Chapitre 8
L'abîme
Les deux au même moment. Coup sur coup. Doublement dur à encaisser.
Ces salopards avaient vraisemblablement très bien préparé leur coup.
Roland vit une chose qu'il n'aurait jamais osé imaginer : pendant un court instant, il crut que le grand Kaiba allait s'évanouir tant le choc fut violent et le glaça sur place.
Il restait debout, les deux mains pressées sur la surface de son bureau comme s'il allait le broyer de ses doigts, s'y maintenant pour ne pas tomber, l'air complètement ahuri.
Sa bouche restait entrouverte et totalement muette comme s'il voulait crier sans qu'aucun son n'en sorte.
Et la couleur sur son visage passait du blanc livide au rouge écarlate, puis revenait du rouge au blanc.
« Non! Mokuba! Non! Naomi… Je les tuerai. J'aurai leurs peaux. Et je les accrocherai aux murs de mon bureau.»
« Retrouvez-les. Déployez tous les hommes que vous aurez. Des centaines, des milliers…mais retrouvez-les immédiatement. »
Il murmurait, certes. Mais Roland n'eut pas besoin de se le faire redire. Aussi, se dépêcha-t-il de repartir attrouper tous les hommes disponibles. Ils allaient ratisser la ville au centimètre près.
Et Kaiba n'allait pas rester inerte.
Il quitta son bureau en trombe, convaincu que le temps pressait.
« Psstt… Naomi. Réveille-toi Naomi. »
Naomi ouvrit un oeil avec quelque difficulté, puis l'autre. Elle n'avait réellement pas l'impression de se réveiller dans un pays enchanté.
À ce qu'elle put en juger, ses poignets étaient attachés ensemble et suspendus à une corde de telle sorte que sa tête, encore penchée, tirait vers le bas. Ils paraissaient être dans un immense hangar d'avion abandonné ou un entrepôt tant l'espace étant grand et la pièce vide.
Quand elle eut enfin retrouvé toute sa raison, Mokuba se tenait à côté d'elle, également attaché de la même manière. Seuls leurs pieds touchaient le sol.
« Mokuba! » murmura-t-elle tout bas en s'apercevant de la présence de quatre agresseurs dans la pièce avec eux.
« Tiens! » s'écria l'un d'eux, les ayant entendus. « la Belle au Bois dormant est réveillée! »
Il eut droit au regard glacé de Naomi.
« Qu'est-ce que vous nous voulez ? » demanda-t-elle, leur montrant que ce n'était pas un jeu qu'elle appréciait.
« Oh!…à vous deux, rien. » dit encore un autre. « Vous n'êtes que de simples petits appâts. »
« Kaiba! Définitivement…que des ennuis »
Elle avait eu tout le loisir de reconnaître quelques agresseurs déjà rencontrés dans cette fameuse ruelle de l'hôtel, le soir où elle avait aidé Kaiba à s'en défaire voilà des semaines. Et une partie de la même bande qui avait essayé d'enlever Mokuba, au manoir.
L'un d'eux, assez costaud, qu'elle reconnut sans difficulté, s'approcha d'elle sans geste brusque.
« Mais je maintiens mon offre, ma jolie. Après tout ça, je te fais ta fête quand tu veux. Ça sera un honneur de déchausser Kaiba à ce petit jeu…tu verras, il n'est pas de taille avec moi… »
Elle se mit à rire avec ironie en secouant la tête, se payant visiblement sa gueule. Ce qui le fit froncer des sourcils.
« Je ne joue pas à ce « petit » jeu avec Kaiba, comme tu dis…»
« …et puis d'ailleurs, tu ne pourras jamais porter ses chaussures … Personne ne le peut… »
« Non? »
À nouveau, elle secoua négativement la tête, le méprisant de son regard le plus noir.
« Alors… dis-moi… pourquoi te faisait-il surveiller d'aussi près si tu n'es absolument rien pour lui ? »
À ces paroles, Naomi fut prise d'une fureur soudaine et silencieuse. Elle l'ignorait, bien entendu, ne s'en étant douté qu'au dernier moment.
« Je ne vois pas de quoi tu veux parler » dit-elle, inflexible.
Mais il se moqua, s'esclaffant de rire.
« Comme tu veux. N'empêche… je te ferai ta fête, je ne t'oublierai pas, » la menaça-t-il à nouveau mais cette fois en voulant lui toucher la poitrine.
D'instinct, les jambes de Naomi ruèrent légèrement. Ce qui le fit reculer de plusieurs pas.
« JAMAIS! »
« Je peux t'attacher les jambes aussi. C'est pas un problème. »
À ce moment, un homme entra, interrompant aussitôt ses intentions.
« Oh là! Du calme. N'abîme pas la marchandise. » s'écria-t-il dans un demi-rire. « Ah! »
Ses pas s'arrêtèrent devant les captifs.
« Vrai qu'elle est jolie… Hum... je dois admettre que Kaiba s'y connaît en matière de femmes… » dit-il encore à l'adresse de Naomi.
« Elle dit qu'elle n'est pas sa copine, patron! » reprit le type qui avait essuyé la ruade.
« Ah! Vraiment? » reprit le patron. « Normalement, j'en serais ravi. Mais pour le moment, peu importe. »
« Peu importe? » s'écria Naomi, ulcérée. « C'est à dire ? »
Mais il ne répondit pas à la question et l'évita d'un sourire narquois.
« Quelle crapule!»
Mais elle n'était pas seule. À nouveau, elle devrait compter avec Mokuba.
Étrange comme le destin fait les choses. Elle ne l'avait qu'à peine vu trois fois et se retrouvait en danger pour la seconde fois. Ce jeune homme avait réellement besoin d'apprendre à se sortir d'embûche. Bien que ce n'était pas sa faute, victime lui aussi de ses fréquentations. Et même encore là. Honnêtement, pouvait-elle réellement en vouloir à un homme riche et puissant d'être la cible d'escrocs et de parvenus?
