I'm back ! Aaaah ! c'était des vacances bien sympathiques, je suis toute caramel maintenant ! Lol

Mais bon, vous vous en fichez, hein ? Vous voulez la suite, pas vrai, petits canaillous ! XD

Dealo : J'espère que tu ne t'es pas suicidée, la vérité commence à se lever ! Kiss et merci !

Refill : Oh ? Tu préfères ma Shiori à Tsubaki-hime ? Ca fait plaisir à entendre ! En général, les lecteurs n'aiment pas trop qu'on fasse entrer des OC qui ont une belle part dans le scénario… J'espère que son histoire ne te fera pas changer d'avis ! Noooon pas de torture, vous aurez la fin, promis ! XD Kiss et merci !

Le mystère se lève !!! Grosses révélations, mais je compte bien encore vous étonnez dans les chapitres suivants !!


Chapitre 8 : Shiori no hisoka

Deux heures. Il avait seulement fallu deux heures pour que l'innocente Shiori Risei mette ses menaces à exécution contre Mugihito Moeru. Juste deux heures pour frelater le vin que le vieil homme avait pour habitude de s'en servir un verre tous les jours dans son bureau durant sa pause. Selon Monsieur Michinaga, le meurtrier avait dû profiter du temps de service qu'il restait au majordome avant de se retirer dans son office.

La mort de Moeru était estimée à 11h15 et il prenait sa pause à 11 heures précises. Il était environ 9h30 quand Hisoka avait surpris la conversation entre le majordome et Shiori avant de se faire retenir pendant deux heures par Hayate afin de discuter affaires. La nourrice avait eu largement de temps de s'introduire dans le bureau de Moeru, d'imprégner le verre de poison et de ressortir pour se forger un alibi. Et comme tous les domestiques étaient occupés au quatre coins du manoir, personne n'avait vu personne.

Seulement, trois personnes connaissaient la vérité. Moeru qui en était mort, son assassin et Hisoka qui avait dans sa mémoire le mobile de Shiori pour supprimer son maître chanteur. Le jeune homme serra les poings de déception. Il se sentait tout à coup trahi par Shiori. Il vouait un profond respect pour cette courageuse jeune fille et savoir qu'elle avait commis un meurtre pour protéger son secret lui faisait mal. Il devait découvrir ce qu'elle avait voulu cacher.

- C'était forcément pour une bonne raison ! pesta-t-il en frappant la fenêtre de sa chambre du poing.

Fatigué de le voir tourner en rond comme une poule saoule, Tsuzuki pria une nouvelle fois son ami de s'asseoir et de se calmer un peu.

- Shiori-chan n'est pas une mauvaise personne. Je crois qu'elle a surtout eu peur. Son secret doit être terrible. Tu crois que c'est aussi elle qui a tué Yuko Tsukinari qui aurait aussi appris la vérité ?

- Possible… soupira l'adolescent en s'affalant sur son lit. On a trouvé des documents dans le bureau de Moeru qui compromettraient Shiori ?

Tsuzuki secoua tristement la tête en signe de négation. En supposant que c'était effectivement la nourrice qui avait empoisonné le vieil homme, elle avait pris grand soin de délester son maître chanteur des preuves qui pouvaient lui nuire. La demoiselle n'avait pas fait les choses à moitié, elle avait très certainement fouillé le bureau de sa victime pour tout ramasser avant de repartir.

Le shinigami brun dévisagea son partenaire d'un air peiné. Ca lui faisait mal de voir Hisoka aussi troublé, il avait dû s'attacher malgré lui à Shiori comme il s'était pris d'affection pour Tsubaki-hime. Pourquoi devait-il toujours souffrir quand il finissait par se sentir en confiance avec quelqu'un ? Il ne méritait pas cela. C'était à lui d'agir pour ne pas le laisser tomber, Hisoka pouvait compter sur lui.

- Hisoka, si l'on ne peut pas la disculper, il faut essayer de comprendre pourquoi elle a fait cela, lui dit-il avec un grand sérieux.

