CHAPITRE HUIT
un grand merci pour mes reviews diverses et variées, je dois faire un effort pour répondre maintenant que le Bac est passé! ( du moins espérons le)
Par ailleurs j'espère que les examens des gens concernés se sont bien passés, et vous offre ce nouveau chapitre :)
BONNE LECTURE
Une douleur lui traversa le crâne quand les flots incessants des questions le submergea. Tous essayaient de le tirer sur le côté, le poussant, lui brandissant un micro sous le nez de façon détestable. Comment Sherlock avait-il pu passer à travers cette cohue ?
« Laissez moi ! Je n'ai rien à dire !
-Monsieur Watson, monsieur Watson ! »
Ils parlaient tous à la fois, cacophonie stupide et affolante. Etaient-ils finalement en couple ? Allait-il faire un autre tableau de son amant ? N'avait-il pas peur d'avoir des retombées négatives sur son travail ? John était rouge, et son pouls s'accélérait, il ne voulait pas y penser tout de suite, pas comme ça, pas confronté à cette horde de hyènes.
« Laissez moi ! »
Sa main se fit brusque. Dans une embardée, il fit tomber une jeune femme au sol. Aussitôt, la foule s'écarta.
« Mademoiselle ça va ? Votre appareil n'a rien ?
-Monsieur Watson… »
La dame se fit relever doucement. Ils restaient tous comme deux ronds de flans devant cet homme qui , quelques secondes auparavant, était une bête indomptable, et à présent un être doux et inoffensif. Le médecin allait se retourner, mais la jeune femme le prit par le poignet :
« Attendez ! Je sais bien que nous parler ne vous enchante pas, mais si vous ne dîtes rien à la presse, elle parlera quand même, et à votre nom ! Accordez nous une interview…Une seule… »
John ne pu répondre. Les marques dans son cou venaient d'apparaître sous le col de sa veste, et les hurlements avaient repris. La demoiselle eut juste le temps de glisser dans sa paume un papier cartonné que la foule les happaient tout deux.
« Je ne vous piègerais pas ! » fut la dernière phrase de la jeune femme. Quand Watson réussi à disparaître au coin de la rue, le souffle court et les muscles endoloris, il réalisa que cette inconnue avait probablement raison. S'il ne le faisait pas, les tabloïds le feraient, mais sans lui.
"..."
Quand John arriva dans son appartement, il y remarqua de nombreuses lettres, et un nombre étrangement élevé de messages sur le répondeur. Pas trace de Sherlock. Il s'effondra sur le canapé, ressentant une fatigue propre à la langueur de l'acte amoureux, et n'eut pas besoin de réfléchir pour savoir qu'il ne regrettait en rien l'évolution de cette situation.
« John ? »
C'était la voix de Sarah. Derrière la porte. Le blond pâlit, sentant une sueur froide couler désagréablement dans son dos. Que pensait-il a l'instant ? Qu'il ne regrettait pas ? C'était vrai. Mais assumer était un verbe qu'il ne savait désormais plus conjuguer. Que lui dire ? Et que croyait-elle, exactement ? Derrière la porte, la voix fatiguée et dure de Sarah reprit :
« Je sais que tu es là. Et je sais ce que tu as fais avec Sherlock dans cette voiture. Ces journaleux sont venus me voir, ils savaient qu'on étaient sortis ensembles. Ils m'ont demandé si… Si c'était moi qui t'avais fait devenir comme ça… Je… C'était humiliant, John…J'espère que tu t'en rends compte… »
Bruit de sanglot. John sentait son cœur battre sourdement, lui faisant mal, alors que ses entrailles se serraient de douleur. Il ouvrit la bouche, mais ses lèvres, sèches, refusèrent de former un mot. Encore ce discours accusateur… Encore…
« Tu ne réfléchis plus, quand il est là, hein ? Tu ne penses plus qu'à le satisfaire, et d'après ces gens, tu l'as bien fait, dans cette voiture ! Toi ! John Watson, un homme respectable, aimant, normal, tu as baisé avec un autre homme dans un taxi ! »
Des termes crus, qui n'allaient pas à Sarah. Des mots destinés à empoisonner. John n'aimait pas les conflits, lorsqu'il s'énervait, c'était souvent pour défendre des gens qui lui étaient cher. Il devait aller ouvrir la porte et lui parler. Il le devait. Mais …
« Et si…Et si je ne voulais plus ? Si je ne voulais plus être respectable, aimant et normal ? »
Il avait murmuré ça dans le silence embarrassant. Sarah renifla. Elle attendait la suite, secouée, prête à reprendre du service.
