Titre : Une culpabilité qui me suivra toute ma vie
/!\ Sujet sensible avec évocation de viol et violence
Pov Salieri
La vie est vraiment imprévisible. Si je prenais la mienne, par exemple, je pouvais vous dire qu'elle avait été très mouvementée. J'ai grandis dans une famille déchirée par les larmes avec des parents très tôt disparus, puis je me suis renfermé sur moi-même, me refusant à aimer de peur de souffrir à nouveau. Plus tard, les anges me sourirent lorsque Gassman me trouva au milieu de nulle part et découvrit mon talent pour la musique avant de m'emmener avec lui pour m'élever comme son propre fils. Je m'étais ouvert à lui, je l'avais aimé comme le père qui m'avait fait défaut, mais il était mort à son tour, alors je m'étais forgé une armure pour être à jamais à l'abri des sentiments. Enfin… tout ça c'était avant que je le rencontre lui… Lui, Wolfgang Amadeus Mozart, le seul homme qui soit parvenu au bout de ma patience pour creuser une faille dans mon armure de glace et m'avait réchauffé de sa passion et de son amour. C'était bien sûr une ferveur partagée que nous nourrissions l'un envers l'autre et Aphrodite n'avait pas tardé à nous réunir, nous, étrange duo… Aujourd'hui je partageai ma vie avec cet homme merveilleux qui était mon compagnon à plein temps. La cour ignorait nos relations, pour le bien de nos réputations respectives, mais ça ne nous empêchait pas d'être heureux ensemble. Du moins, ça ne nous empêchait pas d'être heureux avant…
N'allez pas croire que la force de mes sentiments envers Wolfgang avait faibli, loin de là, mais tout avait changé très récemment… C'était par une de ces interminables soirées où l'empereur requerrait ma présence. Le temps était particulièrement épouvantable ce soir-là et les convives sursautaient à chaque coup de tonnerre. Personnellement je ne me sentais pas très à l'aise. Je n'avais pas peur de l'orage, et pourtant un mauvais pressentiment m'étouffait, comme s'il y avait subitement moins d'air dans la pièce. Immédiatement, mes pensées s'étaient tournées vers Wolfgang. Etant l'être qui m'était le plus cher, c'était pour lui que je m'inquiétai. J'avais bien tenté de prendre congé à plusieurs reprises mais l'empereur m'en empêchait à chaque fois, ne réalisant pas à quel point j'étais pressé. Manquant cruellement de tact, j'avais fini par l'abandonner au milieu d'une phrase qu'il me destinait, sous le regard ahuri des autres invités.
J'étais évidemment rentré en toute hâte, mais le malheur avait déjà frappé ma demeure… Les domestiques pleuraient à mon arrivée, ce qui me fit de suite craindre le pire. Ce fut en courant que je me dirigeais vers les escaliers pour vérifier que l'homme que j'aimais allait bien. Lorsque je pénétrai dans notre chambre, je m'aperçu qu'elle était dévastée, rideaux déchirés, meubles renversés… et un peu plus loin de ce champ de bataille, dans un angle de la chambre, un corps frêle et roulé en boule sanglotait. Je reconnus sans peine celui qui faisait battre mon cœur et me précipitai vers lui mais dès que je le touchai au bras il se recula vivement et chercha à se protéger de moi en mettant le plus de distance possible entre nous. Bien que je n'y comprenne rien, je l'avais laissé faire de peur de le brusquer davantage encore. Ce fut à ce moment que je réalisai que sa lèvre était fendue et sa joue bleutée, mais aussi que ses vêtements étaient à moitié déchirés, laissant ainsi voir d'autres marques de coups.
J'avais bien tenté de l'interroger sur la personne qui s'était permis de lever la main sur lui –bien décidé à lui régler son compte dans la soirée- mais Wolfgang n'avait fait que secouer la tête dans la négation et s'était de nouveau ramassé sur lui-même à l'angle d'un mur, se balançant doucement sans cesser de secouer la tête. Mon majordome s'était alors encadré au seuil de la chambre et m'avait fait signe de le rejoindre dans le couloir. Après avoir jeté un dernier regard à mon amant, je m'étais exécuté, m'apercevant ainsi que ses joues étaient humides et ses yeux rouges. Il commença alors une explication douloureuse qui me pétrifia et détruisit mon cœur. Plus tôt dans la soirée, les domestiques avaient perçus des cris provenant de la chambre. Pensant que j'étais rentré plus tôt, ils ne s'étaient pas inquiétés, habitués à cet aspect démonstratif de mon aimé, mais une demi-heure plus tard un homme dissimulé sous une cape dévalait les marches et disparaissait dans la nuit. Les domestiques n'avaient compris que trop tard l'horreur qui s'était déroulée. Un monstre avait forcé Wolfgang à lui livrer le plus intime de lui-même, un don qu'il me réservait exclusivement… Cet ignoble personnage avait emporté avec lui la candeur joyeuse de mon amant, sa joie de vivre et son inspiration… Et tout ça à cause de moi, parce que je n'avais pas su être là quand il avait besoin de moi…
Cette nuit-là, complètement détruit et fou de rage, j'avais mit sans dessus-dessous le salon, passant mes nerfs sur tout ce qui me tombait sous la main. Je ne pouvais pas apporter le moindre réconfort à celui que j'aimais puisqu'il refusait clairement mon contact et je me retrouvai en situation d'impuissance, indigne de venir en aide à mon amant et incapable de me venger sur celui qui s'en était prit à lui. La maison n'était que larmes. Wolfgang pleurait sa souffrance, les domestiques pleuraient l'horreur de la situation qu'ils n'avaient su éviter, et moi je pleurai de rage et de douleur mêlée. J'avais patienté deux bonnes heures avant de demander à trois de mes domestiques féminines d'obliger Wolfgang à quitter cette chambre et de l'aider à se nettoyer et se changer avant de le mettre au lit. Mon aimé était tellement fatigué qu'il n'eut même pas la force de résister, mais ses cris ne me quitteraient jamais…
La situation n'avait pas tellement changée depuis cette sombre soirée. Plus personne ne mettait les pieds dans la chambre saccagée, Wolfgang passait ses nuits –et ses journées- dans une des chambres d'amis et moi je dormais sur le canapé du salon. Certes, c'était inconfortable, mais je méritais bien cette punition. J'étais bien plus malheureux de voir mon aimé si éteint –les rares fois où il sortait de sa chambre…- et de ne pouvoir pas établir le moindre contact avec lui.
Une connaissance m'avait un jour dit que le deuil d'un être cher s'effectuait en 5 étapes :
Le déni, la recherche d'un bouc émissaire,
La colère,
La tentative de marchandage (qui n'était pas toujours obligatoire selon le sujet),
La tristesse, voire même la dépression,
L'acceptation.
J'avais assisté à la première phase deux jours après ce terrible fléau qui avait salit l'innocence de mon ange. Bien inconscient de sa fragilité, j'avais tenté de lui parlé, souffrant moi aussi de son état, mais il avait rejeté la faute sur moi. C'était assez compréhensible dans un sens, puisqu'il s'agissait effectivement de ma faute. Je n'aurais jamais dû le laisser seul ce soir là… Jamais je ne pourrais oublier ses cris et ces mots… « De toute façon c'est uniquement de ta faute ! Tu m'as abandonné ! Tu l'as laissé faire ce qu'il voulait de moi ! Je pourrais mourir devant toi sans que tu daignes bouger le petit doigt pour m'aider ! Je ne signifie rien pour toi ! En fait tu es encore pire que lui… »
Je savais bien tout ça…et maintenant j'étais condamné à porté cette culpabilité tout au long de ma vie.
Après ma première tentative de contact, la conversation avait été rompue pendant 2 semaines durant lesquels il évita soigneusement de me croiser dans la maison, ne sortant que pendant que je travaillais au palais sans jamais quitter la demeure. J'aurais tant voulu pouvoir l'aider, mais il refusait catégoriquement mes approches et je ne pouvais pas le forcer. Les domestiques féminines parvenaient à aller à sa rencontre sans provoquer des angoisses ou des crises de panique, alors elles pouvaient m'informer de son état. Je savais qu'il était passé par la phase colère mais il n'arrivait pas encore à passer au delà…
Les semaines suivantes furent longues, et pourtant une étincelle d'espoir s'alluma en moi lorsqu'un soir, alors que je prenais congé de l'empereur, je rentrai pour découvrir mon aimé au salon. Il savait pourtant que j'allais rentrer à cette heure-là, mais il avait choisit d'être présent à ce moment, dans ce lieu neutre. Ce n'était presque rien au début, juste 2 ou 3 minutes à lire à l'autre bout de la pièce, mais ces minuscules minutes avaient finis par former une dizaine de minutes, puis progressivement un ¼ d'heure et finalement une demi-heure à une heure –dans les bons jours. Les améliorations étaient lentes, mais elles étaient présentes, alors je refusais de perdre espoir.
Ce soir, alors que je revenais du palais, j'avais une nouvelle fois trouvé mon aimé dans le salon, lisant tranquillement au coin du feu. L'innocence avait déserté son visage depuis l'odieux crime dont il avait été victime, et ne pas voir l'ombre d'un sourire sur ses lèvres ou la moindre étincelle de vie dans ses yeux me déchirait toujours autant le cœur, mais rien que sa présence comptait énormément pour moi. Je ne savais plus trop à quel phase il en était, et même mes domestiques étaient incapables de me renseigner, mais je savais que la colère n'était plus d'actualité.
Comme tous les soirs précédents, je m'installai sur le canapé à l'opposé de mon aimé, avec une pile de partitions de mes élèves pour pouvoir les relire, et commençais calmement à travailler. Ces successions de notes ne me passionnaient nullement, d'autant plus que j'étais fatigué –du fait que je dorme peu la nuit et que mes journées soient si chargées-, ce qui me fit renoncer d'autant plus vite et jeter les partitions sur la table basse devant moi. Epuisé, je passai mes mains sur mon visage, cherchant l'énergie suffisante pour affronter cette vie, lorsque l'impensable se produisit. Je faillis sursauter en sentant une main se poser sur mon épaule et mon cœur s'emballa devant ce geste en apparence anodin. Mon aimé était venu s'assoir à côté de moi, refoulant ses démons pour m'apporter son soutient. C'était le contact le plus rapproché que nous avions eu depuis des semaines… Même si je ne pouvais pas retrouver le bonheur de vivre pour autant, il me sembla entrevoir une étincelle d'espoir, fragile et chétive, certes, mais présente…
Agissant avec une lenteur parfaitement calculée, je plongeai mes yeux dans ceux de mon aimé et déplaçai ma main pour la superposer à celle de mon aimé. Ce dernier ne broncha pas, et finit même par se perdre son comportement défensif pour m'accorder sa confiance. Un petit sourire, bien que triste, naquit sur mes lèvres et mon amant s'efforça d'y répondre, malheureusement bien plus triste encore. J'aurais aimé caresser sa joue ou pouvoir le prendre dans mes bras, mais il était encore trop tôt, je le savais bien. Ses blessures physiques avaient beau appartenir au passé, son âme avait été meurtrie trop profondément pour ne pas en garder des séquelles.
_ Je t'aime Wolfgang, chuchotais-je.
Une faible lueur s'alluma dans les yeux de mon amant, comme s'il reprenait conscience de ce monde dans lequel il vivait, comme s'il émergeait d'un horrible cauchemar sans fin…
_ Je sais, me répondit-il sur le même ton.
Il se leva calmement et quitta la pièce sans un mot de plus. Je savais qu'il n'était pas encore prêt à me retourner cette déclaration, mais j'estimai qu'il était important que je lui rappelle mes sentiments à son égard. Il lui faudrait du temps pour guérir, mais j'étais patient et je voulais avoir foi en l'avenir.
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Ce soir j'avais décidé de m'atteler à mon travail avec plus de conviction. J'en avais assez de voir ces partitions trainer sur mon bureau, il était plus que temps que je m'en débarrasse. Evidemment ce n'était pas une partie de plaisir… Les maladresses et les fautes de goût –car ça ne pouvait être que ça arrivé à un certain stade…- étaient nombreuses et d'autant plus fatigantes. Cependant je me refusais à quitter le salon pour aller prendre l'air, car Wolfgang y était et je savais qu'il était primordial qu'il se réhabitue à ma présence, autant pour sa propre guérison que pour notre couple.
J'avais l'impression qu'il allait un peu mieux, et mes domestiques partageaient cette pensée, mais nous n'étions pas à l'abri d'une rechute. J'étais d'ailleurs surprit qu'il ne soit toujours pas passé par la phase de la tristesse. Il semblait juste coincé entre deux étapes, en état de catatonie, et j'ignorais s'il serait souhaitable de tenter de le réveiller de cette anesthésie. J'aurais tant aimé pouvoir parler de cette affaire à quelqu'un, mais elle était bien trop délicate pour être ébruitée et je voyais mal qui pourrait me fournir un témoignage de sa propre expérience… Mon aimé était une perle rare et fragile. J'avais peur qu'il ne soit à jamais brisé.
Cette pensée me taraudait, comblant mes nuits blanches –dont la fréquence n'avait pas baissée depuis cette affreuse nuit. Mes pensées tournaient aussi autour de cet être abject et profane qui avait osé braver le refus de mon amant. Je n'avais pas l'esprit tranquille en le sachant en liberté quand mon aimé était cloitré dans cette prison de chairs qu'il avait finit par haïr. Cette injustice m'était intolérable mais tant que mon aimé restait enfermé dans son mutisme autodestructeur je ne pouvais pas grappiller le moindre indice susceptible de découvrir l'identité de son agresseur…
Et voilà ! Je m'étais encore éloigné de mes partitions ! Ce foutu travail ne cesserait-il dont jamais ? Pourquoi m'embêtais-je encore à prendre des élèves devant leur peu de conscience professionnelle ? Certes, il leur arrivait de faire preuve de talent, mais le reste du temps le soin qu'ils apportaient à leurs travaux se résumait au néant le plus total et le plus désolant. Je n'avais vraiment plus la patience pour ce genre d'âneries… De plus, avec ce drame ternissant le calme apaisant de ma demeure, j'avais toutes les raisons d'arrêter d'enseigner. Mon inspiration m'avait fuit depuis que ma muse était dans son état actuel…
Repoussant les partitions sur la table, je m'appuyais contre le dossier du canapé en soufflant, fermant les yeux dans la vaine recherche de paix. Je ne voyais même pas comment je survivrais à une nouvelle journée… Parfois j'en venais à me dire que seule la morte saurait assécher la source intarissable de mes larmes et m'apaiserait dans mes tourments sanglants… Et si l'état de Wolfgang ne s'améliorait pas ? Serais-je assez fort pour le soutenir chaque jour avec plus détermination que la veille ? Pourrais-je lui apporter la sécurité et le confort qui lui avaient fait défaut ? Finirait-il par s'isoler complètement du monde extérieur pour ne plus souffrir ou se lasserait-il de moi avant ?
