CHAPITRE 8

Les trois premières semaines furent les plus dures pour Stiles. Il faisait des cauchemars toutes les nuits, chaque fois le même. Il se revoyait avec Derek, observant l'horizon enneigé, puis Derek se mettait à rire d'une façon qui faisait toujours froid dans le dos de Stiles, puis il le poussait dans le vide, et il se réveillait après avoir fait ce que l'on appelait communément une paralysie nocturne, où il entendait Derek hurler son prénom comme s'il était en train de mourir. Il s'éveillait toujours en sursaut, à bout de souffle, pleurant des larmes chaudes qu'il ne contrôlait pas. Après presque un mois les cauchemars avaient laissé place à des insomnies, ce que Stiles ne trouvait pas mieux.

Depuis que Derek était parti beaucoup de choses avaient changé, Stiles principalement. Il n'était plus le même, ses amis et son père s'en étaient vite rendus compte, il riait moins, il souriait moins, passait beaucoup plus de temps seul, qu'auparavant. Parfois il se mettait à sa fenêtre pour observer pendant des heures le ciel bleu et son père venait le voir, sans rien dire, le regardant depuis le pas de la porte. Stiles savait qu'il était là mais ne se retournait jamais. Le Shérif avait tenté de lui parler mais avait comprit que ce que traversait son fils était trop difficile pour que simplement en discuter puisse régler quoi que ce soit. Scott également avait essayé d'aider, mais il n'y arriva pas plus. Il venait souvent chez lui à l'improviste, plus qu'avant car à part pour les cours Stiles sortait rarement de chez lui. Ils faisaient ce qu'ils avaient l'habitude de faire, jouer aux yeux vidéos, regarder un film...mais Stiles restait parfois muet, il parlait très peu, était moins réceptif. Quand Scott lui faisait une blague, il lui souriait à peine. Quand Lydia lui parlait, il ne réagissait pas. Quand Jackson le provoquait, il ne faisait que lui lancer un regard qui aurait pu le tuer. Alors Scott ne faisait que parler de lui, et d'Allison, même s'il savait que parler de son histoire d'amour presque parfaite alors que Stiles traversait une épreuve qui aurait foutu n'importe qui plus bas que terre n'était pas forcement une bonne idée.

Il avait fait une erreur, une fois, deux semaines après que Derek soit parti. Comme un idiot, il avait amener le sujet sur ça, et l'avait regretté juste après.

-Et alors...T'as eu des nouvelles de Derek ? Avait-il demandé, d'une voix douce comme pour éviter de le brusquer. Mais le regard que lui répondit Stiles lui avait montré que si, il l'avait brusqué.

Stiles était couché sur son lit tandis que Scott occupait le fauteuil non loin. Ils ne faisaient rien, chacun sur son portable, dans un silence qui avait fini par énerver Scott.

-Non. Aucune, finit par dire Stiles, en regardant par la fenêtre avec un air de tristesse mêlée à de la mélancolie.

Il n'avait pas les larmes aux yeux, pas de sanglot dans la voix, il semblait juste triste. Pas de ce genre de tristesse qui n'est là que pour un certaine temps, pas celle qui disparaissait après avoir dormi quelques heures ou quand on recevait une belle nouvelle, non. Celle qu'expérimentait l'adolescent était plus violente, plus constante. C'était comme un poids qu'il avait constamment dans la poitrine, comme un nuage noir qu'il amenait avec lui tout le temps, comme une ombre qui ne le quittait jamais. Parfois elle rétrécissait, mais ne disparaissait jamais vraiment.

-Tu as tenté de le retrouver ? Avait demandé Scott, naïvement.

Stiles s'était retourné vers lui, avec un regard outré.

-Évidemment qu'est ce que tu crois Scott ? Avait-il dit, énervé. J'ai cherché partout, j'ai même été jusque dans les fichiers de la police mais il y a rien. Il a disparu, et s'il ne veut pas être retrouvé ça risque pas d'arriver.

Il avait baissé le regard après ces mots.

-Je suis désolé Stiles, mais j'suis sur qu'il va revenir ne t'inquiète pas, avait tenté Scott avec un petit sourire.

Mais Stiles n'avait pas relevé la tête, il s'était contenté de soupirer et son ami avait fini par rentrer chez lui.

