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Chapitre VIII : Nouvelles perspectives

Le lundi matin arriva rapidement, à une vitesse inquiétante même. Pourtant on ne pouvait pas dire que le week-end avait été passionnant. Voilà une chose que Justin devrait retenir à l'avenir : Brian Kinney avait horreur du chantage, plus que le chantage, c'était d'y céder qui le mettait hors de lui. Et pour lui faire payer ça, il avait imposé un règlement strict : pas de sortie dehors, se tenir à une distance d'au moins deux mètres des fenêtres _ de peur qu'un passant ou Mrs Jenkins, la vieille à moitié folle qui vivait en face, puisse le voir _ pas de télé, ni de radio, lorsque le propriétaire des lieux était hors du mobil home, et désormais c'était nuit obligatoire sur le canapé _ qui n'était vraiment pas confortable en vérité _ et toute tentative pour enfreindre cette dernière règle serait sévèrement punie. Aucun doute, il lui en voulait.

Cependant, Justin ne se plaignait pas. Certes son projet d'échappée sauvage s'était envolé, certes il allait devoir retourner à St-James, mais cela lui était égal car il s'était enfin trouvé une raison de rester. Oh, certes, il ne doutait pas que ce serait compliqué et qu'il aurait des difficultés énormes à surmonter, mais s'il parvenait à un résultat, cela vaudrait bien les sacrifices et le temps perdu.

Comme convenu donc, le lundi matin, Brian déposa Justin à la gare routière vers sept heure. Il le laissa sous l'abribus avec son sac, puis s'éloigna avec sa jeep. En fait il se gara quelques mètres plus loin, pouvant ainsi observer son protégé sans être vu, et s'assurer que ce dernier ne tentait pas de prendre la poudre d'escampette. Mais Justin resta sagement assis sur son banc, jusqu'à l'arrivée du bus en provenance de l'aéroport. Le pion chargé de le récupérer débarqua dans sa 4L, au moment où tous les passagers été descendu du car. Timing impeccable. Ni vu, ni connu, j't'embrouille.

Le retour au pensionnat fut moins pénible qu'il ne l'avait craint ; simple retour au train-train quotidien. Aucune remarque ni convocation dans le bureau du directeur, le laissa penser que ses parents n'avaient pas contacté l'établissement et donc que vraiment personne ne savait où il avait traîné ces deux derniers jours. D'un côté c'était un soulagement, de l'autre c'était plutôt inquiétant de voir comme il était facile de disparaître dans ce patelin.

Etrangement tout lui parut différant à son retour, pourtant concrètement rien n'avait changé : toujours les mêmes couloirs interminables, toujours les mêmes fils-à-papa, toujours les mêmes cours chiants à crever, donner par les mêmes profs décrépits, avec des pions ayant des têtes de gardiens de prison plus que de surveillants de lycée. En vérité, seule sa perception des choses avait changé. L'établissement ne lui paraissait plus si lugubre, les journées moins moroses, car une nouvelle porte s'était ouverte dans son esprit, libérant de nouvelles perspectives.

Etrange. C'était le seul adjectif qu'il trouvait pour qualifier le chamboulement qui l'effectuait à l'intérieur de lui. Le monde changeait autour de lui sans être différant pour autant. Un peu comme s'il avait eu un voile sur les yeux pendant tout ce temps et que quelqu'un le lui avait ôté.

Justin se sentait comme un gosse à qui on avait offert un jouet tout nouveau dont il mourrait d'envie de se servir à tout va. Et il ne tarda pas à découvrir que les occasions ne manquaient pour autant qu'on sache se montrer audacieux.

_ _ _ _ _

La première occasion se présenta le mardi suivant son retour. Alors qu'il était à la bibliothèque, pour ne rien changer, Ethan Gold marcha droit vers lui pour le saluer.

_ Le week-end en famille s'est bien passé ? demanda-t-il sur le ton de la conversation.

_ Bof, la routine, mentit Justin le plus naturellement du monde.

Le mensonge était devenu une seconde nature chez lui ces derniers temps.

_ En tout cas, tu nous as beaucoup manqué ici.

_ Ah, vraiment... ?

Il n'avait jamais eu le sentiment d'avoir une quelconque importance dans ce bahut.

_ Oui, affirma Ethan, sans toi c'est vraiment plus pareil ici.

Et il disait ça avec une voix et un regard enjôleurs qui en auraient conquis plus d'un.

_ Maintenant que j'y pense... Je suis désolé pour la dernière fois, je t'ai complètement laissé tomber je crois.

Ethan cilla, comme s'il ne voyait pas très bien de quoi Justin parlait.

