Playlist du chapitre :

La Ceinture, Élodie Frégé, Le jeu des 7 erreurs.

Cave In, Owl City, Ocean Eyes.

Quand On perd son Amour, Damien Saez, l'Alhambra.

Fuck You, Lily Allen, Fuck You.


VIII.

—J'ai quand même une question à te poser, connasse.

On avait connu des façons plus romantiques pour être réveillée que cette phrase-là. Pourtant c'était celle qu'avait choisi Sacha, quand, au sortir du sommeil, il s'était souvenu qu'Ondine était venue le rejoindre alors qu'il était en train d'écouter un album d'Archive, à moitié endormi, le faisant oublier de réagir. Elle soupira et passa sa main sans attèle sur ses yeux, pour se tirer rapidement du sommeil. La bouche pâteuse et la tête lourde, Ondine tourna un regard ensommeillé vers lui.

« Qu'est-ce que je fous dans ton lit ? » signifiait le regard qu'elle lui lança, alors qu'il se levait, attrapant une des couvertures dont il se drapa, rougissant légèrement.

—Qu'est-ce que tu fous dans mon lit ? s'écria-t-il d'un air indigné.

Il coinça le drap dans un autre pan du drap, mettant le plus de distance possible entre le lit au matelas si moelleux qu'il aurait pu se couper un bras pour le récupérer et lui. Ondine eut un léger sourire à le voir paniquer de cette façon si touchante, alors qu'il reprenait son discours.

—D'accord, tu m'avais prévenu, mais… Bon. Tu… Tu bouges pas. Donne-moi… Un quart d'heure. Le temps que je me lave et…

Il passa une main sur ses joues. Il faudrait qu'il envisage de se raser aussi.

—C'est obligatoire le rasage impeccable ?

Ondine secoua la tête. Elle n'avait pas la moindre idée de ce genre de détails. Elle supposait que ce n'est pas important, elle avait un faible pour les hommes mal rasés, avec un air de saut du lit. Il la regarda d'un air atterré.

—T'en as aucune idée, en fait, c'est ça ? Très bien. Je vais prendre une douche, me raser et m'habiller. Et ensuite, on voit pour le reste.

Il fit une pause de quelques secondes puis se tourna vers les enceintes et eut un sourire en attrapant dans son sac un long câble fin, dont il vérifia les embouts en marmonnant qu'il avait bien raison de toujours se balader avec ce genre de choses sur lui. Il sortit de sa chambre sous le regard perplexe d'Ondine qui se demandait ce qu'il faisait pour rejoindre le salon où il alluma l'ordinateur d'Ondine et tapa le mot de passe trop simple à deviner, avant de lancer l'explorateur internet. Il connecta l'ordinateur à la chaine hifi et passa sur un site de musique avec un sourire. Une connexion internet qui ne ramait pas, c'était vraiment un plaisir. Il soupira de bonheur en entendant la qualité du son et resta quelques secondes à écouter la chanson d'Archive qu'il avait dans la tête avant de se secouer et de se précipiter dans la salle de bains.

Ondine ramena la couverture qui restait sur elle en écoutant la mélodie mélancolique, bouche bée. Elle ne pensait pas qu'on pouvait se servir de cette façon du matériel hifi des appartements des invités. Quand avait-il pris le temps d'examiner l'installation ? Elle se laissa envahir par la mélodie qui évoquait en elle des sensations qui la firent déglutir de douleur quand la voix du chanteur s'éleva comme une plainte qui lui arracha le cœur. Quelle maîtrise de la mélodie, il n'y avait rien de trop, les notes tombaient exactement comme il le fallait, au moment où elles pouvaient obtenir l'effet qu'elles produisaient, aucun son n'était à jeter et même l'apparente pollution sonore n'était qu'un effet de style très concluant.

Les musiciens vivaient leur musique, ça se sentait. Le chanteur vivait son texte, il était dedans et elle comprenait, elle ressentait en elle ce que voulait dire cette chanson, cette douleur, cette impatience lancinante et atroce, cette envie de vivre qui jouait la même partition que l'envie de mourir, l'envie d'en finir.

Cet imbécile avait d'à peu près bons goûts musicaux, si on oubliait qu'il n'aimait pas les Red Hot. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas été aussi enivrée par un son, comme celui de ce piano qui éveillait en elle la merveilleuse sensation d'appartenir corps et biens à la musique, d'être dans cet univers de souffrance et d'espoir.

Elle ne remarqua même pas que Sacha était revenu. La chanson dura longtemps, très longtemps. Presque vingt minutes. Quand les dernières notes se turent, laissant place au silence, elle leva la tête, surprise, en entendant la chanson suivante qui était dans un style totalement différent mais qu'elle adorait.

« Owl City ? » voulut-elle dire, mais elle ne put pas, sa voix étant toujours paralysée par l'émotion que lui avait laissée la chanson précédente.

Elle observa Sacha qui l'observait aussi, avec un sourire sur les lèvres. Il portait mal l'uniforme de la Waters, ce W brodé en doré sur le tissu bleu de la veste, montrant qu'il appartenait à sa famille mettait Ondine légèrement mal à l'aise, l'un salissait l'autre mais elle était incapable de dire qui était le plus offensé par cette association malvenue. Elle ne dit rien, de toute façon, elle n'était pas capable de prononcer le moindre mot.

Il s'approcha d'elle et sourit un peu plus.

—T'as l'air bouleversée… C'est Archive qui t'a fait ça ?

Elle hocha la tête tandis qu'il s'approchait d'elle.

—Ah oui, grimaça-t-il en la soulevant, putaint'eslourde, c'est sûr que c'est d'un autre niveau que les Red Hot Chili Peppers. C'est une de mes musiques préférées. Elle est… poétique.

Il se tut et passa la porte de sa chambre.

Il la posa sur l'immense canapé blanc et attrapa son ordinateur, pour lui passer. Ondine lui jeta un regard tandis qu'il réfléchissait pour savoir quel numéro il devait composer afin de joindre les cuisines pour prévenir que l'héritière était affamée. Il se retourna en l'entendant taper dans les mains et désigner la touche six.

—Merci, grommela-t-il de mauvais gré.

Il ne comprenait pas cette vie. Comment pouvait-elle vivre ainsi, avec tout le travail mâché d'avance ? Elle ne faisait rien, elle n'avait qu'à se poser dans un coin et se laisser aller. C'est pas une vie, ça. En cuisine, il entendait qu'on s'activait pour que le petit déjeuner de mademoiselle Ondine soit prêt rapidement et il raccrocha, remerciant la jeune femme qui avait pris sa commande. D'après ce qu'il avait compris, en tant qu'employé personnel de l'héritière, il avait une certaine autorité sur les autres. Il se tourna vers elle et chantonna la chanson qui suivait, une chanson suggestive à double sens dont il était tombé amoureux. La chanteuse était française, comme souvent quand on faisait le tour de ses artistes préférés et elle avait une voix très sensuelle. C'était Biolay qui lui avait écrit les paroles, c'était irrésistible.

Il leva les yeux sur Ondine et remarqua qu'elle avait changé de couleur pour passer au rose léger. Pour une fois que ce n'était pas lui. Elle le fixait bizarrement et Sacha baissa les yeux, se demandant ce qu'il avait fait pour qu'elle le regarde comme ça. Puis il réalisa qu'il était en train de chanter et il pâlit. Il détestait chanter en public, à cause de cette voix qu'il ne supportait pas. Il déglutit et la fixa durement :

—Quoi ?