C'était ça ses journées, pendant presque deux mois. Devoir aller au lycée même si il avait fini par se foutre de ce qu'il apprenait, comme de ses notes. Devoir passer un peu de temps avec ses amis, pour éviter qu'ils ne s'inquiètent trop. Devoir rester avec son père, afin de lui montrer qu'il allait un peu mieux, même si ça n'était pas le cas.

Comment pouvait-il aller bien alors que l'homme qu'il aimait était parti ? Il avait eu du mal à l'accepter, et quand il l'avait enfin fait, il avait compris qu'il ne s'en sortirait pas. Stiles avait sa théorie là dessus Être séparés d'un membre de sa famille ou d'un de ses amis proches était dur, évidemment, c'était une des douleurs les plus dures à supporter. Mais être loin de la personne que l'on aimait, de son âme-sœur, c'était autre chose. Stiles le ressentait au fond de lui, il le vivait chaque jour. C'était comme une vraie douleur physique, comme si on lui avait retiré quelque chose à l'intérieur de lui. Il avait constamment cette impression de manque, il le voyait dans les couleurs également, elles étaient plus ternes. Il pensait que tout ça était mal foutu, le bonheur personnel ne devrait pas dépendre d'une autre personne. Il ne devrait pas souffrir autant simplement car Derek avait quitté la ville, simplement car il avait prit la fuite. Car c'était comme ça que Stiles voyait la situation, son petit ami avait prit la fuite. Il s'était enfui loin de lui, et à cause de ça Stiles avait commencé à ressentir de la colère envers lui, une colère qui au fil des mois avait mutée en haine. Il détestait l'aimer autant. Il haïssait être dépendant de lui.

Parfois il se demandait s'il pensait à lui de la même façon, si lui aussi, il ressentait ce poids en lui depuis qu'il était monté dans sa Camaro pour partir sans faire demi tour. C'était sûrement le cas, après tout ça ne serait pas juste que la peine ne soit ressenti que d'un seul côté du couple. Mais Derek lui, avait un but. Il voulait retrouver Peter, et ce but l'aidait sans doute à se lever chaque matin. Stiles au contraire n'en avait plus de but. Celui qu'il avait eu toute sa vie était de trouver son âme-sœur, de fonder une famille et de travailler pour aider les autres. Mais aujourd'hui que la première étape avait été foutue en l'air il ne voyait pas l'intérêt de se battre pour le reste.

Il aurait voulu se laisser tomber, arrêter de se lever de son lit au son de son réveil, ne plus aller en cours, ne plus rien faire, mais une petite voix dans sa tête lui soufflait de continuer. Cette petite voix, c'était la même que celle qui lui disait d'être toujours positif, celle qui lui donnait le courage de vivre. Malheureusement cette voix disparaissait peu à peu.

Après les deux mois les plus difficile de sa vie, Stiles avait finit par abandonner. Il aimait croire qu'il avait tenté de se battre pendant quelques semaines pour se justifier de ne plus le faire maintenant. Il avait décidé d'arrêter d'espérer que Derek vienne sonner chez lui un soir, que ce soit lui qui l'appelle quand le téléphone sonnait. Il avait arrêté d'espérer qu'il reviendrait un jour.

Et puis quand il avait cru que c'était la fin, quand il était prêt à tout foutre en l'air, la petite voix était revenue, plus forte, plus présente que jamais. Elle lui avait murmuré que tout allait bien se passer, que tout finissait toujours par s'arranger, et Stiles sans savoir pourquoi, avait cru cette voix qui était peut-être celle de la folie. Derek ne reviendrait pas, il le savait, mais il pouvait vivre sans lui. Il ne pouvait faire partir le poids dans sa poitrine, mais il pouvait l'alléger. C'est ce qu'il fit.

Le mois qui suivit, il reprit confiance, au grand plaisir de ses amis qui le virent retrouver le sourire. Évidemment il n'était pas de nouveau totalement lui-même mais il était différent, plus joyeux. Il tenta de rattraper le retard qu'il avait accumulé en cours grâce à Lydia, il retourna jouer au lacrosse avec Scott, et retrouva l'espoir de se faire un jour engager dans l'équipe. Ni lui ni son ami n'était réellement doué pour ce sport mais ils adoraient y jouer, ou se retrouver sur le terrain en fin d'après-midi pour s'entraîner.

