Vous comprendrez bien vite que certains éléments de ce qui suit appartiennent à J.K. Rowling et à HPPSM : le reste est le fruit de mon imagination. J'ai lu le 6e livre en anglais : si « serment inviolable » n'est pas la bonne expression, merci de m'en informer! Ce chapitre m'a donné un sacré mal de tête : vos critiques et commentaires m'encourageront à continuer!

Chapitre 8

Témoins, complices et espions

Quelque part au Royaume-Uni, dans un sinistre village de campagne …

Lorsque l'homme vêtu de noir et la femme blonde se prirent par la main et que la femme aux paupières lourdes sortit sa baguette magique avec une certaine hésitation pour les lier dans un Serment Inviolable, une troisième femme, celle qui n'aurait pas dû se trouver là, se mit à paniquer. Elle était enfermée contre son gré dans une minuscule pièce, protégée par de puissants charmes qu'elle tentait de défaire en marmonnant des contre-sortilèges, sans perdre de vue, par un trou laissant passer la lumière, la scène affolante qui se déroulait au dehors. Son corps athlétique était appuyé de tout son poids contre la cloison. Elle déglutit et se mit à réfléchir à toute vitesse : « Qu'est-ce que McGonagall ferait? Qu'est-ce que Lupin ferait? Qu'est-ce que Fol-Œil ferait? »

Son cœur sauta un battement : elle vit un premier serpent de lumière surgir de la baguette de la femme aux cheveux noirs. L'intruse se rappela soudain un sortilège ancien que sa mère lui avait appris il y a bien longtemps : la jeune femme joignit les mains en tenant sa baguette fermement, en posa la pointe sur son front puis l'inclina vers l'homme au visage sévère : « Immunitanimus » murmura-t-elle, avec un soupçon de désespoir. Elle répéta l'incantation deux autres fois, en dirigeant de toute sa puissance son énergie magique vers l'homme, au moment où les serpents de lumière liaient l'homme à la femme en un Serment Inviolable. Puis, épuisée, elle se laissa glisser par terre. Elle se frotta les bras pour se réconforter et baissa la tête.

Elle tairait ce qu'elle avait fait.

Pour le moment.

L'homme vêtu de noir, le visage figé dans une expression sévère, resta longuement debout sur le pas de la porte d'une maison mal entretenue : il regardait les deux femmes s'éloigner dans la nuit sans étoiles. Leurs silhouettes s'évanouirent soudainement dans le brouillard.

Son regard était songeur, le pli de sa bouche un peu amer et un tic nerveux faisait cligner sa paupière: il prit une grande inspiration. Son cerveau travaillait à toute vitesse pour analyser les conséquences de la décision qu'il avait dû prendre. L'air humide de la fin de l'été lui glaça soudainement les os et il referma la porte avec soin. D'une main leste, il rabattit la manche de sa robe sur son bras dénudé. Un voile de cheveux noirs cacha son visage lorsqu'il prit place dans un fauteuil. Il se saisit d'un vieil exemplaire de « Plantes et potions ». Le temps semblait s'être arrêté dans le petit salon poussiéreux. L'homme lissa un pli de sa robe noire de sorcier, tourna une page de la revue et annonça, d'une voix profonde :

- Vous pouvez sortir maintenant. Declaudaporta !

Une jolie jeune femme aux longs cheveux violets passa la tête prudemment dans l'ouverture de la porte qui apparut à travers les arabesques décorant le papier peint. Une certaine tension se lisait dans son visage et de fines lignes striaient son front. La fatigue se voyait dans ses yeux.

La jeune femme tendit négligemment sa baguette magique vers la porte d'où elle sortait et murmura :

- Disparere!

Les contours de la porte s'effacèrent. Elle laissa tomber sa baguette à côté des verres vides sur la table à café et se laissa tomber dans une bergère en se frottant le front du bout des doigts. Elle regardait le visage sans expression de l'homme en face d'elle, comme si elle attendait une explication. Après quelques instants de silence, elle s'exprima avec une irritation croissante:

- Je me demande sincèrement pourquoi vous m'avez demandé d'assister à cette… petite cérémonie.

L'homme releva un sourcil. La jeune femme réfléchit, tournant autour de son doigt une boucle de cheveux, les lèvres serrées. Elle changea de position, ramenant ses pieds sous elle tout en s'accoudant sur un bras de la bergère et reprit, en passant sa langue sur ses lèvres:

- Était-il vraiment nécessaire de jouer au héros aujourd'hui? Pourquoi avez-vous proposé, entre toutes les incantations, un Serment Inviolable? Et le sortilège de claudaporta ? C'est parfaitement irresponsable! Comment aurais-je pu vous protéger si Lestrange avait décidé de vous attaquer?