Mais elle n'avait pas d'autre choix que de prendre garde à ses actions. Ne serait-ce que pour sa sécurité à lui. Les faux pas n'étaient pas permis.
« Et qu'est-ce que vous croyez obtenir en échange ? Parce qu'il s'agit bien de chantage, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle.
Le patron sourit.
« Et vous êtes intelligente en plus. Ce qui vous rend encore plus désirable aux yeux de Kaiba, j'en suis certain. » répondit-il avec un brin de malice dans la voix.
« Vous faites erreur. Ce n'est pas ce que vous croyez. » insista-t-elle encore.
« Nous verrons. » termina-t-il en tournant les talons.
« Pauvre type! » souffla-t-elle en détournant les yeux.
Une main, très large, claqua rudement son visage, ce qui lui fit tourner la tête brutalement vers Mokuba qui sursauta.
Seule Naomi n'avait presque pas bougé comme si ça ne l'avait même pas touchée.
« Tu fais attention à ce que tu dis! » s'écria l'agresseur, prenant la défense de son patron très à cœur.
« Détache-moi salopard…fais-moi ce plaisir » se répétait-elle en silence, le fusillant du regard.
Elle reçut une seconde gifle.
« Et ne t'avise même pas de me regarder comme ça. Qui sait ce que je pourrais faire si je m'emporte. » dit-il encore, persuadé qu'il avait le contrôle de la situation bien en main.
Mokuba le réprimanda en hurlant, fâché qu'elle ne puisse pas se défendre.
« T'es qu'un lâche. Tu te risquerais même pas si elle était détachée. »
« T'en veux une toi aussi morveux ? » se vit-il offrir.
« Mokuba! » s'écria-t-elle pour ne pas qu'il le provoque inutilement.
Elle ne comprenait pas très bien ce qui la poussait à se porter à son secours ni même à le protéger. Mais c'était une chose qu'elle devait faire.
« Assez! » cria le patron. « Il n'est pas nécessaire d'être aussi brutal. Du moins… pour l'instant. »
Puis il était ressorti de l'immense pièce, sourire en coin.
Mokuba gardait les yeux sur elle, plus inquiet qu'apeuré.
« Ça va Naomi? »
Elle inclina légèrement la tête pour le rassurer.
« T'inquiète pas. Je connais mon frère. Et il va nous retrouver. » dit-il encore.
« Il a une telle confiance. »
Il ne fallait pas y compter raisonnablement. Mais elle ne voulut pas décevoir les espoirs du jeune homme. Aussi, et peut-être qu'au fond elle y croyait également – préféra-t-elle acquiescer.
« Oui… » souffla-t-elle gentiment à son adresse.
Par curiosité, et surtout pour essayer de détendre un peu l'atmosphère, elle entama une courte discussion, à voix basse.
« Comment t'es-tu retrouvé ici Mokuba? Tu n'avais pas tes gardes avec toi? »
« Oh oui... Mais ils sont venus au lycée. Je sortais des toilettes quand ils m'ont attrapé. Personne n'a rien pu y faire. Et je ne pouvais pas risquer qu'ils blessent quelqu'un. »
Elle hocha la tête, approuvant son choix de chercher à protéger son entourage.
- « Ouais. »
« Hé! La ferme! » cria l'un des hommes.
Naomi et Mokuba s'adressèrent un rapide coup d'œil, choisissant communément de garder le silence.
« Alors? »
« Toujours rien, monsieur. »
Kaiba devenait de plus en plus impatient, bien qu'il avait compris dès le départ que ça n'allait pas s'avérer une partie de plaisir. Ces escrocs n'allaient certes pas leur indiquer leur cachette aussi facilement.
« Tenez bon. Je vous trouverai. J'arrive…. »
« Hé! Ma jolie! Tu veux jouer au strip poker avec nous? Je te tiens tes cartes si tu veux…et je me fais volontaire pour enlever les morceaux… » dit l'un des hommes.
Naomi marqua l'ironie.
« D'accord, mais seulement si tu me détaches. »
Ils se mirent à rire de cette boutade. Clairement, aucun ne s'y risquerait.
« Bien essayé, non? » murmura-t-elle à Mokuba qui dissimula un demi-rire étouffé.
Comment pouvait-elle demeurer si calme et même trouver le moyen d'en rire ?
Mais Mokuba était retombé dans une espèce de léthargie, rongé par l'inquiétude.
« Hé! » lui souffla-t-elle à nouveau. « T'inquiète pas. Ton frère va te retrouver très vite. J'en suis certaine. »
Il approuva d'un signe de tête, la remerciant par la même occasion.
« Oui. Et il va en faire de la pâtée pour chat » se plut-il à avouer.
Ni l'un ni l'autre ne s'aperçut du type qui avait bondi jusqu'à eux et qui avait frappé solidement Mokuba qui chancela brusquement.
- « J'ai dit : La FERME! sale gamin prétentieux! » cria-t-il.
Naomi ne put faire mieux qu'un élan du pied dans sa direction. Mais il avait reculé rapidement, malgré son attaque manquée.
« Minable! » lui siffla-t-elle entre les dents.
« Comment tu m'as appelé? »
« Et t'es sourd en plus d'être lâche et bête comme un âne? MI-NA-BLE!» osa-t-elle insister avec encore plus d'arrogance que Kaiba en était capable.
« Oups! Je crois que je n'aurais pas dû »
Il se retourna à peine pour lui administrer un dur coup au visage, cette fois de l'autre côté des gifles.
- « Non! » hurla Mokuba qui avait bien compris qu'elle préférait se sacrifier à ses dépends.
Courageuse, elle agit comme si elle n'avait rien senti, lui riant au nez, ce qui le froissa davantage.
Un autre coup de poing lui fut retourné sur-le-champ, ouvrant légèrement le dessus de la lèvre sous la force du coup.
Elle était en colère beaucoup plus que blessée.
