Chapitre 7 :

Le vent s'était levé et des nuages menaçants prenaient place dans le ciel. La compagnie s'était installée dans une taverne de voyageurs à l'entrée de la cité naine, ressemblant à ces innombrables groupes de marchants qui pullulaient dans la région.

Thorin, Dwalin et Balin se tenaient à l'écart, en train de chuchoter : là, dans cette taverne crasseuse, le grand prince d'Erebor et ses deux meilleurs conseillés mettaient au point un plan d'attaque, ou plutôt de contre attaque et de défense pour contrer l'abominable armée qu'ils venaient d'apercevoir.

Dori avait immédiatement été renvoyé au Mont Solitaire afin de porter au grand roi une missive de Thorin, expliquant la situation, la taille et le contenu de l'armée, ainsi que quelques explications du prince sur la meilleure manière de préparer la défense du royaume : amasser des vivres et provisions, envoyer des messagers dans les royaumes alentours pour demander de l'aide… Thorin était certain qu'ils ne pourraient pas compter sur l'aide des elfes, ceux-ci n'entraient en guerre seulement pour des raisons purement fondées. Et un litige entre deux villes naines, même si cela risquait de conduire à l'éradication totale de l'une des deux, ne faisait pas partie de leurs raisons fondées.

Mais tenter de leur demander un soutien leur ferait plus de bien que de mal, on ne sait jamais, surtout que des gobelins combattaient aux côtés de Foster, et les elfes détestaient les gobelins.

Un peu plus tôt, Kili leur avait expliqué absolument tout ce qu'il savait sur les manières de faire de Foster, ses tactiques de combat, ses ambitions…

Et la situation était vraiment critique. D'après ce que Thorin avait vu, la cité des Montagnes Bleues possédait une armée au moins trois fois plus grande que celle d'Erebor, sans oublier que les trolls et les orques avaient une plus grande force de frappe qu'un nain lors d'une bataille. Si Foster leur ordonnait de partir maintenant, Erebor serait totalement submergé.

L'une des seules choses que Thorin voyait pour éviter un massacre devant les portes d'Erebor, était de frapper à la source, ici même, à Nogrod, cité des nains de l'Ered Luin: il leur faudrait tuer le leader : Foster. Ce qui donnerait au moins le temps aux armées d'Erebor de s'organiser si jamais l'armée orque tentait quand même d'attaquer. De toute manière, tuer Foster était tout ce qu'ils étaient en mesure de faire pour l'instant, et c'était la raison pour laquelle ils étaient venus ici.

Thorin était en train de réfléchir à la meilleure manière d'atteindre et de défaire le roi d'Ered Luin, les plans mis en place avec Kili avant de partir d'Erebor devaient être remaniés, étant donné que l'organisation interne de la cité avait été modifié avec la levée de l'armée.

- Kili, à quelle heure passe la garde devant le petit passage à l'Est dont tu m'avais parlé la dernière fois ?

- Kili ?

Le grand roi se retourna vivement lorsqu'il se rendit compte que plus personne ne l'écoutait et ce, depuis longtemps : Kili s'était éclipsé en douce, au nez et à la barbe de toute la tablée qui venait seulement de se rendre compte de son absence.

Au moment même où Kili avait vu l'armée, il avait compris que Thorin allait abandonner son rôle d'oncle pour celui, bien plus important, de général et de prince guerrier.

Il n'en voulait pas à Thorin, il comprenait, il lui était même reconnaissant de l'avoir amener jusqu'ici et de lui avoir offert le gout de l'espoir, mais maintenant, il avait l'intention d'aller chercher son frère, armée ou pas armée, tuer Foster, lui il s'en foutait, il voulait juste revoir Fili et s'assurer qu'il allait bien.

Cela faisait des jours qu'il entendait son frère hurler dans son esprit, et, même si Kili suppliait pour que cela cesse, il était terrorisé, justement, par l'idée que cela puisse arrêter : Que les hurlements et suppliques de Fili ne cessent brusquement pour ne laisser place qu'à un silence sans équivoque. Et Kili sentait que, plus le temps passait, plus il risquait de perdre son frère, pour toujours, et ça, il ne le supporterait pas. Fili était l'unique personne jusqu'à aujourd'hui qui l'eût soutenu, aimé et choyé. Lorsque son père le dénigrait et que sa mère lui tournait le dos, Fili restait à ses côtés. Toujours, sans jamais faillir.

