Hello all !
Ce chapitre est moins fourni que les autres parce que sinon il aurait été beaucoup trop long et comme c'est bientôt la fin, je fais durer le plaisir. L'art d'arrêter les chapitres au bon moment, gnnh c'est dur. Ça n'empêche pas de laisser un commentaire huhu !
Je vous avoue que je n'ai pas envie qu'elle se finisse cette histoire, tellement j'ai aimé la rêver et l'écrire… j'en trouverai d'autres à écrire…
Bon en attendant, je crois que j'ai encore gagné des abonné-e-s (je crois)(non c'est SÛR, je ne suis pas folle hahaha) donc un gros YO à ces gens qui ne me parlez pas (qui êtes-vouuuus ?) mais qui aimez mon histoire barrée et surtout Steve et Loki (sont-y pas mignons ces deux-là ?)(je les adore !) Vous êtes gentils, huhu !
Et j'ai reçu des commentaires de lectrices nouvelles (BIENVENUE !) : BluElectre, Marion D., LLHS au nom impossible à réécrire, et Andyema. Les filles, les gens, merci à vous !
Et merci aux anciennes et fidèles (ça fait pas un peu secte ?) : melaanie10, Aiiwa, Monkey D. Elena et Feeli37 !
Vos commentaires me donnent toujours le sourire :D
Bonne lecture !
Un goût de neige et de liberté
Chapitre 8
La liste de Steve était parfaitement stupide : tout ce que Loki faisait déjà chez lui. Il prit soin de la rouler en boule devant Steve avec ostentation et de la jeter à la poubelle. La seule obligation particulière était de rester en contact, ce qui ne posait pas de problème – au contraire. Loki installa Skype sur son ordinateur et prit ses marques dans l'appartement. Ils se parlaient environ une fois par semaine, quand la connexion de Steve le permettait.
"Tu es toujours en ligne !" l'accueillit-il avec le sourire un jour.
"Pendant que je dessine, ça ne me coûte rien de laisser l'ordinateur allumé. Je peux même écouter de la musique" répondit Loki en levant à peine les yeux vers lui, absorbé dans la courbe d'une main qui refusait de se laisser capturer sur le papier. "Comment vas-tu ?"
"Ça va" lui dit Steve et même sans le regarder, même à travers l'écran, Loki pouvait savoir qu'il mentait.
"Mmmh… Comment vont tes missions ?" Il lâcha l'affaire et étudia le visage de Steve, plus las que d'habitude, les traits plus marqués et les cernes plus accentués.
"Difficile, difficile…" Steve se plongea dans ses pensées. "Je dois partir… Commando spécial, la totale. Je ne pourrai pas te parler avant vendredi prochain."
Dix jours de silence. "C'est dangereux ?" demanda Loki en s'efforçant de repousser une peur animale.
Steve sourit. "Si ça ne l'était pas, on n'aurait pas besoin de moi."
"Sois prudent" grogna Loki en se rongeant l'ongle du pouce.
"Sûr. Et toi, ça ira ?"
"Ouais. Je ne mettrai pas le feu à la cage d'escalier" promit Loki d'une voix sarcastique. "De toute façon, tes potes passent régulièrement. T'as de bons amis, dis donc ! Mais j'ai comme l'impression qu'ils ne me font pas confiance..."
Steve n'avait pas l'air de trouver ça drôle. "Bucky ? Je lui redirai d'arrêter sa paranoïa… Il est pénible… Il me couve trop."
"Depuis que tu t'es retrouvé seul, apparemment."
"Ouais, depuis que ma mère est morte… Il ne pense pas à mal mais –"
"Ça ne me dérange pas" le rassura Loki. "On s'entend bien" ajouta-t-il, ce qui était moins vrai. Disons qu'ils se chamaillaient mais il appréciait leurs petites joutes verbales et leurs échanges de regards noirs, comme deux cowboys à Hollywood. Pas sûr que Bucky soit du même avis, par contre. "Et ton ami Sam passe souvent, aussi."
