La longueur de ce chapitre est une tentative pour me faire pardonner du Retard cumulé entre aujourd'hui et la fois dernière, je l'avoue. Et puis c'est aussi parce que 20,000 c'est un bien plus joli chiffre que 18,000 et des poussières. Mais c'est d'abord pour me faire pardonner, si, si. Promis. Et la fois prochaine sera en temps et en heure. Promis aussi. Oui, oui. C'est la Promesse du Petit Doigt.
Et je suis fière de t'annoncer, Lecteur, que s'achève enfin - enfin, oui ! - le faux-semblant de monopsone constitué par cette version et la suivante, que tu peux trouver, comme toujours, juste ici : /s/11977865/1/Les-Tribulations-d-une-Totalitariste (mais c'est celle d'Oprah la meilleure, tout le monde le sait 8D). Les différences vont se faire de plus en plus sentir au fur et à mesure que l'Histoire va avancer. Ici sont seulement posées les premières bases, jetées les premières pierres, semées les graines. Pour ton - plus - grand plaisir, je l'espère.
Brefouille.
Profite de ta lecture !
(Et donne-moi ton Opinion.) (Oui, oui, c'est autorisé.) (Et même très attendu. Le Lecteur, c'est le Meilleur.)
CHAPITRE V
Les présages de Guerre révèlent notre nature et nos chances d'y sombrer.
Quand Oprah sortit du train, sa première pensée fut que le gourou-juge divin pleurait vraiment trop. La seconde, de se demander comment Parfait-Crétin s'était débrouillé pour passer à l'intérieur de sa caisse de transport sans qu'elle le remarque. Le troisième que, vraiment, il devait lui enseigner comment se transporter physiquement ailleurs au vu et au su de tous sans avoir recours au Transplanage. À la quatrième, un Joncheruine s'immisça dans son oreille pour lui embrouiller les idées. En seize ans de pratique, Oprah savait désormais comment se prémunir des effets indésirables d'une telle intrusion, et elle secoua vivement la tête avec un grand sourire. Sans prêter attention aux gerbes d'eau que projetait sa lourde chevelure si trempée que son blond presque blanc en devenait sombre et terriblement semblable, ne serait-ce que l'espace d'un instant, à la vague furieuse d'un océan agité. Peut-être que cette vue trompeuse encouragerait des Aquavirius à trouver refuge sur sa tête… Ce serait un vrai bonheur pour ses recherches personnelles. Elle disposait de trop peu d'information à son goût sur ce parasite de la faune aquatique pourtant fascinant. Elle était certaine que le Ministère dissimulait farouchement ces informations en question, à son grand regret.
-Les premières années, par ici ! Résonna l'appel traditionnel d'une voix si bourrue qu'elle la prêterait volontiers à un gros ours des cavernes.
Une lanterne se balança devant elle, et elle dû faire un pas de côté pour esquiver un coup qui l'aurait balayée aussi sûrement qu'une main éloignerait un moucheron, ou qu'un duelliste en écrasait un autre. La lueur tremblotante à travers le rideau froid de la pluie éclaira le visage rond et barbu – Jupiter l'aurait-il béni lui aussi ? c'était toutefois un cadeau bien moins cool qu'un doigt barbu – d'un Hagrid fort trempé. Elle regretta de ne pas avoir pris ses lorgnotospectres pour pouvoir scruter de loin la barbe et les cheveux hirsutes et guetter le moindre petit indice d'une trace de vie. Un vrai nid à Aquavirius, elle en était certaine… Pourquoi avait-elle oublié ses lorgnotospectres ? Pourquoi ?
-Les premières années, par ici s'il vous plaît !
Le retour de la lanterne, qui, cette fois, ne manqua pas de se venger de son précédent raté en percutant le coin de la cage de transport de P.-C. Un P.-C. désormais suffisamment tendu pour qu'elle craigne les résultats qui allaient survenir dans la soirée. Ô bonheur. Elle pressentait déjà la longue bataille qu'elle allait devoir livrer avant de pouvoir rejoindre Saint-Augustin au pays des rêves.
Pas de doute, quelqu'un ou quelque chose, quelque part, les avait choisies, elle et Ann, pour exercer son courroux divin. Ou simplement jouer avec elles comme avec des pions sur un jeu d'échec.
