Voici le chapitre 7 ! Je vous souhaite une bonne lecture :)


Nous sommes actuellement dans la voiture de Madame Kumoi. Je suis « coincée » entre Seiji et Hiroto. Plus exactement, je suis complètement collée à lui, et mon cœur bat la chamade. En plus, Seiji me pousse pour que je sois encore plus collée à Hiroto, et la robe blanche que j'ai laissé est en train de remonter, dévoilant mes cuisses au fur et à mesure. Hiroto est rouge pivoine aussi, et je sens son regard de temps à autre dessus, le perturbant fortement. Je pourrais y toucher oui... Je pourrais... J'avoue que je me découvre des instincts de sadique ces temps-ci. J'aime ça... J'ai envie de plaire, et là, je me sens maître de la situation.

- Bon, où voulez-vous allez manger ?
Je suis coupée dans mes réflexions « profondes » par Madame Kumoi.
- Comme vous voulez, répond Seiji avec un grand sourire.
- ça m'est aussi égal, renchérit Hiroto.
- Eh bien, honneur à la gagnante de cette épreuve, conclut le blond.
- Euh...
Je réfléchis à toute vitesse, avant de répondre :
- Direction MacDo' alors !
- MacDonald ?!
- Bah quoi ?

Nous entrons dans le FastFood, pas trop remplit pour le moment, ce qui ne devrait plus tarder. Nous sommes déguisés, lunettes, bonnet, et les gens doivent se demander quoi, vu le soleil que nous avons en ce jour. Madame Kumoi nous a préalablement demandé ce que nous voulions, elle va donc commander et nous nous mettons tout de suite en quête d'une table isolée.

Nous en trouvons finalement une, légèrement cachée aux regards des autres par de légères cloisons.
Seiji me regarde en souriant, et me fais signe d'attendre. Hiroto s'assoit, et Seiji me fait signe de m'asseoir en face de ce premier, alors que lui-même s'assoit à côté. Quel malin celui-là... Nous attendons quelques minutes en silence, jusqu'à ce que Madame Kumoi arrive avec quatre plateaux sur les bras, marchant sans problèmes, comme si elle avait fait serveuse dans une vie antérieure.

- Alors, ces deux plateaux là sont pour Kilari, et ces deux autres contiennent nos trois commandes les garçons.
- Tu manges toujours autant dis donc la cruche ! dit Hiroto, un grand sourire aux lèvres.
- Tiens, ça faisait longtemps que tu ne m'avais pas fait une remarque ! ça t'as manqué n'est-ce pas, de te foutre de moi ?! lui répondis-je, énervée.
Il me regarde, surpris, puis son regard se charge d'une douleur que je ne comprends pas, avant que ses yeux ne s'abaissent. Madame Kumoi ignore la scène et se met à manger discrètement, tandis que Seiji nous regarde, peiné. Je m'en veux soudainement un peu d'avoir été agressive, mais c'est de sa faute après tout ! … J'avoue que j'ai réagi bien trop fort. Je me mors les lèvres, gênée.
Notre repas passe dans un silence religieux. Je suis peinée de la tournure des événements, si seulement il n'avait pas fait cette remarque, ou s'il s'était simplement excusé... J'hésite à prendre la parole à mainte reprises, mais le courage me manque à chaque fois... Je mange mes trois menu maxi automatiquement, notant tout de même que le Royal Bacon est bien meilleur que le cheese, tout en leur préférant des nuggets.

- Kilari ? m'appelle Seiji, me réveillant.
- Oui ?
- Tu m'accompagnes chercher des desserts ?
- Oh, euh, oui bien sûr.

Je me lève, sentant le regard d'Hiroto sur moi. Pourquoi est-ce si compliqué, alors que ça pourrait être tellement simple ? Seiji et moi nous dirigeons aux caisses, et nous mettons dans la queue. Je sais bien qu'il veut me parler d'Hiroto, mais qu'est-ce que j'y peux moi ?

- Kilari, entame-t-il, je sais que tu dois te douter de ce que je veux te parler...
- D'Hiroto...
- Oui. Je suis désolé de sa part qu'il t'ai ainsi parlé et-
- Tu n'as pas à l'être, le coupais-je.
Il soupira.
- Peut-être, mais je le suis. Kilari, Hiroto a énormément de mal à montrer ses émotions, et les traduits par des brimades ridicules, mais elles sont loin d'être méchantes. Ce serait bien que tu t'expliques avec lui.
- Mais...
- Oui, ce n'est pas à toi de t'excuser, naturellement, mais juste de lui parler, et de lui faire comprendre que ce serait ridicule de se prendre la tête pour ça.

Je sais très bien que Seiji a raison. Il a toujours raison (c'est un peu agaçant d'ailleurs, mais je l'aime ainsi). Je le regarde dans les yeux, et hoche docilement la tête. Il me renvoi un sourire magnifique, avant de se retourner. Je fais de même, attendant notre tour. Nous revenons à notre table, avec un plateau chargé de Sundaes. Les gens me regardent bizarrement, c'est vrai que je ne dois pas avoir l'air fine, en jupe, ballerines avec une grosse veste, et bonnet. Seiji rigole doucement, dû au regard d'une vieille dame qui a l'air outragé de ma tenue. Arrivés à notre table, je distribue les sundaes, caramel pour madame Kumoi et Seiji, chocolat pour Hiroto et moi. J'en profite pour lui adresser un petit sourire timide, et lui m'en renvoie un éblouissant, qui m'aveugle complètement, telle une gamine découvrant pour la première fois Dora l'exploratrice.

