Remus et moi rejoignons les autres. Hagrid est là également.
« Poudlard n'est plus pareil sans vous, sanglote-t-il en serrant tellement James dans ses bras qu'il risque fortement de l'écraser. Les élèves de votre trempe, ça ne se fait plus !
_ Allons, Hagrid, intervient Sirius en tentant de dégager son ami de l'étreinte du demi-géant, je suis sûr que McGonagall n'est pas de ton avis. »
D'un signe du menton, il désigne Slughorn qui tient dans une main une pile de canapés au saumon.
« Lui aussi doit être ravi qu'on ne soit plus à l'école.
_ C'est vrai qu'on lui a saccagé pas mal de cours, confirme Remus en tendant une flûte à James qui s'est enfin dégagé.
_ Surtout toi, dis-je. Il y avait quand même une matière où tu étais plus mauvais que moi. »
Remus éclate de rire.
« Le cours de potions a toujours été ma bête noire. Je ne suis même pas fichu de créer un philtre à deux éléments.
_ Oui, dis-je, mais tu maîtrises les sorts informulés.
_ Ça n'a rien à voir. »
En effet, mais pour moi, ça fait beaucoup. Ça marque encore un peu plus le fossé qui existe entre moi et mes amis. Je ne les accuse pas d'être meilleurs que moi, non, je les accuse de m'avoir laissé croire que je pouvais être aussi bon qu'eux alors que tout le monde autour de nous savait pertinemment que c'était impossible.
Alice et Frank Londubat viennent s'ajouter à notre petit groupe. Ils félicitent James et Lily avec de grands sourires. Pendant ce temps, j'intercepte un elfe qui porte un plateau de canapés. J'en choisi un dont la couleur n'a pas l'air trop dangereuse et l'enfourne rapidement. Le goût est assez particulier. Je n'arrive même pas à deviner de quoi il s'agit réellement. Est-ce que Berty Crochu s'est lancé dans la confection de mises en bouche ?
« C'était magnifique ce que tu as dit tout à l'heure, James, soupire Alice. J'en ai eu les larmes aux yeux. »
James fanfaronne. Il s'ébouriffe les cheveux, comme il a l'habitude de le faire et enfonce l'une de ses mains dans ses poches, l'autre étant prise par sa flûte de champagne. Sirius attire son attention en posant sa main sur son bras. Il désigne une adolescente aux cheveux blonds ondulés.
« Dis-moi, Cornedrue, est-ce que je la connais ? »
James plisse les yeux. Cette fille me dit quelque chose à moi aussi. Etait-elle à Poudlard ? A la regarder ainsi, je dirais qu'elle a dix-sept, dix-huit ans au maximum.
« C'est Jocunda, finit par répondre James.
_ C'est ma sœur, Sirius ! intervient Nevaeh. Alors ne t'avise pas de l'approcher !
_ Elle a quelqu'un ?
_ Non mais…
_ Alors je ne risque pas de lui faire beaucoup de mal. »
Il s'éloigne en direction de la jeune fille qui rit aux éclats d'une blague que semble lui raconter Arthur Weasley. Le visage de Nevaeh s'empourpre.
« Sirius ! Reviens ici immédiatement ! »
Ce dernier jette un coup d'œil par-dessus son épaule et lui envoie un clin d'œil. Nevaeh s'élance derrière lui. Je vois Grogan lever la main comme pour la retenir mais, finalement, il la laisse retomber. J'aurais aimé qu'il les poursuive au lieu de rester avec nous.
Nous sommes aveuglés par un flash. Des lucioles viennent danser tout autour de ma tête. J'ai l'impression que quelqu'un m'a lancé un lumos en pleine figure.
« Souriez, s'extasie un photographe d'une vingtaine d'années au visage boutonneux. Les photos seront plus jolies si vous souriez.
_ Ouais, grogne James, et comme ça, tu nous les vendras plus cher ! »
Lily lui envoie une tape sur l'épaule.
« Je t'en prie. C'est moi qui ai demandé à Tarquin de venir prendre des photos. C'est le meilleur de la région. »
Le boutonneux produit un drôle de cliquètement avec sa langue.
« Tarquin Picturit pour vous servir monsieur Potter. Si ça ne vous dérange pas, on pourrait prendre quelques photos du côté de l'estrade.
_ Eh bien…
_ James, renchérit Lily. Ça ne nous dérange pas. »
Elle se tourne vers moi.
« Les garçons, désolé mais…
_ Allez-y, répond l'ex Serdaigle avec un geste de la main. Je vais aller chercher ma femme avant qu'elle n'étrangle Black. »
Remus et moi nous retrouvons tout à coup seuls. Je n'avais même pas remarqué que Frank et Alice n'étaient plus avec nous. Je termine mon verre d'un trait, me dandine d'un pied sur l'autre.
« Euh… Lunard, je peux te parler ?
_ Tu n'as jamais eu besoin de m'en demander la permission, Peter.
