Puis il y avait eu la rentrée. Et puis janvier. Et puis février. Et puis mars. Un morne calendrier accroché au-dessus du lit de Bill ne faisait qu'égrener ces jours sans joie, tandis que d'autres s'affolaient à la perspective des examens, ou que d'autres constataient non sans liesse le retour des beaux jours. Les petits rayons de soleil naissant laissaient Bill indifférent.

Mary, quant à elle, l'évitait. Janvier s'était soldé par une rupture pénible mais que chacun avait depuis longtemps présagé de son côté, sans oser pourtant en faire le premier pas. Mais cela avait pris fin comme le reste. A vrai dire, ni l'un ni l'autre ne pouvait celer que ce fût un soulagement. Pleins d'appréhensions inavouées au départ, ils n'avaient fait que savourer ce que le présent leur offrait, sans véritablement envisager ce que cela donnerait à l'avenir. Ils ne se regardaient plus. Cela n'avait pas duré bien longtemps mais l'intensité en avait été telle que cela leur avait paru s'éterniser. Une éternité à vivre auprès de quelqu'un que l'on ne comprend plus n'est supportable pour personne – on en avait de fréquents exemples avec Sir Nicholas qui fuyait Peeves autant que possible, mais s'agaçait par-dessus tout de songer que cet état ne prendrait pas de fin.

Bill s'attachait à se calmer. La vie devait reprendre son cours normal. Dans un excès d'enthousiasme, il avait malencontreusement aspergé le professeur Plump d'un jet d'eau froide sorti tout droit de sa baguette, alors qu'il avait voulu pratiquer un sortilège élémentaire de protection.

Dans sa colère, Plump darda Bill de menaçants papillons noirs ; ce n'était pas, et de loin, sa première bévue de l'année en cours de Défense contre les Forces du Mal. Cela faisait longtemps qu'il se faisait remarquer, mais cette fois-ci Bill se promettait d'agir en conséquence et de mettre un terme à tout ça.

Avec le retour des beaux jours, un soulagement diffus se faisait d'ailleurs sentir par les élèves de Plump. L'hiver les avait empêché de trop souvent ouvrir les fenêtres, si bien que les papillons du professeur, prisonniers, n'avaient d'autre choix que de sortir par la porte, et ils erraient dans les couloirs, attirés par les chandelles, avant de s'évanouir au bout de quelques heures – heureusement ils n'étaient pas éternels. La situation se compliquait singulièrement lors de devoirs, où évidemment il ne s'agissait pas de laisser la porte ouverte à cause des rumeurs dans les couloirs ; et les toux de Mr Plump, particulièrement virulentes, se manifestaient par des émissions de lépidoptères mornes, aux ailes jaunies, et qui avaient la détestable manies de venir se reposer sur les copies des élèves.

Les élèves, dès la fin de février, exceptionnellement clément cette année-là, se remirent à ouvrir les battants.

Mais un soir, Percy revint dans la salle des Gryffondors particulièrement agacé ; il ouvrit son sac, laissant s'échapper de multiples bestioles ailées. Charlie, étonné, lui demanda pourquoi les première-année n'avaient pas ouvert les fenêtres.

- Impossible, grommela Percy. Il a le rhume des foins.

Un soir, John revint de la bibliothèque l'air assez préoccupé. Il se précipita sur Bill dans le dortoir, où, après s'être assuré qu'ils étaient seuls, il lui murmura :

- Bill… tu sais, à propos de ton fameux portrait…

- Oui ? fit Bill, attentif à ne pas laisser percer trop d'espoir dans sa voix.

- Je faisais des recherches à la bibliothèque pour le devoir de Soins aux Créatures Magiques… j'ai trouvé quelque chose – mais je ne suis pas sûr que ça te plaise.

- Vas-y, dis toujours.

- Je crois que j'ai deviné pourquoi il a eu… enfin, autant de fascination sur toi.

- Vraiment ?… Et quelle en est la cause ?

- John sembla prendre son courage à deux mains, avant de poursuivre :

- Je crois que tu es victime d'un enchantement.

