Chers lectrices, Chers lecteurs,

Mes premiers mots vont vers Adé, une amie qui m'est chère. Merci d'être venue m'épauler ces dernières semaines et d'avoir apporter un deuxième regard sur ce chapitre. Merci... merci infiniment pour ton soutien et ton aide.

*Je remercie calazzi pour ses reviews qui me prouvent que je parviens à provoquer les réactions et les interrogations que je recherche. Merci également pour nos échanges, et ton soutien ces deux dernières semaines. Nos derniers échanges m'ont motivée à me mettre à l'écriture de ce chapitre.

*Je voudrais faire un clin d'oeil pour les lecteurs COLOMBIENS qui me suivent et restent dans l'ombre. Si la surprise a été ma première réaction, je suis heureuse de vous compter parmi mes lecteurs reguliers, chapitre après chapitre, et de noter que même dans l'ombre je compte des fidèles. Merci de me lire.

*Merci à astree, Rhysel derynis, Rosedeschamps, et jenn.85 de rejoindre cette aventure, j'espère que la suite vous plaira tout autant que les 7 premiers chapitres.

* Rosedeschamps: en effet, il y a eu un peu de temps pour installer l'histoire. Merci de ne pas t'y être arrêtée et de me lire. C'est ma première fiction, il a fallu le temps de e lancer et trouver mes repères :-) J'espère que la suite te donnera raison de me suivre.

* Georgie: quel jolie pseudo :-)... Ce que tu dis me touche beaucoup. J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances.

* miriamme: tu es une grande sentimentale... MON MENTOR :-D... Oserai-je? Hmmm... ;-)

J'espère que malgré ce délai de publication, les lectrices / les lecteurs qui m'ont suivie jusqu'ici, Poupouneflore, Rianne Black, Thays Azelyne, Lucie-cerise, Sylver Lorelay, , bggt, lolelie, et toutes celles et tous ceux de l'ombre continueront à lire et aimer cette histoire.

Si vous souhaitez découvrir en images le monde qui m'a inspiré cette histoire et suivre l'avancée de mon écriture, je vous invite à me suivre sur Twitter (arobase) Miss_FelicityS # Voyagesauboutdumonde ou sur Facebook Felicity Sand - FanFiction

Bonne lecture.

Felicity Sand

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Dédicace de l'auteur:

À mes enfants,

Où que vous soyez, où que je sois,

Mon amour berce votre coeur, votre existence berce le mien.

*Felicity Sand*

Vivícora, Jeudi 22 avril 2010, 14ème jour d'expédition.

*o*

Me voilà dans de beaux draps! Comme si cela ne suffisait pas que son image et ses joutes hantent mes nuits... Il faut maintenant que le souvenir de sa peau et de son odeur m'infeste. Désespéra William en inspirant une nouvelle fois profondément à la recherche du parfum hypnotique et en repoussant fermement le moment du réveil.

Elizabeth tressaillit sous un souffle d'air chaud. Un bruit lointain lui parvint vaguement. Mais incapable de trouver la motivation de s'arracher aux bras de Morphée, elle l'occulta ainsi que la désagréable sensation qui imprégnait son corps et s'abandonna de nouveau à la grande et apaisante source de chaleur en s'y lovant davantage et en y égarant sa main libre.

La plus agréable... La plus douce infestation que l'on puisse rêver connaître...

Une nouvelle fois, une désagréable sensation la pénétra, et avant qu'elle ne puisse en déterminer l'origine, Elizabeth réalisa que la peau douce qu'elle effleurait du bout des doigts ne lui appartenait pas.

Merde! Merde! Merde! Paniqua-t-elle en sortant définitivement de son sommeil. Est-ce qu'on a...

Prenant toutes les précautions pour ne pas réveiller l'immense corps qui l'enveloppait, Elizabeth fit défiler mentalement les images des événements de la veille et de la nuit, puis se risqua à ouvrir un oeil.

Non on a pas... Soupira-t-elle, rassurée de constater que leurs deux corps noués étaient restés habillés.

William fut, à son tour, brièvement parcouru d'un bruit assourdissant, vite relégué en bas de la liste de ses préoccupations lorsque son regard se perdit dans les yeux de la jeune femme qu'il enserrait étroitement.

Vous devez le savoir, je n'ai pas pour habitude de partager un lit avec une femme de cette façon...

Elizabeth se sentit, sous son regard, étrangement envahie d'un bien-être encore inconnu.

Je ne supporte pas, habituellement, que l'on me regarde avec autant d'insistance... Cela me donne l'impression que l'on cherche mes fautes, et cela me met mal à l'aise. Mais vous!...

Bon Dieu! S'exclama-t-il sous l'effet de la vague de chaleur qui lui saisit le ventre. Avez-vous la moindre idée de ce qu'il m'en coûte de...

... Vous me donnez l'impression de me comprendre... De lire en moi.. Et, certainement pour la première fois, elle ne ressentait pas le besoin de fuir.

Le regard solidement arrimé à celui de l'autre, ni Elizabeth ni William ne se préoccupaient de l'heure qu'il était ou de l'intimité physique à laquelle s'étaient voués leurs deux corps pendant la nuit.

... Ne pas vous embrasser? Si seulement vous ne m'attiriez que physiquement... Mais bon sang vous me dévorez... J'ai besoin de découvrir celle que vous vous acharner à garder cachée de tous...

Vous savez... Je ne sais pas comment vous faites pour savoir, ni pourquoi vous êtes le seul à me voir comme personne ne m'a jamais vue...

... Ouvrez-vous à moi...

... Et je comprends encore moins pourquoi cela me paraît si naturel et normal... Mais cela me fait tellement de bien de vous sentir écraser et tenir éloignés, pour un temps, tous ces souvenirs. Soupira-t-elle d'aise en fermant les yeux.

Elizabeth les rouvrit soudainement sous l'effet d'un nouvel assaut de picotements qui lui traversaient les tympans, et dont elle parvint, à présent, à déterminer la source. William lui parrut perdu dans ses propres réflexions, aveugle et sourd au monde qui les entourait.

" Monsieur Darcy... "

Elle sentit la gêne la gagner et se manifester sur ses joues lorsqu'il sortit de sa rêverie et, par réflexe, resserra son étreinte autour de son corps mince.

" Hmmm.

- Le téléphone... Lui murmura-t-elle. Heu... Hé bien... Je dois répondre. "

William sursauta et desserra son emprise, lui permettant de se détacher de ses bras et d'attraper le combiné avant la dernière sonnerie. Elle attrapa le sac posé à côté du lit et en extirpa rapidement l'appareil.

" Elizabeth Bennet... Annonça-t-elle en essayant de pas avoir la voix trop endormie.

- Lizzy, est-ce que tu vas bien? "

Elle sourit et s'allongea de nouveau.

" Ho Jane. Je vais bien et toi?

- Une mauvaise nuit? "

Elizabeth fronça les sourcils.

" Non. Pourquoi aurais-je passé une mauvaise nuit?

- On avait un rendez-vous téléphonique il y a de cela plus d'une demi heure.

- Quoi?

- Curriculum vitae, assistant, rendez-vous à 8h30 pour faire le point. "

Elizabeth écarquilla les yeux et bondit brusquement à la recherche de sa montre.