—Euh… 'u 'an'es… é'o'a'ent 'ien…

—Merci. Mais je n'aime pas ma voix.

—'est 'is'e, s'insurgea Ondine. 'a'ce 'u'e 'oix 'o'e 'a 'ienne et 'e 'elles 'a'oles, 'a 'o'e v'ai'ent en'ie 'e 'e'oncer à 'out 'œu de cha'te'é !

Elle tira la langue alors qu'il s'empourprait et éclata de rire alors qu'elle retournait à la consultation de ses mails. Petite vengeance basse, mais tout de même. Quelle idée de chantonner « Puisque ma langue a le goût de ta vertu, de ton honneur perdu ». Cependant, elle était tout à fait sérieuse, à propos de sa jolie voix. Ce garçon n'avait pas fini de l'étonner. Des goûts musicaux excellents, quoiqu'il critiquât un peu trop les Red Hot à son goût, une jolie voix, un don pour la musique, d'après ce que Flora lui avait dit, l'oreille absolue, d'après 'Gie. Ce mec était un artiste, en somme. Une sorte de poète déchu qu'on imaginait bien debout sur une plage, les yeux dans le vague, les cheveux dans le vent, les idées dans l'avenir. Elle sourit moqueusement à cette image. Non, décidément, ça n'était pas crédible pour trois sous.

Il s'approcha d'elle et s'assit à ses côtés sur le canapé, prenant bien soin de mettre un peu de distance entre eux.

—Alors on fait quoi, aujourd'hui ?

« Je dois travailler mon piano. » écrivit Ondine « et commencer à réviser mes examens. »

—Oh, c'est nul et ennuyeux, tout ça. Et comment tu veux travailler ton piano avec une seule main ?

« Je te l'accorde. Mais il faut quand même que je révise mes examens. Je ne compte certainement pas me laisser distancer par Aurore, elle me talonne pour majorer la licence. »

—Vous êtes rivales ?

« Pour les études, oui. On s'adore mais en intégrant la même université, on s'est dit qu'on ne se ferait aucun cadeau. Normal, quoi. Chacun pour soi et Dieu pour tous. »

—Et votre amitié ?

« C'est stimulant, la rivalité. Je n'ai jamais été aussi douée à la basse que lorsque j'étais en compétition directe avec cette pétasse de Jessica Wesson. »

Sacha tourna si vivement la tête vers Ondine qu'il s'en fit mal à la nuque.

—Ah non, là, je dis stop. Nos deux existences se mélangent trop.

« Oo ? »

—Jessie, c'est mon ex.

« Berk. Si j'avais eu des vues sur toi, savoir qu'elle t'a touché m'aurait coupé toute envie. Atroce. »

—Donc tu connais aussi Biatch, Cassie et James ?

« Jeunesse Dorée, pas nombreux, tous fourrés ensemble, reproduction sociale, ça te dit quelque chose ? »

—Vaguement. J'ai une putain d'envie de fumer qui me monte là.

« J'ai envie de boire. »

Sacha sourit et passa sa main dans ses cheveux.

—Toi aussi tu as envie d'oublier que je suis sorti pendant plus d'un an avec Jessie ?

« Plus d'un an ? Attends. Mais j'étais encore à l'école avec elle, à ce moment-là ! Elle t'appelait entre deux cours, en allant fumer ses cigarettes slim de vieille pute. C'était quoi, le petit nom qu'elle te donnait ? C'était ridicule à souhaits. Avec Lucy, on se moquait du pauvre type qui avait ce surnom… »

Elle leva un doigt en se souvenant et écrivit en italique, gras, souligné et lettres capitales :

« SACHA-TOUILLE ! Mouahahahahaha. »

—T'es pas obligée de te marrer, rougit Sacha. Et encore moins de l'écrire, je t'entends te bidonner.

Ondine était prise d'un véritable fou rire, à tel point qu'elle dû lever ses mains du clavier pour ne pas laisser les touches enfoncées. Elle se força à se calmer, tandis qu'il boudait sur son coin de canapé en rougissant.

« Ça te va bien, comme petit nom… Personnellement, j'aurais plutôt choisi... Sacha-lutier. Sacha-fouin. Sacha-pardeur. »

—Quel humour de merde…

« Sacha-meau, va ! »

—C'est pas bientôt fini, je déteste les jeux de mots avec mon prénom ! Je sais qu'il est pourri.

« Il est bizarre surtout. »

—Tu t'appelles Ondine, je te rappelle. Niveau bizarrerie, je pense que tu n'as rien à dire.

« Mes parents étaient des passionnés de Tchaïkovski. »

—Où est le rapport ?

Ondine lança le moteur de recherches et tapa son prénom, suivi du nom du compositeur. Rapidement des résultats s'affichèrent et elle clique sur une encyclopédie libre pour coller son PC sur les genoux de Sacha, croisant les bras sur sa poitrine et se faisant mal à la main gauche. Elle détestait qu'on critique son prénom. Son père lui avait trouvé dans l'urgence, persuadé qu'il était que Cecily attendait un garçon. Lorsqu'ils avaient vu qu'il s'agissait d'une fille, encore une, Aaron avait prononcé ce nom au hasard, en espérant que ça lui souhaiterait chance.

Sacha lut rapidement la description et par curiosité, revint en arrière pour taper le sien dans la barre de recherche. Il se sentit déçu de voir qu'aucun opéra n'avait été composé avec son nom et le fut encore plus quand il apprit que c'était juste le diminutif russe du prénom Alexandre. Il grogna légèrement et Ondine pouffa alors qu'il lui rendait son ordinateur en boudant. Encore une différence entre riches et pauvres. L'héritière s'appelait Ondine pour Tchaïkovski et lui n'avait qu'un lamentable diminutif d'un prénom banal.

« Fais pas cette tête » écrivit Ondine « Alexandre a donné l'alexandrin en poésie et c'est un prénom porté par des rois et des empereurs. »

—Rien à foutre, je m'appelle pas Alexandre. Je m'appelle Sacha.

« Sacha-Touille, pour les intimes… :-P »

Il leva les yeux au ciel et ignora la phrase. Bon, il ne portait que le lamentable diminutif russe d'un prénom royal. Et un jour, ce serait son prénom qui s'inscrirait dans l'histoire, il y aurait une page « Sacha Ketchum » sur Wikipédia, disponible en plusieurs langues, il se le jurait, quitte à ce qu'il l'écrive lui-même !

Il sourit doucement, ravi que l'héritière n'insiste pas plus sur son histoire avec Jessie, qui s'était si mal terminée et qui n'aurait jamais dû commencer, en réalité. À présent, il regrettait de s'être lancé à cœur perdu dans cette histoire qui lui avait fait trop de mal pour si peu de bien.

« T'es encore amoureux d'elle ? »

—Non. Pourquoi ?

« Curiosité. »

—Mal placée. Je ne te demande aucun détail sur tes histoires, moi. Allez, tais-toi et bosse, maintenant. Moi, je vais aller faire un tour dans ton château. SMS, si tu as besoin.


