une nouvelle tournure quand il réalisa sa tenue. Gauron n'avait pas été tendre avec ses vêtements et maintenant le calme à peu près revenu, le shérif découvrit que le corsage de l'aubergiste était en lambeau et son corset bien entaillé également offrait une vue plongeante sur son décolleté.

Ce n'était pas le moment de se lancer dans un numéro de charme et pourtant, sa nature de séducteur reprit le dessus malgré lui et au premier moment de répit, il s'approcha de Kaname, enroula un bras autour de ses épaules et commença à lui susurrer des banalités à l'oreille. Malheureusement pour lui, déjà en temps normal, elle n'était pas du genre à se laisser séduire facilement, mais dans ces circonstances, elle trouva son approche plus que mal venue et elle aussi, fut victime de sa nature et au lieu de repousser ses avances d'un simple regard, elle lui assena un violent coup de coude dans les cotes, le repoussant bruyamment dans les buissons.

Sa chute, associée au crépitement des branches qui se brisaient sous son poids et à quelques jurons colorés attirèrent l'attention de Gauron et Sosuke et les deux adversaires réagir en même temps, pointant leur arme sur le shérif en mauvaise posture.

-oOo-

C'était la chance qu'il lui fallait et il n'allait pas la rater. Gauron sourit en mettant le shérif en joue et sans quitter son adversaire des yeux, il proposa :

« On peut trouver un arrangement, Kashim ? Si tu me laisses partir, je ne bute pas ton pote, c'est honnête, non ? »

Sosuke resserra les doigts sur la crosse de son revolver sans perdre son collègue des yeux. Il avait fait une erreur en se laissant distraire par un bruit extérieur et maintenant, il allait en payer le prix. Ou alors, il pouvait considérer que la faute était partagée et reprendre l'avantage. De toute façon, toute négociation était absurde avec un homme comme Gauron. Du coup, il prit une profonde inspiration et déclara froidement :

« Fais ce que tu veux. Mais le temps que tu tires sur lui, je t'aurai mis une balle dans la tête. »

Kurz parut un peu décontenancé par cette annonce directe et Gauron se mit à rire.

« Je te reconnais bien là, Kashim. Pragmatique à l'extrême. C'est ce que j'aime chez toi. J'ai toujours pensé que tu étais différent et je ne m'étais pas trompé... Ca se voit dans ton regard.

- La flatterie ne te sauvera pas, glissa nonchalamment le shérif. Sosuke est un bon tireur, pas aussi bon que moi, mais à cette distance, il n'aurait aucun problème à t'avoir. »

Le kidnappeur haussa les épaules.

« Je ne suis pas si facile que ça à abattre. Pas vrai, Kashim ? »

Il souriait de toutes ses dents et utilisa sa main libre pour écarter un peu les mèches qui lui tombaient sur le visage, exposant un peu plus la cicatrise qu'il avait en travers du front. Dans la maigre lumière offerte par les restes du feu de camp, il ressemblait plus que jamais à une crétaure de l'enfer avec ses traits déformés,mais Sosuke resta imperturbable, son arme toujours pointée dans la mauvaise direction. Il n'avait pas grand chose à répondre et de toute façon, il savait que son adversaire ne l'écouterait pas. Ce qu'il n'imaginait pas en revanche, fut le mouvement de Kaname, juste derrière son ravisseur.

« C'est sûr que les pourritures dans votre genre, c'est ce qu'il y a de pire, mais à trois contre un, on devrait bien réussir à se débarrasser de vous ! »

Avec l'air le plus naturel du monde, elle tenait le couteau qu'il avait utilisé contre elle et elle semblait prendre un malin plaisir à le faire jouer entre ses doigts, comme si elle cherchait le point d 'équilibre de la lame.

« Parce que tu veux me faire croire que tu serais capable de tuer, Kana-chan ? »

Il était facile de comprendre que pour lui, elle ne représentait absolument pas une menace et Sosuke lui-même refusait de l'imaginer une arme à la main, pourtant, elle tenait son couteau avec assurance et lorsqu'elle s'avança, il put lire la détermination dans son regard, assez pour lui glacer le sang.

