Hello à tout le monde ! Voici le chapitre de la semaine, en avance par rapport à mon objectif de poster durant le week end. J'en suis plutôt contente, même si je ne suis pas très sure que le rythme soit le bon. En tout cas, après les difficultés du chapitre précédent, celui ci s'est limite écrit tout seul.

J'ai rejoins hier le collectif NoName, alors je souhaite la bienvenue à tous ses membres qui commenceraient ma fiction à cette occasion. N'hésitez surtout à me laisser une review !


Le trafic de Londres était un cauchemar à cette heure matinale. Le trajet avait déjà pris deux plus de temps que la première fois et ils n'en avaient effectué qu'un tiers. Sherlock était impatient et tapotait nerveusement sur son genou. Son pied battait un rythme soutenu sur le plancher du taxi, John luttait contre l'envie de placer sa main sur sa jambe pour arrêter le mouvement. Une soirée et une nuit à attendre étaient beaucoup trop et le délai dans le taxi était la goutte d'eau qui risquait de faire déborder le vase.

Le médecin décida d'agir avant que le détective ne craque et commence à insulter les passants ou leur chauffeur. Il pleuvait à grosses gouttes et il ne voulait absolument pas se faire expulser du véhicule. Même si l'occurrence était rare, cela leur était arrivé plusieurs fois dans le passé. Rien n'intéressait plus Sherlock que de discuter d'une affaire en cours, et si John posait les bonnes questions, il pourrait l'occuper quelques dizaines de minutes.

"Je sais que nos amis ignorent complètement ce qui se cache dans cette pièce mais tu dois bien avoir une petite idée."

"Oui, j'en ai plusieurs, mais je déteste donner mes conclusions sans preuve. Je ne suppose pas, je déduis."

"Je sais, fais moi plaisir, j'aimerai savoir ce qui m'attend là bas. Et tu le dis toi même, exposer à voix haute ce que tu sais déjà t'aide à te concentrer et voir des liens qui t'ont échappés."

John afficha un sourire encourageant. Le détective se trouva rapidement vers sa fenêtre d'où il parla à son reflet.

"Reprenons ce que nous savons. Achille a appris le latin et une obscure langue indienne en quelques semaines. Il doit donc être en contact régulièrement avec ces deux langages. Il ne sort pas, il les a forcément entendu depuis la maison. Ce qui nous indique que l'origine en est très proche. J'ai fait vérifier tout le quartier pour être certain de ne rien rater, mais il est évident que la source se situe à moins de cinquante mètres, sinon d'autres personnes les auraient entendu."

"Je me posais la question justement. A ton avis, pourquoi est ce que ni Mme Wooding ni son fils ou leur invités n'ont jamais rien entendu ?"

"L'ouïe des perroquets est beaucoup plus développé que celle des humains. Sans compter que si les fées et gnomes n'ont pas réussi à entrer dans cette pièce, il y a également des barrières pour empêcher ce qui se passe à l'intérieur de sortir, son y compris. Les responsables n'ont pas jugé nécessaire de bloquer les animaux. Négligeant. Malheureusement c'est un mal dont sont souvent affligés les criminels. Pour leur défense, qui aurait pensé que leur voisin possédait un perroquet qui allait apprendre et répéter ce qu'il entendait."

Sherlock avait stoppé son observation des passants et s'était tourné vers John pendant leur discussion. Ses mouvements d'impatience avaient disparus et il souriait. Rien ne rendait le détective plus vivant et heureux qu'un mystère et une bonne dose de danger. Pas très sain, mais toujours mieux que la solution alternative. Mycroft l'avait très rapidement mis en garde contre les méthodes de son petit frère pour tromper l'ennui et à eux deux, ils surveillaient le détective du mieux qu'ils pouvaient. John s'était montré dubitatif quand Mycroft lui avait annoncé l'addiction du détective. Comment quelqu'un de si intelligent pouvait tomber dans un piège aussi grossier. Finalement ce fut une discussion gênante avec Lestrade qui l'avait convaincu de la véracité des dires du plus âgé des Holmes. L'inspecteur lui avait décrit sa première rencontre avec un Sherlock beaucoup plus jeune, complètement défoncé et qui avait résolu leur affaire en moins de cinq minutes sur la scène de crime.

"Donc tu es sur que cela provient de cette pièce inaccessible ?"

"Pas à 100 %, il y a une très forte probabilité. Mon réseau n'a rien détecté d'étrange aux alentours. Mais nous allons bientôt pouvoir vérifier mes déductions. Du moins, si ce crétin de chauffeur se décide à accélérer le mouvement, nous irions plus vite à pied."

