Je n'aurais jamais pensé que le silence pouvait être aussi pesant.
Assis dans le canapé des Weasley, je sirote lentement mon thé. Granger est assise à ma droite, Harry à ma gauche, dans le canapé, et Weasley en face de moi. Je pense sérieusement que ça fait bientôt dix minutes que personne n'a prononcé un mot. Et il est hors de question que je me dévoue pour briser le silence. Qu'ils se démerdent !
Granger se tresse les cheveux, jetant à Harry des regards désolés de temps à autre. Weasley ne m'a pas quitté des yeux depuis que je suis arrivé et je pense qu'il tente de me tuer par la seule force de son regard. Près de moi, je vois Harry qui ouvre la bouche toutes les vingt secondes, comme s'il essayait de parler, mais finit toujours par la refermer.
Mine de rien, le thé de Granger est excellent. C'est un thé au jasmin. De très bonne qualité, elle ne s'est pas foutue de moi. J'aime particulièrement le thé japonais, il est assez amer, mais possède une senteur fleurie.
L'odeur de ce thé rappelle à mon souvenir ces jours d'été que je passais à étudier où ma mère m'apportait le thé dans ma chambre. Toujours le même : un thé vert au jasmin dans une théière en porcelaine de Chine blanche ornée de petites fleurs bleues avec la tasse assortie.
Harry n'a jamais de thé chez lui or moi, j'en prends le matin. Alors je lui ai offert une boîte de thé au jasmin pour mes petits-déjeuners lorsque je dors chez lui. Cette odeur, c'est donc aussi le matin dans la cuisine de Harry après avoir passé la nuit dans ses bras. Il s'assoit en face de moi et boit son café sans me quitter des yeux. Souvent, il caresse ma jambe avec son pied, ou c'est moi qui le fait, ça dépend des jours. J'aime être assis sur une de ses chaises en plastiques, mes pieds nus sur le carrelage froid, avec pour seuls vêtements un caleçon et un des T-shirt de Harry.
Je souris, perdu dans mes pensées, sans même m'en rendre compte. Je suis ramené à la réalité par un énième soupir de Granger. Me rappelant l'endroit où je me trouve, je me renfrogne immédiatement. Weasley me regarde vraiment bizarrement. Je pense que mon sourire incontrôlé lui a grillé le cerveau, en admettant qu'il en avait un avant. On dit que les blonds sont cons mais les roux ne sont pas mieux. Je lève les yeux au ciel en soupirant, exaspéré par le manque avéré de conversation des amis de Harry.
Je jette un œil sur Harry qui a l'air complètement abattu. Comme si le silence lui avait ôté tout courage et toute volonté. Il me lance un regard suppliant. Aide-moi. Alors là, tu peux toujours courir. Je fronce les sourcils, l'engueulant silencieusement. C'est lui qui a voulu cette rencontre, qu'il assume !
Je me désintéresse de mon petit ami et termine ma tasse de thé. Je regarde mes hôtes l'un après l'autre, mais aucun ne daigne ouvrir la bouche aussi je repose la tasse dans sa coupelle. Le petit tintement de la porcelaine brise le silence alors que je me relève sans attendre. Je souris et me dirige vers la sortie, je ne resterai pas une minute de plus dans cette pièce.
Harry saute sur ses jambes.
« Drago ! Attends, ne pars pas ! »
Tiens ? Il sait parler lui ? Je n'accorde pas la moindre attention à Harry et me réfugie dans le vestibule. J'ouvre la porte d'entrée… et la referme, restant invisible aux yeux de ces handicapés de la conversation.
Maintenant, je n'ai plus qu'à attendre. La réaction de Harry est immédiate.
« BORDEL COMMENT VOUS AVEZ PU ME FAIRE ÇA ! »
Je souris, adossé à la porte d'entrée.
« Je pensais pourquoi vous faire confiance ! Vous m'aviez dit que vous feriez des efforts ! Vous me décevez beaucoup ! Surtout toi Hermione ! Je pensais que tu avais plus de cervelle que Ron ! »
« Pourquoi ce serait de notre faute ?! » hurle Granger d'une voix criarde. « Je te signale que tu n'as rien fait pour engager la conversation non plus ! »
« Ce n'était pas à moi de le faire, c'est vous qui nous avez invités ! » Quelle mauvaise foi…
« Pardon ?! » Voilà Weasley qui s'y met. « Tu nous bassines depuis des mois pour qu'on rencontre ton chéri, je ne me rappelle pas avoir eu mon mot à dire ! »
« Parce que vous préfériez ne jamais le rencontrer ?! »
« Tout à fait ! » beugle Weasley.
Il y a un bruit de vaisselle brisée. Ce n'est pas une grande perte, c'était de la porcelaine de très mauvaise qualité.