« Arrêtez! » criait Mokuba sans que son avis ne soit retenu.
Elle ne put s'empêcher de cracher au visage du type, lui expédiant un peu de sang mêlé à sa salive.
Il vint pour revenir à la charge, sauf que cette fois, dans un saut prodigieux, les jambes de Naomi se soulevèrent de terre et encerclèrent le cou du type qu'elle étranglait dans son étreinte. D'un twist, elle le projeta par terre. Même attachée, elle n'était pas à prendre à la légère.
Mais un second agresseur se présenta aussi vite.
« Tu ne sais vraiment pas comment t'y prendre, idiot! » lui cria-t-il en plantant un couteau dans l'épaule gauche de Naomi dont il retira la lame aussi rapidement. « Là! Maintenant je suis sûr qu'elle a compris. »
Naomi retint un cri de douleur malgré la brûlure extrême qu'elle ressentit vivement et qui la figea sur place.
Quand même! C'est tout de même dommage d'abîmer une aussi belle marchandise! Se moqua-t-il en déployant un rire complètement niais à l'oreille d'une personne intelligente.
« Salopard! » hurla Mokuba mort d'angoisse et dont le regard les maudissait furieusement. « Mon frère va vous tuer pour ça! »
Le type du parterre, qui se relevait, s'était rapproché à son tour de Naomi avec un sourire hypocrite : il ne laissait rien entrevoir de sa colère mais il était furieux qu'elle l'ait ridiculisé une nouvelle fois en se défendant.
« Tiens! Tiens! Dire que je commençais à croire qu'il n'y avait rien entre vous…je suis déçu… » ironisa-t-il à l'adresse de la jeune femme.
« C'est vrai. Il n'y a rien. Surtout rien qui te regarde » avoua-t-elle en s'efforçant de ne montrer aucune affliction.
Ses yeux étaient remplis d'une haine féroce. Mais elle s'était légèrement dévoilée par rapport au véritable attrait qu'elle nourrissait envers Kaiba.
« Et tu crois qu'il me tuerait aussi pour ça? » dit-il en frappant brutalement Naomi aux côtes à quelques reprises comme s'il s'en servait de sac d'entraînement.
« Non! Arrêtez! » hurla Mokuba qui ne pouvait assister plus longtemps à la râclée dont elle faisait l'objet; ce minable la ruait de coups alors qu'elle était totalement incapable de se défendre.
Désespérément, les pieds de Mokuba essayèrent de ruer contre le type mais il dut s'avouer impuissant alors que le type continuait à la frapper de bon cœur.
Courageusement, Naomi se retint de leur donner la satisfaction de l'entendre crier de douleur. Mais les derniers coups portés la laissèrent avec le souffle coupé; elle était certaine que quelque chose s'était brisé dans son corps tant le mal grandissait.
- « Vous n'avez pas le droit! » hurla encore Mokuba fou de rage. « Arrêtez ! »
« Il faut dire gamin… que la dame et nous…on a des comptes à régler. » avoua-t-il content de prendre sa revanche sur l'affront dont ils avaient été victimes de sa part.
Elle encaissa un nouveau coup sans broncher comme si elle était née pour être martyrisée ou trop habituée pour en faire grand cas.
« Laissez-la tranquille! » cria Mokuba désespéré. « Attendez que mon frère soit là…. je vais le regarder vous étrangler avec vos propres tripes! »
Mais ils se mirent à rire comme s'il s'agissait d'une bonne blague.
La moitié de la ville avait déjà été passée au peigne-fin et Kaiba crut que le dénouement approchait bien vite. Plus de deux cent hommes la parcouraient dans tous les sens et recoins. Ce n'était qu'une question de temps.
Et le temps se faisait plus précieux soudainement. Quelque chose n'allait pas. Il en était certain au plus creux de l'estomac; comme une sorte d'angoisse interminable qui s'était logée en boule dans sa gorge se stagnant jusqu'au bas du ventre. Et il était enragé.
Ils allaient bientôt découvrir qu'on ne touche pas impunément aux membres de sa famille.
Mais les kidnappeurs n'ayant toujours pas donné de nouvelles, il restait complètement dans le noir.
Et il devait bien y avoir plus de quatre bonnes heures depuis leur disparition.
« Il faut les trouver. Vite. Quelque chose ne va pas… »
« Monsieur? » s'écria une voix dans le transmetteur. « Nous avons peut-être un indice. »
« Très bien! » répondit Kaiba qui pendant un court instant, reprit confiance.
« Nous croyons qu'ils seraient probablement dans un hangar du quai. »
« Je l'espère. De tout mon cœur »
La douleur devenait plus intense dans la poitrine de Naomi bien qu'elle n'en laissa rien paraître. À peine une grimace et encore, camouflée à leurs regards.
« Laisse tomber Mokuba » murmura-t-elle.
« Mon frère va arriver. J'en suis certain. Tiens bon Naomi. Il va arriver. » laissait-il glisser entre les dents.
Il fermait les yeux comme s'il priait, débordant de rage d'être aussi impuissant alors que Naomi penchait la tête dans un moment de répit, tentant désespérément de reprendre son souffle.
« J'avoue que j'aimerais bien, Mokuba. Je crois même que j'apprécierais énormément de le voir maintenant. »
Le patron rentra dans la place. Ce qui procura un moment de repos à Naomi.
« Mais qu'est-ce que vous avez fait? » demanda-t-il à ses hommes marquant l'étonnement.
Ça ne lui plaisait pas bien qu'il feignit de ne pas s'en préoccuper.
« Euh…patron… on s'est un peu emportés… elle nous a cherchés. »
« Bah! Je comprends qu'elle ne nous est pas d'une grande utilité…c'est le gamin surtout qui importe. Mais ne les abîmez pas trop tout de même » envoya-t-il banalement, tout en composant sur son cellulaire.
« Kaiba! » dit-il. « Nous avons quelque chose qui vous appartient et qui surtout…. »
« Séto! » cria Mokuba, comprenant qu'il parlait à son frère.
