8 – Tell me who you are

Une sonnerie de téléphone tira Elena de son sommeil. Elle se redressa, mais une douleur abominable lui déchira l'épaule. Elle regarda le plâtre qui maintenait sa clavicule, et les souvenirs flous de la veille lui revinrent. Elle avait failli y passer cette fois-ci, et c'était une des seules fois où elle avait dû se rendre à l'hôpital. Elle ne savait d'ailleurs pas comment elle était y arrivée , mais c'était sûrement quand elle était inconsciente. Son visage la faisait atrocement souffrir, et les parties du corps qu'elle distinguait étaient couvertes de marques qui s'ajoutaient aux plus anciennes. Elle promena ensuite son regard dans la pièce. Elle était reliée à quelques machines, mais rien de très inhabituel. Sa télévision était allumée sur une chaîne de vieux cartoons, ce qui la fit sourire car elle les adorait. Un vieux sac était posé dans un des coins de la chambre, elle reconnut celui d'Alba et en déduisit que son amie l'avait amenée. Elle vit également un petit sac à main qu'elle avait déjà aperçu quelque part, mais impossible de se rappeler où. Réfléchir lui donnait mal à la tête. Ce fut le blouson de cuir posé sur le fauteuil près de son lit qui attira le plus son attention. Juice, pensa-t-elle immédiatement. Qu'est ce qu'il fout ici ? Elle n'eut pas le temps d'y songer davantage, car la porte des toilettes s'ouvrit brusquement, et Alba sortit en raccrochant son téléphone.

- Oh ! Tu es réveillée. C'était ta sœur, je lui ai dit que tu était toujours vivante, et que je m'étais occupée de tout, comme d'habitude. Comment tu te sens ?

- Mal. Tu m'as amenée hier soir ?

- Hier soir, oui. Mais c'est pas moi qui a décidé de t'emmener ici. Je savais pas ce que je devais faire, tu comprends, c'était la première fois que je te récupérais dans un état pareil ! Alors je me suis souvenue qu'elle t'avais proposé son aide...

- Qui ça, elle ?

- ... Gemma Teller. Je t'ai emmenée au garage, parce que je savais que c'était le genre de problèmes qu'ils pouvaient régler. Elle a pris les choses en main et a dit à Juice de nous amener ici. Et elle est arrivée ce matin, pour régler les détails "administratifs". L'hôpital voulait prévenir ta mère, car tu n'as que dix-sept ans. J'ai dû les en empêcher car il aurait sûrement décroché, et il aurait pété un câble s'il avait su que t'étais allée à St Thomas ! J'ai parlé à Juice, qui m'a promis qu'il allait s'en occuper. Apparemment, ça voulait dire appeler quelqu'un qui allait le faire à sa place.

Tout ça faisait beaucoup à encaisser. Elena s'était donné tellement de mal pour cacher sa situation, et en l'espace de quelques jours, des inconnus avaient tout découvert, et avaient décidé de l'aider, sans qu'elle ne demande quoi que ce soit. Ce n'était pas ce qu'elle considérait comme un super plan, mais ça aurait pu être bien pire.

- Est ce que l'hôpital sait ce qui m'est réellement arrivé, demande-t-elle.

- Hmm ... fit Alba avec une nervosité perceptible. J'ai voulu mentir, comme on le fait tout le temps, mais Gemma et Juice ... Ils étaient pas d'accord. L'hôpital sait ce qui t'est arrivé, et ... les flics, et ... le Club des Sons. Tout le club.

- C'est pas vrai ! Pourquoi ?!

- Eh bien ... commença Alba.

Gemma entra dans la chambre, accompagnée de Juice et d'un autre Son. En reconnaissant Jax Teller, Elena eu l'envie de disparaitre. Tout le club était effectivement au courant.

- Wow. Salut, lança-t-elle. Fallait pas vous donner autant de mal, un peu de glace aurait suffit.

- Très amusant, lui répondit Gemma. Tu aurais dû m'écouter la première fois. On va s'occuper de ça.

- Vous occuper de quoi ?

Gemma lui désigna son visage.

- Ça. Ils l'ont trouvé.

- S'occuper, ça veut dire lui mettre une raclée ?

- Plus, si c'est nécessaire, dit Jax.

- C'est pas nécessaire, et une raclée non plus d'ailleurs. Ma mère a besoin de lui, et il se vengera. Laissez-le. Je vais m'occuper de ça ...

- Et tu vas faire quoi ?! L'interrompit Alba

- Partir. Il ne les touchera pas, il n'y a que moi. Je vous en prie, laissez tomber, ma famille n'a pas besoin de ça. J'apprécie votre aide, et ce que vous venez de faire c'est ... vraiment super, vous m'avez sûrement sauvé la vie, mais vous devez avoir des trucs plus important à gérer, au club, au garage, tout ça ...

