Te briser en mille morceaux.

Cette fic est écrite dans le cadre de la 102ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Verre". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.

Fin de Nuit oblige, j'ai fait ce texte en décalé, donc sûrement en plus qu'une heure.

Un observateur peu attentif et surtout peu connaisseur de la situation aurait pu penser que la reine Belle n'était qu'une poupée de verre, faible et fragile.

Mais Raiponce, elle, savait pertinemment que la reine était aussi dur que l'acier.

Mais elle savait aussi qu'elle n'était pas indestructible non plus, et qu'elle pourrait parfaitement la faire passer d'acier à verre, avec le temps.

Une nuit, alors qu'elle faisait l'amour à Raiponce, la rein sentit des doigts autour de son cou, mais, alors qu'elle ouvrait les yeux, elle constata que les choses n'avaient pas changé.

Tout allait bien.

§§§§

Trois semaines plus tard, Raiponce commença à mettre son plan à exécution.

Elle retourna voir son père, dont le regard s'illumina quand il comprit ce qu'elle avait trouvé et qu'elle portait désormais autour du cou.

Ils discutèrent pendant des heures, et se mirent d'accord sur la marche à suivre : il fut décidé qu'elle frapperait le soir même.

Mais avant, elle avait quelque chose à faire.

Sortant du château, et frissonnant à cause du froid, elle se figea en voyant la vieille femme en face d'elle.

Vieille femme qu'elle avait contacté peu de temps auparavant.

Celle-ci se mit à sourire, et Raiponce tenta de soutenir vaillamment son regard.

« Alors, finit-elle par demander à la sorcière de la tour. Comment je procède ? »

Cette fois-ci, le regard de la sorcière plusieurs fois centenaire se chargea de pitié.

« Vous savez ce que vous risquez…

- Ouais… Je sais ce que va m'arriver, plutôt. Mais de toute façon, je pense que rien ne peut être pire que ce qui est maintenant. Puis elle fronça les sourcils. Ouais, c'était plus clair dans ma tête…

La sorcière eut un léger sourire, puis hocha la tête.

« Très bien… »

§§§§

Raiponce entra dans la pièce maudite, un verre à la main, les jambes tremblantes.

Dieux, qu'elle haïssait la magie.

Celle de Belle, qui avait failli la réduire à néant.

Celle de la sorcière, qui n'était pas mieux.

Elle regarda l'objet enchanté en face d'elle, sa main se resserra sur son verre, et elle se força à prendre une grande inspiration.

Elle regarda la quenouille, regarda son verre, se souvint de tout ce que la Bête avait pu faire, et pensa à tout ce qu'elle pourrait faire encore, et elle se décida.

Maintenant, il s'agissait de sauter dans le vide.

La révolution commençait à l'instant même.

Bientôt, tout serait réduit à néant.

Y compris elle-même.

§§§§

Belle ne se doutait de rien.

La personnalité calculatrice de la Bête se mélangeait semble-t-il à la personnalité un peu plus naïve que possédait Belle.

La reine était double, ange et monstre, ombre et lumière, pouvant passer de la cruauté la plus noire à la gentillesse la plus pure, et c'était aussi pour cela que Raiponce avait tant de mal à s'en prendre à elle.

(Ça et le fait qu'elle était amoureuse d'elle…)

Enfin, jusqu'à ce soir.

Aussi, lorsque Raiponce lui tendit un verre de vin, elle ne s'en méfia aucunement.

Elle aurait pu comprendre la vérité en voyant le sourire triste que son amante lui envoya, mais à vrai dire, elle était habituée à ce que Raiponce semble malheureuse, après tout, c'était bien le principe de leur relation, non ?

Une relation malsaine et toxique, dominée par elle seule.

« C'est vraiment triste, tu sais Belle… Parce que les choses auraient réellement pu être différentes, si tu l'avais voulu… »

La reine ne comprit pas.

Et soudain, elle se figea, regardant de plus près son verre.

Il y avait quelque chose de bizarre dans la couleur de la boisson, quelque chose de sombre qu'elle ne reconnut pas.

Il y avait autre chose.

Elle ne pouvait plus bouger.

« Qu'est-ce que tu as mis dans mon verre, Raiponce ? Demanda alors Belle, la voix tremblante de rage, le regard sombre. »

Cette fois-ci, le sourire de Raiponce se fit éclatant et victorieux.

