Hello! (reviens l'air de rien) Donc me revoilà. J'ai décidé de fêter cette journée nationale par une pluie de chapitres restés à moitié finis pendant des mois sur mon pc. En l'occurrence, j'ai repris celui-ci après la séparation, j'espère avoir quand même réussi à garder le ton au bout d'un an...

Dans les chapitres précédents : Soirée à Vegas, drogue dans le cake, petites erreurs de jugement entre élèves et James et Lily finissent mariés. Pas de divorce possible parce que James est vraiment riche à ce point. A force de devoir se fréquenter, James et Lily finissent par partager un rendez-vous à Pré-Au-Lard où James trouve de la poudre de Perlimpinpin qui fait BOUM, il finit à l'hôpital et pour le sauver, Lily est obligée de révéler la vérité : pendant que James est dans le cake (décidément), son père fait comprendre Lily comment vont se passer les choses à présent et elle parait complètement déprimée devant James quand il reprend conscience.

Pour les personnages, on a des Gryffondors de septième années (Lily, Faith et Nelly, les "filles sages", Lucinda, la petite amie de Sirius qui a couché avec Peter à Vegas et Aliyah, sa jumelle timide, et Gwynette, la joueuse de Quidditch - et les garçons que je n'aurai pas le culot de vous rappeler =p), les meilleures amies de Lily (Joyce, Annette et Jeanne qui déteste les Maraudeurs) et les membres de l'équipe de Quidditch (les vieux présents à Vegas - James, Gwynette Rich, Charity Smith, Steven Montgomery et Justin Fay - et les deux petits nouveaux - Ben Tweddle, l'ex de Lily, et Holt Grayscott).

Bonne Lecture !


Chapitre 8

Way too young to be someone else

James releva la tête en entendant quelqu'un frapper quelques petits coups discrets à sa porte. Suffisamment pour qu'il entende, pas assez pour le réveiller. Il hésita un moment à reposer la tête dans l'oreiller et feindre le sommeil mais il savait qu'un Guérisseur devait bientôt passer pour attester de son état général et lui donner son sésame vers la sortie.

Il eut à peine ouvert la bouche pour permettre au visiteur d'entrer qu'un petit homme dans la quarantaine et au crâne dégarni, vêtu d'une robe vert anis rapiécée et chiffonnée, se précipita à l'intérieur de la pièce et referma rapidement la porte derrière lui, comme pour vérifier que personne ne l'avait vu.

Alerté – on n'était jamais trop prudent ces jours-ci – James se redressa, s'assit sur le bord de son lit, les jambes pendant dans le vide, et attrapa sa baguette qu'il dissimula le long de sa jambe. Le sorcier avança vers lui en souriant… d'un air tordu ? James hésitait, c'était comme si l'homme tentait de l'apaiser d'un sourire tout en se retenant de se lécher les babines. C'était un peu effrayant, à vrai dire.

« Mr Potter ? » demanda-t-il d'une voix emplie de trémolos, « Bonjour, je me présente, Célérat Comptard, journaliste pour Chapeau et Chaudrons, j'aimerais vous poser quelques questions… »

James se détendit imperceptiblement. Pas un Mangemort, c'était un bon point. Il aurait certainement préféré éviter la presse et n'était pas tout à fait sûr de ce qu'on lui voulait mais ce n'était sans doute rien qu'il ne pouvait gérer. Il avait une longue expérience dans ce qui était de raconter des histoires, après tout.

« Mr Potter, » reprit Comptard de sa voix nerveuse, « qu'avez-vous à dire sur la rumeur selon laquelle vous vous seriez marié cet été ? »

James ouvrit la bouche, sidéré. Après ce que lui avait dit Lily, il s'était attendu à ce que brusquement beaucoup de gens soient au courant mais la presse ? Heureusement, peu de gens lisaient C&C, n'est-ce pas ? Les grands-mères avec leurs tricots et les vieilles traditionnalistes et – Oh Merlin, ça allait faire le tour du monde sorcier.

« Heu, je …. »

« Est-il vrai que votre femme est une de vos camarades de classe ? » continua le journaliste sans laisser le temps à James de formuler une réponse, même s'il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait bien répondre. « Est-ce qu'épouser une sorcière née moldue est un geste de rébellion de votre part pour vous affirmer contre le radicalisme des Mangemorts ? »

James cligna des yeux. Quoi ?

« Non, évidemment ! Je veux dire, je suis contre les Mangemorts, mais ce n'est pas – attendez un peu, comment êtes-vous au courant de toute façon ? »

« Qu'avez-vous à dire à vos détracteurs qui considèrent votre geste comme une demande désespérée d'attention de la part de vos parents ? »

« Mais par milles gargouilles, où êtes-vous allé chercher un truc pareil ? » s'exclama James en en sachant s'il devrait rire ou pleurer. « Ecoutez, vous êtes visiblement mal renseigné, » reprit-il avant de se voir dépeint comme un ado mal dans sa peau en quête d'attention paternel dans un journal national. « C'était une erreur, un accident – pas… »

« Vous déclarez avoir été piégé ? » Comptard sembla parfaitement satisfait de tirer ses propres conclusions. « Pourquoi pensez-vous qu'elle ait fait cela ? Cupidité ? Amour ? Peur ? »

« P…peur ? » répéta James qui était trop estomaqué pour procéder ce qui était en train de se passer devant ses yeux. Il devrait démentir cette version des faits, et vite.

« Recherchait-elle la protection d'une puissante famille de Sang-pur dans le contexte politique tendu actuel ? » Le sorcier précisa son propos tout en sortant un parchemin de la poche de sa robe. « Quelle est votre déclaration à la suite de cette malheureuse affaire ? Pourriez-vous nous donner son nom ? Comment s'y est-elle prise ? Vous a-t-elle fait boire une potion d'amour ? A-t-elle usé d'un sortilège ? Avez-vous été forcé sous la menace, Mr Potter ? Avait-elle de quoi vous faire chanter ? »

« Ecoutez-moi bien, Mr Comptard ! » James interrompit le flot incessant de questions et lui arracha le parchemin déjà à moitié rempli des mains. « Personne ne m'a piégé, ni forcé, ni rien du tout ! Lily n'avait pas plus envie de se retrouver mariée que moi, c'était un regrettable accident et maintenant, je vais vous demander de sortir parce que je vous assure que – »

La porte de sa chambre s'ouvrit brusquement, le stoppant au milieu de sa phrase et une jeune fille blonde au maquillage outrancier et habillée d'une robe de Médicomage débarqua dans la pièce, à bout de souffle.