Kili ne supportait pas l'idée de perdre son frère, il voulait le voir vivre, le voire sourire, lui sourire.

Fili avait toujours été là pour lui, l'avait toujours sorti des pires situations. Et maintenant, c'était au tour de Kili d'agir pour aider son frère.

- Dwalin, je te donne la responsabilité du groupe, vous suivez le plan initial, vous trouvez Foster et vous le tuez, en prenant bien garde à vous.
- Ne préfères-tu pas que je me charge de Kili ?
- Dwalin a raison, nous voulons bien croire que tu tiens beaucoup à ton neveu, mais ne penses tu pas que tuer Foster est plus important que suivre Kili et retrouver Fili ? Nous avons besoin de toi !

Presque tous les nains hochèrent vigoureusement la tête pour approuver les mots de Nori.

Thorin les regarda gravement, non, rien n'était plus important que s'occuper de ses neveux, il les avait laissé seuls bien trop longtemps pour les perdre maintenant. Surtout qu'il savait que Dwalin et les autres seraient plus efficaces que lui et Kili réunis contre Foster et ses sbires. De plus, si le roi était occupé avec eux, cela leur laissera champ libre pour récupérer Fili.

Mais, avant que Thorin n'ait put dire quoique ce soit, l'appel d'un long cor guttural raisonna dans toute la cité souterraine.

Se précipitant dehors, la compagnie resta bouche bée devant un effroyable spectacle: une armée, composée de centaines d'humains, se rendait vers la caverne où siégeait déjà les troupes de Foster, venant en grossir les rangs, sous les vivats et les hourras de la population de Nogrod.

Là, ça n'allait plus du tout. Ces hommes étaient sans doute bien plus attirés par l'idée de piller Erebor que par les promesses de Foster, et semblaient de redoutables combattants, rien ne disait que la mort de Foster les empêcherait d'attaquer la cité de Thorin.

- Dwalin, tu fais ce que je t'ai dit, moi je part chercher Kili.

De sa cachette, Kili observa l'armée humaine pénétrée dans la cité. Il entendait la population clamer la bienvenue aux soldats. S'ils savaient… Kili se doutait que Foster avait encore berné le peuple des Montagnes Bleues, qu'il ne leur avait dit que des semis vérités, voire des mensonges. A tout les coups, personne dans la mine n'était au courant que, des kilomètres plus bas, dans la plus grande caverne de la montagne, la fière armée de Foster comptait des créatures ignobles et malfaisantes. Et, ça aussi, ça le rendait malade, les nains des Montagnes Bleues n'étaient pas plus vilains ou méchants que ceux d'Erebor, ils étaient tout simplement manipulés. Et il était temps que cela change. Kili y pensait depuis que Thorin lui avait proposé son aide et l'idée lui était restée lorsqu'il avait vu à quel point les gens d'Erebor le haïssait, simplement parce qu'ils lui trouvaient un air de Foster. Si à lui on lui reprochait son air de Foster, quel accueil connaitra Fili lorsqu'il pénétrera dans la cité naine ? Avec ses cheveux blonds et sa stature un peu moins élancée que celle de Kili ? Sans oublier son fier caractère qui, jamais ne l'amènera à poser un genoux au sol pour s'incliner face à Thror et lui offrir son respect.

Fili était l'héritier de Foster, si ce dernier venait à mourir, les Montagnes Bleues tomberaient sous la juridiction du jeune nain blond et ça, c'était un point à prendre en compte. Fili était un prince héritier, bientôt un roi si Thorin et sa compagnie parvenaient à tuer Foster, il n'avait rien à faire à Erebor, sa place était sur un trône, celui des Montagnes Bleues. Si Kili avait été aussi réticent à s'attacher à Thorin, c'était parce qu'il savait qu'il ne reviendra pas avec son oncle dans son royaume, parce que une fois que Foster sera enterré, lui et son frère resteront en Ered Luìn pour gouverner Norgrod. Et ça, ni Thror, ni Thorin semblaient y avoir songé.