Et ça commençait à peser - un peu - lourd.
Mais s'il y avait un moyen d'entériner ce mauvais sort, Oprah en ignorait tout. Tant pis. Tant mieux. Au moins, elle ne s'ennuyait pas.
C'est en se trifouillant les cheveux d'une main et en scrutant ceux du demi-géant du coin de l'œil qu'elle se glissa dans la marée humaine qui s'étendait devant le Poudlard Express. Un vrai fleuve de silhouettes dégoulinantes qui s'écoulait sans fin. Un ballet à forme indiscernable. Une berceuse visuelle. Elle avait décidément oublié des tas d'affaires dans ses bagages. Après son spray, puis ses lorgnotospectres, voilà que lui manquaient ses multiplettes. Ah, elles lui auraient été fichtrement utiles pour enregistrer ce mouvement uniforme de la foule et la revisionner en boucle dans son lit. Un parfait fond visuel pour s'endormir, elle en était certaine, même si elle ne pouvait du coup pas le vérifier. L'année prochaine alors ?
Oprah tira une plume de sa poche. Un peu froissée mais elle ferait l'affaire. Surtout qu'elle avait l'avantage, comme toutes ses autres plumes, de tirer son encre depuis le plumier qui lui était rattaché sans avoir à y être plongée. Un investissement cadeau de Mère. Le seul, de ce qu'elle se souvenait - avec le déluge de Beuglantes annuel, bien sûr. Sous le prétexte qu'elle était trop tête en l'air pour que ses études n'en pâtissent pas et qu'il était hors de question qu'une telle honte entache leur grand et noble nom, quelque chose comme ça. Alors… Que devait-elle se rappeler déjà ? Quelque chose pour l'an prochain. Hm. Oui, oui. Les multiplettes ? Les multiplettes. Un rond. Puis un deuxième, juste à côté. Un « M » au-dessus. Elle se souviendrait. Peut-être. Peut-être pas. Il y avait plus de chance qu'elle oublie, en vérité. Et les piqûres de la pluie sur l'encre fraîche n'aidaient pas vraiment : maintenant, le pense-bête bavait. Comment faire pour ne pas oublier, dans ce cas ?
Une petite main se glissa dans la sienne, la déconcentrant.
Ah oui. Ann. Il fallait continuer d'avancer, si elle ne voulait pas se voir grondée de son insouciant cheminement par son Annie un peu trop pressée de retourner en cours. Ce n'était pas le temps qui manquait, mais son amie ne prenait pas en considération leur avance, préférant se focaliser sur le rapprochement trop rapide à son goût de l'échéance. Comme chaque année. Comme chaque jour, en vérité. Même les week-end étaient parfois organisés à la seconde près, par une Ann incapable d'arriver en retard ou que ce fut, ou de ne pas conclure un devoir ou une recherche personnelle. La vie avec elle était un marathon de tous les instants. Mais Oprah aimait ça. Cela allait sans dire. Une amie comme Ann ne pouvait qu'être pardonnée pour toutes ses petites excentricités. Et puis, elle-même savait très bien ne pas être la mieux placée pour en juger. Elle se connaissait. Et si elle s'estimait seulement spéciale, beaucoup la clamaient folle. Elle n'était pas folle. Juste différente. Quoique. Peut-être était-elle folle. Un peu. Il fallait qu'elle en parle avec son Moi-même un jour ; et puis avec son Je, et son autre Moi, pour avoir des avis divergents et se faire une idée bien construite. C'était important d'impliquer tout le monde. Comme l'univers impliquait une synchronicité entre les différents éléments le composant. Tels que les astres qui pouvaient se placer comme augures par moment. Ah, quel dommage que le ciel ne soit pas dégagé. Elle aurait bien aimé pouvoir lire les étoiles, et pourquoi pas voir si lesdits astres étaient en leur faveur pour cette Rentrée… Ce dont elle doutait sincèrement après le show baroudien auquel elles venaient tout juste d'avoir droit. Et le coup vicieux de la lanterne maléfique. Bizarrement, elle sentait que le pugilat n'était pas encore terminé. Qu'allait-il encore leur tomber sur le coin du nez ? Que disaient les moldus, déjà ? Une tuile, non ? Une tuile. Bon, avec l'accumulation de petites tuiles elles arriveraient sûrement très vite à composer un toit entier. Peut-être que cela les protégerait au moins de la pluie qui tombait à verse.