"Sam ? Mais ils ne vont pas tous s'y mettre ? Je suis désolé, tu peux –"
"Il est sympa, super sympa même. On s'entend bien. Il –"
"Il quoi ?"
"Ne fais pas de réflexion" menaça Loki, le doigt pointé vers la caméra.
"Promis." Steve fit le salut militaire (ce que Loki trouva ultra érotique).
"Il a réussi à me convaincre d'aller voir un psy…"
Steve éclata d'un rire victorieux. "Il est encore plus doué que moi" exulta-t-il puis il se calma. "Ça donne quoi ?"
"Déjà trois séances et des pilules…" Loki tendit la main pour attraper la boîte et l'agita devant son nez pour la montrer à Steve. "À prendre à heures fixes. Mais bon, t'avais raison… Ça aide. Le docteur Banner est plus… compétent que ce à quoi je m'attendais." Son ton méprisant cachait mal sa gêne.
"Je suis content que tu acceptes de l'aide" dit Steve d'une voix douce.
Loki haussa les épaules pour se dispenser de répondre. Il retourna à son tracé de main pendant que Steve lui parlait de son équipe. Un certain Gabe Jones fit même coucou derrière son épaule en le saluant par son prénom et Steve dut avouer qu'il avait parlé de lui à son équipe.
"Sois prudent" répéta Loki. "Et envoie-moi un mail dès que tu seras rentré à la base."
"Promis." Steve refit le salut militaire et Loki fut pris au ventre par l'envie de l'embrasser, le toucher.
"Tu me manques" dit-il très vite avant que le courage lui manque.
"Ouais, moi aussi" répondit Steve avec un sourire ravi. "Enfin, quand j'peux me permettre de rêvasser, ce qui n'arrive… pas souvent. Mais ça me fait toujours du bien de te parler."
"Tu rentres quand ?"
"C'est en négociations – mais pas avant mai, ça c'est sûr."
Loki grogna comme un ours.
"Je dois laisser l'ordi aux autres. Je t'embrasse."
Loki entendit les sifflements des collègues de Steve avant qu'il ne raccroche et leva les yeux au ciel – au moins, celui-ci n'était pas entouré d'homophobes finis mais d'amis tolérants qui cassaient les clichés sur les militaires – bien que Steve lui ait assuré, à demi-mots, que ce n'était comme ça partout, loin de là.
Tout en se concentrant sur le pli des jointures et l'angle des phalanges de cette main rebelle, Loki laissa son esprit tisser un plan diabolique pour le retour de Steve.
Steve arriva à l'aéroport de Lyon le quatre juin, le teint bronzé et les épaules ceintes dans son tee-shirt militaire un peu plus moulant que nécessaire. Loki en eut la bouche sèche et déglutit difficilement. Il nota que ses cheveux avaient poussé, Steve les avait repoussés en arrière mais une mèche blonde rebondissait sur son front et, quand il souleva ses lunettes en entrant dans le terminal pour chercher Loki du regard, il était plus beau que jamais.
Il leva le bras pour se signaler, Steve l'aperçut et lui fit signe – comme s'il était parfaitement invisible, comme si la moitié de l'aéroport n'avait pas les yeux rivés sur lui – et Loki pensa avec une force fauve et possessive, Il est mien, le mien. D'un pas de danse gracieux, il fut sur lui et se jeta dans ses bras. Oreille contre oreille, ils se broyèrent mutuellement les côtes dans leur joie de se retrouver. Loki inspira son odeur, savoura les muscles qu'il sentait sous le tissu et la chaleur qu'il lui offrait.
"Tu m'avais manqué" dit-il avec un grand sourire – un sourire radieux et sincère, une expression qu'il n'arborait pas souvent.
Puis, pris d'un brusque geyser de courage, il fit un manquement à ses principes de précaution et embrassa Steve délicatement.
On ne vit qu'une fois, et pas forcément plus heureux parce qu'on vit caché.
"Hey !" Steve apprécia le baiser à sa juste valeur.
