Rien que d'y penser, Alex devenait fou. 6 mois. 6 mois de torture, 6 mois de doutes, 6 mois à décrocher le téléphone, à composer son numéro. 6 mois à raccrocher avant même d'avoir entendu la première tonalité. L'amour avait laissé place au chaos. Un carnage auquel ni l'alcool, ni les rendez vous n'avaient remédié. Toutes les femmes lui semblaient fades à coté d'Addison. Aucun sourire n'avait la beauté du sien, aucun regard ne lisait en lui comme le sien. Elle était l'essence de sa vie, et il n'avait plus la force d'avancer sans son aide. Bien entendu, il avait choisi de se spécialiser en néonat. Avec le recul, ça n'avait vraiment surpris personne. Pas même lui. Il avait été adoubé par le nouveau prêtre de la chirurgie néonatale du SGH, un sémillant quinquagénaire, tombeur à ses heures perdues.
Assit sur la balancelle, il posait ses yeux hagards sur la pelouse délavée. La pluie diluait Seattle depuis 3 jours. Sans interruption. La douce frénésie qui le poignardait ne semblait pas prête à s'interrompre. Le grincement monotone de la balancelle alerta Izzie qui apporta une tasse de café chaud à Alex
« Tu devrais rentrer. Le froid va finir par te figer sur cette balancelle »
Alex restait muré dans son silence. Izzie prit place à ses cotés. « Alex… je sais qu'elle te manque. »
Alex sortit de son inertie et regarda son amie. Elle poursuivit : « Alex, je suis pas devin… depuis que le docteur Montgomery a quitté Seattle, tu es comme… éteint. Je sais qu'elle te manque, peu importe ce qu'il a bien pu se passer entre vous. »
« Je voudrais pleurer, mais je n'y arrive pas » admit-il. « Mes larmes semblent trop timides, mon corps ne répond plus. On m'a enlevé un organe. J'ai l'impression de ne plus pouvoir vivre sans elle, Izz. Regarde moi, c'est n'importe quoi, je ne ressemble plus à rien »
Izzie posa sa main sur son épaule. « Je sais que ça fait mal. »
Il demeura quelques instants silencieux, à regarder la pluie. Vile mélancolie.
A l'autre bout de la côte Ouest, Addie digérait une longue journée en avalant quelques mojitos. Le travail ne manquait pas et elle prenait à cœur ses nouvelles fonctions. Elle était devenue co-directrice du Centre depuis que Naomi s'était absentée pour une durée indéterminée. Tout semblait lui sourire. Elle s'était accordé quelques soirées rendez vous, mais aucun n'avait vraiment trouvé grâce à ses yeux et elle s'était contentée de partager quelques mets autour d'un bon vin. Si on lui avait proposé un élixir qui effacerait Seattle de sa vie, elle l'aurait ingéré sans aucune hésitation. Mais en dépit de potion, elle se vengea sur les vertus troublantes du rhum.
Callie demeurait sa confidente. Aucun kilomètre n'avait terni leur amitié. Ainsi, Addison gardait une oreille sur les derniers potins du Seattle Grace et surtout, sur la vie d'Alex. Leur dernier échange la laissait quelque peu amère, bien qu'elle ne puisse pas le blâmer… c'est elle qui avait insisté pour que les adieux ne soient pas déchirants. Il ne restait que la tristesse, profondément ancrée. Poignante.
Pete, un collègue du centre, s'installa au bar en sa compagnie. Il bataillait depuis des mois pour obtenir un rendez vous avec Addie. Se pensant en terrain conquis, il s'était pourtant heurté à de nombreux refus. Elle le trouvait charmant, mais beaucoup trop entreprenant. Et demeurait trop engluée dans son passé pour pouvoir penser à autre chose. Elle ne savait pas trop comment se débarrasser de lui. One, de U2 se mit à résonner. Son portable. Sauvée. Alors qu'elle régla sa note et tenta de s'échapper discrètement du bar, elle reçut un singulier coup de fil à son tour.
