― Je peux vous poser une question, mademoiselle Swan ?
La séance du club d'athlétisme venait de s'achever, et Emma encore sur le stade rassemblait le matériel à ranger. La plupart des élèves avaient filé vers les vestiaires sans demander leur reste, mais comme à son habitude Henri était resté pour l'aider, ainsi que Violette, une des filles de sa classe, qui portait à Henri un intérêt timide dont il ne semblait guère s'apercevoir.
Emma posa la haie qu'elle transportait et adressa un sourire circonspect à Henri :
― Pose toujours, on verra bien !
Henri jeta un regard circulaire pour s'assurer que personne ne risquait de l'entendre, et demanda avec un mélange de gêne et de détermination :
― Pourquoi vous aimez bien ma mère ?
La question embarrassa Emma. Décidément, y avait-il encore quelqu'un dans cette école qui ne s'était pas aperçu de son intérêt pour la directrice ? Rien qu'une semaine auparavant elle en aurait perdu le sommeil, mais elle pouvait désormais remercier le ciel que Regina ne considère cet intérêt que comme une infatuation d'écolière et ait pris le parti de s'en amuser.
― Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-elle à son tour non sans curiosité. Elle se surveillait toujours devant les élèves pourtant, cela allait tellement de soi qu'elle n'avait même pas besoin d'y penser.
Henri lui jeta un regard étonnamment perspicace pour un garçon de son âge.
― Je vois comment vous la regardez, fit-il remarquer d'un ton neutre. Et aussi comment vous lui parlez. Vous la respectez vraiment, n'est-ce pas ?
― Ta mère est une excellente directrice, biaisa Emma. Je respecte ses qualités professionnelles. Pourquoi ça t'étonne, tu ne la trouves pas respectable ?
Henri se rembrunit, et en guise de réponse ramassa une pleine brassée de haies qu'il traîna non sans mal sur le bord de la piste.
― Ma mère est une excellence directrice jour, nuit, vacances et week-end, finit-il par marmonner. Elle n'arrête jamais. Et moi je n'ai qu'un seul droit, celui d'être un élève modèle. Je voudrais juste avoir une mère normale et être un élève ordinaire dans n'importe quel autre lycée plutôt que celui-ci !
― Grâce à elle, tu as la chance d'étudier tranquille dans un très bon établissement, tu sais que ce n'est pas donné à tout le monde, remarqua Emma.
Elle voyait ce que voulait dire Henri cependant, même si elle était prête à parier que dans un lycée public il aurait été méprisé, traité d'intello, pris comme souffre-douleur par les brutes épaisses de l'équipe de football, et probablement racketté par les caïds de l'école. Elle garda pour elle ce diagnostic peu flatteur et se contenta de demander avec une certaine sympathie :
― Ta mère est exigeante, n'est-ce pas ?
Il leva sur elle son regard brun désemparé.
― Rien de ce que je fais n'est assez bien pour elle, murmura-t-il. Elle n'est jamais contente.
Emma esquissa un sourire.
― Tu as remarqué qu'elle est comme ça avec tout le monde, non ? Elle n'est jamais contente de personne ! C'est sa façon de pousser les gens à donner le meilleur d'eux-mêmes !
Henri soupira.
― Mais vous ne la voyez qu'au travail et ensuite vous avez la paix. Moi je rentre à la maison et ça continue.
Emma réfléchit quelques instants. Henri semblait vraiment découragé. C'était un brave gamin, travailleur et consciencieux, mais si rien ne venait le remotiver il risquait de faire un burn-out. Elle s'approcha de lui et lui posa une main sur l'épaule.
― As-tu remarqué, chuchota-t-elle sur le ton de la confidence, que quand ta mère est vraiment mécontente, la cicatrice sur sa lèvre devient toute blanche et se voit davantage ?
Henri la regarda avec étonnement. Elle lui adressa un sourire complice.