« Ron, fais attention ! »
« Harry ! On connaît tous déjà Malefoy ! Pourquoi vouloir absolument qu'on se voit ? On sait très bien comment il est ! »
« C'est faux ! Et il a changé ! »
« Tu sors ça à chaque fois ! Mais moi je l'ai bien observé, et je peux te dire qu'il est toujours aussi prétentieux ! Il lève le petit doigt en buvant son thé bordel ! »
Mais je t'emmerde profondément Weasley !
« Parce que tu juges les gens selon la manière dont ils tiennent leur tasse de thé ?! Non mais on aura tout entendu ! »
« MALEFOY EST UN CONNARD ! IL EST COMME SON PERE ! IL EST AR…»
« DRAGO EST MON PETIT AMI ! JE T'INDERDIS DE L'INSULTER WEASLEY ! »
« JE SUIS CHEZ MOI, POTTER ! »
« Harry, calme-toi. Toi aussi Ron. » supplie Granger.
Elle a raison, s'il continue comme ça ils vont se rendre aphones. Pour Weasley, je m'en fous, mais pas pour Harry. Je veux qu'il ait encore de la voix pour crier mon nom ce soir !
Il y a un silence. Je me demande ce qu'il se passe.
« Et vieux ? T'es quand même pas en train de pleurer ? »
Quoi ?! Ils ont fait pleurer Harry ?! Dès qu'ils ont fini de discuter, je leur démonte leur face…
« Harry… On est désolé, mais faut pas te mettre dans un état pareil. »
J'entends des reniflements, quelqu'un se mouche. Sûrement Harry.
« Vous me fatiguez… J'en ai assez de vous entendre insulter Drago. Je sais qui il est. Je sais ce que tout cela implique. Je n'ai pas besoin de vous pour me faire la morale… Vous ne le connaissez même pas. »
« On était à Poudlard ensemble, je te rappelle. » fait remarquer Weasley.
« Il n'est plus le même qu'à Poudlard. Enfin… il y a des choses qui ne changent pas, mais… »
« Harry. On parle de Drago Malefoy. Il a passé sept ans à nous insulter, à t'insulter toi. Il a traité Hermione de Sang-de-Bourbe. Il a été la cause de pas mal de retenues et de points en moins. Il a lancé des badges « A bas Potter ». Il a jeté un sort à Hermione pour lui allonger ses dents. Il a inventé une chanson très insultante sur moi. Il a failli tuer Dumbledore. Il a fait entrer les Mangemorts dans Poudlard. Il porte la Marque. Comment peux-tu fermer les yeux sur tout ça ! Ce type est pourri jusqu'à la moelle ! »
Merci Wealsey. Tu fais un charmant portait de moi.
« Moi, je te parle de Drago. L'homme qui me fait rire, qui rougit pour un rien, qui m'embrasse dans l'ascenseur, qui m'apporte le petit-déjeuner au lit, qui met des vêtements moldus pour me faire plaisir, qui m'accompagne dans toutes les soirées malgré les regards et les commentaires sur son passage, qui boude quand il n'est pas content, qui peut parler d'architecture pendant des heures, qui m'offre des fleurs, qui a de la conversation et qui a un beau sourire. Ron, Hermione, je veux que vous rencontriez l'homme que j'aime. »
Au fur et à mesure que Harry parle, je sens mon cœur battre de plus en plus vite. Et lorsque j'entends sa dernière phrase, c'est comme un gigantesque feu d'artifice dans ma poitrine. J'ai envie de courir me jeter dans les bras de Harry et de lui faire l'amour comme une bête sur la table basse des Weasley. Mais je me retiens, Harry m'en voudrait si Weasley faisait une attaque cardiaque.
Voilà que les deux abrutis reprennent la parole. Au son de leur voix, j'imagine qu'ils sont un peu gênés.
« Écoute Harry… On est vraiment désolé. On ne pensait pas que c'était aussi sérieux entre vous. On va faire des efforts, je te le promets. N'est-ce pas Ron ? »
« Euh… Oui bien sûr… »
« Merci. Vous êtes mes meilleurs amis, j'aimerais vraiment que vous vous entendiez bien avec Drago. Lui était très content de vous rencontrer. »
Moi ? Très content ? Faut quand même pas pousser…
« Harry ? Je dois quand même te dire une chose. Il est hors de question que tu le ramènes à notre mariage. » décide Weasley alors que je me poste dans l'encadrement de la porte.
« Comme si tu avais ton mot à dire… » raillé-je avec un sourire moqueur.
Mon regard te pose naturellement sur Harry. Je lui souris niaisement en repensant à ses paroles. Il me regarde, les yeux pétillants de malice.
Putain, il savait que j'écoutais.
Connard…