« vous intéresse, je crois… » dit encore le patron.
Kaiba sentit la rage l'envahir pour une millième fois.
« Ne leur faites aucun mal sinon vous m'en répondrez personnellement » dit-il.
« Oups! » le nargua le patron. « J'ai bien peur que vous n'en retrouviez qu'un seul intact…. Mais soyez rassurés, ils sont vivants. »
Kaiba restait cloué au sol de l'hélicoptère comme s'il pesait des tonnes.
« Un seul intact? Qu'est-ce qu'il veut dire par là? »
« Si vous touchez un seul de leurs cheveux, je vous tuerai. Sans pitié. » le menaça-t-il gravement.
« Allons, mon ami, l'important c'est qu'ils soient vivants, non? »
Un long frisson d'horreur traversa le corps de Kaiba.
« Séto! » cria Mokuba à nouveau. « Nao.. »
Mais l'un des agresseurs vint lui mettre une main sur la bouche.
« Nao…mi? »
Kaiba avait serré le poing, menaçant du même coup de faire exploser le téléphone dans l'autre.
« Mokuba! » cria Kaiba comme s'il voulut qu'il l'entende.
« Nous avons des problèmes de communication… je vous rappelle dans un moment » termina le patron en éteignant son cellulaire.
« Un seul intact? »
- « Trouvez-les immédiatement!. C'est un ordre. » ordonna-t-il à ses hommes, espérant accélérer les recherches sous le poids de ses propres menaces.
« Naomi… » soupira Mokuba en jetant un regard concerné vers elle.
Le sang s'épandait encore de sa blessure à l'épaule. Et visiblement, elle faiblissait de le perdre.
Elle releva la tête pour l'envisager. Son visage était accablé par autant de haine que de fatigue, légèrement bleui par les coups.
« Ne dis plus rien Naomi. Je ne supporte pas de les voir te faire du mal. Je t'en prie.»
Elle ne répondit rien, se contentant de baisser légèrement les yeux sous ses supplications.
Il n'avait rien en commun avec la hargne de son frère. À tel point qu'elle se demandait comment il pouvait vivre avec un être si entêté. Mokuba était presque l'antithèse de Séto. Il était chaleureux, enthousiaste, spontané, sensible et sans défense.
Et elle le savait. Voilà, sans aucun doute, ce que Kaiba avait protégé jusque-là avec autant de zèle.
« Je suis entraînée pour ça Mokuba. Je suis allée à la bonne école. T'inquiète pas. »
Mais elle n'allait pas lui avouer.
Il la plaignait avec une sincère compassion. Elle ne se serait pas permis de lui causer d'autres soucis. Instinct maternel, peut-être?
Bien sûr qu'il était grand. Mais aussi fragile qu'un enfant.
Oui, elle en était certaine. Kaiba savait déjà tout ça.
« Je ne comptais pas te revoir Séto. Ce n'était pas prévu dans mes plans. Mais vraiment, j'espère que Mokuba dit vrai. Et que tu arriveras bientôt. Je ne tiendrai plus très longtemps…»
« Je veux la certitude qu'ils vont bien. » menaça Kaiba qui réussissait quasi anormalement à garder son plein sang-froid.
« Vous avez déjà entendu votre petit frère, je crois. » dit le patron. « Pour ce qui est de votre 'délicieuse' petite amie… »
« Ma délicieuse petite amie? »
« Elle n'est pas ma petite amie. » dit Kaiba qui tentait par là, de diminuer le danger qui pesait sur la tête de Naomi.
« Allons M. Kaiba! Ne jouez pas avec moi! »
« Je ne joue pas » répondit Kaiba d'un ton glacial.
« Pas encore, sale vermine… »
« Qu'importe! Vous n'allez quand même pas risquer la vie de cette jeune femme, aussi innocente soit-elle, n'est-ce pas? »
« Grrrrrrr…Tu vas me le payer salopard! »
« Contre quoi? Venez-en directement au but. Et cessez de me menacer. »
L'homme ne se moqua plus.
« Ah! Très simple. La Kaiba Corp contre votre petit frère »
Kaiba en eut le souffle coupé.
« C'est une blague? »
« Je ne plaisante jamais en affaire M. Kaiba. De plus, je vous donne jusqu'à la fin de cet après-midi pour effectuer le nécessaire, ce qui vous laisse encore trois bonnes heures. Passé ce délai…. »
Il s'interrompit.
« Passé ce délai ? » osa à peine demander Kaiba qui sentit ses membres se contracter.
« Je ne donne pas cher de la vie de l'un d'eux. C'est au choix. »
« Naomi »
Il ne l'avait pas dit mais Kaiba avait rapidement déduit qu'ils ne s'en prendraient pas à Mokuba directement puisqu'il demeurait leur meilleure monnaie d'échange. Sans lui, rien.
« Je vous rappelle dans une heure M. Kaiba. »
Puis le déclic se fit au bout du téléphone.
« Salopard! Salopard! »
Kaiba respirait nerveusement, en proie à une rage sur le point d'échapper à son contrôle.
« Où en êtes-vous? » demanda-t-il dans le transmetteur de l'hélico.
« Nous vérifions tous les hangars, monsieur. Il n'en reste que cinq. »
« Accélérez »
Allait-il oui ou non fléchir et donner cette compagnie pour laquelle il s'était tant battu?
Jamais il ne sacrifierait Mokuba. Et puis, il pourrait toujours la reprendre tôt ou tard.
Mais pour Naomi, encore une pure étrangère moins d'un mois auparavant ?
Sûr qu'il lui en devait une, même deux, ayant contracté des dettes dès le moment qu'elle était entrée par hasard dans son existence et qu'elle l'avait aidé à se défaire de ses assaillants le soir de leur rencontre. Sans compter l'aide inespérée dont elle avait assisté Mokuba contre les ravisseurs, faisant ainsi avorté leur premier plan.