― Fais-y attention la prochaine fois qu'elle te crie dessus. Si tu ne vois pas sa cicatrice, c'est qu'elle n'est pas fâchée contre toi mais qu'elle essaie juste de te pousser à faire de ton mieux. Que veux-tu, elle est comme ça, il faut bien faire avec !
Henri s'éloigna songeur, les bras chargés de haies. Puis il se ravisa et se retourna gauchement, empêtré par son chargement :
― Merci mademoiselle Swan ! Bonne soirée !
Et il la gratifia d'un sourire juvénile avant de regagner le gymnase d'un pas plus léger.
Curieux, se dit Emma, que Regina n'ait pas l'air capable de materner son propre fils. Pourtant, c'est tout à fait dans ses cordes…
Elle repensait à la Regina si prévenante qui consacrait toute son attention à réparer avec soin les dégâts qu'elle avait causés dans son donjon, juste avant de la régaler de pâtisseries maison. Mais peut-être Regina ne pouvait-elle atteindre ce stade de sollicitude qu'après avoir laissé libre cours à son envie de faire souffrir, ce qui expliquait pourquoi elle ne parvenait pas à se montrer aussi attentionnée avec son fils ?
Quoi qu'il en soit, songea Emma, j'espère ne pas avoir déclenché la guerre civile chez les Mills en vendant la mèche. Ce gamin avait bien besoin d'un coup de pouce, mais restait à espérer qu'il sache utiliser le tuyau à bon escient ! Il n'était jamais sans danger de se mêler des affaires d'autrui, et si Emma avait à cœur d'aider ses élèves, elle tenait plus encore à sa place dans la vie de Regina.
Le dimanche suivant, Emma se présenta néanmoins à la ferme sans arrière-pensées, impatiente de découvrir ce que lui avait préparé Regina. Celle-ci, égale à elle-même dans un ensemble de cuir noir époustouflant, emprisonna la tête et les mains d'Emma dans un véritable pilori, parvint à la dévêtir presque totalement malgré ses entraves, et s'en donna à cœur-joie une fois son corps nu exposé. Très en forme, Regina alternait taquineries douloureuses et véritables caresses. Emma qui ne pouvait tourner la tête et ne la voyait pas, se trouvait dans l'impossibilité d'anticiper ce qui allait se passer la seconde suivante. Tous les sens en alerte et déjà presque au bout de sa résistance, elle ne s'efforçait pas de retenir son orgasme par principe cette fois, mais par crainte de se déboîter le cou si d'aventure ses jambes venaient à la lâcher sous l'effet du plaisir. Ce pilori avait l'air bien plus solide que ses vertèbres cervicales, auxquelles elle avait la faiblesse de tenir.
― Votre majesté, haleta Emma chancelante, je vais me rompre le cou si nous continuons !
Regina s'approcha d'elle par-derrière et lui pinça le bout des seins, qu'elle tordit d'une main ferme tout en lui susurrant dans le cou :
― Crois-tu donc obtenir l'extase sans prendre de risques, esclave ?
Pendant un interminable et délicieux moment d'agonie, Emma parcourue de frissons sentit les lèvres et la langue de Regina se promener sur son dos nu tout le long de sa colonne vertébrale depuis la base de son cou jusqu'au creux de ses reins. Elle poussa un cri lorsque Regina lui mordit soudain l'intérieur de la cuisse. Mais toujours là où elle ne l'attendait pas, la voix de Regina lui souffla tout à coup dans la nuque :
― Tu me fais confiance, n'est-ce pas ? Laisse-toi faire, esclave, et je te promets une récompense !
Une récompense autre que celle de mourir de plaisir juste avant de se casser le cou ? A vrai dire si l'on en venait là, dans cette situation Emma avait effectivement confiance en Regina plus qu'en elle-même. Sa peur irrationnelle n'était qu'une des composantes du jeu instauré par sa maîtresse. Autant assumer et jouer son rôle jusqu'au bout.
― Vos désirs sont des ordres, votre majesté, gémit Emma tremblante de désir et d'appréhension.
