Chapitre 8 : Savoir

Maintenant qu'Elaine était partie, Astel s'ennuyait un peu. Elle n'arrivait pas à s'amuser avec les autres car la seule chose qui occupait son esprit, c'était Yuta. Elle n'avait pas réussit à lui avouer ses sentiments lors du bal. C'était pourtant l'occasion parfaite ! "Pourquoi à chaque fois que j'essaye de lui parler, on est interrompus ! Tant que je ne lui aurai rien dit, il me prendra toujours pour une gamine ! Ça ne peux plus continuer..."

- Que faites-vous princesse ?

Elle releva immédiatemment la tête en reconnaissant sa voix. Mais elle fut déçue de voir qu'il était en compagnie d'Aria. "Ce sera toujours pas pour cette fois..."

- Je... je me promenais. Et vous ?

- J'ai demandé à Yuta de passer un peu de temps avec moi, répondit Aria. Cela fait tellement longtemps qu'on ne s'était pas vus. Et puis ses lettres se font de plus en plus rares, alors je dois lui remonter les oreilles !

Elle joignit le geste à la parole et tira sur l'oreille de Yuta.

- Ouille ! S'exclama celui-ci. Ce n'est même pas vrai, je t'écris toutes les semaines !

- Alors y en a qui ont dû se perdre en route, dit-elle en le relachant.

- Ce n'est pas de ma faute ! Se plaignit-il en se frottant l'oreille. En plus je t'écris plus souvent qu'à ma mère, tu trouves ça normal ?

- Je fais aussi partit de la famille de Raggs. Alors tu fais ce que je te dis.

- Tu l'obliges à faire quoi d'autre ? Demanda Astel perplexe.

- Je plaisantais, je ne l'oblige à rien, rit Aria. Si on s'écrit c'est parce que depuis qu'il est tout petit, on s'adore tous les deux.

- Tu exagères, rougit Yuta.

- C'est pas toi qui me suivais partout en m'appellant "Aria nee-san" ? Joue avec moi ! Danse avec moi ! Tu étais vraiment trop mignon.

- Arrête, dit-il en devenant rouge cramoisit.

- Il était toujours colé à moi et Kora à Teito, continua Aria en lui ébourifant les cheveux. Et maintenant c'est devenu un homme.

- On a compris ! S'exclama-t-il en lui plaquant ses main sur la bouche pour l'empécher de continuer. OK ! Je t'écris parce que ça me fait plaisir. Tu peux arrêter de revenir sur les souvenirs embarassants ?

- Oh ! Dit-elle tendrement. Tu as honte ? Ne t'en fais pas, tu resteras toujours mon petit Yuta.

Elle l'embrassa sur le front avant de partir en riant. Yuta soupira, se touchant le front là où elle l'avait embrassé.

- Toujours la même...

- Je ne savais pas que tu étais aussi proche de ma tante, dit Astel gênée. Alors tu lui écris vraiment toutes les semaines ?

- Oui. Mais ne le dit à personne et surtout pas à Kora. Il ne pourait pas s'empécher de se moquer de moi.

Qu'est-ce qui avait le plus blessé Astel ? Le fait que Yuta entretenait une correspondance avec Aria en secret ? Ou la rougeur de ses joues quand elle l'avait embrassé sur le front ? "Il lui écrit plus souvent à elle qu'à moi... Est-ce que ma tante a été son premier amour ? Est-ce qu'il l'aime encore ?"

- Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-il en voyant son expression peinée.

- Est-ce que tu...

- Oui ?

- A propos de ma tante... tu l'as toujours considérée comme une grande soeur ? Rien de plus ?

Quand Astel le vit écarquiller les yeux de surprise, elle eut peur qu'il lui réponde oui.

- Je ne... commença-t-il gêné.

- Oublie ça ! S'exclama-t-elle. Je ne veux pas le savoir.

Alors elle se retourna et partit à grands pas. "Pourquoi je lui ai posé la question ? C'est déjà assez évident, je préfère ne pas l'entendre de sa bouche. Sinon je ne pourai jamais lui dire ce que moi je ressens."

oOo

Au palais impérial, Elaine, Valérian et Seban étaient assis dans le jardin des appartements d'Eruan et Serena. Observant les nuages, cela faisait déjà plusieures fois qu'Elaine laissait échapper un profond soupir.

- T'as pas bientôt fini ? Demanda Valérian. Si on est coincés ici, c'est à cause de toi. En plus ça fait même pas deux jours.

