Finalement, je n'ai pas reçu sa wig, mais j'ai reçu son outfit qui me faisait trop envie. Sakkun est vraiment choupi dedans ! Mais il serait mieux avec des cheveux… TT

: Journal des Reviewers :

Tif : Eh oui, je suis une insupportable de tortionnaire. Enfin bon, vous êtes tous habitués à ça, non ? XD Kiss et merci !

Sugar & Spice : Eh oui ! On dirait pas comme ça, hein ? XD Mais la demoiselle cache encore tellement de choses… Loool « Saki-chan » ! Ca change de « Sakkun » XD ! J'adore ! Comment Sakurai fait avec Orie ? Il prend sur lui, surtout. Après, il sait qu'elle est dans une position difficilement supportable, alors il essaye de se faire oublier. Pas facile tout ça. Kiss et merci !

Drake :Mdr ! Elle aurait pu le faire, mais dans ce cas, toute la classe n'aurait pas payé. Là, c'était collectif. XD Kiss et merci !

Ne jamais avoir un ami plus déluré que vous. Jamais. XD


Chapitre 8 : Ouvre-toi !

Durant la demie heure qui lui restait suite à l'interruption du cours, Sakurai essaya de retrouver Kami. Il partit en chasse et fouilla les principaux lieux du lycée, en vain. Le campus était si vaste qu'il n'avait pas assez de temps pour tout faire, même au pas de course. Kakuei l'avait suivi, curieux de savoir ce que son ami pouvait chercher avec autant d'ardeur.

- C'est pas souvent que je te vois aussi pressé, sourit le grand châtain avec une douce goguenardise. Aussi expressif, devrai-je dire.

A bout de souffle à cause de l'empressement que lui demandaient ses recherches, Sakurai se tourna vers lui, l'air interrogateur.

- Toi aussi, tu trouves que j'ai changé ?

- Oh oui, approuva Kakuei avec un vif hochement de tête. Quand je t'ai connu, en Seconde, jusqu'à il y a peu, ton visage ne fluctuait pas du tout. Aucune émotion ne te traversait.

Il baissa un peu les yeux. Kakuei était dans le vrai. Il s'était effectivement construit une carapace blindée sur laquelle tout avait rebondi sans aucune faille. Rien n'avait eu d'emprise sur lui. Jusqu'aux mots et aux gestes d'un yûrei au tempérament incroyable.

- Mais ! reprit Kakuei avec dynamisme, une main sur l'épaule de son ami. Je crois que tu changes en bien.

Son visage de grand gamin se ferma un instant avec un rare sérieux.

- Je comprends que tu en ais pris plein la tête à cause de ces imbéciles, Sakurai. Mais respire un peu. Vis ta vie ! Tu les emmerdes tous, fais-toi un peu plaisir. Si tu ne dis pas haut et fort ce que tu veux et ne veux pas, tu vas sombrer. Parle, crie, tape du poing ! Je sais que tu es quelqu'un de bien qui veut se faire oublier. Mais tu n'y es pour rien, tu le sais !

Sakurai ouvrit la bouche pour répondre mais Kakuei l'arrêta, un index académique levé devant son nez et un sourire trop large pour être honnête.

- Aussi, vais-je me charger de ta rebel attitude. Aujourd'hui même. Après les cours.

- Hu ? Mais… Hé ! De quoi parles-tu ? Kakuei ? Kakuei !! appela le jeune homme d'une voix forte à l'autre qui s'éloignait en courant.

Trop tard, il avait déjà disparu pour son cours optionnel de biologie renforcée. Lui et ses idées bizarres ! Il faudrait qu'il lui en touche deux mots un de ces jours.

Comme si cela ne suffisait pas, la sonnerie fit retentir ses échos grinçants dans tout l'établissement. Et pas de Kami en vue. Où avait-elle bien pu aller ? Elle était partie en exploration minutieuse ou quoi ? Il soupira d'abandon, remonta la bandoulière de sa serviette sur son épaule et partit au cours suivant.