" Merde! Quelle heure est-il?

- Ici? 14h15. Chez toi, cela doit faire près de... "

Elle s'arrêta net dans son élan, assise sur le bord de lit.

" 9h15. Merde! Merde! Merde!

- Donc... mauvaise nuit?

- Pas du tout... Répondit-elle sur la défensive. Au contraire. "

Chut! Lizzy tais-toi tout de suite!

Craignant de trop en dévoiler, elle s'empressa de détourner l'attention de son aînée.

" Comment cela se déroule-t-il au bureau?

- Ho très bien, Sarah est très sympathique et elle m'aide beaucoup.

- Je suis contente que tout se passe bien.

- Tu le seras d'autant plus quand je t'aurais annoncé la bonne nouvelle. "

William aperçut son visage s'illuminer.

" Une bonne nouvelle? Je t'écoute...

- J'ai trouvé ta perle.

- Ma perle? Quelle perle?

- Lizzy... Ta perle rare... Ton assistant. Rit Jane.

- Ah...

- On a mis le temps mais je suis certaine qu'il va te plaire... Je t'ai envoyé son curriculum vitae par e-mail.

- Comment est-il? "

Elizabeth sentait le regard de William sur elle. Elle se leva et s'éloigna, et William profita de son besoin d'intimité pour se lever à son tour et s'éclipser dans le cabinet de toilette.

À l'autre bout de la communication, depuis les bureaux du siège de la Elder Foundation, à quelques pas de Saint-Mary-le-Bow sur Cheapside, Jane présentait le candidat qui avait retenu son attention et était placé en première ligne de la liste des prétendants au poste.

" Benjamin Ruper. 27 ans, diplômé de la LSE, il est titulaire d'un Master en économie de la santé, politique et gestion, et travaille actuellement au Kingston Hospital.

- Ok bien... Qu'a-t-il de plus que les autres? Demanda Elizabeth en sortant une poêle du petit meuble de cuisine.

- La motivation. J'ai retrouvé sa candidature dans tes archives de 2008. "

Elizabeth cassa quatre oeufs dans la poêle, et prépara deux assiettes.

" Pardon?

- Il a déjà postulé chez nous...

- Bon.

- Il est aussi venu déposé sa candidature au bureau. Nous en avons profité pour discuter. Révéla Jane. Prends le temps de regarder ce que je t'ai envoyé. Je n'ai encore vu aucun autre candidat comme lui. Il a quelque chose...

- Qu'a-t-il? "

Jane réfléchit quelques instants, essayant vainement de poser des mots sur ses pensées.

" Je ne saurais pas l'expliquer, mais il dégage quelque chose qui me fait penser qu'il est précisément celui qu'il te faut. "

Elizabeth fit, d'un geste de la main, signe d'entrer à la silhouette qui venait de frapper à la porte.

" Je vais regarder son dossier. Concéda-t-elle en souriant, certaine que le sixième sens de son aînée avait, une nouvelle fois, frappé et qu'elle ferait très prochainement la connaissance de celui qui allait devenir le nouvel assistant personnel de la Presidente-Directrice Générale de l'hôpital le plus réputé de Londres. Tu peux nous organiser une visio-conférence?

- Je prépare cela tout de suite. "

Elizabeth rit à son enthousiasme et conclut rapidement sa conversation pour se tourner vers sa nouvelle arrivée.

" Je te rappelle dès que tout est prêt. Prends soin de toi.

- Prends soin de toi aussi. Bonjour Mayua, excuse-moi je ne suis vraiment pas à l'heure ce matin.

- Ne t'inquiète pas pour cela, ton équipe est déjà au travail... Et notre reporter? " Demanda l'indigène en balayant la pièce du regard.

L'estomac d'Elizabeth se crispa, une crainte soudaine que Mayua puisse deviner l'intimité qu'ils avaient partagée, au cours des heures précédentes. Un rapide coup d'oeil sur le lit défait du journaliste lui rappela qu'il s'était tout d'abord couché sur sa propre banquette le soir précédent et lui arracha un soupir de soulagement.

William sortait de la salle de bain lorsqu'elle allait répondre et s'approcha d'elle, en saluant leur visiteuse.

" Mayua... Lui sourit-il. Bonjour. Puis-je vous proposer de boire quelque chose?

- Bonjour Monsieur Darcy. C'est gentil merci. "

William fronça les sourcils lorsqu'en sortant un verre il vit le contenu de la poêle, puis se tourna vers Mayua, un sourire amusé aux coin des lèvres.

" Vous vous lassez de mes talents culinaires pour vous mettre ainsi aux fourneaux?

- Vous avez arbitrairement décidé, dès le premier jour, que la préparation du déjeuner vous revenez... Répondit-elle en affichant sciemment un visage contrarié. Aujourd'hui c'est dimanche, et le dimanche c'est moi qui prépare le déjeuner. " Ajouta-t-elle avec un sourire doux.

William servit un verre à Mayua, refoulant l'effet que l'étincelle qui venait de traverser brièvement son regard provoquait chez lui.

" Vraiment? Haussa-t-il un sourcil. Je jurerais pourtant que nous sommes jeudi...

- J'en ai décidé autrement. Ce matin nous sommes dimanche... Asseyez-vous c'est prêt. "

Il obéit sous le regard amusé de Mayua, qui n'attendit pas plus longtemps pour leur annoncer que sa nièce était entrée en travail depuis plusieurs heures.

" Elle a toujours l'idée de vous permettre d'assister à la naissance... Si cela t'intéresse toujours. "

Un sourire se peignit instantanément sur le visage d'Elizabeth jusqu'à faire pétiller ses yeux tandis que William blêmit.

" Bien évidemment que je suis toujours intéressée! "

Mayua lui rendit son sourire.

" Je retourne auprès d'elle, ne te presse pas.

- Le temps de m'habiller et nous arrivons. "

Elizabeth, trop exaltée pour s'apercevoir de l'effroi de son compagnon, se leva de table pour aller s'enfermer dans le cabinet de toilette. Quand elle en ressortit, William terminait de laver leur vaisselle.

" Vous n'êtes pas prêt?

- Heu..

- Hé bien dépêchez-vous... Appareil photo, bloc-notes... "

William s'agita et se passa nerveusement la main dans les cheveux.

" Je ne vous accompagne pas.

- Je ne comprends pas. Comment cela vous ne venez pas? Fronça-t-elle.

- Je ne peux pas... Je...

- C'est tout à fait le genre de choses pour lesquelles je vous paye, Monsieur Darcy.

- Je sais. Mais... "

Devant l'attitude inhabituelle du journaliste, Elizabeth se calma et l'observa s'agiter davantage à mesure qu'elle scrutait et analysait ses gestes et ses expressions. Lorsqu'il ne maltraitait pas le torchon qu'il tenait, elle l'observait se passer la main dans les cheveux. Elle nota à sa chevelure, foncée, légèrement trop longue et désordonnée qu'il avait dû répéter ce geste à de nombreuses reprises pendant son absence.

" Vous n'avez jamais assisté à une naissance, c'est cela? "

William, se sentant percé et ne sachant plus où poser son regard, hocha lentement la tête tout en tordant et déformant le malheureux bout de tissu.