Sacha s'aventura dans l'hôtel particulier de l'héritière, vissant sur ses oreilles les écouteurs de son lecteur MP3, impatient de pouvoir écouter un artiste que lui avait conseillé Richie, un groupe nommé Linkin Park, dont il avait entendu quelques titres à la radio. Ça ne l'avait pas interpelé plus que ça, mais il devait tout de même s'ouvrir à toutes les musiques, s'il voulait être vraiment compétent dans son domaine. Son travail à la CMS et sa proximité avec le professeur de piano qui la gérait lui avait permis d'élargir sa culture au classique, puis, plus récemment au jazz et à la fusion, mais il ne connaissait pas grand-chose aux musiques vraiment actuelles, hormis ce qu'il captait parfois à la radio, préférant tout de même rester dans ses chansons préférées, enregistrées sur son lecteur qui commençait à se faire vieux.

Il poussa une porte, ouvrant sur une salle de billard qui prenait visiblement la poussière, comme si personne n'y était entré depuis des années. Pénétrant dans la pièce aux odeurs de renfermé, allumant la lumière au passage, il vit sur les murs des cadres poussiéreux, occupés par des photos.

Il ne put s'empêcher de trouver l'héritière mignonne, quand elle avait encore ses couches. Son regard s'attarda sur l'homme qui la tenait dans ses bras.

L'étreinte respirait tellement l'amour que le jeune homme ne put s'empêcher de penser à cette façon que sa mère avait de le serrer dans ses bras, à cette douceur que son père mettait quand il ébouriffait ses cheveux, entrant dans sa chambre alors qu'il travaillait à un morceau de Pocket Monsters, essayant d'éditer lui-même le premier album de son groupe.

Passant sur la photo suivante, il vit une image bien plus formelle de la famille Waters au grand complet. L'héritière devait avoir une dizaine d'années, elle se trouvait en premier plan. Ses cheveux tirés dans un chignon strict, vêtue d'une chemise et d'une jupe qui lui tombait à mi mollets, avec des chaussettes blanches et des chaussures trop bien cirées, une impatience et une malice brillant au fond des rétines, Sacha trouvait qu'elle ne se ressemblait pas. Son expression neutre se retrouvait sur le visage des deux autres jeunes femmes, tout aussi propres et neutres. Le couple, dont l'homme posait une main sur l'épaule de la fille aux cheveux bruns, la femme faisant la même chose avec une femme blonde qui évoquait quelque chose à Sacha, paraissait si mal assortis que l'employé de la Waters ne put s'empêcher de sourire ironiquement.

Il examina en détails le visage de la mère d'Ondine, Cecily, pour remarquer que malgré des ressemblances flagrantes avec sa fille cadette – comme la couleur des cheveux, ou la forme du visage – elles n'avaient aucun point commun. Cette femme semblait hautaine et écrasait les autres de son mépris. Le regard de Cecily Waters était tellement horrible que Sacha baissa les yeux, préférant contempler le modèle réduit de l'héritière. Décidément, cet air strict ne lui allait pas.

Il se détourna de la pièce, se forçant à quitter la photo des yeux, puis il referma la porte derrière lui, pour se rendre sur celle d'en face, qui jouxtait celle de l'appartement qu'il partageait avec Ondine. Il resta sans voix. Il avait oublié, temporairement, l'existence de la salle de musique juste à côté de lui et la vue de cette pièce, dont la lumière vive contrebalançait totalement l'absence de fenêtre, lui coupa le souffle.

Des dizaines d'étagères, couvertes de livres et de partitions regroupées par genre, époque, compositeur et instruments, s'étalaient sur les murs alors qu'un piano à queue blanc occupait la partie à sa droite, sur une petite estrade. Au-dessus d'une étagère, Sacha put voir une guitare qui semblait vieille, et devant sur une étagère qui devait avoir été fabriquée pour, s'étalait un petit trésor.

Des guitares sèches, une Stratocaster bleue – sûrement celle à laquelle tenait tant Ondine – et quelques basses. Dans le lot, Sacha reconnut celle que l'héritière prenait pour aller en cours, un modèle de moyenne gamme, un peu isolée des autres, qui semblaient manufacturées par des grands noms.

Une telle effusion d'instruments – lui qui n'avait pas le début de dix cents à économiser pour enfin s'acheter une batterie et arrêter de jouer sur celle de la CMS trop peu souvent pour être souligné – lui rappelait désagréablement combien ils n'étaient pas du même monde, combien de zéros les séparaient.

Il frôla du bout des doigts la Fender dont Ondine était si fière, remarquant qu'il y avait une petite dédicace de Flea qui s'effaçait avec le temps, puis il s'éloigna, par peur de faire tomber l'instrument. Il s'en voudrait jusqu'aux calendes grecques, si Ondine venait à le détester pour ça. Elle avait suffisamment de prétextes au quotidien, pour qu'il fasse une telle erreur.

S'emparant d'une guitare sèche, il s'installa dans un fauteuil, laissant courir ses doigts sur les cordes. Puis il positionna ses doigts gauches sur le manche, les deux doigts sur une corde, appuyant sur des cases différentes, avant de frotter les cordes de ses majeur et index droits, emplissant la pièce de gammes basiques. La guitare était accordée.

Souriant doucement, Sacha chercha dans sa tête quelque chose à jouer, lui qui n'était pas particulièrement passionné par cet instrument. Il opta pour le classique Jeux Interdits, seul morceau dont il arrivait à se souvenir la tablature de tête. Il était arrivé à la moitié du morceau, dont il avait raté beaucoup de notes, quand il sursauta face à l'ouverture de la deuxième porte et qu'une voix qu'il ne connaissait que trop bien lui aboya dessus :

—Deux choses, connard. Premièrement, qui t'a autorisé à toucher à une de mes guitares ? Deuxièmement, repose-la immédiatement, tu joues trop mal, c'est une offense à mes oreilles de guitariste.

L'héritière avait trouvé la technique pour s'accommoder de la fronde qui maintenait la mâchoire en place. Elle pouvait de nouveau parler sans avoir besoin de son ordinateur, au grand malheur de Sacha, mais ses médecins lui avaient tout même conseillé de ne pas marcher pendant encore une semaine. Voire deux.

—T'es pas guitariste, s'offusqua Sacha, t'es bassiste.

—Une basse, c'est une GUITARE BASSE. En plus, la guitare est mon deuxième instrument. Le troisième, c'est le piano.

Ondine ferma la porte derrière elle et jeta un regard à Sacha qui se levait, tenant délicatement la guitare entre ses doigts pour la reposer.

—Tu ratais une note sur six. Comment tu fais pour être aussi médiocre ? Même avec deux doigts brisés, j'arrive à jouer cette partition de tête…

—Deux choses, connasse, imita Sacha sèchement. Premièrement, arrête de te la péter, avec deux doigts plâtrés, tu ne pourrais pas atteindre toutes les cases…

—Preuve que tu joues vraiment très mal.

Il prit le parti de l'ignorer.

—Deuxième chose, je ne sais pas lire une partition, alors pour la jouer de tête, n'en parlons pas. Je me contente des tablatures.

Ondine cligna des yeux et boitilla jusqu'à lui, trébuchant, rattrapée de justesse, par Sacha. Elle sourit.

—Tu veux que je t'apprenne ? Quand on y pense, c'est plutôt simple, de lire une partition… Il suffit de pratiquer, pratiquer, pratiquer…

Sacha grimaça.

—Tu dois travailler pour tes examens.

