Disclaimer : Les g-boys ne sont pas à moi, les autres si :p
Genre : UA, school-fic presque masquée fluff, yaoi, probablement OOC (surtout Wu-Fei) et partiellement nawak.
Notes: Je sais ça fait une éternité. Il reste quelqu'un pour lire? Il vaut mieux se rappeler des chapitres précédents pour lire celui-ci (pardon -_-).
Merci ! A celles qui m'ont laissé un petit mot! J'ai répondu normalement!
oOo
Snow White
Chapitre 8
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Duo soupira d'ennui.
Mardi gris. A défaut de mardi gras.
Il se retourna dans son lit, à la recherche d'une position confortable pour lire les fiches préparées par le japonais.
Mardi gris. Deuxième jour.
Gris comme les tables de multiplications, griffonnées sur les fiches. Comme les nuages s'amoncelant derrière les fenêtres, où qu'il pose les yeux. Gris souris.
Souris !
Trois fois trois ? Neuf.
Ennui.
Neuf fois sept ? Soixante-trois.
Torture.
Il les retenait, oui, mais c'était fastidieux. Lent et difficile. C'était du niveau primaire, pourtant.
Le dictionnaire était par contre beaucoup plus amusant. On pouvait ne plus en finir, chaque mot inconnu dans une définition entraînant une nouvelle recherche. Une autre définition, une autre inconnue, et ça pouvait durer éternellement. Du moins était-ce l'impression qu'il en avait.
En tout cas, le dictionnaire était une arme de choix face au désœuvrement. Un des premiers « enseignements » de Heero, d'ailleurs, qui lui avait tendu l'ouvrage la veille au soir alors qu'il se plaignait de s'ennuyer.
Il n'avait pu assister qu'à deux cours au total, Heero l'ayant jugé inapte à suivre les autres. « Parce qu'il avait du retard à rattraper ». Sans blague.
Ils devaient mettre au point son plan de rattrapage cet après-midi, d'ailleurs, songea-t-il en avisant l'horloge murale. Heero avait dit qu'il serait là à douze heures trente. Il était treize heures.
oOo
Wu-Fei éclata de rire. Un rire sonore et sincère, teinté d'étonnement face à ce genre de situation. Face à ces évènements incongrus que son côté pragmatique avait choisi de trouver drôles, il y avait quelques années déjà. Profondément drôles.
« Arrête de rire, Chang ! Si tu ne m'es d'aucune utilité ici tu peux tout aussi bien aller voir ailleurs.
— Si je ris c'est parce que la situation est merveilleusement drôle, Heero. »
Heero se renfrogna et leva les yeux au ciel, alors que le chinois continuait de voguer entre hilarité douteuse, réalisation cruelle et étonnement profond. Il avait du mal à y croire et pourtant il l'avait sous les yeux. L'effondrement d'un mythe, la naissance d'une nouvelle ère… Bon, ok, il s'emportait peut-être un peu.
« Non mais vraiment, je suis tout ouïe. », assura-t-il.
Mais merde ! Oui, l'étonnement pouvait autoriser parfois un brin de vulgarité. Merde ! Heero venait d'évoquer l'éventualité de prise en compte des émotions, voir même la possibilité de leur conférer une place primordiale dans les rapports humains.
« Tu vois, c'est là que j'ai commis une erreur… »
Wu-Fei hocha la tête, réprimant le zeste d'hilarité qui flottait à la surface de son esprit.
« C'est pour ça que je n'aime pas la sociologie, d'ailleurs. Et sur ce coup-là j'ai manqué de logique ! »
« Si je résume bien, tu t'es proposé de récolter les données du projet de socio précisément parce que tu ne voyais pas quoi faire d'autre à cause de tes lacunes. Et tes lacunes portent précisément sur le fait que la sociologie nécessite la prise en compte de facteurs tels que les aspirations, les angoisses, les doutes, en gros : les sentiments. »
« Données complètement irrationnelles, difficilement quantifiables et encore moins mesurables » compléta Heero, donnant par là son approbation au résumé du chinois.