Loki se noya dans ses yeux couleur de brume. Steve lui rendit de l'oxygène avec un autre baiser, aussi léger et aussi tendre.
"On rentre ?"
"Je ne campe pas ici, je rêve de retrouver mon lit. Je-suis-crevé."
Loki fronça le nez. J'espère qu'il te reste de l'énergie en réserve, pensa-t-il avec un sourire en coin.
"Tu as pris la voiture de Sam ?" s'étonna Steve.
"Je lui ai demandé" dit Loki d'un ton dégagé. "On n'allait pas prendre la navette, quand même."
Lui savait beaucoup mieux mentir que Steve.
Il gara la voiture de Sam devant l'immeuble comme convenu et jura mentalement. La poubelle ambulante de Clint, d'une couleur violette reconnaissable, était garée dix mètres plus loin. Pour détourner l'attention de Steve, il n'eut d'autre choix que de le plaquer contre la carrosserie et le taquiner des lèvres, les mains de chaque côté de son cou, un genou espiègle entre ses jambes.
"Tu m'as manqué" redit-il d'une voix rauque en le regardant à travers le voile de ses cils. "Dépêche-toi !"
Et il recula, invitant un Steve étonné à le suivre à l'intérieur du hall. Pour faire bonne mesure, Loki l'embrassa aussi contre les boîtes aux lettres et dans l'ascenseur. Ils avaient les lèvres rougies en débarquant sur le palier du troisième étage.
Loki brandit les clés devant le nez de Steve. "Home sweet home. Bon retour à la maison."
Steve s'en empara, l'embrassa léger-léger et ouvrit la porte de chez lui. L'appartement était plongé dans le noir mais il perçut immédiatement l'odeur de pizza et des froissements de vêtements.
"Y a quelqu'un qui – ?" voulut-il demander à Loki qui le talonnait.
La lumière jaillit.
"SURPRISE !" beugla Bucky plus fort que tous les autres. Le chœur ajouta : "Bienvenu-ue !" dans un cri à réveiller les morts.
Steve faillit en lâcher son sac de surprise.
Le salon avait été décoré en bonne et due forme avec une guirlande de fanions, la table basse était recouverte de bouteilles et de gobelets en plastique et, de ce que Steve pouvait en juger, l'alcool serait à volonté et les gâteaux apéritifs à foison.
La pièce était encombrée de monde. Que des amis. Bucky et Natasha, l'air si heureux de revoir Steve qu'il leur sourit sans réfléchir. Sam et Sharon, qui se tenaient par la taille et le regardaient affectueusement. Clint et son chien, sans qu'on sache lequel des deux était le plus excité à la perspective des tranches de saucissons dans un ramequin. Scott Lang, un vieil ami de lycée qui galérait à trouver du travail. Carol Danvers, son ancien officier de formation, qu'il avait perdu de vue. Les faux jumeaux Wanda et Pietro qui avaient toujours des histoires hilarantes à raconter sur leur pays natal. Le vieux voisin Nick Fury, qui avait veillé sur lui et sa mère durant son cancer. Ainsi que des connaissances moins proches qui mettaient l'ambiance pendant les soirées : Tony et Pepper, Maria et Rhodes.
Bref plus de monde que Steve n'avait jamais laissé entrer dans son appartement.
"Mais…" dit-il bêtement. "Qu'est-ce que vous faites là ?"
"Demande-lui" sourit Sam avec un signe de menton en direction de l'entrée.
Le sourire de Loki dévoilait toutes ses dents et lui donnait l'air machiavélique.
"C'est ton idée ?" s'étonna Steve, estomaqué.
Loki acquiesça, pudiquement muet. Le salon attendait, suspendu à leurs lèvres.
"Classe, le baiser dehors !" plaisanta Clint d'une voix forte, brisant la glace.
"C'était à cause de ta déchetterie à roulettes, Barton !" râla Loki. "Ta bouse violette a failli tout faire capoter !"