- Quoi ?…

- Non, attends, laisse-moi t'expliquer. Je veux dire que la créature sur le portrait n'est pas humaine.

- En d'autres termes ?…

- En d'autres termes, mon vieux Bill, ce serait une Vélane.

Bill resta muet deux secondes.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

- C'est une créature de sexe féminin, qui a un étrange pouvoir d'attirance, spécialement sur les garçons. Elles sont généralement blondes, avec un visage très fin et des yeux très bleus – ce qui correspond en tout point au portrait que tu as vu.

Bill resta muet dix secondes.

- Est-ce que tu es sûr de ce que tu avances ?

- Ça me paraît logique en tout cas.

- Mais… il serait possible que leur pouvoir d'attraction marche aussi au travers de leurs portraits ?

- J'ai entendu dire que les descendantes des Vélanes – elles n'ont que des filles, m'a-t-on dit – conservent toutes plus ou moins des caractéristiques de leurs ancêtres. Pourquoi pas leurs représentations ?… D'ailleurs, le livre où j'ai trouvé tous ces détails ne montrait pas d'images. C'est te dire… J'imagine qu'ils n'avaient pas vraiment envie que les lecteurs se perdrent à jamais dans la contemplation d'une merveille pareille…

Bill le dévisageait, l'air malgré tout peiné.

- Pourquoi me le dire ?

- Tu m'en veux ? demanda John en se mordant la lèvre. J'ai pensé qu'il serait peut-être préférable que tu le saches. Après tout, autant que tu sois fixé une bonne fois pour toutes.

- Oui, certainement, murmura-t-il, le regard perdu dans le vague.

Il ne savait pas trop au juste ce que cela lui faisait. Il se remettait mal de savoir qu'il n'avait fait que poursuivre une image de son inconscient, dont il avait été la proie. Mais s'y ajoutait à présent le fait que la créature était tout sauf commune. Il s'agissait de quelque chose d'exceptionnel. Savoir que ses sentiments avaient été dictés plus ou moins par l'enchantement de la Vélane ne le laissait pas indifférent non plus.

Il resta de longues heures, après le dîner, à fixer les tentures de son lit sans trouver le sommeil. Il ne savait plus vraiment quoi penser.

Le lendemain il se rua à la bibliothèque. Une fois de plus, songea Charlie qui s'y trouvait déjà. Peut-être un jour, se dit-il, pensera-t-il à publier ses fiançailles avec Mme Pince.

Bill se précipita sur un rayon dévoué aux créatures magiques. Il s'empara d'une demi-douzaine de volumes qu'il jeta en catastrophe sur une table au côté de son frère. Mme Pince se dirigea vers lui d'un air courroucé en lui demandant de prendre garde aux livres, qui étaient fragiles et demandaient beaucoup d'attention.

Charlie ricana, une fois qu'elle eut le dos tourné :

- Le torchon brûle, on dirait… Première dispute amoureuse…

- Charlie, allons, grogna Bill absorbé dans ses recherches.

Puis il se tourna vers son frère, comme s'il le voyait pour la première fois :

- Charlie ! qu'est-ce que tu fais là ?

- J'existe.

- Tu ne devrais pas être à l'entraînement de Quidditch ? Ton prochain match, c'est pour bientôt…

- Oui, dit Charlie, rayonnant. Contre Serpentard. J'avoue que ce ne sera pas sans plaisir que je battrai cet immonde Cyril Flint…

- L'immonde est là et il t'a entendu, gronda une voix derrière lui.

- Ah ! Flint, fit Charlie en se retournant vers Flint avec un grand sourire. Ça t'a fait quoi de découvrir ton deuxième patronyme ?

Flint paraissait s'intéresser beaucoup aux lectures de Bill. Il s'empara de certains ouvrages avant que celui-ci n'ait pu le retenir, examina les titres ; puis il émit un ricanement.

- Qu'est-ce que tu fabriques, Weasley ?

- Rien qui te concerne, lui répliqua Bill. Va-t'en.