Les jours passèrent, lentement, mais plus facilement qu'auparavant. Évidemment Stiles n'avait pas oublié Derek, comment pourrait-il ? Le manque était toujours là, et parfois les cauchemars revenaient, tout comme les souvenirs qui apparaissaient de temps à autres sans raison dans son esprit. Mais c'était plus simple, plus facile à supporter.

Un soir, alors qu'il rentrait du lycée, il vit son père assit à la table de la salle à manger, un verre de whisky à la main. Il lui arrivait souvent de boire, et Stiles aurait voulu pouvoir l'aider avec ce problème avant que ça ne devienne vraiment important.

-Stiles, vient t'asseoir s'il te plaît, lui dit le Shérif en désignant la chaise en face de lui.

L'adolescent posa son sac par terre et vint près de son père. Il s'assit et tout deux se regardèrent dans un silence qui mit Stiles mal à l'aise.

-Tu vas bien ? Fini par demander son père, le prenant de court. Stiles fronça les sourcils.

-Oui, oui je vais bien, répondit-il avec un sourire un peu forcé. Il n'aimait pas vraiment parler de ses émotions avec lui.

Le Shérif secoua la tête.

-Tu es sûr ? Ces trois derniers mois t'es passé par de sacrées épreuves, et tu n'as jamais voulu en discuter.

-Je sais, ça a été dur mais je vais mieux, ne t'inquiète pas !

Il n'aimait pas quand son père s'inquiétait pour lui, il avait déjà beaucoup de problème, un fils en dépression ne devrait pas être rajouté à la liste.

-Tu sais...commença le Shérif, quand ta mère est morte...

-Stop, le coupa sèchement Stiles. Derek n'est pas mort, il est juste parti à plusieurs centaines de kilomètres pour aller faire je-ne-sais-quoi. Je ne sais pas s'il va revenir mais ce que je sais c'est qu'il est bien vivant, alors ne compare pas ce qu'il s'est passé avec maman avec ma situation.

Ces mots avaient été beaucoup plus durs qu'il ne l'avait imaginé, il regretta immédiatement de les avoir dit.

-Je...j'ai constamment peur de me réveiller un matin et de revoir tout en noir et blanc, j'suis terrifié par l'idée qu'il lui arrive un truc là où il est et que je ne puisse rien y faire, alors ne parle pas de ça, car même si toi tu as réussi à t'en sortir après la mort de maman moi je suis persuadé que si Derek mourait…je ne pourrais pas m'en remettre.

Son père soupira, mais acquiesça. Si lui avait réussi à survivre à la mort de Claudia c'était grâce à Stiles. Devoir s'occuper de ce petit garçon hyperactif avait occupé toutes ses pensées et ça l'avait énormément aidé. Mais il comprenait que si son fils perdait l'amour de sa vie il aurait beaucoup plus de mal à s'en sortir. Il lui sourit en guise de réponse ce qui rassura le jeune homme.

-Si tu as besoin de parler, n'hésite pas à venir demander conseil à ton vieux père, dit-il avec un petit rire.

Stiles se releva et remercier son père avec un sourire. Il prit son sac et monta rapidement dans sa chambre, ne voulant pas montrer à son père à quel point parler de Derek dans ces conditions l'avait perturber.


Il faisait nuit sur Beacon Hills, dehors la pluie tombait doucement des nuages qui empêchaient la lune d'illuminer de ses faibles rayons la rue dans laquelle Stiles habitait. Ce dernier était couché sur son canapé, regardant sans vraiment savoir pourquoi une télé-réalité. Il détestait ce genre de show, mais la télécommande se trouvant trop loin et la fainéantise ayant prit possession de chacune des parcelles de son corps l'empêchèrent de changer de chaîne. Son père était absent, un accident de voiture, semblait-il assez grave, les avait obliger lui, et pas mal de ses collègues à sortir s'occuper de ça. Alors Stiles était seul chez lui encore une fois, un vendredi soir, devant la télévision.

Il sentait ses paupières se fermer doucement dû à la fatigue de la semaine quand il entendit la sonnette de sa maison retentir, le sortant de sa somnolence instantanément.

C'est qui ça encore ? A presque 23h ?