« Addison ? »
« Oui ? »
« Richard Weber à l'appareil »
« Richard, comment vas-tu ? » s'exclama Addie, un peu éméchée
« Je sais que tu as ta nouvelle vie, ton travail mais… j'ai besoin que tu me rendes un service. »
« Bien sur. Que puis-je faire pour toi ? »
« Eh bien, c'est un peu délicat… Adèle vient d'être admise aux urgences. Il semble qu'elle soit enceinte et… sa grossesse, tout ça se passe mal. J'ai peur Addie, j'ai très peur. Je voudrais que tu viennes la voir, pour une consultation. Je sais que le Docteur Wagner est très compétente mais c'est Adèle… et je veux ce qu'il y a de mieux, pour elle. »
« Ok, Richard. Je prendrais le premier avion demain matin, en attendant, tiens bon, je suis sure que tout ira bien. »
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Installée sur la banquette arrière du taxi qui l'emmenait au Seattle Grace, Addison senti sa respiration se faire de plus en plus pénible. Elle ouvrit la fenêtre, s'oxygéna au maximum et tenta de paraître le plus décontractée possible. Elle savait que si elle croisait Alex elle ne résisterait pas à l'envie de se jeter dans ses bras. Elle savait qu'il n'avait pas refait sa vie, selon Callie, mais se demandait s'il ne l'avait pas oubliée.
Elle traversa rapidement l'hôpital, salua brièvement quelques collègues et atteignit la chambre d'Adèle. Personne à l'horizon. Elle se relaxa et pénétra dans la chambre. Apres avoir échangé quelques politesses avec Adèle, elle entra dans le vif du sujet :
« Adèle, tout cela n'est pas raisonnable, je savais que tu désirais un bébé, mais Richard et toi vous n'auriez… »
« Richard n'y est pour rien. »
Addison ne pu masquer sa surprise « Oh… je vois… et bien que veux tu faire ? Le garder ? »
« Je n'en sais rien, je ne m'attendais pas à ça. »
« Ecoute, je te laisse réfléchir, mais sache que si tu décide de garder cet enfant, tu devras être suivie en permanence. »
Addison laissa Adèle à ses doutes, elle n'était pas la mieux placée pour la conseiller sur ce terrain là. Et ne pouvait rien apporter de positif en dehors de son avis médical. Elle se rendit en salle de pause, se servit une tasse de café. Le gobelet chaud lui brûla les mains. Elle manqua de le renverser. Elle s'approcha de la fenêtre et observa les gouttes de pluie qui dévalaient la vitre. La moiteur de l'atmosphère était la même. Oppressante. Les nuages gris poursuivaient inlassablement leur ballet au dessus de la métropole. Seattle n'avait pas changé.
« C'était donc vrai »
Addie sursauta. Elle reconnu immédiatement le timbre de cette voix.
« Alex, je… tu… » . Ses grands yeux le dévisagèrent. Le temps se figea quelques instants. Il était à quelques mètres d'elle et pourtant, c'était comme si elle pouvait sentir les effluves de son parfum. Il lui jeta un regard qui enflamma toute la pièce. Elle ne tint plus. Elle se jeta dans ses bras. Il la serra contre lui, fort, comme s'il avait voulu la garder ainsi près de lui pour l'éternité. « Tu m'as manquée » lui murmura-t-il avant d'ajouter « si tu savais le nombre de fois ou j'ai voulu t'appeler… ». Elle passa ses bras autour de son cou, caressa sa nuque.
Deux internes qui passaient ne manquèrent pas de noter l'évidente complicité de leur supérieur avec la jolie rousse. Radio ragot était lancée et il ne faudrait sûrement pas longtemps avant que tout l'hôpital ne soit au courant. Qu'importe. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ai l'ivresse.
Addison mit fin à leur étreinte, puis l'invita à s'asseoir, en prenant soin de fermer la porte derrière lui.
« Tu m'as manqué aussi » débuta-t-elle. Une légère gêne s'installa. Elle tenta de détendre l'atmosphère : « Alors chevalier de l'escouade du vagin ? »
« Ca arrive aux meilleurs » ironisa Alex. « Et toi, le centre, Los Angeles ? Tout se passe bien ? »
« Très. J'ai obtenu une promotion. »
« Ca ne m'étonne pas de toi… » La gêne se faisait plus présente. Il y avait tant à dire en si peu de temps. « Ecoute je ne suis pas très doué pour ce jeu là…tu restes jusqu'à quand ? »
Les yeux d'Addison s'écarquillèrent. « Quoi ? Quel jeu ?... Je suis là jusqu'à demain après midi, j'ai examiné Adèle, j'attend que son état soit stabilisé et qu'elle prenne une décision »
« Je ne peux pas faire comme si tout allait bien, comme si j'étais simplement heureux de te voir, comme si tu n'étais qu'une vielle connaissance. Accorde moi un dîner, ce soir. J'ai besoin de te voir. Je finis ma garde dans 30 minutes. Je passerais ce soir à l'hôpital te chercher. Je t'en prie, ne dis pas non. »
Addison accepta. Elle aussi avait besoin de cette dose inattendue de bonheur, même s'il n'était que poison.