- Mais non… la bibliothèque est un espace public, tu ne peux pas m'en interdire l'accès.

- Mon espace vital l'exige.

- Désolé pour lui… Et ne songe pas à abuser de ta condition de préfet comme tu l'as fait la dernière fois… Tu te rappelles comment ça a fini, Weasley ? Ça te dirait, une autre punition avec Rogue ?

Charlie fronça les sourcils. Son frère ne lui avait pas parlé de cela.

Bill ne répliqua rien mais se leva pour reprendre ses ouvrages. Il tenta de les arracher des mains de Flint ; un livre s'échappa et atterrit sur le sol, où il s'ouvrit en laissant échapper un long hurlement.

- IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIk !

Tout le monde dans la bibliothèque se boucha les oreilles, essayant de déterminer la cause de tout ce raffut. Mme Pince accourut et intima à Flint de remettre ce livre là où il l'avait pris ; du moins c'est ce qu'on supposa puisqu'on entendait rien à travers cet horrible hurlement suraigu. Mais il est possible qu'elle ajouta d'autres commentaires désobligeants à cette intimation.

De mauvaise grâce, Flint ramassa le livre et le reposa sur la table pour le fermer. Le silence revint, de courte durée ; car on entendit la voix de la bibliothécaire, qui hurlait comme pour couvrir les bombardements d'Hiroshima :

- JE VOUS L'AI DEJA DIT ! ON NE MALTRAITE PAS LES LIVRES, ILS ONT LES MOYENS DE SE FAIRE ENTENDRE !

Bill et Charlie s'étaient déjà éclipsés, saisis par un même fou rire débordant.

Après cet incident, Charlie se hâta de retrouver Percy à la sortie d'un cours :

- Perce ! j'ai une idée.

- Bonne ou mauvaise ?

- Ecoute ! Apparemment, Flint a envoyé Bill entre les griffes de Rogue pendant notre absence ; et Bill, de son côté, est sur la voie de la guérison…

- Comment le sais-tu ?

- Il se rappelle que le Quidditch existe.

- Ah ! oui, en effet… Ca, c'est une progrès.

- Donc… Cela mérite consolation et récompense, n'est-ce pas ?

- Assurément.

- Voilà donc ce que tu vas faire…

La semaine d'après vit l'école entière qui se massait sur les gradins pour assister au match de Quidditch Gryffondor-Serpentard. Percy avait même consenti à venir, accompagné de Bill. Mais lorsque Bill se fut trouvé une place assise, il constata que son frère lui avait faussé compagnie. Et pour cause : Percy s'était glissé jusqu'au premier rang. Pour ce qu'il s'apprêtait à faire, il ne désirait pas avoir de témoin en la personne de Bill ; seul Charlie devait être au courant. D'ailleurs, la perspective de son acte le faisait frémir à l'avance. On aurait dit qu'il fuyait sa conscience. « C'est pour Bill, c'est pour Bill », se répétait-il à demi-mort d'inquiétude.

Bill, ne voyant pas revenir Percy, se plaça tranquillement et concentra son attention sur le terrain. Les équipes n'avaient pas encore fait leur entrée ; il lui tardait de voir arriver les Gryffondors, tout de rouge.

- Je… je peux m'asseoir là ? lui demanda une voix.

Il se tourna à demi pour faire face à Olivier Dubois, qui continuait d'une voix suppliante :

- Je n'ai trouvé de place nulle part. Sinon, je vais me retrouver au milieu de ces infâmes Serpentard, et je n'en ai aucune envie…

- Bien sûr. Viens.

Avec un plaisir évident, Olivier s'installa à côté de Bill.

- C'est ton frère, l'attrapeur, c'est ça ?

- Oui.

- Il est drôlement doué… s'écria-t-il avec une lueur d'envie dans le regard. J'ai commencé les leçons de vol cette année… J'aimerais tant faire partie de l'équipe des Gryffondors !