- Dis donc, ce ne serait pas le prince déchu qui revient à la maison ?

Kili fit volte face immédiatement au son de la voix, distrait, il n'avait pas sentit qu'il était observé.

- Mais oui, tu as raison, c'est bien lui !

Et, devant le jeune brun, un mauvais sourire aux lèvres, un regard méchant aux yeux, se tenaient deux des sbires de Foster.

- Et tu sais ce qu'il va faire, le gentil prince déchu ?
- Il va nous suivre gentiment, sans poser de problème.
- Vous pouvez toujours rêver !

Kili s'élança vivement sur eux, le poignard de Thorïn à la main. Il réussit à lacérer un bras, trancher une cuisse, avant que l'un des deux ne l'empoigne, et le coup de poing qui s'écrasa contre son ventre le plia en deux. Il entendit vaguement les rires gras qui éclatèrent, trop occupé à chercher sa respiration.

- Il était pas censé revenir avec l'Arkenstone le déchet ?

Deux bras empoignèrent Kili et le maintinrent contre un torse suant, il avait beau se débattre, il n'avait pas la force de lutter ou se libérer. Le deuxième soldat se mit face à lui et s'abaissa à sa hauteur.

- Je ne le vois nul part le joli cailloux, Papa Foster sera déçu, très déçu.

Pour toute réponse, il se prit un violent coup de tête dans le nez, et, d'une torsion agile, Kili réussit à se défaire de celui qui le tenait. Mais il se prit un coup qui l'envoya contre le mur, où il resta sonné quelques secondes. Le temps de voir un monstrueux poing propulsé vers son visage, il ferma les yeux en attendant le choc, faute de pouvoir le parer.

Un choc qui ne vint pas : Thorin, devant son neveu, faisant face aux deux soldats, venait d'intercepter l'attaque avec une facilité déconcertante. Il s'autorisa même un petit sourire narquois en direction de la brute qui venait d'essayer de frapper Kili.

Immédiatement, les deux sbires sortirent leur armes et se mirent en position de combat, ils ne savaient pas qui était devant eux, mais reconnaissaient en lui, grâce à sa posture, un adversaire redoutable, peut-être mortel. Thorin se permit un coup d'œil par dessus l'épaule pour évaluer l'état de Kili, avant de se concentrer sur son combat. Un combat qui ne dura que quelques secondes. Deux corps décapités tombèrent au sol, aux pieds du prince d'Erebor qui rengainait déjà son arme.

- Tu vas bien ?

La tête de Kili tournait un peu, mais il se reprit rapidement.

- Oui, je crois, qu'est ce que… qu'est ce que tu fais là ?
- Je t'ai dis que je t'accompagnerais non ? Tu n'aurais pas dû partir sans rien dire à personne.

Le ton ne portait aucun reproche, mais cela suffit à embarrasser Kili, qui baissa le museau. Au fond, il n'était pas habitué à ce que les gens qui l'entourent tiennent leurs promesses et encore moins qu'ils lui en fassent.

Il avait sincèrement pensé que Thorin avait mieux à faire que de s'occuper de son frère et lui.

Il senti la main de son oncle lui relever le menton, pour le regarder dans les yeux.

- Kili, je vais t'aider à retrouver Fili, je te le promets.
- Et… Que feras-tu… une fois que ce sera fait ?
- Qu'attends-tu de moi, Kili ?

La question prit le jeune nain au dépourvu qui resta interdit, ses yeux surpris ancrés dans le regard grave de son oncle.

- Je… Tout ce que je désire, c'est retrouver mon frère en vie.
- Rien d'autre ? Me demanderas-tu de partir une fois que ce sera fait ?
- Non !

L'exclamation catastrophée surprit autant Kili que Thorin et ce dernier cacha son sourire en constatant que son neveu commençait doucement à réfléchir pour lui et non plus seulement en fonction de Fili, même si cela restait inconscient. Tout comme il se sentit sincèrement heureux de voir pour la première fois une marque quelconque qui montrait que son neveu s'était attaché à lui. Il prit Kili dans ses bras, et pour une fois celui ci se laissa aller dans l'étreinte, allant même jusqu'à la lui rendre.

