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Chapitre 8

Kise tenait, étroitement serré dans sa main, le t-shirt d'Aomine qui avait fini par s'assoupir à côté de lui. Las de surveiller le soir venu le quartier dans lequel ce blond de malheur habitait. Et il avait aussi prit l'habitude de dormir ici parfois, quand il était trop fatigué pour rebrousser chemin jusque chez lui.

Il avait quelques affaires, et mangeait là. Parfois même il partait d'ici jusqu'à son lycée et trouvait le chemin étrangement plus court. Durant ce laps de temps, il n'avait pas croisé une seule fois le senpai du mannequin, exception faite lorsqu'il venait le chercher devant Kaijo.

Daiki avait même posé shampooing et savon dans la douche, une partie d'une étagère du blond avait été aménagée pour qu'il puisse y mettre ses affaires. Réflexion faite : il se sentait un peu comme un petit-ami d'une relation nouvelle. A ceci près, Ryôta était de plus en plus exténué et ses cauchemars ne faisaient qu'aller de mal en pis. Et surtout –surtout- ça ne lui plaisait en aucun cas.

Ce n'était pas contre le blond, il avait même tout ce qu'il fallait pour être un parfait copain. Il ne lui manquait qu'une énorme paire de seins. Autrement, il y avait de quoi s'amuser avec le caractère qu'il avait en temps normal.

Et actuellement, ils dormaient ensemble, comme à chaque fois que le basané revenait après avoir fait sa ronde. Kise était plus petit, mais ce n'était pas quelque chose de flagrant, mais courbé comme il l'était quand il dormait, il parvenait à nicher son nez contre le torse du plus grand, presque collé contre lui.

Daiki, lui, avait un bras chichement posé sur la taille du mannequin alors que son autre main flattait, parfois, doucement les cheveux clairs.

En réalité, avec la semaine qui allait se terminer demain après les cours, la génération des miracles redoublait d'effort pour trouver le stalker du mannequin, naturellement, même les dons de prestidigitateur de Kuroko avaient étés sollicités pour tenter une filature invisible –sans résultat concluant.

Ils avaient à faire à un mec qui savait visiblement comment s'y prendre, pourtant, c'était certain, d'après Akashi, que ce n'était qu'un vulgaire amateur. Et chaque jour de la semaine, ils avaient tous reçus des photos de plus en plus osées –coïncidence ou non, Kasamatsu traînait toujours près des endroits.

Cependant, les deux têtes pensantes de la kiseki no sedai affirmaient avec insistance que ce n'était pas lui.

Le principal problème était réellement ces photos qui redoublaient d'intensité, parfois même plusieurs fois par jour. Bien entendu, Akashi avait du louer une chambre d'hôtel à Tokyo pour ne pas avoir à faire le trajet, et autant dire que son temps perdu allait être difficile à rattraper.

Ce détraqué allait vraiment regretter son geste, il ne devait pas se douter à quel point c'était dangereux de se frotter à eux, surtout à lui.

Cependant, Seijuro restait toujours très professionnel, et ses occupations commençaient à lui prendre de plus en plus de temps depuis le collège, aussi il avait toujours avec lui sa tablette, son téléphone et quelques autres moyens de se faire contacter assez rapidement au cas où il y aurait un problème, et cela commençait toujours très tôt le matin.

Bien plus tôt encore que le moment où le « harcelé » se réveillait pour se rendre au lycée. Même s'il avait clairement refusé d'y aller durant la fin de semaine qui venait de passer.

D'ailleurs, le réveil sonna d'une façon qui semblait plus stridente que les fois précédentes et Kise n'y mit presque pas de force. Il dormait un peu mieux et se sentait vraiment en confiance avec Aomine à ses côtés, mais ce n'était toujours pas la grande forme.

Contrairement à ce qu'il pensait, le basané était plus facile à vivre qu'il n'y paraissait et même s'il était incapable de faire le ménage, il avait d'autres qualités. Et la plus belle d'entre elles était sa douceur au lever.

Le blond se plaisait à croire qu'il n'avait encore montré cette facette à personne, à part peut-être Momoï, mais ce n'était pas à jalouser. Ryôta était le seul à profiter de ses longs bras, fins et musclés qui s'entouraient mollement autour de son corps pour l'attirer dans un câlin alors qu'il était plongé dans une phase entre le sommeil et le réveil.

Tous les matins –même si ça n'en faisait que quatre avec celui-ci- il le regardait s'éveiller, bâiller doucement en enfonçant sa tête dans les coussins avant d'ouvrir difficilement ses paupières encore lourdes de sommeil, et Aomine souriait.

Pas seulement, il lui était arrivé de déposer quelques baisers tendres, qui l'avaient fait rougir, sur son nez ou son front. Ce n'était pas toujours évident pour le blond qui contrôlait de moins en moins ses sentiments depuis le collège et plus d'une fois il avait pensé à tendre le cou pour sceller leurs lèvres, sans jamais en trouver le courage.