_ Oh... ça, soupira-t-il d'une voix moins enjouée. Ne t'en fais pas j'ai pu me débrouiller autrement.

_ Quand même, je m'en veux, insista Justin.

Gold le fixa intensément l'espace d'un instant. Ses grands yeux noirs semblant le passer aux rayons X. Puis il reprit d'une voix plus profonde :

_ Et bien... Si tu tiens à rattraper le coup... Y a un devoir que je dois rendre pour la semaine prochaine et un coup de main de serait pas de trop.

_ J'en serais ravi, affirma Justin avec véhémence. En plus, j'ai tout un après-midi à tuer...

Son camarade le prit alors par la main et l'entraîna à sa suite hors de la bibliothèque, visiblement très excité. Justin le suivit docilement, maîtrisant mieux ses sentiments, mais appréhendant tout de même ce qui ne manquerait pas d'arriver selon ses pronostiques. Ils arrivèrent bientôt devant la chambre d'Ethan. Celui-ci s'empressa d'ouvrir la porte pour faire entrer son invité, jetant des regards furtifs dans toutes les directions comme s'il craignait qu'on les surprenne ensemble.

La chambre était semblable à celle de Justin, peut-être légèrement plus grande, avec deux lits au carré installés de chaque côté d'une grande fenêtre à double rideau.

_ Mon voisin est en cours jusqu'à cinq heure, déclara Ethan en entrant. On a la chambre pour nous tous seuls.

N'y tenant plus, Justin le plaqua contre un mur et commença à l'embrasser goulument. Mais il eut un moment de doute en sentant Ethan se débattre contre sa poitrine.

_ Quoi ? demanda-t-il inquiet. C'est pas ce que tu voulais ?

_ Si... répondit un Ethan haletant. Je t'imaginais pas si empressé, c'est tout.

_ Et oui, je suis un homme plein de surprises...

Il recommença à l'embrasser, glissant sa langue à l'intérieur de sa bouche, tandis que ses mains déboutonnaient sa chemise et se glissaient dans son pantalon. Ethan sursauta lorsqu'il toucha son sexe en érection. Il le prit à pleine main et le caressa doucement mais fortement. La première réflexion que se fit Justin, tandis qu'il enfouissait son visage dans le cou du jeune homme, fut que celui-ci n'avait pas la même odeur que Brian, et que sa peau n'avait pas la même texture. Ethan sentait le caramel, la cire et la sciure de bois. Ses cheveux étaient épais et soyeux _ c'était un véritable délice d'enfouir ses doigts dans ses boucles noires _ sa peau était douce et tendre. Brian avait une odeur plus musquée, plus sauvage, le corps dur, solide, et en même temps plus souple. Justin avait gravé chacun de ses détails tandis qu'il l'avait pris, l'autre soir.

Kinney aimait, voulait avoir le contrôle. Peu importe qui commençait, il devait être celui qui finissait.

Ethan Gold était plus passif, ça se sentait à sa manière de se cambrer contre le mur, de fermer les yeux et de faire basculer sa tête en arrière.

Justin l'entraîna vers l'un des deux lits et l'étendit sur le matelas. Il se laissa faire docilement, suivant chacun de ses mouvements et s'appliquant à obéir à chacune de ses consignes, qu'elles soient formulées ou non. Pour cette nouvelle expérience, Justin découvrait l'ivresse qu'il y avait à dominer pleinement son partenaire, à le faire plier au moindre de ses désirs. Et Ethan semblait parfaitement à l'aise dans son rôle de soumis.

Après lui avoir ôté tous ses vêtements, il le fit s'allonger sur le ventre et lui écarta les cuisses, découvrant son intimité. Il fit d'abord glisser deux doigts à l'intérieur d'Ethan, faisant des gestes circulaires afin d'en élargir l'entrée. Le brun frissonnait, laissait échapper des gémissements de plaisir, la tête appuyée contre le matelas, les fesses relevées vers le bassin de Justin. Puis celui-ci sortit d'une poche de son uniforme, une capote qu'il avait piquée dans le tiroir de la table de chevet de Brian. Il passa le préservatif sur son érection et pénétra Ethan en douceur. L'extase s'empara de lui lorsqu'il fut en lui. C'était comme d'entrer dans un bain bouillonnant après avoir marché pendant des heures dans le froid. Contre le matelas, Ethan gémissait toujours, tandis que Justin allait et venait à l'intérieur de lui, toujours de plus en plus fort. Il glissa une main entre ses jambes et recommença à le caresser. Le brun ne tarda pas à se libérer dans un grognement guttural. Justin le suivit bientôt avant de se retirer.