- Plus jamais Kili, plus jamais je ne vous laisserai seul.
- Je… Promets le moi, s'il te plait Thorin, promet moi que nous ne serons plus jamais seul.
- Je te le promets.

Il se sépara ensuite de lui et fit glisser son sac de son épaule duquel il sortit la collection d'épines et d'armes empoisonnées de son neveu qui s'en empara sans rien dire, conscient que, en agissant ainsi, Thorin lui montrait une confiance aveugle. Après tout, plus rien n'empêchait maintenant Kili de planter une aiguille paralysante dans la chaire de son oncle pour s'emparer de sa tête et l'offrir à son père. Rien, mis à part cette noble loyauté que Foster n'avait jamais réussi à éradiquer totalement.

Une fois que Kili se fut armé intégralement, ils se mirent en route en direction de la chambre de Fili. En passant devant les ouvertures extérieures, ils se rendirent compte qu'une tempête était levée, rugissant dans la vallée, faisant craquer les pins et amenant anormalement la nuit alors que la matinée touchait à sa fin.

Ils parvinrent rapidement mais discrètement dans l'aile réservée aux appartements royaux, déserte à cette heure ci. Kili courait presque et Thorin avait du mal à le maintenir. Une fois devant la porte de la chambre de Fili, Kili n'attendit pas et pénétra dans la pièce. Avant de tomber à genoux face au spectacle qui l'y attendait: La chambre aux meubles autrefois si beaux était ravagée, les débris de tous ce qui avait pu être minutieusement détruit gisaient au sol, les livres si précieux de Fili avaient été déchirés rageusement et ce sang, ce sang qui couvrait les murs, laissant des traces brunâtres, des traces en forme de doigts, de poings: le sang de Fili, Kili fit l'erreur de poser les yeux au sol et glapit lorsqu'il remarqua que lui aussi était couvert d'un sang maintenant brun, bien trop pour qu'il n'appartienne qu'à son frère.

A genoux devant les vestiges de la chambre de Fili, sans aucune trace de lui, Kili senti son esprit tomber, il était incapable de ressentir quoique ce soit, de penser à quoique ce soit. Sa tête était au moins aussi ravagée que la chambre à laquelle il faisait face. Son géniteur s'en était donc réellement prit à son fils aîné. Les immondes cauchemars qui le tourmentaient toutes les nuits rejoignirent alors la réalité et seul le réflexe de Thorin, qui fut de lui couvrir la bouche, tout en les enfermant dans la chambre détruite, à l'abri des regards, empêcha le brun de hurler son effroi. Les larmes inondant son visage dévasté, plié en deux par la douleur, cherchant une respiration qui ne venait pas, Kili ne parvenait plus à avoir de pensées cohérentes. Il avait tellement mal. Fili était peut être mort à l'heure actuelle.

- Shhhh, calme toi Kili, calme toi, on va le retrouver, je te le promet, on le retrouvera.

Thorin s'était agenouillé aux côtés de Kili et le tenait dans ses bras. Encore une fois, le réconfort fut tout ce qu'il était en mesure de lui donner.

- Il l'a tué, il l'a tué!
- On ne le sait pas, il est peut-être encore en vie.

A ce moment, les cloches d'alarmes de Nogrod se mirent en branle: le roi était attaqué. Ainsi donc, Dwalin et les autres nains avaient réussi à contourner la garde afin d'atteindre Foster. Ils n'avaient plus beaucoup de temps avant que les soldats ne rappliquent. Mais, s'ils s'en étaient tenu au plan, ils avaient dû enfermer Foster dans la salle du trésors, où le roi passait la plupart de son temps à y observer ses richesses. Ils avaient sûrement réussit à obstruer toutes les issues et les entrées, afin de les tuer, lui et ses sbires, tranquillement, sans que personne ne puisse pénétrer dans la salle.

Thorin éprouva de l'inquiétude pour ses vaillants et loyaux compagnons, mais à aucun moment il ne pensa que sa place était avec eux.