Une infirmière coupa court à leur échange « Docteur Montgomery, vite, la femme du chef s'enfonce ! »
Addison se rua dans les couloirs et retrouva Richard et Wagner dans la chambre d'Adèle. Alex accouru à son tour et demanda s'il pouvait se rendre utile. Addie n'eut pas d'autre choix que d'emmener Adèle au bloc, elle assura qu'elle n'avait pas besoin d'être assisté par Wagner. La perspective d'opérer avec Alex était bien plus alléchante. Mais Richard tint à ce que deux titulaires prennent en charge son épouse. Alex fut donc renvoyé dans ses quartiers. Addie lui rappela qu'ils se verraient plus tard.
L'intervention d'Adèle se révéla plus complexe que prévue. Non seulement elle ne put sauver le foetus, mais les jours de celle-ci étaient en danger. Une hémorragie utérine contraint Addison à pratiquer une hystérectomie sur son amie. Elle pouvait sentir le regard inquiet de Richard dans son dos. C'était un couperet acéré qui dansait au dessus de sa tête. Elle ressentait la même appréhension que lors de ses premières interventions.
Finalement, elle parvint à sauver Adèle, après deux heures d'un combat acharné.
Ereintée, après une douche et quelques consignes données aux infirmières, elle retrouva Richard en salle de réveil. Elle tenta de le réconforter, lui assurant que le plus dur était passé et que tout irait au mieux désormais.
« Merci » répondit Richard « Merci pour ce que tu as fait, je n'oublierais pas… Tu sais, Addie, je ne peux rien faire concernant le poste de Chef, tout cela n'est pas vraiment de mon ressors. Mais tu as toujours ta place, ici… »
« Richard… »
« Ne m'en veux pas d'essayer. Wagner est un chirurgien très compétent et un homme sympathique, mais il n'est pas… toi. Tu nous manques beaucoup. »
« Richard, tu me manques aussi, mais j'ai une nouvelle vie là-bas. J'aime ma nouvelle vie. J'essaie de bâtir quelque chose de nouveau, de solide. Ici, ça n'était pas possible… »
La mine de Richard s'assombrit. Il regarda son épouse. Sa main était fermement vissée sur celle d'Adèle. Addison fut émue par la tendresse débordante qu'il lui témoignait. Richard la regarda à nouveau : « Tu as déjà pensé aux enfants… je veux dire, à avoir tes propres enfants ? »
« J'y ai pensé, j'y pense encore et je crois que cette pensée ne me quittera jamais. Seulement, Dame Nature n'est pas toujours très coopérative. »
Le regard inquisiteur de Richard se radoucit très vite lorsqu'il comprit qu'Addison n'était définitivement pas en mesure de lui expliquer plus. Elle changea de sujet : « Tu devrais rentrer, tout va bien se passer maintenant. Elle est sédatée. Elle ne se réveillera sûrement pas avant demain. »
« Je sais, mais je ne peux pas la laisser. Mais vas-y toi, profite de ta soirée. »
Addison regarda sa montre. 21h. Merde. Alex. Avec tout ça, la notion du temps s'était évaporée. Elle s'apprêtait à quitter le Seattle Grace lorsqu'elle l'aperçu, dans le hall. Patiemment, il l'attendait. Elle s'approcha de lui, bredouilla quelques excuses.
« Dure journée » commenta-t-il
« Plutôt »
« Je te promets que cette soirée va te faire oublier tout ça. »
Cependant, la providence semblait déterminée à gâcher cette soirée. « Dr Karev ! » apostropha Miranda Bailey. « Vous êtes là, cela tombe bien », puis notant la présence d'Addison « Dr Montgomery… deux pour le prix d'un… J'ai une patiente aux urgences. 36 ans, pas d'antécédents mais une grossesse extra utérine non traitée, j'ai besoin de votre aide. »
Ils se regardèrent et comprirent qu'il fallait vite faire le deuil de leur dîner romantique. Ils suivirent la résidente jusqu'aux urgences. La patiente avait fait un malaise, il fallait l'emmener au bloc le plus vite possible. Retrouvant rapidement leur complicité d'antan, Addison et Alex parvirent avec succès à sauver la jeune femme… mais pas son utérus. Deux hystérectomies en seulement une journée… Addison senti vraiment que Seattle mordait très sérieusement son bien être.