« Et si… Si au contraire le fait de trouver Sherlock me rendait respectable, aimant et…Normal ?
-ARRETE CA ! »
Cri perçant. Bruit sec d'un coup contre la porte. Reniflements, encore.
« Tu ne te rends pas compte, John ? C'est Sherlock, bon sang, un type instable, qui disparaîtra du jour au lendemain sans explication ! Un homme qui se drogue, qui n'aime pas les humains, qui est malsain ! Tu n'es qu'un jouet pour lui, John, UN JOUET ! Il se lassera de toi comme il se lasse de tout ! »
Attente. Horrible attente du chasseur qui se demande s'il a blessé sa proie. Sarah entendit clairement les genoux du blond craquer alors qu'il se levait.
« Tu ne me feras pas culpabiliser, Sarah. Toute ma vie j'ai toujours fait ce qu'on attendait de moi. Des études de médecin, la guerre, essayer de me trouver une femme convenable, ne pas trop faire la fête, réfréner mes tendances à prendre parti… Mais c'est terminé, tu vois ? C'est terminé. Moi aussi j'ai droit à mes passions. A mes envies. A raturer les regrets.
-Alors j'espère que tu n'as pas peur de la solitude. Sherlock va tout détruire autour de toi, et quand il partira, tu n'auras plus personne vers qui te tourner. »
Bruits de talons dans l'escalier. John tangua, retomba mollement sur le canapé. Pourquoi fallait-il qu'on le fasse douter de cette façon ? N'avait-il pas le droit d'accéder au bonheur, comme la plupart des êtres humains ? C'était de la pure torture, et il haïssait Sarah pour ce comportement. Evidemment, ses mots lui avaient fait peur, malgré son envie de nouveauté. John était un homme plein de doutes en tout genre. Il sortit nonchalamment le petit carton de sa poche. « Art and Gossips. » Cela n'annonçait rien d'extraordinairement intellectuel. Soupire.
« Ou es tu, Sherlock ? Ou es-tu quand j'ai besoin de me confronter à la vraie vie ? »
Evidemment, personne ne répondit. Le Crâne observait la scène de ses yeux vides, et le blond se sentit stupide. Il était majeur , et se devait de prendre cette décision seul. Ses doigts ne tremblèrent par sur le petit clavier.
« Bonjour, mademoiselle Shannon ? Ici le docteur Watson… »
"..."
« Le père. Obligatoirement. »
Comme à chaque fois, Lestrade fit une petit moue signifiant que tout de même, c'était un peu gros à avaler.
« Pourquoi le père aurait-il tué le fils alors qu'il lui a légué sa fortune il y a une semaine ?
-Justement pour ça. La fortune léguée, on ne pouvait le soupçonner. Le fils éliminé, l'argent revenait chez son propriétaire. C'est un coup préparé de longue date, par ailleurs, regardez. »
Sherlock ôta un gant, désigna la blessure au crâne de l'homme :
« Un coup porté par un simple voleur surprit en pleine effraction n'aurait pas été ainsi. On aurait de multiples fractures, plus violentes, voire même a différents endroits. Ici, c'est très précis. Professionnel. »
Sherlock tapota gentiment l'épaule du cadavre, puis se redressa sèchement, observant sa montre, puis son téléphone étrangement silencieux depuis plusieurs heures. Lestrade le regarda, la tête penchée sur le côté, puis remarqua que Donovan et Anderson étaient fasciné par une émission sur le téléphone du légiste, et il les rappela à l'ordre.
« Mais Inspecteur, siffla Donovan, on observe la scène de cul entre le taré et le docteur…
-Vous…Quoi ?