-Allez, allez, insista Ann quelque part devant elle, on va être en retard.
Cette petite voix de souris sonnait d'une façon si habituelle à ses oreilles qu'elle faillit bien ne pas la remarquer.
Seulement, il y avait Sir.
Un Sir fort courroucé de tout ce remue-ménage qui l'entourait et des torrents que déversait le ciel sur ses chatoyantes plumes. Un Sir, donc, qui hululait à qui voulait, et ne voulait pas, l'entendre, son désaccord avec ce qu'il subissait bien malgré lui. Un vrai martyr. Presque au niveau de Gwendolin la Fantasque au cours de la Chasse aux Sorcières de Salem. En tout cas, lui était suffisamment audible pour qu'elle se sente obligée de se concentrer sur la route. Au moins un peu. Histoire d'écourter la torture du pauvre Grand-Duc… Et surtout de ses oreilles qui criaient grâce. Elle avait appris qu'un hululement mauvais du Sir équivalait à un avertissement. Plusieurs signifiaient généralement que l'ombre de la Fin planait sur les responsables - ou non - de l'infortune du hibou. Comme maintenant. La mine grave, Oprah tendit le bras pour tapoter le bec de Sir au travers des barreaux de sa cage. C'était un gros oiseau. Coriace. Mauvais de caractère. Mais Oprah aimait à croire qu'il éprouvait une certaine affection à son égard, surtout dans les moments comme maintenant, où il se taisait presque sagement. Le calme était revenu. Mais il ne fallait pas oublier de travailler à le maintenir. Et c'est donc aidée d'un petit fantôme qui s'essayait à l'art ancestral et divin du bélier qu'Oprah entreprit de remonter le fleuve humain pour arriver au But.
Enfin.
Là. Juste là.
Droit devant.
Les diligences.
Une centaine de diligences, depuis le début du long serpent sur roues, jusqu'à la toute fin. Et le double de Sombrals, brouillés pas tant par les trombes d'eau qui se déversaient que par l'aveuglement de ceux qui ne savaient pas appréhender le monde de l'invisible. Pauvre peuplade ignorante. Ce devait être très ennuyeux d'être dans leur tête imperméable à tout ce qui se tramait tout autour d'eux. Elle préférait rester dans la sienne, avec ses petites voix pour lui tenir compagnie. Et son Annie, toujours son Annie.
-… te va ?
Une Annie qui lui parlait d'ailleurs. Histoire de prouver qu'elle n'était pas totalement ailleurs, Oprah acquiesça machinalement, et alla même jusqu'à marmonner un inaudible oui entre deux boucles trempées qui collaient à ses lèvres. Puis, comme toujours, elle sortit un sachet de la poche de sa robe. Le plus proche Sombral, qui se tenait entre deux brancards avec un de ses compagnons, tourna la tête dans sa direction. Un regard blanc sans pupille, fixe, se posa sur elle. Elle sourit. Et, sans plus se préoccuper d'Ann, qui devait sûrement envisager d'entamer une guerre de plus avec le marchepied usagé, elle s'approcha tranquillement de la majestueuse créature. Finalement, elle allait l'avoir, son petit moment de paix. Rien de tel qu'une communion avec l'une de ces créatures pour qu'elle retrouve tout son calme, que ses chakras se purifient, comme dirait Ann.
-Bon soir, n'est-ce pas, Tenebrus ? Murmura-t-elle, une fois arrivée tout prêt du Sombral.
