Chapitre 8 : Espoir et rééducation:

Edward était allongé dans l'obscurité de sa chambre d'hôpital. Dans l'immobilité quasi parfaite qu'il essayait à tout prix de maintenir, il essayait de laisser son esprit divaguer vers des territoires plus agréables afin dépasser ce semblait l'avaler tout entier. Il avait mal. Tellement mal aujourd'hui qu'il avait l'impression que rien ne pourrait jamais mieux aller, qu'il n'y avait qu'une seule issue.

Les décharges électriques qui traversaient la moitié inférieure de son corps attestaient peut-être de sa guérison, selon le neurologue, mais elles étaient de plus en plus fortes, de moins en moins supportable. Il avait l'impression d'être torturé à la manière barbare qu'avait-les bourreaux d'opérer dans les films d'espionnage. Mais dans son cas, c'était son propre corps qui agissait comme le bourreau, ces propres terminaisons nerveuses qui envoyaient ces signaux à son cerveau et qui lui faisait souffrir le martyr.

Sa technique d'évasion était inefficace. La douleur tournait en boucle dans son cerveau et envahissait chaque parcelle de sa conscience.

Il fallait qu'il trouve une diversion. Rapidement.

Il secoua la tête et tenta à nouveau de se concentrer sur les faits. Il était Edward Cullen. Il était dans la chambre 18 du service de neurologie de l'hôpital Nord de Chicago. Il était fou de constater à quel point sa chambre était similaire à celle du Walter Reed… Les mêmes murs en papier blancs, la même plinthe métallique au-dessus de son lit d'où partait de multiples branchements et les mêmes néons éclairant la pièce d'une lumière blanche artificielle et froide. Même les lits étaient identiques, le sommier métallique, les draps rêches et le matelas en mousse trop ferme. Heureusement, sa mère lui avait apporté un oreiller moelleux qui apportait une touche plus personnelle à l'ensemble.

Il était arrivé ici depuis une quinzaine de jours. Et, pour le moment, il n'y avait pas eu de grand changement selon lui. Il était toujours totalement dépendant. Du point de vue des médecins, les choses étaient différentes. L'IRM de contrôle avait montré que l'œdème autour de sa moelle épinière s'était complètement résorbé et le corset avait enfin pu être retiré. Et depuis, les décharges s'étaient amplifiées. C'était un signe encourageant, le médecin n'arrêtait pas de le répéter, mais c'était aussi incroyablement insupportable.

Merde… Il y était revenu. La douleur, encore la douleur.

Il fallait qu'il pense à autre chose.

Bella. Oui, Bella était une bonne diversion. Mais Bella devait dormir maintenant. Il ne pouvait décemment pas la déranger. Il n'était pas encore 5 heures du matin.

Il ferma les yeux plus fort et força son corps à se détendre en pratiquant les exercices de respiration que lui avais appris la psychologue qu'il avait été obligé de rencontré à plusieurs reprises.

Il avait dû finir par se rendormir car quand il ouvrit à nouveau les yeux, il faisait jour. La lumière grise et froide qui éclairait la pièce n'avait rien de réconfortant, au contraire, mais c'était tout de même mieux que l'obscurité. C'était toujours pire la nuit.

Il tourna la tête vers la table de chevet et vit qu'il était déjà 8 heures. Les infirmières du matin ne l'avaient même pas réveillée lors de leur passage et il remarqua que le plateau de son petit déjeuner avait été posé négligemment sur la tablette à côté de son lit. Tant bien que mal, il se redressa, réveillant la douleur de ses côtes fracturées. Il serra les dents et réussi à saisir le boitier qui contrôlait son lit. Il redressa le dossier et attrapa du bord de la petite table. Sans desserrer les dents il parvint à l'approcher et, se laissant retomber dans le matelas, il soupira. Il venait à peine de se réveiller et il était déjà épuisé…

Son petit déjeuner avalé: un café froid, deux biscottes, un peu de beurre et de confiture, il soupira une nouvelle fois. Une nouvelle journée allait commencer, et la même routine allait recommencer. Cela faisait plus de trois semaines qu'il avait été rapatrié, trois semaines qu'il n'avait pas senti ni respiré d'air frais. Et cela ne faisait que commencer. Parfois, il regrettait presque le désert et le soleil brulant qui lui brulait la peau. Presque…

