Chapitre 7 : Tensions
Quelques jours plus tard, Alex décida de faire une surprise à Kelly. Il se présenta directement à la grille de son lycée à 16h30, heure où la jeune fille finissait ses cours ce jour-là. Il avait ramené deux pairs de rollers, elle lui avait dit qu'elle en faisait souvent avec son père et il voulait partager un moment sportif avec elle.
La sonnerie retentit à l'heure dite et quelques élèves commencèrent à sortir. Alex repéra rapidement la jolie rousse et s'avança vers elle, le sourire aux lèvres. Elle courut vers lui.
« Salut ! »
« Salut ! Tu as passé une bonne journée ? Du roller avec moi, çà te plairait ? »
La jeune fille acquiesça, très enthousiaste. Alex lui tendit les rollers puis s'aperçut que Kelly ne le regardait plus lui, mais par-dessus son épaule. Elle faisait signe à quelqu'un derrière lui avec un grand sourire. Alex se retourna et se figea.
Une jeune femme bronzée aux cheveux bruns attachés en queue de cheval se dirigeait vers eux à grands pas. Kelly alla au-devant d'elle et lui fit la bise. Alex, lui, resta immobile et quelque peu craintif : il s'agissait de l'agent du NCIS qu'il avait affronté. Que faisait-elle ici ?
Il n'eut pas le temps de réfléchir plus avant car Kelly revint vers lui et l'entraîna inconsciemment vers le danger.
« Alex, je te présente une très bonne amie : Ziva. »
L'intéressée tourna la tête vers lui et parut le reconnaître aussitôt. Elle fit cependant comme si de rien était pour le bénéfice de la jeune fille et lui tendit rapidement la main avec un mince sourire.
« Bonjour, Alex. »
Alex la fixa, incapable pendant une longue seconde de prendre une décision. Que devait-il faire ? S'enfuir ? Prétexter une excuse pour s'éclipser ?
AR/NCIS
Des enfants commençaient déjà à sortir de cours lorsque Ziva atteignit le lycée de Kelly. Son patron lui avait demandé si elle pouvait aller chercher sa fille et elle ne s'en plaignait pas, au contraire. Cela faisait un petit moment qu'elle n'avait pas vu la jeune fille et elle savait que cette dernière serait ravie de cette surprise.
Alors qu'elle s'approchait de l'école, la jeune femme repéra l'objet de ses recherches, qui discutait joyeusement avec un garçon, celui-ci tournant le dos à Ziva. Kelly la vit et lui fit signe. Puis, elle la vit trotter vers elle.
« Bonjour Ziva, je suis super contente de te revoir ! », s'exclama-t-elle en l'embrassant sur les joues.
« Toujours un plaisir, la miss. », répondit-elle en souriant.
« Tiens, j'ai quelqu'un à te présenter si tu veux bien. »
Kelly retourna d'où elle venait et alla chercher son interlocuteur précédent en sautillant. Ziva la vit le prendre par la main pour l'entraîner à sa suite. Mais l'israélienne repéra immédiatement que quelque chose clochait. Le garçon paraissait réticent à avancer vers elle, mais cela ne ressemblait pas à un comportement timide. La jeune femme l'étudia rapidement : des cheveux blond cendré, des yeux bruns profonds… il s'agissait du garçon que Gibbs avait blessé.
« Alex, je te présente une très bonne amie : Ziva. »
L'agent se reprit rapidement, tandis que les deux adolescents arrivaient devant elle. Le garçon l'avait également reconnue et la regardait nerveusement. D'ailleurs, elle remarqua qu'il ne la regardait pas seulement, mais que ses yeux cherchaient de tous côtés une échappatoire. Elle se décida finalement à faire le premier pas et le salua avec assurance, lui tendant la main.
« Bonjour, Alex. »
Le regard de bête traquée ne disparut pas mais s'accentua au contraire. Puis au bout de quelques secondes, qui lui parurent une éternité, il prit sa main.
« Bonjour, Madame. »
Elle hocha la tête. La rousse ne s'était rendue compte de rien et babillait joyeusement, tout d'abord sur sa journée de classe. Lorsqu'elle commença à parler de son ami ici présent, la jeune femme vit ce dernier se tendre davantage. Sans doute souhaitait-il en dévoiler le moins possiblesur lui-même à une personne qu'il savait être un ennemi, songea-t-elle.
Elle observa Kelly reprendre la main du blond et ne manqua pas l'éclair de douleur furtif dans les yeux de ce dernier lorsque la main effleura par mégarde son ventre. Une semaine était passée depuis leur combat et elle pensa que le blessé par balle aurait normalement du être encore dans son lit de convalescent. Une blessure comme celle-là était assez grave et le garçon avait l'air de se vider de son sang le jour-là.