L'homme leur jeta un regard noir à travers le rétroviseur. Il était temps d'intervenir à nouveau et de remettre Sherlock sur les rails.

"Et comment comptes tu entrer là où Nÿllýrá et G'Àmyr sont restés bloqués ?"

"Ils m'ont dit ne pas connaître la magie utilisée, juste qu'elle leur paraissait très ancienne et sombre. J'ai pris de quoi étudier les barrières et quelques composants dont on pourrait avoir besoin."

"Tu as l'intention de pénétrer cette pièce aujourd'hui ?"

"Bien entendu ! Nous avons assez attendu, je ne sais pas exactement ce que l'on va trouver, mais une chose est sûre, cela promet d'être passionnant. Tout dans cette affaire est suffisamment rare pour m'intéresser quelques heures."

A nouveau, John sentit un léger pincement à la poitrine. Son ami fonçait encore tête baissée, sans réfléchir une seconde à tout ce qui pouvait mal tourner. A moins qu'il ne connaisse exactement le niveau de danger et décide d'y aller quand même. John ne savait pas laquelle de ces deux solutions l'inquiétait le plus. Le médecin était soulagé d'être venu aujourd'hui. Quoi qu'il arrive, il serait là et protégerait son ami. Pour la énième fois, il réfléchit à un moyen d'accompagner plus souvent le détective dans ses enquêtes. Mais il butait toujours sur les deux mêmes obstacles : l'argent et son besoin de vie sociale. Il devait travailler. Et il lui était nécessaire de rencontrer d'autres personnes, des gens avec qui les interactions étaient normales et reposantes, vivre avec Sherlock n'était pas une sinécure.

Il fut tiré de ses pensées par la porte du taxi qui s'ouvrait. Il leva un œil alarmé vers son ami qui était déjà sorti du véhicule et se penchait à travers la porte ouverte.

"Sors John. Cela prend trop de temps, je connais un raccourci. Ce sera plus rapide."

John tendit quelques billets au taxi pour la course et sortit sous la pluie. Il redressa le col de sa veste et releva les épaules afin de se protéger un minimum. Sherlock s'était déjà enfoncé dans une ruelle perpendiculaire.

"Espèce de …"

John murmura une série de jurons avant de courir rattraper le détective. Il le rejoignit au bout de la ruelle. La pluie avait déjà pénétré son manteau aux épaules et commençait à s'infiltrer dans son pull. Elle ruisselait de ses cheveux et toute trace de chaleur avait disparu en quelques secondes. Il grelottait de froid.

"Dépêche toi John !"

Le détective était totalement sec. Pas une goutte de pluie ne l'avait atteint.

"Comment est ce …" John sentit la colère monter en lui "Tu n'as pas pensé une seconde que j'apprécierai de ne pas être trempé jusqu'à l'os ? Peut-être aurais-tu pu utiliser tes immenses dons de sorcier pour empêcher la pluie de me tomber dessus comme tu l'as fait pour toi ?"

Sherlock fronça les sourcils et observa l'ex soldat des pieds à la tête, complètement confus.

"Pourquoi est ce que tu n'as pas lancé de sort hydrophobe ?"

"Parce que j'en suis incapable Sherlock !"

Il passa la main dans ses cheveux pour en déloger une partie de l'eau, la frustration montait en lui. Il essaya de se calmer. Ce n'était pas vraiment la faute du détective. La magie faisait tellement partie de sa vie et il y accédait tellement facilement qu'il oubliait régulièrement que tout le monde n'avait pas ses capacités. Se protéger des éléments demandait des compétences que John n'avait pas.

La confusion dans les yeux de son ami avait fait place à un mélange de pitié et d'incompréhension. Cette vision anéantit tous les efforts du médecin pour calmer sa colère.

"Tu vas rester là encore longtemps à me regarder ? Soit tu avances que l'on se mette à l'abris, soit je fais demi tour et tu iras visiter la maison tout seul."

Sherlock cligna des yeux. Le focus qui précédait tout lancement de sort y remplaça ce qui s'y trouvait quelques instants plus tôt. Un flash de lumière et John sentit une douce pression autour de ses propres barrières de protection. Il s'étonna qu'elles ne se rebiffent pas contre l'intrusion, mais il conclut que cela devait faire partie du sort de son ami. Le résultat était atteint de toute façon, plus une goutte de pluie ne l'atteignit. Même si elle avait déjà fait des dégâts, il avait maintenant une chance de sécher avant de rentrer à Baker Street et de sauver ses habits. John s'apprêtait à suivre à nouveau son ami quand il sentit un vent chaud l'entourer. Quelques minutes plus tard, il était totalement sec et s'était réchauffé.