Pour une première journée depuis son absence, Sakurai dut reconnaître qu'elle se déroulait plutôt bien. D'accord, il avait toujours droit à des piques enflammées ici et là et tout autant de regards mauvais de la part de sa classe, mais par chance, « l'incident » électrique de la matinée avait conduit les élèves de la Terminale A à diriger leur colère sur la perte de leur ordinateur fusillé de l'intérieur et/ou broyé de l'extérieur. Il en mettrait ses nouveaux yeux au feu que la plupart y avaient vu une manifestation paranormale en constatant que leur bouc émissaire avait été épargné. Une chance que son ijime ne se limitait qu'à sa seule classe. Si le lycée entier avait été sur son dos, il n'aurait jamais tenu trois ans comme il l'avait fait.

Si les rumeurs étaient vraies, s'il avait intégré la Terminale C, il n'aurait pas eu de problèmes. Les classes étaient réparties selon l'avenir de l'étudiant. Les élèves comme lui qui étaient appelés à reprendre la direction d'un empire économique se retrouvaient en classe A, ceux promis à un avenir dans le domaine juridique allaient en B et ceux qui s'orientaient plus vers une carrière politique allaient en C. Le reste allait en D. L'on murmurait à qui voulait bien l'entendre que les « élèves C » étaient pire que des requins qui vendraient père et mère pour se faire une place. A vérifier. Si les Terminale C avaient un jour vent de l'histoire de Sakurai qui lui valait la haine de ses homologues, nul doute qu'ils le considèreraient comme un héros.

- Ca fait froid dans le dos… pensait-il après son cours de mathématiques, le dernier de la journée.

L'air de cette fin d'après-midi s'était rafraîchi. Le soleil pâle de printemps avait pratiquement fini son office pour la journée. Sa lumière safrane s'étendait sur toute la voûte céleste tout en amorçant sa descente derrière l'horizon. Une pointe de vent s'était levée. Elle faisait tournoyer les jupes plissées des filles ou décoiffaient les brushings impeccables des garçons. Les nombreuses voitures de luxe s'entassaient en file indienne dans l'immense cour intérieure dans l'attente que les jeunes héritiers et héritières les rejoignent.

Sakurai fit une halte sous le porche du hall et scruta. Non, la sienne n'était pas encore arrivée. Il fit glisser son sac pour le poser à terre mais s'arrêta. Son attention était attirée par une étrange scène un peu plus loin.

Sur l'un des nombreux bancs de marbre blanc qui étaient disposés devant les bâtiments, deux filles en uniformes étaient assises. La première serrait quelque chose dans ses mains et retenait ses larmes dans un mouchoir de soie brodée sans remarquer la seconde qui l'observait avec tristesse, ses longs cheveux ondoyés flottant doucement au vent. De là où il était, Sakurai vit Kami parler à l'étudiante mais ne fut pas en mesure d'entendre. Elle tendit la main vers le visage de sa voisine éplorée afin de lui sécher ses pleurs. Son cœur se serra à la vue de sa main qui la traversa telle du vide.

Kami pinça les lèvres, plus attristée et baissa la main, se contentant de lui parler encore.

- Makiguchi-sama ! appela soudainement un chauffeur depuis sa voiture. Je suis ici !

La lycéenne leva d'un bond comme si on lui avait piqué le postérieur avec une aiguille. Elle essuya une dernière fois ses yeux, rangea dans sa poche de veste ce que Sakurai distingua comme une photo puis rejoignit la voiture qui l'attendait, suivie par le regard éteint de Kami. Une fois la voiture partie, le jeune homme vint s'asseoir à ses côtés.

- Qu'avait-elle ?

Elle baissa les yeux sur ses mains jointes.

- Beaucoup de chagrin. Quelqu'un l'a laissée et elle se sent très seule.