« Et c'est maintenant que tu t'en rends compte ! Là, aujourd'hui, comme ça ? »
Heero haussa les épaules. Fallait pas le prendre pour le dernier des idiots non plus. Il avait lu des livres, merci. Il lui était même arrivé de regarder le petit écran à ses heures perdues, il avait vu des films, aussi. Bref, il avait vécu dans le même monde que les autres ces dix-sept dernières années. Comment passer à côté ? Les Sentiments ! Avec une majuscule, oui. Les désirs, les pulsions, les envies, mais aussi et surtout, tout au sommet, les sentiments ! Les sentiments pour sacraliser les précités désirs, pulsions, envies ; les sentiments comme raison, les sentiments comme excuse, au centre de tout. Cette capacité à ressentir tellement humaine. Une caractéristique unique, un fanion, un étendard !
Oui mais non, pas forcément. Pas pour Heero. Il avait juste pensé qu'il était possible de ne pas en tenir compte, de ces données non-mesurables. De ne pas trop en tenir compte. Et c'était amusant comme parfois une simple et minuscule succession d'évènements faisait qu'on prenait pleinement conscience de certaines choses.
De choses qu'on savait depuis toujours, qu'on taisait depuis toujours. Parce qu'on ne comprenait pas forcément comment les gérer.
« Donc voilà, c'est pour ça qu'il va falloir que j'apprenne rapidement.
— Avec moi ? demanda Wu-Fei, haussant les sourcils.
— Avec toi ! » Avait décidé Heero.
« Donc si tu pouvais me faire un résumé complet et détaillé (mais résumé, hein) de la situation entre Trowa et Quatre à ce jour… »
oOo
Heero se força à ralentir l'allure en parcourant les couloirs qui le menaient à sa chambre. Sa curiosité scientifique frémissait d'excitation, et lui-même ne comprit pas l'impatience naissant au fond de lui. Il accéléra sans s'en rendre compte.
Il ouvrit la porte dans un bruit sec et Duo sursauta. Le japonais la referma derrière lui plus précautionneusement dans une tentative de discrétion. Avortée, la tentative. Encore aurait-il fallu peaufiner son entrée, pour être discret.
L'américain lui lança un regard exaspéré.
« Pendant l'heure où tu étais censé être là, je me suis dit que je pouvais délaisser les tables de multiplication au profit du dictionnaire », émit Duo, d'un ton plus mordant qu'il n'aurait voulu.
« Et ça te profite déjà. Ton vocabulaire s'enrichit d'heure en heure ! répliqua Heero, regrettant immédiatement de se laisser entrainer si facilement dans une nouvelle joute verbale. Moi aussi j'ai appris aujourd'hui ! » dit-il sans laisser au natté le temps d'embrayer sur une nouvelle remarque acerbe.
Ce dernier ouvrit la bouche de surprise, oubliant instantanément quelle réplique lui était venue à l'esprit. Ça devait être la première fois que Heero ramenait quelque chose à lui, et ça lui donnait un côté… inattendu.
« Tu as appris… quoi? »
Le japonais n'avait pas prévu d'aborder la chose de cette manière, mais il comptait bien saisir l'occasion de mettre en œuvre son petit test. Et il se doutait que la curiosité naturelle du sujet de l'expérience pourrait l'y aider.
« Je suis passé discuter avec Chang après les cours. Au sujet de Trowa et Quatre.
— Ah… Et ?
— Nous sommes arrivés à la conclusion que les problèmes risquent de débuter jeudi. Vendredi si Crabbe est lent à la détente, ce dont je doute.
— Quel rapport avec Crabbe ?
— C'est le numéro deux.
— Tu veux dire le deuxième plus riche, plus beau, plus tout après Quatre ?
— Hn.