Elle se décida à participer au monologue auquel la pauvre Kelly semblait condamnée et s'adressa directement au garçon.
« Alors Alex, tu es dans le même lycée que Kelly ? »
Elle connaissait déjà la réponse mais voulait jouer le jeu.
Alex hocha négativement la tête, mais ce fut la rousse qui répondit verbalement à sa place.
« Non, en fait, Alex et sa famille voyagent en permanence. C'est plutôt cool, tu ne trouves pas ? »
Cool de suivre un assassin professionnel lors de ses missions ? C'était une question de point de vue !
« Et que font tes parents, Alex ? »
Ziva poursuivit son jeu. Elle n'était pas agressive mais souhaitait voir comment le garçon réagissait sous pression. Il fallait reconnaître que Gregorovitch avait fait du bon boulot, le garçon réussissait plutôt bien à cacher ses émotions. Si tant est que l'on puisse souhaiter cela pour un enfant.
« Je n'ai pratiquement pas connu ma mère, elle est morte quand j'étais bébé. Mon père voyage beaucoup pour son travail. »
Décidemment, il avait très bien retenu sa leçon : la vérité est le meilleur des mensonges.
Kelly lui jeta un regard triste, elle n'était visiblement pas au courant de ce détail et serra un peu plus sa main, en signe de réconfort.
« Mes condoléances pour ta maman. »
Les paroles de Ziva furent accueillies par un bref hochement de tête.
« Et vous, que faites-vous ? »
Au fur et à mesure, Ziva sentait qu'une certaine assurance revenait dans les paroles et le langage corporel du blond. Comme si maintenant que le danger était identifié, il avait diminué en intensité. Ziva sourit, réellement amusée par sa réponse du tac au tac. Un partout, balle au centre. Le garçon haussa même un sourcil, un brin provocateur.
« Ziva est agent de sécurité. », répondit Kelly, à sa place.
L'israélienne fut ravie de voir que malgré toute l'amitié qui semblait s'être forgée entre les deux adolescents, la rousse restait prudente. Il s'agissait après tout d'un demi-mensonge seulement, puisque Ziva protégeait au nom du gouvernement.
Ziva vit Alex jeter un coup d'œil discret et rapide à la bosse sur sa hanche droite, où se trouvait son arme de poing et vers ses bottes, où étaient dissimulés deux poignards.
De son côté, elle avait remarqué la ceinture rempli de shuriken autour de la taille ainsi que le pistolet plat contre la cheville.
Ce dernier la faisait soupirer car quel genre d'homme apprenait la guerre à un enfant ? Elle ne doutait pas qu'Alex sache tirer. Mais elle se dit que sur ce point, elle était hypocrite puisqu'elle avait elle-même été entraînée depuis son plus jeune âge. Non, ce qui la dérangeait plus, c'était que l'enfant ait été enlevé dans le but d'en faire une arme.
Elle en était là dans ses réflexions, lorsqu'un homme d'une petite trentaine d'années, d'origine marocaine, s'approcha lentement d'eux, se plaçant à la gauche d'Alex, en face de Ziva. Elle pensa reconnaître vaguement l'un des deux hommes qui avaient aidé Gregorovitch à porter l'adolescent blessé. Celui-ci ne s'en alerta pas et Ziva crût même percevoir un certain soulagement dans sa posture. L'homme les salua poliment mais son sourire n'atteignait pas ses yeux.
« Ton père ? », demanda Kelly à Alex.
« Non, Gad est un très bon ami de ma famille. »
Ziva aurait mis sa main au feu que Gad n'était pas son vrai nom et qu'il avait un casier plus long que le bras. Elle ne fit aucune remarque, cependant elle posa la main sur la bosse à sa hanche et se rapprocha imperceptiblement de la fille de Gibbs. En réponse, l'homme soutint son regard et passa un bras détendu autour des épaules d'Alex.
« Allez, Al, on va rentrer sinon ton père va s'inquiéter. N'oublie pas que tu viens tout juste de sortir de l'hôpital. »
De son côté, Ziva lança un regard entendu à Kelly. Cela faisait presqu'une heure qu'ils discutaient et Gibbs allait finir par s'inquiéter.
Elle trouva presque ironique que l'agent fédéral et le tueur russe aient en commun une réaction paternelle, mais après tout il était sans doute difficile d'élever un enfant pendant neuf ans sans s'y attacher, même pour le pire psychopathe de la terre, ce que le Russe n'était quand même pas. Il tuait pour de l'argent, non pour le plaisir.