Il sentait encore le corps de Kili trembler sous sa main, oui, sa place était à ses côtés à lui, et plus que jamais Kili avait besoin de la présence de son oncle. Thorin sentait une rage sourde monter dans sa poitrine. Apparemment, vu l'agencement des débris, un combat avait eu lieu ici, un combat inégal et injuste, qui semblait s'être soldé par la mort d'un soldat de Foster, ou bien de Fili.

En plus de ça, il ne savait pas ce que le roi avait fait subir à son fils au point que celui-ci n'en vienne à se blesser à sang, au point que l'esprit de celui-ci soit tourmenté jusqu'à fracasser ses poings contre les murs, y laissant des marques sans équivoque. Mais ce qu'il savait, c'était que pour qu'un nain en arrive à se faire du mal soi-même, il fallait vraiment le pousser à bout et atteindre la limite du supportable ne suffisait pas toujours. Et cela faisait plus d'une soixantaine d'années que le blond subissait le harcèlement moral de son père qui cherchait avant tout à avoir son obéissance et sa soumission. Il ne savait pas non plus pourquoi le roi s'acharnait ainsi sur ses enfants, ni de quoi il était capable et, surtout, il ne savait pas dans quel état ils retrouveraient Fili, s'ils le retrouvaient un jour.

O0O

- Et que comptez vous faire une fois que vous m'aurez tué ? Si vous parvenez à me tuer bien sûr...
- On crachera sur ton cadavre.

La réponse de Gloin avait fusée, et la tension dans la salle du trésor s'alourdit encore.

Les neufs nains se tenaient face à Foster et six de ses meilleurs gardes du corps. Bombur, Dori et Bifur venaient de condamner les portes, plus personne ne pouvait pénétrer dans la salle, et plus personne ne pouvait en sortir. A l'extérieur de la salle, les alarmes de la cité résonnaient lugubrement, et l'on pouvait deviner le déploiement de la garde devant les portes.

Foster, pour s'en sortir, devra faire en sorte de les tenir le plus longtemps possible, le temps que ses soldats ne parviennent à pénétrer dans la salle.

- Voyons, et après cela vous pensez rentrer tranquillement à Erebor ? Vous pensez sincèrement que l'histoire s'arrêtera là ? Que votre crime restera impuni ? Que mon héritier et successeur ne cherchera pas à me venger en attaquant votre si beau royaume ? Avez vous seulement réfléchit à votre acte, nains d'Erebor?

Foster se tut, savourant le souffle d'incertitude qui balaya un instant le groupe adverse.

- Ton héritier…

La voix rauque de Dwalin roula dans la pièce

- Lorsque l'on voit ce que tu fais à tes enfants, je pense que ton héritier sera le premier à venir t'écraser dès que l'occasion se présentera.

Foster sembla surpris un instant à l'évocation de ses enfants, fronçant les sourcils en se demandant pourquoi Dwalin avait l'air si en colère.

- Et pour ce qui se passera après ta mort, rien ne pourrait être pire que ce que tu prépares maintenant.

Les nains d'Erebor avancèrent de manière menaçante suite aux paroles de Bofur, toutes lames tirées.

Foster se permit un sourire, il n'avait pas encore tiré toutes ses cartes.

- Et si vous vous trompiez ? Si je n'étais que la pauvre victime dans l'histoire ? Connaissez vous réellement vos monarques? Avez vous vu de quelle manière votre bon roi Thror passe son temps dans les salles emplies d'or ? Etes vous satisfait de la manière dont vous traite Thorin, comme des chiens ? Si vous vous joigniez à moi, je vous promets bien plus de richesses que ces trois là ne pourront jamais vous offrir.
- Plutôt mourir !

Le cri du cœur poussé par Ori fut rejoint par les exclamations outrées de tous les autres. Foster commençait doucement à perdre contenance, et, au moment où les nains d'Erebor, allèrent charger, il lança sa dernière attaque, la plus osée et la plus sournoise de toutes :

- Dis moi Dwalin, n'était tu pas le meilleur ami de ce jeune prince, Frérin ? Savais-tu que ce pauvre nain t'avait en adoration ? Il a même essayé de se défendre avec l'une de tes haches lorsque j'ai brisé son épée. Je pense que je me rappellerai toujours de la tête qu'il a fait lorsque ma lame a traversé son ventre, on aurait dit qu'il niait totalement la possibilité qu'il puisse mourir des mains du mari de sa soeur. Dommage qu'il n'ait jamais appris à combattre, ça aurait pu être plus marrant. Il devait avoir l'âge de Kili à l'époque si je me souviens bien, ils se ressemblent beaucoup tu ne trouve pas ?