Un éclat de rire secoua les invités, Clint se fit gentiment chambrer pour sa maladresse et se défendit en expliquant que c'était à cause des douze pizzas qu'il avait dû porter jusqu'au troisième étage tout seul. Steve perdit Loki de vue. Bucky lui sauta sur le dos en un câlin félin pour leurs retrouvailles. Natasha lui embrassa les pommettes, Sam lui ébouriffa les cheveux et lui assura : "Cette fois, au prochain jogging, je vais te détruire à la course. Demande à Sharon, je me suis entraîné comme un dingue."
Tony ouvrit sa première bouteille de champagne – il en avait apporté cinq ! – on poussa des cris d'encouragements, Steve se retrouva avec une coupe dans la main et son sac repoussé dans la chambre. Pepper et Maria s'occupèrent de la musique et quand Steve s'inquiéta du bruit, Sharon le rassura : "Loki a prévenu tout l'immeuble, t'inquiète !"
Il discuta avec Nick avant que celui-ci ne se retire à sa solitude, puis il participa à un débat entre Bucky et Sam sur la réduction des effectifs policiers, Clint lui fourra une moitié de pizza dégoulinante de fromage entre les mains et attira l'attention autour de lui lorsqu'il ordonna à son chien Lucky des choses plus absurdes les unes que les autres en échange d'un morceau de saucisson.
Le salon commençait à devenir surchauffé, Tony faisait tourner son pull au dessus de sa tête, debout sur une chaise. Sam, Sharon, Clint et Natasha organisaient un « Action ou Vérité » qui allait sûrement dégénérer, c'était un joyeux bazar et Steve, emporté au milieu de toute cette agitation, se sentait parfaitement à sa place.
Il réussit à coincer Loki dans la salle de bain au moment où il voulait sortir des toilettes. Steve le repoussa contre le panneau de la douche et referma la porte derrière eux. Loki lui sourit, presque timidement.
"Ça te plaît ?"
"Tu plaisantes ? C'est la meilleure soirée de rentrée que j'ai jamais eu !"
Le sourire de Loki s'accentua. Lui aussi était beau. Ses cheveux lui arrivaient aux épaules, noir de jais, avec des reflets argentés dans la lumière de la salle de bain. Son teint pâle était plus sain, son visage plus serein, son regard moins traqué. Le bonheur tranquille lui allait bien.
"Cool" souffla-t-il et cette fois, il prit son temps pour embrasser Steve. "Je te devais bien ça."
Sa main glissa sur sa poitrine.
"Tu ne me dois rien" répondit Steve d'un ton absolu. "Tu ne me dois ab-so-lu-ment rien."
"Mmmh, si tu le dis" murmura Loki en déposant une série de baisers dans son cou.
Cinq minutes après, ils y étaient encore. Leurs gémissements embuaient le miroir. Steve le massait à travers son pantalon soudainement trop serré.
Quelqu'un frappa violemment à la porte du plat de la main. Ils s'interrompirent avec un soupir.
"Mince" souffla Loki. "Vas-y, retourne profiter de tes amis, moi je vais faire passer ça." Il fit un geste de la main dépité vers son bas-ventre.
Steve eut un sourire canaille. "On se rattrapera plus tard."
Il était en vacances pour quatre semaines. Que demander de plus ?
Loki dut ranger le salon déserté, les cadavres de bouteille, les taches de pizza sur les coussins (merci qui, merci Clint), les gobelets éparpillés, les gâteaux apéritifs écrasés sur le sol. Et ça en valait la peine. Pire, ça lui faisait plaisir. D'organiser ça pour Steve.
S'il s'était projeté à vingt-six ans, il n'aurait jamais imaginé ça. Ce genre de vie. Surprenant, les tournants inattendus que peut prendre la vie, les virages à cent-quatre-vingt degrés et les descentes dangereuses qu'il avait osé dévaler.
Steve dormait déjà, couché à plat ventre sur le lit, à moitié déshabillé seulement. Adossé à au chambranle de la chambre, Loki le regarda, le cœur débordant d'affection. Il lui retira son pantalon et le recouvrit de la couette avant de s'allonger à ses côtés.