" Cela pourrait aussi mal se dérouler. Ajouta-t-il.

- Personne ne peut le prévoir vous savez. "

Elle tenta de le détendre, appuyant ses propos d'un regard doux et empahique. Mais cela ne suffit pas à apaiser le journaliste. Elle s'empara alors du sac de William, vérifia qu'il contenait bien la caméra, l'appareil photo et le bloc-notes du reporter et s'apprêta à sortir.

" Que croyez-vous être en train de faire exactement?

- Vous n'êtes pas disposé à m'accompagner et je n'ai pas l'intention de vous y forcer. Après tout ce sont des affaires de femmes... Haussa-t-elle les épaules, ce qui fit brièvement froncer William. Mais je ne suis pas pour autant disposée à exclure un tel événement de vos travaux, alors...

- Savez-vous, au moins, vous en servir convenablement?

- Je me débrouillerai. Je ne crois pas que cela m'explosera entre les mains...

- Ho non non! "

William se précipita sur elle et lui prit son sac des mains.

" Vous plaisantez?! je suis certaine que cela n'est pas bien compliqué.

- Il est hors de question que je vous laisse manipuler mon matériel...

- Et il est hors de question que je passe à côté de cet accouchement. Lui tint-elle tête avec obstination. Êtes-vous conscient du privilège que nous avons de pouvoir assister à cette naissance et d'avoir obtenu l'autorisation de l'immortaliser? Notre présence est habituellement interdite, seule la jaibaná, la sage-femme et une femme de la famille sont présentes.

- C'est votre première fois? "

Elizabeth se mordit la lèvre inférieure.

" Non, j'ai eu la chance d'assister à deux autres naissances dans le village... Mais c'est la première fois que je peux en avoir des images. C'est parce que c'est... " S'agita-t-elle.

Parce que c'est la nièce de Mayua et qu'il y a un lien très spécial entre vous...

" Prenez vos affaires. " Lui commanda-t-il.

Elizabeth le regarda, étonnée et abasourdie, se demandant silencieusement s'il venait bien d'accepter de l'accompagner.

" Allons faire votre vidéo. "

Elizabeth bondit, ramassa ses affaires à toute vitesse et le suivit, un sourire enjôleur et des yeux pétillants illuminant son visage.

Son expression n'échappa pas au journaliste.

" Pas un mot... Aucun commentaire...Je vous préviens, nous nous installons dans un coin et je ne veux pas vous entendre. "

Elizabeth lui sourit et William expira profondément, conscient qu'il ne savait pas dans quelle aventure elle l'entraînait.

[~]

Lorsqu'il entra dans l'obscur tambo, William survola rapidement la pièce avec appréhension et se figea en découvrant le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Au centre de la pièce tamisée, une femme Emberá était allongée, suspendue dans un hamac. Sous elle, la jaibaná était occupée à répandre du sable.

Elizabeth se retourna vers lui, surveillant avec inquiétude ses réactions, et lui adressa un regard encourageant avant d'aller s'installer, au fond de l'habitation, aux côtés de la sage femme de la fondation. Il tâcha de sortir de son esprit les râles de la jeune femme et rejoignit Elizabeth, lorsqu'elle lui fit signe de venir s'installer près d'elle.

L'installation de sa caméra lui avait pris plus de temps qu'il ne lui en avait jamais fallu, et il crut ne jamais parvenir à régler la mise au point de son appareil photo, tant la curiosité de la scène, qui prenait forme devant lui, réclamait, de plus en plus, son attention.

Manuela s'étaient mise à fredonner un chant traditionnel rendant la concentration du journaliste impossible.

" Que chante-t-elle? " Demanda-t-il en s'asseyant entre les deux observatrices.

Elizabeth le regarda du coin de l'oeil, un sourire amusé naissant au coin des lèvres, puis, sans lui répondre, reporta son attention sur ce qu'il se passait entre les deux femmes.

" Le travail n'avance pas correctement. C'est un rituel qui est utilisé pour aider les accouchements difficiles... " Lui répondit Sarah Endricks.

William se passa la main dans les cheveux. Les heures à venir s'annonçaient aussi difficiles pour lui que pour la jeune femme qui allait accoucher.

" Je croyais que vous ne vouliez pas entendre un seul mot, Monsieur Darcy. "

Il lança un regard glacial sur Elizabeth sans pouvoir se contrôler d'ouvrir la bouche à plusieurs reprises pour poser une question, l'expression malicieuse qui se dessinait sur son visage tuant dans l'oeuf chacune de ses tentatives.

" Posez donc vos questions. L'invita-t-elle finalement. J'aurais mauvaise conscience de laisser un esprit cultivé dans l'ignorance. "

Devant eux, la future mère parlait pour la première fois.

" En vérité je suis vêtue du chaud vêtement de la maladie.

- Tu es en vérité vétue du chaud vêtement de la maladie, ainsi t'ai-je aussi entendue" Lui répondit la jaibaná.

William chercha dans le regard d'Elizabeth toute trace de raillerie, puis, face au sérieux qu'elle affichait, s'aventura péniblement à poser sa question.

" Comment le chant va-t-il l'aider... concrètement?

- L'attention à tout ce qui est réel ainsi que la sensibilité de la nièce de Mayua sont troublées par la souffrance qu'elle éprouve. Manuela va l'aider à recentrer ses pensées sur ce qu'il se passe, à chaque étape du travail, dans son corps, en l'amenant à revivre, précisément et intensément, et à se représenter mentalement le travail de l'accouchement. "

Le regard de William fixait la mise en scène de la jaibaná sans pouvoir s'en détacher. Il l'observa se lever, sortir des graines d'un petit sac puis les jeter sur le feu.

" Qu'est-ce que cela? Demanda William sans cesser de regarder les crépitements du feu.

- Cela fait partie des préparatifs. La jaibaná fait brûler des fèves de cacao... L'informa Elizabeth. La fumée fortifie Manuela et ses vêtements et va lui donner la force nécessaire pour affronter Muu.

- Muu? "

Elizabeth rit devant l'enchaînement de questions du reporter dont, elle le pensait, la curiosité atténuait la tension.

" Muu Puklip est l'âme responsable de la fécondation et du développement du foetus. "

Manuela s'éloigna du feu, ramassa quelques morceaux de bois et alla s'accroupir sous le hamac. Elle s'affaira plusieurs minutes sans cesser de chanter et d'attendre les réponses de la jeune femme qui était au coeur du rituel.

" Que sculpte-elle?

- Ce sont des Nuchu, des images sacrées, des esprits protecteurs. Répondit Elizabeth.

- Nous pensons que l'accouchement devient difficile parce que Muu a outrepassé ses attributions et s'est emparé du purba de ma nièce...

- Chez nous, on appelle ça son âme. "

Elizabeth inclina la tête en approbation à la précision que venait de faire Sarah.

" Tout ce que la jaibaná élabore va lui être utile pour rechercher et restituer le purba perdu. Reprit Mayua.

- Et les esprits protecteurs, les... Nuchu vont l'assister dans cette quête, c'est cela?