- Ce n'est pas impossible, reprit Bill en souriant. Le gardien, Hugo Marsh, est en 7ème année. Tu pourrais le remplacer l'année prochaine.

- Gardien… oh, oui, ça me plairait bien, ça… Gardien… Est-ce que… hem… est-ce que tu pourrais demander son avis à Charlie ? Je veux dire… ce qu'il penserait de ma candidature ?

- Pourquoi à lui ?

- Eh bien, étant donné que c'est un des joueurs les plus âgés et les plus expérimentés de l'équipe après Marsh, il y a de bonnes chances pour qu'il devienne capitaine après son départ.

« Il ne manque pas de discernement », songea Bill.

- C'est entendu, promit-il. Mais tu devrais aussi en parler à MacGonagall.

- Je n'y manquerai pas.

Une grande acclamation fit soudain résonner le stade ; les Serpentard et les Gryffondors avaient fait leur entrée. On força les capitaines des deux équipes (Marsh et A. Pril) à se serrer la main. Il y a apparence qu'ils en revinrent chacun avec une phalange brisée.

Quelques secondes plus tard on entendit le coup de sifflet de Mme Bibine ; les joueurs, ayant enfourché leurs balais, s'élevèrent dans les airs à des hauteurs différentes. C'était une élève de Serdaigle qui commentait le match.

- Le souaffle passe à Gryffondor… Vixen, – puis à Serpentard… Pril – ouch ! ça fait très mal… Et le souaffle repasse à Gryffondor qui MARQUE !!

La foule explosa en cris de joie ou sifflets outrageants de la part des Serpentard. Une centaine de bannières rougeoyantes se dressèrent au vent pour encourager les Gryffondors.

Charlie de son côté était remarquable de dextérité. Il volait en tonneau, passait avec adresse au milieu des joueurs, à la recherche du vif d'or ; il se savait talonné pour ainsi dire par Flint. Une fois Viviane Lengh avait réussi à envoyer un cognard dans la direction de Flint, qui ne l'avait évité que de justesse. Au premier but de Gryffonfor il était remonté en piqué pour manifester son allégresse ; à présent il survolait le terrain, confiant en ses propres capacités et en celles de son équipe. Lorsqu'il vit que Flint se promenait lentement au-dessous de lui, dans l'espoir d'apercevoir la petite balle dorée avant lui, Charlie vira légèrement pour s'assurer de la position de Percy sur les gradins. Puis il fonça droit devant lui pour attirer Flint ; celui-ci, méfiant, se dit que peut-être il s'agissait de la fameuse feinte de Levski1, mais Charlie ne se dirigeait pas suffisamment en direction du sol pour cela. Se disant qu'il ne risquait donc probablement rien, Flint s'engagea à sa suite. Charlie de son côté s'assura que Flint était derrière lui, avant d'accélérer tout droit vers Percy ; il longea la barrière des gradins de manière à passer tout près de lui. Comme de bien entendu, Flint effectua la même manœuvre. Il n'était pas complètement stupide et commença à se douter de quelque chose, mais trop tard ; Percy avait eu le temps de sortir sa baguette et de murmurer, en un tour de main, un sortilège de Confusion.

L'effet fut immédiat et saisissant.

Flint se mit à foncer comme un missile à travers le terrain, manquant flanquer par terre la moitié de ses coéquipiers. Les Gryffondors bénéficièrent de cette aide inattendue pour marquer une nouvelle fois.

Bill de son côté n'en croyait pas ses yeux. Il se disait que son vieil adversaire était soudain devenu fou ; son état de dément potentiel s'était-il désormais manifesté au grand jour ?…

- Regardez cela ! s'écriait la commentatrice qui avait retrouvé son ardeur. C'est incroyable… on dirait que Cyril Flint entame une tactique inattendue pour désorienter ses opposants… sauf qu'apparemment, c'est l'effet inverse qui se produit…

Arthur Pril, le capitaine de son équipe, abandonna momentanément sa position de batteur pour le rejoindre et lui crier après :

- Flint ! Flint ! qu'est-ce que tu fabriques ?...

