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Les deux Princes de Poudlard se rencontraient désormais chaque soir après les cours pendant une heure environ, lorsqu'ils n'avaient pas entraînement de Quidditch. Ils parlaient de tout et de rien, comme ils l'avaient dit, dans le but de se connaître mieux, sans pourtant jamais plus aborder la question d'un éventuel amour entre eux.

A la fin septembre, il faisait encore très beau. Ce jeudi après-midi, n'ayant pas cours, Harry avait profité du beau temps pour aller lire, caché par le saule près du lac. Ses deux autres amis, en tant que préfets, devaient gérer une crise dans la salle commune des Gryffondors, où une nouvelle invention des jumeaux Weasley semait la panique.

Plongé dans sa lecture, le jeune homme ne vit pas s'approcher son ami blond. Draco s'assit à côté de lui et déposa une bise rapide sur la joue du brun. Harry leva les yeux de son livre et lui sourit.

« Salut. Comment savais-tu que j'étais ici? »

« Je m'en doutais. Ça fait des semaines qu'à chaque fois que je te vois, tu es plongé là-dedans. Que lis-tu ? Tu as l'air si passionné! »

« Les Deux Tours. Il fait partie d'une trilogie. Je l'avais commencé cet été, chez mes moldus. J'avais lu le premier volume l'année d'avant. Du coup, j'ai ''emprunté'' le livre à Dursley, qui ne s'en rendra probablement jamais compte vu qu'il ne lit pas. J'ai fini par emporter les trois tomes en partant. »

« C'est intéressant? »

« Oui. Je te le prêterai après, si tu veux

« C'est Moldu, Potter, fit Draco avec son air dédaigneux. »

« Tu n'es pas obligé de le lire, se reprit Harry, vexé. »

« Je plaisante, idiot. Bien sûr que je veux le lire. A chaque fois que tu es plongé là-dedans, on a l'impression que tu t'es perdu dans un autre monde. Ton visage a des expressions tellement vivantes qu'on croit que tu es en train de vivre ce qui est écrit. »

« C'est un peu ça. Ce livre est superbe, vraiment. On pourrait presque le comparer à ce qui se passe actuellement dans le monde sorcier... Tu m'observes quand je lis ? »

Les joues de Draco prirent une couleur rosée qui fit sourire malicieusement Harry.

« Je te donnerai le premier volume après le dîner, si tu veux passer un moment dans ma Salle Commune. »

Quelques heures plus tard, ils étaient dans la Tour des Gryffondors. Les préfets avaient réussi à calmer l'excitation des Rouges et Ors suite à l'utilisation des nouvelles inventions des jumeaux qui avait temporairement pris l'aspect d'une immense patinoire l'après-midi mais qui avait retrouvé son apparence ordinaire. Hermione faisait ses devoirs à une table. Ron et Neville disputaient une partie d'échecs. Ça et là, d'autres élèves discutaient en petits groupes. La présence de Draco dans la Salle Commune ne surprenait plus personne: depuis presque un mois maintenant, il venait de temps en temps passer du temps avec Harry et ses amis.

Les deux garçons plongés dans leur lecture. La Salle s'était vidée peu à peu. Ne restaient plus que Draco, Harry, Hermione et Ron qui avait fini par rejoindre sa petite amie à laquelle il s'était déclaré deux semaines plus tôt . A un moment, pris dans l'histoire et fatigué, Draco se coucha sur le canapé, posant inconsciemment sa tête sur la cuisse d'Harry. Ils réalisèrent ensemble ce qui venait de se passer. Draco se tendit un peu, en attendant la réaction de son nouvel ami. Harry retint sa respiration quelques secondes. Ils évitèrent de se regarder. Harry, comme négligemment, posa sa main sur le bras de Draco, lui indiquant ainsi qu'il pouvait rester. Ils continuèrent à lire, au début un peu décontenancés par leur position, après de nouveau complètement absorbés par leurs romans, inconscient du regard intrigué échangés par la brunette et le dernier des fils Weasley qui ne tardèrent pas à les laisser seuls.

Le brun réprima un baillement. Draco leva les yeux vers lui.

« Je crois qu'il est tard. Je vais y aller. »

« Oui. Bonne nuit. »

« A toi aussi, dit le blond en se levant. »

Pris d'une impulsion, il fit une bise rapide sur la joue de son ami avant de partir, laissant le Gryffondor un peu interloqué.

Le lendemain, Harry quitta en avance la Grande Salle après avoir pris son petit déjeuner. Hermione devenait de plus en plus suspicieuse sur ce qui se passait entre son ami et Malfoy. Elle se jura d'avoir un jour le fin mot de cette histoire.

« Il va encore trouver Malfoy, dit Ron en suivant son ami des yeux. »

« Nous avons cours commun avec les Serpentards, alors je suppose que oui. »

« Il n'y a plus que le blondinet, aujourd'hui, remarqua avec amertume le roux. »

« Ne sois pas jaloux, Ron. Tu es, et tu resteras toujours le meilleur ami d'Harry, tenta de le rassurer la brunette. »

« Je l'espère. Je ne sais pas ce qu'il lui trouve, à la fouine, mais ils passent beaucoup de temps ensemble, quand même. »

« Je sais. J'espère vraiment qu'il sait ce qu'il fait, dit Hermione d'un ton songeur. »

Inconscient de tout ceci, Harry, lui se rendit ne salle de potions. Draco était déjà là. Alors que les autres matins, il était impeccable, il avait ce jour-là de gros cernes sous les yeux.