Il ne répondit pas et préféra porter son regard sur la longue allée bétonnée menant au portail d'entrée en fer forgé. Sans doute un ancien petit ami peu attentif. Après l'expression de justice vengeresse qui s'était peinte sur le visage délicat de la jeune fille, cela lui fit bizarre de la voir si triste à présent.

- Pour ce matin… merci, lâcha-t-il après un long silence. J'ai eu la paix pour une fois.

- Justement… reprit Kami en se tournant vers lui. Pourquoi sont-ils comme ça ?

Il soupira et passa la main dans ses cheveux indisciplinés sous le vent. Il n'aimait pas ressasser cela, mais après ce qu'elle avait fait pour lui, elle méritait une explication.

- Parce qu'ils défendent Megumi. C'est en ma faveur que reviendra la direction du groupe bancaire de mon père alors que c'est Megumi l'aînée…

- … qui prend devant tout le monde un pauvre air de petite fille gâtée spoliée pour te faire payer ce favoritisme que tu n'as jamais réclamé, acheva une voix en face de lui.

C'était Kakuei qui guettait son ami avec le même visage qu'un grand frère aurait envers le petit dernier d'une fratrie.

- Arrête de penser à ça. Ils essaient de se faire bien voir de ta sœur en se rangeant de son côté car ils savent que toi tu sais lire entre leurs lignes.

Kami n'en croyait pas ses oreilles tant ce qu'elle venait d'apprendre la choquait. C'était pour cela que Sakurai était harcelé depuis son arrivée à Hanoya ? Pour une histoire d'héritage qu'il n'avait influencée en rien ? Pourtant, les autres voyaient bien comme elle qu'il n'était pas du genre à se parer d'arrogance et de prétention pour briller en public ! Cette ignominie était si révoltante qu'elle en restait sans voix. Ce n'était pas possible…

- Allez ! Maintenant que je suis là, on va s'occuper de dérider un peu cet ado dans son costume de futur grand patron ! déclara Kakuei en attrapant une main de Sakurai.

- Quoi ? Kakuei ! On va m'attendre ! Ne t'occupe pas de moi ! prétexta son ami qui sentait mal cette idée.

- Non, il a raison ! approuva Kami en se levant à son tour. Tu as assez donné ! Amuse-toi un peu toi, aussi !

- Hein ? Tu ne vas pas t'y mette aussi !

- A qui tu parles, Sakkun ?

Et c'est ainsi que notre ami fut enlevé en bonne et due forme par un esprit et par un garçon un peu trop survolté à son goût. Les trois jeunes gens montèrent dans la voiture qui attendait le jeune maître Taketomo et partirent sous les protestations offusquées de Sakurai en direction du quartier de Shibuya.

Sur le trajet, il eut beau user de tous les arguments, Sakurai ne parvint pas à faire changer Kakuei d'avis, d'autant plus qu'il bénéficiait de l'appui invisible de Kami. Elle aussi lui disait qu'il devait profiter de la vie en oubliant un peu la haine d'autrui. Il n'avait pas à garder tout cela pour lui.

Enfin, ils arrivèrent à destination au carrefour de Hachiko. Le fameux quartier de la mode tokyoïte au mille néons et à la jeunesse stylée aux looks plus excentriques les uns que les autres. C'était la première fois que Sakurai venait dans ce recoin de la capitale et il fallait dire que sa première rencontre avec les ganguro bronzées et décolorées le rendait perplexe. Voilà le parfait antonyme de ce qu'il voyait tout les jours : des jeunes filles au look bariolé et outrancier qui faisaient fi de la sage et noble blancheur de peau japonaise et s'attiraient souvent les critiques aiguisées de la société traditionnelle bien pensante. Cette provocation ostentatoire força son respect.