Un contact me fit sursauter. Il s'agissait d'une main qui venait de se poser sur mon épaule et, en ouvrant les yeux, je remarquai qu'elle appartenait à Wolfgang. Mon aimé m'observait avec un regard inquiet, assez préoccupé. J'essayais de lui sourire pour le rassurer mais j'étais incapable de faire bonne figure, même pour lui. La vérité c'était que j'étais rongé par l'inquiétude concernant l'évolution de son état, mais ça je ne pouvais pas lui dire. Je n'étais même pas apte à être fort pour lui…
Mon aimé, sa main toujours sur mon épaule, reporta son regard sur la table. Intrigué, il s'empara des partitions qu'il pensait être à l'origine de mon découragement et les parcourus. Après quelques minutes d'étude silencieuse, il fit deux tas égaux de partitions et s'arma d'une plume pour commencer à les annoter et les corriger. J'étais assez étonné par son attitude. Lui qui n'avait plus touché au piano depuis des semaines, il voulait à présent se remettre dans le bain par le biais de ce travail inintéressant.
_ Tu n'es pas obligé de le faire Wolfgang, lui assurais-je. Je vais m'en occuper.
_ J'ai envie de le faire, murmura timidement mon amant.
Ses yeux suppliants me broyaient le cœur et je ne pus me résoudre à lui refuser cette faveur. L'imitant, je pris le second tas de partitions pour les corriger d'une seconde plume que je conservais à portée de main au salon. Comme nous partagions le même encrier, nos mains finirent par se frôler, ce qui nous stoppa instantanément. J'aurais aimé pouvoir approfondir ce contact anodin en prenant sa main pour la porter à mes lèvres, mais le voyant déjà tétanisé, je n'osais m'y risquer… Prudemment, je reculai ma main et la reposai sur la table en feignant de poursuivre la lecture des notes enchainées. Je retins ma respiration dans l'attente de sa réaction. Ce contact pouvait avoir réveillé en lui quelques odieux souvenirs de cette soirée cauchemardesque, et je craignais qu'il ne fasse une crise de panique.
Du coin de l'œil, je vis que Wolfgang reposait sa plume dans l'encrier, et je me fis violence pour retenir un soupir de tristesse, pensant qu'il allait s'isoler dans sa chambre pour le reste de la soirée. Cependant mes craintes ne se réalisèrent pas. Wolfgang aurait dû me repousser, et s'écarter, il aurait raison de le faire, mais il n'en fit rien. A la place il attrapa ma main et la pressa doucement de ses doigts fins. Je relevais la tête et le regardai, sous le choc de ce geste qu'il avait lui-même initié alors qu'il aurait dû se braquer. Mon aimé me fit un petit sourire, de ceux qui me donnaient invariablement envie de l'embrasser à pleine bouche, que je ne pu m'empêcher de lui rendre. L'échange était maladroit, certes, mais il était bien présent même si ce n'était qu'un échange de regard.
La porte du salon s'ouvrit, rompant la magie du moment. Nous nous retournâmes vers la personne qui nous avait interrompus mais ce n'était que la jeune domestique qui travaillait pour moi, la fille qui avait grandit ici puisque sa mère était elle-même à mon service depuis des années. Je me rappelais encore l'avoir bercée dans mes bras alors qu'elle était haute comme trois pommes et que sa mère était très malade. J'étais plus jeune à l'époque, mais elle avait su réchauffer mon cœur de glace par ses yeux pétillants. C'était une personne en qui j'avais entièrement tant elle était douce et innocente.
_ Le repas est servi monsieur, m'annonça-t-elle gentiment.
_ Je vous remercie Sophia, j'arrive.
La jeune fille baissa respectueusement la tête –bien que je lui ai tant répété que c'était inutile- et quitta la pièce en fermant la porte derrière elle. Je me tournai alors vers Wolfgang dont les yeux vides n'exprimaient absolument rien. Et dire qu'il avait été avec moi juste une petite minute plus tôt…
_ Wolfgang, l'appelais-je doucereux. Tu te joins à moi pour le dîner ?
J'avais envie de caresser sa joue pour le ramener sur terre mais, avec cette subite dégradation de son comportement, je savais que ce n'était pas la meilleure chose à faire. Mon aimé ne me regarda même pas lorsqu'il me répondit d'une voix absente.
_ Pas faim. Vais me coucher.
Je passai mes mains sur mon visage fatigué alors qu'il se levait pour s'éloigner de moi. Lorsqu'il fut à la porte, je lui lançai un « Je t'aime » pour lui rappeler que j'étais là pour lui, mais la réponse fut identique à celle de la veille. Une fois enfermé dans sa chambre, je demandais à Sophia de lui faire monter un plateau –histoire d'être certain qu'il n'aurait pas faim au milieu de la nuit- et grignotai mon repas de façon absente avant d'aller m'allonger sur le canapé pour essayer de dormir.
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Les jours étaient longs et sans amélioration notable. Wolfgang parlait peu et s'exprimait toujours de façon très synthétique. Il ne faisait plus de crises de colère mais il semblait plus triste que jamais. Le problème résidait dans le fait qu'il ne parvienne pas à se libérer de cette douleur qui étranglait son âme pure. Il avait trop pleuré, il n'y parvenait plus. Et moi, au milieu de tout ça, je ne savais pas comment faire. Fallait-il que je laisse le temps faire son œuvre ou que je le brusque un peu pour lui faire retrouver ses repères ? Devais-je demander de l'aide à un spécialiste ou faire confiance aux capacités de mon aimé ?
Ce soir n'était pas bien différents des autres. Il s'était écoulé une bonne semaine depuis que Wolfgang s'était proposé de m'aider à corriger mes partitions et je n'avais pas eu de nouveau « contact » avec lui. Il se contentait souvent de lire au coin du feu, ou de simplement observer les flammes rougeoyantes dans l'âtre de la cheminée. Ses traits étaient tirés et son visage assez blafard mais le temps n'était pas encore venu pour le faire sortir un peu, je le sentais bien.
A mon arrivée chez moi, assez tôt dans la soirée –pour une fois que je parvenais à m'éclipser discrètement pour ne pas me faire remarquer par Rosenberg…-, Sophia vint à ma rencontre comme à chaque fois pour me faire un résumé de la journée. Comme toujours, nous nous isolâmes sur le perron pour que Wolfgang ne puisse pas nous entendre.
_ Je pense qu'il serait préférable que vous preniez vos fonctions plus tard à l'avenir, m'avoua-t-elle gênée.
_ Quelque chose ne va pas avec Wolfgang ?m'alarmais-je dans la seconde.
_ Non… Enfin si…, hésita la jeune fille. C'est juste que votre ami dort peu, et en majorité le matin, et qu'il se réveille plusieurs fois dans l'heure, toujours paniqué et désorienté, cherchant visiblement quelqu'un. Je pense que votre présence à ses côtés au réveil lui serait fortement bénéfique.
Je méditais ses paroles et, ne pouvant qu'approuver cette solution, je hochai lentement la tête, toujours pensif. Sophia me regardait toujours et je sentais bien qu'elle était inquiète –ce qui me prouvait qu'elle tenait à Wolfgang- alors je m'empressai de la rassurer.
_ Je partirais plus tard à l'avenir, promis-je. Une fois qu'il sera levé.
_ Merci monsieur, souffla timidement Sophia.
_ C'est plutôt moi qui vous dois des remerciements. Je ne sais pas comment je ferais sans votre soutient…
C'était la pure vérité. Avec Wolfgang cloitré à la maison, ça faisait une rentrée d'argent en moins ce qui m'interdisait de rester à ses côtés, alors sans mes domestiques je voyais mal comment je ferais.
_ C'est vous son plus grand soutient, détourna-t-elle. Même si vous ne pouvez pas rester avec lui, c'est de vous qu'il nous parle le peu de fois qu'il prend la parole.
J'étais assez étonné de cette découverte. Alors Wolfgang avait passé l'étape de la rancœur à mon égard ? Pourtant j'étais à l'origine de toutes ses souffrances…
Adressant un sourire gêné à ma jeune domestique, je me retirai et pénétrai dans le salon où Wolfgang m'attendait. C'était sans prétention que j'avançai cela. Je disais juste ce que je voyais : Wolfgang était près de la fenêtre, les sourcils froncés comme s'il s'impatientait.
_ Tu es en retard, commenta-t-il sur le ton d'un reproche.
Qu'est-ce que je disais ? Il m'attendait.
_ Lorenzo m'a retenu, mentis-je habilement. A propos d'un nouveau livret qu'il voudrait présenter.
Mon aimé hocha sèchement la tête. Serait-il jaloux ? Oui, c'était bien son genre. Devais-je comprendre qu'il allait mieux ? Parvenait-il à faire un minimum la part des choses à présent ?
_ Tu manques à Lorenzo tu sais ? Tu me manques aussi… Les couloirs du palais sont vides sans toi…
Mon compagnon ne se retourna pas vers moi mais je voyais la tension fuir ses muscles. Après tant de temps passé en sa compagnie, je savais que seul un aveu de ce genre était susceptible d'apaiser sa jalousie. Pour une fois que j'avais une chance de percer ses murs de silence, je comptai bien en profiter un peu pour renouer le dialogue.
_ Ça fait longtemps que je ne t'ai plus entendu jouer. Ça aussi ça me manque.
Mon aimé ne réagit pas mais je le savais pensif. Ce n'était pas très fair-play de ma part d'agir de la sorte, en le faisant culpabiliser, mais c'était pour son bien. Son piano c'était son moyen d'expression, il en avait besoin pour cracher toutes les émotions qui le rongeaient.
Jugeant que c'était suffisant pour aujourd'hui, et sachant que je n'obtiendrais pas de réponse, je m'installai sur le canapé et parcourait distraitement le livret que Lorenzo m'avait fourni. Moins de 10 minutes plus tard mon amant s'assit à mes côtés. Je sentis son regard insistant, comme s'il voulait que je lui rende, et pour une fois il ne détourna pas les yeux quand les miens les rencontrèrent. Lentement, il glissa ses yeux le long de mon bras et posa ses mains sur les miennes pour me faire mettre le livret sur la table basse. Une fois mes mains libres, il entrelaça ses doigts au miens avant de plonger à nouveau son regard dans le mien. Ses yeux noisette étaient pleins de larmes, et malgré tout je savais que je ne pouvais pas intervenir. Cette initiative lui tenait visiblement à cœur, il fallait que je le laisse aller jusqu'au bout.
_ Je… Je suis désolé, commença-t-il d'une voix tremblante. Je t'ai fait une promesse que je n'ai pas su tenir…
Surprit, je fis le tour des promesses qu'il m'avait faites pour essayer de voir celle à laquelle il pensé avait failli. Il m'avait promit de ne voir que par moi –dans son état normal Wolfgang était romantique à outrance-, de m'aimer jusqu'à la fin du monde, de… Et si c'était ça ? S'il ne m'aimait plus ?
_ Tu ne m'aimes plus, m'attristais-je en baissant la tête. Tu veux me quitter…
_ Quoi ? Non !s'écria mon amant en posant sa main droite sur ma joue pour me faire relever le visage. Je t'aime Antonio, plus que tout ! N'en doute pas !
Une première larme roula sur sa joue, les miennes ne tardant pas à l'imiter. Le moment était grave et solennel, presque étouffant tant les émotions serraient nos cœurs. Il fallut quelques minutes –ô combien angoissantes- à Wolfgang pour se reprendre et empêcher un minimum sa voix de trembler.
_ Je t'aime Antonio, et… et je t'avais promis que tu serais le seul… et je n'ai pas su tenir cette promesse…
Il me fallut quelques secondes pour faire le lien entre la tragédie que nous subissions et ses excuses. La première nuit où nous avions partagé les plaisirs de la chair dans l'intimité de ma chambre, Wolfgang avait tenu à me jurer qu'il ne prendrait plus aucun amant, que j'étais l'unique personne qui aurait des droits sur son corps. Je pense que je ne peux mesurer la profondeur de cette promesse que maintenant. Mon aimé n'était pas tellement célèbre pour sa fidélité et pourtant il avait mit un point d'honneur à changer cela pour moi, rien que pour moi…
_ Voyons Wolfgang, ce n'est pas de ta faute mon amour, lui assurais-je tendrement.
Mon aimé baissa la tête, éclatant en sanglots. Je tentais de l'apaiser comme je le pouvais, me contentant de caresser sa joue humide puisque je ne savais pas quelle était sa tolérance aux contacts physiques. Mon aimé ne s'en contenta cependant pas, se jetant avec force contre mon torse où il pleura sa peine. Resserrant ma prise autour de son frêle corps, je me laissai aller aux larmes qui trahissaient ma douleur, communiant avec lui dans cet échange douloureux.
_ Il… il a dit que… qu'il reviendrait…, sanglota mon aimé toujours blotti contre moi.
_ Je ne le laisserai plus jamais te faire de mal Wolfgang, lui promis-je en caressant ses cheveux. Je te protégerais de ce monstre et je lui ferai payer ce qu'il t'a fait.
_ Quoi ?s'alarma Wolfgang en se reculant vivement. T'as pas le droit de lui refaire ! T'es à moi, tu me l'avais promis !