Ce fut aussi exquis et terrifiant qu'elle s'y était attendue, et son cœur s'arrêta un bref instant lorsque ses jambes finirent par se dérober sous elle, balayées par une vague de plaisir irrépressible. Mais Regina, qui l'avait poussée au-delà de ses dernières limites sans même recourir au contact direct, fut bel et bien là pour la rattraper solidement au dernier moment, et avant même qu'Emma n'ait repris son souffle, elle était libérée de ses entraves et roulait au sol dans les bras de sa maîtresse.
― Merci, votre majesté ! soupira Emma soulagée. Elle sentit Regina lui parcourir du bout des doigts la base du cou et les poignets, à la recherche d'éventuels dégâts causés par le pilori.
― Je n'ai rien, ajouta-t-elle en tâchant de s'asseoir, ce qui propagea derechef de puissantes ondes de plaisir dans tout son corps. Elle se laissa retomber en arrière et s'appuya sur les coudes en soupirant.
Regina la considéra un instant puis déclara d'un ton satisfait :
― Tu as tenu parole, esclave. A mon tour à présent.
Et sous les yeux ébahis d'Emma, elle entreprit de se déshabiller. Elle commença par ôter lentement son corsage sophistiqué, un minuscule bouton après l'autre, et l'envoya voler aux confins de la pièce. Elle négligea de retirer son soutien-gorge de dentelle noire et se débarrassa de ses talons aiguilles d'un geste désinvolte. Puis elle dégrafa sa traîne et déboutonna son pantalon de cuir. Celui-ci était si ajusté qu'elle dut se déhancher avec art pour le retirer en le retournant comme un gant. Seule Regina était capable de rendre érotique une telle bataille avec un pantalon récalcitrant, pensa confusément Emma, la bouche sèche et les yeux écarquillés. C'était Noël tout à coup, et elle entendait bien ne pas perdre une miette du spectacle.
Uniquement couverte de ses sous-vêtements à présent, Regina prit le temps de remettre ses hauts talons et vint enjamber Emma, qui toujours à demi-écroulée par terre, dut lever la tête pour croiser son regard.
― Choisis bien, esclave, dit Regina avec un petit sourire. Tu as dix minutes pour me retirer le vêtement de ton choix et faire tout ce qui te plaît.
Emma n'en croyait pas ses oreilles et son cœur se mit à battre si fort dans sa poitrine que pendant un instant elle n'entendit plus rien d'autre.
Elle n'hésita qu'une fraction de seconde avant de s'agenouiller pour lui enlever le bas. Dix minutes, il n'y en avait pas une à perdre ! Peut-être cela ne suffirait-il pas pour faire jouir Regina, mais elle comptait bien essayer en tout cas. Obligeante, Regina prit appui sur les épaules d'Emma tandis que celle-ci lui ôtait sa petite culotte de dentelle noire. Elle ne semblait guère perturbée. Emma, bien plus troublée, resta à genoux et la caressa lentement du bout des doigts. Dix minutes n'allaient jamais suffire à étancher le désir infini qu'elle ressentait pour cette femme.
Comment diable Regina qui n'avait pas de montre s'y prit-elle pour surveiller l'heure ? Une seconde avant, elle était encore debout, légèrement chancelante, à peine appuyée aux épaules d'Emma, qui la tête entre ses jambes la buvait éperdument. Puis soudain elle la repoussa d'un geste ferme et sans équivoque. Emma, encore perdue dans les délices du moment, mit quelques instants à comprendre que les dix minutes s'étaient finalement écoulées. Elle ne put s'empêcher de gémir de frustration. Le rire de Regina résonna tandis que celle-ci s'agenouillait à ses côtés pour la gratifier d'un baiser impérieux.
― Bien joué esclave, chuchota-t-elle d'une voix plus rauque que de coutume, les pupilles si dilatées que ses yeux paraissaient entièrement noirs. J'ai presque failli laisser passer l'heure !
