Mais Shikamaru ne s'avoua pas vaincu. Il avait plus de ressources que cela. Tsunade avait été folle de croire qu'il pouvait raisonner Gaara. Elle ne l'avait pas envoyé au bon endroit, et maintenant, plus personne ne se souciait vraiment de ce qu'il faisait. Il avait les mains totalement libres. Sur le chemin, il avait élaboré rapidement une ébauche de plan : il savait en l'occurrence ou trouver du soutien. Certains le prendraient pour un inconscient, mais le village caché de la Brume, Kiri, pourrait s'avérer d'un immense soutien. Il y était parvenu sans grande encombres et on l'avait accueilli, froidement, mais sans poser de questions.

Dans la résidence du Godaime Mizukage, Shikamaru affichait une mine sérieuse, concentrée mais résolue. Il savait quoi dire. Il en savait assez sur le village, sur ces relations, ses légendes pratiquement toujours vraies, son dirigeant... une femme. Il la savait d'un fort caractère, mais elle était juste et lui rappelait parfois Tsunade. Quand elle arriva d'un grand pas, il se sentit un peu intimidé, mais il continua d'afficher la même façade sérieuse. Elle le jaugea du regard, un regard sévère mais juste. Elle ne lui laissa, d'ailleurs, pas le temps de parler.

- Shikamaru Nara c'est ça ?

- Oui. Je...

- De Konoha ?

- Oui. Répondit-il en comprenant que c'était elle qui posait les questions.

- Vous savez que vous êtes un traître ?

- Je ne suis pas un traître. Ajouta-t-il du tac au tac.

- C'est pourtant ce que dit ce que courrier. Tenez. Dit-elle en lui tendant le papier.

Shikamaru le lit rapidement. En effet, Danzô, avait jugé nécessaire de prévenir chaque village de « sa » trahison. Mais pas que la sienne, celle de Sakura et de Sasuke également. Il eut une rapide pensée pour la jeune fille, espérant qu'elle soit à l'abri. A l'abri ? Pas avec Sasuke en tout cas... Il sourit quand il lut la dernière phrase :

« Veillez nous les remettre sous peine de sanctions si ces individus se trouvent à votre portée. »

Finalement Danzô n'était pas si malin que cela. Des sanctions ? Lesquelles ? Avec quels moyens ? Peut-importe à quel point Danzô avait entraîné les habitants à devenir des soldats, le tout ne formait pas une armée si grande au point d'effrayer un village tel que Kiri. Il sourit intérieurement en pensant que Mei essayait juste de tester ses limites.

- Comme je viens de le dire : je ne suis pas un traître.

Elle lui sourit et s'assit en face de lui.

- Bien sûr. Je ne crois aux allégations et aux menaces d'un pauvre fou comme Danzô. Et béni soient les traîtres de son villages : il est possible que ce soient les seuls à survivre parmi ce village. Mais, je ne peux m'empêcher de me demander : que faites-vous ici ? On m'a tant vanté la grande ingéniosité du si jeune Shikamaru... Venez-vous négocier ou quelque chose d'autres ?

- Peut-on parler de négociations ? Je ne parle au nom d'aucuns villages ?

- Pas même Konoha ?

- Pas même Konoha. Reprit-il. Cependant, il m'est possible de parler pour ces habitants, qui n'ont fait de tort à personne, et qui sont innocents. Je viens vous demander de l'aide... en leur nom.

Le Mizukage sourit encore, se leva et se dirigea vers Shikamaru. Elle passa amicalement un bras sur ses épaules afin de le guider hors de la résidence.

- Vous êtes si jeune... soupira-t-elle. Avez-vous entendu des rumeurs, des légendes par rapport à mon village.

- Bien sûr. Qui ne les auraient pas entendues ?

- Mais y avez-vous cru ?

- Certaines plus que d'autres, je suppose... Répondit le jeune homme un peu vague.

Elle l'avait entraîné dehors. Et il s'aperçu que rien n'avait changé depuis son arrivée. La brume était toujours épaisse comme si l'après-midi ne venait jamais. Elle lui fit parcourir tout le village avant de l'emmener là où les genins s'entraînent. C'était justement le jour de l'examen. Shikamaru se rappela alors cette vieille légende : la seule qu'il n'avait probablement pas crue. Celle qui disait que l'examen consistait à un combat à mort. Et pourtant c'était vrai. Sous ses yeux, on enlevait justement le cadavre d'un jeune garçon avec un kunai planté en plein dans l'œil. Le genre de chose que pourrait faire Tenten pensa-t-il. Il regarda le Mizukage, incrédule, ne comprenant pas vraiment ce qu'elle voulait lui faire comprendre. Elle lui répondit :

- Comprenez-moi bien : mon village a des règles, des lois. Je joue et gouverne selon ces lois. Mais Konoha... Konoha n'a respecté aucune loi. Et vous savez qui sont les responsables ? Je sais que vous le savez...