Il se sentait parfaitement à sa place, lui aussi.
Steve était là pour quatre semaines, vingt-huit jours précisément, et Loki savait que, comme à chaque permission, il comptait bien en profiter au maximum.
"Je n'arrive pas à croire que tu vas repartir dans deux jours" geignit Loki.
Il était artistiquement allongé sur le ventre, drapé dans les draps comme une femme sur un tableau de la Renaissance. Steve avait insisté pour le dessiner et il avait cédé – après un travail au corps très, très agréable.
"Ça passe tellement vite…"
"Je sais" soupira Steve.
"T'as intérêt à bien me dessiner ! Si tu fous en l'air mes proportions, je serais vexé !" le prévint Loki, peu confiant envers la ride d'application sur le front de Steve.
"J'ai un peu perdu la main" admit celui-ci. "Je pense que je vais emmener ton carnet là-bas, j'essayerai de dessiner entre deux missions. Je ne sais pas ce qui ne va pas, si c'est le cou, l'épaule ou le dos, regarde."
"C'est moi, ça ?" glapit Loki, vexé.
"Hey, t'exagère, c'est ressemblant !"
"Oui, oui… On dirait un babouin qui se baigne…"
"Quoi ? N'importe quoi !"
"C'est quoi ces vagues là ?"
"J'essayais de faire les plis du drap."
"Essaye encore !"
"Trou duc' !" lança Steve avec affection.
"Tu ne préfères pas qu'on aille se doucher plutôt ?"
"Dès que j'aurais fini."
"Vaudrait mieux arrêter le massacre maintenant, enfin c'est mon avis..."
"Et j'en ai rien à faire, laisse-moi finir mon dessin. Reste tranquille et tais-toi. Le Maître est à l'œuvre !"
Loki éclata d'un rire peu charitable. Il trouva le moyen de distraire Steve de sa tentative de le dessiner en déposant des baisers le long de son torse et en descendant lentement sous la couette. Il arrivait à l'aine lorsque la sonnerie de l'interphone retentit.
Steve poussa un feulement de frustration. Loki pouffa et prit une pose étudiée sur le matelas, lascive au possible.
"Je t'attends là" susurra-t-il en contemplant le dos nu de son amant dans toute la splendeur des premiers rayons de soleil. Steve s'en alla en grommelant.
"Allô ?"
"Bonjour, je suis bien chez Steve Rogers ?" demanda une voix indubitablement féminine.
"… Oui" répondit Steve avec méfiance en pensant Si c'est un témoin de Jehova, je l'envoie se faire paître mais ceux-ci démarchaient toujours par paire.
"J'aurais voulu vous parler, serait-il possible d'entrer ?"
"À quel sujet ?"
"C'est une affaire privée."
Soupçonneux, Steve appuya sur le bouton d'entrée avant de se rappeler qu'il était nu. Il enfila un jogging de Loki et un tee-shirt rapiécé en quatrième vitesse – juste à temps pour ouvrir à la dame, quinquagénaire, blonde et digne, qui en imposait sur le palier. Son visage lui disait quelque chose. Il regretta ses habits misérables.
"Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?"
"Je suis madame Odinson. La mère de Loki." Comme Steve ne bougeait pas, elle poursuivit. "On m'a dit que vous sauriez où se trouve mon fils. Je suis très inquiète pour lui."
Même éloquence, mêmes formulations élégantes. Steve remarqua qu'ils se frottaient les mains de la même façon nerveuse lorsqu'ils étaient tendus.
"Oui. Oui, je sais où il est."
Et ils restèrent face à face à se regarder dans le blanc des yeux.
"Auriez-vous l'obligeance de me dire où il est ?" dit-elle et si cela avait la construction d'une question, c'était un ordre intraitable.
Steve sentit la moutarde lui monter au nez. Il se rappela du bleu sur la mâchoire de Loki, qui était passé par les couleurs de l'arc-en-ciel, son chagrin à ce moment-là, et sa mélancolie qui n'avait pas disparu et réapparaissait lorsqu'il avait le regard flou et pensif.