- On comprends que tu veux protéger ta famille, la rassura Gemma. Mais on ne peux pas laisser quelqu'un faire ça à Charming. Tu sais ce qu'est le club, tu sais ce qu'on fait. On protège la ville, on empêche les gens comme ce type de faire des dégâts comme il vient de faire. On peut gérer avec ta famille ...

- Sûrement pas ! Ne faites rien, s'il vous plaît. Dès que je sortirais d'ici, je règlerais, le problème, et plus personne n'entendra parler de ce salaud, ok ?

- ... D'accord. Si c'est ce que tu veux. Mais occupe toi de ça rapidement, avant que ta copine ne soit obligée d'identifier ton corps dans une morgue, déclara Jax avant de quitter la chambre.

- J'emmène Alba chercher des affaires chez toi, lui annonça Gemma. Juice va rester ici, d'accord ?

- J'ai pas vraiment le choix, hein ?

- Pas vraiment. À plus tard.

Elena se tourna vers Juice assis dans le fauteuil. Il avait une tête affreuse. Le manque de sommeil quotidien devait sûrement en être responsable, mais pas seulement.

- T'as vraiment une sale gueule.

- C'est toi qui me dit ça ? répliqua-t-il.

- On dirait bien, ouais. Je ... Je voudrais te remercier. Pour tout, ajouta la jeune fille. Alba aurait eu du mal sans votre aide.

- De rien. Tu sais qu'on peut faire plus.

- Je ne veux pas que le club s'occupe de mes petites histoires. Vous en avez déjà fait beaucoup.

- Ok. Tu vas faire quoi maintenant ?

- Emballer mes affaires et prendre une chambre dans un motel. Trouver un job, et vivre ma petite vie minable.

- Pas facile pour une fille de dix-sept ans ... D'ailleurs, t'avais dit dix-neuf l'autre fois ?

- Ah ouais ... J'ai dû me tromper, tu sais, quand je me cogne la tête ...

- Arrête. Pourquoi t'as menti ?

- Parce que si je l'avais pas fait, tu serais sûrement pas là. Et moi non plus. J'ai pas raison ?

- Hmm. C'est possible. Mais je savais déjà que tu avais menti. La première fois que tu es venue au garage, je me suis servi de tes papiers pour faire quelques recherches. Tu es au lycée, tu as dix-sept ans, et ta mère n'a pas de papiers en règle, c'est la raison pour laquelle tu protège ce type. Il vous mettrait dehors.

- Pourquoi tu m'as pas dit que tu avait fait tes petites recherches ? J'aurais pu être au courant, c'est ma vie privée.

- Et comment j'étais sensé te dire que j'avais piraté des bases de données confidentielles pour me renseigner sur toi ?

- Bah comme tu viens de faire. Je peux connaître la raison qui t'as poussé à faire ça ?

- Je voulais savoir qui tu étais.

- Qu'est ce que ça peut te faire, qui je suis ? En plus je suis sûre que c'est illégal !

- Les fausse cartes d'identité c'est aussi illégal.

- T'as raison. T'as gagné. J'ai menti, j'ai une fausse carte d'identité, je suis une vilaine fille. C'est bon, t'es content ?!

- J'en demandais pas autant. Si tu veux, je peux te dire qui je suis, et on sera quittes.

- Moi je m'en fous de qui t'es ... Mais j'ai rien de mieux à faire alors, d'accord, dit moi tout.

- Ok, alors je m'appelle Juan Carlos Ortiz, commença Juice en souriant. J'ai grandi dans le Queens, je parle le yiddish ...

- Sérieusement ?! C'est trop nul, tu t'appelles Juan Carlos et tu parles le yiddish !

- Ma mère était portoricaine. Comme toi, n'est ce pas ?

- Exact. Sauf que je sais parler espagnol, moi.

- Très drôle.

- Continue de parler, je veux tout savoir.

- À vos ordres ... Je ne connais pas mon père, ma mère m'a élevé seul. Quand j'étais gosse, j'adorais réparer des tas de trucs, c'est pour ça que je suis mécano, mais j'étais aussi très doué avec la technologie. C'est pour ça qu'ils m'ont accepté comme Prospect au club, parce que je suis un super mécano, et un hacker hors pair. J'avais envie de faire partie du Club depuis que j'étais arrivé à Charming, alors j'ai trouvé une bécane, et je me suis ramené au club. T'aurais vu les têtes qu'ils tiraient quand ils m'ont vu. Je crois qu'ils me prennent pour un idiot mais je suis loin de l'être, et ...

Juice s'arrêta de parler quand il remarqua qu'Elena s'endormait.

- Tu peux continuer, ça devient intéressant, lui dit la jeune fille dans un baillement.

- Tu ferais bien te te reposer, je vais te laisser dormir ...

- Reste ! Je déteste les hôpitaux, ça me fait flipper d'être toute seule dans une chambre où tout le monde peut rentrer. Arrête de sourire bêtement, je trouve pas ça drôle.