Ils se souhaitèrent une bonne soirée, les deux adultes se défiant une dernière fois du regard. Mais Alex semblait pressé d'éloigner l'homme d'elle, comme s'il s'attendait à tout moment à ce qu'elle l'arrête. Les enfants se promirent de se revoir le lendemain, ce qui restait à voir lorsque Gibbs apprendrait qui était le nouvel ami de sa fille.
Ziva avait un peu pitié d'Alex. Ce n'était pas de sa faute s'il avait été élevé parmi des criminels, lui n'avait rien demandé. Mais elle comprenait aussi que l'amour d'un père pour sa fille puisse le conduire à un certain manque d'objectivité. Alex en lui-même n'était pas vraiment dangereux, mais Kelly et lui n'étaient pas du même monde et celui du garçon était sombre. Pas ce dont un père rêve pour sa fille.
Ziva sourit lorsque Kelly prit son bras, l'interrompant dans ses pensées. Il était temps de rentrer.
AR/NCIS
Gibbs entendit la porte d'entrée se refermer avec un grand bruit.
« Maman, papa, je suis là ! Ziva est avec moi ! »
« Oui, ma puce, on t'avais entendue ! »
Sa fille vint l'embrasser puis courut voir sa mère dans la cuisine. Ziva quant à elle, resta sur le pas de la porte du salon, où il se trouvait. Il l'observa attentivement. Elle paraissait fatiguée, ce qui était rare.
« Tout va bien, Agent David ? »
Elle lui sourit puis s'approcha.
« Tu savais que Kelly avait un nouvel ami, un garçon ? »
« C'est normal de se faire de nouveaux amis à l'école. En plus, ma fille est plutôt jolie, mais je pense qu'elle est très responsable. », répondit-il avec un petit sourire moqueur.
« Ce nouvel ami ne pas vient de l'école. Il faut que je te prévienne : tu ne vas pas aimer ça. »
« Je t'écoute. D'où le connais-tu ? », dit-il, sérieux à présent.
« Il s'agit du garçon que tu as recherché ces derniers jours. Le point positif, c'est que maintenant tu sais qu'il est vivant. »
Gibbs avait eu peur d'avoir tué l'enfant.
« Tu veux dire, le garçon qui vit avec Gregorovitch ? », demanda-t-il en se redressant brusquement.
Elle hocha la tête
« Alex Rider lui-même. Mais je t'arrête tout de suite : j'ai eu le temps d'étudier son comportement avec Kelly. Il ne s'agit pas d'une manipulation pour utiliser ta fille. Il était sincère avec elle. En fait, il a été très surpris quand il m'a reconnue et je crois qu'il avait un peu peur. »
« Lui peut être sincère mais si Gregorovitch se sert de ma famille… »
« Je ne pense pas qu'il soit au courant. L'homme qui a rejoint notre conversation a lui aussi été étonné de me voir. Il semblait au courant pour Kelly mais n'avait fait aucun lien. »
« Quel homme ? Comment était-il au courant ? »
Gibbs était un peu nerveux mais il avait tous les droits de l'être.
« Selon moi, », reprit la jeune femme, « Gregorovitch fait suivre le garçon à distance par un de ses agents, pour sa propre protection. On ne peut pas lui en vouloir après ce qu'il s'est passé… »
Le sentiment de culpabilité refit surface, serrant douloureusement le cœur de Gibbs
« Je regrette que ce soit tombé sur lui. Je parlerai à Kelly, merci Ziva. »
« Pas de problème. »
Gibbs la raccompagna jusqu'à la porte d'entrée et la referma derrière elle. Il entendait ses filles rire dans la cuisine. Il ferma les yeux et soupira. La situation venait de se corser encore un peu plus.
AR/NCIS
« Hisham, tu promets de ne rien dire à Yassen pour le moment ? »
« Que tu as une petite copine ou que celle-ci a un lien avec les agents du NCIS qui lui ont tendu un piège l'autre jour ? »
Alex lui jeta un regard nerveux.
« S'il te plaît… »
« D'accord mais tu fais gaffe, ok ? Personne n'a envie de te retrouver dans une prison gouvernementale. Et je te signale que l'opération n'est pas finie. »
« Je sais, je promets de faire attention et si j'ai problème, je lui en parlerai. »
Hisham hocha la tête, satisfait. Intérieurement, il espérait que la situation n'en viendrait pas là. On ne voulait jamais un Gregorovitch en colère contre soi. A cette pensée, il frissona et jeta un coup d'œil au gamin mais celui-ci planait, ses pensées sans doute tournées vers la jolie rouquine aux yeux bleus.