"Mieux ?"

"Infiniment ! Merci Sherlock"

Son ami ne se retourna pas assez rapidement pour empêcher John de remarquer le rose qui lui était monté aux joues. Cette réaction le fit sourire. Comment est-ce qu'il pouvait passer de sentiments aussi extrêmes en quelques secondes étaient hors de sa compréhension. Il ressentait la colère la plus noire, puis une affection profonde suite à quelques mots, quelques actions … il s'était figé dans la ruelle, regardant le dos de son ami s'éloigner rapidement. Qu'est ce qui lui arrivait en ce moment ?

"John ! Qu'est ce tu as encore ? On perd du temps !"

"Rien du tout ! "

Il accéléra le pas, rattrapant son ami en quelques enjambées. Ce dernier le guida à travers plusieurs ruelles et intersections. A peine cinq minutes plus tard, ils se tenaient devant la bâtisse abritant Achille et son propriétaire.

Sherlock s'avança vers la maison adjacente. La porte d'entrée était fermée mais la serrure était trop simple pour présenter le moindre challenge. A peine s'était il accroupi avec son kit de crochetage que le médecin entendit le clic caractéristique d'une serrure s'ouvrant. Le détective se redressa, entrebâilla la porte et pénétra dans la maison. John jeta un dernier coup d'œil dans la rue avant de le suivre et de refermer la porte derrière lui.

La première chose qui le frappa fut que l'habitation, même si elle était clairement entretenue et présentait tous les signes qu'elle était peuplée, était en fait une coquille vide. Tout était à sa place et l'ensemble était propre, mais il y avait une impression d'immobilité, de vide qui n'était présente que dans les lieux inhabités.

Comme à son habitude, Sherlock était déjà en chemin vers l'escalier, surement pour atteindre la pièce dont Nÿllýrá et G'Àmyr lui avait parlé. John le rattrapa rapidement et lui attrapa le coude pour attirer son attention. Devant le regard interrogateur du détective, il murmura :

"Tout a l'air vide, mais nous devrions peut-être en faire le tour, histoire de s'assurer que rien ne va venir nous attaquer par derrière."

Son ami n'avait visiblement pas réfléchi à ce point. Il allait vraiment falloir faire quelque chose à ce sujet, il ne pouvait plus vivre dans cette inquiétude constante.

Sherlock était revenu sur ses pas et entra dans la première pièce à leur gauche. John commença par le côté droit du couloir. Il s'agissait d'un placard ne contenant que deux balais, un seau et de nombreux produits d'entretien. Pas de danger ici. Il referma la porte et s'approcha de la seconde : un petite pièce transformée en bureau. Des livres, des papiers et même un ordinateur qui avait connu des jours meilleurs. Mais personne n'y était caché. La dernière pièce de son côté était la cuisine. Il n'y avait rien non plus de spécial ici, à part que un frigo vide et les placards ne comportant uniquement des denrées non périssables ou de très longue conservation : boites de conserves, pâtes, gâteaux secs.

Il sortit de la pièce et aperçu Sherlock refermer la porte en face de lui. Ce dernier murmura :

"Rien ici. Si il y a un escalier pour atteindre la cave, il n'est pas accessible de l'intérieur de la maison."

Il se dirigea à nouveau vers l'escalier, son enthousiasme évident dans sa démarche. John lui emboîta le pas, refusant de quitter le détective des yeux. Sherlock s'arrêta net en haut des escaliers forçant John à se rattraper a la balustrade pour éviter de tomber. Sherlock avança de quelques pas, lui faisant signe de monter la dernière marche. Un frisson le parcouru dès qu'il mit le pied sur le pallier. Il leva les yeux vers Sherlock, la question claire dans son regard.

"Tu l'as senti également. Renforce tes barrières John. Je ne sais pas ce que c'est, mais c'est à la fois extrêmement fort et malfaisant. Et reste derrière moi, mes protections pourront absorber plus de dégâts que les tiennes."

"Même pas en rêve ! Si tu crois que mes barrières ne sont pas assez fortes pour me protéger de ce qu'il y a au bout de ce couloir, tu n'y vas pas. Tu appelles Lestrade et tu les laisses faire le travail de dissipation avant de t'en approcher"

"Ensemble donc ?"

"Comme toujours !"