Sous recommandation de Kakuei, les garçons se délestèrent de la veste de leur uniforme frappée du sigle de Hanoya afin de mieux se fondre dans la masse. Après cela, le quartier était à eux. Des écrans géants sur toutes les façades des buildings, des panneaux publicitaires qui faisaient la hauteur des bâtiments, de la musique dans tous les coins et surtout, une foule monstre qui se croisait sur les larges passages piétons de l'avenue. C'était une véritable débauche de sons et de couleurs qui assaillaient les trois arrivants de toutes parts.

La faune hétéroclite fut ce qui attira le plus l'attention de Sakurai. Entre les jeunes japonaises élégantes qui mêlaient dans leur style ceinture sur pull ample et mini-jupe avec des bottes hautes et leurs accompagnateurs aux tee-shirts larges et coiffures déjantées, sans oublier les fameuses gothic lolita, ces poupées victoriennes nouvelle génération enroulées dans du tissu froufroutant rose dragée ou noir corbeau et lacées de rubans de satins, ce néophyte du monde lambda ne savait où donner de la tête. Dire qu'il aurait pu ressembler à ce garçon là-bas qui pianotait furieusement sur son téléphone portable…

Kami remarqua son intérêt et eut une idée.

- Etape numéro un ! décréta-t-elle en lui attrapant la manche du poignet. Une garde-robe plus trendy ! En route !

- Mais… !

Et sans crier gare, elle l'entraîna avec elle droit sur le magasin central du quartier, le Shibuya 109. Prenant la course soudaine de son ami pour un enthousiasme débordant, Kakuei fut agréablement surpris et s'élança sur ses talons.

- Du shopping ? Super idée ! On va faire prendre l'air à la carte bancaire !

Le Shibuya 109, avec plus de cinq étages de boutiques de vêtements et d'accessoires de mode, rivalisait avec une discothèque tant le bruit y était assourdissant. Les appels des vendeuses à l'entrée de leur magasin et la musique techno que hurlaient les haut-parleurs auraient eu de quoi faire fuir Sakurai s'il n'avait pas été aussi bien escorté.

Le pauvre fut ainsi traîné de boutique en boutique, conseillé par Kakuei et les vendeuses qui s'amusèrent beaucoup à relooker ce beau garçon à l'air si austère. Même Kami s'y mettait en glissant discrètement dans les mains des vendeuses les tenues qu'elle avait repérées.

Sakurai finit par abdiquer et devint un mannequin docile. Il pensait même que cette mode était plus agréable que tous les vêtements classiques de grandes marques italiennes ou françaises qu'il portait. Oh, bien sûr, il n'avait pas non plus succombé à un virage à cent quatre-vingt degrés en adoptant un look complètement fou. Il faisait juste…

- … carrément cool ! complimenta Kakuei avec un hochement de tête admiratif. Tu étais fait pour porter les vêtements du peuple !

Le jeune homme devant la cabine d'essayage n'eut pas de réaction. S'il savait qu'il faisait initialement partie du « peuple »…

- Tu es encore plus beau comme ça, Sakurai ! s'ébaudit Kami en tapant dans ses mains.

Elle comprit au regard interloqué de son interlocuteur qu'elle avait un peu trop parlé. Elle rougit comme une tomate et préféra quitter le magasin à toute vitesse.

- On arrête les frais là ? proposa Sakurai, lessivé. Ca fait deux heures que l'on écume les boutiques…

- D'accord, mais la journée n'est pas finie !

Kakuei s'occupa de payer les achats de son ami – ça lui faisait trop plaisir de contribuer à son changement – et lui proposa de boire un verre dans un petit café voisin.

Rejoints plus tard par Kami, les deux garçons se retrouvèrent assis devant leur menthe à l'eau à observer les mouvements de foule qui passaient devant eux. Sakurai fut gêné pour Kami qui ne pouvait pas commander. De quoi aurait-il eu l'air s'il avait commandé une seconde boisson ?

- En tout cas, c'est gentil de me sortir, dit-il en poussant discrètement son verre vers sa voisine invisible. Même si je persiste à dire que tu n'avais pas à t'en soucier.