Se débarrassant de l'écharpe qu'elle portait encore quelques secondes plus tôt, elle dévoila alors son cou, autour duquel se trouvait un objet que Belle ne connaissait que trop.

Alors, la reine comprit une chose qu'elle était encore la seule à ignorer.

« La clef ! Tu me l'as dérobée ! Mais… comment ?

- Quand on faisait l'amour… J'en avais fait faire une copie… Ça a été facile, tu sais… Tellement facile. »

Les larmes coulaient désormais librement sur les joues de Raiponce.

Belle comprenait ce qu'elle voulait dire…

Oui, ça avait été très simple, parce qu'elle faisait confiance à Raiponce, ou plutôt parce qu'elle pensait que celle-ci aurait trop peur pour oser se dresser contre elle.

Elle pensait l'avoir dressée, l'avoir brisée.

Et pourtant…

« Pourquoi ?

La jeune femme se rapprocha d'elle et prit son visage entre ses mains, lui souriant, avant de l'embrasser.

- As-tu vraiment besoin de poser la question ? N'as-tu donc aucune conscience de ce que tu es devenue, ma douce Belle ? Mon amour… Je t'ai aimée, tu sais… tellement aimée… Avant que tu ne détruises tout. Et je crois qu'une part de moi t'aime encore… Mais je ne peux pas te laisser tout réduire en cendres… Tu es un monstre, mon amour.

- Je t'aime, protesta faiblement la reine, et peut-être était-ce vrai, mais cela changeait-il quoi que ce soit à ce qu'elles étaient ? À ce qu'elles étaient devenues.

- Et alors ? Qu'est-ce que ça change au juste ? Rien… Ce que nous avons, ce n'est pas de l'amour, et même si s'en était… Ce que nous avons est toxique. Tu as essayé de me rendre dépendante de toi, et ça a failli marché… Sauf que je ne pouvais pas te laisser continuer. »

Une brève lueur de lucidité passa soudainement dans les yeux de Belle, alors qu'elle commençait à ressentir une vague douleur.

« Toi… Tu vas mourir. Tout comme moi. Et ton père.

- Exact… Seulement… Cette vie d'esclave ou de prisonnier que tu nous as forcés à vivre… Ce n'était rien d'autre qu'une prison… Pour moi, c'était ça la mort, c'était ça l'horreur. Crois-tu vraiment que pour moi et pour lui, la mort peut réellement être pire que ce que tu as fait de nous ?

- Qu'est-ce que tu m'as fait ? Répéta-t-elle obstinément, voulant seulement comprendre.

- J'ai parlé avec la sorcière de la tour… Je l'ai faite venir ici… Elle m'a montré comment transférer un peu de la magie de la quenouille dans ce verre… Une magie qui te tuera bientôt. Elle n'est pas venue directement au château par elle-même parce qu'elle savait qu'une fois qu'elle serait rentrée à l'intérieur, tu aurais sentie sa présence, et tu aurais compris…

Belle éclate soudain de rire, et pendant quelques secondes, son amie et amante crut la voir à nouveau devant elle, étant elle-même, comme autrefois, et elle sentit son cœur se briser.

- Félicitations Raiponce… Bien joué. On dirait bien que tu as gagné… On a combien de temps ?

- Très peu.

- Tu penses qu'il y a un autre côté ? Un autre monde, où on pourrait se retrouver après la mort ? Un ailleurs où on serait heureuses ?

- Si ce c'est le cas, j'espère que je t'y retrouverais, et que là-bas, la Bête sera morte, et que tu ne seras plus double. »

Un sourire douloureux passa sur le visage de Belle, qui sembla s'apaiser, et effacer un peu la monstruosité de la Bête.

« Je l'espère aussi… Je t'aime Raiponce. »

Et cette fois-ci, Raiponce la crut.

C'était comme si la magie de la quenouille avait effacé la Bête pour toujours.

Raiponce lui offrit alors un dernier baiser d'adieu.

« Je t'aime aussi Belle. »

Cette dernière ne l'entendit même pas.

Elle était déjà morte.

Quand Raiponce sombra sur le sol et s'éteignit, morte, ce fut avec le sourire aux lèvres.

FIN.