Elle sourit en s'écartant de lui, s'approchant de la bibliothèque de partitions pour remettre la main sur ses livres de solfège de premier cycle, qu'elle retrouva, sur une étagère poussiéreuse. Elle les attrapa, à force d'extension.

Sacha la regarda faire d'un air incrédule. Elle allait réellement lui donner un cours de solfège ? Elle ?

Tenant un livre serré contre son cœur, elle boitilla jusqu'à Sacha avec un petit sourire sur les lèvres.

—Tu devrais prendre tes béquilles, commenta Sacha. Il va finir par t'arriver des problèmes, si tu continues à n'en faire qu'à ta tête.

—Fais-moi rêver. Ma vie entière est un problème. Un peu plus, un peu moins, qu'importe.

Elle passa dans la pièce d'à côté et quand Sacha la suivit, elle était déjà installée dans le canapé, tapotant la place à côté d'elle, le livre de solfège ouvert sur la première page.

—Toute première chose à savoir, commença-t-elle. Les temps.

Posant son doigt sur la première ligne, alors qu'il écoutait attentivement, elle prononça, suivant les notes :

—Noire. Noire. Noire. Blaaan-cheuh. Noire. Crochecroche. Noire. Chut. Chut. Noire. Blaaan-cheuh.

Sacha lui jeta un regard, alors qu'elle semblait particulièrement sérieuse. Elle ignora le regard halluciné qu'il lui portait pour expliquer ce qu'elle venait de faire :

—Une noire correspond à un temps, une blanche à deux, une croche à un demi temps. Le silence, c'est un temps aussi.

—Je sais tout ça, s'exaspéra Sacha.

Ondine haussa un sourcil sceptique puis tourna la page.

—Bon. Alors. Je t'écoute. Fais-moi la lecture de ça.

Sacha jeta un œil à la portée et déglutit. Elle faisait peur, avec ses airs autoritaires et son costume de prof.


Un bruit de course le fit se retourner alors qu'il gravissait les marches en direction de la buanderie, pour y déposer la corbeille de linge sale de l'héritière. Il posa la corbeille quand il vit Lily monter les marches à toute vitesse pour se jeter dans ses bras.

—Sachaaaaaaaaaaaaaaa ! Tu devineras jamais ce que j'ai fait pendant une semaine !

Ça faisait à présent six jours qu'il servait d'esclave à l'héritière, dont le visage retrouvait petit à petit de vraies couleurs lui redonnant un aspect humain. Il n'était avec que le soir, vaquant à de diverses occupations le reste du temps, sinon, il s'ennuyait. Ou il se faisait engueuler. Sauf quand elle lui consacrait une heure par jour à lui donner un rapide cours de solfège. Pendant laquelle il se faisait engueuler, à la réflexion.

Elle était nerveuse, ses examens approchaient et ses révisions avançaient moins vite que prévu, elle avait régulièrement des piques de douleurs dans la hanche ou la mâchoire et se vengeait sur lui, s'excusant d'un petit air triste pendant le repas du soir. Et elle s'énervait encore, elle avait envie de conduire, de jouer de la basse, de travailler sa pratique, elle n'en pouvait déjà plus d'être bloquée et Sacha se taisait quand elle s'énervait, finissant en sanglots dans ses bras, disant qu'elle était désolée de lui crier dessus, qu'elle savait qu'il n'y était pour rien, mais qu'elle avait besoin de s'exprimer.

Depuis qu'il avait vécu la première terreur nocturne d'Ondine, il avait développé une sorte de tendresse pour elle. Il avait été impressionné par la violence de ses cauchemars, s'il pouvait les appeler ainsi. Il avait résisté à l'envie de la réveiller pour ne plus l'entendre hurler et sangloter, appeler son père à grands cris. Il avait désobéi et il avait essayé de la réconforter. Elle l'avait envoyé valser avec une force qu'il n'imaginait même pas et, pour tenter de la calmer, la seule chose qu'il avait trouvé à faire, c'était chanter la première chose qui lui passait par la tête. Elle avait fini par se rendormir et lui par retourner se coucher, ne parvenant pas à trouver le sommeil.

—Non, quoi ? demanda-t-il à Lily qui refusait de s'écarter de lui.

—Du cheval ! s'exclama l'aînée d'Ondine en regardant Sacha avec ses yeux pleins d'étoiles, le traînant jusque dans sa chambre pour lui raconter tout ce qu'elle avait fait.

Il passa des heures à l'écouter, se retrouvant il ne savait comment à coiffer les cheveux de la jeune femme, l'après-midi touchait à sa fin quand Lily soupira.

—T'es toujours pas amoureux de Misty ?

—Pourquoi tu me demandes ça ?

—J'aime pas Régis. Ils vont se marier mais je l'aime pas. Il est pas drôle, pas beau et pas gentil. Alors que toi, oui. C'est pour ça, je demande, on sait jamais.

Sacha cessa de tresser les cheveux de Lily – longue expérience avec Flora dans son enfance. Il en gardait des séquelles psychologiques importantes – et soupira.

—Mais pour se marier, c'est mieux d'être deux à être amoureux, non ?

—Oui, mais j'suis sûre que Misty, elle finira par t'aimer, si tu t'y prends bien. Par exemple, elle adore ses voitures. Tu pourrais lui en offrir une !

—Je suppose que oui. Un modèle réduit en carton.

—Radin, bouda Lily.

Sacha ouvrit la bouche d'un air outré et chatouilla Lily.

—Dis donc, toi, qui c'est que tu traites de radin ? Chipie !

—Nan !

—Si !

Lily s'esquiva aux chatouilles et partit en courant, poursuivie à travers tout l'hôtel, riant tout ce qu'elle savait.


Ondine froissa une énième partition et rata la corbeille où elle tenta de la jeter. Elle soupira. Elle détestait plus que tout l'harmonisation. Elle n'avait pas le feeling. Elle accumulait les erreurs de sémantique, elle mélangeait les genres et les courants et n'était absolument pas prête pour son examen. Elle grogna en entendant un cri résonner dans les couloirs. Lily était rentrée et avait visiblement transformé Sacha en gamin de huit ans à son tour. Ondine serra les dents en entendant les pas approcher. Elle tenta de les ignorer en tournant la page de son traité d'harmonie. Elle tapota son stylo dessus et finit par le planter dans sa feuille, de fermer son livre et de le balancer à travers la pièce. Il atterrit dans un bruit mat sur la tête de Sacha qui grogna.

—Aïe !

—Bien fait ! lança Ondine en attrapant la partition avant de porter sa main valide à sa bouche. Oh merde, je suis désolée.

Elle se leva difficilement et boitilla jusqu'à Sacha, pour regarder l'endroit où le livre épais avait heurté le jeune homme. Le coin du livre s'était ancré dans la pommette droite de Sacha qui dévisageait Ondine, inquiet.

—Tu travailles trop.

—Je vais me planter en harmonie, si je ne travaille pas plus. Je ne peux pas m'arrêter de plancher…

—Hey, même les Red Hot ont pris des vacances entre Californication et By The Way. Lâche ces bouquins, tu deviens dangereuse.

—Je suis vraiment désolée, dit-elle en effleurant la blessure du bout des doigts.

—Laisse tomber. J'ai rien senti.

—Chanceux. Je le sens passer, moi, ce foutu traité d'harmonisation.

Elle appuya sa tête sur l'épaule de son esclave personnel, comme il aimait à s'appeler.