Bientôt, une infirmière reviendrait et aurait la tâche dégradante de l'aider dans sa toilette et la gestion de ses besoins naturels. Le médecin passerait peut-être, le regardant avec ses yeux froids et intelligent, il l'examinerait avec les même gestes répétitifs, prescrirait de nouveaux examens et repartirait en arborant l'air important que prennent ceux qui se croient au-dessus des autres. Edward avait beau savoir par son père que le Dr Roland était l'un des neurologues les plus brillants du pays, son air supérieur et ses manières de pacha étaient irritantes. Ensuite, il y aurait un déjeuner insipide et la visite de ses parents. Heureusement, sa mère apportait toujours avec elle de quoi le ravitailler. Elle était un des rares points lumineux dans la grisaille qu'était devenu son quotidien. Son sourire, sa douceur et son parfum remplissaient la pièce et l'apaisaient comme seul une mère sait le faire. Même s'il avait parfois l'impression d'être à nouveau un petit garçon, il avait tellement besoin de se sentir choyé qu'il recevait ses attentions avec plaisir. Même s'il essayait de ne pas trop le montrer. Il avait plusieurs fois croisé le regard entendu de son père qui lui faisait alors un clin d'œil en levant les yeux au ciel et en souriant. Ses parents étaient ses seules visites. Il n'avait plus vraiment d'ami à Chicago. Il les avait tous quitté en s'engageant dans l'armée à 18 ans à peine et les autres étaient tous soldats. Il y avait McCarthy qui, après sa blessure à l'épaule était lui aussi de retour au pays et s'occupait de sa mère dans un trou paumé du Wisconsin et Chambers qui, après plusieurs mois de convalescence était retourné au front, prenant la direction de leur escouade. Ils avaient brièvement échangé depuis qu'il avait récupéré ses affaires, mais aucun d'eux n'avait pu lui rendre visite même si Emmett, qui n'était pas si loin lui avait promis de le faire bientôt. Il préférait cela d'ailleurs. Il n'avait pas vraiment envie que ses collègues le voient comme ça, à son plus bas. Plus tard dans l'après-midi, il aurait la visite de Peter. Peter Moore était un grand type dégingandé qui cachait bien son jeu sous ses allures de hippie sur le retour. C'était son tortionnaire. Son kinésithérapeute. Depuis 15 jours, il passait quotidiennement et si les premiers temps, les massages et les étirements avaient eu des effets positifs, les dernières séances ressemblaient plus à des séances de torture qu'à des séances de rééducation. L'électrostimulation avait peut-être réveillé ses nerfs endormis depuis l'accident mais leur réveil ne s'était pas fait en douceur. Loin de là !

Il prit une grande inspiration, et répéta le mantra qui lui avait permis de tenir jusqu'ici. Tu es en vie. La douleur prouve que tu es en vie. La douleur prouve que tes jambes sont en vie et qu'un jour, tu remarcheras.

Il attrapa ensuite son portable et vérifia ses messages. Depuis une semaine, les nombreux SMS qu'il échangeait avec Bella avaient donné un nouveau souffle à cette routine parfois écrasante.

Ses lèvres s'étirèrent malgré elles dans un grand sourire, le premier de la journée. Il y avait bien un message.

Bonjour Edward.

Je te souhaite une bonne journée.

De mon côté, rien de bien nouveau.

Aujourd'hui, je dois rendre mon essai sur le fauvisme, qui pour

moi n'est qu'une version plus colorée et expressive de l'impressionnisme.

Je sens que mon prof va adorer.

Souhaite-moi bonne chance.

Bises.

Bella.

Depuis quelques jours, elle lui racontait de plus en plus d'anecdotes sur son quotidien. Il adorait, se sentant plus proche d'elle en un sens. Il avait bien compris qu'elle n'osait pas aborder certains sujets et il se sentait parfois injuste envers elle. Mais mis à part quelques allusions sur son état de santé, il n'avait pas réussi lui donner de détails. Il avait peur. Il le savait. Peur de sa réaction quand elle apprendrait l'étendue de ses blessures et de son handicap. Il n'était pas prêt à la perdre à nouveau, alors il était resté vague.

