Irrésistibles morsures. 8
Six mois ont passé, six mois où Draco Malfoy dut subir la présence de deux vampires qui lui faisaient une cour assidue. Aucun repos tant qu'il ne leur disait pas qui de l'un ou de l'autre il avait choisi. Il n'était tranquille nulle part, devant déjouer leurs arrivées en fuyant par la cheminée du manoir Malfoy, priant son père pour qu'il ne divulgue pas sa destination quand il ne se rendait pas au château des Vents Hurlants pour travailler sur la potion que Severus voulait mettre au point avec son aide.
Draco s'habilla ce matin en espérant ne pas devoir supporter l'empressement de deux vampires, il était certes flatté, mais ces deux-là allaient finir par avoir sa peau.
Alec et Melchiade rivalisaient d'adresse et de ruses pour lui voler un baiser ou une caresse qu'il refusait instinctivement, il savait qu'il ne pouvait accorder ce privilège ni à l'un ni à l'autre, car s'il le faisait avec Alec il devra l'accorder à Melchiade, et il ne voulait pas créer de tension entre les deux hommes, très jaloux, semblait-il.
Cela dit, ils commençaient à l'épuiser, nerveusement et physiquement. Garder leurs mains vagabondes loin de son corps n'était pas toujours facile. Les repousser, les contredire, leur envoyer des piques, soupirer, souffler, les fuir, rire de leurs attentions ou de leurs imaginations pour l'approcher ou l'embrasser, tout ça faisait qu'il n'en pouvait plus. Il s'était rendu compte que ces deux hommes comptaient beaucoup pour lui et que jamais il ne sera capable de les départager, et cela lui bouffait le moral et la santé à un point pas possible.
Il devait tout arrêter avant qu'il ne soit trop tard, cesser là ce marché impossible qu'ils lui avaient mis en mains, et il appréhendait ce moment. Bon en attendant il devait se préparer pour aller rejoindre Severus, la potion était sur le point d'aboutir après six mois d'efforts et de concentration.
Harry Potter, l'auror, souffla un bon coup et reprit sa course derrière un individu qui venait de lâchement abattre de sang froid un sorcier qui avait refusé de lui donner sa bourse. Le survivant qui passait par là avec Ron pour enquêter sur un vol chez madame Pieddodu avait juste vu le sorcier tomber sur le trottoir et son assassin prendre la fuite.
N'écoutant que son sens de la justice, Harry entraîna Ron derrière lui et ils poursuivirent le fuyard qui avait une bonne avance sur eux. Impossible de lui lancer un sort pour l'immobiliser. Avec les rues de Pré-au-Lard pleines de monde en ce mercredi, par un beau jour de juin, inutile de blesser un passant, de toute façon Ron et lui l'avaient reconnu, il s'agissait de Fédérico, appelé aussi Mains-Rouges à cause du sang de ses victimes sur ces mains.
-Stop ! cria Ron à Harry, c'est inutile, on le cueillera autrement, souffla-t-il en voyant la ruelle jonchée de tonneaux et de casiers de bouteilles vides devant eux.
-Ouais ! T'as raison, il court vite, ce con !
-Comme tu dis, pouffa le rouquin en essayant de reprendre son souffle alors qu'ils s'étaient arrêtés pile dans un coin sordide qui donnait sur un champ et ensuite dans un bois.
-Je croyais que ce matin tu devais aller chez madame Pieddodu ? Retentit une voix doucereuse derrière eux.
-Bonjour, mon amour, s'amusa Harry en se retournant vers sa douce moitié revêtue d'une longue cape. Tu n'es pas à Poudlard ? Qu'as-tu fait de tes chers élèves aujourd'hui ? La même chose qu' hier et avant-hier, je suppose ?
-Une course à faire entre deux cours, gamin, et je ne vois pas de quoi tu veux parler….
Ron ricana, ce qui amena un regard noir vers lui.
-Je crois que j'ai bien fait de venir là, ajouta l'homme en lançant simultanément avec Ron un Pétrificus-Totalis sur un tonneau apparemment vide mais qui en fait contenait un sale individu dangereux.
-Comment a-t-il fait pour entrer là-dedans ? Il n'a pourtant échappé à nos yeux que quelques secondes, murmura Ron, incrédule.
