Merci Circae pour ta review. Je n'ai pu te répondre par mail puisque tu n'as apparemment pas de compte sur ce site. J'espère que la suite te plaira aussi. Le petit Severus est émouvant, c'est vrai ;-) Il n'est que le résultat de "l'enfant qui pleurait devant ses parents se disputant". Je souhaite que tu n'y vois pas une injure envers le terrible Maître des Potions
Chapitre 6
Lions contre serpent
« Contre qui te battais-tu ?
- Contre ce monde qu'il symbolisait ».
Les estocades violentes du vent s'engouffraient dans les replis rugueux de la cape bon marché qui me protégeait à peine, me faisant frissonner. Serrée entre mes doigts maigres, la lettre de mon père se chiffonnait, s'imbibant de la pluie qui martelait le sol. En cette fin d'après-midi de décembre, la température me paraissait gelée. Je laissais l'eau dégouliner sur mes joues que je savais blêmes. Assis sur l'un des bancs de pierre qui ornaient le parc du château, je n'avais pas envie de rentrer. L'odeur d'herbe mouillée me chatouillait agréablement les narines, l'air vivifiait mes poumons. Dans une semaine, je devrais abandonner ce lieu enchanteur pour retrouver la morne crasse de la maison. Père m'ordonnait de passer les fêtes de Noël avec eux. Comme s'il nous était déjà arrivé de fêter quelque chose en famille !
J'aurais préféré rester ici, même si je n'avais aucun ami. Cette conception de la vie qui veut qu'on soit entouré ne me convenait pas. J'aimais trop la solitude et le sentiment de liberté qu'elle inspirait pour m'empeser de la compagnie de quelque connaissance sans cervelle. Un nombre incalculable d'élèves ne méritaient pas mon attention, pas plus que celle des professeurs. Ceux-ci perdaient leur temps avec des idiots qui n'y comprenaient rien et qui ne parvenaient pas à suivre les cours. Peu d'étudiants avaient mon niveau et j'étais même tenté de dire qu'aucun d'eux ne l'avait. Ils ne cherchaient jamais à s'informer par eux-mêmes, attendant que le savoir leur soit donné, bien callés sur leur chaise, l'œil vitreux et la posture indolente. Ils ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils possédaient, de pouvoir étudier dans la plus prestigieuse école du monde. Ces gosses gâtés par la vie et encensés par leur famille béate ne méritaient pas un tel honneur. Seuls les véritables battants, ceux qui voulaient prouver de quoi ils étaient capables, ceux qui cherchaient chaque jour à dépasser leurs limites, y avaient droit. Et mon directeur de maison était d'accord avec moi : il m'avait pris sous son aile, ainsi que deux autres étudiantes de première année (Lily Evans, une Sang de Bourbe et Alicia Mayers, une Poufsouffle) et quelques autres élèves plus âgés. Ensemble, nous avons créé une sorte de « club », quelque chose où seuls les meilleurs, les plus prometteurs, avaient un droit d'entrée. Slughorn nous y apprenait quelques petites choses en plus des programmes de cours, de sorte que nous étions de plus en plus en avance sur nos pairs. Il m'avait même montré comment inventer de nouveaux sorts ! Et j'étais très fier de cela.
- He ! Servilus !
Je me hérissai alors que le surnom grotesque parvenait à mes oreilles. Depuis quelques semaines, Potter et ses amis m'avaient rebaptisé de ce sobriquet insultant, sans que je puisse rien faire pour l'empêcher.
- Laissez-moi tranquille !
Nos querelles duraient depuis la première année à Poudlard. J'avais eu le malheur de dire « non » à James Potter, le richissime James Potter. J'avais essayé de me battre contre lui. Avec mes poings. Sans succès. Encore aujourd'hui, deux ans plus tard, il me dépassait en taille et en force. Tellement doué et sûr de lui. Je le haïssais, lui et sa petite bande d'admirateurs. Lui et sa chance insolente.