Le jeune homme ne l'avoua pas, mais il était content de pouvoir compter sur la force de caractère dont Tsuzuki savait parfois faire preuve. Cela lui permettait de garder l'espoir.

Il opina du chef.

- Hum. Envoie un message aux Gushôshins pour qu'ils fassent une recherche sur Shiori Risei. On aura très certainement un début de piste.

Son coéquipier ne perdit pas une seconde et déplia l'ordinateur portable que les bibliothécaires de l'Enma-Cho leur avaient laissé en cas de besoin. Il faudrait juste attendre quelques minutes avant d'espérer obtenir une réponse.

Pendant ce temps, Hisoka tergiversait. Qu'est-ce que Shiori avait pu cacher de si important pour la pousser à tuer les témoins de la vérité ? Un passé chargé ? Peut-être. Il repensa aux mots que Moeru avait employés dans ses menaces : « Je vous conseille vivement de considérer la proposition de Madame Michinaga ». Il voulait donc lui faire quitter le manoir comme la maîtresse de maison. Le majordome se serait-il lié avec Kiyomi pour faire renvoyer la nourrice ?

Il secoua la tête. Non, c'était ridicule. Madame Michinaga n'avait pas la fibre maternelle et n'avait aucune envie de s'occuper de ce fils non désiré. Pourquoi chercherait-elle alors à congédier la personne qui la soulageait de cette corvée que représentait le petit Kaneaki ? Cela n'avait pas de sens. Non, c'était autre chose.

- Madame Michinaga était effrayée quand elle réprimandait Shiori après son malaise… murmura-t-il à voix basse. Elle a eu peur pour le bébé. Avait-elle pris conscience de son rôle de mère au point de punir Shiori sous l'effet de la peur ?

Le garçon ferma les paupières pour garder son sang froid. Il y avait encore tant de questions sans réponses qu'il en avait le tournis. Il devait mettre le couple Michinaga de côté, ce n'était pas les premiers concernés. Il devait se focaliser sur Shiori et Moeru.

Le majordome l'avait traitée « d'effroyable menteuse » bien qu'elle ne soit pas une « criminelle ». Cette pensée le rassura. Au moins, il pouvait espérer que la jeune fille n'avait pas déjà les mains couvertes de sang.

La petite musique légère qui signalait l'arrivée d'un message de la part de l'Enma-Cho le réveilla tout à coup. Hisoka fit le tour du canapé et vint se poster derrière Tsuzuki qui avait pâli, les yeux rivés sur l'écran. L'adolescent scanna les mots pixélisés qui s'affichaient devant lui et étouffa une exclamation de stupéfaction.

- Mais… !

- Eh si… souffla Tsuzuki.

Hisoka recula d'un pas, incapable de détacher le regard de ce qu'il était en train de lire :

« Désolés, mais il n'existe personne de ce nom. Vous êtes certains de l'orthographe au moins ? »

Mais bien sûr qu'ils étaient certains de l'orthographe ! « Risei » ne pouvait pas s'écrire d'une autre manière ! Ainsi donc, Shiori s'était présentée à ses employeurs sous un faux nom ? Pourquoi ? Pour cacher quelle partie obscure et inavouable de sa vie ou de son passé ?

Tsuzuki soupira d'un air ennuyé. Voilà qui était fâcheux. Ils ne pouvaient pas espérer trouver quoi que ce soit sur Shiori si elle avait donné une fausse identité. Ils devraient chercher ailleurs.

Secoué par tout ce qui leur tombait dessus, Hisoka ne tenait plus. Il était déjà à la porte pour tourner la poignée et prévint son partenaire qu'il allait fouiller un peu le bureau de Moeru pour voir si Shiori avait omis des documents sur sa véritable identité.

Le shinigami se dépêcha de redescendre au rez-de-chaussée pour regagner l'aile droite du manoir. Avec toute cette agitation, le déjeuner avait été sauté par tout le monde. Monsieur et Madame Michinaga étaient bien trop chamboulés par la mort subite de leur majordome en chef pour pouvoir avaler quoi que ce soit. La police avait déjà fait son œuvre depuis un petit moment : le cadavre avait été emmené, les empreintes relevées et les indices potentiels pris également. Tout ce qu'Hisoka souhaitait, c'était que les inspecteurs avaient laissé par inadvertance un élément susceptible de les aider.