Stiles soupira, se demandant qui pouvait bien venir sonner chez lui à cette heure. C'était peut-être son père qui avait oublié ses clés, ou Scott qui cherchait du soutient après s'être disputé avec Allison ? Il se leva, traînant la couverture verte qu'il utilisait fréquemment pour ne pas avoir froid derrière lui. Il devait avoir une sacré dégaine, les cheveux en bataille, le teint blafard, les yeux encore endormis, habillé d'un vieux t-shirt et d'un jogging qu'il avait enfilé après être rentré du lycée. Il grogna en s'approchant de la porte.

-Papa, franchement t'aurais pu faire attention à tes clés, j'sais pas mais bon j'serai pas toujours la pour t'ouvrir...Dit-il en ouvrant la porte après avoir allumer la lumière pour éclairer son porche. Je pourrais très bien être en train de dorm...

Il ne fini pas sa phrase, le souffle lui manqua.

Oh mon Dieu...

Il manqua de tomber en arrière, tellement la surprise le prit de court.

C'était lui.

Derek.

Sa main droite s'agrippa à la poignée de la porte avec ardeur sans qu'il ne puisse la contrôler.

Il était là, en face de lui, dans la lumière jaune de la lampe qui éclairait difficilement la scène. C'était impossible, ça ne pouvait être lui. Il devait être en train de rêver, oui c'était ça, il s'était endormit devant la télévision et tout cela n'était qu'un rêve, il allait se réveiller et Derek ne serait pas là. Comme à chaque fois.

-Hey...dit il avec la même intonation que lors de leur première conversation, lorsqu'il était venu lui parler dans le parking du lycée.

Stiles était tétanisé, incapable de parler. Sa main agrippait toujours la poignée de la porte, avec une telle force que ses phalanges en blanchissaient. Ses yeux étaient écarquillés, sa bouche entre-ouverte. Avec ses cheveux en bataille il ressemblait à une chouette.

Derek lui sourit, timidement, mais ne dit rien de plus, attendant sans doute la réaction de l'adolescent.

-Derek...murmura Stiles en réponse. Il ne pouvait rien dire d'autre, sa bouche était comme sèche, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Il aurait voulu faire quelque chose, peut-être lui sauter dessus pour l'embrasser, ou alors lui fermer froidement la porte au nez, mais il en était incapable.

Il s'était imaginé cette scène des dizaines, des centaines de fois peut-être, pensant à toutes les réactions qu'il aurait pu avoir, tout ce qu'il aurait pu dire mais là, lorsque le moment fut enfin arrivé, il ne pu rien faire d'autre que le regarder.

-Tu vas bien ? Demanda Derek, comme si de rien n'était.

Cette question sortit Stiles de sa torpeur. Est-ce qu'il allait bien ? Là ? Maintenant ? Non. Il était pétrifié, terrifié, il avait du mal à respirer, la totalité de son corps le poussait à bouger, mais il n'y arrivait pas. Il sentait son sang bouillir dans ses veines, sans comprendre pourquoi.

Puis tout lui revint, comme une vague. Toute la souffrance, toutes les larmes, tout les cauchemars. Toutes ses nuits d'insomnie, toutes ses journées sans manger ni bouger, toute cette tristesse. C'était à cause de lui, car il l'avait abandonné. Cette colère prit soudainement possession de son corps, animant chacun de ses sens.

-Qu'est-ce que tu fais là Derek ? Demanda-t-il sèchement, en s'avançant un peu vers Derek qui recula un peu.

La question sembla perturbé son ami. Il s'attendait à quoi ? A des retrouvailles chaleureuses après presque quatre mois de séparation sans aucune nouvelle ?

-Tu n'es pas heureux de me voir ? Dit-il comme pour souligner les pensées de Stiles.

-Je devrais l'être ?

Ils se posaient beaucoup de questions, beaucoup trop d'après Stiles. Il en avait marre des questions, il voulait des réponses.

-T'étais où ?

-Je...je suis désolé Stiles, de pas t'avoir donné de nouvelle.

Il ne répondait pas à la question.

Stiles s'avança un peu plus vers lui, l'obligeant à faire un pas en arrière. C'était étrange, pour la première fois Stiles se sentait en position de force.

-J'étais au Nouveau-Mexique.