- Voyons James, n'emmerde pas ce cher petit. Tu sais bien qu'il va encore cafter chez Dumbledore, ricana Sirius.
Celui-là non plus je ne le supportais pas. Il me dépassait de plus de dix centimètres et profitait de cette supériorité pour me ridiculiser.
- Les Gryffondor ont été méchants avec moi, me singea Potter, en prenant une petite voix grêle.
- Oh… Regardez un peu ce qu'il tient entre ses doigts, le petit Servilus, remarqua Peter, l'ombre nuisible qui suivait le duo partout.
Je tentai de dissimuler la lettre de mon père mais ils furent plus rapides que moi et dans un « accio parchemin », je me retrouvai les mains vides.
- Rendez-moi ça !
Ma voix tremblait de rage. J'essayai de récupérer ce qui m'appartenait, Black leva le bras en l'air, hors de portée pour moi, et je me retrouvai à sautiller vers le courrier humide.
- Fils, commença-t-il à lire, nous t'attendrons à la taverne pour Noël. Fais ta demande chez le directeur pour rentrer pendant les vacances.
- La taverne ? s'étonna le Gryffondor à lunettes. Ton père tient un bar ? Il ne doit pas bien gagner sa vie pour que tu sois si mal attifé. Même un savon, c'est trop cher ?
- La ferme ! hurlai-je.
- Tu as une crème de douche avec toi, Peter ? Il pleut et Servilus pourra se laver comme ça.
Je reculai de plusieurs pas en sortant ma baguette de ma poche. J'étais seul avec mes trois ennemis. Nul n'était assez fou pour s'aventurer dehors par ce temps pluvieux.
- N'approchez pas ! ordonnai-je.
J'étais acculé. Ils le savaient aussi bien que moi.
- Un bon bain te ferait du bien, Rogue, je t'assure, reprit Potter, doucereux. Ne fais pas l'effarouché. Laisse-toi faire.
- Tu te sentiras mieux après, ajouta Sirius.
- Je n'hésiterai pas à me servir de ma baguette. Dégagez !
Mon avertissement ne servait à rien.
- Petrific…
La fin de mon sort se perdit dans la boue. James venait de me clouer au sol et le précieux morceau de bois magique avait été confisqué.
- A l'aide ! criai-je, me débattant.
Le savon avec lequel Peter me barbouillait le visage me piquait les yeux et se collait à mes cheveux.
- Tiens-le, James. Je n'arrive pas à l'astiquer convenablement, gloussa Pettigrow.
- C'est qu'il commence à avoir de la force, le bougre, grogna le binoclard.
Après plusieurs minutes de ce traitement, ils me libérèrent. Dès que l'étau de leur prise se fut relâché, je me remis sur mes jambes. D'un geste dégoûté, je me frottai la bouche.
- Vous allez me le payer, promis-je. Par Merlin, je jure que vous allez payer.
Un grand éclat de rire fut la seule réponse qu'ils daignèrent m'accorder.
Au début, nos chamailleries nous conduisaient à des revanches sans conséquence. Mais à la rentrée de cette troisième année, tout s'était corsé. Aucun de nous ne s'avouait vaincu, au point que les « blagues » s'étaient transformées en mesquineries, les mesquineries étaient devenues des bassesses, les bassesses avaient cédé le pas à des cruautés de plus en plus viles. Ce qui avait d'abord été de simples mots étaient aujourd'hui des coups et des sorts. Jamais je ne permettrais à ces enfants choyés de remporter la victoire finale. Et pour cela, j'usais de toutes mes armes : vols de devoirs, dénonciations, sortilèges de magie noire… Tout et n'importe quoi pour gagner. Mais s'ils étaient deux, parfois trois pour me vaincre, moi j'étais seul. Ils avaient l'avantage du nombre sur moi.