Pour bien appuyer sur cette possession, mon aimé s'agrippa désespérément à ma chemise et monta sur mes genoux pour m'empêcher de m'éloigner. Je n'oubliais pas cet engagement… Sur le coup, quand Wolfgang m'avait demandé de lui retourner la promesse, je n'avais pas compris pourquoi il y tenait tant mais ses yeux suppliants ne m'avaient pas laissé d'autre choix.
_ Je ne compte pas lui faire payer comme ça, le rassurais-je en caressant ses cheveux en bataille. Je ne vaudrais pas mieux que lui…
La fréquence des sanglots de mon aimé diminua lentement jusqu'à ce qu'il soit calme, me tenant toujours fermement dans ses bras. Cette étreinte devint plus tendre lorsque mon amant frotta sa joue contre mon épaule, comme il le faisait souvent le matin quand il venait de se réveiller. Peu après, il releva la tête et essuya doucement mes joues humides des larmes que j'avais versées. Nos regards s'accrochèrent et mon cœur s'emballa. Ses lèvres étaient si proches des miennes, et pourtant encore si loin…
Mon aimé passa ses bras autour de mon cou et reposa son front contre le mien, fermant les yeux en laissant nos souffles se mêler. Ayant moi aussi les yeux fermés, je fus assez étonné de sentir une matière douce et chaude se poser sur mes lèvres, mais je n'arrêtais pas pour autant le baiser chaste qu'avait initié Wolfgang. J'avais l'impression qu'il prenait son temps pour tester, comme s'il avait oublié comment on faisait. Finalement, après une dizaine de minutes d'expérimentation, la langue de mon aimé vint caresser mes lèvres pour demander l'accès à ma bouche. Je n'hésitai pas une seconde avant d'entrouvrir mes lèvres et le baiser se fit langoureux au possible, mais toujours mené par Wolfgang. Il prenait de plus en plus d'assurance, ce qui me rassurait, mais je savais que nous avions atteint notre limite pour aujourd'hui.
Une fois à court d'air, mon aimé libéra mes lèvres, ne résistant cependant pas à y déposer un dernier baiser chaste, et se blottit contre mon torse. Je fermai les yeux en respirant de façon mesurée pour me reprendre, et passai mes doigts dans la crinière hirsute de mon amant qui soupira de bien-être.
_ Antonio ? Je peux te demander quelque chose ?hésita mon compagnon en relevant la tête.
_ Tu peux me demander tout ce que tu veux, tu le sais bien mon amour, répondis-je doucereux en caressant sa joue.
_ Est-ce que… Est-ce que je peux manger avec toi ce soir ?
D'abord choqué, j'affichai ensuite un sourire rayonnant.
_ Rien ne me ferait plus plaisir, acceptais-je ravi.
Mon aimé m'adressa un sourire timide et lova sa tête au creux de mon cou. J'avais l'impression de retrouver le Wolfgang d'avant, à la différence près que celui-ci était bien plus triste. Je ne savais pas combien de temps durerait cette phase, mais si je m'en référai aux dires de mon ami, nous n'étions pas bien loin de la fin.
Après quelques minutes de silence paisible Sophia entra dans la pièce pour nous annoncer que le repas était servit. Mon aimé se leva doucement et attrapa ma main pour me tirer à sa suite à la salle de repas. Voyant que je ne serais pas seul à dîner, Sophia afficha un sourire ravi et s'en alla chercher un couvert supplémentaire. Pendant le repas, mon aimé me demanda de lui parler du nouveau projet de Lorenzo, Don Juan. Je ne savais pas s'il faisait ça pour se détourner de ses noires pensées ou par intérêt par cet ouvrage, toujours est-il que le repas se déroula dans une atmosphère légère et très appréciable.
Au moment d'aller dormir, mon aimé réagit violemment en me voyant me diriger vers le salon. Tel un petit enfant effrayé par les monstres sous son lit, il m'attrapa par le bras pour me retenir, tremblant presque de peur. Je ne l'avais jamais vu réagir de la sorte. Habituellement il n'avait pas peur d'aller dormir… Etait-il en train de faire une rechute après avoir fait tant de progrès ?
_ Antonio, je… je… tu…
_ Wolfgang, calme-toi, parles plus lentement mon amour, l'incitais-je doucement.
Mon aimé respira profondément et vint se faire une place dans mes bras. J'avais une petite idée de ce qui le bouleversait –en même temps il ne fallait pas être devin pour comprendre- mais je ne voyais pas en quoi ce que j'avais fait avait pu réveiller ses angoisses. Il était habitué à dormir seul depuis ce malheureux incident…
Caressant tendrement ses cheveux, j'attendis qu'il veuille bien reprendre la parole mais à l'évidence il essayait de gagner du temps, juste pour profiter de mes bras. Il dû s'écouler une bonne ½ heure avant que je décide de prendre les devants, le voyant fatigué.
_ Wolfgang, il faut aller dormir, murmurais-je en démêlant ses cheveux. Je serais juste au salon si tu as besoin de quoi que ce soit…
_ Justement !me coupa mon aimé. C'est trop loin !
Je fus assez étonné de son argument. J'avais délibérément fait le choix de m'éloigner le plus possible de lui après cette odieuse nuit, pour lui laisser plus d'espace vital afin qu'il puisse se reconstruire. Mais mon compagnon semblait contester ma décision…
_ Je peux dormir dans la chambre voisine si tu veux, proposais-je.
C'était une chance que nous ayons deux chambres d'amis ici car jamais je n'aurais dormi dans l'autre chambre… Cependant, encore une fois, Wolfgang refusa cette possibilité. Relevant la tête, il plongea ses yeux noyés de larmes dans les miens.
_ Viens dormir avec moi, me supplia-t-il d'une voix chevrotante. Je t'en supplie…
J'acceptai sans même réfléchir, ne pouvant pas supporter de le voir dans un tel état. Soulagé, mon aimé me sauta au cou et m'enlaça pendant plusieurs minutes avant de se décider à aller se coucher, me tirant derrière lui. Je me laissai faire sans discuter et retirai mes chaussures et mon veston avant de le rejoindre dans le lit. Habituellement nous dormions tous les deux nus, puisque nous nous couchions après les séances de débauche d'usage, mais là les circonstances ne s'y prêtaient pas.
Wolfgang adopta la même tenue que moi et se coucha à l'extrême bord du lit, ce qui me fit mal puisque je n'étais pas habitué à partager sa couche sans l'avoir dans mes bras, mais je pouvais comprendre sa tourmente. Mon aimé s'assoupit après une ½ heure à gigoter.
Je finis par m'endormir, fatigué par la journée, mais je fus réveillé quelques heures plus tard par mon compagnon qui s'était jeté sur moi pour pleurer violemment dans mes bras. Les propos de Sophia me revinrent à l'esprit. Il avait dû faire un cauchemar, d'où son état de panique. Sans réfléchir, je le pris dans mes bras et le berçai tendrement en lui répétant inlassablement que je serai toujours là pour lui et que je le protégerai. Il fallut bien une heure à mon aimé pour se calmer et se rendormir, mais la scène se répéta encore 3 fois cette même nuit, le temps qu'il lui fallait pour se calmer diminuant petit à petit.
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Après ma nuit entrecoupée, je me rendis au palais après avoir rassuré mon aimé. J'étais assez déstabilisé par ses humeurs changeantes mais je devais m'y accommoder si je voulais l'aider à avancer. La journée me parut particulièrement longue, ce qui n'était pas étranger aux allées et venues incessantes de Rosenberg dans mon bureau.
L'heure de rentrer sonna pour moi comme une délivrance. Cependant les nouvelles n'étaient pas très bonnes selon Sophia. Mon aimé n'avait pas pipé mot de la journée, semblant plus triste que jamais. Elle ignorait à quoi était dû ce brusque changement mais s'en inquiétait grandement, tout comme moi. Sophia souligna tout de même que mon amant s'était remit au piano, bien que ses mélodies soient tristes et lugubres.
J'entrai dans le salon discrètement pour mesurer par moi-même les dégâts. Sophia disait évidemment vrai. Les compositions de mon amant donnaient les larmes aux yeux par la douleur qu'elles portaient. C'était d'autant plus étonnant en sachant que mon Wolfgang était plein de vie habituellement. Je haïssais encore plus –si c'était possible- l'abject personnage qui s'en était prit à sa candeur.
_ Je suis rentré mon amour, m'annonçais-je pour ne pas l'effrayer.
Mon aimé sursauta malgré tout et cessa de jouer pour se retourner vers moi. Ses yeux étaient éteints, sombres et vides… Le voir ainsi me déchirait le cœur. M'approchant doucement, je m'accroupis près du banc sur lequel il était assis et passai mes bras autour de lui.
_ Tu as passé une bonne journée ?m'enquis-je tendrement.
Mon amant haussa les épaules sans conviction et détourna le regard. Je baissai la tête, attristé par son état morose, mais deux mains vinrent me relever le visage.
_ Tu m'as manqué Antonio, m'avoua-t-il.
_ Tu m'as manqué aussi mon amour, répondis-je en déplaçant une de mes mains pour entrelacer mes doigts à ceux qu'il reposait contre ma joue. Pourquoi ne reviens-tu pas au palais pendant la journée ? Tu pourrais travailler dans mon bureau… Personne n'a besoin de savoir…
Secouant la tête, mon aimé m'imposa un refus direct, presque terrorisé par cette possibilité.
_ Et si il travaillait au palais ?paniqua-t-il.
Je voyais à qui il faisait référence et cette éventualité ne me plaisait guère. Ici Wolfgang était entouré, mais mes responsabilités au palais le rendait trop vulnérable, du moins tant que nous n'avions pas démasqué son agresseur.
_ Tu sais qui c'est ?demandais-je avec douceur. Quelque chose t'a marqué chez lui ?
Les larmes dévalèrent les joues de celui que je chérissais plus que tout, et je m'en voulu de le faire souffrir en rouvrant la plaie, mais il me fallait le faire si je voulais le protéger de ce monstre.
_ Je ne m'en rappelle plus, sanglota mon aimé. Il faisait noir, il avait une cape, il m'a frappé… tout s'est enchainé si vite…
Me voulant réconfortant, je m'assis à même le sol et l'attirai sur mes genoux pour le bercer et le réconforter. Mes propres larmes trahirent ma douleur. Je n'aimais pas le voir ainsi, surtout si cette souffrance était inutile puisqu'elle n'apportait nulle indication susceptible d'identifier le monstre qui l'avait agressé.
_ Chut, ne pleures plus, chuchotais-je tendrement sans cesser de le bercer. Je suis là… N'y pense plus…
Mon aimé eut bien du mal à faire taire ses sanglots, et même une fois qu'il y soit parvenu, je sentais qu'il pouvait redémarrer à tout moment.
_ Antonio ? Tu te souviens de la fois où on était partis dormir à la belle étoile dans les bois ?
Il fallait savoir qu'avant cette nuit cauchemardesque, nous faisions beaucoup de choses ensemble. Nous allions voir des pièces de théâtre, ou nous nous rendions à des opéras, ou nous nous baladions simplement au grès des chemins,… Bref, d'innocentes activités qui contribuaient largement à notre bonheur à partir du moment où nous partagions ces instants.
_ Bien sûr, souris-je nostalgique. Pourquoi ?
_ Quand tu étais dans le lac, en train de te baigner, tu chantais quelque chose…
Je mis quelques instants à m'en souvenir. J'avais surtout gardé en mémoire le moment où mon amant m'avait rejoint pour me réchauffer de son corps si attrayant… En y réfléchissant bien, ce devait être la berceuse que ma mère me chantait alors que j'étais tout petit. Je la chantai à voix basse pour voir si c'était celle-là et les yeux brillants de mon amant m'incitèrent à poursuivre.
Sophia nous interrompis une heure plus tard, alors que Wolfgang était enfin apaisé, pour nous annoncer que le repas était servit. Le cœur plus léger, mon amant me devança ce qui me permit de jeter un œil sur le piano. Outre les partitions, il y avait aussi un ouvrage sur le bois lustré. Don Juan… Devais-je comprendre que mon aimé voulait composer à nouveau ? Je l'espérais de tout cœur. En attendant d'avoir la confirmation de mon amant, je me dirigeai vers la salle où la table était dressée, empli d'espoir pour l'avenir.
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Je me réveillai aux aurores, fatigué par cette nouvelle nuit agité. Cependant je ne pouvais pas me résoudre à en vouloir à Wolfgang. Ce n'était pas de sa faute de toute façon, et j'avais l'impression de me rendre utile en étant là pour lui durant ses crises de panique.
J'attendis encore deux heures avant de me résigner à le réveiller. Je savais que je ne pouvais pas partir sans l'informer de mon départ sans risquer de provoquer une terrible crise de panique à son réveil. Avec regret, je renonçai à son visage d'ange paisiblement endormi pour caresser sa joue en l'appelant doucement. A part un petit mouvement appréciateur, je n'obtins aucune réaction de sa part. Comme il était couché sur le dos, je me penchai sur lui et déposai une série de baisers doux sur la peau mise à nue par le retrait de sa chemise au cours d'une de ses crises de panique.
_ Mon amour, l'appelais-je en caressant tendrement son dos. Il faut que tu te réveilles.
Un gémissement contestataire franchit ses lèvres mais l'insistance de mes baisers finit par vaincre sa mauvaise volonté. Se retournant, mon aimé ouvrit doucement les yeux et m'adressa un sourire ensommeillé. Je lui souris en retour et caressai sa joue douce.
_ Il faut que j'aille au palais, regrettais-je. J'essaierais de rentrer tôt.
_ Tu ne rentres pas déjeuner ?s'attrista mon compagnon.
_ Tu veux que je rentre pour déjeuner ?m'étonnais-je agréablement surprit.
Mon aimé m'adressa un sourire timide et baissa les yeux en jouant nerveusement avec une de ses mèches de cheveux. Le rougissement qui teintait ses joues le rendait vraiment adorable, me donnant envie de le dévorer de baisers.
_ Tu te rappelles de la première fois où tu m'as emmené mangé en ville ?me questionna-t-il gêné.
_ Si je m'en rappelle ?ris-je. Tu étais tellement nerveux que tu as réussi à faire trébucher une armoire à glace ce jour-là !