« Mr Potter ! » s'exclama-t-elle en avançant vers le lit. James et Célérat Comptard se crispèrent tous les deux au son de sa voix criarde. « Rita Skeeter, stagiaire pour Sorcière Hebdo, qu'avez-vous à déclarer quant à votre récent mariage ? Aviez-vous prévu d'en conserver le secret ? S'agit-il d'un grand geste romantique ou d'un acte désespéré de faire accepter votre relation à vos parents récalcitrants ? Est-il vrai que vous pourchassiez les faveurs de Mlle Evans depuis plusieurs années déjà ? »

James ouvrit la bouche, puis la referma. Du coin de l'œil, il vit Comptard répéter silencieusement Evans, et il eut vraiment très envie de sa taper la tête contre un mur. Ou mieux, de fracasser la tête des deux reporters l'une contre l'autre. Avec un peu de chance, il leur provoquerait une massive amnésie rétrograde et personne n'entendrait jamais parler de ces salades.

« Quelle a été la réaction de vos parents ? » ne se démonta pas Skeeter malgré le manque de répondant de James. « Etaient-ils au courant de vos intentions ? Est-ce vrai que vous avez invité tous vos amis à Las Vegas afin de célébrer votre union avec l'élue de votre cœur ? »

« Je… » commença James, les doigts jouant nerveusement avec sa baguette. Peut-être qu'il pourrait… Les deux journalistes étaient pendus à ses lèvres et le fixaient avec la même avidité qu'un serpent fixe sa proie. Immobiles et à l'affut du moindre son, du moindre mouvement qui trahirait une information dissimulée.

« Je peux savoir ce qu'il se passe ici ? » déclara une voix sévère à l'entrée de la chambre, et jamais James n'avait été aussi heureux de voir apparaître le professeur McGonagall. Il était prêt à accepter toutes les retenues du monde pourvu qu'elle le débarrasse des deux vautours. Les fouille-merde se précipitèrent vers elle et James jurerait qu'elle avait pris un pas de recul.

« Professeur McGonagall ! » s'écria Skeeter de sa voix de furet et James se dit que la jeune femme ne pouvait pas avoir quitté Poudlard plus de deux ou trois ans plus tôt. Il se demanda vaguement comment il avait pu la rater. « Quelle a été votre réaction en apprenant le mariage de deux de vos élèves ? Etiez-vous au courant de la noce ? »

« Professeur, enchanté, Célérat Comptard pour Chapeau et Chaudron, » se présenta à nouveau le second journaliste. « Pensez-vous que ce mariage est le résultat d'une politique interne trop laxiste concernant les relations intimes de vos étudiants ? Le fait que les deux élèves en question soient issus de votre maison remet-il en doute votre capacité à les éduquer ? Pensez-vous les avoir influencés d'une quelconque façon ? »

« Professeur, » reprit Skeeter en se battant pour l'attention de sa directrice de maison qui, James pouvait le voir, commençait à sérieusement perdre son calme. Il avait appris à reconnaitre les signes fort jeune. « L'idylle entre vos deux étudiants d'origine différente était-elle connue des professeurs ? Est-il vrai que vous encouragez les relations entre sorciers de sang pur et nés moldus ? Pensiez-vous qu'ils iraient aussi loin ? »

Comptard lança un coup d'œil étonné à Skeeter, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'elle ait plus à dire qu'un simple "vous trouvez pas qu'ils sont trop mignons ?" et sortit un autre parchemin de sa poche pour griffonner quelque chose.

« Suffit ! » s'écria McGonagall de son ton le plus strict et James fut ravi de constater qu'il fonctionnait également très bien sur les deux adultes. « N'avez-vous pas honte ? Mr Potter est en convalescence et a besoin de repos et de calme. Veuillez quitter cette pièce, » Les reporters commencèrent à protester. « Immédiatement ! »

Trainant le pas, les deux illuminés quittèrent la pièce non sans lancer un dernier regard rempli d'espoir en direction de James, comme si celui-ci allait les rappeler et leur offrir une entrevue. Ils pouvaient toujours rêver !

« Tout va bien, James ? » s'inquiéta son professeur. Elle ne devait pas avoir l'habitude de le voir si silencieux.

« La forme, » grogna celui-ci en redéposant sa baguette sur sa table de nuit. Il se passa la main sur le visage et revit avec une netteté quasi parfaite l'expression hantée de Lily quand elle était venue le voir la veille. Les élèves de Poudlard se comportaient-ils de cette manière avec elle ? Avaient-ils les mêmes théories abracadabrantes ? « Qu'est-ce que vous faites là ? » finit-il par demander parce que penser trop à ce qui l'attendait hors de cet hôpital n'aidait en rien.

« Je suis venue te raccompagner à l'école, » l'informa-t-elle en jetant un regard dans le couloir pour s'assurer que les journalistes avaient disparu. « Tu as déjà vu le Médicomage ? »

« Me voici, me voici ! » haleta justement celui-ci en arrivant à l'entrée de la chambre, sa robe de travers et ses cheveux ébouriffés faisant concurrence à ceux de James. « T'es une vrai célébrité, dis donc, James ! » s'exclama-t-il en entrant, baguette déjà à la main. « J'ai crû que je ne sèmerais jamais ces journalistes, on a dû appeler la sécurité de l'hôpital. »

James eut envie de disparaitre sous terre. Vraiment ? Ils n'avaient rien de mieux à faire que d'enquêter sur la vie d'un adolescent ? Comme – oh, il n'en savait rien, la guerre ?

« Désolé pour ça, » marmonna-t-il, soulagé tout de même que sa dernière visite soit attribuée au sympathique Médicomage avec lequel il s'entendait très bien plutôt qu'au sec guérisseur chef de service qui ne manquait jamais de faire des remontrances à James pour son imprudence et son irresponsabilité avec la poudre de Perlimpinpin.