Et pourtant, cette matinée là, juste celle-ci, sans savoir que c'était la dernière, c'était le plus grand qui avait déposé ses lèvres d'abord sur sa joue avant de dévier sur celles du blond qui n'était maintenant plus qu'une masse fébrile et tremblante dans ses bras. Sa main tenait encore et toujours fermement son t-shirt et il lui semblait qu'il le serra davantage en sentant les étrangères le caresser doucement. Jamais il n'avait connu quelque chose de si doux.

Tant qu'il n'était plus réellement sûr d'être réveillé. Ce comportement était à des années lumière de son modèle mais présentement il ne voulait qu'en profiter avant que leur relation ne redevienne celle qu'elle avait toujours été. La grande main bronzée qui trônait toujours sur le haut de son crâne été maintenant descendue sur sa nuque et Kise crut défaillir quand il sentit la langue, vraiment trop râpeuse, quémander un passage pour taquiner dans un lent ballet la sienne.

Il n'y avait rien de meilleur que cette sensation là. Ryôta en était certain, il aurait pu mourir maintenant que ça lui aurait été égal. Il donnait, transmettait, dans ce baiser qui se déliait et s'échauffait lentement, toute la frustration qu'il avait emmagasiné durant ces années à le voir, et à devoir, batifoler avec d'autres.

Peu à peu, l'échange devenait brusque, ce fut à ce moment que le mannequin réalisa que son « ami » était maintenant bel et bien réveillé.

Une grande main pressa le creux de ses reins pour le coller à lui, et il pouvait en attester : Aomine avait un corps très chaud, sans arrière pensée aucune. Mais il n'avait aucunement l'envie de rompre le contact, il savait que s'il le faisait, tout s'arrêterait de façon trop brutale. Il voulait prendre le temps de s'imprégner de lui jusqu'à n'en plus pouvoir. Juste qu'à ce que tous ses sentiments débordent et qu'il se noie dedans encore.

Sa main, farouche, fit une chose qu'il avait toujours eu envie de faire, elle longea subrepticement son torse d'abord. Puis un peu plus encore, profitant de sa chaleur, de sa peau qu'il n'avait pas jugée aussi douce. Si Kise avait une peau « parfaite » de mannequin, c'était mentir de dire que celle du basané l'était moins. Elle l'était tout autant et c'était une sensation grisante, qui lui brûlait l'épiderme jusqu'au cœur.

Ryôta aurait pu jurer que le baiser touchait maintenant à sa fin, leurs respirations et souffles erratiques étaient trop courts et leurs mains qui cessaient de se découvrir se lassaient de si peu de peau. Daiki remonta doucement ses doigts jusqu'aux lèvres du blond, les quittant des siennes avec un regret qu'il ne comprenait pas, puis il avait caressé celles du mannequin tendrement, de son pouce.

Peu à peu, le confort douillet qui les avait emmenés hors du temps, dans une bulle protectrice, s'était dissipé. Et un grondement sans précédent s'était élevé quand l'adolescent au teint bronzé s'était redressé mollement, grondant rapidement un « j'ai la dalle » qui signifiait qu'il était temps maintenant de se préparer pour le lycée.

Kise n'avait pas osé parler et s'était contenté de se lever pour aller préparer le petit-déjeuner. A vrai dire, des tas de questions parvenaient à son palais sans savoir se poser sur sa langue, ni franchir la barrière de ses lèvres délicieusement souillées d'un contact qui maintenant avait le goût de « trop peu ». Il ne le regardait pas vraiment et se contentait de s'activer comme il le faisait tous les matins.

Tout avait été très silencieux. Ce genre de silence gêné qui n'impliquait que deux solutions : un échec, ou une relation probable. Mais Aomine restait Aomine et il valait mieux ne pas s'attarder dessus. Même sur le trajet pour se rendre à l'établissement privé Kaijo ils n'avaient pipé mot. Allaient-ils en parler un jour, sans gênes et sans tabous ?

Cette seule pensée avait obsédé le blond toute la journée, d'ailleurs il s'était senti soulagé même de ne pas avoir pensé à son stalker, c'était un peu comme une libération. Et le soir était tombé tellement vite qu'il ne s'en était pas aperçu. D'autant plus que le vendredi il terminait toujours une heure plus tôt, et ce fut seulement à l'heure dite qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas prévenu Daiki.

Kise s'était retrouvé seul. Mais pas assez longtemps pour prévenir qui que ce soit, son téléphone venait de heurter le sol, se fracassant dessus alors qu'une plainte faible et trop basse pour être entendue s'étouffa dans sa gorge. L'odeur aigre-douce l'avait endormi trop rapidement pour qu'il puisse en prendre parfaitement conscience…