-Nous aurions dû être plus prudents, maugréa Harry qui s'en voulut pour le coup de s'être fait avoir.
-Je ne vous le fais pas dire, messieurs, vous avez encore des choses à apprendre, semble-t-il.
-Ben voyons ! T'es venu pour nous faire la morale ?
-Non, ricana le vampire en se collant contre son calice. Tu me manquais et quand je t'ai vu passer j'ai trouvé là une occasion pour t'embrasser, chuchota Snape en caressant légèrement une fesse de son amant.
Harry n'eut pas le temps de répondre qu'une bouche avide se posa sur ses lèvres, et qu'une langue fouineuse joua délicieusement avec la sienne, embrasant son corps comme à chaque fois que Severus l'embrassait.
Ron, que plus rien n'étonnait venant de ces deux-là, sortit Fédérico de son tonneau, lui ôta sa baguette de ses doigts raidis, et le ligota d'un Incarcerem très puissant.
-Qu'est-ce que vous faites ? S'enquit soudainement une voix enfantine qui s'adressait à Severus et à Harry.
Le vampire grogna, il avait horreur qu'on l'interrompt quand il avait son calice collé contre lui.
Le Gryffondor retint un rire en voyant un bout de chou de cinq à six ans les toiser avec curiosité en penchant la tête, comme s'il attendait vraiment une réponse.
-On s'embrassait, morveux, répondit avec brusquerie le maître des potions.
Harry lui donna un coup sur l'épaule, pas la peine d'effrayer l'enfant.
Snape se recula de son compagnon avec regret et souffla d'agacement après le môme qui le toisait avec intérêt.
-T'es un homme, toi, reprit le gamin en regardant la tenue d'auror du survivant.
-Oui je suis un homme, mais dis-moi où sont tes parents ?
-Je me suis sauvé, avoua l'enfant dont les yeux revinrent sur Snape. T'a mis ta langue dans sa bouche, toi, c'est pas propre, monsieur.
Ron éclata de rire et se tut sous le regard froid du vampire en roulant des yeux moqueurs.
-Comment tu t'appelles, morveux ?
-Darius…..
-Darius comment ?
-Johannsen.
-Bien, Darius Johannsen, dans quelques années je gage que tu vas te retrouver à Poudlard, n'est-ce pas ?
-Oui, dans cinq ans elle m'a dit ma maman, avoua fièrement le gamin.
-Alors sache que j'y suis professeur et que je n'oublie jamais un nom ou un visage, maintenant hors de ma vue, moutard ! Va retrouver ta mère et reste près d'elle si tu ne veux pas rencontrer un vampire.
-Puff ! Ca existe même pas les vampires, c'est mon papa qui me l'a dit, c'est que pour faire peur aux enfants ça.
-Severus, menaça Harry en vain.
L'homme retroussa ses lèvres et exhiba ses crocs impressionnants, le gamin poussa un cri strident, prit ses jambes à son cou et disparut de la ruelle en un temps record.
-Pourquoi tu as fait ça ? s'indigna le Gryffondor à la cicatrice.
-Pour lui apprendre à ne pas fausser compagnie à sa mère, imagine si l'enfant était tombé aux mains de cet individu que Ron tient entre ses mains ! Imagine ce qu'il aurait pu lui faire !
-Je n'ose même pas imaginer ça, frissonna l'auror en reconnaissant que Severus avait vu juste.
-Partons amener cette canaille au quartier général, Harry. Il me tarde de m'en débarrasser, fit le roux en lévitant Fédérico-Mains-Rouges devant lui.
Les deux jeunes gens laissèrent là le maître des potions qui les regarda partir, songeur.
-Flûte, râla-t-il, Weasley devait avoir des soupçons sur sa véritable présence en ces lieux. Quoi ? Non, il ne surveillait pas son calice, qui a dit une chose pareille !
Ce n'est qu'une heure plus tard, alors que leur prisonnier était bien à l'abri dans une geôle, et qu'ils étaient dans leur bureau en train de prendre un peu de repos, que Ron, n'y tenant plus, engagea le premier la conversation.
-Tu te rends compte que cette semaine ça fait quatre fois que Severus nous tombe dessus ? Et on est que mercredi !
-Je sais, fit paresseusement Harry en étirant ses bras en arrière tout en se penchant sur sa chaise qui était en équilibre précaire.