Le couloir du rez-de-chaussée était devenu soudainement très silencieux sans les conversations apeurées des domestiques agglutinés à l'entrée, un peu comme s'il avait été maudit et déconseillait à quiconque de s'approcher de trop près du lieu du crime pour ne pas être frappé à son tour.

Il entra discrètement dans le bureau où une faible odeur de vin flottait dans l'air. L'alcool qui était tombé sur le tapis quand Moeru était mort s'était imprégné dans les fibres.

Rapidement, presque du bout des doigts, le garçon ouvrit tous les tiroirs du bureau et consulta tous les dossiers de la bibliothèque qui lui tombaient entre les mains. Il éplucha le moindre papier, le moindre dossier et le lut du début jusqu'au point final. Rien, il n'y avait rien qui concernait Shiori.

Il devait se hâter avant de se faire repérer. Avant de sortir, Hisoka s'agenouilla devant la cheminée et inspecta les cendres avec une grande minutie. L'odeur aigre et persistante du feu lui chatouillait les narines et il ne restait qu'un tas de poussière grise fluide. Il tendit la main pour remuer un peu la poudre de papier brûlé et ses doigts effleurèrent une partie un peu lisse.

- Ah ?

Le jeune homme se saisit de ce qu'il venait de trouver et se redressa. C'était un minuscule reste de papier qui n'avait pas complètement flambé. Heureux de sa découverte, il rangea son indice et s'éclipsa en vitesse du bureau. Et il avait bien fait car il croisa Monsieur Michinaga dans le hall. L'homme d'affaires le cherchait et il semblait très mal à l'aise :

- Takuma-san, je voulais m'excuser auprès de vous pour ce à quoi vous assistez… Je suis terriblement confus et…

- Soyez sans crainte, Hayate-san, cette affaire ne compromettra pas notre accord. C'est un terrible concours de circonstances, coupa immédiatement Hisoka, très pressé.

Son hôte infortuné fut soulagé de le voir faire preuve d'autant de compréhension et le remercia pour sa confiance. Hisoka aurait pu repartir maintenant, mais il voulut profiter un peu d'Hayate qu'il avait sous la main :

- Dites-moi… Vous connaissez bien Risei-san ? Sa famille, son lieu de résidence…

- Eh bien… Elle a toujours été très discrète sur sa vie… Et puis, Kiyomi était tellement contente d'avoir enfin trouvé une nourrice à l'air sérieux et qui avait un bon contact avec le bébé que j'avoue que nous ne nous sommes pas posé de questions. Pourquoi ?

- Pour rien.

Moui. C'était à prévoir. Monsieur Michinaga et son épouse s'étaient laissés avoir par le joli minois angélique de Shiori. Et comme elle était logée au manoir, ils n'avaient pas besoin de savoir où elle vivait. Ils n'étaient pas au courant de l'histoire cachée de Shiori, inutile d'insister.

Hisoka prit congé de son interlocuteur puis remonta l'escalier en grimpant les marches quatre à quatre. Il retourna dans sa chambre en annonçant rapidement à Tsuzuki qu'il avait trouvé un papier dans les cendres. Le garçon tendit le morceau jauni à son collègue qui l'étudia de près.

- Hum… C'est une feuille tapuscrite. On dirait une fiche d'identité d'un dossier… exposa le shinigami brun en plissant les yeux. Il y a une sorte de logo mais il est bien brûlé. En revanche, je vois un prénom et une date de naissance…

Il fronça davantage les sourcils comme si cela pouvait lui donner une meilleure acuité visuelle et finit par écarquiller les yeux quand il parvint à déchiffrer les caractère noircis par les flammes : « Shiori… 14/02/1988… ».