— Crabbe… C'est pas le gars aux yeux noisette qui est venu me parler hier après l'heure de table ? Ernest, c'est ça ? »
Heero hocha lentement la tête, la mâchoire serrée. Il était évident que le nouveau venu ne passerait pas inaperçu aux yeux de Crabbe. Et il avait dû rassembler toute la maîtrise dont il avait pu faire preuve pour feindre de ne pas remarquer qu'il avait intercepté l'américain alors que celui-ci se dirigeait vers les toilettes après le repas de la veille. Il ne savait pas ce dont ils avaient parlé, ni même ce que Duo pensait de lui. Il n'avait pas posé la question, ni jugé utile de le mettre en garde. L'Américain devait faire ses propres choix. En aucun cas il n'avait à lui imposer un quelconque groupe d'amis. Et si la réussite de l'intégration de Duo passait par son amitié avec Crabbe, et bien soit. Même si ça avait un rien tendance à lui tordre l'estomac.
« Si je comprends bien, continua Duo, c'est comme partout : les clans, les coups de putes, et les uns qui tirent parti des faiblesses des autres… Hein ? Ernest veut être numéro un à la place de Quatre, ce qui est de bonne guerre. Et s'il réalise que Quatre est dans une situation difficile, il en profitera pour manœuvrer contre lui, logique. »
Le Japonais se fit violence pour empêcher les coins de sa bouche de remonter, étouffant par la même occasion cette bouffée de fierté qui lui gonflait la poitrine. Duo avait peut-être un retard considérable au niveau de « l'enseignement général », mais son intelligence n'avait pas à être remise en question. Il détailla l'Américain en hochant la tête à nouveau. Quatre avait bien choisi, il fallait le reconnaître.
« Et qu'en penses Wu-Fei ?
— Qu'il a eu beau retourner la situation dans tous les sens, nous ne sommes pas en position de les aider.
— Tu sais j'étais pas là, moi. J'y comprends pas grand-chose à leur histoire… »
Heero entendit la question muette et se trouva bien embêté de devoir y répondre. Il n'était pas le mieux placé pour ce genre de chose.
« Trowa ne m'a jamais beaucoup parlé de Quatre. C'était juste là. Cette place particulière qu'il avait, que je ne pouvais pas comparer à la mienne.
— Mais hier tu disais qu'ils ne pouvaient pas rompre puisqu'ils n'étaient pas ensembles…
— Ils ne le sont pas. Pour tout un tas de raisons que je ne veux même pas commencer à aborder. Mais… Il s'interrompit, n'arrivant pas à trouver les bons mots.
— Mais aucun n'arrive à réellement tirer un trait sur la possibilité ? tenta Duo.
— Hn. Trowa aurait dit à Wu-Fei qu'ils avaient décidé de rester amis, et que si aucune limite n'était franchie, ils arriveraient à oublier l'éventualité d'autre chose.
— C'est débile ! »
Heero haussa un sourcil interrogateur, incitant Duo à continuer.
« S'ils en sont arrivés à décider de rester amis, c'est que leur limite a dû être franchie, d'une manière ou d'une autre. Et crois-moi, quand ce genre de limite est franchie, on fait difficilement marche arrière. Ça ne pouvait que mener à cette situation.
— Pourquoi ? demanda Heero.
— C'est le fait de savoir qui compte. C'est ça qui leur donne un pouvoir l'un sur l'autre.
— Je ne te suis pas.
— Bon on va essayer plus facile » murmura Duo, réprimant le sourire qui lui grimpait sur le visage sans pour autant s'empêcher de savourer ce moment.
Les rôles s'inversaient l'espace d'un instant et ça lui faisait un bien fou, d'avoir quelque chose à expliquer à Heero.
« Pour faire simple, peu importe qu'ils aient couché ensemble ou non. C'est débile de s'en prévaloir. Parce que le moment où tout bascule, c'est quand tu sais que l'autre ressent quelque chose pour toi, que ce soit une simple attirance ou plus. C'est au moment précis où tu prends conscience de ce pouvoir que tu cours le risque de t'en servir. Et c'est probablement ce qui a dû se passer. »
Heero acquiesça, presque surpris que l'Américain ait passé son « test » aussi facilement. Dépassé même, le cadre du test. Duo sourit malicieusement.