Elle sortit de la salle d'op, alla se changer et donna rendez vous à Alex à la cafétéria. L'infâme pitance de l'hôpital en guise de consolation. Bien moins tentant que le programme initial. Alex s'assit à coté d'elle.
« Je suis désolée » souffla-t-elle
« Pourquoi ? » répliqua-t-il en couvrant sa main de la sienne.
« La soirée… ce n'est pas vraiment ce que j'avais imaginé… »
Il porta sa main à ses lèvres et l'embrassa. « Ce n'est pas grave, tu n'y es pour rien. »
Elle soupira « Il s'est passé tellement de choses dans cet hôpital. Tu te rends compte, dix heures que je suis ici et déjà… »
« Seattle ne te manque pas ? » coupa-t-il
« Seattle ? Non »
Le regard d'Alex se noya dans la soupe froide qui stagnait devant lui. Il avait tellement à lui dire et semblait dépourvu de mots pour exprimer ce qu'il ressentait. Chaque terme lui semblait trop tiède, chaque « je t'aime » trop insipide pour refléter ce qui bouillait en lui. Tout cela était si inhabituel. Si inespéré. Ces sentiments jaillissaient en lui sans qu'il ne puisse les dompter. Il luttait contre sa propre volonté pour ne pas fuir. Après tout, c'était la seule chose qu'il ait toujours su bien faire. Il était le roi de l'évasion. Chaque mot lui faisait peur. Peur d'être maladroit. D'être trop franc, ou pas assez.
Addison hasarda : « Ce n'est pas Seattle qui me manque… »
Alex leva les yeux. Il approcha ses lèvres des siennes. Elle fit de même. Le biper d'Alex tonna comme un coup de feu.
« Notre patiente » bouda-t-il
Elle se leva, lui tendit la main et l'invita à le suivre.
Addison n'était pas au bout de ses épreuves. Frôlant l'hystérie, sa patiente était bel et bien éveillée. Elle ne parvenait pas à admettre son erreur, pour elle sa grossesse était viable. Elle fustigea Addison, lui reprochant de n'avoir su sauver son bébé et par-dessus tout, de lui avoir enlevé son utérus. Comme si Addie s'était octroyé ce droit sans raison. Parfaitement en accord avec ses choix professionnels, la chirurgienne réfuta un à un les arguments de sa patiente. Bien installée dans sa plaidoirie, elle ne démonta pas. Alex assistait à la scène sans se décider à aller au front. Addison n'avait besoin d'aucun allié dans cette bataille. Mais la patiente, à bout de ressentiments, porta une ultime estocade. Un coup fatal. Elle supposa que la chirurgienne n'avait pas la moindre idée de la situation qu'elle endurait. Et pourtant… Il n'y avait pas une journée sans qu'Addison ne pense à son rêve brisé, sans que la funeste nouvelle ne vienne résonner à ses oreilles. Elle aussi avait du renoncer à son désir de maternité. Addison avala ses sanglots, mais fut trahie par sa voix chevrotante. Ses jambes flageolèrent. Elle coupa court à la conversation, laissant brièvement le mari de sa patiente lui présenter des excuses, puis quitta la pièce. Elle déambula maladroitement dans les couloirs, chancelante. Les lumières de l'hôpital se faisaient agressives. Alex la rejoint. Il passa son bras autour de son épaule, elle se dégagea.
« Laisse moi, je t'en prie laisse moi » laissa-t-elle échapper tout en cédant à l'envie lacrymale qui la submergeait.
Alex l'attira dans une salle de repos, verrouilla la porte. Déboussolée, Addie ne montra aucune résistance. Il la serra dans ses bras, elle l'enlaça à son tour. Il ouvrit la bouche mais avant d'émettre le moindre son, elle colla ses lèvres aux siennes. Il tenta à nouveau de lui parler. Elle mit un doigt sur sa bouche, l'entraîna vers le lit : « Pas un mot. J'ai envie de toi. » Elle ôta sa blouse, fit glisser sa robe sur ses chevilles.
Alex n'en revenait pas. Il ne savait pas vraiment ce que tout cela signifiait. Son esprit déconnecta complètement. Elle était belle à se damner, et sa détresse apparente lui donnait envie de faire l'impossible pour la sauver. Un frisson lui poignarda l'échine lorsque leurs deux épidermes entrèrent en contact. Ils savourèrent leurs retrouvailles dans l'étrange intimité ce salle lugubre.