McGonagall sortit le temps que le Médicomage l'examine tout en lui racontant jusqu'à quelles extrémités hallucinantes étaient allés certains journalistes pour entrer dans l'hôpital et savoir dans quelle chambre il se trouvait. Une fois assuré que tout fonctionnait bien chez lui et qu'il n'avait plus qu'à s'étaler un liquide visqueux sur le dos tous les soirs pendant un mois pour être totalement guéri, James se rhabilla et rejoignit son professeur qui l'emmena au salon de thé du dernier étage où ils prirent la cheminée pour retourner à Poudlard.

Ils atterrirent dans le bureau de la directrice de Gryffondors qui sans plus de cérémonie, lui dit qu'il avait manqué assez de cours ainsi et de se dépêcher d'aller rejoindre ses condisciples en classe. James sentait qu'il devrait dire quelque chose à propos de cette histoire de mariage, il était difficile de rater le regard de réprobation qu'elle posait sur lui chaque fois qu'elle n'y prenait pas garde, mais il ne savait pas très bien quoi dire qui pourrait arranger les choses, aussi fit-il comme ordonné avec un commentaire sur son impatience de se retrouver sur les bancs de l'école.

Plusieurs personnes se retournèrent sur lui alors qu'il traversait les couloirs mais il n'y prêta pas attention, il prétendit ne pas entendre les "regarde, le voilà !" ou "c'est lui, là !" qui semblaient le suivre un peu partout et il était arrivé dans le couloir désert de sa salle de classe quand les cours prirent fin et que deux portes s'ouvrirent brutalement, déversant un flux d'élèves aux traits fatigués autour de lui. Il se plaça contre le mur pour les laisser passer et repéra Lily qui sortait de la salle d'Enchantements.

Il allait l'appeler et lui faire signe quand un Serpentard sortit derrière elle en la bousculant. Elle fit un pas en avant pour garder l'équilibre et son sac glissa de son épaule, le contenu se répandant par terre.

« Pousse-toi de là, pouffiasse, » s'exclama le garçon en passant à côté d'elle sans lui accorder un regard. James était sur le point d'intervenir mais quelqu'un d'autre fut plus rapide que lui.

« Hé ! Je crois que t'as oublié quelque chose ! » s'écria Sirius en apparaissant derrière Lily, la baguette déjà dégainée.

Le Serpentard leur jeta un regard dénué d'intérêt par-dessus son épaule mais Lily posa la main sur la baguette de Sirius. « Pas la peine, » déclara-t-elle, le visage fermé et strict en s'abaissant pour ramasser son sac. Sirius soupira et rangea sa baguette dans sa poche tout en se tournant vers l'intérieur de la classe pour attendre Remus.

Elle avait presque fini de rassembler ses livres quand une fille de Serdaigle un ou deux ans plus jeune passa à côté d'elle en donnant un coup de pied dans son sac qui glissa plus loin. « Oups, » dit-elle d'un ton qui était tout sauf repentant. « Je t'avais pas vu, là, à genoux. Enfin, je suppose que tu dois avoir l'habitude d'être dans cette position, maintenant. J'ai entendu dire que James adorait les » La fille se pencha vers Lily pour chuchoter quelque chose et James put lire sur ses lèvres qu'elle détachait les syllabes fe-la-tion.

Il vit la mâchoire de Lily se contracter violement mais elle ne répondit rien – et ce manque de réaction fut ce qui empêcha James d'intervenir lui-même. Depuis quand Lily Evans se laissait-elle insulter comme ça ? Sirius posa sa main sur l'épaule de Lily et lui glissa un mot à l'oreille et James vit la rousse secouer la tête pour refuser quelque chose, sans doute une autre tentative de son ami de la défendre.

James sentit une bouffée d'amitié monter en lui en voyant son meilleur ami défendre sa - mieux valait ne pas essayer de mettre de mot que ce que représentait Lily dans sa vie. Jeanne sortit de la salle de classe en discutant de quelque chose avec Remus. Elle lui remit un livre puis, alors qu'elle passait à côté de Lily, s'arrêta une seconde, dévisagea sa meilleure amie puis passa son chemin avec une expression hautaine et écœurée. Lily baissa la tête et Sirius lui glissa autre chose à l'oreille.

« Et bien quoi Evans, tu vas te faire tous les Sangs-purs de l'école ou juste les plus riches ? » intervint la voix railleuse d'une autre élève qui passait par là.

« T'inquiète pas, Slutty, même en y passant l'année, Lily ne t'arriverait toujours pas à la cheville côté garçons, » commenta Lucinda qui était sortie derrière Remus. « Comment va Jake d'ailleurs ? J'ai entendu des choses très intéressantes sur ce qu'il s'était passé entre vous dans les toilettes du deuxième étage la semaine passée… Je crois que la pauvre mimi ne va jamais s'en remettre. »

Le teint de Slutty vira au vert, elle jeta un regard empoisonné au groupe puis tourna les talons en tentant de ne pas perdre toute contenance. Sirius passa un bras autour des épaules de sa petite amie et l'embrassa brièvement au coin de la bouche. « T'es la meilleure, Lucy, » admira-t-il.

« C'était une remarque stupide de toute façon, » déclara Lucinda en prenant la main de Sirius. « Tout le monde sait que tu es à moi et si une fille essaye de t'approcher de trop près… je mords ! »

Sirius sembla trouver la référence canine hilarante et dans son dos, Remus s'étouffa à moitié en marmonnant quelque chose comme « Vous êtes vraiment faits l'un pour l'autre, ma parole ».

« Faut que j'aille en cours de Runes, » dit Lily en allant ramasser son sac un peu plus loin. « C'est pas comme si quelqu'un risquait d'avoir envie de me prêter ses notes si je suis en retard, à croire qu'ils pensent que je suis contagieuse ou … » Les mots moururent dans sa gorge quand elle se redressa et aperçut James appuyé contre le mur.

Il eut l'impression qu'elle hésitait entre lui cracher dessus et l'ignorer superbement mais à la place, un autre de ses faux sourires qu'il était doucement mais sûrement en train d'apprendre à détester prit place sur son visage et elle s'approcha de lui avec quelque chose qui ressemblait à de la joie.