Ils vérifièrent les chambres de l'étage avant d'atteindre la pièce du fond. Chaque pas que faisait John était plus difficile que le précédent. Les poils de sa nuque s'étaient hérissés et l'adrénaline avait envahi ses veines, le poussant à fuir le danger qu'il ressentait de plus en plus clairement.

Ils étaient arrivés devant la dernière porte. Sherlock se pencha vers lui, son regard traçant les quelques centimètres autour de son corps, comme il le faisait souvent quand il étudiait les auras des gens.

"C'est surement la salle de bain. Nous n'en avons pas encore croisé. Pourquoi choisir une salle de bain alors qu'il y a plusieurs chambres parfaitement agencées ? Ce sont souvent de petites pièces très encombrées, pas le plus pratique pour mener des invocations."

"Mais elles sont simples à laver et ont un accès facile à l'eau"

Les deux hommes échangèrent un regard plein d'appréhension. Quelque soit ce qui se cachait derrière la porte, le résultat promettait d'être abominable.

"Prêt ?"

"Autant que je ne le serai jamais"

"Tu devrais reculer un peu, je ne sais pas comment les différents sorts sont agencés et la manière dont ils vont réagir à mes tentatives de dissipation."

John s'éloigna de quelques pas et s'adossa au mur du couloir. C'était la partie de leurs enquêtes ou il ne pouvait pas assister son ami. Son rôle était de rester alerte et de le protéger de tout ce qui souhaitait l'atteindre quand il était vulnérable. Sherlock s'était placé à quelques pas de l'entrée de la salle de bain, il ne bougeait pas mais sa magie éléctrisait l'air autour de lui. John sentit la puissance monter jusqu'à atteindre un pic avant de disparaître complètement.

Sherlock laissa sortir un soupir de frustration.

"Un problème ?"

"Les sorts extérieurs ont été posés par quiconque est responsable de ce qui se passe ici. Ils sont classiques et plutôt faibles, par contre ils sont renforcés de l'intérieur par autre chose, quelque chose de puissant. C'est ce qui a embrouillé les gnomes et les fées. Je ne sais pas comment cela va interférer avec mes tentatives de dissipation. Autre point qui a son importance : la chose qui les renforce est peut être toujours derrière cette porte."

"Je suppose que te demander à nouveau d'appeler Lestrade et de laisser ses équipes gérer cela est inutile ?"

"Tes facultés de déductions s'améliorent de jour en jour John."

John rendit son sourire à Sherlock.

"Bien ! Fait ce que tu as à faire. Je couvre tes arrières."

Le médecin garda ses distances mais se redressa, prêt à agir si besoin. Il fit signe de la tête à son ami qu'il pouvait procéder et ce dernier s'avança à nouveau vers la porte.

Il sortit plusieurs fioles et pierres des poches de son Belstaff. Il prit ensuite un morceau de craie et dessina trois symboles au sol. Il versa un peu de liquide sur le seuil, qu'il doubla avec du sel et quelques pierres que John reconnut comme des améthystes.

Il se redressa et s'apprêta à lancer un de ses sorts de dissipation. L'ex soldat se prépara à ce qui allait suivre, autant qu'il était possible de se préparer pour l'inconnu. Il sentit le sort de Sherlock s'attaquer aux barrières autour de la porte. Un bruit strident commença se faire entendre, deux forces contraires se repoussant, comme deux morceaux de verre que l'on frottait ensemble pour tenter de les faire fusionner. De grandes bourrasques de vent se levèrent, s'attaquant à la forme toujours immobile du détective. Son manteau volait derrière lui et ses cheveux se balançaient violemment dans tous les sens. Puis d'un coup, après un énorme bruit d'explosion, tout cessa. L'air redevint immobile et le silence était uniquement interrompu par le souffle laborieux du sorcier.

John s'approcha doucement de son ami, il n'avait pas l'air blessé mais il était clair que le sort de dissipation l'avait plus fatigué qu'habituellement. Il posa la main sur son épaule en arrivent à son niveau.

"Tout va bien ?"

Sherlock respira profondément plusieurs fois afin de reprendre son souffle. Il était encore plus pâle que d'habitude et John sentit son ami trembler légèrement sous ses doigts.

"Que s'est il passé ?" Quand aucune réponse ne lui parvient, son ton devint urgent "Sherlock ! "

"Rien, tout va bien. Laisse moi deux minutes"

John garda sa main à sa place afin de soutenir son ami le temps que celui-ci calme sa respiration et se redresse.