Ils restèrent étendu sur le lit un long moment, sans se parler, ni même se regarder. Justin fixait le plafond de la chambre, perdu dans ses pensées. Il n'y avait aucune gêne dans leur silence, juste un simple moment de sérénité. Ethan avait juste remis ses sous-vêtements et sa chemise, sans la boutonner. Justin passait distraitement le dos de sa main sur sa poitrine nue.

_ C'était pas la première fois, n'est-ce pas ?

Il trouva la question parfaitement idiote dès que celle-ci eut franchi ses lèvres, mais Ethan ne s'en formalisa pas :

_ Non, répondit-il simplement. Toi non plus, j'imagine.

_ Ca dépend sous quel angle.

_ Tu veux dire... la première fois que tu as le dessus ?

_ Oui.

C'était étrangement facile d'en parler : dans cette chambre, sur ce lit, avec Gold allongé juste à côté de lui, sa main à moitié dans son boxer.

_ Honorer d'être le premier dans ce cas...

Justin eut du mal à déterminer si la réplique était sincère ou ironique.

_ _ _ _ _ _

Les cours de dessin avaient lieu le mercredi après-midi entre 15h et 17h. Miss Dumenco installait le sujet à dessiner _ fruits, jouets d'enfant, fleurs et choses diverses _ au milieu de la salle, et pendant deux heures la poignée d'élèves présents croquaient tranquillement le modèle sur des carnets de dessin. C'était de loin le moment de la semaine que Justin préférait : pour l'atmosphère paisible, l'humour de la prof et son esprit inventif. Car l'ambiance restait rarement studieuse plus de quelques minutes. En général, au bout d'un quart d'heure maximum, Miss Dumenco quittait son bureau et faisait un petit tour au milieu de ses élèves. Ses énormes lunettes en écaille sur le bout du nez, elle faisait quelques remarques amicales sur les croquis. Puis brusquement, elle se dirigeait vers le centre de la salle, prétextant que quelque chose n'allait pas dans la disposition des objets. Elle commençait alors à les déplacer, les faisait bouger dans tous les sens, à jouer avec, les faire parler. Créant des petits sketchs hilarants qui faisaient qu'au bout d'une demi-heure, la moitié de la classe était parterre, pliée de rire.

Mais ce que Justin préférait, c'était lorsqu'il pouvait traîner dans la classe à la fin du cours pour échanger quelques idées avec la prof sur tout et n'importe quoi.

_ Je suis en admiration devant votre talent, commenta Miss Dumenco en examinant les planches de croquis de Justin. Vous avez une idée ce que vous voulez faire après le lycée ?

_ Mon père voudrait me voir intégrer une école de commerce, répondit le jeune homme d'une voix lugubre.

_ Quel ton enjoué ! répliqua encore son interlocutrice avec un sourire au coin des lèvres. Donc si je vous conseille d'entrer aux Beaux-arts, cela n'aura aucun effet ?

_ Je suis certain que mon père serait ravi de me le payer.

_ Et vous faites toujours ce que vous dit votre père... ?

_ Disons que c'est en ne le faisant pas que je me suis retrouvé ici.

Dumenco lui jeta un regard compatissant.

_ C'est toujours pareil, commenta-t-elle, il y a ceux qui ont l'argent et ceux qui ont le talent. Mais il est rare qu'ils soient réunis.

Elle regarda plus longuement Justin, avec un mélange de tendresse et de regret.

_ Moi je sais que si ma fille avait un talent comme le votre, je ne le laisserais pas pourrir dans cet endroit. Enfin, je suis sûre qu'il ne veut que votre bien...

Tout en parlant, elle caressait le cadre d'une photo sur laquelle on pouvait la voir enlacer une petite fille d'environ trois ans, aux yeux aussi grands que ceux de sa mère, et des cheveux lis et noirs, attachés en une longue natte qui lui descendait dans le bas du dos.

_ En même temps, il est qu'il peut sortir de belles choses d'Hadleton...

Justin n'osa pas faire de commentaire, voyant que Dumenco était perdue dans ses pensées.

_ J'y pense, lança-t-elle en reportant son attention sur lui. Depuis le temps que vous êtes ici, vous n'avez jamais eu l'occasion de visiter le village.

Là encore, Justin n'osa pas répondre.

_ Que diriez-vous d'y faire un tour ce week-end ?

Là Justin resta sans voix.

_ Je peux vous conduire samedi, qu'en dites-vous ?

_ Mais...mais vous êtes sûre qu'on peut faire ça ?

_ Bien sûr ! Je m'arrangerais avec le directeur. Ne vous en faites pas, il me doit bien ça. Vous ne risquez rien temps que vous êtes avec moi, et je crois que sortir de ces quatre murs vous ferait le plus grand bien...