Salut ! Vous allez bien ?

*pour info, la guerre de seize ans a eu lieu de 2087 à 2103, et a opposé :

- les Nails (Europe (sauf Royaume-Uni et Irlande), une partie de l'Asie (Chine, Mongolie, Corée unifiée en 2056, Inde, Japon, Bhoutan, Népal, Bangladesh, Sri Lanka, Birmanie, Laos, Philippines, Indonésie, Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Singapour, Malaisie, Taïwan), une partie de l'Afrique (Madagascar, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Cameroun, République Centrafricaine, Soudan, Éthiopie, Somalie, Djibouti, Érythrée, Soudan, Tchad, Égypte) et l'Océanie)

- aux Theds (Royaume-Uni, Irlande, une partie de l'Afrique (Turquie, Syrie, Liban, Israël, Jordanie, Géorgie, Arménie, Irak, Koweït, Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Qatar, Émirats Arabes Unis, Yémen, Oman, Iran, Turkménistan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Afghanistan, Pakistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Maldives), une partie de l'Afrique (Nigeria, Benin, Togo, Ghana, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Niger, Guinée, Sierra Leone, Gambie, Sénégal, Mali, Mauritanie, Sahara Occidental, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye), la majorité l'Amérique).

- Le reste de l'Afrique ainsi que le Pérou et l'Argentine sont restés neutres.

Elle s'est terminée par un cessez-le-feu signé par l'ensemble des pays, alors que les Theds dominaient très légèrement. Elle a causé environ 3 milliards de morts, soldats et civils additionnés. Voilà, comme ça vous serez pas perdus *


Elle se sentait suffoquer, et mourir.

Elle le savait, elle allait mourir. Là, dans ce placard. Loin de son pays, de son école, de sa maison. Loin de ce qu'elle était. Elle allait mourir, et elle avait peur. Elle sentait ses poumons vides de tout air, parce qu'il n'y en avait plus autour d'elle.

Soudain, elle entendit un sort qu'elle ne connaissait pas, et la porte s'ouvrit brusquement. Elle inspira de toutes ses forces, puis se releva et courut à la fenêtre proche qu'elle ouvrit. Elle se pencha autant qu'elle le put, et respira profondément, se calmant lentement.

Elle n'avait jamais manqué d'air, elle le savait. Elle n'avait jamais été sur le point de mourir, mais elle avait eu si peur. Si peur de disparaître à jamais, d'être retrouvée là sans doute quelques heures voire jours plus tard. Elle avait eu tellement peur…

Elle se redressa et se retourna. Elle n'avait même pas songé à regarder qui l'avait aidée. Était-ce la même personne qu'à Pré-au-Lard. Mais qui était-ce ? Elle n'avait rien vu, et aurait été incapable de dire à qui appartenait la voix qu'elle avait entendue. Mais elle savait qu'il s'agissait d'une fille, une fille à qui elle n'avait jamais parlé.

Et Cassandra se posait bien d'autres questions. La première étant : est-ce que Leïla savait, en l'enfermant, qu'elle était claustrophobe ?

.

Cassandra, assise à table en fixant son assiette pour l'instant vide, entendit un grand bruit de conversations. Elle se retourna et vit Clémence, Colleen et tous leurs amis, qui s'assirent près d'elle, à la table des Serdaigles. Elle remarqua d'ailleurs parfaitement que Jordan se décala au maximum, pour s'éloigner le plus possible – c'est à dire pas grand-chose puisque leurs chaises étaient voisines – d'elle. A Lyntail, cela l'aurait blessée, mais là elle ne ressentit rien. Les gens d'ici voulaient presque tous éviter « l'Américaine ».

- Bon anniversaire, Violet, murmura-t-elle à la jeune fille, qui était assise en face d'elle et discutait avec Charlotte Williams, une Poufsouffle et sœur jumelle de Leïla.

Il y eut un grand silence. Cassandra ignorait ce qui les étonnait, qu'elle ait parlé ou qu'elle connaisse la date de naissance de Violet, ce qui n'avait pourtant rien d'exceptionnel.

- Vous lui avez parlé de l'anniversaire de Vi ? s'étonna Robin – d'un ton de reproche – en fixant Colleen et Clémence, qui discutaient à voix basse avant que le silence ne s'installe.

- Oui, et alors ? rétorqua la préfète. Ce n'est pas interdit, que je sache.