« Ce ne serait qu'un juste retour des choses, vous ne pensez pas ?

- Me fais pas rire, gamine. L'affaire est sérieuse. »

Le ton de Gauron était devenu plus agressif et méprisant, comme si d'un coup, il réalisait lui aussi, jusqu'où elle était prête à aller.

Il avait raison sur un point, elle était incapable de tuer, mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne pourrait pas le blesser. Malheureusement pour elle, et pour les deux représentants de la loi, elle ne prit pas sa décision assez vite et avant qu'elle ne puisse faire basculer la situation dans la bonne direction, un coup de feu retentit, déchirant la nuit.

Kurz se tassa sur lui-même alors que Kaname sursautait en voyant sa lame éclater. Le tireur n'était pas de leur côté, c'était une évidence et elle ne dut de conserver sa liberté qu'aux réflexes de Sosuke qui réussit à désarmer Gauron d'une balle bien placée dans la main. Il lâcha son revolver en riant et courut vers le nord, là où devait se cacher son allié. Kurz voulut récupérer l'arme au sol, mais il fut touché avant de pouvoir l'attraper. Sosuke continua à tirer sur Gauron, seulement avec l'obscurité, il était difficile de savoir par où il était parti et le cri de son collègue l'empêcha de poursuivre son adversaire. À lui seul, il n'avait plus une seule de chance de l'arrêter. À regret, il se détourna donc de sa proie et se concentra sur le shérif, étalé au sol dans une marre de sang.

-oOo-

La balle aurait dû l'atteindre en plein cœur, seulement il avait eu de la chance et avait bougé juste à temps pour limiter les dégâts. Pour autant, sa rate était bien touchée et vu l'ampleur de l'hémorragie, il ne tiendrait pas bien longtemps sans soin. Sosuke parvint rapidement à cette conclusion et il jura entre ses dents contre sa négligence.

S'il n'avait pas été distrait, il aurait pu l'avoir. S'il n'avait pas baissé sa garde en pensant naïvement s'être débarrassé de tous ses ennemis…
Le crissement du tissu qu'on déchire le sortit de sa torpeur morose. Tournant la tête, il vit Kaname assise à ses côtés en train de découper sa jupe en morceaux pour former des bandages de fortune. Sans le regarder, elle lui tendit un long bout de coton et entailla à nouveau sa robe pour en détacher une nouvelle bande.

Bien vite, elle se retrouva les jambes à l'air, ses culottes ne la couvrant que jusqu'aux genoux et avec son corsage découpé et ses poignets couverts de sang, elle ressemblait plus que jamais à la rescapée qu'elle était. Pourtant, elle ne se plaignait pas. Elle était concentrée sur sa tâche, efficace et silencieuse et elle ne retrouva l'usage de la parole que quand Kurz ouvrit les yeux. Elle se pencha vers lui pour s'assurer qu'il allait bien pendant que Sosuke finissait de lui bander la taille et elle ne put retenir un grognement irrité face à l'intérêt du shérif pour son décolleté.

« T'es vraiment un pervers, Kurz, gronda-t-elle en reculant. »

Il lui sourit et après un coup d'œil en direction de son collègue au visage fermé et sombre, il se concentra sur Kaname.

« Qu'est-ce que tu veux, ma belle, c'est une réaction normale. T'as vu ta tenue ? »

Il tenta de se redresser et étouffa un gémissement quand ses muscles travaillèrent mais il parvint tout de même à s'asseoir. Kaname le fusilla du regard en maugréant puis elle croisa les bras sur sa poitrine dans l'espoir ridicule de se couvrir un peu.

« J'en conclu que tu n'es pas si mal que ça alors… Tu peux marcher, demanda-t-elle en se levant. »

Une bourrasque secoua les buissons et le bruit lointain des sabots leur parvint. Sosuke se raidit immédiatement et scruta l'horizon.