Je m'assois, contente, et engloutit mon sundae, sous les regards amusés de mes comparses. Je rougis un peu, et ralentit le rythme jusqu'à un qui soit « normal ». Prenant une nouvelle bouchée, je ferme les yeux en suçotant ma cuillère, appréciant la froideur de la glace mélangée à l'onctuosité du chocolat. Soudain, j'entends un glapissement, presque inaudible, qui me fait ouvrir les yeux. Hiroto contemple ma bouche, les yeux écarquillés, les joues rouges.

Tiens ? Serait-il sensible à ce geste... ?

Retentant l'expérience, je reprends de la glace, l'approchant de ma bouche, pour sortir ma langue, et la lécher petit à petit. Le regard du brun est fixe sur mon action, ses joues devenant cramoisies. Je jette un regard autour de nous, Seiji est en train de manquer de s'étouffer de rire, le cachant comme il peut, tandis que Madame Kumoi regarde au loin, s'ennuyant. Contente de moi, je continue mon supplice, allant jusqu'à pousser un petit « huuuum » qui sembla rendre fou Hiroto. Je crus bien qu'il allait m'arracher ma cuillère, mais il n'en fit rien. Il se leva précipitamment à la place, et nous dit à tous :
« Je- je vais aux toilettes. »
Nous le regardâmes s'en aller, et après une minute de silence, Seiji se leva à son tour, déclarant devoir lui aussi aller au petit coin. Il s'arrêta néanmoins pour me chuchoter à l'oreille :
« Joli travail... ». Je rougis, mais lui adressa un grand sourire. Je n'étais pas peu fière, et cette réaction me donna confiance en moi... Le fait que peut-être, Hiroto m'aimait aussi, même juste un peu, commençait à s'insinuer dans mon esprit, ma conscience appuyant joyeusement mes paroles.

[ PDV Hiroto ]

« Elle va me rendre fou, il n'y a pas d'autre mot ! »
Je me dirigeais en trombe vers les toilettes, le cœur battant vivement. Se rends-elle seulement compte de ce qu'elle me fait subir ?! Elle ne devait pas en avoir la moindre idée, c'est moi qui suis éperdument amoureux d'elle, pas elle. Et puis, quelles idées me viennent donc en tête… Elle, elle mangeait juste innocemment cette glace…. Qu'aurait-elle pu me trouver, à moi, moi qui la taquine sans arrêt, jusqu'à l'énerver comme tout à l'heure ?

J'arrivais devant les toilettes, et fut heureux de constater qu'il n'y avait personne. Je me postais face au miroir, me rendant compte de la rougeur cramoisie de mes joues. « Bon sang ! » hurlais-je dans ma tête, tout en tapant du poing. Je contemplais mon reflet dans le miroir, essayant de réduire peu à peu la rapidité de ma respiration, inspirant et expirant longuement. Le pire était que mon état ne pourrait se calmer comme cela, la légère bosse déformant mon pantalon en attestant. Comment aurait-il pu en être autrement, alors que la vision qu'elle venait de m'offrir pouvait s'apparenter à une autre, une autre d'autant plus délicieuse ? Je baissais la tête, mes mains venant se nouer à l'arrière de mon crâne. J'avais honte de toutes ces pensées qui m'assaillaient, à propos de la pure Kilari. Comment ce semblant d'ange pourrait-il seulement m'aimer, ne serait-ce qu'un peu ?

Perdu dans mes réflexions, je n'entendis pas la porte s'ouvrir et se refermer, et ne réagit qu'en sentant une main sur mon épaule.

- Hiroto ?
- Seiji... devinais-je sans problème.
Qui d'autre ?
- Tu vas bien ?
- Non ça ne va pas !
Je me tournais vers lui brusquement, le faisant sursauter.
- Comment ça pourrait aller, alors qu'elle fait ce genre de geste, qui m'allume complètement ?!
- Hiro, calme-toi. C'est normal de ressentir ça pour une personne que l'on aime...
- Je sais Seiji, je sais ! Mais...
- Mais ?
- Elle- elle paraît tellement pure, j'ai l'impression de la salir. Je l'aime Seiji, je l'aime tellement, tellement que ça fait mal, et avoir ce genre de pensées à côté me tue, ça me tue Seiji ! Mais pourtant je ne peux pas m'en empêcher... C'est sans doute naturel, mais-
- Hiroto ! me coupa mon meilleur ami, CALME-TOI. Tu ne sais même plus parler correctement dans cet état, souffle un bon coup.

Je suivis ses conseils, et fermant les yeux, je me mis à souffler. Il se passa bien une minute, mais je réussis à me contrôler un peu mieux. Je rouvris les yeux, accueillit par le sourire de Seiji.

- ça va mieux ? me demanda-t-il.
- Bien mieux, répondit-je.
Un homme entra, nous regardant bizarrement. Il s'enferma dans les toilettes. Seiji reprit d'une voix basse :
- Ecoute Hiro, si je te dis « n'être qu'un homme », me comprends-tu ?
J'hochais la tête.
- Eh bien, je te le répète : il est normal d'éprouver ce genre de pensées à l'égard de celui ou celle qu'on aime. Et il t'es d'autant plus honorable d'en être conscient, et de t'en vouloir. Mais tu dois oublier cette peine. Tu peux avoir ces pensées tant qu'elles sont des pensées et ne gênent pas l'autre personne… Prends confiance en toi, tu ne sais rien des sentiments de Kilari. Il faut que tu lui avoues, et quoi qu'il arrive, tu te sentiras mieux... Et puis, ces choses dont tu rêves, si tu lui parles et que tu obtiens son consentement, elles deviendront possibles…
- Oui...
Je réfléchis un instant, avant de prendre une décision.
- Seiji !
- Euh, Oui ?! répondit-il, surpris par mon enthousiasme soudain.
- C'est décidé ! A la fin de cette audition, je lui annoncerai que je l'aime !