"Maintenant tu m'expliques. Seuls des sorts particulièrement difficiles ou puissants te fatiguent autant"

"J'ai fait une petite erreur de calcul."

Les sourcils de John se levèrent jusqu'à atteindre la frange de ses cheveux.

"Depuis quand est ce que tu fais des erreurs de calcul ? Et cette erreur était à combien de doigts de te tuer ?"

Le regard de Sherlock devint penaud.

"Tout va bien non ? Et le sort est détruit. Nous allons pouvoir entrer."

"Je ne sais pas si c'est une bonne idée, tu ne me parais pas en état de combattre quoi que ce soit. Même un génie te donnerait du fil à retordre."

"Ne dit pas d'idiotie. J'ai juste eu un petit moment de vide. Il est hors de question d'attendre."

Il joignit le geste à la parole et ouvrit la porte de la pièce. Ils avaient eu raison, c'était bien une salle de bain. La couleur d'origine était indétectable sous les quantités de sang et de viscères accumulées là. Mais ce n'était pas la vision la plus horrible qui les attendait : à l'intérieur de la baignoire trônait un énorme démon.

Il devait mesurer deux mètres de haut et possédait une multitude de bouches ouvertes sur des dents acérées en or. Celles ci brillaient dans la lumière blafarde de la salle de bain et certaines bouches dégoulinaient d'un liquide épais et noir comme du pétrole. Il n'avait pas de forme particulière et ressemblait plutôt à une nuée d'insectes, se dilatant puis se contractant au gré des mouvements de l'air ou de sa volonté. Une forte odeur de décomposition imprégnait là pièce mais John était incapable de déterminer si elle provenait de la créature ou des restes qui étaient étalés sur toutes les surfaces planes de la salle de bain.

Le démon ne possédait pas d'yeux mais il paraissait les observer avec tellement de haine que John se rapprocha inconsciemment du détective. Ce dernier ne lâcha pas l'abomination des yeux, la pâleur présente quelques instants plus tôt avait fait place à une teinte verdâtre qui ne rassura absolument pas le médecin. Dieu seul savait ce que Sherlock voyait ou entendait en ce moment.

La pièce resta silencieuse et complètement immobile pendant de longues secondes, avant que, brusquement, le démon se jette sur eux. Les barrières de Sherlock s'érigèrent d'un seul coup, les protégeant tous deux. Le contact avec lêtre immonde les fit vibrer mais elles tinrent bon. Le démon s'étira le long de leur surface, cherchant un interstice pour les pénétrer. John ne voyait plus qu'une masse noire, bougeant et se tortillant, sa couleur un franc contraste par rapport aux lueurs iridescentes du rempart de Sherlock. Ses propres barrières s'étaient accolées à l'intérieur de celles de son ami, formant une seconde couche de protection. John ne se faisait pas d'illusion, si Sherlock tombait, il n'avait aucune chance de tenir bien longtemps.

Ne trouvant pas une seule ouverture, le démon changea de tactique. Il retourna dans la baignoire et concentra sa masse jusqu'à ne présenter qu'une silhouette à la forme vague, plus dense que le nuage précédent. Il resta à les observer, à nouveau sans bouger. John en profita pour regarder son ami. Encore une fois, Sherlock ne quittait pas la forme sombre des yeux, il n'avait pas l'air d'avoir souffert de l'attaque.

"Qu'est ce que c'est ?"

"La chose qui a été invoquée ici. Très ancienne, primitive même."

"Dit moi que tu vas pouvoir t'en débarrasser."

"Je vais pouvoir m'en débarrasser. Du moins, le renvoyer d'où il vient. Sans plus d'information, je ne pourrai pas le détruire définitivement."

"On s'occupera de ça après si tu veux bien. L'urgence c'est de se mettre en sécurité."

Sherlock acquiesça et retourna toute son attention sur le démon qui les observait silencieusement. Le sorcier prépara un nouveau sort que John reconnut facilement, c'était un simple bannissement, permettant de renvoyer dans leur dimension pratiquement tous les démons. Malheureusement, à la différence de sorts plus spécifiques, ils n'empêchaient pas leur rappel quasiment immédiat, ni ne les affaiblissait.