Il avait toujours eu des problèmes avec l'autorité, armée ou non. Dieu sait si ça lui avait attiré des problèmes et, jusqu'à ce qu'il rencontre Peggy, il était la tête de turc des officiers. Seule elle avait su le canaliser, développer son potentiel et lui avait permis de monter en grade pour accéder au poste spécial où il pouvait déployer au mieux ses capacités. Ça n'était pas cette bonne femme étrangère qui allait dicter sa loi : elle avait ignoré son fils pendant six mois puis, au lieu d'essayer de l'appeler, elle allait le déranger lui, un inconnu, pour le traquer.
"Loki est ici" dit-il d'une voix terne.
Elle eut l'air surprise. "Je pensais… Monsieur Stark a eu l'obligeance de me donner votre nom mais… J'ignorais que… Loki habite ici ?"
Elle jeta un coup d'œil, essayant d'apercevoir l'appartement derrière lui, peut-être pour obtenir une vision fugace de son fils.
Steve hocha la tête sans chercher à être plus poli que nécessaire.
"Je voudrais lui parler" dit-elle de sa voix autoritaire qui rappela à Steve la voix pleine de morgue de Pierce, le pire colonel qu'il avait servi.
"Je vais lui demander, bougez pas" bougonna-t-il et il lui referma la porte au nez, se délectant de son air abasourdi qu'il avait surpris pendant une fraction de seconde.
Il trottina jusqu'à la chambre.
Loki lui adressa un coup d'œil terriblement lubrique. Sa main s'aventurait sur sa peau blanche, jusqu'à son bas-ventre qui reposait en paix. "Je commençais à m'ennuyer…" murmura-t-il.
Steve combattit les effets de cette voix sur son propre désir et l'avertit : "Ta mère est là. Est-ce que tu veux lui parler ?"
La manière dont Loki se redressa fut presque comique. Ses mèches volèrent dans tous les sens, ses yeux s'écarquillèrent et les sourcils bondirent jusqu'à la racine de ses cheveux. Il s'assit, tout envie coupée par la nouvelle.
"Ma mère ? Frigga, tu veux dire ? Elle est… Ici ?"
"Sur le palier" dit Steve en l'indiquant du pouce. "Est-ce que tu veux lui parler ?"
"Je –" Il s'interrompit, visiblement divisé. Son regard rebondissait dans la chambre, troublé.
"Tu as le choix" souligna Steve. "Fais comme tu veux."
Loki réfléchit. Steve attendit. Enfin, celui-ci secoua la tête.
"Non. Si j'ai le choix… Alors non."
"Ok. Je vais lui dire."
Steve rouvrit la porte. Frigga lui jeta un œil ulcéré.
"De quel droit –"
"Il ne veut pas vous parler."
"Pardon ?!"
"Je viens de lui demander. Loki n'a pas envie de vous parler. Au revoir."
Steve commençait à refermer la porte. Elle y appuya la main, alarmée.
"Attendez, vous ne comprenez pas, il s'agit de mon fils, je dois –"
"Et c'est mon compagnon" insista Steve. "Il a été très clair. C'est non. Merci de respecter ses choix" dit Steve d'une voix d'acier qu'il utilisait rarement en civil.
Il avait les mâchoires serrées vissées et parlait à travers la barrière d'émail de ses dents qui filtraient un peu sa colère. Il aurait aimé connaître les chiffres exacts, les statistiques, pour pouvoir les balancer en vrac à cette femme. Lui dire que les personnes LGBT avaient plus de chances que les hétéros de tomber en dépression ; le pourcentage de celles et ceux qui se suicidaient après un rejet de leur famille ; la précarité, la peur, l'isolement, le dégoût de soi.
Mais elle était venue. Peut-être y avait-il une chance de réconciliation ? Un lien à reconstruire ?
Mais Steve avait dans son lit un chat errant à protéger.
"Attendez, Loki, je dois lui –" commença-t-elle.