—Dis, tu me feras un de tes merveilleux massages, ce soir ?

—Vos désirs sont des ordres, mademoiselle Ondine, ironisa-t-il d'une voix moqueuse.

—J'aimerais bien, grommela-t-elle. Crois-moi, je ne serais pas en train de me prendre la tête sur mes harmonies si mes désirs étaient des ordres.

—Tu serais en train de faire quoi ?

—Je serai en train de me prélasser dans un bon bain, une coupe de champagne à la main, un peu de Rachmaninov en fond et un joli garçon me lirait quelques passages de « Jadis et Naguère » de Verlaine, en français dans le texte et sans le moindre accent, avec une lumière tamisée, des bougies partout, de la mousse sentant bon la vanille… Avant ça, le beau garçon me ferait faire un tour en voiture et m'aurait emmenée dîner dans un fast-food, avant de me conduire au cinéma pour voir le dernier film à l'eau de rose sorti. Le temps de rentrer, on aurait refait le monde, puis parlé de voitures, un peu et de musique, mais pas d'harmonie… Il ne regarderait et ne verrait que moi et me ferait l'amour toute la nuit…

Sacha laissa passer un silence. Elle soupira.

—Ça, ce serait une soirée parfaite…

—Tu rêves trop, héritière. Lâche tes bouquins cinq minutes et viens manger.

—J'ai pas faim.

Ondine récupéra son traité d'harmonie et s'installa de nouveau à son bureau, ignorant son estomac qui protestait vivement face à son mensonge. Elle tenta de masquer son gargouillement en reprenant la parole.

—J'ai suffisamment mangé à midi.

—Tu n'as pas mangé à midi, connasse.

Ondine hocha la tête, en tournant une page, l'annotant, collant un bout de post-it pour retenir où elle avait vu cette information cruciale.

—Si, si. Laisse-moi travailler.

—Non, je…

—C'était un ordre, coupa Ondine.

Sacha grimaça. Il détestait quand elle faisait ça. Elle donnait un ordre direct auquel il ne pouvait pas désobéir, en tant qu'employé. Il soupira.

—Très bien, mademoiselle On… Oh merde, au diable les ordres.

Il attrapa la chaise, tira dessus et Ondine braqua un regard furieux sur lui.

—Arrête ça ! Laisse-moi bosser, bordel ! Ce n'est pas parce que tu as arrêté tes études que tu dois faire foirer celles des autres ! Ne me tire pas vers le bas !

—Mais je ne te tire pas !

Ondine éclata de rire.

—Encore heureux, tu serais obligé de m'épouser.

—De quoi ?

Sacha s'empourpra et lâcha la chaise, pour attraper Ondine et la sortir des appartements des invités. Il traversa l'immense hall et les cris d'Ondine alertèrent Lucario qui sortit de son bureau.

—Mademoiselle Ondine, pourquoi criez-vous comme ça ?

—Il a désobéi à un ordre direct ! s'égosilla-t-elle en pointant Sacha du doigt.

—Quel était cet ordre ? demanda Lucario à son employé d'une voix sèche.

—De me laisser tranquille.

Lucario regarda Sacha d'un air déçu et accusateur tandis qu'il levait les yeux au ciel.

—Elle n'a pas mangé depuis hier midi et a refusé de s'alimenter ce soir encore. Alors j'ai désobéi à un ordre pour l'enlever et la forcer à avaler quelque chose. Après, si j'ai mal fait, je peux encore la lâcher et emmener Lily à McDo manger un double cheeseburger sans l'héritière… sans mademoiselle Ondine, pardon.

—Double cheese… ? murmura Ondine en déglutissant.

—Vous avez raison, continua Sacha. J'ai mal fait de vouloir la nourrir. J'aurais mieux fait de la laisser faire une crise de nerfs. Je me suis mangé un livre d'harmonie mais elle est tout à fait zen. Pour sa convalescence, le stress est la meilleure chose.

Il fit demi-tour et Ondine ferma les yeux en soupirant.

—Attends, c'est bon, considère que je n'ai rien dit et que je n'ai pas râlé. Il se peut que j'aie un peu faim, admit-elle de mauvaise grâce. Et je ne dirais pas non à quelques frites recouvertes de sauce potatoes…

Lucario leva les yeux au ciel. Le jeune Sacha savait réellement comment manipuler mademoiselle Ondine. C'était rassurant de voir qu'ils s'entendaient si bien mais que ni l'un ni l'autre n'avait basculé vers d'autres sentiments. Il se corrigea en apercevant les regards qu'ils se lançaient. C'était rassurant de voir que chacun ferait tout le nécessaire pour rester à sa place. Il valait mieux, d'ailleurs.

Lucario appréciait énormément Sacha. Depuis qu'il était arrivé, un vent de jeunesse un peu folle soufflait sur l'hôtel particulier Waters.

Mademoiselle Lily semblait épanouie et elle ne le lâchait plus depuis qu'elle était rentrée. Et le vieux maître d'hôtel se doutait bien que ce n'était pas une simple impulsion de la part de la jeune femme, elle l'avait souvent réclamé, depuis qu'elle était allait déjeuner chez lui.

Mademoiselle Ondine aussi, changeait. Elle souriait toujours plus et Luca retrouvait la petite fille téméraire qui allait explorer le grenier avec une lampe frontale et qui ressortait des heures après, couverte de poussière et qui se faisait disputer par madame Cecily, parce qu'elle n'était pas prête pour aller dîner.

Quant aux employés… Ils avaient cessé d'être guindés et silencieux, ils discutaient entre eux et trois couples s'étaient formés depuis que Sacha était là. Il faisait beaucoup parler de lui. Certaines filles en cuisine enviaient la position de mademoiselle Ondine pour autre chose que pour son argent. Même les plus vieux employés, comme lui, se demandaient si l'union Waters-Chen était une bonne chose, à voir ces deux-là. Puis souvent, il secouait la tête. Il s'imaginait des choses. Ils se détestaient et certaines répliques pleines de fiel, mêlées à des regards d'une douceur incroyable, montraient bien que l'un et l'autre se débattaient face à des sentiments dont ils ne voulaient pas.

Lucario sourit en voyant Sacha donner des béquilles à Ondine qui poussa un cri de joie à l'idée de pouvoir se déplacer seule et les regarda filer vers le garage, Lily sautillant joyeusement autour d'eux. Cette scène était si semblable à celle qu'il contemplait quelques années auparavant et à présent, le vieux maître d'hôtel en était certain. Sacha et monsieur Aaron se ressemblaient. Ce jeune allait être une sortie de turboréacteur dans le monde propret et bien rangé des Waters. Un puissant souffle chaud. Il allait bouleverser le cours de leurs existences.

Il pensa à Cresselia, sa défunte épouse et chantonna une chanson composée par Sacha avant de rejoindre son bureau. Il devait absolument décaler le retour de mademoiselle Violette. Juste pour savourer un peu plus la nouvelle ambiance de l'hôtel particulier Waters.


Ondine cessa de rire en pénétrant dans le fast-food où Sacha les avait amenées et elle attrapa Lily par la main, la rapprochant d'elle. C'était un complot, c'était évident. À une table près de la porte, le seul endroit où il n'y avait ni les cuisines ni les toilettes, elle pouvait assister à une réunion de gosses de riches. Elle avait évidemment été conviée à cette petite sauterie mais avait prétexté ne pas pouvoir se déplacer pour la sécher. Surtout que c'était Chen qui organisait. Dommage, hein ? Au moins, elle savait ce qu'il voulait dire par « soirée classe moyenne ». Un McDo.