Le silence qui lui répondit était terrifiant.

Dwalin se contentait de le regarder, parfaitement immobile. Seul le tremblement de ses haches, due à la pression immense qu'il exerçait dessus, montrait qu'il n'était pas fait de pierre. Tous les autres nains étaient aussi immobiles que lui. Et ce silence qui s'étendait, prenant en opacité, jusqu'à devenir palpable. Au loin, la tempête continuait de gronder, prenant de l'ampleur d'heure en heure.

Soudain, dans un hurlement de rage, les nains d'Erebor se projetèrent sur ceux d'Ered Luin. Foster se cacha immédiatement derrière ses sbires, qui, même à six contre neuf, offraient une défense acharnée.

La bataille fut violente, mais Foster avait réussi son coup : un guerrier enragé, même s'il avait bien plus de puissance et de force, perdait en reflexe et en agilité, et Dwalin n'était pas enragé, ça allait bien plus loin. La mort du jeune Frérin avait fait énormément de mal à Dwalin, Thorin et aux nains d'Erebor, et il pensait avoir fait son deuil. Mais entendre Foster, la personne même qui lui avait pris la vie, parler du plus jeune prince avec aussi peu de respect lui avait fait tourner la tête, il ne voulait qu'une chose à présent : massacrer Foster.

Le roi évita facilement ses assauts, profita que l'un de ses soldats attaque le grand guerrier pour se précipiter sur un cor en or massif, qui siégeait au centre de la salle, et, prenant toute sa respiration, il souffla de toutes ses forces dans l'instrument, dont le rugissement fit trembler la montagne entière et ses environs, atteignant les cavernes les plus profondes, les échos se répercutant violemment contre les murs, là où patientaient les troupes qui frémir immédiatement.

Le signal du départ venait d'être donné : Dans un fracas épouvantable, l'armée immonde se mit en marche vers l'Est, vers Erebor.

Profitant de l'étourdissement des combattants de la salle, engendré par la puissance du son, Foster parvint à atteindre une issue connue de lui seul, lui permettant de sortir discrètement de la salle. Si toute cette joyeuse compagnie qui ne lâchait jamais Thorin était là, cela ne voulait dire qu'une seule chose: Le prince d'Erebor avait rappliqué. En plus, vu l'allusion que Dwalin a fait sur sa manière de traiter ses enfants, cela voulait sûrement dire que Kili s'était fait prendre, et, étant donné le plan parfaitement bien orchestré que les guerriers d'Erebor ont mis en place pour le coincer dans la salle du trésor, Kili ne pouvait que les avoir aidé. Et si ni Kili, ni Thorin n'étaient là pour le tuer, il n'y avait qu'une seule raison: ils venaient chercher Fili.

Foster eu un sourire malsain, il tenait enfin l'occasion de détruire les trois plus jeunes membres de cette lignée immonde.

Plus loin, Kili et Thorin cherchaient frénétiquement la moindre trace du prince blond. L'esprit de Kili, embrumé par la panique, était incapable de réfléchir correctement à un lieu où Foster avait bien pu enfermer son frère. Et Thorin était très inquiété par le retentissement soudain du cor, suivis par l'angoissant remue ménage qui prit place dans la cité à ce moment, du brouhaha d'une activité intense, d'une armée en marche. Il avait peur de ne jamais revoir ses loyaux compagnons, tout comme il craignait ne jamais retrouver l'Erebor qu'il connaissait.

Ils s'étaient rendus dans beaucoup de lieux où Fili aurait pu être enfermé, ce fut ainsi que Thorin eut l'horreur de découvrir la salle de torture privée du roi, dont les instruments portaient encore des traces de sang séché, celui de Kili, ou de Fili, les cellules d'emprisonnements lugubres et plusieurs autres pièces de la sorte, mais aucune trace de Fili.

- Kili... Kili ! Attend ! Ca ne sert à rien de courir partout, Nogrod est immense, calme toi et essaie de te mettre à la place de Foster, qu'attend t-il de Fili ?