-Ils se sont envoyé en l'air dans un taxi, heureusement les vitres étaient fumées ! Ca va faire les gros titres, bravo, Holmes ! Encore une connerie à votre actif ! »
Greg eut soudainement la vision du jeune homme en train de tirer Donovan par les cheveux, mais Sherlock se contenta d'écarter brusquement le col de son sombre manteau, dévoilant trois suçons aussi violets que petits, et donc bien visibles sur la peau pâle :
« Le jour ou quelqu'un vous fera ça dans un acte d'amour, de possessivité, d'appartenance animale, croyez moi ce jour vous…Oh, attendez, ce jour n'arrivera jamais. »
Lestrade cacha un sourire derrière sa main, mais Donovan ne se laissa pas démonter, et brandit son téléphone vers le génie du crime :
« Ah oui ? Il a l'air tellement heureux votre pote, qu'il est en ce moment même en train de passer une interview !
-Quoi ? »
Vif comme l'éclair, Sherlock lui arracha l'appareil des mains, ignorant ses glapissements, et analysa ce qu'il avait sous les yeux. On y voyait leur appartement, un peu mieux rangé, John installé dans son fauteuil, mal à l'aise bien que souriant, et une jeune femme armée d'un micro, près de lui, lui demandant s'il était prêt pour commencer. Le blond hocha doucement la tête, et Sherlock lança brutalement le portable le plus loin de lui.
« MON TELEPHONE ! » beugla la métisse, hors d'elle, mais Sherlock s'éloignait déjà à grand pas, envoyant un message à son frère pour se rendre au plus vite auprès de John et l'empêcher de dire n'importe quoi. Sans savoir pourquoi, il ressentait une étrange douleur dans son giron, et il ne s'agissait pas de l'emplacement d'une griffure. Il murmura que si les journalistes effrayaient l'ancien soldat au point de le faire fuir, il se vengerait de façon spectaculaire.
"..."
« Hmmm… »
Mycroft, en recevant le message, émergeait de l'un de ses précieux jours de congé. L'air franchement agacé, il sortit son bras droit des couvertures, tapota sur le côté, y trouva l'objet vrombissant. Bon sang, son petit frère tenait vraiment à ce que John ne fiche pas le camp. Ca en devenait presque mignon. Grognant néanmoins, il se leva, passa devant la glace sans se regarder, et alla prendre une douche bien méritée.
« Je n'aurais pas du dormir seul cette nuit… »
Greg avait insisté pour que cette « nouvelle » relation se passe plus doucement, et l'inspecteur l'avait donc abandonné sur le seuil de sa maison après un long baiser. Très frustrant. Mycroft se demanda pourquoi son frère avait toujours eu droit à cette adrénaline qui lui manquait cruellement.
« Affronter la drogue, courir après les assassins, s'envoyer en l'air dans une voiture… »
Il réalisa que ses mots ressemblaient fort à de la jalousie, et les étouffa sous le jet d'eau brûlant.
Puis, quelques instants plus tard, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre le médecin pour l'empêcher de foutre son amour en l'air, un appel privé lui fit totalement changer l'ordre de ses priorités.
"..."
« Estimez-vous que l'acte de cet inconnu à été une aide pour la mise en place de votre couple ? »
John s'étouffa, demanda une pause, et les caméras s'abaissèrent, déçues. Shannon sourit avec une certaine indulgence avant de se baisser vers le médecin :
« Ecoutez, Doc, je suis d'accord pour qu'on vous ménage, mais il va falloir nous parler un peu…
-Oui…Je sais… »
Le blond se frotta les yeux, soupirant à fendre l'âme :
« C'est juste que… C'est tellement nouveau, et puis, je ne sais même si, avec Sherlock on va vraiment pouvoir parler d'un…D'un couple.
-Vous aimeriez, vous ?
-Oui. » murmura t-il, comme honteux, alors que la brune lui tapotait gentiment l'épaule. Au même moment, un bruit dans la cage d'escalier se fit entendre, et les pas, rapides, raisonnaient comme un orage près à éclater. Evidemment, quand Sherlock fit son entrée dans la pièce, l'équipe journalistique se fit un plaisir de se terrer dans un coin en le voyant fulminer comme un taureau. John, très maître de lui, le regarda s'approcher sans sourciller.