Heureusement qu'il s'agissait d'une de mes connaissances parce que le personnage en question n'avait rien d'un enfant de cœur. Je gardai cependant une excellent journée de cette journée, car si Wolfgang avait agit avec gaucherie pendant le repas, il s'était rattrapé après, notamment lorsqu'il m'avait « sauvagement agressé » pour m'offrir le meilleur baiser de ma vie, notre premier baiser... C'était au tout début de notre relation, alors que nous commencions à peine à devenir « amis »…
_ Je n'avais pas fait exprès, se défendit mon aimé embarrassé. Et puis ce n'est pas pour ça que je t'en parle.
Je me forçai à calmer mon hilarité pour l'inciter à continuer, ce qu'il fit après m'avoir adressé un regard sévère très peu convaincant.
_ Je me demandais si on pouvait déjeuner là-bas… rien que tous les deux…, s'enquit-il timidement.
_ Depuis quand as-tu besoin d'une autorisation formelle, lui souris-je. Je viendrais te chercher ici à 11h30 et nous irons ensemble.
Les yeux de mon aimé brillèrent d'une joie palpable, ce qui me ravit d'autant plus en sachant que ça n'allait pas très fort ces derniers temps. Mon compagnon m'enlaça fermement, me noyant de remerciements, et consentit à me libérer lorsque son ventre se mit à grogner pour manifester sa faim.
Je partis au palais l'esprit léger, ne me laissant pas importuner par l'arrogance de Rosenberg qui se pâmait à la moindre occasion. En croisant Lorenzo, j'eu l'idée de lui demander le livret de Don Juan, pensant utile de le ramener à la maison pour que Wolfgang puisse véritablement travailler dessus.
11 heures arrivèrent enfin et il me fallut prendre la route pour être à l'heure au rendez-vous que j'avais fixé à mon aimé. C'était sa première sortie depuis son agression, alors je voulais que tout soit parfait. J'arrivais chez moi à 11h25 mais Wolfgang était déjà prêt, me sautant dans les bras lorsque j'ouvris la porte.
_ Lorenzo m'a prêté ça, l'informais-je en lui tendant le livret. Je me suis dit que ça t'intéresserait peut-être…
Mon aimé s'en empara et le parcourut brièvement, ses yeux brillants d'inspiration. Ravi d'avoir contribué à son bonheur, je lui adressai un sourire auquel il répondit par un baiser sur ma joue. Mon amant se précipita ensuite dans les escaliers pour ranger le livret dans sa chambre et redescendit tout aussi vite pour m'enlacer avec force.
_ Tu es prêt ?m'assurais-je lorsqu'il se recula.
Mon Autrichien préféré hocha vivement la tête et respira un grand coup. Je lui souris pour le rassurer et ouvrit la porte. Les premières rues défilèrent sans problème puisqu'elles étaient désertes, mais ça se compliqua légèrement lorsque nous dûmes nous frayer un chemin à travers la foule compacte sur les grandes artères. Paniqué, mon aimé attrapa ma main et la serra à m'en faire mal. Je me contentai de faire des cercles sur le dos de sa main pour le rassurer. De toute façon personne ne pouvait voir nos mains liées, nous étions si pressés les uns contre les autres qu'elles disparaissaient entre les plis de nos vestes.
Ce fut un véritable soulagement lorsque nous arrivâmes enfin devant l'auberge qui avait accueillit notre premier déjeuner. Nous nous arrêtâmes devant la façade, tous les deux pensifs, puis Wolfgang me sourit tendrement. Nous entrâmes et le gérant vint immédiatement à notre rencontre, nous connaissant depuis longtemps. Il fut ravi de nous donner une table et cette fois mon aimé prit bien soin de ne faire tomber personne, ce qui me fit rire. Le repas se déroula bien, un peu comme la première fois, et mon amant tint ensuite à aller se promener dans le parc voisin, comme nous l'avions fait plus d'un an auparavant.
_ C'est juste une impression ou tu veux rejouer le jour où nous sommes venus ici pour la première fois ?le taquinais-je.
_ Et pourquoi pas ?s'amusa mon aimé. Moi je garde un très bon souvenir de tes lèvres…
Il s'arrêta net après avoir observé son environnement. J'en fis de même et remarquai que c'était justement là qu'il s'était arrêté la première fois qu'il m'avait dérobé un baiser. Et ce fut d'ailleurs exactement ce qu'il fit la seconde d'après, utilisant la même stratégie et insufflant autant de passion qu'à notre tout premier baiser. Je souris contre ses lèvres et entrai dans son jeu, dérapant avec lui dans les buissons où nous nous étions embrassés à en perdre haleine, comme des enfants découvrant l'amour. Nous finîmes par éclater d'un rire complice et nous étendîmes dans l'herbe fraiche pour nous reprendre.
_ Je t'aime Antonio, souffla tendrement mon aimé.
_ Ça tu ne l'avais pas dit la première fois, l'embêtais-je taquin.
_ Je m'en fiche, rétorqua-t-il en se penchant sur mon torse. J'ai le droit de le dire autant que je veux.
Et sur ce il m'embrassa langoureusement, me donnant envie d'aller bien plus loin. Me résignant à l'impossibilité d'une étreinte amoureuse si fraichement après son agression –qui, malgré les semaines, restait omniprésente dans son esprit-, je me séparai de ses lèvres à regret avant de ne pouvoir refreiner mes ardeurs.
_ Je suis attendu au palais, soupirais-je las d'avance.
_ Je viens avec toi alors, décida mon compagnon.
Je l'embrassai tendrement pour le féliciter de cette décision et nous nous relevâmes pour nous mettre en route. Le trajet fut bien silencieux, et assez tendu à vrai dire. Wolfgang n'avait pas l'esprit tranquille, je le sentais bien, mais je lui avais laissé plusieurs occasions de faire demi-tour. Arrivé au palais, il avait perdu le peu d'insouciance qu'il avait réussi à rassembler quand nous étions au parc, ce qui frappa d'ailleurs Lorenzo. Jamais il n'avait vu Wolfgang si calme, ce qui l'inquiétait grandement. Lorsque mes responsabilités m'obligèrent à me séparer de mon aimé, Lorenzo comprit ma détresse et l'emmena avec lui dans son bureau pour l'entretenir de son prochain opéra. Soulagé de le savoir en bonnes mains –car Lorenzo était un ami de confiance, et aussi celui qui avait permit à not relation de voir le jour-, je pu me consacrer à mes obligations avec sérieux.
Alors que le soleil déclinait, je décidai de dire stop aux âneries croissantes de Rosenberg et le plantait seul, au milieu de sa mégalomanie, sur les planches de l'opéra. Je me dirigeai alors rapidement vers le bureau de Lorenzo où je retrouvai mon amant tombant de fatigue sur le canapé, ce qui ne m'étonnait pas puisqu'il dormait très mal ces derniers temps. M'approchant de lui, je me mis accroupi pour être à sa hauteur et caressai tendrement sa joue. Mon aimé soupir de bien être et appuya sa joue contre ma main pour plus de contact.
_ On va rentrer mon amour, chuchotais-je doucereux.
Mon amant hocha la tête et se leva en même temps que moi pour ensuite venir se blottir contre mon torse. De derrière son bureau, Lorenzo nous observait. Son regard m'accusait clairement de l'état de Wolfgang, bien que je sente qu'il en ignorait encore les causes.
_ Merci d'être resté avec lui, soufflais-je en caressant le dos de mon aimé. Tu dînes avec nous ce soir ?
_ Pourquoi pas…
Lorenzo récupéra sa veste alors que j'aidais mon compagnon à remettre la sienne et tous trois nous nous enfonçâmes dans les rues Viennoise. L'atmosphère était lourde. Lorenzo préparait déjà mon assassinat, tenant trop à Wolfgang pour laisser qui que ce soit lui faire du mal, mon aimé dormait debout, s'aidant de mon appui pour marcher, et moi je me contentai d'avancer, mon bras autour de la taille de mon amant pour le soutenir.
Une fois rentrés, Sophia s'empressa de faire servir le repas en voyant mon aimé si fatigué. Wolfgang, rendu plus capricieux par le sommeil, vint s'installer d'autorité sur mes genoux et ne toucha pratiquement pas à son assiette, sommeillant contre mon torse. Il finit par s'assoupir, ce qui me permit de m'excuser auprès de mon ami pour le porter jusqu'à la chambre –ce qui n'était pas dur puisque c'était un poids plume- où je le couchai et le bordai. J'espérai parvenir à le rejoindre assez tôt pour devancer une nouvelle crise de panique, mais dans le doute je préférai laisser la porte entrouverte pour pouvoir l'entendre depuis en bas.
Le visage de Lorenzo se fit dur lorsqu'il me vit réapparaitre. J'avais des explications à donner. Pour lui il était évident que j'avais fait du mal de façon directe à mon aimé. Dans un sens il n'avait pas tort, c'était en négligeant mon instinct qu'on en était arrivés là, mais jamais, ô grand jamais, je ne me serais permit à jouir du corps de mon amant sans son consentement !
_ Vas-y, explique-toi, grogna Lorenzo. Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Mon compatriote blanchit en voyant une larme s'échapper du coin de mon œil. J'avais beau essayer d'être fort pour Wolfgang, je ne pouvais pas tout endurer pour autant. Mais tant que je craquai quand il n'était pas là pour le voir, ça passait encore. Devant le regard ébahi de mon ami, j'essuyai avec embarras cette preuve de faiblesse qui m'avait échappée.
_ Je suis désolé, ris-je nerveusement. Je… je…
Je ne pouvais pas aller plus loin tant ma voix était étranglée de sanglots, ce qui inquiéta d'autant plus Lorenzo. Sans réfléchir, il me prit dans ses bras et me donna un réconfort dont j'avais grandement besoin ces derniers temps et, alors que Wolfgang dormait –je l'espérai- paisiblement, je me laissai aller aux larmes sur l'épaule de mon ami. Une fois qu'il me sentit prêt à parler, mon ami me fit légèrement reculer pour avoir les explications qu'il attendait tant.
_ Mais bon sang ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ?me pressa Lorenzo paniqué.
_ C'est de ma faute, je n'aurais jamais dû le laisser seul…
Je lui expliquai tout, sans mâcher mes mots, depuis mon pressentiment jusqu'à l'état dans lequel j'avais retrouvé l'homme que j'aimais, et les conséquences toujours visibles aujourd'hui. Lorenzo laissa s'échapper quelques larmes, touché par le malheur que s'était abattu sur notre couple, mais il fit de son mieux pour me soutenir.
_ Je ne sais pas qui a pu faire ça, mais tu peux compter sur moi pour lui faire la peau quand on lui aura mit la main dessus, me promit-il sauvagement. Ce type ne mérite pas de vivre !
Souriant tristement, j'effaçai les nouvelles larmes qui avaient dénoncé mon mal-être actuel, quand j'entendis les sanglots violents de mon aimé à l'étage. Lorenzo comprit qu'il fallait que j'y aille et prit congé pour nous laisser tranquille. Après l'avoir remercié de son soutient, je le quittai et montai dans la chambre où Wolfgang se jeta dans mes bras dès que j'eu passé le seuil.
_ Je suis là mon amour, ne pleure pas, lui chuchotais-je en refermant mes bras sur lui. On va repartir se coucher et ça va passer, tu verras.
Le prenant une nouvelle fois dans mes bras, je me dirigeai vers le lit et me débarrassai juste de mes chaussures avant de m'y allonger sans lâcher le corps de mon Autrichien. J'eu beau le bercer en lui murmurant des paroles rassurantes, mon aimé ne se calmait pas. Repensant soudain à la veille, je tentai de lui chantonner la berceuse qu'il m'avait réclamée et l'effet ne tarda pas à se faire sentir. Mon Wolfgang cessa de pleurer pour se concentrer sur mon chant et s'assoupit en quelques minutes. Je pus donc rabattre les couvertures sur nous et continuai à chanter jusqu'à moi-même être surprit par Morphée.
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Le réveil fut moins pénible que les jours précédents. Mon aimé ne s'était réveillé qu'une fois la nuit dernière et la berceuse avait vite fait de l'apaiser pour le rendormir. Dans l'ensemble, je trouvai que Wolfgang était en progrès. Il passa toute la semaine sans faire de rechute et travailla avec beaucoup de sérieux sur le livret de Lorenzo. De plus, il devenait rare qu'il se réveille en pleine nuit, du moins pas deux nuits d'affilée, et il avait commencé à personnaliser sa chambre, en changeant les meubles de place pour aménager la pièce de façon à avoir plus d'espace.
Ces améliorations me faisaient plaisir mais je sentais bien qu'il y avait quelque chose qu'il le tracassait toujours, je le voyais bien à sa façon de froncer les sourcils quand il s'abimait dans ses réflexions. Pour le moment je décidai de le laisser faire, ne détectant chez lui aucune tendance automutilatrice. Sans compter que ma priorité –et celle de Lorenzo- était ciblé sur la découverte de l'identité de ce profane qui avait bafoué la fidélité de mon amant en lui imposant ce corps qu'il ne désirait nullement.
Ce soir-là, en rentrant, je sentis de suite que mon amant allait enfin me dire ce qu'il le taraudait. En vivant avec lui, j'avais appris à lire dans son regard, et il y avait des signes qui ne trompaient pas. Déjà, rien que le fait qu'il m'attende dans l'entrée indiquait qu'il voulait parler de quelque chose qui lui tenait à cœur.
Je m'attendais à l'entendre m'exposer son problème, mais à la place il se jeta sur mes lèvres et m'embrassa avec violence et désespoir. Choqué, je ne réagissais pas dans un premier temps, mais il me fallut le stopper. Les choses allaient dégénérer si nous commencions comme ça. Quand Wolfgang m'accueillait comme ça après une journée de travail c'était qu'il voulait m'attirer dans la chambre pour assouvir ses désirs très peu catholiques, or la situation avait radicalement changé…
_ Wolfgang, haletais-je en tentant de le tenir à une distance respectable de mes lèvres. Vas-y doucement mon amour.