Cette même Naomi qui désirait s'éloigner de lui et à laquelle il ne le permettait pas, par pur égoïsme.
« C'est dangereux de traîner dans tes environs » lui avait-elle dit à l'hôpital.
Jamais il n'avait réalisé à quel point elle avait raison.
Peut-être même l'avait-elle pressenti avec ce que les femmes appellent communément leur sixième sens, instinct presque infaillible. Oui. Peut-être était-ce justement aussi pourquoi elle s'entêtait à le repousser pour se protéger.
L'injustice était flagrante. Et des remords atroces déchiraient son âme.
Oui. Même pour Naomi, il la donnerait cette compagnie.
« Oh! à propos… » recommença la brute qui s'approchait une nouvelle fois de sa victime.
« Laisse-la tranquille saloperie! » lui ordonna Mokuba qui vivait un véritable cauchemar.
Naomi avait énormément faibli bien qu'elle tentait désespérément de faire face, poussée par une force inouïe. Et puis elle avait froid.
« J'ai remarqué » dit-il, « que tu boitais légèrement…c'est de naissance? Ah non! Je crois pas que le GRAND Kaiba aurait porté autant d'attention à une vulgaire petite handicapée chronique… »
Naomi soupira moqueusement.
« T'es vraiment un petit frustré toi. » s'écria-t-elle avec mépris… « toujours en train de convoiter ce que les autres ont et que tu n'auras jamais, c'est ça ? »
Elle l'insulta encore.
« T'as jamais pensé à t'acheter un punching-ball ou faire du yoga ? Ça détend… »
« Non, Naomi » la supplia Mokuba redoutant, avec raison, qu'il ne s'en prenne à elle à nouveau, comme il en avait visiblement l'intention.
Rageusement, il la cogna au visage.
La tête de Naomi frappa brusquement sur son avant-bras, du côté de Mokuba qui fut aspergé d'un jet de sang.
« Sale chien! » cria-t-il tremblant de rage et détournant les yeux, horrifié, incapable d'en tolérer davantage.
« SÉTO! Mais où es-tu? » cria-t-il du plus profond de son âme.
Naomi cracha au sol, un peu plus assommée.
Mais l'homme voulut s'en prendre à Mokuba. Il vint pour le frapper mais encore, elle réagit :
« T'es vraiment un pauvre minable comme il y en a partout… » murmura-t-elle voulant encore l'éloigner de Mokuba.
Curieusement, il se retint de revenir directement à la charge et préféra lui saisir violemment le visage pour le relever et l'envisager.
« Et le minable te dit que : 'Quand j'en aurai terminé avec toi, non seulement Kaiba ne te regardera plus jamais de la même manière… mais il ne te regardera plus du tout…il n'aura que du dégoût pour la traînée que tu es… »
« Ne l'écoute pas Naomi. » cria Mokuba comme s'il voulait l'encourager. « Mon frère n'est pas comme ça »
« Oh! Mais il le deviendra….quand j'en aurai fini avec elle… » ricana la brute, en laissant promener son regard sur sa silhouette.
Naomi semblait avoir déposé les armes, muette et immobile comme s'il venait de toucher sa corde sensible.
« Traînée? Qu'est-ce qu'il… Non, jamais!… Pas qu'il me touche… »
Prêta-t-elle une réelle importance à ce que pourrait penser Kaiba d'elle, à ce moment précis? Peut-être.
Plus probablement que oui.
N'était-elle pas devenue son terrain de jeu, Sa créature, répugnant à ce que tout autre que lui seul ne pose, ne serait-ce, qu'un seul regard sur elle?
N'était-elle pas devenue exclusivement et entièrement sienne, de corps et d'âme?
Elle ne le regarderait jamais plus en face si elle était souillée par d'autres doigts que les siens. Et c'est fou comme elle tremblait, de froid ou de peur, elle ne savait plus très bien. Pas plus qu'elle ne sut comment elle arrivait encore à le dérober aux regards inopportuns.
L'homme demeura calme, saisissant la cuisse de Naomi de ses mains comme s'il avait décelé sa blessure par balle.
Elle sursauta nerveusement.
« On dirait que tu as une petite faiblesse ici… » s'amusa-t-il en pressant lourdement.
- « Monsieur! Nous les avons localisés »
« Vous en êtes certain? » demanda Kaiba qui retint son souffle.
« Oui monsieur. »
« J'arrive »
À l'aide de son couteau, il n'eut pas d'égard pour la peau tendre de Naomi lorsqu'il déchira une partie de son pantalon, y laissant une courte égratignure sans profondeur.
« Ah! Je vois… » dit-il en apercevant le bandage qu'il retira aussitôt pour dévoiler la blessure si fraîche qu'elle n'avait pas encore cicatrisé.
Naomi fut saisie d'un très désagréable frisson tout le long de son épine dorsale à imaginer ce qu'il s'apprêtait à lui faire subir.
Tous ses muscles se raidirent durement comme s'ils s'apprêtaient à parer le mal qu'elle ressentit sitôt qu'il pressa violemment ses doigts autour de la plaie, étirant la peau dans tous les sens, causant par la même occasion, la déchirure de ses points de suture.
Elle tenta bien d'étouffer un long gémissement mais la douleur fut si vive qu'elle perdit connaissance.
« Saloperie! » répétait Mokuba qui détournait la tête, pris d'une nausée soudaine. « Mon frère va te démolir! »
Sale petit merdeux! « Mon frère, mon frère… » Il est où ton frère, hein?
Plus de soixante-quinze homme armés jusqu'aux dents encerclaient le bâtiment lorsque Kaiba arriva sur les lieux, fiévreux de ce qu'il allait y découvrir.
« Je vous préviens. Je ne tolérerai aucune erreur. » les avertit-il plus menaçant que jamais.
« Non, monsieur. »
D'un geste de la main, le garde fit signe à tous ses hommes de se préparer à entrer ainsi qu'à une dizaine de tireurs d'élites postés sur les toits avoisinants de se tenir prêts.