« Vous devriez rentrer. Miss Chidori, je peux vous confier le shérif ? »

Il ne la regardait pas et restait concentré sur la nuit, comme s'il pouvait réellement pister son adversaire dans l'obscurité. Tout son corps était tendu et déjà il commençait à avancer vers le nord mais une main sur son bras le retint.

« Vous rigolez ? »

Son ton n'était pas très engageant et quand enfin, il leva les yeux vers elle, il comprit qu'elle n'était vraiment pas de bonne humeur.

Malheureusement, il n'avait pas de temps à perdre et supporter ses contrariétés n'étaient pas sur sa liste de priorité.

« Ecoutez, je suis désolé de ce qui vous est arrivé et je suis désolé pour Kurz. J'ai été imprudent et je vous promets d'accepter toutes les punitions que vous voudrez. Mais pour éviter que ce genre de chose se reproduise, je dois le capturer au plus vite et… »

Les mots se perdirent dans sa gorge quand elle s'approcha.

« Je pense être nettement plus responsable que vous pour cette débâcle donc si quelqu'un doit être blâmé, c'est plutôt moi.

- Non ! Vous avez été… »

A nouveau, il s'arrêta quand elle se mit en face de lui. Il avait du mal à respirer. Sa gorge semblait encombrée par des poussières imaginaires et son ventre écrasé par un poids inexistant. Elle le dévisageait avec une intensité troublante qui le mettait mal à l'aise et en même temps, qu'il n'avait aucune envie de voir disparaître. Il était envoûté, complètement ensorcelé par ses yeux chocolat rivés sur lui.

« Laisse tomber, Sosuke, coupa Kurz, elle est têtue comme une bourrique. »

Plutôt que de se formaliser de cette remarque peu plaisante, Kaname sourit, ravie et rayonnante et elle enroula un bras autour de celui du shérif adjoint.

« Il a raison. Alors on va rentrer, tous ensemble. »

Comme Sosuke s'apprêtait à protester, elle ajouta :

« Le ranch de Tessa n'est pas loin. On y trouvera tout ce qui faut, aussi bien pour soigner Kurz que pour partir à la chasse.

- Partir à la chasse ?

- Ben oui. C'est bien comme ça que ça s'appelle, non ? »

Sosuke cilla, sans comprendre et Kurz se mit à rire avant de tousser en se tenant le ventre. Ce n'était pas le moment de se laisser aller. Il devait rester éveillé et garder ses forces pour rejoindre la vallée et peut-être trouver un cheval. Mais avant, il devait essayer de raisonner Kaname.

« Tu ne crois pas que c'est un peu dangereux de repartir tout de suite...

- Je ne t'entends pas faire la leçon à ton collègue, il me semble.

- C'est parce que Sosuke est un professionnel et il sait ce qu'il fait.

- Et moi, je ne suis qu'une pauvre civile sans expérience, c'est ça. »

Aucun des deux hommes ne répondit, sachant qu'elle n'apprécierait certainement pas leur confirmation. Et effectivement, elle soupira face à leur silence puis redressa le dos et leva nez vers le ciel.

« Peut-être. Mais si toute cette affaire à commencer c'est à cause de moi et il n'est pas question que je reste les bras croisés à attendre que vous vous fassiez tuer par ma faute. »

Ils n'avaient pas grand chose à répondre si bien qu'ils gardèrent le silence. Sosuke espérait pouvoir s'éclipser avant qu'elle ne s'en aperçoive, dès qu'il aurait mis son collègue en sûreté et Kurz pensait qu'avec l'aide de Tessa et Mel, il pourrait sans doute la retenir. Mais c'était sans compter sa détermination et surtout, son bon sens indéflectible.

« En plus, si vous voulez les rattraper, il vous faut un bon cheval. Gernsback ne sera pas assez rapide. »

Du coin de l'oeil Sosuke l'étudia et il devina son sourire quand elle ajouta :

« Si vous m'emmenez, je peux vous faire utiliser Al. »

L'Arbalest était incontestablement le meilleur coursier à sa disposition mais jamais il ne pourrait l'approcher seul. Du coup, l'argument posait son poids. Il lui était impossible de refuser son offre et ils le savaient tous les deux.