« Et je ne te parle même pas de la frustration…
— T'as raison, ne m'en parle pas. D'ailleurs il faut que j'y aille.» conclut Heero en regardant sa montre.
Le natté eut envie de rire en avisant la porte se refermer sur le japonais. La demi-heure qui venait de s'écouler lui semblait particulièrement surréaliste.
oOo
Il avait fui. Ok. Il avouait. Mais pas ça.
Pas le sexe. Aujourd'hui était peut-être la « grande journée du sentiment » pour Heero, mais le cul, non merci. Une chose à la fois.
Il y avait déjà bien assez de données auxquelles il devait réfléchir.
L'Américain avait cette connaissance qu'il lui manquait de manière presque intuitive, cette sensibilité qui lui semblait logique. Au même titre peut-être que les maths pouvaient avoir un sens évident pour Heero. Il ne pensait juste pas comme lui. Mais la possibilité était là. Il fallait juste changer de méthode, et éventuellement tenir compte de ces foutus sentiments.
Il décida qu'il pouvait se permettre de manquer les derniers cours de la journée.
oOo
Vers le milieu de l'après-midi, Duo se décida à avaler le sandwich rapporté par le japonais.
Il eut la nausée à la moitié et y réfléchit à deux fois avant de l'achever. Mais c'était Heero qui décidait des quantités. Il devait savoir ce qu'il faisait.
Il aurait dû y réfléchir à trois fois.
Il lutta presque une demi-heure, sentant son estomac se tordre douloureusement alors que la nausée lui remontait dans la gorge. Il céda finalement et s'enferma dans la salle de bain, expulsant de toutes ses forces la nourriture ingérée.
« Bordel ! » cracha-t-il, assis par terre, haletant, le front appuyé contre la cuvette des WC.
Il ignora ses maux de ventre et se leva pour se rafraîchir à l'évier. Quelques minutes plus tard il s'allongea sur son lit, un coussin plaqué contre le ventre. Il se fit l'effet d'une fille, et pourtant il devait reconnaître que ça l'avait toujours soulagé, ce traitement qu'il avait généralement vu réservé aux jeunes demoiselles dans leur « mauvaise période ».
Il sourit et ferma les yeux.
Il revit Tom courir vers lui, échevelé et haletant, marmonnant quelque chose à propos de Becky et de blessure. Il n'avait pas eu le temps de sentir son cœur faire un bond que le P'tit Jim accourrait à son tour.
« Mais non ! Elle a juste ses mesures. Triple buse ! »
Il avait baissé les yeux devant le regard menaçant de Duo et avait cherché à se justifier :
« C'est Ian qui m'a dit d'arrêter Tom. Pour pas qu'il t'inquiète pour rien, cette triple buse (C'est lui qui l'a dit !). Elle est pas blessée, elle a juste ses mesures. »
Il s'était passé une main sur le front et avait suivi les gamins pour découvrir, simplement, que la petite Becky était devenue apte à donner la vie. En fait pour être honnête, c'était Ian qui avait tout compris bien avant qu'il ne rentre.
« Elle a ses règles. J'ai expliqué ce que je savais mais ça serait ptêt bien qu'elle voit Sally, à l'occasion. »
Ian avait montré une maturité incroyable, pour détecter ce qui n'allait pas chez Becky et obtenir sa confiance sur le sujet. Plus tard dans l'après-midi, Sally avait joué la maman de secours, comme elle l'avait souvent fait pour lui ces dernières années.
Ce soir-là, somnolant au milieu de ses bouchons, il s'était bien marré en repensant aux « mesures » du p'tit Jim. Et puis juste après, il s'était dit que Becky pouvait porter une p'tite crevette dans son ventre, maintenant. Sa minuscule Becky. Putain, ce genre de permis était délivré bien trop tôt.