« Laisse-la tranquille!» s'énerva Mokuba en voyant l'homme détacher Naomi, toujours inconsciente, et la traîner contre lui.
« J'ai bien le droit de m'amuser un peu, non ? »
« Ne lui touche pas! » le menaça Mokuba furieux et se débattant inutilement comme un beau diable.
Il lui semblait que Naomi saignait de partout.
L'homme continuait de rire en se dirigeant vers une autre porte, un peu plus loin.
« Ah! Je vois ce que c'est, puceau… tu dois avoir envie de regarder? »
Mokuba le dévisageait avec dégoût et le plus puissant des mépris.
Les mots étaient inutiles.
La porte s'était refermée sur ce rire cynique.
Désespéré, Mokuba laissa entendre un long cri de rage, le regard rempli d'eau.
Les hommes s'apprêtaient à entrer quand Kaiba releva subitement les yeux.
« Mokuba? »
Il avait entendu ce qui lui était apparu comme un sourd bourdonnement. Mais il l'avait reconnu entre tous.
Il grogna de colère. Mokuba était en danger.
Les portes volèrent en éclats sur le patron et deux de ses hommes, qui tentèrent de fuir en vain, à leur vue.
« Alors? Si on négociait face à face ? » le méprisa Kaiba qui le menaçait de toute sa hauteur.
Naomi se réveilla sur l'étrange sensation de glisser sur le sol puis de sa tête qui heurtait de le plancher.
Ses poignets étaient toujours liés mais ses bras retombaient sur elle.
Elle devait ménager le peu d'énergie qui lui restait pour un cas extrême, et ça en était un définitivement. Mais trop secouée et étourdie, elle préféra se tenir tranquille un moment et ne pas chercher à le provoquer.
« Ah! je suis bien content que tu te réveilles ma jolie. Ça aurait été dommage que la fête commence sans toi. »
Juste le bon moment. C'est ce qu'elle attendait. Car elle n'aurait pas d'autre choix que de se battre, encore, et en particulier si cela s'avérait être la dernière fois.
- « Et je te préviens…je suis un peu brutal…j'aime entendre crier les putains… »
Jamais.
Elle frissonna de terreur et d'épuisement.
Il passerait peut-être.
Mais sur son cadavre.
« Séto »
En deux temps, Kaiba se retrouva avec ses hommes dans le hangar principal là où pendait Mokuba.
Rapidement les agresseurs furent tenus en respect alors que les deux frères se retrouvaient face à face.
« Tu n'as rien Mokuba? »
Il était horrifié par le sang sur les vêtements de son frère. Mais il avait compris aussi vite que ce n'était toujours pas le sien.
À ses côtés pendait une autre corde à une barre de métal surélevée et suspendue juste un peu plus bas que le plafond. Et sur le sol, de petites flaques de sang s'étalaient sur le plancher.
Il présuma à juste titre que c'était l'endroit où s'était retrouvée Naomi quelques instants ou quelques heures plus tôt. Il ne savait plus. Mais il voyait rouge. Et il tremblait d'autant de dégoût que de terreur.
« Il lui ont fait du mal… »
Frénétiquement, il la cherchait du regard, à la fois écœuré et plus anxieux que jamais.
Avec l'énergie du désespoir, Naomi asséna un solide coup de pied au tibia de l'homme qui glissa par terre.
Elle se retournait pour se relever, malgré toutes les souffrances que lui occasionnaient son corps lorsqu'il fut à cheval sur son dos, l'agrippant sauvagement par les cheveux.
« Sale put.. »
Brutalement, il lui colla le visage au sol, le faisant frapper contre la surface dure. Elle essaya de résister pour en diminuer l'impact mais il était trop fort.
Et elle surtout, beaucoup trop faible.
« Où ? » paniqua Kaiba. « Réponds! Où? »
Rageusement, Mokuba détourna la tête vers la porte.
« T'occupe pas de moi! Il veut la vio… »
Mokuba s'était tu, baissant la tête de dégoût et tremblant nerveusement. Il n'avait pas besoin de terminer sa phrase. Séto avait déjà tout compris.
Comment ce chien pouvait-il oser imaginer poser un seul doigt sur elle?
Tout son visage s'était glacé comme un être démoniaque sorti tout droit des enfers, prêt à extirper toute vie de cette pourriture damnée, quitte à lui arracher les entrailles avec ses dents.
Naomi crut avoir le visage entièrement en bouillie tant elle ne ressentait plus rien, même pas de la douleur.
La tirant par les cheveux une nouvelle fois, le type la releva de terre, comme si elle pesait des plumes, quand la porte s'ouvrit avec fracas sur une ombre immense et terrifiante.
Son agresseur, pris de court, eut le réflexe immédiat de se servir d'elle comme bouclier, brandissant un couteau sous sa gorge.
E il se mit à rire, à gorge déployée, particulièrement quand il vit Kaiba s'arrêter brusquement.
« Ta putain, Kaiba. Je lui ai refait une petite beauté, réussi, non? »
Et ce fut sur cette vision d'horreur qu'il la découvrit; ruisselante de son propre sang, entre les mains de ce misérable.
Plus rien ne subsistait de cette magnifique créature qu'il appréciait si chaleureusement. Au travers de ce visage atrophié, c'est à peine s'il pouvait apercevoir son regard.
Kaiba chancela, saisi d'une violente envie de tuer et de vomir à la fois.
« Trop tard. Trop tard » se répétait-il à moitié hystérique et sur le bord de la crise de nerfs.
« Reculez! » cria l'agresseur, certain d'avoir le dessus sur Kaiba.
Le regard que Kaiba lui adressa s'injecta du sang de la vengeance. Il le mirait comme ce loup solitaire et féroce qu'il avait été toute sa vie, mais cette fois en réelle quête de sang.