Kami baissa les yeux sur la paille rose pointée dans sa direction et aspira quelques gorgées. Elle était touchée de son attention, mais elle n'osait pas lui avouer qu'à présent, elle avait perdu le goût des choses , tout comme la sensation de faim et de soif.

- Pour une fois que je peux te sortir un peu de ton carcan de silence, je n'allais pas m'en priver ! rit Kakuei avant de se redresser de son siège. Oh… ! Oh non, j'oserai pas…

Intrigué, Sakurai remonta le long de son regard pour savoir ce qu'il avait vu. Son teint changea de couleur et ses doigts tremblèrent autour de son verre.

- Kakuei… Là…

Kami l'imita et cligna les yeux de surprise.

- Eh bien ça… souffla-t-elle avec un début de rire. Oh non…

Après quelques secondes d'hésitation entre la devanture du magasin qu'il venait de voir et l'œillade menaçante de son ami, le garçon châtain finit par se lever.

- Oh si ! Ca va te convertir totalement ! rit-il.

- Je t'interd… Noooon !

Trop tard, il l'avait attrapé.

Quelques minutes et autres protestations plus tard, Sakurai sortit, accompagné de Kakuei et Kami, et vint regarder dans le reflet de la vitre, son lobe gauche nouvellement percé d'un petit anneau d'argent fumé.

- Je rêve… soupira-t-il en soulevant une mèche de cheveux blonds qui retombaient devant son bijou. De quoi ai-je l'air ?

- Ca te va très bien, le contredit Kami avec un sourire.

- Si c'est bien porté, un anneau donne un air très détaché et cool ! récita Kakuei comme s'il s'agissait d'une vérité absolue. Et là, c'est ton cas.

- Tu dis ça parce que tu en as deux sur son oreille droite. Ah non, trois maintenant… corrigea Sakurai en jetant un coup d'œil au nouvel anneau qui ornait le haut de l'oreille de Kakuei.

Sakurai fit la moue devant son image. Il ne se reconnaissait pas. Qui était ce jeune homme qui avait tout d'un adolescent tokyoïte des plus normaux ? Ses vêtements suivaient la tendance actuelle et sa boucle d'oreille ajoutait une petite touche particulière qu'il n'aurait jamais osée en temps normal. Il se sentait pourtant bien dans ces vêtements, dans la peau de ce garçon sans histoire qu'il aurait pu être. Mais en même temps, il était perdu. Voulait-il vraiment ressembler à ce qu'il n'était pas ? S'approcher de cette image que sa vie actuelle ne lui attribuait pas ?

- Ce n'était pas nécessaire quand même, le piercing… marmotta-t-il en imaginant déjà les réactions familiales.

- Il accepte ! traduisit Kakuei avec joie. Ne t'en fais pas, tu t'y feras vite. Et pour finir cette journée en beauté, on va l'immortaliser !

Une fois de plus, il prit le bras de Sakurai et l'emmena sa dernière élucubration. Celle-ci se baptisait très simplement « perikura ». Le jeune homme blond considéra avec perplexité le gros photomaton pour accueillir au moins cinq personnes.

- Oh, j'ai toujours voulu essayer ça ! s'amusa Kami qui était déjà dedans.

- C'est parti !

Kakuei glissa les quelques pièces de monnaie dans la fente de l'appareil et poussa Sakurai à l'intérieur. Il s'occupa de faire tous les réglages sur la trame de fond et le texte. Son ami le regardait faire, un peu méfiant.

- Ah ah ! Je vais te rajouter des piercings, décida le garçon châtain en tapotant sur les boutons.

- Ah non ! J'ai assez de trous pour le restant de mes jours ! protesta le blond en lui retenant le poignet.

- Mais si, mais si !

Dans leur gentille lutte, les garçons jouèrent des bras, si bien est que l'un d'eux appuya par inadvertance sur le déclencheur. Le flash jaillit dans la cabine et immobilisa les trois adolescents encore figés de surprise.