« Pourquoi ? »
Le brun le saisit par le col, le força à se lever, et le secoua :
« Pourquoi ! J'ai attendu que tu daignes faire ce foutu pas, je n'ai pas été pressant, je n'ai pas relevé tout l'érotisme de tes dessins, je t'ai même laissé te faire Sarah ! »
Shannon grattait sur un petit papier. Le détective l'ignora, revenant au visage carmin de son amant :
« Mais dis toi bien que si à chaque fois que tu avances, tu ne peux pas te permettre de faire des retour en arrière par peur, par agacement, par…Je ne sais même pas pourquoi ! Si à chaque fois que tu perds confiance en toi tu reviens sur ta décision, je…
-Je sais. »
John écarta doucement les mains blanches du détective de son col, les paroles de Sarah s'encrant plus encore dans les méandres de sa mémoire alors que sa bouche s'ornait d'un pli amer.
« Je sais, tu partiras. »
Evidemment, qu'il partirait. Sherlock avait besoin de changement constant, de cette adrénaline malsaine qui le rapprochait toujours plus du danger, de la mort, de son flirt quotidien avec le crime. Il le quitterait comme il quitterait le pays sans regret lorsque Moriarty serait derrière les barreaux. Sherlock était volatile. Et il le savait pertinemment.
« Mais bien sûr que non, imbécile. » répliqua t-il sèchement avant de jeter un regard peu amusé à Shannon qui, jouant avec le feu, avait dégainé sa cassette enregistreuse. La jeune femme haussa les épaules sans se départir de son sourire, puis claqua des doigts, entraînant le reste de l'équipe dans la cuisine. Sherlock sembla un instant combattre une idée, lutter contre son agacement, puis au final cala sa tête dans le cou du blond pour ne pas avoir à le regarder dans les yeux :
« Si tu revenais sur cette idée, je t'obligerais à rester. Je deviendrais fou, mais je te garderais avec moi. Tu m'appartiens, maintenant, et je veux que tu supprimes tout de suite tes doutes me concernant. »
Pour toute réponse, Sherlock sentit les bras de son amant l'enlacer discrètement, et il sut à cet instant qu'il avait sans doute gagné une belle partie.
« Au fait, Sherlock…Pour l'interview… »
Il y avait un rire dans ses mots. Le brun se redressa brutalement, sourcils froncés, alors que son épiderme se révoltait. Quelque chose lui disait que l'intention du blond n'était pas celle qu'il avait pu déduire, et cette idée l'agaçait. Soudain, Sherlock roula exagérément des yeux, se frappant le front :
« Bon sang c'est évident, tu voulais faire cesser les rumeurs en officialisant une fois pour toute c'est ça ?
-Exactement.
-J'aurais du y penser.
-En tout cas je suis ravi de voir que tu prends tout ça au sérieux. Vraiment. »
Sherlock quitta son air vexé quand l'autre, confiant et rassuré, l'embrassa en se haussant sur la pointe des pieds. Le docteur lui caressa doucement la joue, cherchant vainement à reconnaître sur sa peau la rugosité propre au rasage. A croire que la pilosité du jeune homme se concentrait dans ses cheveux.
« Enfin, maintenant que tu es là, tu vas nous aider à produire une interview sympa, n'est-ce pas ? »
Sherlock grogna pour la forme, puis hocha la tête. Il n'aimait pas faire ce genre de chose, mais il aimait John, quelque part, et cela méritait certains sacrifices.
« D'accord. Par contre, ce soir, dix neuf heures, tu es ici.
-Pourquoi ? »
La façon dont ses doigts enserrèrent son entrejambe ne laissa place à aucune imagination. Puis, alors que le blond allait probablement couiner de façon outrée, Sherlock frappa dans ses mains en beuglant :
« Aller les morpions à caméra, on se dépêche, j'ai des choses à faire ! »
Ce qu'il ne savait pas, en tout cas, c'était que dans la brume de douceur qu'il avait réussi à instaurer se faufilait un venimeux serpent, qui allait en effet lui causer quelques problèmes bien plus agaçant qu'une simple interview.
Quelle est donc la mission de Mycroft? Sarah n'est-elle qu'une fille stupide? Shannon va t-elle détourner les propos de John?
La pilosité de Sherlock ne se concentre t-elle donc que dans ses cheveux?
Les réponses au prochain épisode :)
Et en espérant que cela vous plaise toujours, évidemment!