Kili essaya de reprendre son souffle, son cœur battait tellement vite, tellement fort, qu'il lui faisait mal. Encore une fois, il repensa à son géniteur. Qu'attendait-il de Fili ? Soudain, ses yeux s'écarquillèrent. « Là où est ta place! »

- La salle du trône !

Ils se précipitèrent vers la salle en question, remerciant les Valars qu'ils n'aient pas à se cacher: l'intégralité de la garde étant occupée à forcer les portes de la salle du trésor, et la totalité de la population était en train d'acclamer les soldats partant en guerre, l'armée des nains et des hommes passant par la surface, celle des orques et des gobelins rampant sous terre, à l'abri des regards: Erebor devra faire face sur deux fronts.

Lorsqu'ils passèrent encore une fois devant les fenêtres, devant le spectacle des arbres dévastés par le vent, Thorin marqua un temps d'arrêt, et resta figé à observer la tempête, qui avait maintenant tout d'un ouragan, son visage devenant de plus en plus sombre alors qu'une lourde angoisse lui vrilla la poitrine.

Terrible, la suite des événements allait être terrible.

- Thorin ?
- Shhh !
- Que se passe t-il ?

Le hurlement du vent lui répondit, hurlement qui ressemblait bien plus à

- Un dragon !

A ce moment, un rugissement horrible fit trembler les fondations de la montagne et Thorin eut juste le temps d'attraper Kili pour l'éloigner des ouvertures avant qu'une pluie de feu ne s'y écrase.

Kili n'eut même pas le temps de cligner des yeux, tout devint un tourbillon de cris, de flammes et de terreur. Le dragon s'attaqua en premier à l'armée des nains et des hommes qui sortait de la montagne, les prenant totalement par surprise, les noyant dans un magma de feu et de lave. Une armée qui fut dissoute en très peu de temps. Trop peu de temps car, lorsque le dragon s'attaqua à la ville sans défense, les gardes, qui à l'arrivé du dragon étaient occupés devant la salle du trésor, privés de Foster pour leur donner des directives, n'eurent pas le temps de s'organiser pour contrer l'attaque et évacuer les citoyens: nains, naines et enfants qui furent piégés dans la mine embrasée.

Le cracheur de feu commença à ravager la partie externe de la cité minière, tuant et brûlant tout sur son passage. En un instant, la population en liesse devint une masse grouillante et hurlante, terrorisée et déboussolée.

Sans attendre, Kili s'était propulsé vers la salle du trône, Thorin sur les talons, ne cherchant plus à se faire discret : plus personne ne faisait attention à personne, les couloirs étaient emplies de cris, de terreur et de souffrance, le feu commençait à se propager dangereusement, l'air devint suffoquant. Et, partout, les cris et hurlements de la population désespérée déchiraient l'air.

Foster, devant un balcon, l'esprit vide et choqué, fut en première loge pour voir sa brillante armée partir en fumée. « NON ! NON ! NON ! » Secouant la tête comme un dément, sourd aux hurlements et aux plaintes de son peuple qui mourrait sous ses yeux, Foster tentait de nier la réalité. Cela ne se pouvait pas ! Ce n'était pas possible ! Son armée, sa cité ! Ca ne pouvait pas être possible, même dans ses pires cauchemars les choses ne se passaient pas ainsi. Jamais un dragon n'avait été vu aussi loin au Sud ! Qu'est ce que celui-ci faisait ici ? Pourquoi était-il là ? Soudain, la peur et l'incompréhension qui tournaient dans son cœur se glacèrent, et une rage folle lui monta à la tête. Dans son esprit malade, Foster venait d'associer l'attaque du dragon avec la présence des héritiers de Durin sous sa montagne. En feulant, Foster fit demi tour, récupéra toutes ses armes empoisonnées, rameuta quelques uns de ses loyaux sbires qui observaient avec effarement la population naine qui, plusieurs étages plus bas, se faisait massacrée par le feu, et se dirigea rapidement vers la salle du trône. Il allait détruire les maudits descendants de Thror, dans son esprit tourmenté, rien d'autre n'avait d'importance.