Sacha suivit son regard et pâlit furieusement avant de déglutir. Sa vie était un enfer. Un silence régnait sur l'immense table où s'étaient réunis tous les gosses de riches et Régis se leva, suivi par sa sœur, Jessie et Aurore.

La française fit un grand signe de main à Ondine pour dire :

—Tu es venue finalement ? Viens ici.

Ondine soupira et lâcha sa sœur pour s'approcher. Sacha protesta :

—Tu fais quoi là ?

—Je vais rejoindre mes amis pour passer la soirée avec eux. Rentre avec Lily.

—Pardon ?

Régis se déplaça jusqu'à Ondine et glissa une main sur sa hanche. Elle grimaça de dégoût et le dégoût se transforma en haine pure quand Nina posa une main hypocrite sur son épaule.

—Tu as très bien entendu, le pouilleux, lança Régis. Ma fiancée reste avec moi.

Sacha aperçut des ombres se mettre près de lui et il se tourna pour voir Flora, Max et Drew l'entourer. Drew salua Lily, lui demandant si la poupée qu'il lui avait offerte allait bien et elle hocha la tête avant de se cacher derrière Sacha. Les amis de sa sœur lui faisaient peur.

—Coucouche panier, Régis, je ne m'adresse pas à toi, je m'adresse à l'héritière.

—Justement, rétorqua Nina, en tant que quoi tu oses parler ainsi à Ondine ?

—Je…

Sacha se tut. Il ne pouvait quand même pas dire qu'il était enchanté à l'idée de passer une soirée avec elle, mais dans son monde à lui, il ne pouvait pas dire qu'il avait espéré quelque chose. Et il pouvait encore moins l'avouer en présence de Jessie et Nina. Ni de Régis. Et Aurore… Elle qui avait passé un après-midi avec lui, pendant laquelle ils avaient vivement critiqué les gens qui ne savaient pas rester à leur place. Il baissa les yeux, sentant une main se glisser dans la sienne. Il sourit à Flora.

—Moi, en tout cas, c'est en tant qu'amie que je m'adresse à toi, Ondine. Tu vas vraiment abandonner Sa… Lily pour rester avec ces trous du cul ?

Son presque lapsus ne passa inaperçu auprès d'Ondine qui éclata de rire. Voilà, c'était précisément cette Ondine-là qu'il ne pouvait pas blairer. Elle n'était plus cette fillette tétanisée qu'il consolait toutes les nuits, elle n'était plus l'étudiante en stress pour les partiels qu'il avait tiré de ses révisions. Elle était redevenue la sale garce imbue d'elle-même qu'il détestait plus que tout.

—Flo, ma biche… Pourquoi est-ce que je préfèrerais passer la soirée avec lui plutôt qu'avec mes amis ? Soyons réalistes. C'était marrant le temps que ça a duré, mais il faut que j'arrête de jouer.

Jessie éclata de rire et se mit à côté de Nina, appuyant une main sur sa hanche et passant une main dans ses longs cheveux roses.

—Sacha-touille, ça ne te rappelle rien ?

Vu la pâleur de son visage, si, s'inquiéta Ondine. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait pas voir la lueur blessée dans les yeux du garçon. Elle ne pensait pas un mot de ce qu'elle disait, mais elle devait jouer ce rôle. Si elle paraissait heureuse de passer du temps avec lui et que ça arrivait aux oreilles de Violette, elle le détruirait. Ondine reprit en croisant les doigts :

—Sûrement que si. Il commence à avoir l'habitude de servir de jouet à des gens qui lui sont supérieurs.

—Tout à fait, approuva Jessie. Belle gueule, mais rien dans la tête, en somme.

—Belle gueule, tu exagères, commenta Ondine. Au mieux, il est un peu moins banal que la normale. Mais avec son sale caractère, tout est gâché.

La fureur et la douleur qu'elle lisait dans le regard de Sacha étaient telles qu'elle ferma de nouveau les yeux. C'était pour le protéger qu'elle faisait ça. Et elle devait affronter sa décision en face. Elle ouvrit de nouveau les yeux pour le voir secouer la tête d'un air mauvais et sortir les clés de son Aston Martin DBS Volante. Elle se prépara à les recevoir dans la figure mais il se contenta de partir avec.

—Ma bagnole, murmura-t-elle, il se casse avec ma bagnole !

Lily se cacha derrière Drew en voyant Sacha partir d'un pas vif et énervé. Elle n'aimait pas quand Ondine était comme ça. Flora attrapa la sœur d'Ondine par la main pour lui sourire doucement.

—Viens avec moi, Lily. Laissons ces gens entre eux.

—Lowell, appela doucement Ondine. Je peux parler affaire avec toi, cinq minutes ?

Drew s'arrêta de marcher vers la table où il passait la soirée avec Flora et Max, alors qu'eux ne stoppaient pas leur marche, installant Lily avec eux. Il se tourna vers Ondine et les autres gosses de riches les laissèrent discuter. Les histoires entre la Waters et le cabinet d'avocats ne concernaient qu'eux.

—J'en pensais pas un mot de tout ça, j'en pensais pas un mot. Sacha… Il…

Elle se tut, passa sa langue sur ses lèvres et soupira.

—Il… compte… pour moi. Je voulais juste…

—Le protéger ? Je conçois totalement la situation dans laquelle tu es, je suis en plein dedans. Mais c'est pas en agissant ainsi que tu le protèges. Au contraire. L'amour est une chose précieuse, Ondine, il faut savoir l'entretenir et le cajoler.

—Je… J'ai même pas la force de nier mes sentiments pour lui… Je suis amoureuse.

—Drôle de façon de le montrer.

—Alors qu'est-ce que je suis censée faire ? Boitiller derrière ma DBS pour le rattraper ? Je ne peux pas faire ça.

—Donc je dois le faire pour toi ?

Elle hocha la tête.

—S'il te plaît ?

—Et pourquoi je ferai ça ?

—Parce que t'es mon meilleur ami, sourit Ondine.

Drew soupira.

—Très bien. Mais je le ferai parce que j'apprécie beaucoup Sacha, c'est un gentil garçon. Il ne mérite pas ça.

—Il mérite mieux qu'une fille comme moi, ça, c'est sûr, approuva Ondine d'une voix triste. Mais là n'est pas la question… Tu sais où le trouver ?

—Je demanderai à Flora. Je fais quoi de Lily ?

—Fais-lui oublier ce début de soirée déplorable, s'il plaît.

Drew se détourna et lança, pour crédibiliser l'histoire du dossier :

—Je t'envoie mon rapport par mail dès cette nuit, Waters. Mais tu me fais chier.


« Sur le toit de la CMS. »

Le SMS fit sourire Ondine qui releva la tête pour répondre de façon virulente à Jessie qui critiquait son jeu à la basse et elle se tourna vers Nina.

—Quant à toi, ferme ta gueule. Lily est une petite fille géniale et si tu t'avises encore une fois de dire un mot de travers sur elle, je te refais le portrait façon Picasso. Suis-je suffisamment claire ?