D'autant que Cassandra l'aurait, de toutes façons, appris ne serait-ce qu'en entendant Victoria et Clémence en parler dans le dortoir, quelques jours plus tôt. Mais cela dérangeait certains amis de la concernée.

- Merci, Cassandra, sourit celle-ci. C'est gentil de t'en souvenir.

Jordan releva la tête de son livre, pour foudroyer la jeune fille du regard le plus noir qu'il devait être capable de lui servir. Mais elle ne sembla même pas le remarquer.

- Votre attention, s'il vous plaît, requit la directrice depuis la table des professeurs. Les préfets en chef aimeraient vous dire quelques mots, et sachez que quiconque ne les écoutera pas sera lourdement sanctionné.

Elle se rassit et Audrey Moon – la sœur de David – et Dean Evans, tous les deux en septième année, respectivement à Serpentard et à Gryffondor, s'avancèrent. Moon dirigea sa baguette vers sa gorge et celle de son homologue, et murmura un sort.

- Merci, déclara Evans d'une voix magiquement amplifiée. Nous souhaitions vous parler du bal de Noël. Pour les premières années et l'Américaine, cracha-t-il comme une insulte, sans pour autant faire ne serait-ce que tressaillir Cassandra, qui ne le savent pas, le bal est réservé aux élèves à partir de la quatrième année, même si les plus jeunes peuvent s'y rendre à condition d'y avoir été invités par un élève plus âgé et autorisé à y aller.

- Sachez également, poursuivit Moon, que même s'il n'est pas obligatoire de venir accompagné, c'est vivement conseillé. Cette soirée est organisée tous les ans par les préfets, dont nous-mêmes, et a un thème vestimentaire, choisi par les préfets-en-chef sur une liste de propositions faites par les septième année. Et cette année, la contrainte est de s'habiller uniquement en blanc, noir et gris. Pour votre information, une sortie aura lieu à Pré-au-Lard le week-end prochain, acheva-t-elle, même si la rumeur des conversations étaient bien assez forte pour couvrir sa voix, sort d'amplification ou non.

Les plats apparurent sur les tables, et Cassandra eut le sentiment d'être la seule à s'en préoccuper, mais elle avait faim. Et de toutes façons, elle avait déjà décidé qu'elle n'irait pas à ce bal dont elle se fichait totalement, donc pourquoi le thème l'aurait-elle intéressée ?

Elle songea aux cours qu'elle aurait le lendemain. Rien de formidable, rien d'horrible non plus. Elle avait fait tous ses devoirs, jusqu'au mardi. Au moins, elle n'avait pas à se préoccuper de ça. Cela lui enlevait un poids des épaules, puisqu'elle ne supportait pas de ne pas avoir d'avance, de peur de ne pas fin…

- Pousse-toi, Cendres, ordonna Leïla d'un ton sec.

Cassandra releva les yeux, croisant le regard si beau et si effrayant de la Gryffondor. Elle se figea. Après l'épisode du placard, elle n'osait rien faire. Elle avait si peur… Elle savait qu'elle aurait dû bouger, mais elle ne parvint pas à trouver le courage de le faire.

- Cendres ? insista Leïla, qu'elle devait s'habituer à appeler « Williams ».

La Serdaigle se leva lentement, en tremblant de tous ses membres.

- Pas assez rapide, soupira la Reine de cette maudite école.

Elle leva sa baguette, la dirigea vers Cassandra, et jeta un sort , sans prononcer un seul mot. La jeune fille se mit à trembler encore plus, mais c'était à présent à cause du froid insupportable qui l'entourait. Elle était gelée, il n'y avait pas d'autres mots. Elle connaissait le sort de congélation et savait qu'à moins que quelqu'un intervienne, elle allait mourir en quelques secondes. C'était la deuxième fois de la journée…

- Arrête ! s'écria Charlotte en se levant. Arrête, Leïlou, arrête !

La Gryffondor se tourna vers sa sœur, mettant fin au sort sur Cassandra. Elle semblait enragée, et la Serdaigle se demanda une seconde si c'était dû au surnom employé, qui n'était peut-être pas tout à fait au goût de la Reine. Mais bon, comme ça elle pouvait peut-être comprendre à quel point « Cendres » était horrible...

- Que ce…

Cassandra – et elle fut sûrement la seule –se désintéressa totalement de la conversation des jumelles.

.

Elle soupira. Elle n'avait absolument aucune idée de ce qu'elle pouvait bien mettre pour remplir les dix centimètres qu'il lui restait encore à faire sur son devoir de Métamorphose.