Le garçon aux yeux verts tilta. « 1988 » ? C'était la date de naissance de Shiori ? Dans ce cas, elle s'était vieillie de deux années car elle s'était présentée à lui comme ayant 20 ans. Pourquoi aurait-elle ainsi menti sur son âge ? Une chance pour eux, il restait le prénom. Le nom de famille avait été englouti dans le feu, mais à présent, ils disposaient de précieux indices :

- Tsuzuki, il faut envoyer ce morceau de papier à l'Enma-Cho pour essayer de trouver la provenance du logo.

L'homme hocha la tête et commença à taper fébrilement sur le clavier.

- Hum. Il faut aussi rechercher toutes les jeunes filles qui s'appellent Shiori nées un 14 février 1988 et qui corresponde à la description de notre suspecte. Le champ de recherche sera déjà moins large.

Les pièces du puzzle commençaient à s'assembler et il était de plus en plus certain que la nourrice de la famille Michinaga avait son rôle à jouer dans l'affaire qui les avait amenés ici.

La question était de savoir pourquoi Shiori s'était vieillie de deux ans. Quand elle avait approché Monsieur et Madame Michinaga, elle avait donc 18 ans. C'était probablement pour se faire engager car une jeune fille de 20 ans inspirait peut-être plus confiance qu'une autre de juste 18 ans. Maintenant, quel intérêt avait-elle à être embauchée chez eux ?

- Les Gushôshins me disent que ça va prendre du temps avant d'avoir des résultats, annonça Tsuzuki en s'étirant.

Le shinigami brun réprima un bâillement et se massa un peu les sinus pour soulager ses yeux usés devant l'écran avant de se tourner vers son partenaire. Celui-ci avait l'air anxieux, bien qu'il cherchait à le dissimuler derrière son visage de marbre neutre habituel. Tsuzuki connaissait assez bien Hisoka pour savoir quand il n'avait pas la forme. Cette histoire le perturbait, on dirait.

Il sourit. Il était temps de faire appel au grand frère protecteur qui sommeillait en lui. L'homme se leva de son fauteuil et vint serrer gentiment l'épaule de l'adolescent avec un sourire réconfortant.

- Ne t'en fais pas. On fera bientôt la lumière sur tout cela et je pense que l'on sera très surpris. Garde la tête froide.

- Tsuzuki…

Hisoka leva la tête vers lui et le dévisagea en silence. Ce type… Il était idiot, gamin, fainéant et tout ce que vous vouliez, mais quand il était à ses côtés, sa présence lui faisait un bien fou. Merci, Tsuzuki. Le jeune homme ne souffla mot et ne fit que poser sa main par-dessus celle de son ami. Content de voir qu'il gardait le moral, Tsuzuki proposa à Hisoka d'aller se faire un petit thé pour se changer les idées. Les Gushôshins ne pourraient pas leur répondre dans l'immédiat et il valait mieux se vider un peu la tête pour garder de la lucidité pour plus tard. L'adolescent devait s'avouer qu'il était un peu fatigué par tout ce tumulte. Il accepta donc sa suggestion et les deux shinigamis quittèrent leur suite pour descendre dans le salon.

Une fois au rez-de-chaussée, Tsuzuki croisa Hana et l'apostropha pour la prier de préparer un thé pour son master et lui.

- Je m'en occupe, Tsuzuki-san, répondit la brunette en partant vers les cuisines.

Le duo ne fut pas fâché de retrouver la quiétude agréablement étouffée de la véranda. Ce n'était que le début de l'après-midi et pourtant, la chaleur du soleil d'été au zénith transperçait déjà les immenses vitres de la pièce pour chauffer l'atmosphère fermée des lieux. L'effet de réverbération était puissant et il faisait déjà bien chaud sous la coupole en vitrail.

Kiyomi Michinaga était assise derrière la table en tec, une tasse posée devant elle. Ses yeux froids fixaient un point dans le vide et elle ne cessait de jouer avec ses ongles de façon stressée. La femme était si absorbée par ses pensées qu'elle n'entendit pas ses deux visiteurs arriver et elle sursauta violemment en s'apercevant de leur présence.