- Ouais, mais quand je pense aux 28 jours à venir... ça me déprime. Papa ne veux même pas nous laisser Flid et en plus je suis coincée avec vous deux.

- C'est pareil pour nous, lui fit remarquer Valérian. Pas vrai Seban ?

- Hum... répondit distraitement celui-ci.

- Quoi ? T'es content d'être enfermé avec elle ? Ne me dit pas que tu es tombé amoureux de ma soeur à cause du bal !

- Bien sûr que non ! Elle te ressemble tellement que j'aurais l'impression de sortir avec mon meilleur ami... ce serait trop bizarre !

Il avait frissonné à cette idée. Non, il ne pourait jamais envisager de se mettre avec Elaine.

- T'en fait pas Seban, dit Elaine. On se connait depuis trop longtemps pour que ça puisse arriver. Et puis j'aspire à mieux.

- Qu'est-ce que tu insinues ? Demanda-t-il vexé.

- Déjà, quelqu'un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Tu ne sais pas dire non. Je veux un garçon beau et fort qui ne serait pas le meilleur ami de mon idiot de frère...

- Qui est idiot ? S'exclama Valérian. Attends un peu.

Il se jeta sur elle pour la chatouiller et ils partirent tous les trois dans une crise de rire. Ils avaient beau se chamailler en permanence, Valérian et Elaine s'aimaient profondément comme les jumeaux qu'ils étaient.

- Je vois qu'on s'amuse ici, remarqua Anri en entrant. Ça vous est donc égal d'être punis ?

- On n'a pas vraiment le choix, répondit Valérian. Autant trouver un moyen de s'amuser.

- Et bien finit la rigolade. Ta tante est venue pour te parler.

- Tante Kira ?

- Tu as une autre tante ?

- Ben... il y a aussi Kana par alliance.

- ça suffit, dépèche-toi. Kira t'attends dans mes appartements.

Valérian obéit, et il laissa Elaine et Seban seuls pour aller retrouver sa tante. Kira était assise sur le canapé du salon et elle lui fit signe de s'asseoir près d'elle.

- Je suppose que tu veux lui parler seule ? Demanda Anri.

- Oui, s'il te plait.

Quand il fut sortit, Valérian demanda perplexe :

- Que se passe-t-il ma tante ? Pourquoi vouloir me parler seul ?

- Valérian, sais-tu ce qu'est l'oeil de Raphael ?

- Bien sûr. C'est l'héritage de la famille Barsburg. Il détient de grands pouvoir. C'est toi qui le porte parce que tu es l'aînée par rapport à papa.

- Exactement. De très grands pouvoirs. Mais aussi... une volonté propre. Il arrive que l'oeil, essaye de m'obliger à faire des choses.

- Il t'oblige ? Quel genre de choses ?

- Tu sais aussi que Teito porte l'oeil de Michael. Et bien, celui de Raphael veux me pousser à détruire celui de Michael. Ainsi que son porteur.

- Teito ? Il veux que tu tues ton mari !

- C'est troublant n'est-ce pas ? Avec le temps j'ai appris à contrôler l'oeil. Teito lui y avait déjà réussit depuis longtemps. Mais il m'arrive encore, de ressentir une haine envers Teito qui n'est pas la mienne. C'est pourquoi je ne dois jamais relacher mon attention. Et doublement puisque je vis en permanence avec Teito.

- C'est horrible... vouloir tuer la personne qu'on aime...

- En effet. Et si je te dis tout cela aujourd'hui, c'est parce qu'Anri m'a demandé de te transmettre l'oeil de Raphael.

- Quoi ! S'exclama Valérian en se levant. Il ne m'a jamais parlé de ça !

- Calme-toi Valérian, dit-elle en le forçant à se rasseoir. Si ton père ne t'a encore rien dit, c'est parce que je lui ai demandé de se taire.

- Mais pourquoi ?

- Parce que tu seras bientôt en âge de recevoir cet héritage. Et car cela pourait disuader Valmaria de déclarer la guerre à Barsburg. De plus, comme je te l'ai dit, il n'est pas bon que les deux yeux restent au même endroit.

- Tu veux te débarrasser de l'envie de tuer Teito.

- Ce que je veux... c'est que tu acceptes cet oeil de ton plein gré. Tu connais maintenant les risques. Si tu ne veux pas de cet oeil, je le garderai. Mais il devra bien te revenir un jour. Tout comme l'oeil de Michael reviendra à Astel.

- Et à ce moment là, j'aurai envie de la tuer elle. Tu le sais... et pourtant tu as quand même accepté de me le donner ?