« James ! » s'écria-t-elle d'un ton enjoué. « Tu es rentré ! » Elle lui plaqua un baiser sur la joue qui le laissait stupéfait puis fouilla dans son sac et en ressortit une série de parchemins qu'elle lui tendit – il n'était pas tout à fait sûr qu'enfoncer à moitié son poing dans son estomac était un accident. « Tes devoirs et mes notes. Ne suis-je pas une merveilleuse é- » Le mot resta bloqué dans sa gorge. « Bon, on se voit tout à l'heure ? Je suis vraiment en retard ! A plus ! »

James ne s'aperçut pas qu'il n'était pas le seul à la fixer disparaitre à l'angle du couloir comme si elle venait de se transformer en strangulot sous leurs yeux. Il n'osa pas cligner des yeux. Tellement de choses clochaient dans son comportement qu'il ne savait même pas par où commencer. Ce ne fut qu'au "Cornedrue !" animé de Sirius, qui arrivait un peu trop tard pour être naturel que James reprit contact avec la réalité. Avant d'avoir compris, ses amis étaient autour de lui à lui demander comment il allait et quand il était rentré.

Ce ne fut que plus tard, quand ils étaient tous installés dans la salle commune, moins Remus qui avait un cours d'Arithmancie et plus Peter et Gwynette qui les avaient rejoint en chemin, que James se décida enfin à demander ce qu'il avait en tête depuis le début.

« Qu'est-ce qu'il se passe avec Lily ? »

Un silence tendu suivit sa question et il surprit des regards entendus et embarrassés être échangés entre les autres.

« Eh bien, depuis que cette histoire de mariage est sortie… » commença Sirius, « on peut dire que les autres élèves lui mènent la vie dure. »

« Comment c'est sorti ? » voulut savoir James. Que ses parents et ses amis présents à Sainte Mangouste soient au courant était une chose, mais comment cela avait-il atteint les autres élèves de l'école ? « Qui a vendu la mèche ? » exigea-t-il qu'on lui dise.

« Eh bien, » répéta son meilleur ami pour la seconde fois. Chaque fois que Sirius commençait une phrase par 'bien', la suite n'était jamais plaisante. Il était contradictoire comme ça. « C'est pas vraiment sûr mais… »

« C'est Dumbledore ! » s'exclama Lucinda avec hargne. « C'est certain ! Comment voulez-vous qu'ils l'aient appris sinon ? Quand je pense qu'il nous fait toujours croire qu'il est de notre côté… »

« Rien n'indique que ce soit vraiment lui, » contra Peter timidement. « Je veux dire, ils pourraient très bien l'avoir appris autrement. »

« Comment ? » souffla Lucy d'un ton dérisoire. « Tu ne suis pas le cours de Défense mais j'étais là, moi. T'aurais dû voir la tête des autres – et de Lily ! – quand le prof s'est mis à l'appeler 'miss Potter' par ci et par là. »

« Il quoi ? » s'étrangla James en priant d'avoir mal entendu. Yoosuk était un vicelard de première qui n'hésitait jamais à humilier un élève quand on lui en donnait l'occasion, mais il n'aurait quand même pas – James réalisa qu'il aurait très bien pu. Qu'il l'avait fait. « Quelle merde de Troll ce type, » grogna-t-il et tout le monde autour de lui hocha la tête d'assentiment.

« Et c'est pour ça que c'est forcément un coup de Dumbledore, » insista Lucinda croisant les jambes sous ses fesses pour mieux s'installer dans le canapé. « Le seul prof qui ne le fait pas, c'est McGonagall ! »

« Et Slughorn, » contribua Gwynette qui suivait également le cours de potions avancé.

« C'est seulement parce qu'il se trompe une fois sur deux, » persifla Sirius qui n'avait jamais vraiment apprécié les "avances" que le professeur rondouillard lui faisait régulièrement. « Je vois pas ce que Dumbledore aurait eu à gagner à révéler la vérité. C'est stupide et ça donne pas bonne presse à l'école, si vous voulez mon avis. »

« Oh, non, la presse… » gémit James en se souvenant de l'attaque journalistique dont il avait été victime ce matin et de leurs théories scabreuses. S'ils publiaient quelque chose comme ça, la situation ne risquait pas de s'améliorer ni pour lui, ni pour Lily.

« Et Lily n'arrange pas vraiment les choses non plus, » continua Lucinda sans l'entendre, même si Peter et Sirius lui avaient jeté un coup d'œil suspicieux. Ils auraient le temps d'en discuter plus tard. « On dirait que quelqu'un lui a fait un lavage de cerveau ! »

Sirius et James échangèrent un coup d'œil amusé en entendant l'expression moldue. C'était certainement une drôle d'image… même s'ils n'avaient pas trop de mal à en deviner le sens.

« On dirait qu'elle est… » Lucinda chercha la bonne manière d'exprimer ce qu'elle voulait dire. « …une personne totalement différente. Tu as vu comme elle est restée sans réaction tout à l'heure ? C'est tout le temps comme ça ! Hier soir, quelqu'un l'a insultée et l'a traitée de trainée devant toute l'école dans la Grande Salle et elle s'est contentée de sortir sans faire le moindre esclandre. Enfin, on parle quand même de la fille qui t'a renversé un plat de gruau sur la tête quand t'as essayé de la forcer à s'asseoir à côté de toi ! »

James hocha la tête. C'était arrivé l'année précédente, à peu près à la même époque de l'année. Il n'avait eu de cesse de l'asticoter pendant toute la semaine et elle avait fini par craquer ce matin-là.

« Elle ne va pas bien, » déclara Gwynette en se redressant légèrement de la position semi-couchée qu'elle avait adoptée au pied du fauteuil. « Je suis quasiment sûre de l'avoir entendue pleurer hier soir mais à chaque fois que quelqu'un essaye de lui parler, elle prétend que tout va bien et qu'elle gère parfaitement la situation. »

« Je ne comprends pas pourquoi elle veut toujours tout faire toute seule ! » s'écria Lucinda avec agacement. « Pourquoi vous ne nous avez pas dit ce qu'il s'était passé à Vegas ? » demanda-t-elle à James. « On aurait pu aider ! Je sais que Lily et moi, on n'a jamais été meilleures amies, »

« Quand on voit comment sa soi-disant meilleure amie la traite, » coupa Sirius, le dégoût perceptible dans sa voix.