- Veuillez nous excuser, Madame Michinaga, lui dit Tsuzuki avec embarras. Nous ne voulions pas vous effrayer.

Elle soupira et se remit à touiller son thé qui pourtant était bien froidi depuis un petit moment.

- Avec deux morts maintenant sous notre toit, il y a de quoi sursauter, rétorqua-t-elle avec mauvaise humeur.

Quelques minutes plus tard, Hana revint avec deux tasses de thé et une théière sur un plateau et servit les deux hommes avant de repartir. Kiyomi la laissa faire sans rien dire et préféra regarder le parc. Après avoir sucré son thé, Hisoka releva la tête et s'immobilisa en voyant Shiori qui se promenait dehors avec Kaneaki dans un kangourou. Elle marchait à l'ombre d'un pas leste et tranquille et parlait en souriant au bébé coiffé d'un petit bob d'été qui regardait tout autour de lui avec de grands yeux.

Madame Michinaga remarqua l'air intéressé du garçon et lui expliqua que c'était l'heure de la promenade quotidienne pour Kaneaki dans le jardin, juste avant sa sieste. Les shinigamis se regardèrent avec la même idée en tête puis se levèrent en s'excusant auprès de leur hôtesse.

Shiori ne reviendrait que dans quelques minutes, cela leur laissait un peu de temps pour aller fouiller dans sa chambre et trouver des éléments intéressants sur elle. Ils se précipitèrent à l'étage et entrèrent directement.

La chambre de Shiori était une grande pièce lumineuse doucement teintée dans les tons pêche. Les rideaux épais orangés se mariaient bien avec la couleur du plaid de son lit à baldaquin et la couleur crème du tapis qui trônait au centre. Les autres meubles en bois de roses se résumaient en une grande armoire, une coiffeuse au miroir oblong et d'un petit secrétaire qui n'avait jamais dû être utilisé. Au mur de gauche, la porte qui menait directement à la chambre du bébé était fermée.

Tsuzuki et Hisoka ne perdirent pas de temps et fouillèrent la penderie. La jeune fille ne disposait que de peu d'affaires car la moitié de la tringle n'était pas remplie. Tandis que le brun s'occupait de faire les poches, Hisoka s'approcha de la petite table de chevet pour ouvrir le tiroir qui contenait un petit carnet, un paquet de mouchoir et quelques cachets vitaminés. La présence de cette plaquette l'intrigua. Il était vrai que Shiori semblait toujours plus fatiguée et pâle chaque fois qu'il la voyait. Cela faisait-il longtemps qu'elle prenait ces cachets ?

Il feuilleta rapidement le carnet mais ne trouva rien. Le jeune homme voulut le ranger mais la couverture du carnet glissa de son support et une petite feuille de papier glacé tomba par terre.

- Hu ?

Le garçon se pencha et saisit la photo qu'il venait de découvrir pour la porter devant ses yeux. Ses pupilles se dilatèrent d'un seul coup.

- Tsuzuki !

Son coéquipier accourut, alerté par la voix blanche d'Hisoka et regarda par-dessus son épaule. Sa réaction ne se fit pas attendre et il plaqua une main devant sa bouche.

- Alors ça… !

Ils analysèrent encore une fois l'image qu'ils tenaient, le souffle en suspend et le cœur faisant des bonds de cabri dans leur poitrine. La photographie était mal cadrée, prise dans le feu de l'action car elle s'arrêtait au niveau des épaules des deux personnes qui s'y trouvaient.

Là, figée dans le glacé du papier, une jeune fille à l'air radieux souriait à l'objectif à l'ombre d'un arbre couvert de neige. Elle avait tressé ses cheveux bronze en une natte qui tombait sur son épaule et la couleur douce de sa chevelure faisait éclater le cuivré étincelant de ses yeux qui reflétaient un grand bonheur. Arborant un gros pull prune en laine avec une écharpe chaude, cette Shiori respirait la bonne santé et la joie de vivre. Son teint était délicatement rosé, rien à voir avec sa pâleur fantomatique.