Il piétina, battant le sol de ses sabots pour la saluer. Ses grandes ailes de cuir lisse frémirent, et sa bouche s'ouvrit grand, laissant voir de redoutables mâchoires ornées de crocs acérés. Il siffla, abaissait sa tête pour donner un petit coup sur son bras. Celui qui tenait le sachet de friandises. Un gloussement fit vibrer sa poitrine alors qu'elle posait une main sereine sur l'encolure luisante de pluie de Tenebrus. Ses doigts grattèrent le pelage noir, sans trop se soucier des os qui se dessinaient très nettement sous la peau de la créature – ils n'avaient aucune chair entre leur dite peau et leurs os, quelque chose que les gens ignorants et bornés ajoutaient à leurs œillères pour ne pas les aimer… quand ils en connaissaient l'existence. Elle aimait beaucoup passer du temps avec les Sombrals. Parfois, elle allait dans la Forêt Interdite uniquement pour les voir, plutôt que se concentrer sur une nouvelle expérience ou traque. Elle y avait souvent rencontré Hagrid. Et même, une fois, Bumbledore. Un Bumbledore tout de rouge vêtu ; elle était intimement persuadée qu'il faisait alors la chasse aux Joncheruines récalcitrants osant approcher ses étudiants.
-Ce sont tes préférées, précisa-t-elle en sortant une sucette à l'origine destinée aux vampires à cause du goût sanglant.
Un goût qu'appréciait tout particulièrement les Sombrals, créatures carnivores, et Tenebrus ne fit pas exception en gobant presque le bonbon. Un sifflement attira l'attention d'Oprah vers une autre tête, tout aussi reptilienne, qui avançait dans sa direction d'un air curieux. Le nouveau venu, celui qui tirait la diligence aux côtés de Tenebrus, s'ébroua et souffla bruyamment pour se manifester. Elle ne l'avait encore jamais vu, sûrement était-ce un jeune, qui avait juste assez grandi pour se voir gratifier de la tâche de cheval de trait l'espace d'une soirée. Elle ignorait tout de lui, mais elle ne faisait pas de favoritisme :
-Tu en veux aussi ?
Tirant du sachet une nouvelle sucette aromatisée au sang, elle la plaça dans sa paume, où l'autre Sombral eut tôt fait de se mettre à la lécher goulûment.
Aujourd'hui était finalement un bon jour, car le passé n'existait plus et le futur n'arriverait pas tout de suite, peut-être même jamais. Les Baroudeurs étaient loin. La Rentrée était loin. Elle pouvait se poser, oublier, passer à autre chose. Profiter du moment présent. De l'instant que lui offraient les Sombrals heureux de la voir - ou, plus sûrement, de recevoir des friandises. Une fois de plus, elle s'imagina dans la peau d'un animal, à vivre sans se soucier des regrets et autres remords, sans envisager les illusions du lendemain. Et, obnubilée par ses préoccupations spirituelles, elle ne remarqua pas dans l'immédiat qu'elle se retrouvait avec deux paires d'yeux blancs luisant d'un drôle de reflet. Les deux Sombrals secouèrent la tête d'un même mouvement, rejetant en arrière leurs longues crinières aussi noires que leur pelage. Oprah caressa le chanfrein de Tenebrus, le regard plongé dans le sien.
-Braveheart.
Une voix, encore.
Pour elle, toujours.
Ennuyée dans ses communications spirituelles avec Tenebrus, Oprah se tourna vers la source du signal sonore. Des pieds. Des pieds qui savaient parler ? C'était beaucoup plus intéressant que ce à quoi elle s'attendait… jusqu'à ce qu'elle voit que les pieds étaient montés sur des jambes. Des jambes qui appartenaient à un corps. Un corps un peu trop vu, un peu trop connu. L'Autre. Diantre. C'était finalement arrivé : la suite du pugilat était là, le chapitre deux pouvait commencer… Mais pourquoi les astres et autres divinités potentielles leur en voulaient-elles à ce point ? Aurait-elle provoqué le courroux de quelque Joncheruine désormais déterminé à se venger par tous les moyens possibles et imaginables à sa disposition, comme l'Autre, justement ?