- C'est cela Monsieur Darcy. Beaucoup d'obstacles et d'animaux féroces vont se dresser sur la route de Manuela et des Nuchu pour retrouver les purbas et affronter et redresser les abus de Muu, pour qu'elle les libère et accepte de reprendre sa fonction protectrice et d'aider ma nièce à mettre au monde son enfant. "

La jeune femme, s'exprima de nouveau depuis le Chinchorro*1* et attira l'attention des observateurs. Mayua s'approcha d'elle et lui frotta le front avec un tissu imbibé d'eau.

" Ma vue s'est égarée,

Elle s'est endormie sur le chemin de Muu Puklip,

C'est Muu Puklip qui est venue à moi,

Elle veut prendre mon nigapurbalele,

Muu Puklip est venue à moi,

Elle veut s'emparer de mon nigapurbalele pour toujours. " Traduisit Mayua aux membres de la fondation lorsqu'elle reprit sa place près d'eux.

William fronça les sourcils.

" Le nigapu...?

- Le nigapurbalele? C'est l'âme de sa vie. Répondit-elle.

- Je suis perdu Mayua. Mademoiselle Endricks vient de dire que le purba était son âme.

- Leur vision est très différente de la nôtre, Monsieur Darcy. Intervint Elizabeth. Là où nous n'avons qu'une seule âme, ici, chaque organe du corps possède son propre purba. Le purba est une âme mais, pour les indigènes, le corps est constitué d'autant d'âmes qu'il y a d'organes... Dans le terme Nigapurbalele, il y a également la notion de niga. Le niga est ce que l'on peut définir comme notre force vitale... Il est le concours harmonieux de l'ensemble de nos purbas.

- Tous nos purbas, nos âmes, forment notre niga, notre force vitale? "

Elizabeth lui sourit.

" C'est cela. Et l'ensemble des deux donne le Nigapurbalele, l'âme de la vie. Précisa-t-elle. Est-ce plus clair?

- Je pense avoir compris. Et si l'un des purbas s'égare? "

Elizabeth grimaça.

" Si l'âme d'un de nos organes est détournée de sa tâche, il se crée un déséquilibre qui remonte jusqu'en haut de la chaîne... Au niveau de la force vitale puis au niveau de l'âme de la vie.

- C'est pour cela que Kusi est affaiblie et que l'accouchement est difficile. " Expliqua Mayua en désignant sa nièce.

William hocha la tête en signe de compréhension et retourna son attention sur Manuela et la jeune femme.

Elizabeth l'observait du coin de l'oeil, amusée de voir la fascination dans son regard. Elle jeta un rapide coup d'oeil sur la caméra qu'il avait installée, derrière eux, sur son trépied.

" Êtes-vous certain qu'elle enregistre tout ce qu'il se passe? " Demanda-t-elle en pointant l'objet du doigt.

William plongea son regard dans les yeux inquiets de la présidente.

" Ne vous inquiétez pas, j'aurai tout ce qu'il vous faut.

- Mais vous ne prenez aucune note, ni aucune photo. Et s'il y avait un problème avec l'enregistrement, s'il s'endommageait?

- Vous vous inquiétez pour rien, c'est un excellent matériel. Le meilleur que l'on puisse trouver...

- Pourquoi ne prenez-vous pas de photos... Juste au cas où...

- Je ne veux pas gêner les choses avec le flash de mon appareil. " L'interrompit-t-il.

Elizabeth, peu rassurée, expira sa contrariété.

" J'ai même en bonus vos explications et vos commentaires. Lui sourit-il en levant entre eux un petit dictaphone. Je vous ai dit que vous auriez votre vidéo et vous l'aurez... Puis tout en se tournant vers le rituel il se pencha vers elle pour lui murmurer à l'oreille. Faites-moi confiance et détendez-vous. "

Elizabeth le regarda intensément, déglutit et reporta son attention sur Manuela et le chant qui changeait de rythme et s'intensifiait.

De plus en plus rapidement, Manuela, terminant la confection des Nuchu, navigua entre les thèmes mythiques et les thèmes physiologiques. Elle donnait l'impression de chercher à faire disparaître, dans l'esprit de la femme en travail, la frontière entre le monde mythique et le monde physique et de chercher à rendre impossible la différenciation entre ce qui appartenait au mythe et ce qui provenait du corps de Kusi.

" La malade gît dans son hamac, devant vous,

Son blanc tissu*2* est allongé,

Son blanc tissu remue doucement,

Le faible corps de la malade est étendu,

Quand ils éclairent le chemin de Muu*3*, celui-ci ruisselle comme du sang,

Le ruissellement s'écoulent sous le hamac, comme du sang tout rouge,

Le blanc tissu interne descend jusqu'au fond de la terre,

Au milieu du blanc tissu de la femme un être humain descend. "

La douleur de Kusi prit des proportions de plus en plus cosmiques. À des images de la femme gisante dans son chinchorro, succédaient les appels de la jaibaná aux esprits du vent, des eaux et des bois. À l'instar de Kusi, les Nuchu dégouttaient et ruissellaient de sang. Manuela passa un long moment à décrire, avec précision, chaque esprit puis s'attacha à énumérer, longuement et en détail, l'ensemble de l'équipement magique qu'elle fournissait à chacun. Des perles noires, des perles couleur de feu, des perles foncées, des perles rondes, des perles et des colliers d'argent, des os arrondis, des os de la gorge, des os de l'oiseau kerkettoli, des os de jaguar, des os de pic-vert, des os à faire des flûtes...

Puis quand elle eût fini ces interminables descriptions, la jaibaná passa le haut de son duma*4* au dessus du hamac, effectuant deux cercles dans les airs, dans un sens puis dans l'autre.

" Les nelegan placent une bonne vision dans la malade,

Les nelegan ouvrent des yeux lumineux dans la malade. " Leur traduisit Mayua.

William se pencha de nouveau vers Elizabeth.

" Les nelegan? Qu'est ce que c'est? Lui murmura-t-il à l'oreille.

- Les éclaireurs. Ils vont remonter le vagin jusqu'à l'utérus pour affronter les abus de Muu.

- Charmant... Commenta-t-il en grimaçant, avant de sourire au gloussement qu'échappa Elizabeth.

- Manuela éclaircit la douleur que Kusi ressent. En quelque sorte, elle lui rend accessible ses souffrances ineffables et lui permet de visualiser le chemin que va emprunter le bébé. " Ajouta Sarah.

Elizabeth sentit William se raidir sous les explications de la sage-femme. N'avait-il pas réalisé, jusqu'à cet instant, que du corps douloureux et transpirant qui gisait dans les airs devant eux allait, dans les prochaines heures, naître un nouvel être? Elle n'avait aucune idée de l'état de ses réflexions et, ne désirant pas accroître la tension qu'elle sentait en lui, Elizabeth le laissa appréhender les événements selon son propre rythme. Quelque part, perdue dans ses observations, elle ne put s'empêcher de mettre en perspective le cheminement que suivaient l'esprit et le corps de Kusi et le cheminement que devait suivre, à l'instar de l'homme assis à ses côtés, l'esprit de tout père en devenir. Car si Kusi tentait d'appréhender et visualiser son corps, William, lui, tentait d'appréhender et de visualiser l'être qui lui était inconnu et demeurait encore invisible.