« mais on s'est tous serrés les coudes depuis… » continua-t-elle sans prêter attention au jeune homme. Elle jeta un coup d'œil nerveux à Peter qui eut la sagesse de baisser les yeux, le bout des oreilles tout rouge.

« Bah, tu sais comment est Lily, » commenta Gwynette en gesticulant légèrement. « Le monde pourrait s'écrouler autour d'elle qu'elle continuerait de prétendre que tout va bien. Je sais pas comment elle s'y prend, mais elle donne toujours l'impression d'être si… parfaite. »

« Il faut toujours qu'elle contrôle tout, » renchérit Lucinda en hochant frénétiquement la tête.

« Comme si un ouragan allait s'abattre sur le château si elle admettait qu'elle a des failles et des faiblesses comme tout le monde ! » ajouta Gwynette. « Comme cette fois en cinquième quand elle ne voulait absolument pas qu'on l'aide pour son devoir d'Astronomie. Elle y a passé quoi, dix heures ? Juste pour ne pas admettre qu'elle ne comprenait pas… »

Lucinda souffla, moitié irritée, moitié amusée. « Et quand elle a reçu son O ? Ce que j'ai pu la détester… » Gwynette sembla complètement partager son avis. « Et tu te souviens quand elle a eu ses règles la première fois ? »

« Okay les filles ! » intervint Sirius en se redressant si brusquement qu'il manqua de faire tomber sa copine par terre. « On a compris l'idée, je crois. »

« Non, mais elle a préféré aller à la bibliothèque parce qu'elle n'osait pas poser la question ! » insista Lucinda en se repositionnant.

« D'un autre coté, j'étais pas très fière non plus, la première fois, » marmonna Gwyn.

« Oh, m'en parle pas, » ricana Lucy. « Moi c'est arrivé quand ma mère était partie en vacances ! J'ai pas osé regarder mon père en face pendant des jours… »

James se racla la gorge et se tourna vers ses amis. « Peut-être qu'on devrait les laisser discuter entre elles… »

« Non, attends, ça m'intéresse… » dit Peter avant de se rendre compte qu'il avait parlé tout haut et de devenir cramoisi alors que quatre regards interloqués se tournaient vers lui. « Heu, pour… Donc, Lily ? »

• • • • • • • •

L'entrainement de Quidditch fut un calvaire infernal (feux de l'Enfer brûlant sous ses pieds et Belzébuth lui piquant la pointe des orteils de son arc) et exigea de lui de rassembler tout son courage et toutes ses tripes pour ne pas couper court. Et par court, il voulait dire très court. Du genre, déclarer la cession d'entrainement finie quelques minutes à peine après avoir décollé.

La position sur le balai était incroyablement inconfortable. James sentait tout son dos tirer et se tendre comme si sa peau était sur le point de se déchirer, et chauffer et brûler sous l'effet de l'effort musculaire que résister à la douleur lui demandait. Revenir sur le terrain aussi tôt avait sans doute été une erreur. Il était toujours convalescent, après tout. Mais voler était la seule chose qui lui faisait du bien quand il voulait se vider l'esprit (et se vider l'esprit il avait fait, parce qu'entre la douleur cuisante du fer à chaud appliqué dans son dos et ses encouragements internes pour se pousser à aller au bout de l'effort et prétendre ne pas être sur le point de tourner de l'œil, il ne lui restait plus beaucoup de place pour s'inquiéter d'autre chose…)

Il avait tenu bon cependant. James était entêté, comme ça. Heureusement tout de même qu'il n'y avait pas de match avant plusieurs semaines. Et puis, ce n'était pas comme s'il avait complètement perdu son temps sur son balai : il avait nettement amélioré sa technique de vol-sans-les-mains, seule position qui lui permettait de ne pas devoir être penché en avant et lui avait permis de soulager un peu son dos. Entre la dixième minutes (temps nécessaire pour s'habituer à la douleur) et la vingtième (temps pour que la douleur devienne réellement insurmontable), il avait même réussi à jouer correctement et attraper le Souaffle.

Il était presque arrivé à ne pas le lâcher aux alentours de la quinzième minute.

Ses coéquipiers n'avaient cependant pas fait le moindre commentaire sur ses aptitudes médiocres. Ils savaient tous qu'il sortait à peine de l'hôpital et étaient étonnés de le voir là. Que du contraire, il pensait même avoir attiré leur respect. Ça ne pourrait pas faire de mal à la motivation de l'équipe de voir le dévouement de James.

Une fois dans les vestiaires, il devint plus difficile d'ignorer les regards pesants des autres et même si James fila aussi rapidement que possible sous la douche, il savait qu'il n'éviterait pas les questions pour toujours. Il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il devait dire cependant. Visiblement, même si le mariage n'avait plus rien de secret pour personne, les circonstances de celui-ci restaient ignorées et il avait entendu énormément de rumeurs circuler depuis son retour. Sirius et Lucinda – mister et miss Ragots en chef – lui avait fait un petit topo. En tête venait (sans grande surprise) l'hypothèse de la grossesse accidentelle (Il n'osait imaginer la tête de Lily la première fois qu'elle l'avait entendue) mais qui n'avait finalement attiré que peu de commentaires malvenus sur Lily : la plupart préféraient se concentrer sur les thèses plus fantasques qu'il avait déjà attendu de la bouche des journalistes ce matin : Lily n'était qu'une vile garce manipulatrice l'ayant utilisé d'une manière ou d'une autre pour son argent, son sang pur ou une autre idiotie du genre.

A croire que toute cette école avait déjà oublié combien James avait harcelé Lily et combien de fois elle l'avait rejeté de tout go, sans réfléchir, parce qu'être riche, beau, populaire ou issu d'une vieille famille ne représentait rien pour elle (que du contraire, il était persuadé que c'était même un désavantage dans son cas).