Elle cligna des yeux, les leva au ciel. Oui : pourquoi ? Puis elle pencha la tête sur le côté pour observer l'Autre. Qui tressaillit et recula d'un pas. Que lui avait dit Ann à ce sujet, déjà ? Ah, oui, qu'elle avait une façon particulièrement déstabilisante de regarder les gens, comme si tu pouvais voir, non pas au fond de leur supposée âme, mais plus loin encore, en partant du postulat qu'il y ait une âme et plus encore. C'est bizarre, parce que quand les gens te regardent, ou plutôt quand tu regardes les gens, ils se raidissent et prennent leur distance, leur bouche s'entrouvre et leurs yeux s'écarquillent… Tu deviens un peu effrayante pour eux, apparemment. Peut-être qu'ils ont naïvement peur que tu scrutes jusqu'à leurs pensées les plus intimes et que tu mettes à nu leurs secrets ? C'est ridicule toutefois, parce que les pensées ne sont pas un livre que tu ouvres et dont les pages sont disponibles au premier intrus qui s'aventurerait vers elles. L'esprit est une chose particulièrement complexe - et ne parlons pas de l'âme - et la seule arcane magique permettant ce genre de prouesses est la Légilimancie, que tu ne pratiques pas. Elle avait donc un drôle de regard. Et elle aimait s'en servir, comme maintenant, pour pousser l'Autre à ne pas la regarder dans les yeux. Elle n'aimait pas ses yeux ; trop verts, trop brillants, trop perçants, comme s'ils étaient capables, eux aussi, de déceler quelque chose chez leur cible. Oprah ne voulait pas être une cible. Alors elle la fixait. Mais s'essayait tout de même à la politesse durement enseignée par Mère dans ses bons jours :
-… Evian, salua-t-elle donc.
Mais la politesse n'était apparemment pas vraiment au goût de son interlocutrice :
-C'est Evans ! La reprit immédiatement l'Autre.
-Oprah Braveheart, nullement enchantée, sourit-elle machinalement. Mais il me semble qu'on a déjà fait connaissance, non, Evian ?
Un nombre incalculable de fois, à vrai dire. La proie favorite du Jamesus Stupere Potterus adorait lui rappeler son nom. Et sa maison. Puis ses capacités intellectuelles en étalant ses lectures et autres sortilèges sous son nez. À croire que repousser Potter à coup de claques retentissant dans tout le château lui avait donné la mauvaise manie de transpirer d'assurance. Quoique. Cette inimité réciproque avait commencé bien avant le soudain penchant baveux du singe à lunettes pour l'insupportable Gryffondor rousse. Elle avait oublié la date exacte. Ou plutôt, elle s'en préoccupait comme des pratiques intimes fallacieuses de McDonald et Bumbledore. Pas de quoi lui mettre des Joncheruines dans la tête normalement… Sauf qu'Evian transcendait tout stade de normalité en matière d'insupportabilisme. Surtout quand elle était accompagnée, comme aujourd'hui, de sa fidèle amie de compagnie : Marlène McKinnon, l'Austère, le Tapis de Sirius. Oui, le Tapis. Ou le Paillasson, au choix. Après tout, ne revenait-elle pas vers lui après chaque coup fourré, pour le laisser essuyer ses méfaits sur son « honneur » ? Ah, elle adorait les potins et autres ragots qui couraient dans les couloirs de Poudlard, où les secrets étaient si bien gardés qu'il fallait bien quelques heures pour que la Grande Salle au complet soit au courant des tenants et aboutissants de l'histoire. Surtout celle qui racontait le moment où McKinnon ava-
Un éclair coupa les tribulations de ses pensées. Elle cligna des yeux, leva la tête. Le Déluge arrivait. Évidemment. Cette rentrée n'aurait pas pu être parfaite sans cela. Sans l'averse. Et sans le résultat de lourds travaux d'autosuffisance scolaire dont l'objectif était de donner un semblant de supériorité à un individu féminin socialement acceptable bien qu'en voie de décrépitude intellectuelle chaque fois qu'il ouvrait la bouche : Lily Evian. À qui McQuignon faisait de la concurrence, visiblement :
-Ça a les Maraudeurs au complet dans leur compartiment mais ça préfère quand même parler à des bestioles bizarres et imaginaires ?
Les œillères de McQuignon faisaient un travail remarquablement formidable.
Mais pourquoi diantre Sir Charles-Edouard et les Sombrals étaient-ils associés à la présence des Baroudeurs dans leur compartiment durant le voyage ? Ces formidables créatures n'avaient pas à souffrir d'une telle comparaison. Il était définitivement préférable de s'occuper d'eux et de profiter de leur présence que de celle de ces Homo Stupere. McQuignon devait vraiment être désespérée et souffrir d'une vie ennuyeuse, si elle en était venue à les placer ainsi sur un piédestal. Bon, sauf pour Peter. Peter, c'était un gentil garçon. Elle aimait bien passer du temps avec lui - même si Tenebrus était définitivement plus causant ; pas besoin de savoir parler anglais pour être compréhensible après tout. Et puis Loupin. Loupin était… différent.