La transformation d'objets inanimés en êtres vivants… Le problème était que, si elle connaissait très bien ce sujet, elle avait déjà écrit tout ce qu'elle savait. Elle se maudit intérieurement d'écrire si petit…

- Il vous reste quinze minutes, indiqua le professeur Perks – directrice de Serpentard – en continuant de marcher entre les rangs.

En pensant à cette maison, Cassandra se rappela qu'elle avait cours de Défense Contre les Forces du Mal avec eux, une heure après la fin de sa classe de Métamorphose. Elle aimait bien aller en cours de Défense. Le professeur Knightley – qui était pour sa part directeur de Poufsouffle – était assez gentil, et parvenait parfaitement à équilibrer la pratique et la théorie pour rendre ses enseignements à la fois complets et intéressants. Il n'y avait pas un seul élève dans tout Poudlard qui ne l'appréciait pas, et lui-même semblait bien s'entendre avec tout le monde.

- Miss Swan, travaillez au lieu de rêvasser, ordonna sèchement Perks. D'autant que vous n'avez pas encore assez écrit. Il reste deux minutes.

Déjà ? Cassandra avait l'impression d'avoir commencé quelques instants plus tôt. Sans grand espoir que cela convienne au professeur, elle commença à faire courir sa plume de long en large sur sa feuille afin de résumer tout ce qu'elle avait dit et refaire sa conclusion, après avoir effacé l'ancienne. Elle parvint finalement à remplir la longueur demandée dans les temps – heureusement qu'elle écrivait vite, à défaut d'écrire grand.

Elle quitta la salle la première, et se dépêcha de se rendre à la bibliothèque, afin de travailler sur son devoir d'Étude des Runes – et parce qu'elle pouvait facilement y être seule, aussi.

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- Puisque vous vous êtes révélés être une classe qui avance vite, commença Knightley, et bien, j'ai décidé de faire un petit écart du programme initial, dans la période qui nous sépare encore de Noël. Aussi allons nous étudier un sort aussi difficile que passionnant. Et bien sûr je ne vous donnerai aucun devoirs durant notre travail sur ce sort.

Le professeur cessa de parler, balayant Serpentards et Serdaigles du regard. Tous attendaient qu'il révèle de quel sort il s'agissait, et il le savait parfaitement.

- Bien… tenez, Robin, par exemple, si au lieu de vous perdre en messes basses avec Jordan, vous nous expliquiez ce que vous savez du sortilège du Patronus ? Non ? Rien ? Fit-il mine de s'étonner après un instant de silence – du à la surprise générale. Et vous, Amelia ?

Knightley était ainsi, il appelait tous les élèves par leur prénom, ce n'était nullement cela qui les surprenait à ce point. Non, ils étaient plutôt abasourdis d'étudier un sort réservés habituellement aux programmes d'études supérieures dans la Défense Contre les Forces du Mal. Mais pour autant, ils étaient loin d'en être mécontents.

- Non plus ? Et vous, Victoria ? Eden ? Bon… et bien je suppose que je vais donc devoir tout vous expliquer moi-même. Pour commencer, sachez qu'un Patronus est un sortilège défensif, et uniquement défensif. Il est une représentation physique de la joie, de l'espoir, du désir de vivre, et de toute autre émotion positive. Il sert à se défendre contre les Détraqueurs, que nous avons étudié l'année dernière. Ils peuvent avoir une forme proche de celle d'un voile, ou prendre l'apparence d'un animal, celui dont le lanceur se sent le plus proche. Clémence, appela Knightley, pouvez-vous venir ici, avec votre baguette, s'il vous plaît ?

Calmement, la jeune fille obéit, sous les yeux jaloux d'une partie de ses camarades. Cassandra, quant à elle, n'enviait pas du tout Clémence. Elle ne s'imaginait pas capable d'invoquer une manifestation de joie sous autant de regards qui la terroriseraient à coup sûr. Alors que son amie semblait parfaitement à l'aise.

- Bien, lâcha le professeur. La formule, dites-la après moi, est « Expecto Patronum »

- Expecto Patronum, répéta Clémence.

- A présent, fermez les yeux et pensez à votre plus heureux souvenir, pensez-y aussi fort que vous le pouvez. Quand vous aurez ce souvenir suffisamment en tête pour vous en remémorer les moindres détails, prononcez la formule.

