Immédiatement James et Sirius lancèrent des propositions. Les plans d'enfer, ça restait leur grande spécialité. De son coté, Rémus avait lui aussi pas mal d'idées en tête. Mais au final, la méconnaissance des apprentis du fonctionnement des meutes, et la méconnaissance du loup-garou du fonctionnement des sorts, leur avaient tous fait sous-estimer la difficulté.

Ils en étaient à la moitié de la deuxième théière - et Sirius s'était promis de ramener des Bièraubeurres pour leur prochaine réunion de travail - quand les grandes lignes du plan furent décidées.

— Donc," résuma James, " on est d'accord qu'il n'y a pas de moyen de le faire passer pour un autre loup-garou, il va falloir qu'il y ailles sous son vrai nom ?

Rémus soupira :

— A moins que tu ais une fausse identité et une autre maison sous le coude, Potter, non, il n'y a pas moyen. C'est évident qu'ils vont enquêter un minimum sur moi. Même si vous me bricolez un faux visage, je ne peux pas prétendre sortir de nulle part, et je n'arriverai jamais à passer pour un étranger qui vient d'arriver.

— Et puis," ajouta Sirius, "s'il vient de nulle part, il aura beaucoup plus de mal à expliquer pourquoi il a besoin de Greyback. Mon idée est meilleure : on fait croire qu'il est traqué par les Aurors et qu'il n'a pas d'autre choix que de se rallier à la meute des Mangemorts.

— Je n'aime pas ça," répéta James. "Tu sais qu'on n'est pas forcément assez bien placés, au ministère, pour lancer de faux avis de recherche sans que les Aurors ne se jettent réellement sur lui.

— Mais si, mais si, on est dans les paperasses jusqu'au cou et contrairement à toi, mon cher Potter, je les ai lues. On a tout ce qu'il faut pour faire à Lupin une couverture de fugitif en cuir de dragon.

— Oui," insista le loup-garou, "il faut qu'il y ait une vraie menace au-dessus de moi. Même si Greyback ne veut pas de moi dans sa meute, il ne résistera pas à l'envie de me donner de l'espoir pour voir ma tête quand il me trahira. Et il vous suffit de savoir où il est pour lancer les Aurors. Je vous fais confiance pour gérer le ministère en attendant.

— Bien," abandonna James, "et pour établir le contact avec sa meute, tu penses que la rumeur suffira ?

— J'espère. On n'est quand même pas très nombreux, et les meutes mineures évitent de contrarier celles qui sont dominantes, donc même si les loups-garous à qui j'en parle détestent Greyback, ils devraient faire passer le message. Tout ça, c'est de la politique. Il faut juste que mon "crime" soit assez horrible pour expliquer la traque, mais pas trop pour éviter que tous les loups-garous que je connais ne me tournent le dos.

— Je ne comprends pas, tu les connais ou tu ne les connais pas ?

— C'est difficile à expliquer... On se reconnait, entre loups-garous. Il suffit de se croiser dans la rue pour ça. Parfois, on engage la conversation, par exemple on m'a déjà proposé d'entrer dans une meute. Ça se voit que je suis un solitaire. Mais ça n'a rien d'obligatoire. Donc même si c'est vous qui m'indiquer où en trouver "par hasard", je n'aurai aucun mal à leur faire croire à un coup de chance... Je pense qu'ils m'aideront un minimum, mais pas s'ils croient que j'ai mordu volontairement quelqu'un par exemple. Ça, ça ne se pardonne pas.

— D'accord, on va prendre quelque chose de très règlementaire... On va dire qu'on t'a surpris en possession d'une baguette magique, par exemple. En plus, tu es à moitié sorcier, personne ne te condamnerait pour ça - enfin, à part les obscurantistes de crapauds cornus qui nous servent de gouvernement.

Rémus montra fugacement sa surprise - il n'aurait jamais cru entendre ça de la part d'un apprenti Auror - et enchaîna sans relever :

— Une fois que j'ai un contact avec un membre de la meute de greyback, je m'arrange pour rencontrer le chef. Et au cas où ça échoue, je lui vole quelques cheveux pour du Polionectar...

— Polynectar," corrigea Sirius. "C'est un peu long à préparer, mais James et moi on en a toujours un peu d'avance.

— C'est ça, Polynectar. Oui, c'est logique, poly pour plusieurs, puisqu'on peut prendre plusieurs formes. Donc je prends des cheveux au cas où, et vous le suivrez de toutes manières pour tenter de remonter la piste de votre coté. Bref, d'une façon ou d'une autre, on provoque la rencontre, on donne l'alerte et toute votre escouade arrive pour arrêter la meute. Si je suis sur place, je tente d'en avoir le plus possible avec mon revolver mais surtout je m'enfuis avant d'avoir des ennuis, et si ce n'est pas le cas, je vais bien être obligé de vous faire confiance pour la suite. Bien, je crois qu'on a l'essentiel.

— Il va falloir qu'on te blinde d'objets magiques," ajouta James. "Un repéreur qui nous indiquera en permanence où tu es, même si les lieux sont protégés par des sorts. Une Bourse à extension pour cacher ton arme. Un système pour que tu puisses nous donner l'alerte facilement, peut-être un médaillon de Greenwitch, quelque chose de discret. Un Portoloin que tu garderas en permanence, et j'insiste là-dessus, pour t'enfuir s'il le faut. Pour l'instant, personne ne nous surveille, ni toi ni nous, mais dès qu'on va mettre le plan en marche ça sera bien plus compliqué, donc il nous faut un moyen de communication discret ; on ne peut utiliser ni la poudre de cheminette ni les hiboux. Et il te faudra des armes, assez puissantes pour affronter des loups-garous, qui puissent s'utiliser sans baguette. J'ai quelques idées de potions explosives en tête, mais il va falloir qu'on creuse la question. Donc pour l'instant, on ne bouge pas, on attend d'être prêt. Ce qu'on s'apprête à faire nécessite de bluffer les loups-garous et les Aurors, alors il faut qu'on le prépare soigneusement. C'est clair ?

— Bien sûr," répondit Rémus un peu surpris. "C'est assez évident.

— Je ne disais pas ça pour toi, je disais ça pour Sirius. Il n'aime pas attendre.

Pendant que le loup-garou pouffait discrètement, l'intéressé levait les yeux au ciel et répliqua :

— Je suis parfaitement capable de me retenir, Potter, merci. D'ailleurs, je suis sûr qu'en prenant le temps de questionner un peu plus Maugrey on devrait arriver à découvrir de nouvelles idées. Rémus, tu n'imagines pas à quel point ce sorcier est paranoïaque.

— Je vois. Et maintenant, je suppose que j'attends de vos nouvelles ?

— Ça semble le plus simple.

Alors que James s'apprêtait à prendre congé, Sirius ajouta brusquement :

— Avant qu'on parte, j'ai une autre idée qu'il faut qu'on vérifie.