Mon aimé ne tint pas compte de ma remarque et récupéra une nouvelle fois mes lèvres pour m'embrasser langoureusement. Je sentais ma détermination flancher alors je tentai à nouveau de le repousser gentiment, mais mon aimé ne se découragea pas, défaisant prestement mon col de chemise pour tapisser mon cou de baisers sensuels. Personne ne savait mieux que lui mes points faibles…
_ Fais-moi l'amour Antonio…, susurra-t-il de façon suggestive.
Cette prière eu le don de me réveiller de la transe dans laquelle il m'avait plongé. Mon compagnon essayait de vaincre le mal par le mal, et ce n'était pas la bonne chose à faire. Il n'était pas encore prêt.
_ Je ne pense pas que ce soit une bonne idée mon amour, soupirais-je à regret.
Mon aimé se recula vivement de moi et me fusilla du regard. Je ne savais pas comment réagir à son agressivité. On aurait dit une bête sanguinaire prête à attaquer.
_ Quoi ? Je te dégoûte ? Parce qu'un autre m'a souillé tu ne veux plus de moi, c'est ça ?s'écria-t-il hystérique.
_ Non ! Bien sûr que non !m'offusquais-je.
_ Alors fais-moi tien Antonio, me supplia-t-il les larmes aux yeux. Fais-moi l'amour ! Je t'en prie ! Je ne veux pas sa trace sur moi, c'est ta signature que je veux, ta présence sur mon corps ! Je t'en prie Antonio, fais-moi l'amour, efface-le…
Mon aimé s'écroula en sanglots sur le parquet, désespéré de se débarrasser de cette « trace ». Je ne savais pas qu'il le vivait si mal, mais c'était un sujet religieusement évité à la maison. Il n'y avait qu'une seule façon d'apaiser mon aimé, mais j'avais peur que les souvenirs de son rapport non consentit ne revienne et qu'il fasse une crise de panique durant notre étreinte, démolissant ainsi tous les efforts faits pour renouer une relation entre nous.
Je ne pouvais pas le laisser ainsi… il ne me restait plus qu'à prier pour qu'il m'arrête s'il trouvait que nous allions trop vite… M'accroupissant près de mon aimé, je lui caressai la joue et ouvris mes bras pour l'y accueillir. Une fois qu'il fut blottit contre mon torse, je passai un de mes bras sous ses genoux pour le porter à l'étage. Mon aimé ne montra aucun signe de panique, se contentant de tapisser ma gorge de baisers pour me remercier. Je n'étais vraiment pas convaincu ni même rassuré par ce soudain caprice mais c'était la seule façon de voir jusqu'où il pouvait aller pour se libérer de ses angoisses.
Refermant avec douceur la porte derrière nous, je surveillais ses réactions mais il m'adressa juste un sourire aimant avant de déposer tendrement ses lèvres sur les miennes. Lentement, je nous dirigeai vers le lit sur lequel je le déposai, prenant bien soin de rester à côté du lit pendant que j'ôtai ma veste, lui laissant ainsi le temps de m'arrêter. Cependant mon amant n'en fit rien, m'aidant même à défaire les boutons de ma chemise pour me déshabiller plus vite. Il me tira à lui dès que ma chemise fut déboutonnée et s'en débarrassa rapidement. Ses baisers se faisaient de plus en plus fiévreux et insistants, mais j'hésitais toujours.
_ Tu es certain que c'est ce que tu veux mon amour ?m'assurais-je préoccupé.
_ Je te veux, geignit-il. Maintenant et pour toujours.
Je l'embrassai tendrement, désireux de refreiner ses ardeurs dans la perspectives de l'union qui se concrétisait de seconde en seconde. J'étais mort de trouille. Jamais je n'aurais pensé avoir peur de faire l'amour à celui que je chérissais tendrement, mais jamais je n'aurais pensé qu'un tel malheur pouvait s'abattre sur nous. Frustré par ma lenteur, mon amant ôta lui-même sa chemise et le reste de ses vêtements avant de s'attaquer à ce qui restait de tissu sur ma peau. Nous fûmes rapidement nus et j'eu le souffle coupé face à la vision du corps si désirable de mon amant qui m'avait tellement manqué durant ces longues semaines.
Son excitation ne faisait aucun doute, mais je préférai passer par des préliminaires pour le remettre dans le bain et bien marquer la différence entre moi et le monstre qui l'avait abusé. Je commençai donc par poser une myriade de baisers sur son torse, marquant une pause stratégique sur ses tétons roses, tout en descendant vers son entrejambe. Pendant toute ma lente descente, mon amant s'ingénia à se tortiller sous moi pour créer une sorte de friction entre son membre et mon corps, ce qui prouvait bien son empressement. Ne prenant pas en compte son impatience grandissante, je pris son membre tendu dans ma bouche et fit de lents vas et viens dans l'idée de rappeler à mon aimé que cet acte était d'abord un partage de plaisirs charnels.
Ses gémissements ne se firent pas attendre et il attrapa ma main pour sucer deux de mes doigts sensuellement. Je savais parfaitement ce qu'il avait en tête. D'ordinaire je faisais ça quand nous n'avions pas le temps de nous préparer suffisamment. Ça me permettait de l'habituer à l'intrusion de façon douce avant que commence notre union, mais là je savais que c'était à cause de notre période d'abstinence succédant ses ébats violents et non désirés. Une fois qu'il jugea mes doigts suffisamment humides, il ramena ma main au niveau de son bassin et m'adressa un regard plein de convoitise tout en ouvrant les jambes. Ne le voyant toujours pas flancher, je dû me faire violence pour lui accorder ma confiance à ce tournant particulièrement sensible de notre étreinte. J'allais avoir accès au cœur du délit et j'avais peur de lui rappeler d'odieux souvenirs… Pour le distraire, je ramenai son attention sur son membre sur lequel je concentrai mes soins, mordillant parfois même ce morceau de chair exquis, et pénétrai mes doigts dans son antre chaud. Je gémis de plaisir en retrouvant ce qui m'avait tant manqué et commençai de lents vas et viens en écartant périodiquement mes doigts.
_ Antonio… plus…, pleurnicha mon amant en se tortillant sous moi.
Je m'exécutai docilement en prenant soin de ne pas aller trop vite non plus. Pour le moment mon aimé réagissait bien, j'espérais juste que ça continuerait de la sorte. Trop vite à mon goût, mon aimé me fit reculer et retira mes doigts de son corps. Je me mis inévitablement à craindre la crise de panique qui nous guettait mais rien ne vint. A la place, mon Wolfgang cracha sur sa main –geste très romantique…- et la frotta à la seconde pour ensuite masser mon membre, étalant ainsi la matière visqueuse faisant office de vaseline naturel.
_ Mon amour, tu es certain que c'est ce que tu veux ?répétais-je alors qu'il ouvrait ses cuisses pour moi. On peut s'arrêter là pour aujourd'hui si tu veux, je ne t'en voudrais pas.
_ Je te veux, gémit mon aimé boudeur. Fais-moi l'amour Antonio…
Peu rassuré, je m'installai entre ses jambes sans lâcher son regard, toujours à l'affût de la moindre hésitation. Malheureusement, têtu comme il savait l'être, mon aimé se montra d'une volonté sans faille. Je l'embrassai alors avec tout l'amour que je lui portai et passai une de mes mains sous son corps, sur le bas de son dos, pour véritablement coller nos deux enveloppes de chaires. Sans lâcher ses lèvres, j'entrai doucement en lui, acte qui fut largement facilité par les lubrifiants utilisés précédemment.
Lorsque je me reculai de ses lèvres, à court d'air, le voir fermer les yeux me dérangea, sans même parler des perles cristallines qui naissaient aux coins de ses yeux. Je savais très bien qu'il ne se crispait pas à cause de la douleur… J'avais l'impression qu'il se forçait pour passer par-dessus son traumatisme, et ce n'était absolument pas ce que je souhaitai pour nos retrouvailles. Je voulais qu'il saisisse bien que mon seul intérêt était de lui procurer du plaisir et je voulais qu'il se rappelle que j'étais l'amant auquel il avait promit son corps.
_ Wolfgang, ouvre les yeux mon amour, susurrais-je à son oreille. Regarde-moi…
Mon amant se força à m'obéir et je pu voir la vie renaître dans ses yeux. C'était comme si cette nuit affreuse n'avait jamais eu lieu, comme si mon aimé n'avait jamais connu l'horreur de ce rapport non consentit. De plus en plus fébrile, il m'accompagna dans mes mouvements en commençant à réellement prendre plaisir à notre étreinte, gémissant sans retenue et caressant mon torse avec frénésie.
_ An… An… Antonio !hurla-t-il en s'accrochant à mes épaules. Ouiiii ! Encore !
Je me fis un plaisir de répondre à sa demande, donnant plus de profondeur à mes coups de rein pour toucher son point sensible. Je parvins visiblement à le frapper puisque mon aimé s'arqua violemment en criant son plaisir, enfonçant ses ongles dans ma peau. Luttant pour garder les yeux ouverts, mon aimé s'appropria mes lèvres pour m'embrasser avec passion.
_ Je… Han… Je t'aime !cria-t-il entre deux gémissements de plaisir.
Mon cœur s'affola d'autant plus à l'entente de ces mots magiques. A mon tour, je m'emparai de ses lèvres avant de les délaisser, à bout de souffle, pour m'approcher de son oreille.
_ Je t'aime aussi mon amour, plus que tout, susurrais-je d'une voix rendue rauque par le plaisir.
Mon aimé devenait de plus en plus incontrôlable, se tortillant sans cesse sous moi. Souriant à son état d'excitation, je roulais sur le côté pour le mettre et position dominante afin qu'il puisse mener les choses comme il l'entendait. Mon amant ne s'en priva pas, n'hésitant pas à me ramener dans une position assise en me tirant par les cheveux pour m'embrasser avec passion alors que j'attrapai ses hanches pour l'aider à bouger.
_ Han… Antonio !s'écria mon amant en me griffant les épaules.
Le sentant au bord du gouffre, j'attrapai son érection délaissée et la massai avec précaution. Mon aimé se libéra dans ma main avec un cri sauvage alors que ses muscles se contractaient autour de moi, m'emportant avec lui dans la jouissance. Nous retombâmes intimement enlacés sur le lit, essoufflés par notre étreinte torride.
_ C'était bon, gémit longuement mon amant en se blottissant contre mon torse.
Je ris doucement et lui ébouriffais les cheveux. Mon aimé prit cela pour une déclaration de guerre et m'ensevelit de chatouilles que je m'empressai de lui rendre, puis tout dégénéra dans une puérile bataille d'oreillers avant que nous arrêtions à bout de force pour dormir un peu, toujours enlacés.
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_ S'il-te-plait, minauda mon aimé en me faisant ses yeux de chiens battu.
_ Non, grognais-je.
_ Allez ! Juste une dernière fois !insista-t-il en grimpant sur mon bassin.
Ça c'était bien le Wolfgang que je connaissais ! Pas que ça me déplaise, mais une fois lancé on ne pouvait plus l'arrêter et j'étais épuisé, or Wolfgang en voulait toujours plus… et le pire c'était qu'il savait s'y prendre à la perfection pour me pousser à vouloir la même chose que lui…
_ Tu m'as déjà dit ça les deux dernières fois.
_ Je m'occuperais de tout, promit-il généreusement. Tu auras juste à te laisser faire mon amour…
Avec ça il commença à déposer une série de doux baisers sur le haut de mon torse, déterminé à me faire flancher. Je sentais déjà ma volonté vaciller devant sa tendresse. Il avait beau avoir des airs innocents, il cachait bien son jeu le petit diablotin…
_ Je te rappelle que je dois me lever tôt demain… quoi que non, ce matin vu l'heure…, grommelais-je en attrapant ma montre.
Pourquoi essayais-je de raisonner ce petit génie ? Il ne m'écoutait même pas ! Mon amant insatiable remontait déjà ses lèvres vers ma carotide qu'il grignota sensuellement, sachant y trouver un de mes points faibles. Je me mordis les lèvres pour empêcher un gémissement de s'en échapper et fermai les yeux en respirant profondément. Mon aimé était cependant trop aventureux pour se contenter de cela… Ses lèvres firent le chemin inverse pour venir mordiller mes tétons pendant que sa main serpentait le long de mon abdomen pour s'approcher inévitablement de l'objet des désirs de mon aimé.
_ Wolfgang, soupirais-je alors que ses caresses se faisaient plus intéressées.
Il me fit taire en m'embrassant langoureusement et vint s'empaler sur ma virilité qu'il avait à dessein stimulée. J'étouffai un grognement à ces sensations exquises, oubliant déjà l'idée de pouvoir lui en vouloir. Lorsqu'il s'éloigna, ses yeux pétillants me rappelèrent qu'il n'avait pas été aussi heureux depuis des semaines, et que son sourire était authentique. Je me redressai et, sans chercher à me séparer de lui, je m'adossai à la tête de lit rembourrée, le laissant ainsi mener la danse.
Le sourire béat qu'il m'adressa en valait bien la peine. De lui-même, il vint chercher mes mains et les fit descendre le long de mon corps dans une sorte de caresse sensuelle. Je pris le relais, réquisitionnant ses lèvres pendant que je poursuivais les caresses le long de son dos, mon aimé roulant toujours des hanches par-dessus mon corps.
_ Je t'aime, haletais-je contre ses lèvres. Je t'aime tellement Wolfgang…
Mon amant récupéra mes lèvres pour un baiser enflammé et s'immobilisa complètement, plongeant son regard dans le mien.
_ Je t'aime Antonio, souffla-t-il en posant ses mains sur mes joues.
La douceur de l'échange se ressentit dans le baiser qui suivit, mais aussi dans le rythme de ses mouvements. La nuit fut courte, il devait bien être 3 heures lorsque mon aimé s'effondra sur mon torse, vidé d'énergie. Mais même si j'étais épuisé par ces folles étreintes, je ne m'étais pas senti léger depuis cette fameuse soirée. Maintenant mon Wolfgang avait enterré ses démons, ou du moins une partie, et il était prêt à aller de l'avant. Ereinté, je finis par sombrer dans le sommeil avec mon aimé toujours dans mes bras.