Tout le monde semblait avoir décidé de s'en prendre à elle et de tout lui mettre sur le dos – parce que James était un Maraudeur et s'en prendre à lui était sans doute une entreprise folle dans laquelle seuls quelques Serpentards un peu trop bravaches osaient se lancer parce que tout le monde adorait James et le portait aux nues là où ils respectaient l'autorité de Lily et son aura doré qui avait nettement fané depuis la diffusion de cette histoire parce que James n'était pas du genre à se laisser dire et que Lily semblait avoir perdu toute force et volonté de se défendre. Son attitude de victime en faisait la cible parfaite pour tous leurs quolibets.

Ben fut le premier à se lancer.

« Dis-moi juste que tout ça n'est qu'un grand canular et qu'on en rira tous bientôt, » déclara-t-il en rentrant dans la douche derrière James.

James détacha les yeux du carrelage blanc face à lui pour jeter un coup d'œil à son voisin qui n'avait pas encore allumé l'eau et le regardait fixement. James gigota légèrement et replongea la tête sous le jet brûlant. Où étaient donc passées les règles de bienséance ? Du genre, on ne fixe pas un autre mec pendant qu'il se rince…

« Le plan le plus dément jamais inventé pour coucher avec une nana récalcitrante ! » s'exclama Holt en arrivant juste après. Il fonça directement vers l'extrémité des douches pour coller son oreille à la paroi. D'après lui, on pouvait entendre les filles se laver quand on y faisait assez attention. Holt n'était arrivé que cette année dans l'équipe et était un vrai bourrin. James avait eu plus d'une fois envie de lui fracasser la tête par terre mais c'était un vrai génie sur son balai, aussi supportait-il ses 'excentricités'.

« Fichez-lui la paix au capitaine ! » s'exclama Steven en arrivant avec Justin. Tous deux étaient les deux seuls garçons rescapés de l'ancienne équipe et devaient très bien se douter de ce qu'il s'était passé entre James et Lily – ou, plus précisément, où et quand cela s'était passé. « Il n'a pas besoin de vous avoir sur le dos en plus de tout le reste. »

« Je suis parfaitement capable de me défendre tout seul, Montgomery, » grogna James en se shampooinant les cheveux, sans pour autant commenter quoi que ce soit.

Steven et Justin virent prendre place chacun d'un côté, comme pour le protéger de leurs corps. James leva les yeux au ciel et se dépêcha de finir.

« Tu sais quelque chose ? » comprit Ben en s'adressant à son camarade de classe – Steven – qui n'ouvrit plus la bouche. « Je connais Lily. Elle n'aurait jamais – »

« C'est forcément sa faute à elle ! » s'écria Holt depuis son coin éloigné, sa voix atténuée par le clapotis régulier de l'eau.

« Et pourquoi ce serait la faute d'Evans, exactement ? » questionna Justin au moment où Ben répliquait : « Elle n'est pas comme ça ! »

« C'est évident, non ? » reprit Holt en revenant vers eux. « J'connais aucun mec sain d'esprit qui voudrait se marier. C'est un truc de nanas. Nous ce qu'on veut, c'est tirer not' coup, point. »

James fut satisfait de voir que tous les autres grommelèrent en même temps. Il avait été un temps où il aurait sûrement été d'accord. Avant de rencontrer de Lily. Sûrement. Ou avant que sa mère ne l'élève correctement. Sans doute.

« Parle pour toi ! » déclara farouchement Justin. « Tout ne tourne pas qu'autour de ça. »

« C'est parce que t'es qu'un gamin, » ricana Holt en secouant les épaules. « J'parie que t'as même jamais vu ce qui se cache sous l'uniforme – »

« J'ai toujours plus d'expérience que toi, » répliqua le jeune cinquième année en s'attirant le regard surpris de Ben (il fallait avouer que Justin semblait aussi pur et innocent qu'un garçon de quinze ans pouvait l'être) et alerté de Steven. Il fallut un moment à James pour se rappeler pourquoi.

« Je serais ravi que tu me racontes ça, » s'empressa de dire Holt en se frottant les mains. « Et n'hésite pas à ajouter moult de détails – ça n'en sera que plus facile de t'expliquer pourquoi tes mensonges ne tiennent pas la route. »

Justin sembla blessé dans son honneur ou sa fierté ou une quelconque stupidité du genre qui poussait toujours les gars à agir comme des crétins dans ce vestiaire. James se dit qu'il devrait intervenir.

« T'en ferais une autre tête si tu savais ce qui s'est passé cet été… » commença le gamin.

James et Steven s'écrièrent en même temps « Justin ! » pour l'un et « Fay ! » pour l'autre. James se pinça l'arête du nez. Il en avait marre. S'il pouvait juste revenir en arrière et l'effacer ce foutu été pourri… Qu'est-ce qu'il donnerait pas pour…

« Attendez une minute, » déclara Ben, « cet été… C'est pas…. Vous êtes allés à Vegas, c'est ça ? »

« Wouhou, Vegas Baby, » chantonna Holt (et James se dit qu'il n'avait pas dû être le seul à être tenté de se taper la tête contre le mur).

« C'est ça ! Lily et toi – »

« Ça suffit, » dit James de la voix la plus autoritaire et je-suis-votre-capitaine-alors-faites-ce-que-je-dis -et-fermez-la qu'il possédait. « Grayscott, personne n'a envie d'encore entendre tes exploits sexuels et je te rappelle que tu as exactement le même âge que Justin et que si l'un de vous ici ressent de le besoin de mentir, c'est pas lui. » Holt s'empourpra et alluma sa douche pour disparaitre sous le jet d'eau. « Tweddle, ce qu'il se passe entre Lily et moi se passe entre Lily et moi. Elle t'a plaqué, mec, passe à autre chose. » Ben leva les yeux au ciel mais ne fit pas de commentaire. « Fay, laisse pas cet imbécile te monter la tête. Tout le monde sait qu'il n'y a pas une fille dans cette école qui te préférerait pas à Grayscott. »

« Sur ça, on est bien d'accord, » déclara pompeusement le jeune homme en faisait un geste grossier vers Holt qui lui répondit avec emphase.