Et en cet instant, nous nous regardions en chiens de faïence, prêts à recommencer. C'était à celui qui entamerait la nouvelle bataille. Je ne leur ferais pas ce plaisir. Je m'étais assez ridiculisé et j'étais perdant d'avance. Avec un dernier regard belliqueux, je tournai des talons pour rentrer dans le hall du château.
- Que t'est-il arrivé, Severus ?
Le ton chantant et enjoué de cette gourde de Florence. Le fait d'atterrir à Serpentard était un véritable mystère, la concernant.
- Fiche-moi la paix, Silver, gargouillèrent mes lèvres visqueuses du savon qu'elles avaient rencontré.
Ses tâches de son devinrent encore plus visibles, au-dessus de la rougeur de ses joues pâles. Son nez en trompette se plissa.
- Tu es méchant ! Et les autres ont eu raison de te décrasser.
Mes ongles s'enfoncèrent dans les paumes de mes mains. J'étais furibond. Comment osait-elle se permettre de telles paroles ?
- Dégage de mon chemin, sifflai-je, hargneux.
La minuscule adolescente fit un pas de côté, ses yeux d'or embrasés.
- Lord Servilus, le tapis rouge vous est déroulé, ironisa-t-elle.
µ;µ;µ;µ;µ
Les autres avaient déjà quitté les douches communes des Serpentard. Je restais face à face avec mon image. Au-dessus des lavabos, un miroir m'envoyait le reflet d'un garçon laid. Deux iris noirs me scrutaient sans complaisance. Des joues émaciées et cireuses composaient un visage anguleux, sans grâce. Un nez crochu, aussi disproportionné que celui de mon père ; des sourcils sombres, fins. Les cheveux trop longs étaient gras à jamais, poissés par toute la saleté de la taverne qui m'avait vu grandir. Un sourire finaud détendit mes traits mais ne les rendit guère plus beaux : les dents, jaunes, étaient plantées de travers. Il était rare que je me contemple. Je fuyais les glaces parce qu'elles m'obligeaient à réaliser à quel point le regard de mon père disait vrai.
Je soupirai, secouant la tête avec fatalisme. Parfois, j'avais vraiment des pensées stupides ! Mon apparence ne m'intéressait pas. L'unique chose qui importait, c'était l'intelligence. Et je n'en étais pas dépourvu, contrairement à ce que mon géniteur prétendait. J'étais premier de classe, loin devant les autres Serpentard de troisième année. Seuls Potter et Black, ces Gryffondor ignobles, avaient de meilleurs notes que moi. Mais eux, ils ne comptaient pas. Les professeurs les favorisaient, leur puissante famille était derrière eux. Je ne pouvais croire que leurs résultats brillants soient le fruit d'un travail acharné et de facultés développées. Ils étaient des crétins sans cervelle !
Sans regret, je détournai les yeux de ma psyché, pour m'habiller. Mes vêtements me serraient : enfin, je grandissais à un rythme normal ! Mais ce subit changement de taille ne convenait pas à ma garde-robe pauvrette et étriquée.
- Tu viens souper, Rogue ? me héla Rosier.
Sa voix tombait dans les graves avant d'escalader dans les aigus. C'était ridicule. S'il se contentait de parler bas, il n'aurait aucun problème. Mais apparemment, c'était trop lui demander que de réfléchir.
- J'arrive, marmonnai-je. Attendez-moi, je n'en ai que pour une minute.
- Vite. Moi et Elias, on a faim.
- Elias et moi, chuchotai-je, corrigeant machinalement sa faute de langage.
Il ne m'avait pas entendu, heureusement ! Il n'était pas nécessaire de le fâcher alors que j'avais besoin de lui pour descendre jusque dans la Grande Salle, à l'heure du souper. Je ne tenais pas à me retrouver sans « escorte », proie facile pour le trio bancal. Nous descendîmes tous les trois, talonnés par la venimeuse Bellatrix qui toisait le monde de ses pupilles céruléennes, ombrées par de lourdes paupières inquiétantes.