-Marly, arrête, essaya de tempérer Alice.
Une Alice d'ailleurs fort semblable à une serpillère mal essorée. Une évidence qu'elle semblait vouloir mettre en avant comme argument :
-Je voudrais juste pouvoir entrer dans un wagon avant de me transformer en cascade. S'il te plaît ?
-Tssseuh.
Ah, le retour du sifflement réprobateur et rempli de dédain. Sûrement que McQuignon s'inspirait du Fourchelang pour essayer d'intimider ses interlocuteurs. Mais à bien y réfléchir, Oprah n'était pas contre une conversation sifflée. Ce serait probablement fascinant. Peut-être même musical. Quel dommage qu'aucun livre ne mentionne une façon d'apprendre cette drôle de langue, et qu'aucun sort ne puisse doter un serpent de la faculté de parler anglais afin de pouvoir lui soutirer un enseignement complet et détaillé. C'était une langue bien trop rare, à son grand regret, et surtout bien trop mal vue. En quoi parler aux serpents pouvait signifier une déviance du mauvais côté de la Force ? Les serpents étaient symboles de guérison et de renaissance, de fertilité même. Tout le contraire des sombres exactions dont on les gratifiait généralement. Encore une fois, merci les œillères.
-… reste plein de banquettes pour deux dans les autres diligences, entendit-elle à retardement, elles n'ont qu'à en choisir une autre.
On les mettait à la porte avant même qu'elles l'aient franchie ?
-Oui, la majorité l'emporte, Braveheart, crut même bon d'ajouter Evian. Serdaigle devrait te l'avoir enseigné, maintenant.
Un sourire indolent. Le sourcil droit qui se haussait. Et l'air presque amusé d'une Oprah qui scrutait attentivement l'Autre comme un charognard un bout de viande, un Sombral un lambeau de chair ensanglantée, une Licorne du lait. Serdaigle, hm ? Evian avait toujours voulu aller à Serdaigle, elle faisait savoir à tout le monde qu'elle y avait sa place et qu'elle se représentait davantage dans la maison bleu et bronze de l'illustre Rowena Serdaigle que dans le camp bordélique du grand duelliste Gryffondor. Un fait qui amusait considérablement Oprah. Et la soulageait. S'imaginer vivre au quotidien avec l'Autre, partager avec elle un dortoir, une salle de bains, la Salle Commune… Elle en avait des frissons. Mieux valait une Autre qui lorgnait avec envie sur sa Maison. C'était plus reposant. Et beaucoup plus amusant.
-L'herbe du voisin est toujours plus verte, se contenta-t-elle donc de rétorquer d'une voix posée.
Et, sans plus attendre, elle passa devant les trois Gryffondors en manquant de bousculer une Alice au Pays des Rêves, et s'engouffra dans la diligence, sachant qu'elle serait bien vite suivie de son Annie.
Une Annie aux prises avec sa propre Ennemie, une McQuignon qui ne semblait pas vouloir la lâcher. Le pain serait-il rassis pour être aussi dur ?
-Je sais que tu n'as rien, mais tu aurais pu investir tes quelques noises dans une robe qui n'est pas de seconde main. Comment peux-tu te balader avec une telle loque ? Alors que les Maraudeurs sont venus dans ton compartiment…
Que voilà une agréable remarque. On lui reprochait souvent que ses attitudes bien peu politiquement correctes en décevaient certains… mais elle n'avait jamais prétendu être une bonne personne. Contrairement à McQuignon, qui ne manquait pourtant jamais une occasion de revendiquer son inimité à l'égard d'Ann. Mais elle savait qu'elle n'avait pas à s'en faire. Ann savait parfaitement se défendre, usant des mots comme autant d'armes, piquant aux bons endroits pour repousser l'autre, et ce, toujours avec la même innocence candide qui ne cessait de la fasciner.