Ce qu'il fallait surtout retenir, c'est qu'une bouillotte bien chaude pressée contre son ventre pendant la « mauvaise période » la soulagerait.
oOo
Il se réveilla une demi-heure plus tard, à peine conscient de s'être assoupi. A défaut d'être rassasié, il se sentait reposé, observa-t-il en ignorant les gargouillements de son estomac. C'était facile d'avoir faim. Etrangement plus facile que d'ignorer la nausée pour garder ce qu'il avalait.
Il tenta vaguement de relire les quelques fiches de Heero mais l'envie de se dégourdir les jambes devint de plus en plus distrayante. Finalement personne ne lui avait interdit de sortir, décida-t-il en enfilant une tenue de sport prêtée par le japonais.
Il serra au maximum l'élastique entourant sa taille, remarquant que Heero devait être un rien plus épais que lui. Il nota mentalement que malgré ses défauts, ce dernier ne lui avait fait aucun commentaire sur sa carrure de crevette apocalyptique. C'était une bonne chose, ça !
-
Perdu dans ses pensées, il se dirigea machinalement vers le terrain de basket, qui était à peu près le seul lieu dont il se rappelait l'emplacement exact, et surtout l'itinéraire pour y parvenir. Maugréant contre son légendaire sens de l'orientation, il remarqua que les équipements sportifs – entendez dans le cas présent « ballons » – étaient simplement rangés dans un grand filet, accessible à tous.
Il en fut stupéfait, avant de se rappeler que ce nouveau monde dans lequel il évoluait depuis quelques jours n'était celui que d'une poignée de privilégiés. Ce n'était pas au terrain de son quartier – qui tenait plus du terrain vague que du lieu sportif – qu'on laisserait de quoi faire mumuse à disposition de tous.
Sans doute parce dans l'esprit autochtone « laissé à disposition » avait une fâcheuse tendance à se transformer en « offert, servez-vous ». Et ce genre de comportement n'incitait ni la générosité du gouvernement, ni la compassion des honnêtes gens. Vous savez, ceux qui travaillent pour gagner leur vie !
La société actuelle ne jurant que par la consommation, il imaginait bien que les boulets de son quartier, non générateurs de profits et pire, trop endettés que pour pouvoir encore et toujours plus consommer étaient un réel problème dans cette jolie toile capitaliste.
Après on pouvait aussi parler des abus. On pouvait parler de Proznik, le plombier qui ne déclarait pas un kopeck, et on pouvait aussi parler de Youssef, qui trouvait tellement plus facile de piquer le sac d'une petite vieille plutôt que de devoir rédiger un CV. On pouvait en parler ouais.
Des cons, des profiteurs, des égoïstes, des paresseux. Le problème c'est qu'ils étaient simplement partout. Le con, faut pas s'en faire, vous le trouverez dans toutes les couches de la société ! C'était peut-être sur ce problème là qu'il fallait concentrer ses efforts en premier. En même temps il n'y avait pas vraiment de solution.
Fatigué de chercher qui de l'œuf ou la poule était là en premier, Duo se décida à s'approcher du terrain, plutôt désert. Les élèves devaient probablement être en cours à cette heure et il n'embêterait personne en faisant quelques paniers…
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Il n'avait pas conscience d'avoir eu besoin de se dépenser à ce point. Il était épuisé et peinait à reprendre son souffle, regrettant de n'avoir rien prévu pour se désaltérer.
Il crut rêver lorsqu'une bouteille d'eau entra dans son champ de vision, tendu de derrière lui par un bras salvateur.
Ou plutôt un cauchemar, conclut-il en avisant le sourire ravi de Réléna.
« Je me doutais bien que tu étais du genre à ne pas t'hydrater assez !
— Ah euh, merci ! C'est vrai, je suis un grand distrait. »
Il essaya de sembler décontracté et surtout de ne rien montrer de son aversion pour elle. Après tout elle avait toujours été aimable avec lui, et avec les autres aussi. Il faudrait vraiment qu'il y réfléchisse…
« Ne t'en fais pas, j'ai l'habitude avec Heero. Il est plus distrait qu'il n'y parait !