-Tu ne crois tout de même pas que c'est une coïncidence quand même ?
-Certainement pas, je ne suis pas idiot, ricana l'auror aux yeux verts.
-C'est tout ce que tu trouves à dire ?
-Il me suit quand il en a la possibilité, et alors !
-Il est jaloux, oui !
-C'est un fait, un vampire est de par sa nature excessivement jaloux, Ron, et protecteur, c'est plus fort que lui.
-Et ça ne te gêne pas plus que ça ?
-Ben non, tu vois, j'ai rien contre.
-D'accord, n'empêche que j'ai du mal à comprendre là.
-Comprendre quoi, c'est pourtant simple !
-Il te suit, il trouve toujours un prétexte pour être là pile où tu es, et tu dis que ça ne te dérange pas ?
-Non, ça ne me dérange pas, sourit le survivant en redressant sa chaise.
-J'aurai pensé que tu serais fou de rage, s'exclama le rouquin en s'étonnant de ce que Harry supporte les bizarreries de Severus.
-C'est la première fois qu'on s'occupe de moi comme ça, qu'on prend soin de moi, qu'on m'écoute, que je compte vraiment pour quelqu'un. Certains pourraient trouver Severus pesant, mais pas moi. Il est l'homme que j'aime, et si pour être heureux il veut me surprotéger alors je suis d'accord. Tu remarqueras qu'il ne m'a pas demandé de cesser mes activités même si l'envie ne lui manque certainement pas. On se complète, et on se retrouve tous les deux, c'est juste parfait comme ça.
-Tu dois vraiment l'aimer toi aussi, il fut un temps où tu n'aurais pas toléré qu'on te surveille ainsi, Harry.
-Les autres le faisaient pour de mauvaises raisons, Severus le fait peut-être par jalousie mais aussi pour qu'il ne m'arrive rien. On est bien ensembles, Ron, je suis fou de lui alors je ne dis rien sur ses apparitions, en plus tant que je peux profiter de…. ses baisers, ajouta Harry avec un air gourmand sur le visage.
-Bon alors si ça te va ça me va aussi, j'avais juste peur qu'à la longue tu en es marres.
-Ben tu vois, non, j'assume, maintenant qu'on a parlé de moi si on parlait de toi ?
-Bah ! Il n'y a rien à dire, murmura évasivement le rouquin. C'est toujours le même train-train dans ma vie, quoi.
-Et ta vie amoureuse, elle en est où ?
-Statu quo, je suis toujours seul.
-Tu devrais prendre un appart et ne plus vivre chez tes parents, tu ne crois pas ?
-J'y ai déjà pensé figure-toi….
-Alors qu'est-ce que tu attends pour le faire ?
-Il faut que je coupe le cordon, hein ? Soupira l'auror aux yeux bleus et à la carrure puissante.
-Il vaudrait mieux, oui, cher ami, rigola Harry. Tu dois faire ta vie maintenant, Ron, et rien ne t'empêchera de rendre visite à tes parents de temps en temps.
-Ouais, tu as raison, mais ma mère ne va pas rendre les choses faciles.
-Ton père te soutiendra, il sait que tu as besoin de liberté.
-Tu as raison, il le fera.
-Il y a deux petites maisons à louer à Pré-au-Lard, va les voir cette après-midi, bat le fer pendant qu'il est encore chaud, Ron.
-Tu veux que je prenne mon après-midi ? Mais et toi ?
-Tu n'imagines pas le nombre de rapports que je dois encore rédiger, je passerai sûrement le reste de la journée au bureau. De toute façon inutile que je retourne à Poudlard, Severus doit certainement se trouver devant un chaudron avec Dray, et quand ils ne sont pas dans les cachots ils sont au château de Melchiade, dans le laboratoire. Ils essaient de mettre au point une potion contre la stérilité, d'après ce que j'ai compris, garde-toi d'en parler, c'est un secret de polichinelle, rigola Harry, mais bon Severus à l'air d'y croire encore.
-Pourtant ton Severus trouve toujours le moyen pour venir t'épier, ricana le roux, il est vraiment protecteur, qui l'eut cru ? Cela dit tu es certain que ça te t'ennuie pas de commencer les rapports sans moi ? Quoique si je fais au plus vite j'essaierai de repasser par ici, histoire d'en faire un ou deux et d'avoir la conscience tranquille.