Une chasse d'eau se fit entendre, et l'homme sortit des toilettes, pour aller jusqu'au lavabo. Il prit la parole :
- Eh bien jeune homme, je te souhaite bonne chance !
Je rougis vivement, avant de lui sourire et de le remercier, riant de gêne.

[ PDV Kilari ]

Seiji et Hiroto revinrent au bout d'une dizaine de minutes, et se firent enguirlander par Madame Kumoi qui leur demanda ce qu'ils avaient pu fabriquer. J'étais aussi interrogative, et je questionnais Hiroto du regard, qui rougit et détourna la tête. Surprise, je regardais alors Seiji qui me fit un clin d'œil accompagné d'un sourire, ce qui me rassura. Nous nous dirigeâmes ensuite vers la voiture, et Seiji accéléra le pas jusqu'à madame Kumoi, me laissant marcher côte à côte avec Hiroto. Me surprenant, il se rapprocha un peu de moi, et prit la parole :
- Kilari, je suis désolé pour tout à l'heure, je ne voulais pas te vexer...
- Je ne t'en veux plus, rassures-toi... J'ai réagi excessivement…
- Oui mais je tenais à te le dire. Il faut que tu comprennes que je t'appelle comme ça par habitude, et puis, c'est une manière de...
- De ?
- De te montrer mon affection.

Il sourit, rit en passant sa main derrière sa tête, puis se précipita à l'intérieur de la voiture, me laissant toute rouge à l'extérieur. Seiji qui tenait la porte me regarda à son tour d'un air interrogatif, auquel je répondis par un sourire et un clin d'œil. Il sourit à son tour, et, très galant comme toujours, me dit : « Après vous, très chère».
Je le remerciais d'une manière guindée, pour ensuite rire avec lui. Je savais que par ce geste, il essayerait de me coincer à nouveau contre Hiroto. Un vrai démon.

Le trajet se passa très animé, tout le monde discutant joyeusement, même madame Kumoi participa un peu. Cependant, cette bonne humeur fut entachée quand elle annonça que nous étions arrivés.
Il me revint alors en tête que nous étions là une nouvelle fois pour une épreuve, et le stress remonta en moi tel une flèche.

[monde du spectacle]

Dans le vestiaire qu'on m'avait attribué, je m'empressai d'enfiler le survêtement noir que je devais porter. Tout en gardant la veste d'Hiroto, cela va de soi. Stress, stress, stress. Stress. Stress ! Je ne suis pas une experte en sport moi ! Quelle idée de nous coller une épreuve sportive ! Et contre elle ! Enfin lui ! Ou elle ? Mais quelle idée de se travestir aussi ! De plus, comment il ou elle a sauté dans les bras d'Hiroto ! MON Hiroto ! ... Bon, pas tout à fait, mais bon. Ce n'est qu'un détail.
Le problème, c'est comment remporter cette épreuve sportive face à Izumi, ou Hyotaro, et l'éloigner d'Hiroto ? La juge de cette épreuve, une femme donc, nous a expliqué que nous aurions trois épreuves à réaliser, sans nous préciser ce que ce serait, juste que ça serait « spartiate » ! Avantage à l'autre là, vu que c'est un mec à la base. Mais comme avec Rin je ne me laisserais pas faire ! Faut déjà y croire pour que ça marche !

J'entrai dans le stade. « Woaah... » fut la seule parole cohérente qui me vint. Un immense stade, entouré de gradins. Vide. Je peux vous dire que ça donne quelque chose d'assez... triste, si ce n'est pas dire sinistre.

Au milieu pile du stade, sur la grande pelouse, se tient toute l'équipe, qui discute en patientant. Hiroto et Seiji se tiennent un peu à l'écart d'eux. Tournant la tête de gauche à droite, je pus constater qu'aucune chevelure rose n'était dans les parages. J'avançai vers mes deux amis, un petit sourire aux lèvres. Hiroto fit un signe de tête à Seiji pour qu'il se retourne, m'ayant aperçu, et ils vinrent tous deux à ma rencontre.

Arrivée à leur niveau, je me pris les pieds dans les pieds dans une ultime preuve de ma maladresse. Par réflexe, je tendis les bras devant moi, fermant les yeux, attendant une chute... Qui ne vint pas. J'ouvris craintivement les yeux, pour me retrouver nez à nez avec deux yeux bruns connus. Mon cœur... m'en fit mal. C'était tellement bon d'être si proche, et si douloureux d'être en même temps si loin... Je n'avais qu'une envie : fermer les yeux et me laisser bercer par ces bras puissants me soutenant. Mais la réalité, comme toujours, me rattrapa. Cette réalité avait une couleur... rose bonbon ?!

Je me donnai une claque mentale pour me réveiller, et la situation devint claire : trébuchant, Hiroto m'avait rattrapée de justesse, et j'étais positionnée dans ses bras, telle une princesse. Nos regards s'étaient croisés, mais cette connexion fut coupée lorsque qu'Izumi s'était jeté sur nous deux, faisant presque tomber Hiroto par terre, qui miraculeusement réussi à rester debout, vu la morue accrochée à son cou.

Il me déposa tant bien que mal au sol, me lançant au passage un regard désespéré, auquel je répondis par un empli de compassion. Izumi était resté fin et assez petit, donc avec sa perruque et sa fausse poitrine, il passait très bien dans le rôle d'une fille. Seules ses manières bien trop exagérées le trahissait, enfin, seulement quand on lui parlait en face à face.
Suite à « l'incident » qu'il a provoqué il y a quelques années, il s'est retiré quelques mois du monde du spectacle avant d'y revenir en grandes pompes, grâce à l'énorme publicité de son agence. Il n'était pas dans les plus populaires des artistes, mais on le connaissait tout de même. Malgré le fait que je ne l'appréciais pas énormément, force était de constater que j'admirais son courage et sa ténacité.
Sûr que se travestir et jouer un rôle au quotidien n'était pas chose aisée.