_ Oui mais, je veux dire, en privé. »
Remus jette un coup d'œil par-dessus son épaule droite puis un autre par-dessus son épaule gauche.
« Je ne pense pas que grand monde fasse attention à nous. Je t'écoute. »
Il dépose son verre vide sur le plateau d'un elfe de passage et en pioche immédiatement un autre. A l'allure où il va, il sera ivre mort avant le début de la soirée. D'autant plus qu'il tient très mal l'alcool. Je ne sais pas si c'est son état de santé qui fait ça ou si c'est naturel chez lui mais il n'a jamais eu besoin de boire beaucoup pour se mettre à délirer. Et quand Remus délire, c'est quelque chose ! Lui, le garçon si sage et si poli pourrait presque faire passer Sirius pour quelqu'un de sérieux. Ça en devient même effrayant.
« Tu vois, dis-je, la situation en ce moment est… comment dire, assez floue. »
Du bout du pied, je dessine des arabesques dans la terre. Je n'ose pas le regarder en face de peur qu'il ne se moque de moi ou ne me traite d'idiot. Lorsque lui, Sirius et James se prêtent à ce genre de jeu, ils en rient mais moi j'ai toujours eu du mal de prendre ces blagues autrement qu'au premier degré.
« Tu veux parler de la guerre ?
_ Oui, c'est ça, je… »
Il soupire.
« Peter, c'est le jour du mariage de James et de Lily. Tu n'as pas envie de parler d'autre chose ?
_ Je ne vois pas d'autre moment pour te dire ce que j'ai à te dire. On ne se voit plus beaucoup ces derniers temps. »
J'ose enfin lever la tête. Mon regard croise le sien. Il y a quelque chose de sauvage au fond de ses yeux qui m'a toujours mis mal à l'aise. Aussi gentil et agréable soit-il, il reste un loup-garou et ça se ressent. C'est la raison pour laquelle la plupart des gens non avisés évitent de rester trop longtemps en sa présence. Il met réellement mal à l'aise.
« Je n'ai pas beaucoup de temps à te consacrer, c'est vrai. Mais…
_ Ecoute-moi. S'il te plaît. »
Il esquisse un demi sourire puis plonge les lèvres dans son verre.
« La situation est très floue en ce moment, je reprends, et il est plutôt difficile de discerner où se trouve le bien et le mal.
_ Le mal, c'est l'autre camp. Il n'y a pas à passer toute la nuit la-dessus.
_ Eh bien justement, je voudrais en être sûr. »
Il me dévisage. J'ai horreur lorsqu'il fait ça. J'ai l'impression qu'il peut lire en moi aussi facilement que dans un livre ouvert.
« Qu'est-ce que tu essayes de me dire, Peter ? »
Je me gratte le haut de la tête. Pourquoi est-ce que je ne suis pas doué non plus pour les discours ? Lorsque Severus m'a servi les mêmes paroles il y a quelques mois, c'était très clair et très convainquant. Moi, je m'emmêle les mots.
« Eh bien, je… »
Je ne peux pas finir ma phrase. Nous sommes tout à coup percutés par une créature rose et brune qui courait en regardant derrière elle. Remus fait un bond en arrière pour ne pas renverser son verre (on sauve le principal à ce que je vois) tandis que la petite Nymphadora vient s'écraser directement dans mes bras. Le choc est violent. J'ai du mal de rétablir mon équilibre. La gamine, elle, tombe sur les fesses. Remus lui tend la main pour l'aider à se relever, elle s'y accroche en souriant.
« Tu devrais regarder devant toi, dit-il, Sirius te l'a déjà dit. »
Elle enlève quelques brins d'herbe accrochés à sa robe, jette un coup d'œil par-dessus son épaule et, dans un grand éclat de rire, s'enfuit en courant. Nous voyons alors passer à toute allure Bill et Charlie Weasley. Ce dernier tient entre les mains ce qui a l'air d'être un gnome de jardin qui a passé un très sale quart d'heure.
« Ecoute, je…
_ Je n'ai pas envie de parler de ça maintenant, me coupe Remus. On devrait aller voir où est Sirius. »
Je le suis à regret. Je savais que ce serait difficile de lui faire admettre mon point de vue mais là, je n'ai même pas pu le lui exposer. Severus, lui, n'a pas eu besoin de plus d'une demi-heure pour me faire suivre son idéologie. Je devrais peut-être lui demander un coup de main ou quelques conseils. Mais je suis sûr qu'il prendrait un malin plaisir à me faire payer toutes les humiliations que les Maraudeurs lui ont fait subir à Poudlard.
Sirius se trouve un peu plus loin, appuyé au sol pleureur sous lequel nous avons dégusté les sandwiches de la mère de Lily. Une main dans une poche, une autre tenant un verre à moitié vide de champagne, il discute paisiblement avec Jocunda dont les joues sont toutes rouges.
Il ne faut pas être particulièrement malin pour comprendre qu'il est en train de la draguer.