-Je te l'ai déjà dit, ça ne me dérange pas, en plus comme je suis crevé en ce moment ça me reposera de rester assis sur une chaise au lieu de courir après des individus de peu de foi.
-Si tu le dis, d'accord, mais quand même ! En plus c'est vrai que tu es pâle, tu ne couverais pas quelque chose des fois ?
-Non, à part de la fatigue je vais très bien, répondit Harry en préparant quelques dossiers qu'il posa sur son bureau. Bon, qu'est-ce que tu attends pour filer d'ici, le tarabusta-t-il en s'esclaffant.
Ronald Weasley sortit de son bureau qu'il partageait avec le survivant, avec un grand sourire aux lèvres. Son ami avait raison, il était plus que temps qu'il prenne son envol. Le rouquin passa à Pré-au-Lard sans prendre trente-six-mille chemins, et alla directement voir les locations dont Harry lui avait parlé. L'une était engoncée entre le pub de madame Rosmerta et une librairie, tandis que l'autre, un peu plus petite à vue de nez, et qui se trouvait à l'autre bout du village, semblait mieux lui correspondre.
La maisonnette avait un charmant jardin entouré d'une barrière blanche, il y avait même des gnomes comme chez lui, rigola-t-il tout seul. Le Gryffondor alla voir la personne qui louait l'endroit, celle-ci habitait pas très loin, fort heureusement. La vieille dame ouvrit sa porte et fut rassurée de voir un auror devant elle, elle n'aimait pas quand un étranger tapait chez elle, il y avait tellement de drôles de gens et de drôles de choses qu'on ne voyait pas de son temps.
-Que puis-je pour vous, jeune homme ?
-Bonjour, madame, je m'appelle Ron Weasley, je venais voir si la maison au bout du village était toujours à louer ?
-Elle l'est, en effet, qui vous l'a conseillé ?
-Un ami, répondit simplement l'auror.
-Etes-vous le fils de Molly et d'Arthur Weasley, jeune homme ? S'enquit avec circonspection Amélie Sancoeur, la vieille dame.
-Ce sont bien mes parents, souffla Ron.
-Je la loue vingt galions par mois, est-ce que vous serez capable d'honorer les loyers ? Parce que vous, les jeunes de maintenant, vous n'êtes pas toujours solvables, trop dépensiers, de mon temps…..
-Je paierai, soyez sans crainte, madame Sancoeur.
-Oui, je suppose que votre mère vous a inculqué une excellente éducation. Entrez, jeune homme, si vous le désirez nous pouvons dès à présent passer aux choses sérieuses.
Ron essuya méticuleusement ses pieds sur le paillasson puis entra dans la pimpante maisonnette qui sentait bon l'encaustique et le soleil. Amélie Sancoeur trottina jusqu'à la cuisine où elle prépara un plateau avec du thé et des petits gâteaux. Ensuite elle rejoignit son invité qui était resté debout au milieu de la salle à manger.
-Mais asseyez-vous donc, jeune homme !
L'affaire fut traitée rapidement, pourtant le rouquin ne put se libérer que deux heures plus tard, après que la vieille dame lui eut raconté sa vie de A jusqu'à Z.
-Vieille pie bavarde, maugréa Ron en se rendant à Gringott pour déposer trois mois de loyers d'avance sur le compte de madame Sancoeur. Heureusement qu'elle lui avait donné les clefs et qu'il n'était pas obligé de retourner chez elle. Et puis la prochaine fois s'il avait besoin de lui demander quelque chose il le fera par parchemin, ce sera plus sûr pour sa santé mentale.
-Alors ? L'interrogea Harry en relevant le nez de ses dossiers quand Ron pénétra dans leur bureau, tu as conclu l'affaire ?
-Ouais, répondit le fils de Molly en lui montrant les clefs avec un fier sourire.
-J'en reviens pas ! Tu sais que chez les moldus c'est hyper difficile ? On te demande tellement de papiers et de cautions que la plupart des jeunes abandonnent purement et simplement.
-Je suis tombé sur une bavarde je te dis que ça !
-La seule que je connaisse à Pré-au-Lard, est madame Sancoeur, ne me dis pas qu'elle loue une des deux maisons ?
-Ben si, celle à la sortie du village, et il a fallu que ce soit celle-ci qui me plaise, tu te rends compte !