Clémence resta quelques secondes les yeux fermés, debout devant le tableau noir, intensément concentrée. Elle ne semblait plus prêter attention à quoi que ce soit dans la salle. Elle pensait sûrement à son souvenir, trop fort pour se préoccuper d'autre chose. Un sourire, très léger, presque invisible, se dessinait même lentement sur ses lèvres.

- Répétez la formule autant de fois que vous en aurez besoin…

Il s'écoula encore quelques secondes. Clémence semblait perdue dans un autre monde, celui de son passé et de ses pensées. Sa main gauche – celle qui ne tenait pas la baguette – bougeait même seule, et Cassandra eut l'impression que le jeune fille reproduisait les mêmes gestes que si elle avait dessiné, mais dans l'air.

- Expecto Patronum, murmura-t-elle finalement, articulant étrangement les mots.

Un mince filament de lumière blanche apparut au bout de sa baguette, grandit, puis s'estompa. Plus personne ne parlait dans la classe. Tous fixaient Clémence, pendus à ses lèvres et les yeux rivés sur sa baguette. Nul ne parlait.

- Expecto Patronum.

Quelque chose sortit de sa baguette, une sorte de nuage de lumière blanche qui se mua en un oiseau que Cassandra mit un certain temps à identifier. A peine avait-elle réussi que Knightley donnait la réponse à ceux qui continuaient à plisser les yeux en fixant le Patronus de Clémence.

- Bravo ! Un Patronus corporel, et un phénix qui plus est ! Un oiseau incroyable, et très rare comme Patronus. Merci Clémence, vous pouvez retourner vous asseoir. Quant à vous autres, je peux vous assurer qu'il est bien rare de réussir un Patronus, surtout corporel, dès la deuxième tentative. Cassandra, venez donc essayer à votre tour.

La jeune fille tressaillit. Ce n'était pas elle qu'il avait appelée ? Elle, qui était assise seule au fond de la classe, et n'avait pas dit un mot depuis le début de l'année ? Il semblait que oui, ce soit à elle d'essayer, puisque toute la classe s'était retournée et la fixait. Elle se leva lentement, tremblante, et attrapa sa baguette. Alors qu'elle traversait la classe, elle aperçut le sourire confiant de Clémence, qui n'avait apparemment pas encore tout à fait repris pied avec la réalité, et entendit « Vas-y, Cendres, plante-toi bien ! », sans savoir de qui cela provenait, même si elle se doutait qu'il s'agissait de David ou de l'un de ses amis.

- Bien, maintenant, faites comme Clémence. Fermez les yeux et pensez à votre souvenir le plus heureux, lui enjoignit Knightley.

Elle obéit. Elle tenta de faire abstraction des regards sur elle, et se concentra, cherchant quel était son souvenir le plus heureux. Elle pensa d'abord à sa mère, mais celle-ci était morte en accouchant, alors Cassandra n'avait pas de souvenir d'elle. Ses pensées se dirigèrent ensuite vers ses amies américaines, mais elles étaient devenues, dans son esprit, irrémédiablement liées à leur dernière lettre. Elle resta ainsi un long moment, songeant à tous ses souvenirs, tous ceux qui la faisaient sourire quand elle y pensait.

- Réfléchissez, Cassandra, réfléchissez, murmura le professeur. Cherchez la joie dans votre passé, cherchez ce qui vous rend le plus heureuse, cherchez… Pensez aux gens ou aux lieux que vous aimez…

Il avait raison. Les lieux qu'elle aimait… Elle se remémora la petite salle de Lyntail, ou le directeur accueillait les nouveaux élèves. Cet endroit, le premier qu'elle ait vu de sa chère école… De nouveau, elle entendit les voix, celles des élèves et celle du directeur, elle vit les tableaux, accrochés au mur, qui les saluaient avec enthousiasme. Chaque mot prononcé ce jour-là lui revint.

- Bien… maintenant que vous avez votre souvenir, prononcez la formule, et mettez toute la joie que vous ressentez dans votre baguette, concentrez-la… Vous n'avez qu'à souhaiter au plus profond de vous-mêmes, et au plus profond de votre souvenir, projeter cette énergie, cet espoir et cette joie…

La voix du professeur la berçait… Elle se sentait bien. Les consignes prononcées se mêlaient à celles entendues des années plus tôt, dans les tableaux l'un des rares sourires de son père apparut, suivi des visages des gens qu'elle aimait… Dans son souvenir, elle se vit tenant contre elle la seule photo de sa mère qu'elle ait encore… Le passé et le présent se mélangeaient, elle se sentait mieux que jamais… Elle n'avait qu'à dire deux mots, seule dans ses pensées, et sa bien-être prendrait forme.