Hiroto réussit enfin à se détacher de bonbon rose, et lui/elle fit la moue, faisant mine de bouder ( sans doute pensait-il qu'Hiroto reviendrait vers lui, du genre « je suis désolé, ne refais plus ça... » ). Ce dernier ne fit rien de tout cela, et heureusement.

Après une minute de silence, voyant que son manège était inutile, le-mec-portant-une-fausse-poitrine-pour-se-travestir se tourna vers moi – si vraiment il était mieux au féminin, il n'y avait aucune honte à ça ! Mais qu'il l'assume, ou passe à l'étape supérieure. Il me jaugea du regard. Moi qui avant aurait était mal à l'aise et n'aurait su que faire, là, je lui retournais son regard avec une froideur maîtrisée, ce qui le surpris apparemment.
- Gné ?
- Et incapable de faire une phrase correcte... Salut Izumi, ça doit faire des années qu'on ne s'est pas parlés, comment vas-tu depuis ce temps ?
Bah oui, je suis polie moi. Mais c'est vrai que ça fait un peu faux-cul.
- Euh, bah ça va, continua-t-il, surpris. Il se reprit, se vantant d'une manière fausse : Je suis toujours aussi populaire, j'ai pleins de fans qui me soutiennent ardemment, mon dernier single est 16ème dans le classement, ça en jette hein, par rapport à toi !
- Mon dernier single a été premier des ventes pendant deux semaines, et il se situe encore dans les dix premiers. Donc si ce que tu voulais dire, c'est qu'il en jette, ouaip, c'est le cas.
Il fronça les sourcils, décidément dérouté par mon évolution. Après des années dans ce monde, on apprends à se défendre, tout en se préservant du mieux qu'on peut.
- Décidément, tu es devenue...
- Différente ? Plus mature ? Moins faible ?
- Euh ouais, un peu de tout ça... marmonna-t-il dans sa barbe. Mais ce qui n'a pas changé...
Il se jeta dans les bras d'Hiroto une nouvelle fois.
- C'est que mon Hiro et moi, on est toujours fous amoureux ! Ah l'amour, c'est beau... C'est tellement bien d'être amoureuse ! 3
- Oh s'il te plaît, commençais-je plus froidement, arrête de t'inventer tout un monde qui n'existe pas... Et lâche Hiroto un peu !
- Ferme-là, me répondit-il d'un ton glacial, son vrai côté se révélant. Si un jour je lâche Hiroto, ce sera parce qu'il me l'aura demandé.
- D'ailleurs, à ce propos… tenta d'intervenir le brun.
- RASSEMBLEMENT ! intervint une femme de petite taille, les cheveux noirs et raides comme des baguettes.

Izumi et moi nous nous lançâmes un regard noir, en avançant vers l'équipe de production. Je tournais ma tête, décidant de l'ignorer, pour reconcentrer mon attention devant moi, prête à en découdre pour cette épreuve !

[ PDV Hiroto ]

La juré de cette épreuve les appelant, Hyotaro me lâcha enfin, et je pus souffler un bon coup. Seiji se rapprocha de moi, me donnant une tape dans le dos. Je lui lançai un regard reconnaissant. Etre avec Hyotaro était vraiment, mais alors vraiment une épreuve. Où était donc passé ce petit garçon si adorable avec lequel j'adorais jouer plus jeune ?

Seiji et moi partîmes aussi à la rencontre des autres. Kilari était positionnée d'une façon tentatrice, tout montrait dans cette posture qu'elle était motivée. Et elle faisait ressortir sa chute de reins et ses fesses... Putain !
Valeur de PI est égal à 3, 141... ?
- Seiji, c'est quoi exactement la valeur de PI ?
- C'est impossible de donner une valeur précise, mais si tu veux une idée ça donne 3, 141592653589793, pourquoi cette question simpliste Hiroto ?
J'ouvris de grands yeux, toujours aussi surpris par mon meilleur ami.
- Euh, non, non rien...
- D'a...ccord, répondit-il d'un ton sceptique, sans doute inquiété par ma santé mentale.

Mon attention se porta cette fois sur les paroles de la juge de cette épreuve, qui à priori venait de finir ses explications ! Et merde, c'est quoi le but du coup ? ça se voit que ça sera sportif, elles sont pas en tenue de sport pour rien. – Merci Hiroto, tu nous éclaires par ton intelligence, me moquais-je de moi-même mentalement.
Tout le monde se mit en alors route vers le côté droit du stade. Je remarquais seulement qu'un parquet avait été posé spécialement, avec des chaises de fortune disposées devant lui.
Je suivis Seiji, qui s'assit. Je fis de même, et en chuchotant, je lui posais mes questions :
- Seiji, ça consiste en quoi l'épreuve ?
- Tu n'as pas écouté ?
- Eh bien, j'étais un peu dans mes pensées, désolé...
-Hum... Donc tout ça consistera en des épreuves sportives, car « ils ne veulent pas d'une molusque baveuse dans leurs rangs ». La juré a fait partie de l'armée de nombreuses années. Donc là, c'est battle de danse, ça sera très court, un passage chacune, et verdict.
- Et la gagnante sera décidée en fonction de ça seulement ?
- Non, il y aura deux autres épreuves, je ne sais pas encore quoi, ils n'ont rien dit.
- Et donc elles passent en impro totale ?
- Oui, c'est un peu le principe de base d'une battle...
- Je le sais ça ! Mais bon, on sait très bien tous les deux que...
- Que ?
- Ben Hyotaro, ou Izumi, est un mec ! Et puis Kilari, aujourd'hui, même si elle n'a plus de difficultés en chant et en jeu d'acteur, la danse est son point faible, car elle manque d'endurance !
- Je sais...
- Puis elle est de petite taille quand même !
- Je sais.
- Et regarde comment elle est menue !
- JE SAIS Hiroto ! Izumi a un avantage déloyal, mais c'est comme ça, et nous ne pouvons rien y faire ! Nous n'avons plus qu'à l'encourager de toutes nos forces !
- Oui, tu as raison...
- Comme toujours ! dit-il, souriant.
- Comme toujours, approuvais-je en grommelant.