-C'est pas de chance, mon pauvre Ron, s'amusa le calice. Mais bon maintenant te voilà locataire d'une petite maison, te reste plus qu'à prévenir ta mère et à déménager, si tu veux on pourra le faire dès demain, hein ? J'avais rien prévu de particulier, et comme c'est samedi et que Sev et Dray seront encore devant leurs chaudrons…..
-Dis, Harry, si tu pouvais aussi passer de bonne heure chez moi, ça m'arrangerai, souffla l'auror aux yeux bleus.
-Pour ta mère ?
-Ouais, avec toi à mes côtés elle ne me hurlera pas trop dessus.
-Tu crois ? Ricana le survivant, bon, d'accord, je passerai plus tôt, promit-il en voyant Ron, bien plus grand que lui, avoir peur d'une faible femme comme Molly Weasley. Quelle heure est-il là ? J'ai l'impression d'avoir écrit pendant une éternité.
-Dix-huit heures, la semaine est finie, on va pouvoir rentrer chez nous.
-Pas trop tôt, je crois qu'en rentrant je vais avaler un sandwich et m'allonger sur le canapé, rêva Harry en se levant de son fauteuil en frottant ses reins endoloris.
-Tu veux pas rester dîner à la maison ? Maman sera super contente de te voir.
-Pas ce soir, on se verra demain, Ron, là je suis claquer, vraiment.
-D'accord.
-Quelle heure demain ?
-Pas à l'aube quand même, disons neuf heures, ça te va ?
-Oui, assura le calice en rangeant ses dossiers et en envoyant les rapports terminés sur le bureau du chef des aurors d'un simple coup de baguette.
Les deux Gryffondors se séparèrent sur un signe de main et chacun retourna chez lui. Ron chez ses parents et Harry à Poudlard, dans les cachots de son vampire. D'ailleurs quand le calice arriva dans leur appartement Snape ne s'y trouvait pas, il avait laissé un parchemin posé bien en vue sur la table basse près d'un plateau- repas rempli de pâté en croûte, de fruits frais, et d'un pichet de jus de citrouille.
Harry négligea le plateau, il n'avait guère faim, à la place il se versa un whisky, le but en une seule lampée, posa le verre brutalement sur la table et alla prendre une douche et se changer avant de s'affaler sur le canapé puis de s'endormir comme une masse.
Dans une autre pièce, un vampire soupira puis reprit son labeur, le nez au dessus d'un chaudron fumant et exhalant une odeur pas très séduisante.
-Il est rentré ? S'enquit Draco en entendant le soupir de son parrain.
-Oui, et je crois qu'il n'est pas de bonne humeur…..
-On peut le comprendre, tu es accaparé par cette potion depuis des mois, tu devrais aller le voir et rester avec lui ce soir, Severus.
-Je crois que tu as raison, mettons le contenu des chaudrons en statu quo jusqu'à demain matin, toi aussi tu as besoin de repos.
-Oui, c'est vrai….mais je ne pense pas que ça vient du temps que je passe ici.
-Melchiade et Deversham ?
-On ne peut rien te cacher ! Ils ne me laissent pas une minute de répit, sauf quand je travaille ici, à croire que tu leur fais peur !
-C'est simple, je leur ai interdit les cachots sauf en cas d'urgence, sinon ils ne se gêneraient pas pour envahir mon espace rien que pour te voir.
-Tu as bien fait, ça me donne le temps de respirer un peu, bon, sur ce je te laisse, je vais profiter du temps qu'il me reste avant de les voir arriver au manoir, bonsoir, Sev.
Le maître des potions trouva son calice profondément endormi sur le sofa, un coup d'œil vers le plateau lui apprit qu'il n'avait rien mangé, comme ce midi et hier aussi. Harry se fatiguait beaucoup en ce moment pourtant il ne se plaignait jamais, il devait avoir trop de travail, ce soir il était rentré plus tôt, d'habitude il n'arrivait jamais avant vingt heures parfois même vingt et une heure.
Le vampire alla se laver pour se débarrasser des odeurs de potions, il enfila un boxer noir avant de revenir dans le salon pour prendre son compagnon dans ses bras et le déposer sur leur lit. L'homme se coucha à ses côtés, se colla contre lui, l'enlaça tendrement, et le regarda dormir pendant des heures avant de prendre lui-même un peu de repos.