- Expecto Patronum, énonça-t-elle, s'entendant murmurer en se sentant crier.

Elle ouvrit lentement les yeux. De sa baguette avait jailli un papillon, composé de la même lumière blanche que le phénix de Clémence. Il virevolta quelques instants devant elle, puis commença à s'éloigner. Il vola en un rond autour de la tête du professeur, qui ne le lâchait pas des yeux, puis s'éleva presque jusqu'au plafond. Il traversa la salle, s'approchant de certains élèves, s'éloignant d'autres – qui s'avérèrent être ceux qu'elle détestait – et se posant même quelques instants sur la main de Clémence, puis s'approchant énormément de celle d'Eden – elle était un peu étrange mais très gentille – avant de finalement s'en éloigner, virevoltant après avoir attrapé et joué avec une mèche de cheveux de la jeune fille. Enfin, il revint près de Cassandra, mais ne disparut pas. Au contraire, il recommença à voleter autour d'elle, pour son plus grand émerveillement.

- Formidable ! Vous pouvez retourner vous asseoir, Cassandra, et nul besoin de faire disparaître votre Patronus, tentez plutôt de le faire rester le plus longtemps possible. Liam, à vous !

La jeune fille se hâta d'obéir, croisant au passage l'ami de David, qui se levait avec assurance. Elle ne sut jamais s'il réussit, et n'en avait rien à faire. Dès qu'elle se rassit, elle joua avec son papillon, tout en se perdant dans ses pensées, explorant le moindre de ses souvenirs, qu'il soit heureux ou triste, et ce sans même que cela influe sur son Patronus.

.

- T'es prête, Cassie ? s'impatienta Clémence.

La jeune Serdaigle soupira. Les premiers élèves ne seraient autorisés à quitter l'enceinte de Poudlard que dans une heure, à quoi servait-il qu'elle se dépêche ? Et puis, ce n'était pas sa faute si ses cheveux étaient si longs à coiffer !

- Tu devrais peut-être les couper…

- Hors de question.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai pas envie d'avoir les cheveux courts, point. Où sont les filles ?

- Eden je sais pas, et Vic' est avec Violet, à la bibliothèque. Elles avancent un peu leurs devoirs puis elles vont au village, indiqua Clémence.

- Tu ne vas pas avec elles ?

- Non, Lee et moi on a décidé d'y aller avec toi, pour s'assurer que tu achètes une robe, parce que crois-moi tu iras à ce bal, même si je dois t'y forcer.

- Et mon avis, tu t'en fiches je suppose ? soupira Cassandra.

- Oui !

Elles n'étaient pas arrivées… Si Clémence et Colleen voulaient l'obliger à aller au bal, Noël se déroulerait en un affrontement d'entêtement… Et Cassandra était persuadée d'être plus douée qu'elle à ce jeu-là !

Elles quittèrent la tour de Serdaigle dix minutes – donc cinq durant lesquelles Clémence chercha son écharpe… Comment faisait-elle pour avoir toujours froid ? - plus tard, et rejoignirent leur amie préfète dans le hall. Elles remarquèrent d'ailleurs que Colleen avait l'air de les attendre depuis déjà très longtemps, à en juger par le très léger agacement qui se lisait sur son visage.

- Qu'est-ce qui vous a pris tant de temps ?

- Cassie se coiffait, prétexta vivement Clémence.

- D'accord… Mais toi, qu'est-ce qui t'a pris tant de temps ?

- Moi qui espérait que tu tomberais dans le panneau… Franchement, t'aurais pu faire un effort… Te montrer un peu plus crédule, je ne te demande pas non plus la lune !

- Clem… soupira – en souriant discrètement – Cassandra. Je crains que Lileen ne te connaisse depuis trop longtemps pour se faire avoir… Et puis, tu sais, c'est pas ta faute si t'as mis vingt minutes à trouver une simple écharpe…

- Cinq ! J'ai mis que cinq minutes !

- Oui, enfin c'est quand même beaucoup, sourit Colleen. Et puis on va pas en Antarctique, non plus, juste à Pré-au-Lard.

- C'est pas ma faute si il fait si froid dans votre foutu pays de merde ! Et en plus il pleut tout le temps… Votre super roi, il ne peut pas faire venir le soleil ?