-Ah c'est bien, j'ai entendu dire que c'était très jolie là bas, un peu chaud peut-être. T'as ramené des souvenirs j'espère, et j'ai hâte de voir tes photos de vacances, dit l'adolescent avec le ton sarcastique qui lui était habituel.

-Je...

-Non tais-toi Derek, le coupa t-il, faisant un pas de plus. Tu te barres pendant quatre mois, tu ne me donnes pas de nouvelle, et tu te ramènes chez moi à 11h du soir la bouche en cœur et le sourire aux lèvres comme si t'en avais le droit. Et bah non, mon pote, t'as pas le droit.

Derek fronça les sourcils, mais son expression montrait sa surprise.

-Arrête Stiles tu savais pourquoi je devais partir !

-Ah ouai ? Pour trouver ce Peter, ton oncle ? Tu l'as trouvé d'ailleurs cet oncle qui t'as attiré tellement de problèmes ?

-Oui il m'a trouvé, répondit une voix non loin.

Stiles sursauta presque en voyant un inconnu s'avancer près d'eux, sortant de la pénombre.

-Je suis Peter, soit dit en passant, dit le nouvel arrivant en leur faisant un signe de la main.

Grâce à la lumière dans laquelle il se trouvait Stiles pu détailler ce fameux Peter. Il était grand, autant que Derek, et avait la même carrure. Ses yeux étaient bleu et il avait le même regard que son neveu, même s'il semblait être moins constamment en colère contre le reste du monde. Peter leur sourit, encore plus lorsqu'il vit Derek le dévisager avec énervement.

-Je t'avais dit de rester dans la voiture, dit ce dernier, d'une voix qui trahissait ses émotions envers son oncle.

-Oh j'ai vu que vous n'aviez pas l'air en très bon termes tout le deux, je me suis dis que je devais intervenir avant que la situation ne dérape.

Derek leva les yeux au ciel, tandis que Stiles ne quittait pas des yeux Peter.

-Tu vas nous laisser dehors ? Demanda le nouveau venu. Il n'attendit même pas la réponse de Stiles et entra dans la maison.

L'adolescent regarda Derek avec un air surprit puis suivit Peter dans sa maison avec humeur.

-Ah, vous deux, vous êtes pas de la même famille pour rien, vous vous croyez tout permis, grommela-t-il.

-Tu as une très jolie maison, dit Peter en s'assaillant sur une chaise dans la cuisine, n'hésitant pas à mettre ses pieds sur la table.

Stiles lui lança un regard noir, mais l'oncle de Derek ne retira pas le sourire arrogant qu'il avait sur le visage.

-Toi, je ne t'aime pas, dit Stiles en le pointant du doigts. Alors t'es parti quatre mois pour le ramener lui ? Demanda-t-il en se tournant vers Derek.

Il entendit Peter rire derrière lui.

-Oui, il n'a pas vraiment eu le choix en réalité, j'ai une affaire à régler avec les Calavera.

-Oui ça je sais, dit Stiles sans même lui lancer un regard, toujours face à Derek.

Derek ne disait plus rien, lui et Stiles ne faisaient que se fixer. A cet instant, l'adolescent comprit à quel point il lui avait manqué, et même si la colère l'animait encore, il était heureux de le voir enfin en face de lui.

-Surtout ne vous gênez pas pour moi, dit Peter, riant du moment gainant que partageait le couple.

-Oh ferme là, dit Derek. Il attrapa le bras de Stiles et le fit venir dans le couloir, loin des oreilles de Peter.

La pluie continuait à tomber doucement, et les deux jeunes hommes maintenant seuls pouvaient l'entendre près de la fenêtre où ils se tenaient. Stiles ne trouvait pas que l'idée de laisser Peter sans surveillance était excellente, il n'aimait vraiment cet homme, son instinct lui disait de ne pas lui faire confiance. De plus, il ne se sentait pas à l'aise, si proche de Derek dans ce couloir.

-Stiles...commença-t-il.

-Si tu veux t'excuser encore ça ne servira à rien, le coupa Stiles avec froideur.

Il était toujours autant en colère. Derek lui répondit avec un soupir exaspéré.