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J'avais l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes lorsqu'une main commença à me secouer doucement. Je grognais, mécontent d'être réveillé alors que je n'avais même pas eu le temps de récupérer, mais ce contact ne faiblissait pas.
_ Antonio, m'appela la voix empressée de mon aimé.
_ Hum, grommelais-je en me battant pour ouvrir les yeux. Qu'est-ce que tu as ?
Le temps que mes yeux s'habituent à la pénombre et je vis mon aimé fort agité. Je me relevais vivement en pensant que nous n'étions pas seuls dans la chambre, que l'abject individu qui s'en était prit à mon aimé était revenu, mais nous étions seuls. Regardant mon amant pour connaitre l'objet de sa précipitation, je n'eu aucune réponse puisque mon aimé se contenta de s'installer sur mon bassin en m'embrassant langoureusement.
_ Wolfgang, l'arrêtais-je. Quelque chose ne va pas mon amour ?
Mon aimé s'arrêta à peine le temps de me regarder en se mordillant la lèvre inférieure. Je connaissais cette expression… ça n'annonçait rien de bon…
_ J'ai envie…
Je retins un soupir d'exaspération en attrapant ma montre. 4 heures du matin ! Je n'avais pu dormir qu'une misérable heure !
_ Bonne nuit Wolfgang, soufflais-je en me recouchant.
_ Mais j'ai envie !répéta Wolfgang geignard.
J'avais beau avoir son corps dénudé tout contre moi, j'étais absolument incapable de le suivre dans ses excentricité. Il aurait beau se plaindre, j'avais assez donné ce soir –et ce matin- ! Pourtant mon aimé ne se décourageait pas, tapissant mon torse de baisers tendres.
_ Je t'en prie, Antonio… Tu ne peux pas me laisser comme ça…
En effet, je le sentais très excité contre ma cuisse. Je retins un nouveau soupir. Il ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il n'aurait pas eu satisfaction. Je roulai donc sur moi-même pour me mettre en position dominante et entamai un lent massage sur son membre dressé. Je savais que ça ne lui suffirait pas très longtemps alors je pris les devants sur ses désirs en descendant mes lèvres le long de son torse pour arriver à son entrejambe et le prit dans ma bouche.
_ Non, pas comme ça, pleurnicha mon amant.
Je me reculai de lui pour le regarder sévèrement.
_ Je suis épuisé Wolfgang, alors c'est ça ou rien.
Mon aimé fit la moue mais se laissa faire. Wolfgang connaissait peut-être mes faiblesses, mais l'inverse était vrai aussi. Je parvins facilement à lui donner la libération qu'il attendait avant de me réinstaller sous les draps sans lui laisser le temps de s'en remettre. Quelques minutes plus tard, alors que je n'avais pas retrouvé le sommeil, un corps chaud vint se blottir contre moi. Naturellement, mes bras l'entourèrent et ma tête se reposa contre la sienne. Oui, mon compagnon était fatiguant, mais ça en valait la peine en de tels moments de paix.
Une idée me traversa alors l'esprit. Pourquoi Wolfgang était-il réveillé à cette heure-ci ? Je savais qu'il se réveillait plusieurs fois par nuit, hanté par ses démons, mais pourquoi maintenant alors que nous avions tout fait pour effacer les souvenirs de cet odieux personnage qui s'était attaqué à son corps.
_ Wolfgang ?l'appelais-je doucereux. Tu ne devrais pas dormir ?
Même dans la pénombre je pouvais deviner ses traits préoccupé. Je retins un soupir d'exaspération. Ce souvenir ne cesserait-il dont jamais de nous hanter ? Bon, au moins maintenant il avait échangé ses crises de larmes contre une séance de débauche pour calmer ses angoisses, ce que je préférais largement.
Je resserrais ma prise sur le corps de mon amant, lui rappelant ainsi que j'étais le seul à avoir des droits dessus. Mon aimé reposa son visage au creux de mon cou et soupira de bien-être. Certes, nous n'étions pas encore sortis d'affaire mais à deux nous étions plus forts.
Je ne parvins à m'endormir qu'une fois que je fus certain que le sommeil de mon aimé ne serait plus dérangé par d'affreux cauchemars. Le réveil allait être dur…
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_ Maestro Salieri, murmura une voix timide. Vous m'avez demandé de vous réveiller à 7 heures…
J'ouvris difficilement les yeux. C'était comme si je n'avais pas dormis de la nuit : j'étais épuisé. Sophia m'adressa un sourire amusé. Bon, nous n'avions pas été très discrets… mais pouvait-on vraiment nous le reprocher dans notre situation ?
Je grognais de mécontentement, rendu grognon par le manque de sommeil, et reportai mon regard sur le corps assoupi à mes côtés. Wolfgang dormait toujours, lui, tenant fermement contre lui son oreiller et souriant béatement. Je secouai la tête avec amusement en l'entendant ronronner faiblement. Au moins j'avais la confirmation qu'il faisait d'agréables rêves.
Sophia quitta la pièce pour me laisser m'habiller, mais je n'étais pas tellement décidé à me lever. J'avais beau être irrité par ma courte nuit, mon amant était vraiment adorable. Je ne résistai pas à l'envie de passer ma main sur sa joue en une douce caresse aimante, et même endormi Wolfgang réagit à mon contact.
_ Tonio…, gémit-il appréciateur.
Un sourire habilla mes lèvres devant cette scène attendrissante et me résignai à m'habiller. Avant de sortir, je m'approchai une dernière fois de mon aimé et me penchai au dessus de son corps assoupi.
_ Je t'aime, chuchotais-je à son oreille.
_ T'aime… aussi…, marmonna vaguement aussi mon aimé.
Je ris silencieusement et quittai la pièce l'esprit léger. Sophia attendait en bas en disposant de quoi me restaurer sur la table, comme tous les matins.
_ Il va mieux ?s'enquit-elle gentiment.
_ Beaucoup mieux, répondis-je avant de bailler. D'ailleurs, ne le laissez surtout pas sortir de sa chambre. Je lui porterais un plateau de fruits en remontant et je lui laisserai une note. Je serais rentré pour le déjeuner.
Sophia assimila avec facilité les instructions et quitta la salle pour informer les autres domestiques de mes directives. J'avais mes raisons pour interdire Wolfgang de quitter sa chambre… Maintenant qu'il était de nouveau d'humeur concupiscente, il serait bien capable de venir me trouver au palais pour poursuivre la nuit. Ce n'était pas tellement ça qui me dérangeait, il le faisait déjà avant, mais plutôt le fait qu'il fasse le trajet seul alors que nous ne savions pas qui s'en était prit à lui. L'idée qu'il puisse lui arriver quelque chose m'était intolérable.
Après m'être rapidement nourri, Sophia me fournit un plateau de fruits que je montai dans la chambre de mon aimé sans un bruit. Je ne risquai pas de le réveiller puisqu'il dormait comme un bébé. D'ailleurs, son habitude à gigoter ayant fait descendre la couverture, la vision de ses fesses qu'il offrait était très attrayante…
Secouant la tête pour me sortir mes idées lubriques de l'esprit, je remontai la couverture dans la crainte qu'il prenne froid et attrapai du papier à musique –puisque je n'avais que ça sous la main- ainsi qu'une plume.
Reposes-toi bien mon amour et fait le plein de forces car je rentrerais pour déjeuner et je prendrai ma revanche sur la nuit que tu m'as fait passer
Nous verrons bien qui fatiguera le premier…
Je t'aime
Ton musicien préféré
Un sourire s'afficha sur mes lèvres à la relecture du mot. J'allais vendre mon âme au diable en le provoquant de la sorte –ne jamais défier Wolfgang sur ses capacités d'amant !- mais c'était certainement la seule chance que j'avais de le faire rester dans sa chambre. Même si je l'enfermais il trouverait le moyen de sortir pour venir me rejoindre, alors le plus simple restait de lui lancer un défi.
Je m'approchai du lit et reposai le mot sur mon oreiller, sachant que ce serait le premier endroit où regarderait mon amant en se réveillant, puis je caressai sa joue avant de m'éclipser discrètement. Je me rendis ensuite au palais et me débarrassai prestement de Rosenberg avant de m'isoler dans mon bureau. Ma fonction de maître de la chapelle impériale m'imposait d'évaluer les prétendants au poste de compositeur de la cour. M'installant sur mon canapé, je me mis au travail mais Morphée me surprit pour récupérer mes heures de sommeil.
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_ Antonio ?
Je me réveillais en sursaut, passant mes mains sur mon visage endormit, et me retournai vers Lorenzo qui venait d'entrer dans mon bureau.
_ Hum ?grognais-je.
_ Tu déjeunes avec moi ?me proposa-t-il souriant.
Déjeuner ? Quoi ? Il était quelle heure ? Je sortis précipitamment ma montre. 11h45 ! J'allais être en retard ! Lorenzo fut surprit de ma précipitation à quitter les lieux mais ne fit aucun commentaire. Je courus dans les rues Viennoise, empruntant le moindre raccourci de ma connaissance, et arrivai à bout de souffle devant chez moi. Sophia m'attendait à l'entrée, clairement amusée par la situation.
_ Vous avez 5 minutes de retard. Maestro Mozart s'impatiente, rit-elle complice.
Je lui adressai un sourire avant de monter les marches, prenant soin de dompter ma respiration pendant mon avancée. Arrivé devant la porte je perçu un soupir d'agacement et une série de petits coups, comme si mon amant battait la mesure d'une nouvelle mélodie en m'attendant. J'abaissai aussi silencieusement que possible la poignée mais mes efforts furent inutiles puisque mon aimé avait rivé son regard de prédateur sur la porte. Il se trouvait d'ailleurs dans une position très aguicheuse, placé au centre du lit entièrement nu, adossé à la tête de lit, les jambes écartées et croisées sous lui pour donner une vue dégagée sur son entrejambe pleinement éveillée. Un véritable appel à la luxure…
Malgré notre nuit agitée, mon désir ne tarda pas à refaire surface et il me fallut faire appel à toute ma patience pour le faire languir en me déshabillant le plus lentement possible. Mon aimé gigotait sur place en me dévorant du regard, s'agitant alors que je n'avais même pas encore commencé ma vengeance…
_ Antonio, pleurnicha-il empressé. Tu comptes me faire attendre encore longtemps ?
Un sourire carnassier étira mes lèvres. Je tenais là ma revanche pour cette nuit délicieusement courte car, même si je l'avais adorée, elle m'avait épuisée. Me mettant à genoux, sur le lit, je rampai jusqu'à m'installer entre les cuisses ouvertes de mon amant, le tirant à moi pour qu'il soit allongé, et esquivai ses lèvres lorsqu'il voulut m'embrasser.
_ Rappelle-moi qui m'a réveillé à 4 heures du matin parce qu'il voulait faire l'amour ?susurrais-je en taquinant le lobe de son oreille de mes dents.
_ Ça ne compte pas, gémit mon aimé en frottant son bassin au mien. Tu ne m'as même pas fait l'amour… Ce n'était même pas des préliminaires…
_ Je me souviendrais de te laisser te débrouiller la prochaine fois que tu me réveilleras en pleine nuit.
Mon aimé sourit avec amusement et leva les hanches pour m'inviter à me fondre en lui. Étais-je déjà venu au bout de sa résistance ? Je ne faisais que commencer… J'esquivai un second baiser, le frustrant d'autant plus, et mordillai ses tétons roses. Mon amant se cambra sous moi, gémissement sans chercher à être discret.
Je vous passe les détails sur ce qui suivit, mais je peux vous dire que je m'étais bien vengé avant de lui avoir donné satisfaction…
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Tout se passait pour le mieux depuis que mon aimé avait renoué avec les plaisirs de la chair. Mon compagnon revenait au palais, sautillant partout dans les couloirs, et se montrait encore plus chaleureux quand nous étions chez nous. Son inspiration lui était revenue et le travail qu'il accomplissait sur Don Juan était tout simplement parfait.
Pourtant je n'étais pas tranquille… Lorenzo avait beau me dire que c'était certainement un incident isolé, je n'en étais pas si convaincu. J'étais d'autant plus tendu puisque j'avais la sensation que le danger était interne au palais… Peut-être que je devenais paranoïaque, toujours est-il que je préférais quand Lorenzo restait à proximité de l'homme que j'aimais.
Sophia pensait que Wolfgang était sortit d'affaire, et je pensais de même, cependant j'avais un mauvais pressentiment. Mon amant était d'une insouciance touchante, ayant retrouvé son âme d'enfant, donc il ne s'inquiétait pas trop de l'absence de punition de ce monstre qui lui avait fait tant de mal. C'était troublant… Depuis que nos corps s'étaient à nouveau retrouvés, Wolfgang semblait s'améliorer de jour en jour, laissant derrière lui toutes ses craintes.
Ce soir l'empereur organisait une nouvelle soirée. Ce n'était pas la première depuis que cet être abject s'était introduit chez nous, mais ce soir j'avais le sentiment qu'il allait se passer une catastrophe, encore une fois… J'aurais bien envoyé Lorenzo prendre soin de mon amant mais mon ami était lui aussi convié. Les domestiques avaient en revanche eu leur lots de recommandations diverses. Ils avaient par exemple interdiction d'ouvrir à qui que ce soit, et il devait toujours en rester un éveiller pour surveiller la porte et guetter les bruits suspects provenant de la chambre de mon amant. A 11 heures, taraudé par l'angoisse, je me retirai en prétextant me sentir mal et rentrai précipitamment chez moi.
Comme je l'avais exigé, un domestique surveillait le hall mais j'avais pourtant l'impression que quelque chose n'allait pas.
_ Rien à signaler ?m'enquis-je en chuchotant.
_ Un homme à cape rodait autour de la maison, mais il a finit par partir il y a un ¼ d'heure, minimisa mon majordome.
Mon cœur manqua quelques battements. Horrifié par la possibilité du retour de l'agresseur, je me précipitai à l'étage et entrai vivement dans la chambre où dormait mon aimé. Justement, un homme correspondant aux descriptions qu'on m'avait faites de l'agresseur empêchait Wolfgang de crier, maintenant sa main fantomatique sur la bouche de mon amant qui paniquait en reconnaissant l'homme qui faisait l'objet de ses cauchemars. La fenêtre donnant sur le balcon était ouverte, trahissant l'illégalité de l'entrée de cet être ignoble.