- Les dirigeants ?

- Soyez plus malin.

- La Racine... Souffla le jeune homme, comprenant soudainement toute cette haine contre son village.

- Oui. La Racine. Danzô. Mais vous le savez bien. La Racine est la partie cachée de l'arbre. Seuls les gens intelligents comme vous sont capables de voir que la menace vient de cet élément caché. La plupart des bien-pensants ne voit que la partie visible de l'arbre et s'en prenne à cette dernière. Une faute de jugement... Mais qui peut avoir des conséquences dramatiques... Comme vous laissez mourir... Vous avez raison : les habitants n'ont aucuns torts. Mais vous êtes bien naïf de penser qu'ils sont innocents. Rendez-vous bien compte, avec toute votre conscience... rendez-vous bien compte à qui demandez-vous de collaborer... A qui vous demander de l'aide. Regardez mes méthodes. Etes-vous en accord avec ? Parce que si je vous apporte mon aide, c'est que, sans pour autant l'affirmer, vous vous montrez aux yeux des autres avec la politique de Kiri, ce qui n'est pas des moindre pour des gens aux bonnes morales. Alors, redites le moi encore : voulez-vous vraiment mon aide ?

Shikamaru réfléchit un instant. Il avait voulu conserver sa morale à Suna avec Gaara. Il s'était perdu. Il avait perdu. Il n'allait pas faire la même erreur deux fois.

- Je veux votre aide. Persista-t-il d'une vois complètement résolue.

- Bien. Conclut le Mizukage avec le sourire. Nous allons bien nous entendre je pense...

Danzô réfléchissait deux fois plus ces temps-ci. Kakashi avait remarqué que ses cheveux étaient plus blancs qu'avant, ses rides plus prononcées, et ses yeux plus noirs que jamais. Il était inquiet, et cela était compréhensible. Son seul appui plus ou moins tangible, c'était le village de Suna. Mais étant représenté par Gaara, le soutien s'avérait plus que bancal. Et après les récents événements, même son propre village était un ennemi pour lui. En fait il l'avait toujours été. Et Kakashi, lui-même ne savait pas vraiment ce qu'il représentait pour cet homme-là. Il venait juste de procéder à une exécution sommaire sous les yeux entiers du village sans se soucier de ce qui allait se passer après.

Il ne lui parlait presque plus. Kakashi ne se fourvoyait pas. Il savait que Danzô n'avait aucun doute sur ses croyances et ses idées. Il était parfaitement au courant que Kakashi était un soldat : il suivait les ordres mais ne les approuvait jamais. Mais finalement le ninja était inquiet de ce silence. Quand Danzô le prenait à parti, au moins il savait tout à l'avance et pouvait agir en conséquence. Il était dans le flou, ne pouvait rien prévoir ou prédire. Danzô était complètement muet et refusait de partager quelque chose, en considérant que le vieil homme avait seulement un plan. Parce que depuis les récents procès, tout à Konoha ne semblait plus que chaos et désolation. Personne ne sortait de chez lui. L'ambiance était électrique, insoutenable. Les habitants étaient sous tensions, entendant une attaque qui tardait à venir. L'attente était trop longue, presque mortelle. A ce stade, Kakashi souhaitait que Pein vienne. Il voulait la guerre.

Temari et ses deux frères étaient restés enfermés tous ensemble après l'exécution de Choji. Personne n'avait osé parler. Même Gaara semblait sentir le vent tourner. Kankuro était le plus soucieux, aussi il le fit remarquer à son frère...

- Nous avons été stupide de venir ici. Nous n'avons rien à faire ici, nous devrions rentrer.

Temari fit volte-face vers son aîné. C'était la première fois qu'il parlait et contredisait son frère. Gaara aussi fut surprit du ton employé par Kankuro.

- Je me moque bien de ce qu'un imbécile comme toi peut penser. Tu n'y connais rien alors la ferme.

- Tu ne vois pas ! Nous sommes des étrangers pour eux. Ce Danzô se moque bien de qui nous sommes ! Et toi tu marches dedans. En plein dedans.