L'homme croisa la jambe et commenta d'un ton froid, plein de dédain :

- Je n'avais pas pensé qu'une jeune Auror de votre trempe aurait pu être… (il fit la moue) effrayée par un Serment Inviolable. Pour ma part, j'en sais assez pour ne pas avoir peur de le contracter. Je l'avoue : j'ignorais au départ que je devrais aller jusqu'à cette issue pour convaincre Narcissa et Bellatrix. Mais le plus important est que ma couverture est toujours intacte. Lord Voldemort et les Mangemorts sont encore persuadés que je suis de leur côté. J'ai invoqué silencieusement le claudaporta pour m'assurer de vous protéger. J'ai présumé que vous auriez compris. J'avais tort.

Le regard de la jeune femme se fit incrédule : elle repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille en s'exclamant avec vigueur, un frémissement dans la voix :

- Garder votre couverture intacte? Voyons, vous n'êtes pas sérieux. C'est une question de bon sens : vous venez de mettre des vies en danger et la vôtre par-dessus le marché sous prétexte d'apaiser la paranoïa de Bellatrix Lestrange. Vous vous êtes présenté à elle comme un espion! Jusqu'à quand pourrez-vous tenir le coup sans vous faire pincer? Je ne comprends pas pourquoi vous êtes allé si loin pour obtenir cette information sur le jeune Malfoy.

L'homme la regardait avec une indifférence méprisante. La jeune femme s'avança sur le bout du fauteuil :

- Je vais me permettre de vous donner mon avis, Rogue, même si vous vous en fichez éperdument : n'importe quel sorcier au courant de ce qui s'est passé au printemps dernier dans la Salle des Mystères aurait du mal à vous faire confiance après vous avoir vu aujourd'hui en compagnie de Bellatrix Lestrange et de Narcissa Malfoy.

Rogue décroisa la jambe et s'inclina vers elle à son tour. La jeune femme sourcilla lorsqu'il prononça son prénom d'une voix lourde de sarcasme :

- Nymphadora, avez-vous le culot de douter de ma loyauté envers l'Ordre? Je suis pour ma part profondément touché de vous voir sacrifier votre paix d'esprit pour mon sort mais …comment dire?… je suis un peu étonné de voir que vous n'avez pas pensé saisir l'occasion de les éliminer.

Il garda le silence quelques secondes, alors que Tonks, sur la défensive, se raidissait sur son siège. Rogue reprit, ménageant son effet :

- Je me demande comment le Ministre de la magie réagirait s'il apprenait qu'une de ses Aurors, en plus d'avoir laissé fuir Lestrange de la Salle des Mystères, a désobéi à l'ordre d'abattre à vue? S'il fallait qu'il apprenne qu'il n'y avait entre vous et Lestrange, qu'un misérable sortilège de claudaporta… Il me semble que vous prenez de grands risques pour votre carrière en ces temps mouvementés.

Tonks plissa les lèvres, une lueur mauvaise dans le regard :

- Rogue, êtes-vous en train de me faire chanter?

Elle avala sa salive et une vague de culpabilité la submergea. Puis, la fureur montait en elle : cet homme prétentieux, qui ignorait qu'elle venait de lui accorder une protection puissante, essayait de lui mettre sur le dos le désastre au Ministère de la magie. Tonks ne s'expliquait pourquoi Rogue réussissait toujours à aller chercher les émotions les plus troubles en elle. Elle tenta de chasser de son esprit le visage marqué de Sirius qui disparaissait derrière le voile. Le visage de Lupin s'imposa à elle, douloureux et plein de rage. Elle serra les poings et reprit la parole, sa voix pleine d'une fureur contenue.

- Comment osez-vous remettre en question ma sincérité? Vous étiez absent le soir de cette fameuse bataille. Vous m'avez demandé d'agir comme garde du corps ce soir. Si j'avais su qu'il s'agissait de Lestrange, j'aurais amené un autre Auror avec moi! Vous m'avez enfermé à l'extérieur de la pièce. Vous ne vouliez donc pas que je brûle votre couverture, n'est-ce pas? Que croyez-vous que Bellatrix aurait fait si elle m'avait trouvée dans votre salon? Je mettais beaucoup de personnes en danger si je me faisais voir, vous le premier! Je suis convaincue que Voldemort aurait été ravi de trouver les cadavres de deux de ses fidèles serviteurs dans votre maison!