Bonjour Bella.

Ma journée a déjà bien commencé grâce à toi. Merci !

Et je te souhaite bonne chance, même si je suis

sur que tu auras trouvé de très bon arguments pour appuyer ta théorie.

Bonne journée.

Bises.

Edward.

Les jours se suivaient et se ressemblaient tous. Il n'avait pas l'impression d'avancer. Il n'avait pas l'impression de progresser. Il savait qu'objectivement, chaque jour apportait son lot de nouveauté. Mais pour lui, rien n'avait l'air de changer. Il ne pouvait toujours pas se lever, se laver ou marcher seul. Et si la douleur de ses côtes s'atténuait, celle de son dos et de ses jambes prenait le relais.

On était fin Janvier maintenant, Edward, assis sur son fauteuil qui avait été placé près de la fenêtre de sa chambre, contemplait le parking de l'hôpital. Il regardait les voitures arriver et partir rêvant secrètement que l'une d'elle l'emporte loin de son enfer personnel. Peter venait de partir après une séance particulièrement éprouvante. Il l'avait poussé dans ses retranchements, forçant ses muscles atrophiés à se contracter, déclenchant une vague de douleur insupportable. Il était épuisé mais avait refusé de resté couché une minute de plus. Ce lit impersonnel commençait à lui sortir par les yeux. Le regard fixé sur une grosse cylindrée bleue foncé, il se sentit envahi par une profonde lassitude. Il en avait marre. Marre d'avoir mal, marre de ne pas y arriver, marre d'être enfermé.

Pris par une impulsion soudaine, il attrapa son téléphone portable qui trainait sur la tablette stratégiquement placé à ses côtés et appuya rapidement sur les touches. Avant qu'il n'ait le temps de se défiler et changer d'avis, elle avait déjà décroché. C'était la première fois qu'il faisait cela, mais aujourd'hui, plus que ses mots, il avait besoin de l'entendre. Bella.

- Allo.

- Bella… Répondit-il dans un souffle, la voix légèrement rauque.

- Edward ? C'est toi ? Répondit-elle la voix teintée d'incrédulité.

- Oui. Je… J'espère que je ne te dérange pas.

- Hein ? Quoi ? Non, bien sûr que tu ne me dérange pas. Je suis simplement surprise.

Le son de sa voix était le même que dans ses souvenirs. Mieux même. Son timbre était doux et féminin, son souffle discrètement accéléré par la surprise.

- Une Bonne surprise j'espère ? Tenta-t-il de plaisanter.

- Oh, oui. Bien sûr. Comment vas-tu depuis ce matin ?

Il aurait eu envie de lui mentir. De lui dire que tout allait bien et qu'il avait simplement envie de discuter avec elle, mais il n'y arriva pas.

- Edward ? Reprit-elle inquiète. Tu vas bien ?

- Je… Je… Non, je ne vais pas très bien. J'avais… J'avais besoin d'entendre ta voix.

Elle soupira.

- Oh Edward. Tu as bien fait de m'appeler alors.

- Je… Merci Bella.

- Je sais que tu ne veux pas en parler et je respecte ça. Mais si tu as besoin de moi. Pour te confier ou juste te changer les idées. N'hésite pas. Les amis sont là pour ça. Ok ?

- Ok. Et merci.

-De rien.

Il laissa le silence s'étirer. Ce n'était pas inconfortable. Savoir qu'elle était là, au bout du fil. Entendre sa respiration dans son oreille. C'était à la fois tellement plus que ses mots mais aussi tellement insuffisant. Mais il devrait s'en contenter. Pour le moment.

- Je suis désolée de te déranger.

- Tu ne me dérange pas. Coupa-t-elle une nouvelle fois.

- Oui. C'est vrai. Encore merci. C'est juste que…

- Tu avais besoin d'entendre ma voix.

Il rit doucement, entendant le sourire dans sa voix. Se simple mouvement déclencha une violente contracture dans son dos qui lui coupa le souffle.

- Edward ? Ça va ? L'inquiétude avait remplacé la légèreté. Elle était tellement expressive.