- C'est un roi, comme tu l'as dit, pas un chaman d'une vieille tribu amérindienne, fit remarquer Cassandra. Au mieux, il peut acheter un parapluie, mais c'est pas très utile pour abriter tout le Royaume-Uni. Mais je suis d'accord avec toi, il est quand même plutôt incompétent...

- Eh ! Arrêtez de critiquer notre roi ! protesta Colleen.

- Désolée, mais il n'y a que dans les pays arriérés qu'il y a encore des rois… nous, depuis la Révolution, on en a plus !

- Petit un, Clem, je te rappelle que tu as beaucoup plus vécu en Angleterre qu'en France, et petit deux, juste après la Révolution, c'est une monarchie constitutionnelle, qu'il y avait en France.

- Et en plus, ajouta Cassandra, même après la République, ton cher pays a connu Empire, retour de la monarchie, donc franchement t'es pas la mieux placée pour parler… Et les Britanniques avaient un parlement alors que vous ne vous étiez pas encore rebellés.

- Bah pour rappel, Cassie, rétorqua Clémence, on vous a aidé à vous battre avec les Anglais pour votre indépendance…

- Et nous on a aidé à la fois les Britanniques et les Français pendant les Guerres Mondiales du vingtième siècle !

- Mais vous vous êtes battus avec nous contre les Français dans la Guerre de Seize Ans… Mais en même temps, c'est quand même cool de se battre contre nos voisins d'outre-Manche !

- Eh ! La voisine t'emmerde, Co, elle t'emmerde !

- C'est vrai que c'était bien, seize contre les Français…

- Mais il n'y avait pas que contre nous que vous vous battiez ! C'était toute l'Union Européenne, et une partie de l'Asie, et une partie de l'Afrique et même l'Indonésie que vous affrontiez !

- N'empêche qu'on a gagné ! répliquèrent ensemble Cassandra et Colleen.

- N'importe quoi ! Il n'y a eu aucun gagnant à la guerre de seize ans ! Vous n'avez pas plus gagné que nous !

- Salut ! intervint Ella, qui venait d'arriver de nulle part, en compagnie de Charlotte.

- Vous vous disputez à propos de quoi ?

Pendant que les deux autres leur expliquaient, Cassandra fit discrètement passer ses cheveux devant son visage, et se recula de quelques pas. Elle n'était pas à l'aise du tout, en présence d'autres personnes que Colleen et Clémence – qui avaient d'ailleurs recommencé à se disputer – qu'elle avait appris à connaître, depuis le temps qu'elles la harcelait – d'accord, elle exagérait un peu… Mais pas tant que ça ! - presque tous les jours.

- On s'en fiche un peu, remarqua Ella, il n'y a pas de « vainqueur ». T'en penses quoi, Cassie ?

Entendre son surnom de la part d'une presque inconnue fit assez étrange à la jeune fille… Déjà qu'elle n'était pas encore tout à fait habituée à entendre les deux autres l'utiliser…

- Je sais pas… tu… t'as sans doute… raison, murmura-t-elle aussi peu fort qu'elle en fut capable – et elle avait de l'entraînement.

- T'étais pas de cet avis, tout à l'heure ! Protesta Clémence. C'est pas bien de retourner ta veste, Cassie ! Mais bon, vu que Lala a objectivement raison, on peut peut-être arrêter cette dispute inutile.

- Ça me semble une bonne idée ! sourit Charlotte – qui ne ressemblait définitivement pas du tout à sa sœur, que ce soit physiquement ou mentalement. Bon, il faut qu'on y aille, sinon Tori va nous en vouloir ! A plus tard, les filles !

Et, après cette brève intervention, Ella et elle repartirent, sans se préoccuper davantage de Cassandra et leurs amies.

- Bon, on y va ? Je vous rappelle qu'on a plein de choses à faire, ou en tous cas qu'elles risquent de prendre du temps, et j'aimerais bien allé dans les boutiques avant qu'il ni ait trop de monde…

- Pour ça, Lee, il aurait fallu partir en douce hier, soupira Cassandra.

Elle ignorait pourquoi, mais cette sortie au village ne lui disait rien qui vaille… S'acheter une robe ! Pour un bal, en plus ! Elle qui détestait tout ça, elle allait devoir réfléchir très vite à comment y échapper…

.

Elle n'avait pas trouvé. C'était pour cela qu'elle attendait à présent que l'une de ses amies lui passe une énième robe à essayer, que l'une d'entre elles n'aimerait pas… Elles en étaient à la vingtième, au moins, et elles ne s'étaient pas encore préoccupées de celles des deux autres.