Sous leurs yeux, le rituel se poursuivait, la jaibaná faisant prendre aux nelegan l'apparence et leur affectant la manoeuvre du pénis en érection pour s'introduire sur le chemin de Muu.

" Les chapeaux des nelegan brillent,

Les chapeaux des nelegan blanchissent,

Les nelegan deviennent plats et bas, tout comme des bouts, tout droits,

Les nelegan commencent à être terrifiants,

Les nelegan deviennent tous terrifiants ,

Pour le salut du nigapurbalele de la malade...

Les nelegan vont se balançant vers le haut du hamac,

Ils vont vers le haut, comme nusupane*5*. "

Elizabeth attendit, patiemment et très attentivement, et surveilla les réactions de William, tandis que Manuela faisait pénétrer les nelegan dans l'orifice naturel.

Le temps s'écoulait. Lentement. Trop lentement pour William. S'écoulait-il de la même façon pour la femme qui souffrait sous son observation? Les secondes lui paraissaient-elles, comme à lui, être des minutes, et les minutes des heures?

Rien ne lui indiqua que Kusi avait conscience du temps qui passait. Seuls ses cris, qui s'intensifièrent, indiquèrent qu'elle sentait les nelegan la pénétrer. La jaibaná, le comprit, elle aussi, et reprit le passage, en détail, de l'itinéraire compliqué en identifiant chaque point de résistance et chaque élancement.

" Les nelegan se mettent en route,

Les nelegan marchent en file le long du sentier de Muu, aussi loin que la Basse Montagne

aussi loin que la Courte Montagne,

aussi loin que la Longue Montagne,

aussi loin que Yala Pokuma Yala,

aussi loin que Yala Akkwatallekum Yala,

aussi loin que Yala Ilamisuikun Yala,

Jusqu'au centre de la Plate Montagne,

Les nelegan se mettent en route,

Les nelegan marchent en file le long du sentier de Muu. "

À mesure que Manuela avançait dans le rituel, la douleur et les cris de Kusi s'espaçaient et s'intensifiaient, augmentant le malaise et la nervosité de William, sous le regard compatissant et impuissant d'Elizabeth.

Il avait arrêté de lui poser des questions, ce qui lui en disait beaucoup sur son malaise et l'inquiéta davantage. Elle avait déjà noté qu'il ne tenait plus le petit enregistreur, abandonné au sol quelques minutes auparavant, et observait son visage se tordre sans pouvoir le soulager. De toute évidence, il s'était enfermé dans une bulle dans laquelle il était écartelé entre fascination et agitation.

William n'avait pas fini d'être malmené.

Le monde utérin était peuplé de monstres fantastiques et d'animaux féroces, et Elizabeth savait que l'heure de la délivrance n'était pas encore arrivée, Kusi avait encore beaucoup d'épreuves à surmonter.

Comme une réponse à ses réflexions, les souffrances de Kusi s'accrurent, et Manuela entreprit de les lui décrire et lui nommer ces monstres et ces animaux, les uns après les autres. Elle les lui présentait sous une forme que sa pensée, consciente ou inconsciente, pouvait appréhender et Mayua continua de traduire aux observateurs anglais ce qu'elle chantait.

" Oncle Alligator,

Qui se meut ça et là,

Avec ses yeux protubérants, son corps sinueux et tacheté,

En s'accroupissant et agitant la queue,

Oncle Alligator Tiikwalele,

Au corps luisant,

Qui remue ses luisantes nageoires,

Dont les nageoires envahissent la place, repoussent tout, entraînent tout,

Nele Kikkirpanalele, la Pieuvre,

Dont les tentacules gluantes sortent et entrent alternativement...

Celui dont le chapeau est mou,

Celui dont le chapeau est rouge,

Celui dont le chapeau est multicolore...

Le Tigre-Noir,

L'Animal-Rouge,

L'Animal-Bicolore,

L'Animal couleur de poussière,

Chacun attaché par une chaîne de fer,

Langue pendante, langue sortante,

Bavant, écumant,

La queue flamboyante, les dents menaçantes,

Et déchirant tout,

Tout comme du sang, tout rouge. "

Les cris de Kusi atteignirent leur apogée, emplissant et rendant l'atmosphère de la petite pièce de plus en plus lourde. Elizabeth ne put supporter de lire davantage de souffrance sur le visage de William sans chercher à lui apporter un peu de réconfort.

Elle lui effleura la main, crispée sur son genou, et resserra son emprise pour attirer son attention. Involontairement, son geste l'arracha de sa torpeur et le reconnecta à la réalité, décuplant brutalement les émotions qui se livraient batailles.

Il serra, en retour, avec force la main d'Elizabeth jusqu'à la faire souffrir, comme s'il y puisait la force d'en regarder et supporter davantage, s'y agrippant comme on se raccroche à une bouée de sauvetage. Elle resta immobile, sous sa forte poigne, et accepta la douleur avec l'espoir que toute celle qu'elle prenait pour elle représentait toute la souffrance dont elle l'allégeait et le soulageait un peu.

" Il faut que je sorte. " Peina-t-il à lui dire.

Incapable de formuler quelque mot pouvant améliorer le cours des événements et l'état du reporter, Elizabeth le regarda avec désolation, impuissante, se lever et quitter précipitamment la vivienda.

[~]

Par réflexe au brusque changement de luminosité, ses pupilles dilatées se contractèrent, troublant pendant un instant sa vision. Il cligna plusieurs fois, laissant le temps à ses pupilles de se stabiliser et à ses yeux de s'accoutumer à l'intensité des rayons du soleil. Des voix d'enfants et de femmes lui parvenaient au loin, mais ce fut la silhouette de Miguel, assis devant une vivienda, qui attira son attention. Le besoin pressant de s'éloigner du bruit étourdissant qui lui devenait insupportable lui fit descendre l'escalier et se diriger, machinalement, vers le traducteur.

" La jaibaná a dû intervenir... "

William acquiesça laquoniquement en s'asseyant sur la chaise voisine.

Miguel connaissait et reconnaissait les symptômes du malaise qu'éprouvaient les hommes devant leur premier accouchement. Il resta silencieux, l'observant regarder fixement le tambo dont il était sorti, et le laissant reprendre le dessus sur les émotions qui l'avaient assailli.

Elizabeth ne l'avait pas suivi. Elle n'avait pas cherché à le convaincre de rester, et William lui en était reconnaissant. Il avait repoussé ses limites au maximum et se sentait incapable d'en supporter davantage. Les cris, la douleur, la peur de l'inconnu, la peur de la mort. Il aurait été incapable de les verbaliser si elle le lui avait demandé. Tout se mélangeait dans son esprit, lui enserrait la poitrine et lui rendait la respiration difficile. Il s'efforça d'éloigner de ses pensées ce dont il avait été témoin et se concentra à inspirer et expirer profondément.

Les minutes s'écoulèrent et Miguel attendit de voir les premiers signes indiquant que la tension était redescendue pour briser le silence.

" Elle vous intrigue. "

Il le vit se raidir. William garda le silence, mais le traducteur savait qu'il avait été entendu et compris.

" Cela va au delà du simple intérêt professionnel. "

William ne lui accorda toujours pas le moindre regard, son attention rivée sur la vivienda où il avait laissé Elizabeth.