« Salut. Tu as mal dormi? »

« J'ai veillé tard pour lire, répondit le blond. Tu as raison, c'est passionnant. »

« Je te l'avais dit, sourit Harry. Et ne t'avise pas de faire des comparaisons. »

« J'allais le dire, rigola Draco. Toi en Frodon, ça serait terrible! Montre tes pieds, mon petit Hobbit. »

« Dray! »

« Je plaisante, mais avoue que c'est vrai qu'il y a des similitudes avec ce qui se passe ici.J'imagine bien Gandalf comme Dumbledore et Sauron dans le rôle de Tu-Sais-Qui. »

« Je sais, c'est ce que je me suis dit aussi. Ron en Sam, les jumeaux Weasley en Mery et Pippin... Je ne peux m'empêcher de comparer Sirius et Aragorn... »

« Ton parrain, approuva Draco en serrant l'épaule d'Harry dans un geste de réconfort avant de continuer pour ne pas alourdir l'ambiance: tu me vois où dans cette histoire? »

« Legolas. »

« Mm, merci. »

« Ça te dis de venir avec nous à Pré-au-Lard, demain? Avec tes amis aussi. »

« C'est une excellente occasion de les amener à se voir un peu plus, approuva Draco en souriant. »

Les autres élèves arrivaient et le cours ne tarda pas à commencer. Plus tard, alors qu'ils parlaient de Pré-au-Lard, Harry annonça à ses amis qu'il avait invité les Serptentards à les accompagner.

« Tu prends vraiment cette histoire d'amitié au sérieux, hein? Dit Ron un peu agacé. »

« Oui. »

« Ron, nous devons vraiment faire des efforts, fit Hermione gravement. Ça s'est bien passé les autres fois, non? »

« Ouais. Mais ça ne paraît pas normal. »

Hermione et Harry rirent de l'entêtement de Ron. La sortie au village sorcier se passa bien: les deux groupes, comme l'avait dit la brune, faisaient des efforts chacun de leur côté. Aux Trois-Balais, en fin d'après-midi, ils parvenaient même déjà à plaisanter ensemble de ce qui les avait divisés dans le passé. La préfète des Gryffondor et Blaise Zabini, d'un seul regard, comprirent qu'ils n'avaient pas l'intention de laisser les deux Princes leur cacher longtemps ce qui leur était arrivé réellement avec la Destinée, quand ils remarquèrent que les deux anciens ennemis passaient beaucoup de temps à se sourire ou se toucher régulièrement.

Quelques jours plus tard, nos deux héros s'étaient donnés rendez-vous dans la tour d'astronomie, afin d'être un peu seuls tous les deux avant d'aller dormir.

« Je ne pourrais pas venir te voir, demain soir. Dumbledore tient à ce que je passe la soirée avec Rogue et lui. »

« Cela a t-il un lien avec Voldemort ? »

Harry, stupéfait, se retourna vers Draco.

« Tu dis son nom ? »

« Tu le dis bien toi. J'ai compris à quel point c'est stupide de ne pas le prononcer. »

« Tu as choisi ton camp ? »

Draco prit la main de son ami et enlaça leurs doigts.

« Le tien, Harry. J'ai encore du mal avec certaines choses, mais ça vient. Toute cette connerie de pureté du sang ne peut mener à rien, n'est ce pas? Granger nous a prouvé qu'elle était la meilleure sorcière de notre promotion, et elle est née de parents moldus. Tu es le sorcier le plus craint des Mangemorts, et tu es un sang mêlé. »

« Alors, tu ne crois plus en la supériorité des sangs purs ? »

« Je ne serais pas là, près de toi dans le cas contraire, Harry. Il est temps de se séparer, maintenant, j'ai ma ronde.»

« Bonne nuit, Draco, mumura Harry. »

Les yeux d'émeraude plongèrent dans le regard d'argent. Draco se leva pour partir, séparant à regret leurs mains. Il embrassa légèrement la joue d'Harry, jouant avec une mèche rebelle qui lui tombait sur le front, juste sur la cicatrice.

« A demain, glissa t-il avant de partir. »

Harry apprécia la douce caresse des lèvres sur la peau de sa joue.

Le lendemain soir, donc, Dumbledore et Rogue unirent leurs forces pour enseigner l'occlumencie à l'espoir du monde sorcier. Le directeur s'était dit que sa présence faciliterait les choses entre ces deux êtres, qui, même s'ils se battaient dans le même camp, ne pouvait se souffrir. Certes, il avait permis à la séance d'être plus légère au niveau de la tension mais avait néanmoins insisté pour que le cours soit des plus rigoureux. Harry était épuisé quand il quitta la salle d'entrainement.