- Oui. Oui. Ça va. C'était juste… Il ne savait pas comment terminer sa phrase.

- Tu as mal ?

- Oui.

-Très ?

Il se sentit désarmé par l'inquiétude qui transpirait dans le ton de sa voix.

- Oui. Finit-il par avouer.

- Est-ce que tu veux en parler ?

Il resta silencieux un moment. Elle avait le droit de savoir. Mais elle ne dit rien. Ne posa pas d'autre question, laissant la balle dans son camp.

Il prit une grande inspiration et se lança.

Il lui raconta l'embuscade, les coups de feu. Il lui raconta son réveil quelques jours plus tard. L'impression de flottement, la paralysie, la douleur... La peur.

Et elle l'écouta. Religieusement. Ne laissant échapper que quelques gémissements lors de certains passages difficiles.

Au bout d'un temps qui lui avait paru interminable il s'arrêta de parler, la bouche sèche. Depuis plus d'un mois qu'il était hospitalisé, jamais il n'avait parlé aussi longtemps. Il avait pensé que mettre des des mots sur son expérience allait être difficile, mais finalement pas tant que ça. Parler avec Bella n'avait jamais été difficile.

Dans le silence au bout du fil, il finit par l'entendre sangloter.

- Ne pleure pas ma Bella. S'il te plait ne pleure pas.

Elle renifla bruyamment.

- Je suis désolée… C'est juste que… Je suis heureuse que tu me fasses confiance. Mais en même temps, tu as tellement souffert, tu souffres encore tellement. Et… Et…

Il l'entendit encore tenter de réprimer un sanglot.

- Et quoi ma Bella. Je suis là. Je t'écoute.

- Et… J'ai failli te… te perdre.

Il l'entendit inspirer brusquement, comme si elle était gênée par cet aveu.

-Je suis désolée Bella. J'ai été tellement injuste envers toi. Je… Je pensais bien faire. Et…

-Chut… N'en parlons plus. Je suis là maintenant. Et toi aussi. Je suis tellement… Soulagée. Ça doit te paraitre insensible, mais je me suis fait tellement de soucis. Et je vais te dire. Mon imagination était encore pire que la réalité. Alors, je sais que tu souffres beaucoup, que tu te sens impuissant et que tu dois détester être dépendant des autres, mais je suis sûr que ça va s'arranger. Tu ne seras peut-être plus GI Joe mais tu vas remarcher, j'en suis sûr. De ce que tu me dis, tu peux maintenant tenir assis et contracter volontairement les muscles de tes jambes. Alors même si ça te parait rien, dit toi que c'est déjà beaucoup mieux qu'il y a un mois. Et maintenant, je vais faire ce pourquoi tu m'as appelé et te changer les idées. J'ai besoin de ton avis.

Il avait été soufflé par sa tirade. Il se sentait tellement bête. Il avait eu la chance de rencontrer un joyau de femme comme elle et il avait failli tout gâcher. Il ne craignait plus la colère du Général maintenant. Il n'était plus militaire après tout. Et de toute façon ça n'avait pas d'importance. L'important c'était elle. Il avait fallu qu'il soit presque mort pour s'en rendre réellement compte. Il ne la lâcherait plus maintenant. Et c'est avec un grand sourire qu'il l'écouta parler de ses cours, de sa musique et de sa meilleure amie.

Sa mère n'était pas dupe, elle avait bien senti son changement d'humeur. Le jour suivant, l'air de rien, car elle était une femme discrète, elle lui chuchota à l'oreille en l'embrassant.

- Un jour, j'aimerais bien la rencontrer officiellement.

Edward la regarda surpris.

- Oh, ne me regarde pas comme ça. C'est ton sourire qui t'a trahi.

Et effectivement. Depuis la veille, son sourire l'avait rarement quitté, même aux pires moments, il avait maintenant son soleil personnel. Sa Bella.


Je suis désolée, le titre n'est pas très inspiré mais je n'avais point d'idée. Si l'une d'entre vous est plus inspirée, merci de m'en faire part!

J'espère que vous avez aimé sinon. Pas de contact physique encore. Mais ça viendra!

Et encore merci pour les mises en alertes et les reviews!

Bises et à bientôt!

Mysty.