Au moment où son ami allait l'exiler, l'être toujours installé dans la cabine de douche, émit une traînée de flamme. Par réflexe, Sherlock tendit les bras et arrêta le jet à quelques centimètres de ses mains. La déflagration rendit John momentanément sourd et aveugle. Quand il reprit le contrôle de ses sens, il ne vit qu'un mur de feu bloqué uniquement par le sort que son ami avait à peine eu le temps de lancer avant l'attaque. Les traits durcis par la concentration, il faisait un effort visible afin de contenir l'explosion. Incapable de l'aider, John regarda avec horreur la fournaise redoubler d'intensité. Il ne savait pas combien de temps encore le sorcier serait capable de tenir. L'ex soldat était totalement inutile et c'était un sentiment qu'il détestait plus que tout. Il se rappela soudainement un des rares sort non médical qu'il connaissait : juste un peu de télékinésie, à peine assez puissante afin d'apporter une tasse de thé depuis la cuisine. Mais il serait probablement suffisant pour ouvrir tous les robinets de la pièce. Un peu d'eau n'éteindrait pas ce brasier mais elle pourrait amoindrir la pression sur Sherlock. Il se concentra et dirigea son sort vers le robinet de l'évier, ainsi que la douche au dessus du démon. Il ne voyait rien à travers les flammes et il espérait que son effort servirait à quelque chose. Son ami avait comprit ce qu'il essayait de faire, ou il avait reconnu le sort, parce qu'il lui jeta un regard reconnaissant.

De la vapeur apparut dans la pièce, preuve que son sort avait atteint la cible souhaitée. John ne savait pas si ce n'était qu'une impression ou si sa participation y était pour quelque chose, mais la force des flammes paraissait diminuer. La vapeur s'épaissit, montant jusqu'au plafond que la chaleur avait noirci.

"John prépare toi. J'ai besoin que tu renforces tes barrières, je vais le bannir. Les flammes diminuent, tu vas prendre le relais,. Elles sont encore trop fortes et elles vont nous rôtir sur place sans une protection supplémentaire."

John se prépara : il se concentra et fit converger toute l'énergie qu'il possédait dans l'enveloppe qui l'entourait. Il l'élargit afin d'englober son ami. Il annonça à son colocataire qu'il était prêt d'un hochement de tête.

Il sentit la seconde exacte où le sort protecteur de Sherlock disparut. La chaleur, qui était restée à un niveau acceptable, redoubla sur sa peau et l'énergie qu'il utilisait pour maintenir ses barrières était siphonnée à un rythme inquiétant. Il surveilla son ami du coin de l'œil. Il était en train de rassembler l'énergie nécessaire au bannissement. La préparation durait plus longtemps que d'habitude, les sorts précédant avaient dû épuiser Sherlock, même lui avait ses limites. Au moment exact où John pensa qu'ils n'y arriveraient pas et qu'ils allaient vraiment mourir dans cette salle de bain, dans une maison anonyme d'un quartier de Londres, les flammes disparurent totalement.

A travers la vapeur et la fumée, il aperçut la forme noire du démon qui semblait être lui aussi à court d'énergie. Il se repliait sur lui même, comme pour économiser les forces qui lui restaient. Dans un dernier effort, il se jeta sur Sherlock espérant l'arrêter. John se prépara à l'impact sur ses barrières, mais avant que le choc n'ait lieu, Sherlock lâcha toute sa puissance. Le démon disparut après un cri de rage qui fit trembler les murs.

John se laissa tomber sur les fesses, le danger était passé et il se sentait drainé. Son colocataire s'écroula à ses côtés, le souffle court et un sourire aux lèvres.

"Ce n'est pas passé loin"

John était on ne peut plus d'accord.

"Je confirme, c'est passé un peu trop prêt à mon goût."

"Il va falloir appeler Lestrade, au cas où tout ce sang et ces viscères seraient humains."

"Laisse nous cinq minutes, il n'y a plus rien à faire pour les victimes."

Il resta assis quelques instants, le détective allongé de tout son long derrière lui, les pieds à l'intérieur de la salle de bain et le reste du corps dans le couloir. John ferma les yeux et profita de la présence de son meilleur ami à quelques centimètres de lui. Il travailla à calmer sa respiration et à gérer la chute d'adrénaline dans son système.

La voix de Sherlock le tira de ses pensées.

"Envoie un sms à Lestrade, fait le venir rapidement. Je vais avoir besoin de leurs analyses pour poursuivre cette enquête."

Il paraissait encore essoufflé et cela fit tiquer le médecin. Sherlock était toujours le premier à récupérer et remettre son "transport" sous son contrôle.

"Fait le toi même, mon téléphone est sous mes fesses et je n'ai pas l'intention de bouger dans les dix prochaines minutes. Si tu es pressé, tu peux le contacter toi même."

"Je vais attendre."