- J'ai croisé un elfe de maison, frémit-elle. Cet après-midi. Avouez que le directeur pourrait les garder dans la cuisine quand nous sommes là. Ces affreuses bestioles m'insupportent.
Je ricanai, de même que mes compagnons. Il y avait peu de choses que Bellatrix Black supportait, dans cette vie. Personnellement, avant d'entrer à Poudlard, je n'avais jamais vu un elfe de maison de près. C'était des esclaves coûteux, que ma famille ne pouvait se payer. Dommage car ils ne rechignaient pas à la tâche et m'auraient été d'un grand secours lorsqu'il me fallait nettoyer la taverne de fond en comble.
Au bout du couloir, juste devant l'entrée de la Grande Salle, se tenait Albus Dumbledore, auréolé de sa blanche chevelure, son nez aquilin baissé sur Remus Lupin aux horribles cernes sous les yeux. Il paraissait le réconforter, posant une main consolatrice sur son épaule menue. Ce geste m'intrigua autant qu'il m'agaça. Un directeur n'avait pas à s'abaisser au niveau de tels élèves. Lupin était un insignifiant Gryffondor, sans personnalité et sans intérêt.
- Bonsoir, jeunes gens, nous salua le vieil homme, dès que nous fûmes à sa hauteur.
- Bonsoir, répliquèrent mes camarades de dortoir.
Je ne pris pas la peine d'en faire autant. Peu de professeurs m'irritaient comme Dumbledore le faisait. Avec son ordre de Merlin, ses pouvoirs incommensurables et sa notoriété, il aurait dû être tellement plus sérieux et empli de prestance. Il n'était en rien l'image que je me faisais d'un modèle. Après deux ans et demi au sein de ce collège, il m'était facile d'affirmer que la légende du blanc sorcier était erronée et surfaite.
Je ne jetai qu'un très bref regard sur la table des Gryffondor, où James et Sirius devaient se pavaner. Dans quelques minutes, ils ne seraient plus aussi fiers. Une grimace qui s'apparentait à un sourire me fendit le visage en deux parties sardoniques. Je m'étais à peine assis à ma place que j'entendais le magnifique hurlement de détresse qui couronnait superbement ma petite vengeance.
- Regarde un peu ! s'exclama McNair.
Sans me presser, je pivotai vers le théâtre de l'hilarité générale. Potter et Black, du moins je le supposais, étaient verts de rage. Et le terme « vert » était tout à fait approprié puisque leurs figures en avaient pris la teinte. Leurs cheveux étaient quant à eux devenus argentés.
- Ils pourraient nous servir d'oriflammes, s'ils étaient un peu plus malins, conclus-je avec délectation.
Il leur faudrait plus d'une semaine pour qu'ils retrouvent leur apparence normale. Les familles « impériales » verraient ce à quoi leurs rejetons s'exposaient, à cause de leurs frasques lamentables.
L'œillade incendiaire que me lança Sirius me condamnait aux affres de la géhenne mais je n'en avais cure en cet instant : la déconfiture – l'humiliation - qu'ils venaient de subir était trop importante pour que je puisse m'empêcher d'exulter. Ma revanche avait au moins le mérite d'être raffinée, contrairement à ce qu'ils m'avaient fait. Ils s'étaient traînés dans la boue, autant qu'ils m'y avaient fait patauger. Ici, nul ne pourrait remonter jusqu'à moi : aucune preuve ne m'accusait et personne – à part mes chers ennemis – ne se doutait que j'étais responsable de cette « mésaventure ».
C'est avec appétit que j'attaquai mon repas. L'un des derniers avant de retrouver la nourriture infecte de ma mère. La pensée de mon retour imminent à Londres dégonfla mon contentement aussi sûrement qu'une mauvaise note en potions l'aurait fait. Ces deux semaines seraient longues et pénibles…
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