Rogue déposa la revue qu'il tenait et se leva. Il se mit à marcher dans la pièce, les mains dans le dos.

- À vous entendre, jeune fille, je suis plus sombre que Lord Voldemort lui-même. La question avec laquelle je reste est pourquoi une jeune Auror accepte-t-elle se porter volontaire pour une aussi basse besogne? Pour le compte de qui êtes-vous ici?

Le regard de Tonks rencontra soudainement les yeux luisants d'un chat tigré qui l'observait derrière la fenêtre. Rogue marchait lentement, dos à elle. « Attention à ce que vous dites » Tonks sursauta : la voix résonna dans son esprit et elle accrocha un verre qui éclata en miettes lorsqu'il toucha le sol. Rogue se retourna avec une rapidité surprenante :

- Qu'avez-vous dit?

Tonks secoua la tête, un peu trop rapidement.

- Rien. J'ai échappé…Désolée.

Elle se saisit de sa baguette et répara le verre d'un petit coup sec. Rogue traversa la pièce et s'inclina vers elle pour la regarder dans les yeux. Leurs visages étaient tout près l'un de l'autre et Tonks dut réprimer l'envie soudaine de le repousser le plus loin possible. Rogue dit lentement, sa voix sourde se faisant menaçante :

- Je vous ai déjà enseigné, Nymphadora Tonks, et j'ai remarqué que lorsque vous mentez, le bout de votre nez bouge très légèrement. J'ai eu le temps de m'y faire parce qu'en sept années, vous m'avez menti plus qu'à votre tour. Qu'avez-vous dit? dit-il en martelant chaque mot.

Tonks se concentra de toutes ses forces pour ne pas faire bouger son nez.

- J'ai dit que j'étais ici parce que vous me l'aviez demandé. Pourquoi faites-vous tout cela…l'espionnage… risquer votre vie?

Rogue se redressa :

- J'ai mes raisons. Il y a certaines causes plus grandes que nous.

Tonks ne put retenir sa langue :

- Comme protéger la vie de Harry Potter?

Rogue la foudroya du regard.

- Je ne fais pas cela pour Potter. L'Ordre du Phénix a des enjeux beaucoup plus importants.

Tonks eut un sourire crispé. Elle se sentait envahie d'une joie maligne. Elle était convaincue que Rogue ne savait pas qu'elle avait une connaissance approfondie de ces enjeux beaucoup plus importants. La voix cria de nouveau dans sa tête : « Non! » Tonks montra les dents :

- Je comprends…Vous parlez de la protection prioritaire de Fabiola Luz?

La réaction de Rogue ne se fit pas attendre : une rougeur malsaine envahit son visage arrogant. Il empoigna l'épaule de Tonks avec rudesse et la repoussa au fond de son fauteuil :

- Que savez-vous?

Tonks gémit sous la douleur de l'étreinte.

- Vous me faites mal! Lâchez-moi tout de suite!

Rogue relâcha sa pression. Il cachait mal la curiosité avide qui l'habitait :

- Qui vous a parlé d'elle?

Tonks massa son épaule endolorie, un avertissement farouche au fond des yeux.

- Je la connais un peu. C'est une Auror, des Services Secrets Magiques. Vous avez dû lui enseigner aussi, je crois.

Rogue dévisagea Tonks. La jeune femme remarqua son trouble et de nouveau, se concentra à garder son nez immobile :

- J'ignore où elle se trouve. Mais on aura besoin d'elle bientôt. C'est une Porteuse et Hermione Granger a…

Rogue fit un geste agacé de la main :

- Oui, oui, je sais. Un maléfice de contamination. Pourquoi Weasley ne l'envoie-t-il pas chercher?

Tonks haussa les épaules, son énergie centrée à garder le contrôle sur son nez.

- Personne ne sait où elle est.

Dehors, le chat tigré descendit souplement du rebord de la fenêtre et se glissa dans un bosquet tout près de la maison. Un passant moldu aurait été surpris de voir sortir, entre les branches et les feuilles, une femme digne d'un certain âge, vêtue d'une longue cape écossaise et d'un bonnet. Elle hâta le pas et saisit à deux mains une vieille bouilloire rouillée cachée derrière un buisson. Un « pop » se fit entendre et le professeur McGonagall disparut.