Dans la salle du trône enfumée, vide, mais qui résonnait des hurlements de souffrance de la population et des rugissements du dragon, Fili commençait à paniquer. Il n'arrivait pas à se défaire des liens qui le maintenaient au pied du trône, là où était sa place, et il commençait à suffoquer, la fumée qu'il respirait lui brûlait les poumons, ses yeux douloureux laissaient des larmes d'impuissance s'échapper. Il ne voulait pas mourir ainsi, pas comme ça, pas alors qu'il était seul, terriblement seul. Et ces cris ! Bon dieu, même si Fili n'avait jamais voulu hériter de ce royaume, il ne supportait pas de voir, d'entendre le peuple des Montagnes Bleues mourir, et de manière aussi atroce! Il devait faire quelque chose, il devait leur trouver des moyens de sortir d'ici, il ne pouvait pas les laisser ainsi, son rôle de prince était de les guider dans la tourmente ! Mais il était totalement impuissant et, même s'il avait réussi à se défaire de ses liens, il n'aurait pu aller bien loin: son corps brisé n'avait plus la moindre force, c'était à peine s'il serait capable de se lever.

Le sang coulait maintenant de manière ininterrompue de ses poignets entravés, tellement il s'était débattu pour les retirer.

- Ô Kili, je t'en supplie, viens à mon secoure je t'en supplie, ne me laisse pas seul face à la mort.

Fili ferma les yeux. Tout son corps irradiait de douleur, à cause de la fumée, à cause des traitements de Foster, à cause de ces liens qui lui sciaient les poignets, et surtout à cause de l'absence de Kili. La seule chose pour laquelle il fut heureux, ce fut l'idée que son petit frère était actuellement l'abri, à Erebor, loin de ce cauchemar monstrueux. Sentant la vie l'abandonner, drainée par cette fumée étouffante, ce sang qui coulait des plaies ouvertes par la folie de Foster et ce désespoir qui avait obstrué toute pensée heureuse, Fili se recroquevilla et posa sa tête au sol, il ne voulait pas gâcher ses dernières force à lutter vainement, il préférait les utiliser pour penser une dernière fois à Kili, et à tous les bons moments qu'ils ont passé ensemble, les seuls bons moments qu'il eût connu dans sa courte vie.

Quand, soudain, la porte Ouest de la salle s'ouvrit pour laisser place à Foster, l'air plus fou que jamais, dont les yeux luisaient d'un éclat furieux, Fili eut un sursaut d'horreur et gémit faiblement, toute fierté ayant abandonné son corps depuis un bon moment. Mais, alors que son géniteur s'avança sur lui les armes au clair, la porte Est explosa avec fracas, et Kili déboula dans la salle du trône, suivit de près par un nain majestueux que Fili reconnu sans peine alors qu'il ne l'avait jamais rencontré auparavant.

O0O

Dans la salle du trésor, les neuf nains d'Erebor, sains et saufs, venaient de mettre au tapis les six guerriers de Foster.

- Tu es sûr de toi ?
- Il a raison ! C'est bien un dragon, je peux sentir l'odeur du souffre à plein nez.
- Dans ce cas, nous devons immédiatement sortir d'ici, la salle du trésor est surement la seule chose qu'il convoite !

Suivant le conseil de Balïn, tous les nains se précipitèrent hors de la salle du trésor, ne prenant pas la peine de se cacher en empruntant la porte principale.

Une fois dans les immenses couloirs enfumés de la cité, Ils se trouvèrent confrontés à une population de nains affolés et sans aucune aide. Les naines, les enfants et les marchands, livrés à eux mêmes, sans aucune directives, pris aux piège par le feu qui consumait une grande partie de la cité hurlaient, pleuraient où se bousculaient avec effroi. Les neuf nains d'Erebor firent alors la seule chose qui semblait adaptée : Ils prirent en charge l'évacuation des biens et des habitants de la mine afin d'en sauver le plus possible de la catastrophe qui venait de s'abattre sur eux.

Smaug le Doré, le plus puissant dragon de son temps, avait entendu parler des richesses amassées sous le Mont Dolmed, et venait se les approprier.

Et, pendant ce temps là, l'armée des orques continuait sa route vers Erebor.