— L'habitude… avec Heero ?
— A son arrivée ici, il oubliait constamment ses affaires. Sans parler des heures de cours, bien que je le soupçonne d'en avoir volontairement oublié quelques unes. C'est moi qui avais été désignée pour le familiariser avec l'école, en tant que représentante du conseil de classe.
— Ah ouais, pas de bol ce genre de responsabilité !
— Tu plaisantes ? J'ai vécu des moments for-mi-dables avec Heero ! »
Ok, peut-être qu'il y avait un peu de ça, qui le gênait. Pas tant qu'elle ait vécu quoi que ce soit avec le Japonais, ça il s'en balançait comme de son premier Pampers. Non, c'était cette manière qu'elle avait d'en parler alors qu'il ne semblait pas y avoir la moindre étincelle du côté de Heero. En même temps cela ne le concernait pas. Mais quand même…
« For-mi-dables du genre ? »
Il regretta la moquerie dans le ton utilisé mais fit passer la pilule avec un sourire de connivence. Il ne fallait pas se leurrer, les dollars promis pouvaient tout à fait acheter l'hypocrisie du jeune homme. Adaptation, donc.
« Suivre son apprentissage, le voir évoluer, s'intégrer (enfin, à sa manière), c'était passionnant !
— Ok. T'as pensé à être prof ?
— Pas vraiment. C'était particulier parce que c'était lui… Tu ne peux pas comprendre.
— Non en effet, je ne peux pas. »
Merde, il avait encore été désagréable. La phrase « tu ne peux pas comprendre » lui donnait simplement de l'urticaire, Réléna ou pas. Vous ne pouvez pas comprendre.
La jeune fille, pourtant, semblait complètement ignorer son ironie et il se demanda si c'était volontaire ou non.
« Tu ne sembles pas beaucoup l'apprécier, je me trompe ?
— Je baigne dans un océan d'indifférence.
— C'est normal, Heero est toujours comme ça.
— Non pas lui, moi : tu m'as demandé si je l'appréciais et ma réponse est 'il m'est indifférent'.
— C'est dommage. En même temps il fallait s'y attendre, il a toujours eu des problèmes avec ses colocataires. Mais je pensais, d'après son attitude, qu'avec toi ce serait différent.
—Je le déteste pas non plus, t'inquiète »
Mais pourquoi se sentait-elle obligée de se mêler de tout ? Et puis c'était quoi ces questions et ces confidences ? Elle cherchait à devenir sa meilleure amie ou quoi ?
Une lueur de bonne idée sembla poindre dans son esprit et il se fit plus sympathique que jamais.
« J'ai rencontré quelques autres élèves aussi. Wu Fei, notamment, qui est très sympa. Tu vois qui c'est ?
— Oui, bien sûr, un ami de Heero.
— Rel, cocotte, on t'a informé que le monde ne tourne pas autour de Heero ? »
Il fallait juste que ça sorte. Il n'en pouvait plus, achevé en cinq minutes de conversation. Démasqué. Un frisson désagréable lui parcourut l'échine, alors qu'il réalisait sa maladresse. Pas malin de lui sortir ça, et surtout avec autant d'ironie et de provocation.
Il n'y avait pas eu d'agacement, pourtant, juste l'impression qu'il ferait une bonne action s'il la mettait au courant. Parce que franchement, si la pauvre fille continuait dans son délire, elle allait fini suicidée dans un whisky. Il baissa les yeux, soudain beaucoup plus intéressé par ses baskets et bien moins gonflé d'orgueil. De quoi lui se mêlait-il. Qui avait parlé de con tout à l'heure ?
Pourtant la brune ne sembla pas s'en offusquer plus que ça. Elle haussa ses fines épaules d'une manière tristement résignée.
« Je suis désolée. Tu n'es pas le premier à me faire la remarque. C'est juste que j'ai cette tendance à ne voir que lui. L'amour, sans doute.
— Over-sharing !