« Et Montgomery, » termina James en se tournant vers Steven. Le garçon le regardait, un sourcil haussé, mettant James au défi de trouver un truc à lui reprocher. « Arrête de parler. Ta voix de crécelle pourrait filer une migraine à un sourd. »

Avec ça, James sortit de la douche, se rhabilla et se dirigea immédiatement en direction de la bibliothèque où il était sûr de trouver Lily. Il ignora les commentaires de la bibliothécaire sur son état et ses cheveux mouillés qui allaient mettre en péril le bien-être de ses très chers petits bouquins et il s'enfonça directement entre les grandes tables occupées de quelques étudiants assidus et d'un groupe de filles qui chuchotaient furieusement entre elles en pointant quelque chose dans le fond du doigt.

C'en fut trop pour James. Il passa la tête au milieu du groupe et déclara d'une voix froide et menaçante : « Je vous assure que la prochaine que j'entends encore critiquer Lily, va se réveiller le crâne chauve demain matin. Je me suis bien fait comprendre ? » s'assura-t-il en regardant les quatre gamines qui ne pouvaient pas avoir plus de treize ans devenir plus pâles que les fantômes de l'école. Elles se mirent à hocher la tête avec frénésie. « Bien. Faites passer le mot à vos copines. »

James alla se laisser tomber sur la chaise juste en face de Lily dans le fond de la pièce, en remarquant que non seulement, il n'y avait personne assis à sa table mais que la table de devant était également vide.

Qui aurait cru que se marier était un moyen si efficace de faire le vide autour de soi ?

« Va t'en, James, » dit Lily sans lever les yeux de sa copie.

James arqua un sourcil. « Comment tu sais que c'est moi ? »

« Je ne connais personne d'autre avec une démarche d'éléphant pareille, » continu-t-elle sans cesser d'écrire.

« C'est mon odeur, pas vrai ? Tu m'aimes tellement que tu peux déjà me reconnaitre rien qu'à l'odorat… C'est si mignon, Lily. »

« Il n'y a personne autour de nous, » déclara-t-elle en tournant la page du livre en face d'elle. « Tu sais ce que ça veut dire ? »

« Je suppose que me tirer dans une allée et m'embrasser passionnément n'est pas la bonne réponse ? » proposa-t-il avec un sourire d'ange en espérant lui soutirer un sourire.

Ça sembla marcher. Sauf que le sourire était plutôt noir. Et sadique.

« Non, juste que je n'ai pas besoin de faire semblant de t'apprécier, » dit-elle simplement. Elle se lécha les lèvres et releva enfin les yeux sur lui. « Et que je pourrais te lancer un sort si terrible que rester mariée avec toi ressemblera à un acte de compassion. »

James ne put s'empêcher de rire légèrement tout en se passant la main dans la nuque. Les yeux de Lily restèrent un instant sur sa bouche avant de descendre sur son torse puis de revenir sur son visage. Il ne fit pas de commentaire – il était presque sûr que ça finirait par tourner en critique de son état déchevelé.

« Je ne plaisante pas, » assura Lily en retournant à son devoir.

« Oh, je sais. Crois-moi, je sais, » promit James en posant les deux avant-bras sur la table pour se pencher vers elle. « C'est ce que j'aime chez toi. Ta beauté n'a d'égal que ta cruauté. »

Elle sursauta et sa plume fit une grande rature sur son parchemin. Il la vit serrer les mâchoires et son expression s'assombrir. Elle n'avait jamais été très réceptive à ses compliments (ou ses tentatives du moins) mais là, ça atteignait des sommets.

« Ne fais pas ça, » demanda-t-elle d'un ton plat, sans chaleur ni colère.

« Etre moi-même ? » Cette fois, elle soupira et releva à nouveau la tête pour le dévisager. « Allez Lily, tu sais bien que je peux pas m'en empêcher. »

« Eh bien apprends, » siffla-t-elle. « On pourrait espérer que toute cette expérience t'aurait au moins fait un peu grandir ! »

« Ah, et le couplet sur la maturité. Je l'attendais, » ironisa James en sortant sa baguette pour effacer la trace d'encre sur le parchemin de la jeune fille.

Elle ouvrit la bouche, il put voir l'insulte sur ses lèvres mais elle se reprit à temps, baissa les yeux sur sa feuille maintenant aussi soignée que chacun de ses devoirs, puis à nouveau sur lui. « Qu'est-ce que tu fais ? »

James fronça les sourcils. « Je sais que ça te faire un grand choc Evans, mais il m'arrive d'être gentil, parfois. »

« Pas ça… » dit Lily en pointant vaguement son parchemin. « Toi… Tu… Ton comportement… Ça fait des mois que tu n'as plus… » Elle réfléchit une seconde. « Depuis avant l'été. »

« Tu peux parler. Question changements de comportement… »

Elle continua à le fixer.

James gigota sur sa chaise.

Elle ne le lâcha pas du regard.

« Ok, ok, » rendit-il les armes. « J'essayais de te mettre en colère. Ou de te faire rire. Ou les deux en même temps, j'en sais rien. Jute… » Il soupira et se passa la main dans les cheveux. « Ça me fait peur quand je te vois laisser les autres t'insulter et te pousser et rien faire pour te défendre, Lily. C'est pas la fille que je connais. » Il déglutit. « C'est pas la fille que j'ai– » Elle écarquilla les yeux et il referma la bouche, incapable de savoir ce qu'il avait été sur le point de dire. « Qui me plait. »

Elle papillonna des yeux un instant et déposa sa plume, croisant les bras sous sa poitrine, faisant innocemment remonter cette dite poitrine par son geste, mais James ne le remarqua pas.

Ses yeux dévièrent juste une seconde.

Juste le temps qu'elle se racle la gorge.

Quand ses yeux revinrent sur le visage de Lily, elle avait un sourcil haussé explicite, mais elle ne commenta pas.

« J'essaye juste de garder profile bas, » se contenta-t-elle de dire après un moment à s'affronter du regard pour savoir qui serait le premier à reprendre la parole.

« Pourquoi ? » voulut savoir James. « T'es pas du genre à te laisser marcher sur les pieds. Ni à laisser quelqu'un d'autre te dicter ta conduite. Ou t'insulter. »

« T'y comprends rien, » répliqua-t-elle d'un ton qui mettait fin à la conversation. Elle se leva en faisant racler sa chaise derrière elle et commença à tout ranger dans son sac.

