8.
Levé bien avant l'aube chronologique du bord, rejoint par Gander, Alguérande avait fait le point avec son général pour qui c'était le début d'après-midi.
- J'ai fait procéder à des recherches. Vous êtes sûr d'avoir bien identifié Bhéron Schreiber à Kérotin ?
- Oui. Il s'entretenait avec ces Fantassins.
Alguérande agita frénétiquement le pied sous sa table de réunion, face à l'hologramme de Joal Hurmonde.
- Je ne comprends absolument pas comment aucune sentinelle n'a réagi ni envoyé une escouade de soldats !
- Pour la très bonne raison que Schreiber n'a jamais été sur la station spatiale, rétorqua paisiblement le général de la Flotte terrestre. Tous les enregistrements ont été visionnés. Le seul groupe un tant soit peu suspect à l'endroit que vous avez indiqué avant que vous ayez été pris en charge est un colonel de la République Indépendante, avec ses commandos, voyez vous-même.
Le jeune homme pivota dans son fauteuil, vers un des écrans encastrés au mur le plus proche.
- C'est bien le lieu et l'heure que je vous ai renseigné, général. Mais ce groupe n'est absolument pas celui que j'ai vu !
Il fronça les sourcils.
- Deux rassemblements, en même temps, c'est impossible !
- Il n'y a pourtant pas d'autre possibilité que celle enregistrée par les caméras de Kérotin, objecta encore Joal Hurmonde.
- Je sais ce que j'ai vu, grommela Alguérande, mais bien moins déterminé à présent.
- Et vous auriez été le seul ? Je veux bien croire que vous pouvez percevoir ou voir certaines choses, commandant Waldenheim, mais pas au sein d'une telle foule ! Désolé, mais vos agresseurs, tels que vous les décrivez, ne sont pas identifiés, et ils ont complètement disparu. Enquête close avant même d'avoir commencé. Veuillez le consigner et ne plus m'importuner avec vos délires, conclut Joal Hurmonde en mettant fin à la communication.
- Désolé, glissa Gander. Mais, je t'avais prévenu, commandant. Même si j'ai vu la poursuite, ce sont également les gens décrits par Hurmonde que les caméras de mes yeux ont enregistrés. Et je n'ai pas été témoin du rassemblement avec Schreiber. Il est en fuite, je te le rappelle. Une station spatiale Militaire est donc le dernier endroit où il traînerait !
- Sauf s'il a trouvé comment se camoufler… insista Alguérande tout en martelant le métal de sa table du bout des ongles.
- Algie. Ne t'enferre donc pas dans cette illusion.
- Mais je n'ai pas rêve ! protesta le jeune homme en bondissant sur ses pieds. C'était Schreiber et les Fantassins du poulpe ! Pourquoi aurais-je halluciné ?
Le Mécanoïde posa une main amicale sur l'épaule de son ami Humain, l'arrêtant dans les cent pas qu'il faisait.
- Umielron t'obsède. Il est ton plus grand ennemi actuel, et jamais tu n'avais passé autant de temps – l'un et l'autre – à vous traquer et à vous affronter, lui l'emportant toujours même si tu t'en sortais in extremis. Tu ne songes plus qu'au dernier combat, pour le tailler en tronçons ! Rien d'étonnant à ce que voies ses sbires partout !
- Je n'ai pas déliré ! se révolta Alguérande, doutant néanmoins plus encore de ses sens lorsqu'il s'était trouvé sur Kérotin. Qui donc aurait pu assez m'en vouloir que pour m'attaquer en plein territoire Militaire, sinon Schreiber et Kob les deux âmes damnées Humaines du poulpe de mes cauchemars !
- Umielron a failli te tuer, et ton père avec toi. Comment croire que cela ne t'a pas affecté, bouleversé ? Une inhumaine expérience de plus. Et tu n'es qu'un jeune garçon de vingt-sept années de ton temps de vie. Oui, voir tes pires ennemis, là où presque tu les attendais, c'est envisageable. Tu devrais aller voir Gléa, qu'elle te fasse un bilan médical complet.
- J'en ai déjà passé un, selon le règlement, avant et juste après notre départ de la Terre. Je vais bien, Gander. N'essaye pas de me faire douter de ma santé mentale, c'est sans nul doute la seule chose dont je sois parfaitement sûr ! D'ailleurs, pour accréditer ma version des faits, j'ai des renseignements à prendre de mon côté.
- Lesquels ?
- J'ai un ami à contacter, siffla Alguérande.
- Pourquoi refuses-tu toujours de me dire le plus important ? soupira le second du Pharaon alors que le jeune homme traversait la salle de réunion pour rejoindre la coursive principale menant aux ascenseurs pour qu'il se rende sur la passerelle.
Alguérande se figea sur le seuil de la salle.
- Tu viens de le souligner, Gander, j'arrive au terme d'un combat qui n'aura jamais été d'aussi longue haleine. Je ne veux plus que des certitudes, avant de dire quoi que ce soit. Je sais que vous êtes nombreux à me prendre pour un fou furieux en liberté, et ce depuis des années, mais j'irai au bout de ma détermination, quoi que pensent ceux qui m'entourent. Je suis confiant en moi comme jamais et rien ne m'arrêtera.
- Mais quels renseignements cherches-tu donc ? répéta le Mécanoïde.
- Tu l'apprendras, si cela doit venir aux micros de tes oreilles. Je vais prendre mon poste sur la passerelle pour diriger notre envol de Kérotin, la mission reprend !
Dans l'ascenseur, Alguérande prit le communicateur que Toshiro lui-même lui avait construit.
- Tu es là, Warius ?
- Toujours. Un souci, Algie ?
- Warius, tu es à la retraite, mais peux-tu me trouver un renseignement ?
- Lequel ?
- Shizuo Ishikura, se trouvait-il hier sur la station spatiale Kérotin.
- Je peux avoir ton renseignement, j'ai encore quelques contacts à la flotte de ma République. Pourquoi cette recherche ?
- Donne-moi seulement la réponse. S'il te plaît.
- Je te rappelle dès que je l'ai, Algie !
- Fais au plus vite, Warius. C'est très important !
- Je m'en doute, sinon tu ne m'aurais pas appelé sur cette ligne unique. A très vite, Alguérande !
- Merci.
Arrivant sur la passerelle du Pharaon, son commandant se dirigea vers l'aire surélevée, prenant place dans son grand fauteuil noir, s'installant confortablement.
- Pharaon, en avant !
Et pour son plus grand plaisir, le jeune homme ressentit les vibrations, infimes, de son cuirassé.
« Umielron, si ce que tu m'as envoyé était présumé être une illusion, tu n'aurais jamais dû choisir Ishikura pour être le double de Schreiber. On dirait qu'au final, tu ne me connais pas si bien que cela, mon affreux poulpe rose ! Je ne doute pas un instant de ce que j'ai vu, je n'en démordrai pas quoi qu'on dise, même mon ami le plus proche à ce bord ! Tu me déçois, Gander… Mais ça ne me surprend pas, en fait… Tu es programmé pour le protocole, le règlement, pas pour les sentiments humains quoi que tu en penses au vu de tes récentes mises à jour ! Tu es et ne seras jamais qu'une boîte de conserve ! Si tu continues à m'agacer, à me contrer, je te ferai désactiver ! ».