- Tiens, essaie ça, on sait jamais, lâcha Clémence en passant un bras par-dessus le rideau de la cabine de Cassandra.

Celle-ci observa la robe. Grise – donc en accord avec le thème –, bustier, très courte, le haut recouvert de faux diamants. Elle n'avait même pas besoin de la mettre pour savoir… Non.

- C'est une blague, les filles ? Je suis pas majorette, vous savez ? ironisa-t-elle en leur rendant.

- Bah, c'est pas faute d'avoir tenter ! s'exclama Colleen en lui en passant une autre.

Elle aussi grise, un peu plus longue, évasée et couverte de paillettes.

- Qu'est-ce que vous avez avec le brillant ? interrogea la Serdaigle en leur redonnant.

- C'est ce qu'il y a le plus, justifia Clémence. J'en déduis que les paillettes et les diamants, c'est non ?

- Absolument. Mais de toutes façons, je doute que vous trouviez beaucoup d'autres robes à diamants…

- Les robes peut-être pas, concéda Colleen, mais les chaussures sans doute que si.

- Parce qu'il faut aussi acheter des chaussures ? se désespéra Cassandra. C'est vraiment obligatoire ?

- Tu vas pas y aller en baskets ! s'exclama Clémence. Essaie celle-là.

Cette robe-là était un peu plus longue, à bretelles, blanche et sans la moindre décoration. La jeune fille commença donc à la mettre… et dut presque la tenir pour l'empêcher de tomber… La robe était bien trop grande pour elle !

- Alors ? s'enquit Colleen.

- Bah… c'est pas vraiment ma taille…

- Il te la faut en plus petit ou plus grand ?

- Plus petit, Clem… Je suis toute petite, moi !

- Repasse-la-nous, et essaie ça. Ils ne l'ont pas en plus petit, expliqua la préfète en reprenant la blanche et et lui en donnant une autre à la place.

Celle-ci était entièrement noire, évasée, avec une ceinture à la taille et avait des manches 3/4. Elle la mit. Elle était parfaitement à sa taille, et assez simple pour – sans vraiment lui plaire – lui convenir. Même si elle détestait toujours autant les robes…

- C'est bon, celle-là je veux bien, assura-t-elle.

- Enfin ! s'exclama Clémence. C'est pas trop tôt, j'ai cru qu'on ne s'en sortirait jamais ! Non seulement tu fais une taille presque introuvable, mais en plus t'es super difficile !

- Rappelle-moi qui veut AB-SO-LU-MENT que j'aille à ce bal ? rétorqua Cassandra.

- Nous, et ne rêve pas trop ma belle, on ne compte pas changer d'avis, aussi insupportable sois-tu ! Tu y iras, point. C'est non discutable, assura Colleen. Maintenant, en cabine Clem, c'est à ton tour !

Cassandra trouva le jeu beaucoup plus drôle de ce côté-là. Elle préférait largement choisir les robes pour ses amies que devoir les essayer. La moins contraignante se révéla être la préfète, même s'il fut assez compliqué de la convaincre de s'enfermer dans la cabine d'essayage. Elle aussi préférait être dehors que dedans.

Au final, ce fut au bout d'un peu plus de trois heures – elles avaient pris du temps – qu'elles s'assirent enfin à une table des Trois Balais, presque vide, avec chacune une nouvelle robe, et une nouvelle paire de chaussures.

- C'est épuisant, en fait ! soupira Cassandra.

- Tu t'attendais à quoi ? Évidemment que ça fatigue, surtout avec des gens comme Clem et toi. Franchement, je suis sidérée qu'on ait finalement réussi à trouver quelque chose qui vous convienne, vous êtes vachement difficiles ! J'aurais cru que ce serait moins insupportable, mais apparemment je me suis trompée, sourit Colleen. Mais sachez, jeunes filles, que je ne rêve plus que d'un bon lit…

- Moi aussi, je suis crevée… approuva Clémence. Au fait Cassie, vous n'aviez pas de bal, à Lyntail ?

- Non, ou en tous cas pas comme ça… Mais ça arrivait que des élèves organisent des soirées, même si c'était assez rares et que ni les profs ni l'administration de s'en mêlaient. Pour autant, ils ne désapprouvaient pas, à condition qu'on ne fasse pas trop de bruit.

- Ça a l'air totalement différent de Poudlard, remarqua la Poufsouffle.