Mais ce qui avait attiré la stupeur des deux shinigamis ne fut pas Shiori, mais la personne qui l'accompagnait et qui la prenait contre son cœur. Ce garçon aux grands yeux émeraude rieurs qui avait posé sa joue rosie par le froid contre celle de la jeune fille était le parfait sosie d'Hisoka à la différence que ses cheveux étaient légèrement plus longs et d'une teinte plus foncée tournée vers le châtain. Ce jumeau serrait Shiori dans ses bras et selon la forme qu'avaient prise ses lèvres au moment de la photo, il devait lui dire « Souris ! ». La commissure de sa bouche se courbait en un sourire aussi lumineux que celui de son accompagnatrice.

Tsuzuki eut la pensée-éclair de s'imaginer son Hisoka avec une telle expression ravie sur le visage mais la chassa très vite de son esprit. Ce n'était pas l'important ici, enfin !

- Voilà pour qui elle t'a confondu, le premier soir. Son petit copain te ressemble comme un reflet. Plutôt beau gosse… avoua l'homme en se grattant la tête.

Hisoka ne put qu'opiner du chef sans pouvoir détacher les yeux du garçon. La ressemblance était vraiment frappante, en effet. C'était les mêmes yeux, la même forme de visage et la même couleur coquillage de peau. Il était peut-être un peu plus âgé que lui et un peu plus grand.

L'adolescent tourna la photographie et découvrit un petit mot. C'était une belle écriture penchée sur la droite aux caractères tracés finement de façon régulière et appliquée. Une écriture masculine toutefois, les caractères étaient trop serrés pour être l'écriture ronde d'une fille.

Ils déglutirent. Ce n'était pas possible.

« A la seule occupante de mon cœur. Attends-moi. Je t'aime de toute mon âme.

Tsubasa.

Janvier 2007 »

- Tsubasa… Tsubasa Michinaga ?! s'exclamèrent-ils d'une même voix.

Le bras d'Hisoka retomba lentement le long de son corps à mesure qu'il relevait la tête. Janvier 2007. C'était pendant ce même mois que le neveu d'Hayate Michinaga devait partir en Angleterre pour ses études. « Attends-moi ». Les derniers mots d'un garçon amoureux avant de s'envoler loin de celle qu'il aimait.

Tout s'éclaira dans son esprit comme le soleil levant éclairait la Terre. Voilà pourquoi elle s'était jetée sur lui avec tant de tendresse et de joie. Shiori s'était faite embaucher chez les Michinaga pour revoir Tsubasa parce qu'elle devait savoir que leurs conditions sociales ne leur permettaient pas d'être ensemble facilement. Elle avait donc approché Hayate et Kiyomi sous une fausse identité pour pouvoir attendre tranquillement le retour de Tsubasa. Et c'était sûrement cela que Moeru avait découvert et menaçait de révéler à ses maîtres.

Mais Tsubasa ne reviendrait pas. Il ne reviendrait jamais. Il était mort à peine 3 semaines après son arrivée sur le sol anglais. Et la mort de ce neveu sans visage était un sujet à ne jamais aborder dans cette demeure, Shiori ne savait donc pas. Elle attendait en vain. Pour rien.

Soudain, Hisoka sentit une incroyable montée de tristesse s'emparer de lui pour le serrer de ses bras qui faisaient mal. Son cœur se tordait dans sa poitrine. Il se sentait mal, la tête lui tournait. Il connaissait à présent les sentiments de Shiori mais il connaissait aussi le terrible sort de Tsubasa. Cette vérité qu'il détenait le faisait souffrir atrocement.

Il serra un poing tremblant.

- Tout ce qu'elle veut c'est l'attendre… et le revoir… souffla-t-il d'une voix faible.

- Oui.

Les shinigamis bondirent de surprise et firent volte-face vers l'entrée. Shiori était revenue de sa promenade avec Kaneaki et regardait les deux intrus d'un air plus ennuyé que fâché. Tsuzuki ne voulait pas abandonner Hisoka maintenant mais il sentait au regard que lui lançait la jeune fille qu'il était de trop dans la chambre. Il prétexta avoir des choses à faire et sortit à grands pas en abandonnant un Hisoka complètement perdu dans une confusions de sentiments violents.