Le silence se fit entre nous, d'ailleurs, l'audition commença. La juré se leva, se mettant face à Hyotaro et Kilari.
- Bien. Je déclare la battle ouverte. J'veux pas quelque chose de merdique, alors vous allez me faire le plaisir de bouger vos petits culs correctement, et que la plus forte gagne. Kilari commence.

Cette dernière grimaça.
- Izumi ensuite.
Elle, enfin lui, sourit.
- On vous a demandé sur quel thème de musique vous vouliez passez. Kilari, tu vas aller plus loin, et on va te faire écouter trente secondes de la musique sur laquelle tu passeras pour te donner une idée. Tu auras deux écoutes. En tout, la musique fait exactement une minute quinze secondes. Compris ?
- O- oui...
- Izumi ce sera pareil pour toi aussi.

- Bien, Kilari tu peux y aller, va rejoindre le gars là-bas près de la sono. Nous t'attendons.
Elle partit, les poings serrés dû à son stress. J'aurai tellement voulu la serrer dans mes bras, et lui dire que tout irait bien...
La juge reprit :
- Kilari a donc choisi pour thème « un univers coloré ». De la pop musique en somme. Elle ne sait pas la chanson qu'on lui a choisi. Espérons que tout se passe bien pour elle. Je n'aime pas les petites minettes qui ont peur de se casser un ongle.

Elle s'assit, sur la chaise au milieu de toutes les autres. Je voyais Kilari au loin, les yeux fermés, se concentrant sur sa musique. Elle revint enfin, et se plaça au centre de la piste.

- Bien, tu es prête ?
Elle inspira, expira, et répondit un simple et petit « oui ».
- Musique !

La musique démarra avec Kilari de dos, se retournant avec de grands pas gracieux. Elle commença une chorégraphie improvisée, qui était vraiment pas mal. Je grimaçai quand elle s'arrête une fraction de seconde, réfléchissant à sa suite. Cela arriva deux fois, mais sinon, le reste fut très bien. La musique, pop et entraînante, avec quelques touches électro, suivait avec ce qu'elle aimait faire, et un sourire naquit au fur et à mesure sur son visage, chassant le stress. Elle nous donna à presque tous le sourire comme elle. C'était ce qu'elle voulait, et ce qu'elle arrivait le mieux : faire sourire et donner du bonheur aux gens. C'est aussi pour ça que je l'aime autant...

Lorsque la musique s'arrêta, elle finit sur une pose très classe qui calquait bien avec le reste. Pour une improvisation, c'était franchement pas mal du tout ! Elle était essoufflée, mais souriante, et ça me rassura.
La seule ne souriant pas, avec Izumi, était la juge. Impassible. Elle nota plusieurs choses sur sa feuille alors que Kilari venait s'asseoir à nos côtés. Aucun mot ne fut prononcé, nous nous contentâmes de lui sourire, Seiji et moi, et un silence apaisé s'installa.
- Izumi, à toi d'aller écouter ta musique !
- Bien, répondit cette dernière, le visage fermé et concentré.
Elle partit, et la juge se tourna à nouveau vers nous.
- Izumi a choisit un thème assez particulier : « Rythmé et entraînant, mais un peu glauque à la fois. Passionnel. ». Comme si on ne pouvait pas faire plus simple. Nous avons eu du mal, mais avons respecté au mieux son thème.

Lorsqu'Izumi revint, le sourire en coin qu'il abordait ne laissait aucun doute au fait que sa musique lui convenait parfaitement.
Elle se plaça elle aussi au centre de la piste, et attendit.
- Musique !

La musique qui démarra était étrange, mystérieuse, mais ressortait comme passionnelle. Tout comme elle l'avait décrit. Il commença, avec des mouvements extrêmement complexe, relevant d'une chorégraphie semblant déjà apprise. Mais... c'est évident ! Un énoncé pareil ne laisse pas beaucoup de place à des chansons ! Une chorégraphie comme celle-ci passe toujours sur des musiques de ce genre, et il avait une grande probabilité de tomber précisément sur cette musique ! Quel petit con !

Je me tournais, lançant un regard à Seiji qui avait très bien compris lui aussi. Tous deux, nous nous tournâmes vers Kilari, qui observait avec attention Hyotaro, l'air inquiète. Elle n'avait aucune chance, on le savait tous. La rage s'écoula dans mes veines, et je me promis qu'à la fin de cette audition, je dirais ma façon de penser à cette... cet homme !

La musique s'achève, et mes yeux sont tels des couteaux, prêts à atteindre leur cible en plein cœur.
Etonnant tout ce que l'amour peut nous faire ressentir.

Hyotaro salua à la fin de la prestation, et vint s'asseoir à deux pas de nous. Il me lança un clin d'œil, et je frémis de dégoût, lui jetant un regard noir. Ses yeux s'ouvrirent sous la surprise, et me fixèrent, interrogateurs. Pfff.