- C'est sûr. Déjà, votre école a douze siècles, la nôtre n'en a même pas deux. Et puis on a pas de maisons. On a des dortoirs, mais on s'y met simplement avec nos amis. Et, même si on a pas le droit de mélanger garçons et filles, on peut se mettre dans la même chambre en étant d'années différentes.

- Et vous dormez à combien ?

- Entre trois et dix. On a aussi l'obligation de rentrer à toutes les vacances, et on vient par cheminée et pas en train. Et on a pas les mêmes matières. On a la Défense Contre les Forces du Mal, les Potions, Sortilèges et Métamorphoses sont réunis avec l'Etude des Runes dans « Arts de la Magie », la Botanique et le Soin aux Créatures Magiques s'appellent « Soin des Êtres Vivants » et sont des options, Histoire de la Magie et Étude des Moldus c'est « Apprentissage du Monde ». Après, l'Astronomie, la Divination et l'Arithmancie sont des options. Et on peut aussi apprendre des langues, on a des cours de sport optionnels, des cours de duel obligatoires, et on peut choisir la médecine comme option.

- Et toi, tu faisais quoi comme options ? interrogea Clémence.

- Médecine et Arithmancie. Du coup en arrivant à Poudlard, j'ai gardé l'Arithmancie et j'ai pris Étude des Runes, qui se rapprochait pas mal de mes cours d'Arts de la Magie.

- Et au final, tu préfères Poudlard ou Lyntail ? demanda Colleen.

C'était la question que Cassandra ne voulait pas avoir. Car plus le temps passait, moins elle se sentait capable de répondre. Elle aimait beaucoup le château et le parc de Poudlard, qui étaient objectivement magnifiques. Et elle trouvait l'idée de la Coupe des Maisons – et les maisons en général – assez amusant. En fait, même si ça lui faisait mal de l'admettre, elle préférait en principe Poudlard.

Mais à Poudlard, il y avait d'autres élèves. Et elle sentait qu'ils ne voulaient pas d'elle, à part quelques uns. Elle avait même remarqué que certains professeurs, la directrice, le garde-chasse et la bibliothécaire semblaient la détester, bien que l'infirmière eût l'air de l'apprécier – peut-être miss Palmgrass avait-elle appris que Cassandra avait eu des cours de médecine.

En revanche, elle aimait et s'entendait bien avec tous les gens de son ancienne école, même si ses amies s'étaient révélées un peu différentes de ce qu'elle avait pensé.

En résumé, elle préférait Poudlard à Lyntail, mais les élèves et employés de Lyntail à ceux de Poudlard. Alors que pouvait-elle répondre à Colleen, d'autant qu'elle ne pouvait pas décemment dire qu'elle n'aimait pas les gens de l'école britannique, il était loin d'être impossible que les deux qu'elle avait devant elle se mettent à la haïr.

Alors, elle ne saurait dire comment, elle dévia la conversation, s'évitant ainsi la peine de répondre, même si elle sentait sur elle le regard suspicieux de Clémence, qui n'était pas dupe – et Cassandra doutait sincèrement que Colleen le soit davantage.

Mais au moins, elle s'était évité selon elle de grands désagréments en ne répondant pas, alors elle était loin de regretter.

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En se laissant tomber dans son lit, épuisée, Cassandra repensa à sa semaine.

Elle avait appris à lancer un Patronus – et faisait à présent régulièrement sortir son papillon simplement pour se détendre –, à écrire des Runes de transformation, à changer une feuille d'arbre en phasme – ce qui était déjà un début – et même à faire brûler de l'eau – sans doute son cours de Sortilèges le plus étrange.

Et puis sa journée aussi avait été bien remplie. Achat d'une robe et d'une paire de chaussures, ainsi que de nouveaux livres et de divers cadeaux pour les membres de sa famille, puisque Noël approchait. Et elle avait finalement goûté à le Bièraubeurre, spécialité britannique, qui s'était révélée excellente.

Et surtout, elle avait passé toute la journée avec Clémence et Colleen, à rire et à se sentir bien mieux que n'importe quand depuis son déménagement. Elle avait même presque été plus heureuse que lors de ses meilleurs moments à Lyntail.

Et sa réflexion sur Poudlard et son ancienne école lui avait fait réaliser quelque chose. Finalement, elle aimait bien ce château, si étrange soit-il. Le charme de l'Ecosse commençait à faire son effet…

Et d'ailleurs, elle enverrait ses cadeaux de Noël avec Athena, cette fois elle restait à l'école pour les vacances !