-Tu trouves que ma colère n'est pas justifiée ? Demanda Stiles, le défiant du regard dans l'obscurité de la scène. Malgré le manque de lumière, il arrivait encore à bien détailler le visage dur de Derek, sa mâchoire carré et ses sourcils froncé qui affichait un air surprit.

-J'ai jamais dit ça Stiles...

-Alors quoi ?! S'écriât-il. Tu penses que je devrais simplement t'accueillir les bras ouverts ? Est-ce t'as ne serait-ce que l'idée de la difficulté que ça a été de vivre ces quatre mois sans nouvelles ?!

Il avait parlé fort, mais il ne s'inquiéta pas de savoir si Peter l'avait entendu. Son sang bouillait littéralement dans ses veines, il ne comprenait pas pourquoi il avait tellement de colère en lui, mais garda quand même une expression énervée pour garder la face. Ce ne fut pas le cas de Derek dont le visage se décomposa littéralement.

-Tu penses que ça a été facile pour moi ? Murmura-t-il presque. Tu crois que moi aussi je n'en ai pas passé des nuits entières à faire des cauchemars, ou à être incapable de dormir ? Oh Stiles, si tu savais, le nombre de fois où j'ai failli t'appeler, ou j'ai failli monter dans ma voiture pour revenir ici le plus rapidement possible...

Stiles ne trouva pas le souffle pour répondre.

-Tu n'as aucune idée de la difficulté que ça a été de vivre ces quatre mois sans te donner de nouvelles, simplement car je pense plus à ta sécurité qu'à mon bonheur. Je préférerais quitter le pays et crever à cause de la séparation plutôt que de savoir que ta vie est en danger à cause de moi Stiles, mets toi ça dans le crâne.

L'adolescent ne su comment réagir. Un silence gêné s'installa dans le couloir. Stiles n'aurait jamais cru entendre ces mots sortir de la bouche de Derek. Évidemment, il lui avait dit qu'il l'aimait, lorsqu'ils étaient tout les deux au chalet, mais ça, ce qu'il venait de dire, était tellement plus que ces 7 lettres qu'il avait un jour prononcé, et qu'il n'avait jamais redis.

-Oh et merde, fini par répondre Stiles, en s'avançant vers Derek pour le plaquer contre le mur en l'embrassant avec ardeur.

Ses lèvres, elles lui avaient tellement manqué, comme le touché de sa peau sur la sienne. Il sentait à nouveau l'odeur de Derek, celle qu'il ne pensait plus jamais sentir. Il attrapa ses épaules, et bien que Stiles soit un peu plus petit cela n'empêcha pas leur baiser d'avoir lieu. Derek sembla surprit, il ne s'attendait sans doute pas à ce que Stiles l'embrasse au milieu de leur dispute, surtout avec une telle ardeur.

L'adolescent entrouvrit la bouche pour que sa langue puisse s'immiscer dans celle de Derek et y toucher la sienne. Il inclina sa tête pour accentuer le baiser tandis qu'il descendit lentement ses mains pour les glisser en dessous du t-shirt de Derek. Il avait envie de lui, de sentir son corps contre le sien, de ne plus jamais le quitter. Derek agrippa les bras de Stiles avec sa force habituelle et sans hésiter le plaqua à son tour sur le mur en face, ce qui fit mal au dos de l'adolescent mais il n'en fit rien. Derek pressa plus fortement sa bouche contre celle de son petit ami, comme s'il en voulait plus. La chaleur monta entre leurs deux corps, mais Stiles eut des frissons lorsqu'il sentit les mains de Derek lui caresser le torse en dessous de son t-shirt à son tour. Il s'apprêtait à lui enlever avec ardeur quand ils entendirent quelque chose se briser dans la cuisine. Derek arrêta le baiser avec regret, un air de surprise sur le visage.

Peter...

Stiles leva les yeux au ciel avec un soupir d'exaspération. Son ami enleva ses mains du corps de l'adolescent et recula, la tension entre les deux hommes redescendant. Ils tentèrent de calmer les rougeurs de leurs joues et de remettre leur t-shirt en place, tout en se regardant avec embarra, mais sachant tout les deux qu'ils étaient aussi déçu l'un que l'autre que ce bruit les ait séparé.

Stiles se racla la gorge pour reprendre contenance puis quitta le couloir suivit de Derek. Ils arrivèrent dans la cuisine pour y découvrir Peter, debout, des débris de verre près de lui.