" Qu'est-ce-qui vous pousse à le croire? Demanda-t-il impassiblement.

- Vous ne lui avez pas posé la question que vous m'avez posée, n'est ce pas? "

William durcit le regard mais lui répondit calmement.

- Non, en effet. Ce n'était pas nécessaire.

- Que voulez-vous dire? "

William tourna la tête et accrocha le regard du traducteur.

" Elle ne me pose pas de questions et je ne lui en pose pas.

- Étrange, pour un journaliste, de ne pas poser de questions. Répliqua Miguel en haussant les sourcils, un sourire amusé aux lèvres.

- Mon boulot c'est de faire des reportages et des documentaires, pas les tabloïds, Miguel. Je ne travaille pas au News of the World*6*, et je ne suis pas intervieweur. L'essentiel de mes travaux repose sur l'observation. "

Miguel sourit, se redressa et croisa les bras sur le torse.

" Mais cela n'explique pas en quoi il n'était pas nécessaire de lui poser la question. Votre histoire de "on ne se pose pas de questions", c'est une règle entre vous... Il n'y a aucune histoire de nécessité là-dedans. " Souligna-t-il de plus en plus amusé.

William comprit à son expression que le traducteur ne le laisserait pas échapper aux réponses qu'il entendait obtenir de lui. Il était acculé. Et contrarié par la détermination de l'homme qui lui faisait face, William répondit sur la défensive.

" Je n'ai pas eu besoin de lui poser la question pour connaître la réponse. J'ignore peut-être tout de son histoire, mais cela ne veut pas dire que je ne la connais pas. Finit-il de dire en soupirant. Et je sais qu'elle ne saura pas qui du journaliste ou de l'homme s'interroge. "

Miguel émit un bruit de gorge étouffé, souriant et haussant les épaules.

" Alors vous vous contentez d'observer.

- Je me contente d'observer... Avez-vous déjà entendu parler des tardigrades? "

Miguel écarquilla les yeux et réfléchit.

" Non.

- On les connaît aussi sous le nom d'oursons d'eau... "

Miguel afficha une mine navrée en secouant la tête.

" Ils ne mesurent pas plus d'un millimètre et demi, mais ce sont les animaux les plus extraordinaires qui existent sur notre planète. On les trouve partout. Des plus hauts sommets du monde aux plus grandes profondeurs des océans... Ce sont les animaux les plus résistants, avec la plus grande capacité d'adaptation, jamais répertoriés. Ils survivent là où aucune autre forme de vie n'en est capable... Le vide spatial, les hautes pressions, les radiations, les produits toxiques, la déshydratation, les températures les plus basses comme les plus élevées. Normalement ils ne devraient vivre que quelques mois à peine. Pourtant ils peuvent survivre jusqu'à dix années de déshydratation et reprendre vie quand on les réhydrate... Certains ont survécu à deux mille ans d'emprisonnement dans les glaces du pôle nord et sont revenus à la vie. "

- Vous plaisantez? " Lui demanda Miguel, soufflé.

William rit face à son expression.

" Incroyable, n'est-ce pas?

- C'est fascinant. Comment...

- Leur secret, c'est l'anhydrobiose. "

Devant l'incompréhension du traducteur il lui expliqua que c'était un processus d'arrêt quasi complet de l'organisme, le passage à un état proche de la mort, durant lequel l'activité vitale s'abaissait à 0,01% de l'activité vitale normale et devenait presque indécelable.

" Pourquoi me parlez vous de cela? Je ne comprends pas.

- En milieu hostile, ils stoppent tout, se retranchent, observent, s'adaptent et attendent... "

Miguel fronça les sourcils.

" Ce sont les êtres les plus patients et la plus grande capacité d'adaptation existant dans ce monde... Ajouta William.

- Êtes-vous en train de comparer Lizzy à ces animaux?

- Pas du tout. Répondit-il sèchement, avant de se radoucir et fixer le vide devant lui, se replongeant dans ses pensées. Mademoiselle Bennet est quelqu'un qui ne cède pas ce qu'elle est devant l'hostilité... Je crois même que les attaques répétées auraient plutôt tendance à renforcer ses convictions et sa détermination à les défendre... Plus on cherchera à s'introduire entre ses murs, sans y avoir été invité, plus elle se défendra et nous repoussera en en renforçant l'épaisseur, en prévision d'une prochaine attaque éventuelle, la rendant, à chaque assaut, plus impénétrable. Chaque tentative serait vouée à l'échec, diminuerait les chances qu'elle ouvre elle-même la porte et nous invite à entrer, et augmenterait la taille du mur à abattre.

- Vous me sidérez Darcy.

- Les plus grandes victoires ne sont pas nécessairement celles qui appellent à la violence, Miguel, mais celles où l'on sait observer, s'adapter et être patient... Attendre que l'autre vous invite à entrer. " Pensa-t-il à voix haute.

Le regard de Miguel s'illumina.

" Comme le cheval de Troie! S'exclama-t-il en riant. Vous n'avez pas encore réalisé que vous êtes envahi que l'ennemi s'est déjà installé partout chez vous. "

William sourit avec espièglerie.

" C'est cela. "

Miguel redevint soudainement sérieux.

" Et quel genre d'ennemi êtes-vous au juste Darcy? L'interrogea-t-il d'un ton grave.

- Je n'ai jamais parlé d'ennemi et de guerre, Miguel. "

William le vit grimacer du coin de l'oeil mais ne détourna pas le regard du tambo qu'il surveillait.

" Certaines personnes, parfois, se battent contre un ennemi qui n'en est pas un, voire se trompent de bataille. "

Miguel considéra, en silence, un moment les propos de William.

" Lizzy se...

- Mademoiselle Bennet mène ses propres batailles... L'interrompit-il. Personne ne peut les mener à sa place, Miguel. Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux à quelqu'un qui n'est pas prêt à voir. "

Miguel l'observa, s'étonnant du calme avec lequel William s'exprimait, puis soupira, réalisant combien les propos du journaliste étaient vrais.

" Observer, s'adapter et patienter. "

William sourit de nouveau, sans rien ajouter à la conclusion que tirait le traducteur.

" Il va en falloir de la patience... " Ajouta Miguel alors qu'Elizabeth sortait de la vivienda, balayant du regard l'environnement autour d'elle.

Il surprit William soupirer mais ne sut s'il s'agissait d'une réaction à ses propos ou à l'inquiétude qui se lisait sur le visage de la jeune femme.

Ses muscles se détendirent lorsqu'elle les aperçut.

" Je crois que c'est pour vous Darcy. "

William se leva en lui faisant un signe de la tête et rejoignit Elizabeth. Aucun mot ne fut échangé jusqu'à ce que William s'apprête à entrer, de nouveau, dans la pièce d'où s'échappait le chant du rituel qui lui indiquait que la délivrance de Kusi n'était pas encore arrivée.

" Non. L'interpella Elizabeth en l'attrapant par le bras. Vous n'êtes pas obligé de faire cela. Je... Je... "

William fronça d'incompréhension, tandis qu'Elizabeth s'agitait nerveusement, mal à l'aise à l'idée de voir la souffrance creuser, une nouvelle fois, les traits de son visage.