Je concentrai mon attention sur les juges qui délibéraient. L'ancienne militaire se leva, et déclara en blanc :
- C'est Izumi qui remporte cette première manche.
Sans surprise. Mon regard vogue vers Kilari, qui est sereine.
- Je le savais, déclare-t-elle, je n'avais aucune chance contre cette chorégraphie.
- Kilari, je...
- Ne t'en fais pas Hiroto, me dit-elle en se tournant vers moi, je ne suis pas triste. Je vais d'autant plus me battre pour la suite. Ce rôle me tient à cœur.
Nous regardant dans le blanc des yeux, le temps parut se figer. Je m'inquiétais tellement pour elle. Je voulais jouer ce film avec elle. Elle, elle, encore et toujours elle.

Depuis combien de temps est-ce que je t'aime Kilari ? Si tu étais retenue pour ce casting, je pourrais en profiter pour te faire comprendre mes sentiments. Nous nous sommes embrassés une fois, le temps d'un instant, pour cette séance photo. J'aurais aimé que ça dure pour l'éternité. Je veux retrouver cette sensation... Je veux encore que mon cœur se serre face à la douceur de tes lèvres, que mon esprit se brouille face à ta douce odeur de roses, je te veux tellement... Mes pas me mènent face à toi, et sans comprendre pourquoi, je te serre dans mes bras. Ma tête au niveau de tes cheveux, j'en profite pour respirer ton discret et envoûtant parfum, et te murmure : «Courage, c'est avec toi que je veux tourner ce film... » Je m'éloigne d'un pas, appréciant la rougeur de tes joues. Pourquoi, en cet instant, je me senss tellement apaisé ? Je n'ai pas hésité, pas réfléchi, pas rougit, pas bafouillé... Cela m'a paru tellement naturel. Je t'aime. Et je te le dirai très prochainement Kilari, c'est une promesse.

Seiji nous observe, et remarquant les gens qui commencent à s'agiter pour changer de place, toussote. Je me reconnectais alors au monde, et me rapprochais de lui. Il me regardait d'un regard triomphant, fier, et je ne pouvais que lui donner un coup de coude dans les côtes. Il ria, et jetta un regard à Kilari, qui elle regardait dans le vide, le sourire aux lèvres. « Quels idiots ces deux-là... » ne put-il s'empêcher de penser.

Si je savais tout, sans doute penserais-je ainsi. Mais mon esprit refuse inconsciemment d'admettre les choses, tout comme Kilari, sans doute trop butés pour croire que le bonheur nous attend.

En attendant, la juge principale de cette épreuve reprend la parole ;
- Votre attention à tous ! Izumi, Kilari, vous allez tout simplement courir. La course sera la deuxième manche. N'oublie pas, Kilari ; si tu perds, tu es éliminée. Mais si tu gagnes, il y aura une troisième manche. Compris ?
- Oui.
- Bien. Allons tous nous mettre en place. Les filles, sur les lignes de départ là-bas. Vous devrez courir un tour, la première qui franchit la ligne d'arrivée gagne. C'est enfantin. Je donnerai le signal d'un coup de fusil tiré dans les airs. En PLAACE !

Kilari et Izumi allèrent se placer, s'échangeant des regards noirs. Seiji et moi nous plaçâmes au niveau du départ/arrivée. Une fois encore, quelle chance avait Kilari ? Je soupirais, lasse.

La juge leva son pistolet, et lança bien fort :
- Très bien ! Etes-vous prêtes ?
- Oui ! répondirent-elles à l'unisson.
- Ok ! 3, 2, 1... FEU !

Le coup retentit, et elles se mirent à courir. Je fus soufflé. Hyotaro et Kilari étaient à égalité, cette dernière donnant absolument tout ce qu'elle avait. Hyotaro, parti tranquillement, écarquilla les yeux un instant, plus que surpris, et accéléra la cadence, commençant à prendre de l'avance. Kilari accéléra aussi, me faisant ouvrir la bouche. Elle devait souffrir. Malheureusement, elle ne pouvait trop rien faire, et Hyotaro commença à la dépasser d'un mètre, puis deux. Je la voyais tout donner, mais impuissante. C'était injuste.

Tout se passa alors très vite, tellement que j'eu du mal à tout démêler dans mon esprit. Hyotaro, à force de jeter des coups d'œil vers l'arrière, trébucha et s'étala par terre. Kilari le dépassa, et il se releva, la rage sur le visage. Il redémarra en trombe, laissant quelque chose derrière lui. Il arriva à rattraper Kilari, et remporta la course de peu. Essoufflés, ils s'effondrèrent tous deux à terre. La juge arriva vers eux, suivie de toute l'équipe, choquée.

- J'ai gagné, poufiasse... dit Hyotaro à Kilari.
- T'es qu'un connard, Hyotaro, répondit tout aussi vulgairement cette dernière, me surprenant.
- Hyotaro ? intervint la juge, complètement déboussolée.
- Ne faites pas gaffe à ce qu'elle dit ! J'ai gagné, je passe à l'épreuve suivante !
- Je ne crois pas que ça va être possible...
- Hein ?! Pourquoi ça ?!
Il semblait tomber des nues. La juge ne répondit rien, et montra du doigt la tête d'Izumi. Celui-ci releva les mains sur son crâne, et écarquilla les yeux de stupeur.
- Ma- ma perruque !
- Auriez-vous une explication ?
- Je... Je...
- C'est un homme, intervint Kilari.
Un silence assourdissant pris place, laissant tous ces gens choqués au possible.