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Enlacés l'un contre l'autre, ils profitaient en silence de leur étreinte. Ils exhumaient la dépouille d'un amour intact, que ni le temps ni les rencontres n'avaient avarié. Il caressait ses cheveux tandis qu'elle laissait ses mains se promener le long de son torse. Le monde aurait pu brûler autour d'eux, ils n'auraient pas bougé.
Addison fut la première à rompre le silence.
« Tu sais que je vais devoir partir. Richard a offert de me réintégrer, mais… ma vie est à Los Angeles maintenant. Je crois qu'après cette nuit, tu vas me manquer encore plus. »
« Tu ne vas pas me manquer »
Addison se dressa dans le lit, il poursuivit : « Mais non, c'est au-delà du manque… c'est… vital. J'ai l'impression de cesser d'exister quand tu es là » Cet aveu était un accroc de plus à son orgueil et pourtant, les mots étaient sorti sans difficulté. Alex avait rangé ses sarcasmes, enterré son ego.
Elle le regarda, caressa sa joue tendrement : « Je t'aime, Alex… rien ne pourra jamais altérer les sentiments que j'éprouve pour toi. » C'est comme si tout cela était intemporel, comme si cet amour ne pouvait pourrir. Il était à l'épreuve du temps, de la vie.
Elle se leva « Je dois y aller, mon vol décolle cet après midi et je dois impérativement voir Adèle, et j'ai promis un déjeuner à Callie. »
« Et c'est tout ? Merci pour le sexe, c'était génial, on remet ça dans six mois ? »
« Alex ne soit pas si amer… tu t'attendais à quoi ? »
« Je ne sais pas… » Il la regarda s'habiller, se délectant de chaque parcelle de son corps. Avant de partir, elle l'embrassa, et ce baiser là valait tout ceux qu'ils avaient échangés. Il y avait la force, la tendresse et la fureur des sentiments qu'ils continuaient à brimer. Pour le meilleur et pour le pire.
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Addison conversa longuement avec Adèle. Elles échangèrent leur points de vue sur la maternité, le mariage, l'amour. Sans mentionner le nom de son ancien interne, Addison évoqua ses sentiments impossibles. Adèle lui offrit l'oreille compatissante dont elle avait tant besoin. Addie ne voulait pas de conseils, elle avait juste besoin d'évacuer.
Elle déjeuna avec Callie. Bien entendu, celle-ci l'interrogea sur sa mésaventure de la nuit dernière. Les rumeurs avaient galopé jusqu'à ses oreilles et elle avait eu connaissance de l'incident avec sa patiente. Addison tenta de rester aussi évasive que possible mais finit par avouer à Callie que ses désirs de maternité avaient été contrariés quelques mois plus tôt.
« Je suis désolée ». Callie savait bien qu'aucun mot n'était suffisamment fort pour panser de telles plaies. Elle dévia la conversation : « Et avec Karve ? Vous avez pu parler ? »
« Parler… oui, mais ça ne sert pas à grand-chose. Je ne l'ai pas vu depuis ce matin. Je crois qu'il m'en veut, je crois qu'il attendait autre chose. Ce n'était peut être pas une si bonne idée de se revoir. »
« Mais quel est donc votre problème à tous les deux. Je t'assure, je ne vous comprends pas. Vous vous aimez, le reste c'est des foutaises… tu sais, je sais de quoi je parle, vous devriez juste profiter. »
« Tu sais que ce n'est pas si simple, Il est à Seattle, moi, Los Angeles. »
« Arrête, Addie, tu te caches derrière de faux prétextes. Si tu voulais, tu serais ici… »
La remarque laissa Addison songeuse. Au fond le problème était peut être là. Ce n'était ni l'endroit où elle se trouvait, ni la personne qu'elle aimait. Peut être ne savait-elle pas ce qu'elle voulait, ou peut être avait elle peur de l'obtenir. Ces rancœurs lui brûlaient l'estomac. Elle ne toucha pas à son déjeuner.
14h. Elle franchit les portes du Seattle Grace, non sans avoir salué tous ces anciens collègues. Bizarrement, leur présence familière leur manquait, c'était comme si elle n'était jamais partie, ces au revoirs s'annonçaient encore plus déchirants. Le plus dur fut de constater qu'Alex avait déserté l'hôpital. Pas une lettre, pas un mot griffonné sur une serviette, pas un signe. Un nouvel opus dans leur symphonie ratée. Une nouvelle torture à endurer.