Ce fut Sakurai qui réceptionna le lot de quatre photos qui tomba quelques minutes plus tard. Il se découvrirt en train de réprimander un Kakuei hilare près de Kami qui était à cheval entre le rire et l'appel à l'aide, coincée entre les deux. Les garçons portaient tous les deux sur la tête une couronne rajoutée numériquement et le fond portait le titre de la séance photos en lettres bariolées : « Les roi du monde ». Bien que peu conventionnel, on ne pouvait pas reprocher à ce cliché son manque de vie.

- On est très bien tous les deux, pas vrai ? demanda Kakuei en détachant une photo pour lui. Mon premier souvenir avec toi, je vais la conserver longtemps !

Sakurai leva un regard étrange vers lui. Alors, depuis tout ce temps, il le voyait vraiment comme un ami et non comme l'héritier Itanagi ? Il ne se rendit compte que maintenant du mal qu'il avait pu faire à Kakuei avec son indifférence, ses silences et sa froideur. Au fond, il avait été le seul à le soutenir et le défendre face aux autres.

- Merci… Kakuei…

- Mais de rien, je me suis trop amusé. Allez, je te raccompagne ?

- Ca ira. J'ai appelé mon chauffeur. Il va venir directement.

- OK. Dans ce cas, je vais… Ooooh ! Makiguchi-saaaan ! s'exclama-t-il avec une voix haut perchée en faisant des signes de la main. Bonsoir !

Sakurai trouva la personne à qui était destinée cette voix ronronnante. C'était une jeune fille rousse qui venait de tourner la tête à l'appel de son nom. Elle sourit et répondit aussi par un signe amical. Il l'avait déjà vue et savait qu'elle s'appelait Okichi Makiguchi. C'était une élève de la classe B sur laquelle Kakuei avait de très grosses vues depuis un mois. Dès qu'il la voyait, ce grand gaillard jovial et extraverti perdait tous ses moyens face à elle.

- Bon, euh… Ce n'est pas que je veux te laisser mais… commença Kakuei en jouant avec ses doigts.

- Vas-y, j'ai compris. Mais dis-moi, cette Makiguchi, elle n'a pas une sœur à Hanoya ? Une brune avec les cheveux au carré ? Je l'ai vue pleurer cet après-midi après les cours.

Son ami le corrigea. Non, ce n'était pas sa sœur. Tsuki Makiguchi était sa cousine et la raison de ses pleurs n'était pas difficile à savoir. Une de ses amies avait décédé et elle ne parvenait pas à faire son deuil.

- D'ailleurs, j'ai une photo de cette fille, dit-il en fouillant dans son portefeuille. Tsuki-san sait que sa cousine me plait bien alors elle m'en a donné une d'elles trois. Tiens.

Sakurai prit le petit morceau de papier glacé et son cœur s'arrêta. Devant la fontaine d'un riche jardin baigné de lumière, Okichi Makiguchi se tenait près de sa cousine Tsuki qui avait le visage bien plus rayonnant et radieux que tout à l'heure sur le banc du lycée. Peut-être était-elle naturellement enjouée, à moins que ce ne fût le fait de poser près de son amie, une jeune fille à la longue chevelure ondulée couleur sable qui souriait à l'objectif de son regard timide vert tilleul et pistache, qui la rendait allègre.

- C'est… articula-t-il, la voix bloquée.

- Un joli brin de fille, hein ? Je crois qu'elle s'appelait Kagami, si mes souvenirs sont bons.

Une exclamation étouffée près de lui le sortit de sa torpeur. Le jeune homme blond releva lentement la tête vers Kami qui le fixait avec une horreur pétrifiée dans les yeux, la bouche entrouverte d'effarement.

- Kagami… « Kami »…?


Oh oh… Révélation ! XD

Prochain chapitre : Que caches-tu Kami ? Hé ? Et vous êtes qui, vous ?