- Attention à ce que tu dis...

- Tu veux que je te dise ? C'est toi l'imbécile. Tu ne sais pas gérer le pays. Le peuple n'est plus avec nous depuis des lustres ! Tout le monde est contre nous ! Tu as tout gâché ! Tu es aveuglé par ta propre folie que tu ne sais plus discerner tes amis de tes ennemis.

Gaara se leva d'un coup, repoussant sa chaise brusquement ce qui fit sursauter Temari. Il se jeta sur son frère en poussant un cri. La blonde tenta de les séparer sans réussir. Kankuro le repoussa sans grande difficulté. Même si Gaara était animé par une folie qui pouvait lui donner une certaine force, Kankuro était grand et fort. De plus il savait bien que Gaara n'était pas assez en colère pour se montrer dangereux. Il le connaissait bien.

- Tu ne nous as jamais écoutés ! Tu n'en fais qu'à ta tête et maintenant nous allons être mêlés à une guerre que nous n'avons jamais voulue ! Raisonne le Temari !

Gaara regarda sa sœur qui baissa la tête.

- Et bien je t'écoute ? Lui demanda-t-elle. Tu as toujours été celle qui a eut le plus de caractère et pourtant cela fait des années que je ne t'ai pas entendu. Parle.

Soudain elle le regarda avec un peu plus de courage qu'elle n'en avait auparavant.

- Je pense que nous avons fait une erreur.

- En quoi je te prie ? Demanda Kankuro.

- Nous avons oublié que nous étions une famille.

Personne n'osa rien dire. Gaara le savait, Kankuro aussi. Ils ont tous laissé le temps saper leur solidarité.

- Nous avons laissé les autres villages nous entraîner. Notre famille ne voulait pas la guerre, et pourtant, nous voilà à Konoha, qui plus que jamais, veut la guerre. Comment avons peut laisser faire ça ?

- Éclaire-nous. Demanda Gaara qui s'était rassit.

- Il nous a manqué du caractère.

- Ah oui. Et ça j'imagine que c'est ton nouvel ami Shikamaru qui te l'a appris ? Dois-je te rappeler qu'il venait de Konoha. Ironisa le Kazegage

- Tu es un idiot de l'avoir méprisé. Commença Kankuro à voix basse. Il était intelligent et honorable. Il a été envoyé par Tsunade, pas par Danzô ce qui change considérablement ses intentions. Il aurait pu en faire beaucoup pour nous, mais tu t'es laisser manipuler par Danzô... Peut-être veux-tu la guerre mon frère. Je ne vois que ça.

Personne ne dit rien. Gaara ne répondit pas. Un silence pesant s'installa. Temari fut la première à s'en sentir gênée et décida de s'en aller. Mais Gaara murmura quelque chose qui la ralentit.

- Je suis comme les autres. Je suis en colère. Pas pour les mêmes raisons, mais c'est toujours de la colère, de la haine. Profonde et viscérale, envers le monde entier. Nous sommes seuls, et cela depuis le début. Et je suis le plus seul de tous. On nous a méprisés, et on le fera toujours. La seule attention que l'on nous accordera c'est de vérifier que nous sommes bien enterrés... Et pour cela, oui, je veux la guerre. Je veux à la fois justice et vengeance.

Sakura regarda le soleil se coucher sur l'horizon. Il tombait inlassablement depuis des années, et pourtant ce soir, elle avait l'impression qui ne se lèverait plus jamais. Il tombait aussi lourdement qu'une pierre dans l'eau. Sasuke conversait avec son équipe de la stratégie à adopter pour entrer dans Konoha. Ils étaient à présent tout près, atteindre le village n'était plus que la question d'une journée. Parfois elle entendait son nom dans la conversation, mais ce n'était que des murmures pour elle. Mis à part Sasuke, personne ne lui parlait vraiment. Alors qu'elle se croyait complètement isolée du débat, Sasuke vint à elle. Il lui frôla le bras, puis l'épaule, puis le cou de sa main. Son seul contact fit raidir Sakura qui en trembla.

- Viens, ma douce, nous avons besoin de toi.

Le surnom lui glaça le sang. Elle était indéniablement folle de lui, et il le lui rendait bien. Mais la folie était tellement caractéristique chez Sasuke qu'elle ne savait pas si c'était une bonne chose. Il la guida gentiment par la main pour qu'elle s'asseye près d'eux.