" Je ne suis pas venue vous chercher. S'empressa-t-elle d'éclaircir. Je voulez juste m'assurer que vous alliez mieux... Lui confia-t-elle d'une voix tremblante et peu assurée. Je ne vous oblige pas à...

- Vous ne m'obligez à rien Mademoiselle Bennet. Lui sourit-il. Je vais vérifier que tout s'enregistre correctement. " Annonça-t-il en pénétrant de nouveau dans l'obscurité, désireux d'éviter d'en débattre avec elle.

Elizabeth le talonna, regagna le fond de la pièce, et força un sourire à Mayua et Sarah pour les rassurer.

Il contrôla son matériel, et à la surprise d'Elizabeth, il reprit sa place à ses côtés, se passant nerveusement la main dans les cheveux.

" Je suis désolée que ce soit si long. J'aurais dû vous prévenir. " Lui murmura-t-elle.

Il plongea un regard intense dans ses profonds yeux noisettes, un sourire espiègle laissant apparaître ses dents.

" Je sais être patient, Mademoiselle Bennet. "

Elizabeth lui sourit et, tendrement, posa la main sur la sienne tout en détournant le regard vers Manuela et Kusi.

Il baissa les yeux sur leurs doigts entrelacés, sentant une chaleur le parcourir le long de la colonne vertébrale et la laissant se diffuser dans sa poitrine et son abdomen.

Il regarda discrètement Mayua qui n'avait rien perdu de leur échange et posait sur eux un regard maternel

" Les éclaireurs... Commença-t-elle.

- Les nelegan? "

Mayua acquiesça.

" Les nelegan ne sont pas encore arrivés jusqu'au séjour de Muu...

- Jusqu'à l'utérus. " Elizabeth lui souffla à l'oreille.

William sourit subrepticement pendant que Mayua poursuivait la description du rituel qui se déroulait sous leur yeux. Elle leur expliqua comment le Seigneur des animaux foreurs des bois, appelé en renfort, allait couper, rassembler, enrouler et réduire, les fils des parois de la muqueuse utérine pour aider les nelegan à vaincre les derniers obstacles matériel les séparant du séjour de Muu, où se déroulerait le grand tournoi des chapeaux dans lequel les nelegan allaient affronter les abus de Muu.

Des fibres, des cordes flottantes, des fils tendus, des rideaux de couleur d'arc en ciel, dorés, argentés, rouges, noirs, bruns, bleus, blancs, jaunes, tordus, ou épais durent être vaincus avant d'arriver à destination.

" Ils ont retrouvé le purba du coeur. S'enthousiasma Sarah.

- Ils ont en même temps trouver le purba des os, des dents et des cheveux. Précisa Mayua à l'attention de William.

- Pourquoi Manuela ne libère-t-elle pas juste le nigapurbalele ou le purba de l'utérus? Demanda-t-il en se raclant la gorge, mal à l'aise par sa question.

- Le purba de l'utérus n'est pas la victime mais le responsable du désordre pathologique, Monsieur Darcy. L'éclaira Elizabeth en lui serrant la main.

- Muu est la force qui préside au développement du foetus et qui lui confère ses kurngin. "

Rapidement, et conformément à la réaction à laquelle elle s'était attendue, William lui adressa regard implorant.

" Ses capacités, son talent. Chuchota-t-elle. Muu est une âme qui a détourné l'âme de l'utérus et d'autres âmes de différentes parties du corps, et elle a déséquilibré l'intégrité du corps principal.

- Mais il est essentiel que Muu reste en place. Avertit son amie indigène. Nous sommes arrivés à une étape importante de l'expédition libératrice des purbas. Leur libération peut provoquer l'évasion de Muu par le chemin provisoirement ouvert. La jaibaná est justement en train de mobiliser les seigneurs des animaux féroces pour garder le chemin.

- Ils vont tendre des filets d'or et d'argent, et les nelegan vont veiller et frapper leurs bâtons pour brouiller les pistes et l'empêcher de s'échapper. Lui détailla Elizabeth.

- Muu n'est pas une âme mauvaise âme, c'est une âme dévoyée. Une fois libérée elle peut et doit reprendre la collaboration. "

Manuela fit un signe, uniquement compréhensible des deux femmes indigènes, et Mayua se leva pour la rejoindre, s'affaira un moment autour de sa nièce et William se crispa en la voyant l'assister pour s'extirper du chinchorro.

" C'est pour bientôt. Le rassura-t-elle en lui souriant et lui tenant fermement la main.

William retint sous souffle pendant de longues secondes. Le temps que dura le passage de la position allongée dans le hamac à la position obstétricale indigène, accroupie, les genoux écartés et tournée dans la direction du soleil levant.

Après la libération du nigapurbalele vint la descente libératrice.

Mais, aussi scabreuse que l'ascension, la jaibaná convoqua les derniers renforts, les ouvreurs de route, Seigneurs des animaux fouisseurs, pour affronter l'étape ultime et amener le niga vers la sortie, et s'adressa une dernière fois à Kusi avant de s'adresser à Muu.

" Ton corps gît devant moi, dans le hamac,

Son blanc tissu est étendu,

Son blanc tissu interne se meut doucement,

Ta malade gît devant toi, croyant qu'elle a perdu la vue,

Dans son corps, ils replacent son nigapurbalele... " Leur traduisit Mayua.

Elizabeth et William, fascinés, regardaient fixement les derniers instants de douleur de Kusi. William crispa fermement les doigts sur la main d'Elizabeth, qui, elle-même serrait tout aussi fortement la sienne. Ils l'observèrent canaliser sa douleur et son énergie pour la libérer à des instants précis du chant, jusqu'à ce que dans un dernier effort un nouveau cri s'ajouta aux râles de Kusi et à la voix mélodieuse de Manuela.

D'abord lointain, le cri se fit de plus en plus entendre, jusqu'à occupé toute la pièce.

Kusi attrapa son nouveau né entre ses mains et la pièce devint soudainement silencieuse. La douleur libéra le visage de Kusi, laissant apparaître dans ses yeux l'expression parfaite de félicité.

Manuela terminait le rituel en énonçant toutes les précautions pour éviter l'évasion de Muu et faisant reprendre leur place à chacune des forces qu'elle avait sollicitée, mais William n'y portait plus aucune attention. Son corps se détendit à mesure que le corps de Kusi se décontractait, jusqu'à ce que Manuela s'approche du nouveau né, une préparation inconnue à la main.

Elizabeth sourit en l'apercevant durcir le regard.

" Elle prépare le rituel de la ombligada*7*... Il est pratiqué sur chaque nouveau né. "

La jaibaná s'accroupit aux côtés de la jeune mère et, tout en prononçant les quelques mots du rituel elle étala la mixture sur le nombril et une partie du cordon du nourrisson.

" Il est nombrilé "caïman". Annonça Mayua en leur traduisant les propos de Manuela, un sourire au lèvres.

- La miction est concoctée à partir de n'importe quel animal. Par ce rituel, les Emberá se rapprochent de leur origine commune avec les animaux, et l'enfant qui vient de naître, en grandissant, adoptera les caractéristiques de l'animal qui a été utilisé pour la cérémonie.

- Pour le fils de Kusi, ce seront les caractéristiques du caïman, c'est ça? " Questionna Sarah.