Le matin Harry sentit une main étreindre sa hanche.
-Tu m'as manqué hier, susurra Snape. Je t'ai trouvé endormi sur le sofa, tu aurais été bien mieux sur le lit tu ne crois pas ?
-Pas eu le courage d'y aller, même pas celui de t'attendre, mon amour.
-Ils te font trop travailler, mon ange, tu devrais ralentir la cadence de tes missions.
-Certainement pas ! Fit Harry ne repoussant la main de son vampire. Ce travail est important pour moi, pas question que je laisse tomber.
-Je n'ai jamais dit le contraire alors pourquoi tu t'emportes ?
-Je ne m'emporte pas, et puis excuse-moi, il faut que je me lève, ce matin je dois aider Ron à déménager, ronchonna le calice en repoussant les couvertures. Tu peux retourner vers tes chers chaudrons.
Snape soupira, son calice semblait de mauvaise humeur et lui qui avait soif…..
Le survivant revint dans la pièce, contrit, et se posta devant le maître des potions.
-Pardonne-moi, je ne sais pas ce que j'ai en ce moment.
-Tu es pardonné.
-Bois, Severus, ajouta le jeune homme en penchant sa tête sur le côté.
Snape le fit bien volontiers mais en sachant Harry fatigué il se sustenta très peu, juste de quoi tenir une journée. L'homme remarqua plus tard, après le départ de son calice, que celui-ci ne s'était pas alimenté. Bah, pensa-t-il, probablement qu'il allait se goinfrer avec Ron du bon pain perdu de Molly.
L'auror aux yeux verts arriva devant chez les Weasley encore très fatigué, il retint même un malaise qui le fit vaciller sur ses jambes.
-Putain ! Râla-t-il, j'aurai dû manger un morceau et ne pas m'emporter comme hier et avant-hier, ça devient lassant.
-Hey, Harry ! Entre. C'est chouette que tu es pu venir, à voir ta tête hier soir j'aurai pensé que tu serais resté au fond de ton lit, l'accueillit Ronald en refermant la porte après que son ami soit entré dans la cuisine. M'an, Harry est là !
-Je ne suis pas sourde, Ron, inutile de hurler ainsi, l'admonesta Molly en entrant dans la pièce. Harry ! Tu es bien pâle, tu es sûr que tu vas bien ? fit la femme, s'assurant ainsi que le jeune homme n'était pas malade.
-Oui, ça va, c'est juste que je n'ai pas déjeuné avant de partir…..
-Dans ce cas assieds-toi, j'allais préparer le petit déjeuner, que dirais-tu de quelques tartines de pain perdu et d'un bol de chocolat chaud ?
-Hum….ça m'a l'air délicieux, soupira le calice qui n'avait pas vraiment faim et tout ça parce qu'il avait une boule à l'estomac.
Molly se mit à cuisiner en tournoyant sa baguette magique et tout se mis en place : Les œufs se cassèrent dans un bol, le lait se versa dans une casserole et le cacao s'ajouta généreusement. Le pain se trancha tandis que la poêle se posait sur le feu de la cuisinière que la maitresse de maison avait allumée un peu plus tôt.
Ron était parti se doucher et s'habiller et Harry pesta contre son vampire qui était de moins en moins présent dans les cachots. Il n'y en avait que pour les potions et cela durait depuis presque six mois. Il recherchait avec Draco une solution contre la stérilité des vampires, il savait que c'était crucial, très crucial, mais il pensait néanmoins que Severus pouvait rester près de lui de temps en temps.
Bordel ! Il avait besoin de lui, ne le voyait-il pas ? N'était-il pas censé être le plus important dans la vie d'un vampire, de son vampire ? D'accord, leurs recherches étaient ultra sérieuses, c'est pour ça que jusqu'à maintenant il avait été d'une patience légendaire, mais là ça commençait à faire long, très long, trop long.
Le calice sortit de ses misères personnelles en voyant une assiette se poser devant lui, il retint un haut le cœur et mit sa main devant sa bouche en repoussant l'objet du délit.
-Ron qui était revenu de ses ablutions le regarda faire et fit une grimace contrariée.
-Tu ne manges pas ?
-Ca passera pas, Ron.