« Tu as signé ton arrêt de mort. » glissa-t-il entre les dents, pris d'une haine dévastatrice. « Quoi qu'il arrive, tu ne sortiras pas d'ici »
« C'est une promesse Naomi »
Et plus que toutes les autres réunies, il allait la tenir.
Ses poings se serrèrent si durement qu'il ne se soucia pas que ses os puissent les traverser.
Naomi menaçait de glisser au sol; son corps ne répondait pas, devenu si mou qu'elle ne tenait plus sur ses jambes.
C'était humiliant d'en être réduite à cet état de victime. Parce que Kaiba était là pour la voir et qu'elle comprenait que sa vie dépendait de lui à présent.
Si elle avait été heureuse, voire soulagée de le voir arriver, elle demeurait blessée au plus profond d'elle-même. Elle aurait mille fois préféré que ce soit quelqu'un d'autre. N'importe qui sauf lui.
- « Quoique tu fasses… tu ne sortiras JAMAIS d'ici! » réaffirma Kaiba.
L'homme hésita un très long moment à tenter d'évaluer la validité de ces paroles. Il voyait bien la rage au fond des yeux de Kaiba. Et comprenait aussi qu'il n'était pas de taille à se mesurer à eux tous. Mais des réactions de Kaiba, il comprit surtout qu'il ne tenait pas un simple otage entre ses mains.
Aussi, il se cramponna à elle plus énergiquement, misant toujours sur le fait que personne ne s'en prendrait à lui tant et aussi longtemps qu'elle serait entre eux.
« Réagis Naomi. Une dernière fois, je t'en prie … » la suppliait Kaiba en silence.
Il comprenait bien dans quel état pitoyable elle se retrouvait mais il espérait un miracle. Car il n'allait pas risquer sa vie. Même s'il n'accepterait jamais de laisser partir ce salopard.
Roland voulut s'avancer, aussi dégoûté que ne l'étaient tous les hommes en place, mais l'agresseur tira à nouveau Naomi contre lui.
« Naomi…juste une distraction…une seule…toute petite…je n'attends que ça…je sais que tu m'entends Naomi… »
Kaiba ne quittait pas l'homme de son regard sanguinaire.
À bout de force, comprenant qu'ils se retrouvaient dans un dilemme dont Kaiba ne semblait pas pouvoir se tirer, ni vouloir, Naomi releva les mains sans geste brusque.
Elle avait compris qu'il ne risquerait pas sa tête. Du moins, ce qu'il en restait.
« Oui Naomi…c'est ça…tu peux le faire…un dernier petit effort…et après… »
« Après quoi? Elle va se reposer tranquillement comme si rien ne s'était jamais passé? »
« Idiot! »
« Non! Je veux seulement te sortir d'ici Naomi. »
- « Sale chien! Tu vas la lâcher ! » cria Mokuba enragé qui entrait les poings en l'air.
C'est finalement lui qui donna le coup d'envoi lorsqu'il surgit dans la pièce, distrayant tout le monde sauf son frère dont l'attention était concentrée exclusivement sur les moindres gestes de son adversaire. Ce n'était pas le temps d'être distrait; il n'aurait qu'une seule chance à ne pas rater.
Dans un dernier sursaut, et profitant de la distraction qu'avait occasionnée Mokuba, Naomi parvint à agripper la main qui tenait le couteau et la poussa loin de sa gorge, lui assénant un coup de tête au visage avec les dernières forces qui lui restaient. Puis elle s'écrasa au sol.
Son agresseur, secoué par ce coup, se pencha pour la ramasser mais Kaiba, qui n'attendait que cette occasion, était déjà sur lui à le ruer de coups. Rien ne pouvait calmer la fureur qu'il déchaîna sur lui aussi rapidement.
Ses hommes hésitèrent un moment à lui prêter main forte tout comme à secourir la jeune femme qui gisait dans son sang sur le plancher. Seule Mokuba s'était risqué à s'accroupir près d'elle.
Comme s'ils avaient tous eu la même pensée, au même moment, Kaiba s'arrêta net. « Naomi… »
Mais il n'en avait pas fini avec cette crapule.
Précipitamment, il se jeta à genoux au sol où il souleva délicatement Naomi entre ses bras, se penchant du même coup doucement sur son visage ensanglanté.
Il avait mal. Si mal qu'il dut lutter farouchement pour retenir des larmes d'apparaître dans son beau regard bleu polaire.
N'était-il pas le GRAND Kaiba? Celui qui ne pouvait se permettre aucune faiblesse?
« Naomi… » l'appela-t-il tout bas.
« Je suis là Naomi… »
Ses yeux s'ouvrirent à moitié, complètement dans les vapes.
Un sourire très faible s'insinua pourtant sur ses lèvres. Un sourire qui remplit Kaiba de remords et qui lui déchira le cœur.
« Je suis désolée Séto…j'ai essayé d'être aussi forte que toi…»
« …Sé..to… » souffla-t-elle avant que ses yeux ne se ferment.
« Oui… »
« …Naomi …»
L'avait-elle espéré elle aussi?
Brutalement, il se revit dans la limousine alors qu'il venait juste de gagner son pari.
«…je ne lui veux aucun mal…Je ne lui ferai aucun mal…aucun mal…. »
Instinctivement, il la serra contre lui, tremblant de rage et de souffrance.
Il avait manqué à sa propre parole.
« C'est dangereux de traîner dans tes environs… »
« Monsieur…nous allons nous en occuper » dit l'un des infirmiers qui venaient d'entrer.
Mais Kaiba ne pouvait se résoudre à la lâcher, totalement figé et glacé jusqu'aux os.
« Monsieur » reprit-il. « Elle a besoin de soins, c'est urgent »
Mokuba posa doucement une main sur le bras de son frère, lui-même incertain de ses réactions.
Kaiba se ressaisit bientôt en desserrant à peine les bras pour leur permettre de la prendre et de l'éloigner de lui.
Il fixait ses mains et n'y voyait que du sang. Encore et toujours son sang à elle.