Fulminant, j'attrapai l'homme par sa cape et lui assenai une droite qu'il n'eut pas le temps de voir venir tant il était surpris. Mon amant en profita pour se reculer vivement de lui, se roulant en boule contre le mur, et j'en profitai pour trainer ce monstre par les cheveux jusqu'à la chambre qui avait été le théâtre du délit. Dans le couloir je croisai mon majordome qui accourut dans la chambre de Wolfgang en voyant son agresseur. Rendu peu minutieux par la rage qui m'habitait, je ne pensais pas à verrouiller la porte derrière moi alors que je commençai à rependre ma haine sous forme de coups adressés à ce profane. Je finis par lui retirer sa cape que je jugeai trop encombrante et le choc fut de taille lorsque les rayons argentés de la lune éclairèrent son visage.
C'était Jean-Christian Bach, un homme qui se prétendait ami de mon aimé. Je fus tellement surpris qu'il me fallut quelques secondes pour réaliser que c'était lui le coupable de cette atrocité, et le vil personnage en profita pour fondre sur moi et me mettre à terre. La porte claqua contre le mur, laissant apparaître mon amant paniqué par ma situation et mon majordome qui tentait vainement de le retenir.
_ Sortez-le de là, grognais-je en tentant de reprendre le dessus.
_ Antonio, mon amour, je t'en prie, écartes-toi de lui, ne fais pas ça, il va te faire du mal !pleurait Wolfgang affolé.
Optant pour une solution plus radicale, je balançai mon genou dans l'entrejambe de Bach, ne culpabilisant nullement pour la force que j'y avais mit, et le repoussai pour pouvoir me relever.
_ Sortez-le de là bon sang !m'écriais-je furieux de l'inactivité de mon majordome.
L'homme s'exécuta, bien que lui aussi soit terrifié par la situation, mais je pouvais entendre les cris désespérés de mon aimé malgré la distance qui nous séparait. Toujours roulé en boule sur le sol, Bach semblait avoir beaucoup de mal à ignorer la douleur qui lui brûlait les reins. Affichant un sourire presque cruel –mais pouvait-on vraiment me le reprocher vu les circonstances ?-, je m'avançai vers l'armoire que j'utilisai avec cette maudite nuit et fouillai dans mes affaires pour retrouver le poignard dont Wolfgang ignorait jusqu'à l'existence. Je m'avançai ensuite de ce monstre et le forçai à se relever avant de déchirer son bas avec mon arme.
_ Tu ne le feras pas, me défia-t-il. Tu n'as pas le cran de me prendre comme ça. Ce n'est pas comme si j'avais les traits angéliques de Wolfgang…
Cette remarque lui valut un nouveau coup de poing qui le força à cracher le sang qui s'accumulait rapidement dans sa bouche.
_ Tu as totalement raison : tu ne ressembles en rien à Wolfgang, sifflais-je en serrant ma main droite autour de sa gorge pour l'obliger à me regarder.
J'avais fait une promesse à Wolfgang, et je comptai bien l'honorer, mais je ne laisserais pas recommencer ses crimes… Je lâchai vivement sa gorge et portait un coup sec au niveau de sa cuisse. Un cri de douleur pure fendit la nuit paisible. Le sang gicla, mais je n'en avais que faire. Cet homme –ou plutôt, cet eunuque à présent- ne pourrait plus jamais faire de mal à personne, et même si j'aurais adoré pouvoir le tuer de mes propres mains dès à présent, je préférais qu'il ait à vivre le restant de sa misérable vie dans cette condition d'impuissant. Décidant qu'il ne pouvait pas errer librement pour autant, j'attrapai l'odieux personnage par les cheveux et le tirai avec moi au rez-de-chaussée. Un second domestique, mon cuisinier –un type d'une carrure assez importante- écarquilla les yeux devant l'état sanglant de l'homme que j'avais émasculé.
_ Mo… monsieur, bégaya-t-il. Vous avez besoin d'aide ?
_ Ça ira, grommelais-je toujours furieux. Je le conduis au palais, assurez-vous que Wolfgang ne quitte pas sa chambre.
_ Bi… bien monsieur.
Je le contournais et tirai mon prisonnier avec moi, essayant de ne pas prêter attention aux cris de mon aimé qui me parvenaient depuis l'étage. N'ayant pas prit ma veste, le froid de cette soirée de printemps timide me réveilla assez brutalement, me faisant réaliser ce que j'avais fait. Pas que je le regrette, mais je l'avais fait sur un coup de tête. J'ignorais si Wolfgang arriverait à me voir encore comme le compagnon aimant qu'il avait connu maintenant que j'étais maculé de sang. Une larme m'échappa à cette pensée, mais il fallait que je neutralise définitivement ce type qui ne méritait même pas le nom d'homme.
Le trajet jusqu'au palais ne me parut pas si long que ce que je m'étais imaginé. Bach gémissait toujours de douleur et les gardes nous repérèrent rapidement. Me connaissant, les soldats au service de Joseph II prirent directement mon parti et me débarrassèrent la charge que constituait ce monstre. Accompagné des gardes qui portaient ma charge, je me dirigeai vers le salon privé de l'empereur. Mon arrivée fut très remarquée puisque ma chemise d'ordinaire blanche était maculée de sang et que ma victime en perdait abondement sur le sol marbré du palais.
L'empereur, réellement choqué, fit sortir prestement ses convives. Une fois face à moi, il s'approcha lentement et posa une main tremblante sur mon épaule.
_ Salieri, mon bon ami, êtes-vous à l'origine de ses mutilations ?me questionna-t-il étonné.
_ Oui votre majesté, répondis-je sans émotion.
Joseph II s'avança pour mieux voir l'état déplorable dans lequel j'avais mis Bach. Sa grimace en disait long sur sa façon de penser. Il se retourna vers moi avec sévérité.
_ Et bien ! Expliquez-vous Salieri !exigea-t-il.
Je reportai mon regard sur l'ignoble malfrat que j'avais ramené pour trouver sur son visage l'inspiration des mots pouvant traduire ma répulsion à son égard.
_ Il a prit quelque chose qui m'appartenait, grognais-je.
_ On coupe les mains aux voleurs, on ne les… émascule pas, réprouva l'empereur en cherchant ses mots.
_ Il n'a pas volé un simple objet !m'érigeais-je.
L'empereur Autrichien écarquilla les yeux en faisant le lien avec le « vol » en question et la partie de son anatomie touchée.
_ Il… il s'en est prit à vous… ?bafouilla-t-il horrifié.
_ Non, pas à moi…
_ Mais alors… à qui ?s'étonna l'empereur.
Je fusillais le monstre du regard, le haïssant pour toute la souffrance qu'il nous avait imposée, à moi et à Wolfgang. Ce n'était pas juste ! Il avait fauté et je devais avouer un amour qui serait à l'évidence réprouvé ! Pourquoi ? Pourquoi devrais-je être puni de créer un si beau sentiment que l'amour, alors que lui serait certainement gracié pour avoir semé la destruction sur son passage ?
Je baissai la tête, m'enfermant dans mon mutisme pour protéger celui que j'aimais. Le silence était lourd et accusateur, mais les portes du salon claquèrent violemment alors que quelqu'un entrai dans la pièce. Je ne me retournai pas, peu soucieux de savoir de qui il s'agissait, mais des cris troublèrent à nouveau le silence de la pièce.
_ Antonio ! Oh, mon amour ! Tu n'as rien ? Dis-moi que tu n'as rien, je t'en supplie !
Pivotant lentement, je vis celui que j'aimais, les cheveux plus ébouriffés que jamais, les vêtements sans dessus-dessous, les joues encore humides de ses larmes mais aussi rouges de l'effort qu'il venait de fournir. Il ne fallut pas beaucoup de temps à l'empereur pour faire le lien avec mes propos et les inquiétudes de Wolfgang à mon égard. Faisant abstraction du sang qui tachait ma chemise, mon aimé se jeta dans mes bras où je l'accueillis alors qu'il sanglotait doucement.
_ Je crois que je saisis la situation, souffla l'empereur sonné. Bien… je ne pense pas qu'on puisse réellement vous tenir rigueur pour cela… Gardes ! Amenez cette chose sanglante aux cachots et que je ne le revoie plus jamais !
Les deux soldats obéirent docilement alors que je fixai l'empereur, ébahi. Ce dernier m'adressa un sourire complice avant d'éclater de rire. Je n'en revenais pas. Il n'aurait pas dû réagir si bien ! Peut-être était-il saoul…
_ Salieri et Mozart… Mozart et Salieri… Ah, bon sang, si je m'étais attendu à cela !s'esclaffa-t-il gaiment. Mon cher Salieri, vous cachez bien votre jeu, je vous tire mon chapeau. Moi qui vous croyais rivaux, il n'en était rien !
_ Je sais que tout cela est réprouvé mais…, commençais-je.
_ Mon bon Salieri, il est inutile de chercher à vous défendre, me coupa l'empereur paternaliste. Vous savez mieux que quiconque que ces courtisans ne sont que des masques qui cachent de lourds secrets. Tant que vous parvenez à brouiller vos pistes, vous avez ma bénédiction. Laissez-moi vous dire que vous formez un étrange duo, mais un charmant couple quand on y pense.
Mon aimé resserra ses bras autour de moi et frotta sa joue contre mon épaule, enfin calmé, alors que moi je n'y comprenais rien, abasourdi pour le laxisme du souverain. L'empereur nous regarda avec attendrissement alors que je caressai distraitement la crinière dorée de mon compagnon. Certes nous étions un étrange duo, mais nous nous complétions bien à mon avis.
_ Filez mes amis !nous chassa gentiment l'empereur. Il se fait tard et vous tombez de fatigue. Cependant, sachez que je suis pressé de voir votre prochain opéra Mozart.
_ A ce que j'ai pu en entendre, ce sera une pure merveille, souris-je en caressant la joue de mon aimé.
Wolfgang m'adressa un sourire rayonnant et cala sa tête sur mon épaule sans cesser de me couver du regard. Il ne devrait pas m'aimer autant… Il avait tant souffert par ma faute… Ces souvenirs traumatisants ne le quitteraient jamais totalement. Et pourtant il était là, dans mes bras, irradiant de bonheur…
Nous finîmes par quitter le palais, main dans la main puisque personne ne risquait de nous surprendre à cette heure si tardive, et rentrâmes en silence, enfin presque… mon aimé chantonnait, sifflait et sautait dans tous les sens… Bref, il avait retrouvé sa joie de vivre habituelle. J'avais peur que ce ne soit qu'une façade. Après ce qu'il venait de vivre ce soir, il devrait se sentir vulnérable et particulièrement en danger auprès d'un homme couvert de sang ! Mais pourtant il rayonnait de bonne humeur.
Mon amant me tira dans la salle d'eau une fois rentrés, et nettoya avec tendresse le sang qui maculait ma peau. Il n'avait pas l'air effrayé par ma personne, pourtant mon comportement n'avait pas été très humain… Me coupant dans mes réflexions par un baiser langoureux, mon aimé me déconcentra le temps de me guider vers notre chambre où il retira le reste de mes vêtements avant de se dévêtir à son tour pour s'installer sous les draps. Epuisé par cette longue soirée forte en émotions, je ne tardai pas à m'endormir avec mon amant dans les bras, un peu plus serein de le savoir en sécurité.
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Il devait être tout juste 4 heures du matin quand je me réveillais. Le sommeil me fuyait… J'avais beau avoir écarté le danger de mon amant, je n'aurais jamais la conscience tranquille. Ne parvenant plus à trouver le sommeil, je me contentai de regarder mon ange dormir, un sourire ingénu aux lèvres, sans me rendre compte des heures qui défilaient.
_ Mmm… Bonjour beau brun, me taquina une voix encore ensommeillé.
Je souris à mon aimé en croisant son regard noisette et caressai sa joue. Désireux de plus de contact, mon amant vint se coller à mon corps, m'entourant d'une aura de chaleur.
_ Bonjour mon amour, répondis-je en caressant ses cheveux. Tu as bien dormi ?
_ J'ai fait un rêve très intéressant, sourit-il suggestif.
Ce ton ne me disait rien qui vaille… Comme pour corroborer mes doutes, mon aimé s'approcha de moi et déposa un baiser sur mon torse avant de monter ses lèvres à mon oreille.
_ J'ai rêvé que mon amant me faisait l'amour comme un dieu, ce qui est déjà vrai en général, et qu'il me faisait crier son nom jusqu'au bout de la nuit, susurra-t-il en caressant mon torse de sa main droite.
Finalement mon amant ne semblait pas si traumatisé que ça par la soirée de la veille, ou du moins il voulait enterrer ces souvenirs douloureux.
_ Wolfgang !ris-je.
_ Mais c'est vrai !s'offusqua mon aimé. Regarde !
Il prit ma main et la posa sur son membre effectivement excité en relevant la tête pour me faire ses yeux suppliants.
_ C'est sensé prouver quoi ?m'amusais-je. Tu as toujours envie !
_ Non, j'ai toujours envie de toi, il y a une grande différence.
Je ris à nouveau mais Wolfgang récupéra mes lèvres pour me faire taire de la plus délicieuse des façons. Ses mains se firent plus baladeuses mais je me reculai de sa bouche pour pouvoir l'embêter encore un peu.
_ Dans l'application, je ne vois pas vraiment en quoi ça change.
_ Oh et puis zut !s'exclama mon aimé déjà impatient. Tais-toi et fais-moi l'amour au lieu de dire des bêtises !
Mon aimé récupéra mes lèvres pour m'empêcher de trouver quelque chose à répliquer et s'assit sur mon bassin alors que ses mains me prodiguaient de tendres caresses. Nous passâmes la matinée au lit, comme nous le faisions avant.
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J'étais seul dans le lit quand je me réveillais pour la seconde fois de la journée. Je m'habillais et me mis à la recherche de mon amant dans la maison, mais je fus bien forcé de constater qu'il n'était nulle part.