« Alors aide-moi à comprendre ! » s'écria James, se recevant une ribambelle de chuuut ! immédiatement après. Lily baissa la tête et se pinça les joues. James tendit la main et prit celle de la jeune fille, emmêlant leurs doigts. C'était un geste anodin qu'il n'avait que rarement eu l'occasion de faire, et encore plus rarement sans risquer de perdre un membre vital, mais Lily observa leurs doigts entrecroisés et au lieu de retirer sa main, il sentit qu'elle resserrait les doigts.

« Je… » Elle secoua la tête. « Je peux pas… »

« Lily… »

Il lâcha sa main et fit le tour de la table pour venir se placer devant elle. Il la prit les épaules et voulut l'attirer dans une étreinte mais elle ne bougea pas d'un centimètre. Ses mains étaient encore à mi-hauteur de son ventre, à l'endroit où James les avaient tenues. Il reprit ses doigts en main puisque c'était apparemment le seul réconfort qu'il pouvait lui offrir. Sous son pouce, il sentit l'alliance, froide comme toujours, comme si la peau de Lily refusait de la réchauffer, et l'inspiration de ce qu'il devait dire lui vint naturellement.

« Je suis James Potter et tu es Lily Evans. » Elle ouvrit la bouche pour protester mais il la coupa immédiatement. « Evans, oui. On est les deux têtes de bois les plus butées de toute cette école. S'il y a bien quelqu'un qui peut faire taire toutes ces rumeurs et forcer les autres à nous oublier, c'est nous. C'est toi. Tout le monde te respecte – »

« C'était avant – »

« Et ils ont tous peur de moi – »

« Dans tes rêves peut-être – »

« Et tu sais quoi ? On les emmerde. On est marié ? Notre problème, pas le leur. Alors la prochaine fois qu'un prof essaye d'écorcher ton nom, corrige-le. Et quand quelqu'un te fais trébucher, pousse-le. Et quand on t'insulte, réponds bon sang ! Et par pitié, Lily, débarrasse-toi de cette alliance. C'est un puits sans fond de mauvaises ondes ce truc. Je parie que c'est même pas de l'or véritable en plus. »

Il put voir ses lèvres trembler. Il n'avait aucune idée de pourquoi. Elle pouvait tout aussi bien être sur le point de fondre en sanglots que d'éclater de rire. Ses mèches rousses retombaient autour de sa tête penchée en avant et il ne parvenait pas à deviner son expression derrière cet écran de cheveux. Elle finit par lui lâcher la main, retirant ses doigts un à un comme quelqu'un sur le point d'abandonner sa bouée de sauvetage pour tenter de rejoindre la côte à la nage.

Il espérait du moins.

Elle secoua la tête. « Je peux pas ! » murmura-t-elle d'une voix déchirante en passant à côté de lui en courant.

Il se précipita à sa suite et la rattrapa dans le couloir où il l'attrapa par le bras pour la forcer à se retourner.

« Arrête de me fuir Lily. J'essaye juste – »

« Tu ne peux rien faire ! »

« C'est mon père, pas vrai ? » chuchota James. Elle releva un regard hésitant vers lui. « Quoi ? Il t'a dit que tu devais te comporter comme une "Sang pure", c'est ça ? Eh bien laisse-moi te dire un truc : elles sont hautaines, insupportables et ne laissent certainement personne leur marcher sur les pieds. T'as déjà rencontré une Serpentard ? »

Un sourire timide étira ses lèvres. « Donc, selon toi, tous les Sangs purs sont juste bons à être des Serpentards ? » James ouvrit la bouche, estomaqué. « Ou tu veux que je me comporte comme une ? Dis donc Potter, t'as des fantasmes plutôt tordu, non ? »

« Yes ! » s'exclama James en tirant le coude en arrière, poing serré en signe de victoire. « Tu m'as appelé Potter. On fait des progrès ! »

Elle cessa de sourire.

Il soupira.

« Il t'a menacée de quelque chose, c'est ça ? » supposa-t-il. Ça ne ressemblait pas vraiment à son père mais ça ne ressemblait pas à Lily non plus de se soumettre sans se battre. La situation était suffisamment exceptionnelle pour qu'il en vienne à des mesures exceptionnelles. Mais de quoi avait-il donc pu menacer Lily ? C'était pas comme s'il avait son mot à dire sur ce qu'il passait dans cette école.

« Ecoute… » commença-t-elle en se tordant les mains contre son ventre.

« Toi écoute, » la coupa James en reprenant à nouveau les mains de Lily dans les siennes. Il pouvait sentir la chaleur de sa peau rayonner à travers son chemisier sur le dos de sa main et les boutons frotter contre sa peau et le repli de tissu là où la chemise était rentrée dans la jupe et il perdit le fil de sa pensée pendant une seconde.

« Il a juste peur que mes actions ternissent le nom de votre famille, » soupira Lily. « Encore plus, je veux dire. Un autre scandale – »

« Ternir le nom… ? » répéta James, abasourdi. « Euh, tu m'as rencontré ? James Potter, résident permanent en retenue, Maraudeur à temps perdu, fauteur de trouble pour le simple plaisir de rendre les gens chèvres… »

Elle se mordit la lèvre et il sentit qu'elle caressait l'intérieur de sa paume du bout de l'index. Il essaya de ne pas bouger la main malgré la chatouille.

« C'est vrai que tu t'es plutôt bien débrouillé tout seul… » soupira-t-elle d'un ton toujours hésitant mais déjà tellement plus elle-même.

« Si c'est que tu te comportes comme une Potter (Il arriva presque à ne pas s'étrangler en disant ça) qu'il veut, alors relève le menton et défend ton honneur, chérie, parce que c'est ce qu'on fait de mieux. »

Il la devina rire silencieusement à travers les vibrations qu'il sentait traverser son ventre. Elle le regarda dans les yeux, l'observant comme si elle essayait d'y lire quelque chose, elle ouvrit la bouche mais un son aigu derrière eux les fit sursauter et rompre le moment.

Au bout du couloir se tenait un groupe de plusieurs personnes, dont Slutty qui avait les yeux écarquillés et fixés sur le ventre de Lily.

Sur lequel la main de James semblait posée.

« Oh Merlin ! Je le savais ! Miss sainte Nitouche est enceinte ! »