-Désolé, j'ai fais tomber un verre, dit-il.

Stiles lui lança un regard noir.

-J'espère ne pas vous avoir dérangé dans vos petites retrouvailles en tout cas, ajouta-t-il, avec un faux-air d'innocence.

-Mais non pas du tout, répondit Stiles sarcastiquement.

Il s'approcha de Peter et ramassa les bouts de verre qui se trouvaient par terre, en évitant de se couper.

-Bien, je pense qu'il est temps qu'on y aille, déclara l'oncle de Derek en s'avançant vers la porte d'entrée.

Stiles se releva d'un coup, toujours en faisant attention à ne pas s'écorcher avec le verre.

-Comment ça vous partez ? Demanda-t-il, de la colère mêlé à de l'angoisse dans sa voix. Vous ne pouvez pas partir, pas aussi vite, vous me devez une explication !

-Une explication ? Je ne te dois rien du tout, répondit Peter en se retournant, les sourcils haussés et le regard hautain.

Stiles s'approcha de deux hommes avec menace.

-Peut-être, mais Derek m'en doit une.

Il se tourna vers son petit ami qui n'avait encore rien dit. Son regard était neutre, comme s'il réfléchissait.

-Alors ? Insista le jeune homme devant l'inaction de Derek. Vous avez réglé le problème des Calavera ?

-Ça ne te concerne pas, gamin, dit Peter.

Mais l'adolescent ne réagit pas, continuant d'interroger Derek du regard. Ce dernier fixa à son tour Stiles. Il était impossible de déterminer ce qu'il se passait dans sa tête à cet instant. Après de longues secondes de silence il finit par parler.

-Oui, on a trouvé un moyen de régler la situation.

Ils entendirent Peter lâcher un grand soupire.

-Quand j'étais au Nouveau-Mexique, après avoir retrouvé Peter, on a contacté les Calavera pour leur dire qu'on pouvait payer la dette.

Stiles haussa les sourcils.

-Simplement ? Et ils ont accepté ? Non, attends, il a accepté ? Demanda-t-il, désignant Peter du regard.

-Oui, j'ai accepté. Je devais bien ça à mon neveu après tout.

L'adolescent fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas dans cette histoire. Pourquoi Peter accepterait-il de se rendre après avoir passé autant de temps en fuite ? Il leur cachait quelque chose, Stiles en était certain.

-Donc nous allons les rencontrer demain soir, pour leur donner l'argent, ajouta Derek.

Stiles ne cacha cette fois pas sa surprise.

-Mais tout va bien, on a la situation totalement en mains ! Dit Derek pour rassurer Stiles.

Il s'approcha de lui et lui posa ses mains sur les épaules de l'adolescent,

-T'es en train de me dire que tu vas aller rencontrer des dealers Mexicains avec un oncle sans doute psychopathe pour leur donner 50 000$ sans aucune confirmation qu'ils ne vont pas vous faire un coup fourré mais tu as la « situation totalement en mains » ? Sérieusement Derek ?

-Je ne suis pas un psychopathe, argumenta Peter derrière eux.

-Ferma-la ! Dirent en cœurs les deux jeunes hommes, fermant la bouche de Peter.

Derek lui lança un regard mêlant exaspération et tristesse.

-T'as raison, nous n'avons pas la situation tant que ça en main, mais c'est la seule solution, alors on va aller leur donner l'argent, ils retourneront au Mexique, et nous on pourra continuer à vivre tranquillement.

Stiles leva les yeux au ciel.

-Je suppose que je n'ai pas mon mot à dire dans cette histoire de toute façon.

-Non, déclara formellement Peter, tu n'as pas ton opinion à donner.

Il se leva sous le regard encore plus sombre de Stiles, et ouvrit la porte pour sortir. La pluie s'était arrêtée de tomber, mais il faisait froid.

Derek plongea ses yeux dans ceux de son petit ami, et posa doucement sa main sur sa joue.

-Ça va aller, ne t'inquiète pas, dit-il doucement. Je peux régler ça seul.

Il posa ses lèvres délicatement sur les siennes. Ce fut un simple baiser, moins passionné que leur précédent, mais qui était comme une promesse, celle que tout irait bien, et que Stiles n'aurait plus à s'inquiéter pour Derek.