Flint opéra alors un fantastique tour sur soi-même et revint droit vers… ses propres buts. Le gardien, terrifié à l'idée de cette masse humaine et rugissante comme un avion à réaction qui se dirigeait vers lui, quitta son poste avec un grand cri de terreur. L'instant d'après on vit Flint qui s'était immobilisé après un choc spectaculaire contre l'un des cerceaux de but ; le choc avait brisé le cercle, le crâne du jeune homme étant bien trop épais pour cela.

Les effets du charme de Percy étaient temporaires ; Flint, sous les rires ou les cris du stade, eut vite fait de se redresser en reprenant une attitude des plus normales. Il avait un souvenir parfait de ce qui s'était passé, mais ne comprenait pas ce qu'il lui avait pris. Six points verts se déplacèrent en volant vers lui, furieux :

- Mais qu'est-ce que tu fiches ?

- Tu veux nous faire perdre la coupe, c'est ça ?

- Ça va pas, non ?

- Espèce de crétin ! à cause de toi, les Gryffondors ont marqué…

Flint échappa à ses poursuivants en grommelant et chacun retourna à son poste. Les Gryffondors avaient pris de l'avance ; de son côté, Charlie, beau joueur, n'avait pas tenté de chercher le vif d'or. L'eût-il essayé d'ailleurs, qu'il aurait été bien trop distrait par le spectacle offert par la superbe démonstration de Cyril.

Celui-ci revint à sa hauteur en le désignant du doigt, menaçant :

- C'est toi qui es responsable de tout cela, je suppose ?

- Allons, Flint… Ne va pas te mettre des idées en tête. Je pense d'ailleurs que la tienne a assez souffert comme ça, ce n'est pas en plus la peine que tu te mettes à réfléchir… non ?

Percy observait la scène avec un certain soulagement. Il était bien persuadé que personne ne l'avait vu agir, et son charme avait été assez efficace. Cela ne renforça pas qu'un peu une fierté bien légitime. Il avait seulement un peu honte de lui, mais se rassérénait en se disant que Charlie n'en avait pas profité pour prendre de l'avance. Et puis, quelque part, Flint l'avait mérité, non ?

Il se tourna vers Bill qu'il apercevait quelques mètres plus haut. Celui-ci le vit à son tour ; rayonnant, Percy lui adressa un petit signe de connivence, et Bill se mit à lui sourire en retour.

- Allons ! tout va bien, songea Percy.

Le match s'acheva quelques minutes plus tard, lorsque Charlie attrapa le vif d'or qui s'était niché contre la tribune des professeurs. Une explosion de « hourras » retentit et s'entendit à des kilomètres à la ronde.

Charlie, heureux, redescendit à terre où il fut congratulé, promené en triomphe, salué, emporté par ses coéquipiers et par les élèves de Gryffondors qui se précipitaient sur le stade. Olivier Dubois, plus costaud et plus grand que ses camarades de classe, écrasa la foule pour atteindre Charlie et le féliciter.

- Bill s'approcha et lui cria à l'oreille, au milieu d'un groupe en délire :

- C'est toi qui es responsable de tout cela ?

- Eh bien… je me suis dit qu'il fallait aider le destin à montrer au grand jour la nature de Cyril Flint.

Bill ne put s'empêcher de remarquer que Charlie et lui avaient eu la même idée.

- Charlie, je suis préfet, et en temps normal, je devrai te punir pour…

- Oui, en temps normal.

- Seulement…

- Tu ne le feras pas.

- Parce que…

- Je suis ton frère.

- Et que…

- Cela ne fait pas de moi un criminel, mais quelqu'un qui voulait te rendre le sourire en même temps qu'un sacré service.

- Et qu'en plus…

- Cela m'a demandé au moins vingt heures de préparation et d'efforts, puisqu'il a fallu convaincre Percy de s'y prêter. Je crois d'ailleurs qu'il n'est pas encore remis. J'estime que tout cela mérite récompense.

- En conséquence…

- Tu ne feras rien.