Mayua et Elizabeth hochèrent la tête, tandis que William relâcha la main d'Elizabeth et se frotta énergiquement le visage.

" C'était... " Commença-t-il.

Sarah le coupa.

" Extraordinaire! " S'exclama-t-elle.

William ouvrit plusieurs fois la bouche, cherchant à mettre des mots sur ses émotions. Mais il restait muet, incapable de rassembler ses idées.

" Je crois que nous sommes parvenues à faire perdre ses mots à un homme pour qui leur maniement est comme une seconde nature. " Rit Sarah.

Mayua hocha la tête, penchant la tête sur son épaule et souriant à l'échange auxquel le reporter et la présidente s'adonnaient. Chacun fixait l'autre intensément, cherchant un quelconque détail révélateur de ses sentiments, inconscient que l'autre en faisait autant et aveugle et sourd au monde autour de lui.

" Ce sera encore plus intense lorsque ce sera le vôtre.

- L'angoisse ou la plénitude? " Demanda William, machinalement.

Elizabeth soutint son regard inquisiteur en se mordant la lèvre inférieure et lui répondit d'une voix à peine audible.

" Les deux. "

*o*

Naît-on deux fois ?

Oui.

La première fois, le jour où l'on naît à la vie ;

La seconde fois, le jour où l'on naît à l'amour.
- Victor Hugo

[~]

L'inspiration du rituel du chant utilisé dans ce chapitre vient du rituel Mu-Ignla ou The Way of Muu. Ce n'est pas le rituel utilisé par les indigènes colombiens Emberá Katío du Chocó mais par les indigènes colombiens Kuna du Panama (proches des indigènes Emberá Katío du Panama). Tous les passages du chant utilisés dans ce chapitre, proviennent de la traduction de Goteborg faite en 1947 (sous le nom "a medicine song from Cunas of Panama") de ce chant.

*1* Chinchorro: Hamac typique d'indigènes colombiens.

*2* Le blanc tissu: La vulve

*3* Le chemin de Muu: Le vagin

*4* Le duma: Bâton symbolisant le pouvoir du jaibaná chez les Emberá.

*5* Nusupane: Le pénis

*6* News of the World: Tabloïd anglais, fermé en 2011 suite à des scandales répétés (depuis 2007) d'écoutes téléphoniques de personnalités pour obtenir des "scoops". Pratiques qui ont été suivies de poursuites judiciaires et de condamnations quelques années après sa fermeture.

*7* Rituel de la ombligada: Rituel Emberá.

[~]

Peut-être, parmi vous, certain(e)s auront noté plusieurs niveaux de lecture dans cette fiction. Vous pouvez tout à fait y voir une simple fiction supplémentaire sur nos personnages préférés mais également y voir le jeu avec les symboles auquel je m'adonne et l'introspection qui vous est suggérée, en parallèle de celle des personnages.

Dans ce chapitre 8, je n'ai pas voulu faire dans le "sentimentalisme" et parfaire ou enjoliver la naissance. Je n'ai pas voulu parler de naissance juste pour faire joli et parce que j'avais une petite envie de voir un bébé naître :-), ... j'ai voulu revenir au commencement et à la réalité des choses.

Alors, vous avez sûrement constaté, dans ce chapitre, qu'on ne s'emballe pas et qu'il n'y a pas cette euphorie que nous connaissons dans le monde occidental autour de l'arrivée d'un nouvel être. C'était quelque chose que j'ai souhaité... Je vous renvoie au chapitre 7 où j'évoque que la Colombie connaît l'un des taux les plus élevés au monde de mortalité infantile. Dans un cadre comme celui-ci, il est justifié et compréhensible qu'on ne ressente pas des émotions aussi extrêmes, dont nous sommes capables dans le monde occidental.

J'ai volontairement mis une distance avec la future mère et l'enfant ( dont j'évoque à peine le sexe, et auquel je n'attribue pas de prénom ce qui aurait pu lui conférer une identité aux yeux du lecteur ), parce que ce n'est pas la relation à la maternité chez les autochtones qui était au coeur du chapitre mais la vision des autochtones vis à vis du corps humain et leur gestion de la douleur. C'était la gestion de la douleur tant physique que psychologique le thème de ce chapitre, et tant chez les autochtones que chez Elizabeth et Darcy. La douleur à différents niveaux.

Ce n'est donc pas qui est cet enfant et ce qu'il représente pour sa mère, ici, qui m'intéressait, mais ce qu'il représente pour son peuple, son pays et plus largement l'espèce humaine. Il véhicule une histoire, un savoir ancestral oublié de beaucoup, une façon de penser presque disparue qui se rapproche peut-être le plus des origines de notre espèce.

La présence des occidentaux a servi à mettre en opposition les pratiques se rapprochant de ce qu'il y a de plus ancestral à notre espèce (accouchement avec peu d'aide extérieure) et la pratique occidentale ultra médicalisée et encadrée. Sans émettre d'opinion sur l'une ou l'autre méthode. Ce n'est pas le but, et je n'en ai pas envie... J'ai trouvé le sujet intéressant en tant qu'auteur car il était un excellent outil pour évoquer, représenter et symboliser ce que j'avais envie de dire au niveau du chapitre puis au niveau de l'ensemble de mon histoire.

J'avais aussi envie de mettre le doigt sur le fait que les peuples autochtones sont les porteurs de l'histoire d'un pays et d'un peuple. Chaque individu qui naît fait traverser son peuple et son savoir, son mode de vie et de penser à travers le temps et les générations.

J'ai également voulu amener le lecteur à se voir en tant qu'individu de son espèce et non individu d'une société. Puis l'amener à se voir soi et à voir l'Autre.

J'ai voulu dire que pour pouvoir avancer il fallait s'introspecter, remonter au commencement, à l'essentiel de ce que nous sommes, sans artifices, se souvenir de qui nous sommes pour veiller à ne pas se laisser s'éloigner de notre nature, notre personnalité et nos rêves. Dans notre société il est de plus en plus difficile de rester soi-même, un individu unique, et de ne pas suivre un courant d'idées, de mode ou de consommation. L'introspection, voilà le sujet qui conduit mes personnages, et peut-être vous, tout au long de mon histoire.

Vous l'aurez peut-être aussi noté, je joue beaucoup avec les symboles et j'aime qu'un discours ou une phrase puisse avoir plusieurs niveaux de lecture et une plus grande portée que celle qui saute aux yeux de prime abord.

J'en prends un au hasard... Toute espèce en voie d'extinction, si elle ne s'adapte pas finit par s'éteindre.

Lorsque Darcy parle de tardigrades, il parle de lui et de sa capacité à s'adapter au caractère d'Elizabeth pour l'apprivoiser mais ce symbole s'applique aussi aux indigènes qui peinent à s'adapter au monde moderne, trop éloigné de leur culture et qui est parfois incompatible avec certaines de leurs croyances.

J'aime vous amener le temps d'un moment, d'un chapitre, d'une histoire à réfléchir si le coeur vous en dit, tout en donnant la possibilité de ne pas le faire au lecteur qui n'en a pas envie et souhaite juste lire une histoire d'amour :-)

Le chapitre 9 est en phase de correction et relecture...

Felicity Sand.