-Tu vas boire ton chocolat au moins ? S'enquit le rouquin en voyant sa mère secouer la tête de réprobation.
-Je préfère un thé, désolé, Molly, j'ai l'estomac barbouillé, ajouta-t-il en repoussant le bol.
-C'est vrai que tu es bien blême, tu aurais dû rester chez toi cela aurait été plus prudent, ça m'étonne même que Severus t'ait laissé sortir.
-Il était trop occupé, et puis je ne crois pas qu'il ait à dire quoi que ce soit ! Et puis ce matin j'avais promis à Ron de venir.
-Ce n'est pas une raison, Harry, dit la femme en déposant une tasse de thé devant l'auror.
-Je ne peux pas laisser mon ami seul pour déménager quand même !
Ron, qui avait sa fourchette suspendue près de sa bouche, arrêta son geste et regarda son ami avec de grands yeux qu'il roula dans leur orbite tandis que sa mère, cette brave femme, ouvrait et refermait plusieurs fois de suite sa bouche, comme si on l'avait privé de son. Ce qui ne dura pas longtemps on s'en doute bien.
-Quoi…. ! fit-elle en s'asseyant sans grâce sur la chaise la plus proche. Tu vas déménager ? Et tu comptais nous le dire quand ?
-Tu n'avais pas encore prévenu tes parents ? marmonna le calice.
-Ben non, j'attendais que tu arrives pour annoncer ça en douceur.
-Oh ! Tu crois que j'ai gaffé là ?
-Bah, au moins maintenant elle est au courant, fit fataliste le rouquin en continuant de boire son chocolat comme si de rien n'était.
-Oui, elle est au courant, hurla presque Molly, ce qui fit accourir Arthur qui se débattait avec les bretelles de son pantalon.
-Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il inquiet.
-Il se passe que ton fils a décidé de quitter la maison et ses parents….
-C'est une bonne nouvelle, non ?
-Non, Arthur, ce n'est pas une bonne nouvelle !
-Et pourquoi ? S'enquit l'homme incrédule. Il a vingt ans, il a un métier, il a besoin de liberté, je ne vois là rien de surprenant.
-Evidemment ! Toi tu ne vois rien comme toujours.
Ron leva les yeux au plafond et fit signe à Harry de se lever. Ils n'allaient pas attendre bien tranquillement que sa mère ait finie de s'apitoyer sur son sort, son père pourra bien s'en sortir seul.
Pendant ce temps, Severus Snape, maître irascible des potions attendait dans son laboratoire un certain Draco Malfoy qui mettait beaucoup trop de temps pour arriver. Le Serpentard avait quand même dix minutes de retard ! Tant pis, il allait commencer sans lui ce matin.
En fait le fils de Lucius se trouvait en pleine conversation aux grilles de Poudlard. Il était passé à Pré-au-Lard acheter un petit chaudron en argent, et en arrivant aux abords de l'école il avait rencontré Alec Deversham qui l'attendait près des Sangliers Ailés
-Monsieur Malfoy, je vous souhaite le bonjour, l'avait intercepté Alec en avançant vers le jeune homme.
-Que faites-vous ici ? S'enquit Draco en fronçant ses fins sourcils.
-Ma présence te dérange tant que ça ?
-Non, pas spécialement, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude depuis six mois de vous voir, Melchiade ou vous, débarquer dans ma vie à n'importe quel moment ! Cela-dit aujourd'hui je n'ai pas de temps à vous accorder, je suis en pleine recherche….
-Pourtant hier au soir cela ne t'a pas gêné de passer un moment avec Melchiade, jeune homme.
-Jaloux !
-Oui, inutile de le cacher, c'est toi-même qui a accepté que deux hommes te fassent la cour, Draco.
-Vous manquez pas de toupet ! Vous ne m'avez guère laissé le choix, et je n'ai pas demandé non plus à ce que vous me harceliez du matin jusqu'au soir, et je parle même pas des visites de nuit, Deversham !
-Tous les moyens sont bons, ajouta le vampire en glissant devant le blond qui ne recula pas. Tu es magnifique et ton caractère est un défi de chaque instant.
-Je dois vous laisser, fit Draco avec un sourire en coin, Severus doit m'attendre et vous savez qu'il n'aime pas particulièrement que l'on soit en retard.