_ Maestro Mozart est parti voir Lorenzo, m'informa Sophia. J'ai pensé que ça ne vous dérangerez pas et il avait l'air sûr de lui alors je l'ai laissé partir…
_ Vous avez bien fait, soupirais-je quelques peu déçu. Il ne craint plus rien de toute façon.
Sophia disposa après m'avoir proposé du thé, me laissant seul face à mon ennui. Sans Wolfgang la maison me paraissait si vide… Mon regard se porta sur la porte de la chambre à l'étage, cette chambre condamnée… Mon aimé y avait encore un tas d'affaires auxquelles il tenait mais qu'il n'avait jamais eu la force d'aller récupérer. Autant faire ça pendant qu'il était absent, ça éviterait de rouvrir la plaie.
Pas très motivé, je montai lourdement les marches et pénétrai dans la chambre. Tous les mauvais souvenirs me revinrent à l'esprit… l'état dans lequel j'avais trouvé Wolfgang, les cris terrifiés de mon aimé quand, la veille, j'avais rendu la monnaie de sa pièce à ce monstre, le sang qui avait coulé –et qui tachait toujours les tapis-… Un soupir m'échappa. Et dire que cette pièce était synonyme de tant de plaisir avant cette nuit maudite… tout avait bien changé depuis…
Puisque je n'étais pas très –voire pas du tout- motivé, je décidai de procéder de façon stratégique pour passer le moins de temps possible dans cette pièce. Dans un premier temps je repoussai tous les meubles contre les murs et retirai les draps ainsi que les tapis, puis j'ouvrai la fenêtre pour balancer l'ensemble côté jardin, dans l'idée de les brûler prochainement. Dans la lancée, je m'équipai d'une bassine d'eau et d'un linge pour essayer de faire disparaitre les traces du sang que j'avais fait couler la veille, mais la tâche s'avéra nettement plus difficile. Quand, après une heure de vains efforts, j'abandonnais l'idée et pensai à faire retapisser cette chambre, je m'intéressais à l'armoire qui contenait nos affaires. Bien que le travail soit vaste, l'odeur omniprésente de mon aimé adoucissait ce fardeau. Il me fallut une bonne ½ heure pour déplacer les vêtements de Wolfgang –sans même les ranger dans l'autre armoire !- puisque mon aimé entassait une quantité impressionnante de vêtements qu'il ne portait pourtant jamais.
J'arrivais enfin à la commode, plus précisément aux tiroirs de mon amant puisque les miens étaient rapides à ranger, quand je m'arrêtai en tombant sur des partitions que je n'aurais jamais pensé retrouver. Il s'agissait de ma première collaboration avec Wolfgang, quand nous tentions d'être « amis », mais ça n'avait rien donné de brillant puisque mon aimé avait décidé de dessiner mes yeux à la place de transcrire les notes que je lui dictai. Quand j'avais réalisai qu'il avait la tête complètement ailleurs et qu'il n'écrivait pas sous ma dictée, j'avais demandé à voir lesdites partitions et celui qui n'était alors pas encore mon amant se contenta d'éclater de son rire aigu si particulier à sa personne. Je gardai un bon souvenir de cette journée. En règle générale, je gardai toujours de bons souvenirs des journées que je passai en compagnie de celui que j'aimais.
_ Je pensais que tu serais resté au lit, s'attrista une voix que je reconnaitrai entre mille.
Me retournant lentement, je fis face à mon aimé qui me dévisageai avec une moue boudeuse, nonchalamment appuyé contre la chambranle de la porte. Il brillait dans ses yeux une lueur joueuse qui ne me rassurait pas, d'autant plus qu'il gardait consciencieusement une main derrière son dos.
_ Tu ne devrais pas être là mon amour, me contentais-je de répondre.
_ Je suis plus fort que tu ne le crois, fanfaronna-t-il en avançant d'un grand pas. Du moins, je suis fort quand tu es avec moi.
Je lui souris, touché par sa déclaration, et le laissai s'approcher à son rythme. De là où j'étais je ne parvenais toujours pas à voir ce qu'il dissimulait derrière son dos…
_ Qu'est-ce que tu as dans tes mains ?le questionnais-je suspicieux.
Le sourire carnassier qu'il m'offrit m'inquiéta encore plus. Mon aimé pouvait avoir des idées vraiment étranges parfois…
_ D'abord mon bisou, après la surprise !exigea-t-il tel un enfant capricieux.
Connaissant mon amant sur le bout des doigts, je savais que c'était la meilleure façon d'obtenir rapidement des résultats. Je lui fis signe de s'approcher et mon aimé sautilla jusqu'à moi pour parvenir à mes lèvres. Ce fut cependant lui qui mit un terme au baiser, frustré de ne pouvoir m'enlacer comme il le souhaitait puisque ses mains étaient prises. Ne se reculant que d'un minuscule pas, mon aimé sortit de son dos une magnifique rose jaune qu'il me tendit.
_ Une rose jaune pour te montrer que tu es mon soleil personnel.
J'arquai un sourcil touché par son attention, et attrapai la rose d'une main tremblante d'émotion alors que mon aimé me souriait. Son regard toujours plongé dans le mien, il sortit une seconde rose de son dos, blanche celle-ci.
_ Une rose blanche pour te montrer que tu es mon illustration de la perfection : un homme droit et bon, toujours là pour me protéger.
Ma vue se brouilla partiellement tant les larmes noyaient mes yeux. Je récupérais la seconde rose, pensant que mon aimé s'arrêterait là, mais il avait toujours sa main derrière son dos. S'approchant pour m'embrasser chastement, il se recula ensuite pour me tendre une rose de la couleur homonyme.
_ Une rose… ben rose, rit-il pour te symboliser toute la tendresse que tu m'inspires.
Une larme trahit mon émotion et mon aimé s'empressa de venir la recueillir sur son pouce avant de la porter à ses lèvres. Le sourire tendre qu'il m'adressa fit défaillir mon cœur. Jetant à peine un petit coup d'œil par-dessus son épaule, il sortit une flamboyante rose orange de son dos.
_ Une rose orange pour te donner une idée du feu qui me dévore dans nos étreinte passionnées, susurra-t-il nettement plus suggestif.
Je ne pus empêcher un rire étouffé de traverser mes lèvres en prenant délicatement la rose de ses mains et mon aimé feignit de s'offusquer. Se mordillant la lèvre, il avança sa main pour me montrer la dernière rose qu'il tenait, d'une couleur vermeille envoutante.
_ Et une rose rouge pour te dire à quel point je t'aime, à quel point j'aime vivre avec toi, combien tu m'es important et tu me rends fort. Elle est rouge comme le sang qui coule dans nos veines, et qui nous rend fort, à la différence que tu es la seule force dont j'ai besoin dans la vie. Je t'aime Antonio.
Une seconde larme d'émotion m'échappa mais cette fois-ci mon amant vint directement poser ses lèvres sur les miennes pour m'offrir un baiser intense dans la quantité d'amour qu'il exhalait. Nous ne nous séparâmes qu'une fois à court d'air, et même alors mon aimé choisit de rester confortablement dans mes bras.
_ Alors bien sûr ce rose faneront, poursuivit-il nostalgique en caressant la pétale d'une rose qu'il venait de m'offrir. Mais sache que mon amour pour toi est éternel. Je t'appartiens, corps et âme, bien au-delà de la mort…
_ Tout comme moi, soufflais-je contre ses lèvres. Je t'aime Wolfgang, plus que tout.
Mon aimé me sourit et passa ses bras autour de ma nuque pour m'embrasser langoureusement. Finalement, nous étions parvenus à construire un souvenir heureux dans cette chambre que nous avions condamnée, mais le plus important restait la guérison miraculeuse de mon aimé. Il était tout pour moi, et pour rien au monde je n'aurais souhaité revivre ce cauchemar.
_ Oh ! J'ai oublié de te dire !s'exclama mon compagnon en se séparant plutôt brutalement de mes lèvres.
Il me fallut quelques secondes pour reprendre pied avec la réalité, tellement sonné par cet arrêt brutal. Pour ne rien arranger, mon aimé s'écarta d'un pas de moi, quittant ainsi mes bras.
_ Je vous invite très officiellement à la première de Don Juan que je donne ce soir, ô grand maître de la chapelle impériale, fit-il exagérément.
J'arquai un sourcil, étonné par la rapidité avec laquelle il avait mené ce projet, mais il sautillait déjà vers moi pour s'emparer à nouveau de mes lèvres, m'empêchant de poser la moindre question. Le baiser fut fougueux et affamé, mais nous nous obligeâmes à en rester là… pour le moment…
_ Alors c'était pour ça les roses ?le taquinais-je. Tu veux me soudoyer ?
_ Non, les roses c'est parce que je t'aime, rit-il complice. Le baiser c'était pour te corrompre.
Je ris avec lui et récupérai ses lèvres, cependant je sentais dans son comportement qu'il caricaturait un gamin lors de son premier baiser. Riant contre ses lèvres, je finis par me séparer de lui pour le regarder faire ses gamineries.
_ Alors ?demanda-t-il les yeux brillants. J'aurais une bonne critique ?
_ Il va falloir faire mieux que ça pour me convaincre Maestro Mozart, le défiais-je.
Les yeux de mon amant s'allumèrent d'une flamme de convoitise avant qu'il ne me tire avec lui dans la chambre qui était désormais la notre. Mon aimé me corrompu comme il savait si bien le faire et me fit crier son nom un bon moment avant de me laisser me reposer en prévision de la soirée.
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_ Et mon bisou !s'écria une voix geignarde. Je veux mon bisou porte-bonheur !
Je m'arrêtais net. Nous étions dans les coulisses de l'opéra où Don Juan devait être joué dans quelques minutes, et mon aimé refusait de me laisser partir tant que je n'aurais pas satisfait sa requête.
_ Wolfgang, soupirais-je. Tu ne crois pas que tu es un peu trop grand pour ça ?
_ Mais je vais tout rater sinon…, minauda mon aimé.
J'essayai de me faire sévère, sachant pertinemment comment ça avait finit la première fois –à savoir que nous avions accumulé une ½ de retard sur la représentation à causes de nos batifolages- mais mon amant me fit ses yeux suppliants. Le bougre aurait mérité un prix pour ça !
Mon amant me sentant flancher, il s'approcha de moi de sa démarche féline mais je bloquai son avancée d'une main sur son torse lorsqu'il fut trop près. Contrarié, mon aimé suivit mon regard porté sur les danseurs et comédiens et comprit mes réticences. Il m'attira dans le premier bureau venu et me plaqua contre le mur pour m'embrasser avec sa passion habituelle.
_ Encore heureux que ce soit mon bureau, commenta avec ironie Lorenzo. Quand vous seriez-vous arrêtés si je n'avais pas été là ?
Wolfgang ne se dérangea pas de la présence de notre ami dans la pièce, mais je le forçai à lâcher mes lèvres par politesse envers mon compatriote. Ce dernier nous observait avec amusement alors que mon aimé ruminait sa contrariété d'être interrompu.
_ Il ne te reste que 10 minutes avant le grand saut Wolfgang, je pense qu'il serait bon que tu te prépares, lui conseilla gentiment Lorenzo.
Mon amant soupira fortement en le dardant d'un regard noir, et attrapa mon visage pour me ravir un dernier baiser avant de disparaitre.
_ Ne tient pas rigueur à Wolfgang de son attitude, tu le connais…, m'excusais-je pour lui.
_ Justement, ça fait plaisir de le revoir ainsi, sourit Lorenzo. Je voulais te parler de Bach en revanche…
Je grimaçai, me tendant involontairement à l'entente de ce nom qui m'était insupportable. D'un geste impatient, je le pressai à enchainer.
_ J'ai demandé à un ami qui étudie les aliénés de le voir.
_ Qu'est-ce qu'il en a pensé ?sifflais-je toujours crispé.
_ Il m'a dit que Bach souffrait d'une maladie mentale qui lui faisait croire des choses qui n'étaient pas vraies. Je lui ai expliqué ce qu'il avait fait, sans citer de nom, et il m'a dit qu'il s'était certainement imaginé que Wolfgang avait besoin de lui d'une quelconque façon, d'où sa première… bref… Et quand il a vu que Wolfgang allait de nouveau mieux, il s'est dit que son « intervention » devenait urgente puisqu'il l'a interprété comme un signe de mal-être. En résumé, Bach est fou et très dangereux, mais personne n'aurait put prévoir qu'il perdrait ainsi la raison et dans son état actuel il ne fera plus de mal.
Je hochai la tête sèchement et quittai la pièce à grandes enjambées. J'aurais préféré ne plus jamais entendre parler de cet homme que je détestai plus que tout. Maintenant seul Wolfgang m'importait, et notre avenir de couple. Jamais plus je ne commettrais l'erreur de le laisser de la sorte vulnérable à la maison. Dès que possible je ferais renforcer les sécurités en posant de nouveaux verrous et en bloquant l'accès au balcon par le jardin, actuellement facilité par la présence d'un muret qu'il faudra démolir.
J'arrivais aux côtés de l'empereur et servit les banalités d'usage, bien que notre regard en dise long sur ce que nous en pensions, et patientai calmement en attendant que mon aimé s'avance sur scène. Le silence se fit enfin dans la salle. Wolfgang salua la foule pour une fois qu'il était à l'heure, presque à l'avance. Au lieu de commencer à guider ses musiciens comme il aurait dû le faire, il demanda l'attention de son public.
_ Je voudrais dédier cet opéra à une personne que j'aime tout particulièrement et sans qui je ne serais certainement pas là aujourd'hui, sourit-il. Je voulais lui dire que je l'aime plus que tout et que je lui dois mon inspiration. Je pense qu'il est inutile de préciser le nom puisque cette personne se reconnaîtra.
Mon aimé fit exprès de ne pas arrêter son regard sur moi et pourtant je savais que ces paroles m'étaient personnellement adressées. J'essuyai discrètement une larme d'émotion qui m'avait échappée et reportai mon attention sur son travail qui valait bien toutes les déclarations d'amour du monde.
Certes nous avions essuyé des coups durs de la vie, mais en étant là l'un pour l'autre nous avions su nous reconstruire pour en sortir encore plus fort. N'était-ce pas le principal au final ?
FIN