Nina hocha la tête de façon instinctive sous la haine dans les propos d'Ondine. Cette dernière se leva, sans s'embarrasser de ses béquilles. Ça faisait une heure trente qu'elle était avec ses soi-disant amis de la Jeunesse Dorée. Elle avait vu Flora, Max, Lily et Drew partir et l'étudiant en droit avait hoché la tête dans sa direction, signe qu'il s'occupait de tout. Elle s'étira et récupéra son sac à mains, souriant à Aurore qui lui jetait un regard curieux.

—J'ai du boulot, je rentre chez moi.

Ondine s'éloigna d'un pas et fit demi-tour.

—Non, en fait, je mens, j'avais prévu de passer cette soirée à me détendre en compagnie de Lily et de mon meilleur employé. Mais en votre présence, je me transforme en sale teigne. Alors je vais aller chercher ma sœur, mon employé et je vais reprendre le cours de ma journée où je l'ai laissée avant de vous croiser.

—Pa… Pardon ? s'exclama Aurore.

—J'en ai marre de devoir jouer un rôle permanent quitte à blesser des gens bien. J'en ai marre de devoir faire semblant de vous apprécier. Chen, les deux, j'ai jamais pu vous voir. Je déteste les parvenus dans vos genres. Franchement, qui croyez-vous leurrer avec votre luxe tape-à-l'œil ?

—Quoi ?

—Wesson, tu es une pétasse trop vulgaire. Lloyd, tu es un petit toutou trop obéissant, Summers, arrête la guitare même avec deux doigts cassés je joue mieux que toi, quant à toi Biatch…

—C'est Butch !

—Peu importe, Biatch te correspond mieux. Tu ne vaux guère plus que les autres… Jobbs, tu n'arrives même pas à la cheville de ton frère et il a bien fait de se casser, il est tellement plus heureux maintenant.

—Tu… as eu des nouvelles de Reggie ?

—Et toi, Aurore… On s'appelle, demain ?

—D'a… D'accord…

Ondine s'éloigna sans plus de détails que ça. Le SMS signifiait tant de choses qu'elle ne pouvait pas laisser passer cette chance. Elle sortit du fast-food et appela un taxi qui s'arrêta à son niveau.

—À la CMS, s'il vous plaît.

—Euh… C'est où ?

—Regardez sur votre GPS, c'est pour ça qu'il est là, dit-elle sèchement au conducteur du taxi.

Elle fouilla dans son sac pour trouver un miroir et elle s'observa. Ses hématomes disparaissaient rapidement. Bientôt, elle retrouverait une couleur normale. Tant mieux. Elle regarda les rues défiler et le chauffeur adopter une conduite vraiment peu fluide, sans doute dans l'intention de l'agacer. Mais elle s'en fichait. Ce SMS avait une signification toute particulière pour elle. Parce qu'il ne venait pas de Drew mais de Sacha.

Alors peu importaient ses amis de la Jeunesse Dorée, peu importait qu'elle doive justifier ses propos. Elle se sentait tellement coupable de lui avoir fait du mal qu'elle était prête à tout pour se faire pardonner. Et quand ce serait fait, ils prendraient Lily et iraient voir le dernier Disney au cinéma.

Quinze minutes plus tard, elle glissait sa carte de crédit dans la porte du toit de la CMS, pour pouvoir l'ouvrir. Le battant s'écarta et elle découvrit Sacha assis sur le bord, dans un nuage de fumée. Elle secoua la tête et il sursauta quand le battant se referma.

—Je pensais pas que tu viendrais.

—Tu voulais me parler ?

—Je vais donner ma démission. C'était une idée foireuse de vouloir assumer ma part de responsabilité dans l'accident que tu as eu.

Ondine s'approcha difficilement. Sa hanche lui faisait mal, elle aurait dû prendre ses béquilles, au lieu de vouloir jouer au héros. Il se retourna vers elle, recrachant de la fumée. De près, les yeux de Sacha brillaient d'une drôle de façon.

—T'es défoncé ?

—Pas encore. Demain matin, je rendrai mon uniforme. De toute façon, je le portais mal.

Elle s'approcha un peu plus.

—Pourquoi ?

Il la repoussa froidement, ne se souciant même pas de la blesser.

—Tu me demandes pourquoi ? Tu te fous de moi, pétasse ! Je ne vois pas l'intérêt de rester au service d'une garce hypocrite et lâche… Comment t'as pu faire ça à Lily ? Ce que tu m'as dit, j'en ai rien à foutre, c'est de bonne guerre, mais Lily était tellement heureuse à l'idée de passer une soirée avec toi. Une putain de soirée ! Même ça, c'était trop te demander ?

Ondine baissa les yeux et s'approcha encore.

—Tu ne comprends pas…

Il la poussa jusqu'à ce qu'elle heurte douloureusement le mur.

—Non, je ne comprends pas ! Et je n'ai pas envie que tu m'expliques ! Et encore moins que tu demandes à Drew de le faire pour toi, égoïste que tu es ! Flora et lui devaient passer la soirée tous les deux tous seuls, après avoir ramené Max et au lieu de profiter de leur soirée pour faire des trucs entre amoureux, Drew est venu ici sur ton ordre ! Tu n'es pas en terrain conquis dans ma vie ! Tu ne peux pas foutrelamerde et demander aux autres de réparer tes erreurs !

—Je suis venue ici, quand même…

—Et alors ? Tu aurais mieux fait de me répondre « Non, on parlera à l'hôtel, je vais chercher Lily chez Flora et je vais jouer avec elle toute la soirée comme ça fait trois ans que je ne l'ai pas fait parce que je ne pense qu'à moi. » Ça, ça aurait été une réponse constructive. T'es venue ici, la belle affaire. Et pour quoi ?

Ondine baissa ses yeux qui s'embuaient de larmes.

—Je voulais… m'excuser… Et… Te dire que… Je les avais tous envoyés promener.

—Avec deux heures de retard, héritière ! coupa Sacha en plaquant ses deux mains sur le mur. Tu aurais dû le faire, pour Lily, bien avant.

—Bon sang, écoute-moi au lieu de me couper toutes les deux phrases !

Ondine écarta Sacha du mur avant de passer derrière lui, de le retourner d'un geste sec et de le plaquer contre le mur à son tour.

—C'est bon, je peux parler ou t'es trop défoncé pour m'écouter ? C'était pour vous protéger que j'ai agi ainsi ! Pour vous protéger tous les deux ! Tu ne te rends même pas compte de ce que Violette te fera si elle découvre que je me montre en ta compagnie, en étant plus proche de toi qu'il ne le faudrait ! Ni de ce qu'elle me fera, de ce qu'elle fera à Lily !

—Et elle fera quoi ? Elle vous séquestrera ? Elle vous battra au sang ? On n'est pas dans une série française, ici, réveille-toi. Vire de là !

Il la poussa violemment loin de lui et fit mine de franchir la porte. Ondine le saisit par le bras et le plaqua de nouveau contre le mur avec force.

—J'ai pas fini, reste là !

—Ne me donne pas d'ordres ! pesta Sacha en retirant les mains d'Ondine du mur.

Elle fut déséquilibrée, ne tenant plus sur ses jambes et Sacha la retint de justesse par la taille, avant de la dévisager d'un air inquiet.

—Et pourquoi es-tu venue sans tes béquilles ?

Sa voix si douce fit baisser les yeux d'Ondine qui rougit.

—Je… Je voulais… Te montrer que je vais mieux.