Elle rejoignit le parking, attendit son taxi. La vielle Ford bleue d'Alex pénétra sur le parking. Il s'arrêta à sa hauteur, ouvrit la fenêtre. « Ne pose pas de questions. Monte, s'il te plait. »
Elle obtempéra, s'installa sur le siège passager en ne le quittant pas des yeux. « Mon vol est à… »
« Je sais. » Il traversa les rues de Seattle à vive allure. Le parcours sembla familier à Addison, c'était celui qu'ils avaient effectué six mois plus tôt, lors de leur soirée « d'adieux ». Un doux souvenir effleura ses pensées. Elle masquait péniblement son inquiétude quant à leur destination. Son pied tapait nerveusement sur la carlingue de la vielle auto. Sa main agrippait le siège tandis qu'ils s'arrêtèrent en plein quartier pavillonnaire.
« Ferme les yeux… Fermes les yeux » insista Alex.
Addison se plia au jeu. Il l'aida à s'extraire du véhicule, passa son bras autour de ses épaules et la guida. Ils gravirent quelques marches, accédèrent à un petit porche. Alex sortit des clefs de sa poche, buta nerveusement sur la serrure avant de parvenir enfin à ouvrir la porte.
« Tu peux ouvrir les yeux. »
Une grande battisse se dessinait. Un long couloir se présenta à elle. Une étrange moiteur emplissait la pièce. Pas une lumière n'éclaircissait la pénombre environnante. Elle fit quelques pas, escortée par Alex. Il l'entraîna un peu plus loin. Ils atteignirent dans une immense pièce poussiéreuse, illuminée par une dizaine de bougies. Addison trouva le résultat … incroyablement séduisant. Cette étrange alchimie avait quelque chose d'ésotérique. Elle se sentait bien.
« C'est une vieille maison. Ok, ce n'est pas un palace mais elle gagne juste à être un peu nettoyée, redécorée. Je veux que ça devienne notre maison. Je suis prêt, Addie. Je suis prêt à vivre avec toi, je suis prêt à partager nos fous rires, nos engueulades, notre couple, dans cette maison. Je veux que tu restes. Pas parce que le chef te l'a demandé. Pas parce que tes amis te manquent. Je veux que tu restes pour moi. »
Addison s'attendait à tout sauf à ça. C'était la maison de ses rêves. Plus chaleureuse que celle de Grey, plus belle que celle de New York.
« Alex, je ne veux pas que tu te forces à faire quoi que ce soit. Ne t'enferme pas dans une situation juste dans l'espoir que je reste… »
« Mais dans quelle langue dois-je te l'exprimer ? Je t'aime, Addie, je t'aime comme jamais je ne me serais senti capable d'aimer. C'est à tes côtés que je veux avancer. Ici. Maintenant. Je ne peux pas me mettre plus à nu, c'est à toi de décider, maintenant. »
Addison aurait voulu se cogner la tête contre le mur, juste pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas. C'était la plus incroyable déclaration qu'on lui ai faite. Elle s'approcha d'Alex.
Chaque seconde qui défilait était un supplice. Il lui tardait de savoir quelle serait sa réponse. Son corps était en papier mâché. Il aurait pu s'effondrer à tout moment.
« J'ai longtemps cru que l'on ne pouvait aimer qu'une fois dans sa vie, j'ai longtemps cru que Derek serait le seul et unique amour de ma vie. J'ai longtemps cru … des tas de choses. Que je pourrais te bannir de mon cœur. Que je pourrais t'oublier. Que je pourrais à nouveau tourner les talons comme si rien ne s'était passé. Mais je ne sais plus rien. Je ne sais pas si tout cela va marcher, je ne sais pas trop comment appréhender ce genre de situation. Tout ce que je sais, c'est que mon cœur t'appartient. Et que même si je repartais à LA, il resterait ici, avec toi. Et qu'il ne m'est plus possible de concevoir quoi que ce soit sans toi. Je t'aime, Alex. Et j'aime cette maison… « Elle sourit « Je reste. »
Un sourire transcenda son visage. Il l'embrassa, la serra contre lui. Tout cela l'effrayait plus que tout, lui non plus ne savait pas comment gérer ce nouveau chapitre de sa vie. Mais qu'importe, il avait su braver son courage, Il tenait dans ses bras la femme de sa vie, celle qui croyait en lui, celle qui avait façonné ce nouveau lui dont il se sentait presque fier.
Apres avoir affronté tant d'embûches, leur amour était la plus belle des victoires. Un succès qu'ils allaient apprécier chaque instant.