Le jeune homme observa en silence la nourrice sortir le bébé de son kangourou pour le poser sur la table à langer et lui retirer son bob, ses chaussures et ses chaussettes. Tant de choses se bousculaient dans sa tête qu'il ne savait quoi dire.

- Ce n'est pas bien d'espionner, Sateru-san, dit-elle d'une voix tranquille en reprenant l'enfant.

- Risei-san…

Il se sentit idiot à l'appeler par son faux nom de famille mais c'était pourtant ainsi qu'il la connaissait. Il devait lui dire ce qu'il savait. Il devait lui dire que Tsubasa était mort depuis presque huit mois et qu'elle ne devait pas espérer davantage au risque de souffrir encore plus. Il devait lui parler.

Il ouvrit la bouche, mais les mots étaient bloqués, enrayés dans une voix éteinte.

Shiori s'approcha de lui en lui souriant doucement avec Kaneaki contre elle.

- Vous voulez le prendre ?

D'abord muet par l'étonnement, Hisoka se tourna vers le bébé. Il l'avait souvent vu depuis son arrivée mais c'était la première fois qu'il le voyait d'aussi près. Kaneaki était un bébé qui avait encore les grands yeux bleu acier que partageaient tous les nourrissons. Sa beau était comme faite de veloutine, il avait déjà une bonne petite touffe de cheveux blonds cendrés comme sa mère et ses petites joues rebondies pourraient faire craquer le plus insensible des cœurs de pierre. Il avait refermé ses minuscules petits doigts autour de la tunique chinoise de sa nourrice et regardait Hisoka avec fascination.

Le temps de réaliser, le shinigami se retrouva avec Kaneaki dans les bras. Ce tout premier contact avec un enfant aussi jeune le perturba un peu tant il avait l'impression qu'il risquait de le casser s'il le tenait trop fort. Ses doutes se dissipèrent quand le bébé tendit les bras vers lui en gazouillant.

- Ah ah ! Il vous aime bien on dirait, s'amusa Shiori.

Hisoka savait très bien qu'il ne devait pas faire cela, et pourtant, il le fit. Il oblitéra de son esprit la terrible nouvelle qu'il devait annoncer à la jeune fille. Elle paraissait si épanouie et heureuse en cet instant qu'il pensait qu'il n'avait pas le droit de lui ôter cette félicité après ce qu'elle avait fait pour attendre Tsubasa. Shiori savait qu'il avait deviné son histoire, il en avait conscience, mais elle avait l'air de ne pas vouloir s'étaler dessus et comme lui, elle avait préféré reporter son attention sur Kaneaki qui jouait à présent avec les boutons de sa chemise.

Le jeune homme ne sut pas combien de temps il resta ainsi à regarder Kaneaki avec Shiori près de lui, mais quand il se sépara d'elle, son état d'esprit était aussi apaisé qu'il brûlait de culpabilité. Bien qu'un doux sentiment de paix intérieure le berçait, Hisoka savait qu'il avait mal agi.

Il ne sut pas non plus trop comment il était retourné dans sa chambre, mais toujours fut-il que Tsuzuki l'y attendait, assis derrière son ordinateur portable. Quand il vit son partenaire revenir, l'homme brun se leva de son fauteuil et le regarda droit dans les yeux avec gravité.

L'adolescent ferma la porte et fronça les sourcils d'un air inquiet en attendant que ce que Tsuzuki avait à lui dire lui tombe dessus.

- La fiche d'identité brûlée concernait une certaine Shiori Risezu et provenait d'un hôpital de Tôkyô.

Il marqua une pause et prit une dernière inspiration.

- Shiori y est morte dans un coma.


Vous l'aviez senti venir, je parie, non ? XD

Prochain chapitre : 1ère partie racontant le passé de Shiori ! Mais ça, ça sera à mon retour du Japon ! Vous pourrez attendre ? XD