—Idiote…

Sacha replaça une des mèches d'Ondine derrière son oreille et elle déglutit. Ils étaient bien trop proches. Elle pourrait l'embrasser si facilement que c'était presque difficile de résister. Elle leva la tête et ses yeux parcoururent le visage du garçon. Il était beau. Ses yeux brillaient un peu et même si elle savait que c'était plus grâce au cannabis que de son fait, elle ne pouvait empêcher son cœur de tressauter. Elle soupira d'aise. Il lui lança un regard étonné. Il reprit son discours, ne remarquant même pas qu'Ondine s'était rapprochée de lui.

—Je n'ai pas peur de ce que ta sœur pourrait me faire. Je n'ai rien à me reprocher. Après tout, je prends soin de toi comme tout employé pourrait le faire.

Elle s'écarta, se releva et s'éloigna de lui, blessée. Un simple employé ? N'avaient-ils pas partagé plus que ça ? N'avait-il pas pris l'habitude de l'avoir toutes les nuits dans ses bras ? N'était-elle toujours pas parvenue à se hisser au rang de femme pour lui ? Elle se retourna vivement, contrôlant sa voix pour ne pas montrer les sanglots qu'il y avait dedans.

—Soit. Tu as raison. Je vais te laisser ici à t'intoxiquer et je vais récupérer ma sœur chez Flora pour l'amener voir le dernier Disney. Avec un peu de rapidité, on parviendra à avoir la dernière séance. Les clés de mon Aston Martin, s'il te plaît. En réalité, c'est pour ça que je suis venue. Pour la récupérer.

—Hors de question que tu conduises, monsieur Di Pario me tuerait.

—Il n'en saura rien.

Sacha secoua la tête pour refuser et en trois pas, Ondine était sur lui pour le plaquer douloureusement contre le mur. Elle leva la tête et effleura les lèvres du garçon, doucement, sentant ses yeux s'écarquiller puis elle s'écarta, agitant les clés sous son nez.

—Et voilà. Trop facile…

Elle ouvrit la porte du toit et dévala les escaliers alors que Sacha se laissait glisser le long du mur, perturbé.

Pourquoi faisait-elle ça ? Il aurait dû se douter qu'il n'était qu'un jouet entre les mains de l'héritière, comme elle l'avait si bien dit. Que Drew vienne de sa part pour lui expliquer qu'elle avait juste peur de ce que pouvaient penser ses confrères gosses de riches de leur amitié ne faisait que conforter l'agent d'entretien dans son avis sur Ondine. C'était une pétasse et elle était comme les autres. Il retourna près de la rambarde pour voir filer la DBS à une allure saccadée. Il était bon pour rentrer à l'hôtel à pieds. En espérant que l'héritière ne se foute pas encore en l'air avec.

Rien à faire, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas cette fille, ni pourquoi il avait baissé sa garde de cette façon. Jamais deux sans trois paraît-il. Et les trois qui lui disent la même chose. Qu'il n'est pas à la hauteur.

Il soupira en roulant son deuxième joint. Il se le promettait, si un jour Ondine tombait amoureuse de lui, il ferait tout pour arriver à sa hauteur. Qu'importe le temps que ça prendrait. Il deviendrait le meilleur batteur du monde et… Et quoi ? Il la demanderait en mariage ? Vu le temps qu'il lui faudrait pour se hisser au niveau des plus grands, elle aurait déjà épousé Régis Chen.

Il se tapa la tête contre le béton et grogna en se souvenant que c'était du crépit. L'image de la main de Régis glissant sur la hanche d'Ondine, lui portant un regard mauvais, ça le laissait à la fois désarmé et hors de lui. Il aurait voulu arracher ces doigts qui glissaient sur le corps que lui, tenait toutes les nuits contre lui, broyer cette main qui osait effleurer cette fille qu'il ne méritait pas, que lui-même ne méritait pas.

Ondine Waters était une femme étonnante. Il passait d'excellents moments avec elle et regrettait d'avoir tout fait pour qu'elle le déteste avec autant de poigne et il le payait maintenant. Il y avait pourtant cru, qu'elle était différente. Il l'avait sincèrement cru.

Il exhala de la fumée avant de regarder son joint, qu'il tenait entre trois doigts. Au final, seuls les paradis artificiels de Gelardan valaient le coup. Le seul avantage de ce mois de travail à la Waters, c'était ça. Il pourrait passer à la gamme au-dessus. Et faire changer les plaquettes de frein de sa bagnole.

Ondine n'était pas différente des autres. Elle avait honte de lui. Honte de l'avoir laissé pénétrer dans son espace vital, honte de se montrer à ses côtés. Comme Jessie avant elle, comme toutes les gosses de riches qui ne pouvaient tolérer que des personnes soi-disant inférieures puissent satisfaire leur critères amicaux ou amoureux.

Sa voix s'éleva lentement pour chanter une de ses compositions, qui parlaient d'Ondine, Diabolus In Musica. Il n'avait bien entendu pas la voix de Flora mais comme il était seul, chanter ne le dérangeait pas. Et de toute façon, il n'avait que ça pour se calmer.

La porte du toit s'ouvrit de nouveau le faisant sursauter. Waters se tenait devant lui et le regardait d'un air triste et mélancolique.

—J'ai menti, dit-elle d'une voix forte pour couvrir le bruit de la porte qui se refermait. J'étais pas venue juste pour ma bagnole.

Elle s'approcha et se mit à genoux à côté de Sacha, saisissant son menton et levant son visage. Elle sourit et l'embrassa tendrement, alors qu'il ne savait pas quoi faire. Elle le chevaucha et il consentit à lui rendre son baiser, ne comprenant pas trop où elle voulait en venir.

Sacha glissa une main sur la nuque d'Ondine et elle frissonna, brisant le baiser.

—T'as les mains froides.

—Désolé… P… Pourquoi… ?

—J'en sais rien, mentit-elle sans comprendre pourquoi. Tout ce que je sais, c'est que…

Elle se tut et l'embrassa de nouveau, laissant glisser ses lèvres sur les joues de Sacha, puis elle murmura à son oreille.

—Tout ce que je sais, c'est que j'avais vraiment envie de t'embrasser.

—Et tu ne t'es pas demandée si moi, j'en avais envie… ?

—Non, pas le moins du monde. Allez, lève-toi et…

Ondine attrapa le joint de Sacha, renifla rapidement la fumée et soupira.

—Jette ça avant d'être trop défoncé pour conduire. On va chercher Lily et tu nous invites au cinéma.

Elle se releva et lui tendit une main qu'il accepta, jetant à regrets son morceau de paradis.


Bon, alors, je vous annonce tout de suite que mes connaissances en solfège s'arrêtent à ce qu'enseigne Ondine à Sacha. Je vais chercher mes souvenirs loiiiiin en arrière, quand je pratiquais le solfège d'une oreille distraite, écrivant déjà des histoires sur mes cahiers de musique et me faisant gronder par le professeur.

Bref, j'espère que ce chapitre vous a plus, j'espère que ma chère beta sera satisfaite du passage que j'ai rajouté tard dans la nuit, à la fois pour égaliser ce chapitre qui était bien plus court que les autres et également pour me recentrer un peu sur le sujet principal. *En direct d'un PC sous Windaube* A demain pour les lecteurs de la Ligue, à la semaine prochaine pour les auuuutres !