- JEUNE HOMME ! s'écria soudainement la juge. Vous devriez avoir honte ! Vous travestir est une chose, mais s'engager sur une épreuve en falsifiant les conditions ! Quel acte des plus déshonorant, et savoir que vous avez fait cela consciemment aggrave d'autant plus vos actes !
- Mais...
- JE NE VEUX RIEN ENTENDRE ! Vous êtes disqualifié dès à présent, et Kilari gagne donc par défaut ! Un petit tour à l'armée ne vous ferait pas de mal, petit morveux ! Je vous promet que votre agence va m'entendre !
- Ce ne sera pas nécessaire.

Tout le monde se tourna vers la personne ayant pris la parole. Je fus surpris de constater que c'était Madame Kumoi.
- Son agence est parfaitement au courant, et nous l'étions nous aussi. Sa disqualification suffira. Je vous prie de ne pas en parler aux médias, sous peine de représailles de l'agence Higashiyama. Et croyez-moi, vous perdrez tout ce que vous avez si ça devait avoir lieu.
- Je ne crois pas que vous ayez votre mot à dire, répliqua la juge.
- Au contraire, je dis cela pour vous et votre carrière. Libre à vous de ne pas m'écouter. En attendant, Kilari a besoin de repos, nous allons donc rentrer. J'attends de votre part toutes les informations nécessaire quand à la tenue de la suite de cette audition. En vous souhaitant.

Madame Kumoi nous fit signe, et nous partîmes tous jusqu'aux vestiaires, laissant Kilari se changer.
Cette femme était impressionnante, c'était le cas de le dire.

- Retenons que Kilari est toujours dans la course, constata positivement Seiji.
- Oui ! J'en suis bien heureux...
- Je n'en doutais pas, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
- J'ai fini ! dit Kilari en sortant des vestiaires.
Elle avait remis sa tenue étrange de début de journée.
- Euh, Hiroto ?
- Oui ?
- Je suis désolée, j'ai encore ta veste car j'ai rien à me mettre et...
- Ne t'en fait pas pour ça ! la coupais-je, tu n'auras qu'à me la rendre demain.
- D'accord...
Elle sourit tendrement, ses doigts fins dépassant tout juste des manches. Elle offrait une image de pureté saisissante, et si tentante...

Secouant la tête, je me mis à la suite de notre petite troupe, qui se dirigea vers la voiture de Madame Kumoi. Sauf qu'en sortant du stade, une rafale de flash nous agressa. Des paparazzis en masse nous attendaient, et s'empressèrent de nous photographier, nous posant des tonnes de questions incompréhensibles. Madame Kumoi nous cria de « filer vers la voiture en toute vitesse en protégeant Kilari, pendant qu'elle se chargeait de ces énergumènes ». Immédiatement, je la pris entre mes bras. Une pensée futile vint m'assaillir en cet instant, comme quoi il était si bon de la tenir simplement.
Elle se recroquevilla, m'aidant à la protéger de mon corps. Seiji nous ouvrit un passage, et nous fonçâmes ensemble sans nous poser de questions. Abaissés comme nous l'étions, les parasites ne purent nous retenir. Et avec soulagement, nous pûmes nous en aller, et souffler devant le mini-car. Me redressant, je constatais que seuls Kilari et moi étions arrivés à bon port. On pouvait entendre tout l'agitation à quelques mètres.

- Eh bien, on est tranquille mainte- Kilari ? m'exclamais-je.
Elle était en pleurs. Quelque chose en moi se cassa sous cette vision, et je m'empressais de lui caresser les cheveux comme j'aimais tant le faire, avant de lui demander ce qui n'allait pas.
- Hi- Hiroto !
Elle se jeta dans mes bras, sanglotant contre mon torse. Mes bras se refermèrent sur elle, et elle prit la parole, la voix entrecoupée de sanglots :
- Je... je ne veux pas que ça recommence !
- ça ne va pas recommencer, Kilari.
- Na-san est toujours à l'hôpital ! cria-t-elle d'une voix qui se cassa. A- à cause d'un de ces mou- mouvements de foule, de ces... ces foutus rapaces !*
- Je sais Kilari, dis-je en lui caressant les cheveux. Mais ne t'inquiète plus, continuais-je d'une voix rassurante, Na-san va bientôt revenir, en pleine forme, et Seiji et madame Kumoi savent ce qu'ils font, ils vont arriver...
- Mais... mais si jamais...
- Chut, calme-toi, il n'y aura rien...

Elle se tut, et se laissa aller, avant de se calmer. Mon T-shirt était peut-être trempé de larmes, mais je n'en avait que faire. Calmer sa peine était bien plus important que tout pour moi. Ce qui lui fait mal... me fait mal. Je ne peux que me souvenir dans quel état elle était l'an précédent, lorsque par malheur son chat avait eu ce grave accident.
D'abord silencieuse, elle se renferma sur elle-même. Il nous fallut bien du mal, et quelques semaines pour lui arracher un sourire. Elle nous avait fait peur, lorsqu'elle avait parlé d'arrêter le métier, et de retourner à sa vie normale, pour « ne plus faire de mal à personne ». Je ne l'avais alors pas lâché, et lui avait redonné de l'envie, avec Seiji et les autres, bien sûr... Lorsque son chat s'était réveillé, après un mois et demi, Kilari avait repris vie, et s'était persuadée en elle-même de se battre. C'est à ce moment qu'elle changea vraiment, ne se laissant plus faire, et choisissant de tout faire par elle-même. Je n'en étais tombé que plus amoureux.

Nous restâmes encore quelques minutes comme cela, apaisés tous les deux. Avais-je le droit de souhaiter que cela dure à jamais ? Non, à priori, vu que Seiji et madame Kumoi revinrent, en bon état. Ils me demandèrent du regard pourquoi Kilari et moi étions ainsi.