- Si ça l'est. Dors, je reste ici jusqu'à ce qu'Alba revienne.

- Merci Juice.

Elle s'endormit quelques minutes plus tard, rassurée. C'était la première fois que quelqu'un veillait sur elle de cette façon, et sans rien demander en retour. Pourtant, la situation était totalement surréaliste, et elle était sûre que tout allait se briser, que ce calme n'allait pas durer. Qu'est ce qu'un type comme lui faisait ici, à protéger une pauvre fille comme elle. Il n'était pas à sa place, et elle n'était pas sûre d'être à la sienne non plus mais, pour le moment, elle voulait juste profiter de sa sécurité au maximum, jusqu'à ce qu'il parte. Une vie ne se bouleversait pas si facilement, malgré qu'en deux semaines celle d'Elena eut totalement changé, elle n'en restait pas moins compliqué. Cette conversation qu'elle venait d'avoir, légère et sans conséquences, dont elle ne se rappellerait certainement plus grand chose après avoir dormi, semblait l'avoir apaisée. Elle voulait juste continuer de croire à cet irréel.

Juice considérait les choses un peu différemment. Il aimait beaucoup cette jeune fille, et elle aurait pu correspondre à ce qu'il recherchait, si elle n'avait pas été si jeune. Le club n'aurait pas vu ça d'un bon œil, surtout Gemma, et son opinion était l'une des plus respectées. Il ne savait pas pourquoi il lui avait raconté tout ça, bien qu'elle le lui avait demandé, ce n'était pas dans ses habitudes. Il savait qu'espérer quoi que ce soit ne servirait à rien, et il préférait s'en persuader.

Elena demeura deux semaines dans sa chambre, en compagnie d'Alba, ou de Juice, et parfois même de Gemma qui semblait s'inquiéter de sa situation. Son visage s'arrangeait, sa clavicule n'était pas remise, mais la guérison était en bonne voie. Sa sœur était passée la voir pour lui amener des affaires, et sa mère prenait des nouvelles par téléphone, car elle était forcée de rester enfermée. Cette nouvelle ne réjouit pas la jeune portoricaine, mais elle pouvait se rassurer en sachant que personne n'avait été frappé depuis cette malheureuse soirée.

Pendant ses longues heures d'ennui, elle avait réfléchit à une solution pour arranger sa situation infernale, et elle était satisfaite de ce qu'elle avait trouvé. Alba l'avait aidé à tout mettre en œuvre, et quand le jour de sa sortie arriva, elle était prête à passer à l'action. Sa voiture était réparée, et Juice l'avait déposée sur le parking de St Thomas. Elle laissa son amie conduire, c'était beaucoup plus raisonnable avec un bras en moins, et arriva devant chez elle un peu nerveuse.

- Tu es sûre que tu est prête à faire ça ? Lui demanda Alba, peu rassurée.

- J'ai pas le choix, tu le sais. Tout ira bien maintenant.

Elle tentait de se convaincre elle-même, car elle n'avait jamais été autant nerveuse de toute sa vie. Elle s'apprêtait à briser les liens avec sa famille, à partir, et à se retrouver seule dans un appartement minable, désespérément seule et vulnérable. Mais elle avait le choix entre la solitude, et finir par être battue à mort. La décision avait été plus que facile à prendre, et la question ne se posait plus, compte tenu de l'état dans lequel elle avait finit la dernière fois.

Elle entra dans la maison, elle espérait que c'était la dernière fois. Il n'était pas là, car il fallait bien que quelqu'un travaille, mais Maya était à la cuisine. Leur mère était malade, et elle devait rester pour s'occuper d'elle. Elena ne prit même pas la peine de saluer sa sœur, et n'alla pas non plus voir sa mère. Elle monta précipitamment dans sa chambre, et commença à mettre ses affaires dans tous les sacs et cartons qu'elle trouvait. Elle empila tous ses vêtements dans une grande valise et dans quelques sacs qui traînaient. Elle ne prit pas la peine de récupérer ses photos, sauf les quelques unes de son enfance regrettée. Elle ne voulait plus de souvenirs ou de liens avec son passé, elle voulait prendre un départ.

Ses bagages faits, elle descendit à la cuisine, réunit sa mère et sa sœur, et leur annonça avec une certaine émotion qu'elle ne reviendrait plus. L'incompréhension se lisait sur le visage de sa mère, qui regardait son fille partir, sans n'avoir aucun moyen de la retenir. Maya maudissait sa petite sœur d'avoir eu le courage de fuir l'enfer qu'elle vivait. La décision avait beau être égoïste, c'était son seul moyen de survie, et elle pouvait comprendre le choix d'Elena, ce qui ne l'empêchait pas d'être choquée.

C'est dans le tas de ferraille de son amie, qui semblait incapable de rouler correctement sous le poids du chargement, qu'Elena ferma les yeux, luttant contre les larmes, et tourna le dos à une existence cauchemardesque.