- A la condition…

- Que je promette de ne plus recommencer. Oui.

- Sais-tu que tu as…

- Réponse à tout ?

- Et que tu es…

- Le meilleur des frères ? Oui, aussi !

Les cours reprirent normalement. Le château parut bien silencieux à tous ceux qui s'étaient esquinté la voix pour féliciter Charlie. Il restait encore plusieurs matches à organiser ; mais personne ne s'en souciait, chacun était trop occupé à commenter les prouesses des Gryffondors et les maladresses des Serpentards. Flint était devenu un objet de risée et de moqueries, dans sa propre maison comme dans les autres. Rien ne pouvait ajouter au bonheur de Bill… Si ce n'est que les examens se rapprochaient à grande vitesse.

Percy était de loin, le plus angoissé : « Oh non ! Je n'ai appris par cœur que 80 pour cent du programme ! » Cette fois, Charlie était à court d'expédients pour le soulager. Depuis le match, Percy était de plus en plus froid ; l'attitude de Bill l'avait à la fois convaincu de ne pas se refermer sur lui-même, et en même temps lui avait montré l'importance de devenir mature et de s'élever au-dessus de tout ce qui faisait la joie du commun des mortels – passions, et autres. Dès lors il résolut de faire passer tout cela en second lieu ; il estimait qu'il avait rendu à ses frères un service suffisamment grand, pour ne plus être sans cesse dérangé dans ses obsessions de révisions et autres. Il se forgeait un grand avenir, rien ne comptait plus désormais. Il s'expliquait le comportement de Bill en se disant que son frère n'avait pas su garder la tête suffisamment froide pour se maintenir, et que ce n'était qu'en gardant bien à l'esprit son objectif de devenir préfet, puis d'entrer au Ministère de la Magie, que lui-même pourrait se préserver de ce genre de troubles.

Charlie s'en désolait mais ne parvenait plus à le distraire. Il prit le parti d'en rire, et cela lui suffit.

Bill se relança dans les révisions avec une nouvelle ardeur. Entouré de ses amis John et Peter, il passait le plus clair de son temps à revoir les sortilèges ou à réciter ses connaissances en se promenait dans le parc.

Il ne pouvait se cacher que la maison lui manquait. Il avait envoyé une lettre à son père et à sa mère, et avait reçu des nouvelles de tout le monde ; même les asticots enrubannés de Fred et George lui firent plaisir. Il leur avait envoyé des chocolats pour leur anniversaire. L'avenir semblait lui sourire à nouveau. Il redécouvrait les plaisirs du monde.

Le comportement de Charlie, à partir de la fin du mois d'avril, devint de plus en plus inexplicable. Charlie s'absentait pendant des heures de la salle commune, et on ne le trouvait ailleurs ni à la bibliothèque, ni dans la Grande Salle. Bill s'en inquiéta, s'en ouvrit à Percy ; mais celui-ci n'en savait rien de plus. Ses amis ne lui apportèrent aucun réconfort. Questionner Charlie ne l'avançait à rien non plus.

- Mais à quoi joues-tu ?

- Ah, mais je ne joue pas…

Et il s'éclipsait. Pareil dialogue était certes peu révélateur. User de son autorité de préfet pour immobiliser son frère ne lui parut pas un bon moyen. Il résolut de le suivre un soir où il l'aperçut qui s'esquivait en douce de la salle commune.

Sa quête mena Bill dans un recoin, derrière une tapisserie ; là il vit Charlie qui était rejoint par une jeune fille qu'il reconnut sans peine. C'était Viviane Lengh.

Sans se douter qu'il jouait le même rôle que Percy quelques mois précédents, Bill se prit à sourire et murmura pour lui-même :

- Ah ! le gredin ! Et lui qui m'exhortait à la sagesse…

1 Ceci est un truc bien connu des amateurs de Quidditch et qui consiste à foncer en bas et se redresser au dernier moment pour voir l'adversaire qui nous suivait s'écraser lourdement sur le sol. Ami lecteur, relis Harry Potter et le coupe de feu !