Cette remarque fit froncer les sourcils à John. Sherlock, attendre ?! Alors qu'il avait le choix ? Quelque chose n'allait pas. Il se releva en grognant et quitta la salle de bain. Il observa son ami qui n'avait pas bougé de sa position au sol. Ses traits étaient tirés, ce n'était pas uniquement de la fatigue, il essayait de le cacher mais la douleur était évidente.

"Espèce de …. Où ?"

"Où quoi John ? "

"Où es tu blessé ?"

"Je ne suis pas blessé, tu as du prendre un coup sur la tête, tes idées ne sont pas claires"

"Arrête ton cirque ! Où. es. tu. blessé ?"

Il avait énoncé chaque mot distinctement, son ton ne souffrant aucune absurdité. Il plissa les yeux et observa Sherlock. Il n'avait pas ses dons pour la déduction mais il était un sacré bon médecin. Le détective se figea dans sa position, cherchant à cacher tout signe pouvant mettre John sur la piste. Il ne semblait pas perdre de sang, et aucun de ses membres ne paraissait cassé. Il avait les bras le long du corps et gardait ses paumes plaquées sur le sol carrelé. Elles étaient totalement immobiles, ce qui était extrêmement rare. Alors que Sherlock était capable de cacher derrière un masque la plupart de ses réactions, ses mains vendaient souvent la mèche. Elles étaient mobiles et convoyaient beaucoup plus d'informations que ses paroles ou son langage corporel.

"Montre moi tes mains."

"Pas la peine. Je vais très bien"

"Mais pourquoi est ce qu'il faut que tu rendes tout toujours difficile. Donne moi tes mains !"

À contre cœur, Sherlock leva les mains du sol et les retourna. Tout l'air s'échappa des poumons de John dans un sifflement. La paume et les doigts de Sherlock étaient rouges vifs. Elle présentaient des signes de brûlures ainsi que de nombreuses cloques.

Il s'agenouilla aux côtés de son ami et prit la main la plus proche de lui pour l'examiner de plus près.

"Tu es brûlé au troisième degré espèce d'idiot. Ce n'est pas bénin, cela peut s'infecter très rapidement, sans compter que c'est extrêmement douloureux. Donne moi ton autre main."

John était furieux. Sherlock eu la bonne idée de se taire pendant que le médecin l'examinait à nouveau. Il allait pouvoir les soigner ici et finirait le travail plus tard. Ses réserves d'énergie étaient très basses mais son ami s'était blessé en le protégeant. La moindre des choses était de faire le nécessaire pour rendre la douleur supportable et s'assurer qu'il n'en garde aucune séquelle.

John fit appel à sa magie. Le sort analgésique lui venait aisément, l'habitude et sa propension naturelle vers les sorts de soins lui permettant de l'effectuer sans vraiment y réfléchir. La tension disparut rapidement des épaules du détective. A la différence des injections ou des cachets, ce genre de médecine faisait effet pratiquement immédiatement.

"Je pensais que tu avais lancé ton sort assez vite."

"Pur qui me prends tu ? Bien évidement que je l'ai lancé assez vite, mais les flammes étaient beaucoup trop chaudes. Une partie de la chaleur a traversé la barrière"

"Tu veux dire que tu es resté là sans rien faire pendant plusieurs minutes alors que tes mains brûlaient ?"

"Et qu'aurais tu voulu que je fasse ? Le laisser nous incinérer tous les deux ? Me protéger uniquement moi ? Je n'avais plus assez d'énergie pour renforcer la barrière et j'avais besoin que tu restes capable de me soigner une fois que ce démon aurait disparu."

"Et me prévenir ? Me demander de l'aide ? Ou même que je te soigne plus tôt ? Pourquoi ne m'as tu rien dit tout de suite ?"

"J'ai mes propres raisons. J'ai pris la solution la plus logique avec les données en ma possession. Maintenant arrête de t'agiter pour si peu."

"Un jour, je vais te laisser te débrouiller avec tes blessures puisque je m'agite pour si peu. On verra comment tu t'en sors pour te soigner tout seul ou avec une visite aux urgences. Maintenant arrête de bouger, je vais voir ce que je peux faire pour diminuer ces cloques."

Il n'était plus possible d'empêcher la brûlure de pénétrer plus profondément dans l'épiderme. Il allait devoir se limiter à désinfecter les plaies et à accélérer la division cellulaire de Sherlock. En appliquant ces deux sorts à intervalles réguliers et à condition que le détective prenne soin de ses mains, toutes traces de l'accident auraient disparues dans quarante huit heures.