- En fait, Kilari a, comment dire... un peu paniquée pour la situation...
Elle releva la tête, s'apercevant de leur présence, et son visage s'éclaira d'un coup. Elle se défit de mes bras pour se jeter au cou de Seiji.
- Vous n'avez rien ! Je suis tellement soulagée !
- Mais évidemment, il ne faut pas t'en faire tant pour ça, Kilari.
Seiji sourit, et lui passa la main dans les cheveux.

Une émotion que je ne pensais ressentir me prit tout entier. La jalousie. Pourquoi celle que j'aimais tant s'était donc jetée dans les bras de mon meilleur ami, me délaissant au passage ? N'étais-je donc rien face à lui ?!
« Souffle, tu es ridicule Hiroto... » pensais-je. J'en étais conscient, et pourtant, ce sentiment ne s'évacua pas de mes veines.

Nous montâmes dans la voiture, et je me tournais vers la vitre, le regard perdu dans le vide. J'étais énervé, et cela m'énervait encore plus de m'énerver pour cela. C'était Seiji bordel, il ne me ferait jamais ça ! Et pourtant, l'hésitation, la crainte étaient là.

- Hiroto ?
- ... Quoi ?
- Euh, je voulais juste te dire au revoir.
Je me tournais vers ma brunette préférée, me rendant compte que nous étions déjà chez elle, et que Seiji avait déjà été déposé.
- Oh.
Je n'avais pas envie de la quitter...
- Madame Kumoi, je vais descendre ici, je rentrerai à pied.
- Tu es sûr ?
- Certain. A demain je suppose.
- D'accord, à demain.
Je descendis donc, Kilari me regardant d'un air interrogatif.
- J'ai envie de prendre l'air, c'est tout. J'ai un peu mal à la tête.
- C'est à cause de tout à l'heure ? Je suis vraiment désolée tu sais Hiroto, et je-
Ma main sur sa bouche la coupa.
- Arrête de t'excuser ! ça aurait très bien pu arriver si tu nous avais accompagné Seiji et moi. Donc arrête un peu de penser que c'est de ta faute, je te dis que non ! D'accord ?
Elle hocha la tête.
- Bien, dis-je en souriant légèrement.
Je retirais ma main de sa bouche.
- Je suis désolée et j'espère qu'à l'avenir ça ne se passera plus ainsi ! déclara-t-elle d'un trait, visiblement fière d'elle.
- Tu veux la jouer ainsi ? Très bien !
Je me jetais sur elle pour... la chatouiller. Elle ne pouvait supporter ça, et elle se mit à rire et hurler en même temps. Elle me supplia d'arrêter, et je fus sans pitié, continuant.
- On dit quoi ?
- Je- AH ! Recommence- raii pluus !
- Promets !
- NON !
Elle réussit à se dégager, et me fit face, les joues rouges de s'être agitée et d'avoir ri autant.
- Baka Hiroto ! Je déteste ça, tu le sais !
Elle essaya tant bien que mal de prendre un air sévère, sans grande conviction, et un fou rire me prit !
- Mais ! Mais tu te moques de moi en plus !
Elle commença à me marteler de petits coups qui ne me firent rien du tout, ce qui redoubla mon hilarité.
- Si c'est comme ça, je m'en vais !
Elle se dirigea vers chez elle, et je sautais dans son piège à pieds joints.
- Mais attends Kilari !
Elle se retourna vers moi, le sourire aux lèvres.
- Tu arrêtes donc de te moquer de moi ?
- D'accord ! Pour ce soir... murmurais-je plus bas.
- Hiroto ? dit-elle d'une plus petite voix.
- Oui ?
- Merci... pour tout à l'heure. Je me sentais vraiment mal, et heureusement que tu étais là, comme toujours... Alors, je le dis bien trop souvent à mon goût, mais encore merci.
Le silence prit place, le temps que j'assimile ses paroles, avant qu'un sourire ne naisse sur mon visage.
- Ce n'est rien ! Je n'aime pas te voir pleurer tu sais, tu es tellement plus belle quand tu souris...

Elle rougit à cette remarque, ses joues se colorants adorablement de rouge.
- Je vais y aller, mon père nous surveille depuis la fenêtre...
J'y jetais un coup d'œil, et effectivement, nous étions épiés.
- Eh bien, à demain alors !
- Tu seras là ?!
- Bien sûr, je vais venir soutenir ma cruche préférée !
- Arrête !
- Je te taquine ! Allez, j'y vais, c'est l'heure idéale pour une balade. Le crépuscule est le moment de la journée que je préfère.
- Pourquoi ?
- Car c'est la fin, et en même temps le début d'une nouvelle aventure. Une journée s'achève, une autre commence.
- Tu veux te reconvertir poète ? se moqua-t-elle.
- Pourquoi pas ? Tu ne me verrais pas comme tel ?
- Si tu parles encore comme ça, oui, ça pourrait passer !
- Pourrait ?
- Héhé ! En tout cas, je partage ton idée...
- Merci...
Le silence se fit, apaisant. Nous nous contemplâmes un instant, nous souriant. Puis Kilari se retourna, et se dirigea jusqu'à sa porte, avant de l'ouvrir. Je lui adressais un signe de la main, et me tournais, me mettant en route. Le bruit d'une porte claquant m'indiqua qu'elle était rentrée. Je regardais en l'air, vers le ciel orangé. Etais-je vraiment remplis d'émotions si négatives tout à l'heure ? En cet instant, pourtant, seul l'apaisement dû à l'amour remplissait mon cœur.


Et voici pour ce chapitre ! Qu'en avez-vous pensé ? un petit avis à me laisser ? ;)