- Voilà le problème, reprit-il, je ne veux pas attirer l'attention des gardes de Konoha. Cela ne créer que chaos et panique. Je veux juste rentrer, tuer Danzô et que tout le train-train du village reprenne calmement. Comment tu ferais ? Lui demanda-t-elle.

- Je demanderais de l'aide. Répondit la kunoichi du tac au tac.

- Jamais. Je sais bien ce qu'il se passe là-bas. Je suis un nunkenin, demander de l'aide, c'est comme rentrer à Konoha par la grande porte en criant. On a vu mieux comme stratégie.

- Tu sais bien de qui je parle. Dit-elle d'une voix tremblante.

- Oui. Je le sais. Et ma réponse est la même...

- Il nous faut des mercenaires, des soldats, une armée. Coupa Suigetsu.

Personne ne répondit. Sakura baissa la tête tandis que Sasuke l'écouta attentivement.

- Ces villages ont leurs armées, ils se sont alliés les uns contre les autres... Et nous ? Qu'avons-nous ? Un médecin, un traître, une pisteuse, une brute et un épéiste. On ne peut pas tuer des armées à nous seuls. Quelques assassins ne constituent pas une menace en ces temps. Mais des assassins à la tête d'une armée... voilà ce qui pourrait faire la différence. Il faut des hommes pour faire tomber des chefs.

- Et tu trouves ces hommes ? Demanda Sasuke.

- Partout. Les hommes sont avides de guerre, de sang et de vengeance Konoha s'est fait tellement d'ennemis. Il est difficile de trouver des alliés, mais des ennemis... il y en a à chaque coin du monde...

Kakakshi traînait dans les rues de Konoha. Danzô l'avait renvoyé inhabituellement tôt. Il faisait très noir. La nuit était lourde, et le brouillard ambiant rendait l'ambiance plombante. Il n'y avait pas les lumières habituelles des boutiques pour éclairer les rues. Personne n'était dehors : le village était comme suspendu dans le temps. Pourtant il le sentait : Naruto était dehors. Et c'était le seul. Depuis quelques temps, il bouillonnait littéralement : son chakra était en ébullition. Il était en colère. Et Sakura n'était pas là...

Il le trouva rapidement : il était devant les portes. Il attendait qu'elle lui revienne. En fait il savait que Naruto ne ferait rien tant que Sakura ne serait revenu. Le village ne méritait rien de la part du jeune homme si Sakura n'y était pas. A quoi bon le sauver...

- Naruto... Qu'est-ce que tu fais ici ?

Le blond tourna la tête, le regarda. Ses yeux s'étaient assombris, comme le ciel.

Il l'attend.

- Tu ne devrais pas rester ici... Murmura son sensei.

- Vous non plus. Répondit le blond.

- Il est juste étonnant de te voir. Plus personne ne te vois en ce moment Naruto...

- Tu veux dire : pourquoi n'ai-je rien fait depuis que Danzô a instauré sa loi à Konoha ? Souffla Naruto toujours face à la porte.

- C'est effectivement ce que je me demandais, sans pour autant oser le dire...

Naruto se retourna vers Kakashi et le contourna, se tournant vers le village.

- Il y a quelque chose qui est déterminant. Enfants, Sasuke était déjà troublé. La vengeance altérait ses sens, mais elle ne restait qu'un brouillard. Quelque chose d'informe et de lointain. Et cet Orochimaru est venu avec son sceau maudit. Il l'a imposé à Sasuke. Si il en voulait ou non, je ne sais pas. Personne ne le saura. Mais il l'a reçu. Il est partit. Sans rien dire, et sans que personne ne puisse faire quelque chose. Il a déclaré, quand on l'a revu qu'il voulait le pouvoir, le pouvoir pour venger sa famille... Je rêve toujours de cette journée. Il a tué Orochimaru car il avait assez de pouvoir. Et cela fait bientôt 5 ans que j'attends, sans pouvoir le dire, qu'il tue son frère. 5 longues années pendant lesquelles j'attends que ma famille revienne. Et je suis fatigué et épuisé. Alors si Danzô arrive à faire venir Pain et l'Akatsuki, peut-être pourrais-je tuer Itachi moi-même. Et alors, j'aurais aussi vengé de manière symbolique ma famille.

- Naruto... Tu sais bien que Sasuke ne s'arrêtera pas là... Tu le sais bien...

- Non. Kakashi. Ce que j'ai appris c'est qu'il faut plus de courage à un homme de dire qu'il veut la vengeance plutôt que la justice. Cela demande certainement plus de courage et de tripes que d'accomplir sa vengeance.