Le détective l'observait avec une concentration extrême, celle qu'il n'utilisait que pour les choses qui l'intéressaient vraiment. John avait l'habitude de voir son ami avec ce regard, mais il était habituellement réservé aux scènes de crimes et à ses expériences. Le seule exception dont le médecin avait connaissance était quand lui même utilisait la magie. Sherlock n'avait jamais pris la peine d'apprendre des sorts de soin, il avait dit ne pas en avoir besoin et qu'il n'encombrait jamais son cerveau de trucs inutiles. Pourtant il regardait John le soigner comme s'il voulait enregistrer les plus petits détails.

C'était à la fois déroutant et extrêmement flatteur. John redoubla de concentration, son ami avait besoin de ses mains, il était hors de question qu'il garde la plus petite séquelle de cette journée. Lui-même n'avait absolument rien et il pouvait remercier le détective pour cela. La moindre des choses était de le soigner au mieux de ses capacités.

Sherlock tressauta quand la stérilisation de ses mains commença. La sensation, même si elle n'était normalement pas douloureuse, était désagréable. Le sort s'attaquait à tout ce qui pouvait provoquer une infection : bactéries, virus, champignons, cellules déjà abîmées … la destruction de tous ces micro-organismes provoquait des picotements qui, sur la peau brûlée du sorcier, devaient être douloureux.

"C'est la désinfection. C'est bientôt fini. Encore un sort et on pourra attendre que Lestrade amène quelques pansements. Il faut garder tes mains à l'abri le temps qu'elles cicatrisent."

"Pas possible. Je refuse les bandages"

John prit sa voix de médecin, celle qui faisait plier même les plus récalcitrant des patients.

"C'est moi le docteur ici. Tu vas faire ce que je te dis si tu ne veux pas garder de séquelles. Je vais réactiver le sort toutes les cinq heures pour permettre la guérison la plus rapide possible mais entre temps, tu vas suivre mes instructions à la lettre. Compris ?"

"Combien de jours ?"

"Quarante huit heures au maximum. Si tu te comportes comme un bon patient et que tu écoutes bien mes conseils, les bandages disparaîtront dans trente six heures. Deal ?"

Sherlock grommela avant d'accepter d'un hochement de tête. John connaissait suffisamment son ami pour savoir qu'il allait résister à chaque instruction durant les deux prochains jours, mais le médecin ne céderait pas. Si son colocataire refusait de prendre soin de sa santé, il allait le faire pour lui.

Il puisa à nouveau dans ses dernières réserves pour convaincre les cellules du détective d'accélérer leur vitesse de régénération. Une fois le sort terminé, il s'appuya sur les coudes à côté de son ami, complètement vidé de toute énergie. Il attrapa son téléphone et appela Lestrade. Celui ci décrocha après la seconde sonnerie.

"John. Courtoisie ou boulot ?"

"Boulot"

"Dit moi que vous allez bien. Et que cet idiot, que tu insistes à suivre, n'est pas en danger."

"Nous allons relativement bien et le danger est passé. Mais nous avons besoin de toi et de ton équipe."

John entendit le soupir d'exaspération de l'inspecteur comme s'il était à côté de lui.

"Donne moi l'adresse."

Il obéit sans attendre.

"Laisse moi dix minutes pour rassembler tout le monde. Nous devrions être là dans une demie-heure."

"Merci Greg. Peux tu ramener quelques compresses et bandages au passage ? Et si tu pouvais trouver un autre forensic qu'Anderson. Sherlock n'est pas dans la meilleure des humeurs et je n'ai pas le courage de faire le tampon entre eux."

La dernière chose que John entendit avant que Lestrade ne raccroche fut un grognement de dépit.

"J'apprécierai que tu ne commentes pas mes humeurs auprès de Scotland Yard, John"

"Et moi j'apprécierai de ne pas avoir à prévenir Scotland Yard de tes humeurs. Malheureusement, comme tu es incapable de te montrer civil, nous n'aurons ni l'un ni l'autre ce que nous voulons."

John s'allongea à côté du détective, leurs épaules se touchant.

"Maintenant, si cela ne te dérange pas, je suis vidé et j'aimerai récupérer un peu avant que Lestrade et son équipe arrive."

Il ferma le yeux et profita du calme et de la proximité de Sherlock pour somnoler. Il se sentait en sécurité, même au milieu de cette maison inconnue et à côté d'une pièce où des crimes horribles avaient eu lieu. Le détective ne laisserait rien ni personne l'approcher.