- Oui, je le sais. Mais j'ai confiance en mon cher neveu. Je suis persuadée que tu arriveras à maitriser le pouvoir de l'oeil.

- Tu le crois vraiment ?

- C'est toi qui dois y croire. Tu as jusqu'à la cérémonie pour y réfléchir. Sache que moi et ton père accepterons ta décision, quelle qu'elle soit.

Valérian acquiesça en silence et sa tante le laissa seul. Elle croisa Anri qui l'attendait dans le couloir.

- Alors ? Demanda-t-il anxieux.

- Il sait tout ce qu'il y a à savoir. Maintenant il doit prendre sa décision. N'essaye pas de l'influencer. Je lui ai dit que tu accepterais son choix.

- Et si il refuse ? Que ferons-nous pour Valmaria ? Le pire est à craindre, je te l'assure. La paix ne tient qu'à un fil.

- Et Valérian le sait j'en suis certaine. Tu devrais avoir un peu plus confiance en lui.

- J'ai confiance en mon fils. C'est ce roi Eidan qui...

Il soupira de lassitude. Personne ne pouvait imaginer les efforts qu'Anri faisait pour préserver la paix. Surtout quand son interlocuteur lui vouait une haine aussi féroce qu'inexpliquée.

Quand Valérian revint vers sa soeur et Seban, ils furent perplexes de le voir si pensif.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Demanda Elaine. Quelqu'un est mort ?

- Non, répondit simplement Valérian.

- Alors qu'est-ce que tante Kira a bien pu te raconter pour que tu te transforme en zombie ?

- Elle m'a proposé quelque chose. Je préfère y réfléchir seul.

- Oh je vois... monsieur veut garder le secret, dit Elaine vexée. Et bien cogite seul dans ton coin !

Elle se leva sortit du jardin, se mettant à la recherche de sa mère. Elle arriverait peut-être à lui faire cracher le morceau. Dans le jardin, Seban observait toujours Valérian.

- Tu ne veux vraiment pas en parler ?

- Non, répondit Valérian catégoriquement.

- OK, répondit Seban en s'allongeant sur l'herbe.

Le jeune garçon avait appris à respecter la volonté du prince. Si Valérian avait besoin de son avis, il viendrait le lui demander. En attendant, Seban se contenterait de rester allongé là.

- Maman ! S'exclama Elaine en entrant dans le salon de sa mère.

- Qu'est-ce qu'il y a ma chérie ? Demanda Raine occupée à lire un livre, la tête de leur chien Flid posée sur ses genoux.

- Tu sais que tante Kira est venue ?

- Oui, elle est passée il y a un instant.

- Qu'est-ce qu'elle a dit à Valérian. Il n'a pas l'air bien du tout.

- Je... je ne sais pas trop, tenta Raine gênée.

Elle savait que sa fille viendrait la voir pour lui poser la question.

- Bien sûr que tu le sais ! Dis-le moi.

- Elaine tu ne dois pas te mêler de ça.

- Mais Valérian a vraiment l'air inquiet...

- Ton frère doit faire un choix difficile. Laisse-le réfléchir seul.

- Mais...

- ça suffit Elaine. Je ne te dirai rien. Et tu ne dois pas questionner Valérian ou qui que ce soit d'autre.

En voyant sa fille bouder, Raine sourit.

- Je suis heureuse de voir que tu t'inquiètes pour ton frère. Mais crois-moi, ni ton père ni ta tante ne forceraient Valérian à faire quoi que se soit contre sa volonté. C'est pour ça qu'il a le choix. Et peu importe sa décision, nous continuerons aussi à le protéger.

- Je veux tellement savoir.

- Tu le sauras tôt ou tard. Maintenant emmène Flid se promener. Ça fera plaisir à ton frère.

- Hum... Viens mon chien !

Aussitôt, Flid sauta du canapé et suivit Elaine. Mais alors qu'elle allait passer la porte, Elaine demanda :

- Maman ?

- Oui ?

- C'est pas dangereux au moins ? Ce qu'il doit faire.

Raine mit du temps à répondre. L'oeil de Raphael était un danger en soi. Finalement, elle dit :

- Je ne laisserai rien ni personne vous faire du mal. Que se soit à Valérian ou à toi Elaine. Et Anri non plus ne le permettrait pas. Maintenant, va.

Elaine sortit peu convaincue par la réponse de sa mère qu'elle avait jugé un peu trop tardive. "Maman aussi est inquiète. Qu'est-ce qui se passe ici ?"