"Au revoir."
Steve referma la porte sans état d'âme sur le visage paniqué de Frigga, son air d'incompréhension. Il n'avait jamais fait ça à personne, même aux témoins de Jehova ; il se sentit coupable immédiatement. Toutefois, il ne revint pas sur sa décision.
Loki était resté sur le lit, adossé au mur, les genoux repliés contre son torse, le regard perdu dans les plis défaits du drap. Leur moment intime s'était évanoui.
Steve s'assit près de lui, posa sa joue sur le sommet de son crâne et ses bras autour de ses épaules.
"Tu crois que c'était la bonne décision ?" lui demanda Loki d'une petite voix.
"J'en sais rien" dit Steve après réflexion. "Mais j'aurais sûrement fait la même chose."
Ils respirèrent de concert.
"Ta mère était au courant que tu étais…?"
"Je lui avais dit à l'hôpital. Je sortais avec Peggy mais j'étais parfois confus… En tant qu'infirmière, elle en avait vu d'autres. Ça ne lui a fait ni chaud ni froid."
"Elle avait l'air sympa…"
"Ouais, elle était super" se souvint Steve avec une chaleur triste dans la gorge.
Loki s'érafla l'avant-bras. "J'aurais dû…" Il fit mine de se relever.
Steve le tint serré contre lui. "Elle est partie, Loki. Crois-moi c'est pour le mieux."
"Tu m'as défendu" murmura Loki avec déférence.
Steve l'embrassa entre les sourcils. "Évidemment. C'est mon métier, idiot."
"Et tu lui as refermé la porte au nez."
Steve fronça le nez. "Elle m'a énervé. Je l'ai trouvé gonflée de se ramener chez moi sans prévenir. Je ne suis pas très objectif mais tes parents, pff, ils peuvent aller voir ailleurs si j'y suis."
Loki leva un sourcil. "Ça ne te ressemble pas, un jugement aussi incisif."
"Tu t'es jeté la tête la première dans une avalanche !" Il y avait une colère inhabituelle brûlant dans sa voix. "Et ils ne se sont même pas rendus compte que c'était délibéré."
"Parlons d'autre chose" chuchota Loki.
Steve posa ses pouces sur ses pommettes, juste sous les yeux pour croiser son regard sans concession. "Tu te sens bien ici ?"
Loki lui fit un sourire de travers. "T'as pas idée." Il laissa filer une seconde, se mordit la lèvre et dit : "Tu as dit que tu étais mon compagnon."
Steve lui adressa un sourire suffisant : "Je suis toujours honnête. Juste la vérité."
Loki lui mordit le pouce. "On était occupé avant cette interruption, non ?"
"Oui ! Mon dessin !"
"Non !" Loki lui bondit dessus alors que Steve fouillait les draps à la recherche de son carnet, le lui fit sauter de ses mains et lui planta les ongles dans les hanches pour le faire tenir en place tandis qu'il se coulait contre lui, de plus en plus bas.
Plus tard, Steve trouva dans la boîte aux lettres, sur la pile de factures, un post-it jaune avec le numéro de la mère de Loki inscrit dessus. Il l'accrocha au dessus du bureau, sur le panneau de liège où Loki avait déjà punaisé des modèles, des ébauches et des esquisses – ça lui faisait plaisir que celui-ci se soit investi dans l'appartement, qu'il s'y sente assez chez lui pour s'étaler. Mais Loki ne fit jamais de remarque sur le bout de papier jaune.
Loki travaillait avec acharnement pour se libérer lorsque Steve rentrerait, vendredi prochain, pour sa prochaine permission. S'il ne dormait que quatre heures par nuit jusqu'à la fin de la semaine, il serait charrette mais il réussirait à libérer son planning à temps. Même si les cernes s'étalaient sous ses yeux et qu'il mangeait des nouilles chinoises à réchauffer au micro-ondes depuis deux jours, c'était pour la bonne cause. Il avait de plus en plus de commandes. Son réseau s'étendait, son style plaisait – il avait du mal à y croire, il restait prudent – et il avait même maintenant trois clients réguliers. Malgré la situation économique difficile, il y avait plus d'opportunités à Lyon qu'au creux de sa Montagne.