Et c'était encore et toujours sa faute à lui.
Pendant un court instant, il se demanda s'il allait s'en relever.
Brusquement, son regard se vitra.
Hurler. Tuer. L'instinct animal reprenait le dessus.
« Mokuba…viens avec moi… »
Il avait des comptes à régler, à coup sûr.
Tous deux traversèrent dans l'autre pièce, là où Naomi et Mokuba avaient été retenus prisonniers aussi longtemps.
Personne n'avait bougé, en attente des ordres à suivre.
Seule Naomi avait quitté l'endroit, allongée sur une civière.
Les ravisseurs étaient encerclés par une meute silencieuse qui les condamnait des yeux sans aucun remords.
« Dis-moi Mokuba…qui… » murmura Séto qui s'était tu mais qui retenait encore toute la hargne que son seul son regard attardait sur chacun d'eux.
Bien sûr, il n'oubliait pas – et n'oublierait jamais – ce salaud qui venait de la châtier si durement en lui riant au nez. Et il terminerait avec lui.
Mais il recherchait parmi eux, un seul qui put trouver de sa clémence et lesquels auraient droit à toute sa fureur. Il voulait la tête des coupables. De chacun d'entre eux qui put avoir osé la toucher.
« Celui-là… » s'écria Mokuba en pointant un agresseur du doigt…
Il connaissait suffisamment son frère pour avoir deviné ce qu'il avait en tête. Et peut-être même qu'en d'autres circonstances, il se serait objecté avec violence aux intentions de son frère. Mais il comprenait, pour l'avoir ressenti lui-même, toute la répugnance dont ils faisaient l'objet dans le regard de Séto.
À mi-voix, il lui expliqua la scène du couteau planté dans l'épaule alors qu'elle essayait de se défendre, y joignant le geste de ses bras.
Calmement, Kaiba respira profondément en s'avançant vers le type en question.
Au passage, il saisit à son tour un couteau dans l'étui de l'un de ses gardes qui bien que marquant l'étonnement le plus complet, préféra baisser les yeux en le laissant faire.
Tous retenaient leur souffle.
« Alors… tu crois qu'elle a compris quelque chose? » lui demanda-t-il en portant un coup de pied dans l'estomac de l'homme qui tomba par terre, pris d'une panique épouvantable.
Kaiba demeurait calme, se penchant sur lui.
« Et bien…voyons… C'était comme ça?» dit-il en plantant à son tour le couteau dans son épaule gauche.
L'homme hurla de douleur.
« M. Kaiba! » s'écria l'un des policiers.
Mais le regard sévère auquel il eut droit l'obligea pourtant à garder le silence. Personne ne ferait entrave à la justice qu'il se faisait.
Il n'y avait plus de place à céder à l'être humain qui restait bien discrètement à l'arrière-plan dans sa personne. Non. Toute sa vie on avait dit de lui qu'il était impitoyable. Et c'était sans doute ce moment qu'il choisit pour prouver à quel point il savait l'être.
« Ou plutôt comme ça…? » dit à nouveau Kaiba en plongeant l'arme directement dans son autre épaule comme s'il se posait des questions existentielles et qu'il tentait d'y répondre par la même occasion.
« Pitié! Arrêtez! » cria le type déchiré par la lame.
Un rictus méprisant s'afficha sur les lèvres de Kaiba suivi d'un soupir de dégoût.
« Pitié? Il veut rire là? »
« Ça te plaît? » demanda-t-il en se penchant encore davantage sur sa victime. « Alors…toi, tu comprends quelque chose? »
Mokuba restait interdit. Jamais il n'avait pu ressentir autant de dureté et de fureur de la part de son frère. Le bon sens exigeait qu'il tente de l'arrêter. Mais son cœur à lui aussi criait vengeance pour tant de cruauté inutile.
Kaiba cracha sur cette proie si facile.
« T'es qu'une mauviette…et tu sais quoi? » demanda-t-il encore plus ironique. « …je parie que t'as même pas entendu un son sortir de sa bouche à elle…je me trompe? »
Le type ne répondait pas, complètement terrifié, essayant de se tenir les épaules de ses mains alors qu'il roulait sur le plancher à la recherche d'une fuite possible de cet adversaire plutôt dangereux.
Kaiba se releva, toujours au-dessus de lui mais l'immobilisa de son pied sur l'une de ses épaules.
« Réponds! » cria-t-il en pilant plus énergiquement sur son bras ensanglanté.
« Non! C'est vrai…elle n'a rien dit… » hurla le forcené.
Lentement, ses pas s'arrêtèrent devant le chef de la bande, celui-là même qui avait tenté de le faire chanter.
Ce dernier paralysa de peur.
« Mais…je n'ai rien fait…je ne lui… » voulut-il se défendre.
« Je t'avais dit vermine que s'il leur arrivait quoi que ce soit…tu m'en répondrais personnellement…
« Mais je n'ai jamais…arghhh….! » s'interrompit-il en recevant un puissant coup de poing à la mâchoire.
S'il s'était écouté, Kaiba les aurait tous fusillé sur place, réglant définitivement leur cas. Mais quelle véritable vegeance en aurait-il retirée?
Avec langueur, il se déplaça enfin plus déterminé que jamais, vers l'agresseur de Naomi, collant son regard le plus noir au sien.
Sûr qu'il ne l'avait pas oublié. Sûr qu'il ne l'oublierait jamais.
Celui-ci sursauta, craignant le pire.
Mais Kaiba demeura encore plus maître de lui-même.
« Ton agonie sera très longue et extrêmement douloureuse. Tu vas supplier pour que la mort vienne...» lui murmura Kaiba comme s'il lui avouait un secret.
Étrangement, l'homme frissonna.
« Oui, tu peux trembler saloperie… »
« Parce que tu seras l'exception qui confirme MES règles… »
Celui-là allait comprendre la véritable signification du mot 'TORTURE'.