-Je veux un rendez-vous en bon et due forme, Draco, je ne te lâcherai pas tant que je ne l'aurai pas, murmura sourdement Alec Deversham.
-Ca s'appelle du chantage et je n'aime pas ça…
-Appelle ça comme tu veux, tant que tu me donnes ce rendez-vous le reste m'importe peu.
-D'accord, souffla le Serpentard qui voyait que le vampire n'allait pas capituler facilement, ce soir à….
-Chez moi, je viendrai te chercher au manoir Malfoy à vingt-et-une heures.
-Si vous voulez, mais je vous déconseille de provoquer une nouvelle fois mon père.
Alec Deversham ricana et ramena le corps de Draco contre le sien en passant un bras autour de ses hanches fines.
-Es-tu parvenu à nous départager, Eldrik et moi ? Tu sais que cela fait plus de six mois que ce petit jeu dur ?
-Six mois ce n'est pas long dans la vie d'un vampire, fit le blond sournoisement. Et puis n'oubliez pas qu'il a fallu que je me fasse à l'idée que deux hommes me courtisent sans compter qu'il s'agit de vampires et que je n'étais pas du tout préparé à ça, se défendit Draco.
-Je suis sans doute trop impatient, je l'avoue. Mais tu es tellement désirable que chaque jour devient un peu plus difficile. Avant ce que je désirais je le prenais sans me poser de questions, avec toi j'ai envie d'espérer. Je sais aussi que Melchiade a beaucoup plus de chance que moi de te posséder….non, ne nie pas, je le vois dans tes yeux quand tu es près de lui.
-Alec, je ne veux pas que l'un de vous souffre de ma décision, de plus je vois que tu n'as rien compris encore une fois.
-Donc tu as décidé de... ?
-Je laisse tomber, je capitule, je ne prends aucun de vous deux, soupira Draco qui pensait que dire une telle chose serait aussi difficile. Je sais que ce n'est pas honnête vis-à-vis de vous mais rien ne me fera changer d'avis, je suis désolé.
Alec ne sut quoi dire sur le moment, pourtant il n'était pas surpris, non pas vraiment.
-Puis-je en connaître la raison ? demanda le vampire sans pour autant être fâché.
-Quelle importance !
-Tu nous dois bien ça, Draco, après tout voilà six mois que nous espérions Melchiade et moi.
-Tu veux vraiment la vérité, s'énerva le Serpentard encore dans les bras du vampire qui ne l'avait pas repoussé. Je ne peux pas choisir, je me sens incapable de faire ça et pas simplement parce que je ne veux pas faire de mal à l'un comme à l'autre, je ne veux pas choisir entre vous deux, tu comprends ? je….j'ai….
-Est-ce que tu veux dire que tu laisses tomber parce que tu es amoureux de nous deux ? C'est ça ?
-Lâche-moi, Severus doit m'attendre, Alec.
-Il attendra, réponds-moi d'abord, que Diable !
-Oui, oui, oui, je vous aime tous les deux, et comme c'est impossible je préfère rester seul. Maintenant laisse-moi partir je te prie, c'est déjà assez pénible comme ça.
Deversham sonda le visage torturé du jeune sorcier qui essayait de s'extraire de son étreinte. Les yeux gris se voulaient forts pourtant ils vacillèrent devant ceux si verts de l'homme magnifique qui voulait le faire sien. Le vampire s'empara impérieusement des lèvres douces de son promis, un baiser débuta entre les deux hommes, un baiser qui mit le feu à leur corps et à leurs désirs. Un baiser qui faisait regretter à Draco d'avoir pris une décision irréversible.
-Je t'aime, petit démon, souffla Alec contre la bouche du blond, et ta décision ne changera rien à ça. Je te laisse rejoindre Severus, mais tu entendras encore parler de moi.
Le vampire lâcha Draco et fit un pas en arrière sans le quitter du regard, puis après encore quelques secondes il disparut du chemin et le fils de Lucius se retrouva seul avec ses regrets. Le jeune homme reprit son chemin qui le mena aux grandes portes de l'école puis se dirigea d'un pas urgent vers les cachots avant que Severus ne l'envoie chercher avec pertes et fracas.
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Correctrice de cette histoire : TiteNana.
Toujours impossible de répondre aux reviews, cela devient un peu lourd quand même. Cela dit je me régale de les lire et je vous remercie toutes et tous.