Celle-ci lui manquait. C'est pour ça que lorsqu'il avait trouvé un mail de Sif dans sa boîte aux lettres, Loki y avait réfléchi à deux fois avant de le supprimer. En le lisant – il avait cédé à la curiosité – il se passa plusieurs fois le pouce sur ses lèvres avec perplexité.
[…] Thor m'a dit ce qu'il s'était vraiment passé ! Pourquoi t'as DISPARU ! Et tu nous as rien dit MERDE, POURQUOI ?
J'espère que tu vas bien ! Comment tu vas ? T'es où ?
Tu sais que mes parents ont un chalet en bas du Pic Saint-Manet ? Si tu veux y aller, t'as juste à m'envoyer un e-mail, la maison est libre du […]
Des images de paysages luxuriants, de pentes vertes, d'herbe nouvelle et luisante, de ciel bleu-bleu-bleu à perte de vue lui revinrent en mémoire avec la force d'un souvenir chéri et enfoui dans une boîte pour éviter d'y penser, de se faire du mal. Il serra les poings. La Montagne l'été. Le cri des marmottes. L'odeur du chèvrefeuille. Les chardons. Même les bouses de vaches fraîches, tiens. Et le bruit de leurs grosses cloches autour du cou. La douceur du vent frais sur la peau.
La proposition emballa tellement Steve qu'il hurla "OUI !" sur Skype de toute la force de ses poumons et son équipe se précipita autour de lui, croyant que Loki l'avait demandé en fiançailles.
Celui-ci fut doublement content d'avoir augmenté son rythme de travail : ils avaient maintenant les moyens de partir en vacances.
Le chalet était luxueux. C'était un refuge d'ermite perdu au fin fond de la vallée. Ils ne pouvaient pas rêver mieux.
Les chemins de randonnée abondaient autour du pic Saint-Manet et en cette saison, ils étaient pratiquement seuls. Ils batifolaient, un brin d'herbe entre les dents. Steve adorait prendre Loki par surprise, le faire basculer dans la pente avec un cri de terreur non-feint, les faire rouler tous les deux et l'embrasser quand ils s'immobilisaient. Ils étaient couverts de bleus, les sacs en dos en souffraient mais ça ne l'empêchait pas de recommencer.
Loki ne pensait pas que c'était possible d'être aussi heureux.
Parfois cela lui faisait mal dans la poitrine.
Une peur hideuse le saisissait alors à l'idée de perdre tout ça.
Il dépendait trop de Steve.
Puis celui-ci passait un bras autour de son épaule, lui effleurait la joue du pouce ou le frôlait d'une manière décontractée, inconsciente, et Loki se détendait. La panique se dissipait.
Il n'en parla pas à Steve du séjour.
En rentrant, il s'en ouvrit au docteur Banner, son psychologue, mais malgré toutes ses belles paroles, il ne parvint pas à être complètement rassuré.
Steve était reparti. Pour cinq mois cette fois – cinq mois ! Loki avait connu une période de creux avant d'être sélectionné pour trois contrats différents et travaillait de plus belle, satisfait de ne pas compter ses heures.
Il fut tiré d'une peinture à la gouache par la sonnerie de l'interphone. Il leva la tête, haussa les épaules, finit de déposer la noisette de peinture au bout de son pinceau sur la toile et le mit à tremper pour éviter qu'il sèche. Les mains sales, il appuya sur le bouton en priant pour que l'individu, qui qu'il soit, ait perdu patience.
"Loki ?!"
Perdu ! Pour une surprise, c'était une surprise – et pas une bonne.
"Thor" grinça-t-il à contrecœur.
Tin tin tiiiiin… *Musique de suspens terrible*
Cette fin de chapitre est absolument ridicule et inutilement dramatique n'est-ce pas ?
Bon week-end chers lecteurs/lectrices !