— Pardon ?
— Tu as déjà entendu parler de ce genre de personne qui te raconte leur vie alors que t'as pas demandé à savoir ? Et puis ton truc tient plus de la midinette qu'autre chose ! »
Malgré ses petites piques, il avait sorti tout ça d'un ton doux, comme il l'aurait fait pour annoncer une mauvaise nouvelle au P'tit Jim. C'était d'ailleurs assez semblable à ça, le ressenti qu'il avait en voyant les grands yeux de la jeune fille s'embuer.
Et voilà ! Il avait mis le doigt dessus. C'était ça, précisément. Cette manière qu'elle avait d'être gentille et sincère, ce côté naïf dans ses découvertes et trop fleur bleue pour son âge. Son visage ouvert comme un livre dont on pourrait feuilleter librement les pages, cette incapacité à garder les informations pour elle et cette manie de vouloir partager. Trop partager. Et surtout le fait qu'il le savait, il le sentait d'avance, que dès qu'il allait se retrouver seul avec elle son petit cœur allait fondre malgré ses précautions. Parce que ouais, elle était cruche, coté naïf oblige, mais en même temps vraie et touchante.
Et les gens touchants, Duo, bah ça le touchait !
Alors il lui releva un peu le menton et lui offrit un sourire, léger et rapide, mais sincère.
« Ecoute, Rel… Je peux t'appeler Rel ? »
Elle hoche la tête en émettant un son indistinct qu'il choisi d'appeler un « oui étouffé ».
« Rel, excuse-moi. Le fait d'être nouveau dans cette école me met la pression. Heero n'est en effet pas facile à vivre et ça n'aide pas. Tu es juste mal tombée, avec le mauvais sujet de conversation. Je te remercie de t'occuper de moi comme ça, gratuitement. »
Le « gratuitement » la fit tiquer mais elle jugea qu'il s'agissait là d'une nouvelle forme d'expression à la mode et consentit à relever le regard. Le même bleu déterminé que celui du Japonais. Putain, elle était contagieuse.
« Toujours est-il que j'ai raison. Tu gagatises beaucoup trop sur l'autre asocial. J'aime bien ce côté émotivo-naif chez toi mais t'as trop lu de Barbara Cartland.
— Jamais de la vie !
— Soit. Tu vois Heero partout, tu penses tout le temps à lui. Est-ce que tu sais pourquoi ? Tu es persuadée que tu es amoureuse, n'est-ce pas ?
—J'arrive à identifier ce que je ressens, merci !
— Crois-moi, ce n'est pas donné à tout le monde. Ce que tu ressens, Réléna, c'est ton cœur de midinette. Pourquoi ? Parce qu'il ne te voit pas ! Rien de plus logique, la machine et la grande sensible, c'est cousu du fil blanc.
— Je ne suis pas sure de te suivre… »
Un genre de sonnerie les interrompit et l'équipe de basket junior déboula sur le terrain, leur signifiant gentiment qu'il était l'heure de leur entraînement.
Et là, deux minutes plus tard, à quelques mètres à peine, le moment était passé. Ils se retrouvaient face à face sans vraiment savoir quoi ajouter, conscients tous deux d'en avoir trop dit ou pas assez.
Duo se gratta maladroitement l'arrière du crane et prit la fuite, prétextant avoir un devoir à rendre à son professeur particulier, ce qui n'était pas totalement un mensonge en soi.
Réléna le regarda s'éloigner, se mordillant nerveusement la lèvre inférieure. De toute façon, tout le monde le savait, dans l'école, qu'elle aimait Heero, ça sautait aux yeux. Elle se répéta pour la énième fois qu'elle était trop mère poule et eut un moment de honte, se disant qu'elle avait confié ses états d'âmes à un parfait inconnu. Et en même temps il y avait cette confiance un peu bizarre, entre eux. Il faudrait qu'elle apprenne à le connaître, ce nouveau.
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A suivre
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Tout commentaire est le bienvenu ! Merci d'avoir lu.
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