-À en juger de la fréquence à laquelle tu changes de robe de sorcier, à chaque fois pour des robes de qualité supérieure, nul doute que tu fais partie des élèves les mieux habillés de Poudlard, commença en effet Ann d'un air pincé. Cependant, au vu de la façon dont Sirius Black te traite, à savoir guère mieux qu'un paillasson ou qu'un plan d'un soir selon ses envies versatiles de personne stupide, il me semblerait logique d'en conclure que la maxime « l'habit ne fait pas le moine » s'applique ici au sens propre et que ce n'est pas en misant sur tes vêtements que tu pourras entreprendre quoi que ce soit de sérieux avec lui, si tant est qu'il puisse être sérieux. Il te faudrait revoir ta stratégie.
Touchée, mais pas coulée.
McQuignon allait définitivement s'empresser de renchérir, et ce, sous le regard inquiet d'Alice :
-Un paillasson ? Moi ? Alors que c'est toi qui éponge le sol de ta robe de seconde main ? Qui es-tu pour parler, déjà ? Comment peux-tu penser être en position d'insinuer quoi que ce soit quand on vient d'où tu sors ? J'y crois pas. Et tu oses critiquer Sirius ? Tu ferais mieux de réfléchir avant de sortir tes tirades à deux Noises.
L'arrivée en fanfare du plus ennuyeux des amis de la plupart du commun des mortel : poussez-vous, poussez-vous, faîtes place aux Préjugés !
-À vrai dire, je ne suis pas partisane de la théorie du déterminisme social, et je ne vois pas l'intérêt d'en parler avec une disciple de ce courant de pensée digne d'Émile Zola. Il me semble important d'insister sur le fait que chacun devrait être capable d'exprimer ce qu'il pense dès l'instant où cela semble au moins un peu vrai. Et en ce sens, je suis aussi à-même de critiquer Sirius Black que tu es de l'idolâtrer. De plus, j'en suis d'autant plus légitime que mon assertion est en réalité partagée par bien trop d'étudiants pour les compter sur les doigts de deux mains - à savoir plus de dix non inclus, je préfère le préciser. Mais on pourrait en dire autant de James Potter, avec qui il partage quelques chromosomes de la stupidité en plus de tout leur temps.
-Tu me fais perdre mon temps.
Oh, McQuignon abandonnerait-elle la partie ?
-Et plus jamais tu parles de Sirius devant moi. Ose encore l'insulter alors que je suis là et je jure devant Merlin que je te ferai avaler ta baguette merdique.
Ah. Non, la voilà qui revenait à la charge - avec le Fléau comme menace, bien pensé, mais en théorie seulement, en pratique, c'était surtout elle qui risquait d'avoir mal, très mal.
Oprah se détourna toutefois de la conversation, non sans un discret courage et abnégation à l'attention d'Ann, jaugeant que cette-dernière avait suffisamment de répartie pour s'extirper des ennuis seule, telle une grande fille. Et puis, il y avait autre chose qui nécessitait son attention. Quelque chose qui lui hérissa les cheveux, presque littéralement. L'Autre. Qu'elle avait le malheur, maintenant qu'elle n'était plus focalisée sur le combat de son amie, de voir bien tranquillement assise face à elle. Une Autre qui, si elle n'avait pas voulu s'étendre sur le sujet botanique précédent, ne lâchait rien et continuait de la fixer d'un regard courroucé. Pourquoi les Gryffondor ignoraient jusqu'à la notion même d'abandon ? ou de tranquillité ? Ce devait être fatiguant, que d'être constamment dans un tel état combatif. Et terriblement ennuyeux, puisque rien d'autre que la bataille n'importait. Une fois de plus, elle était bien contente d'être une Serdaigle.
Son attention fut soudain attirée par P.-C., dont la disparition de sa caisse de transport n'avait pas trop surpris la maîtresse. Oprah savait qu'il ne s'y réfugiait que rarement, généralement pour se protéger du mauvais temps, et s'en extirpait dès qu'il se jugeait à l'abri. L'absence de pluie inondant l'intérieur de la diligence avait visiblement suffi à le rassurer, et voilà le siamois qui se baladait sur les banquettes en y faisant généreusement ses griffes, sans oublier de gratifier de nuées de poils les humains qui squattaient son - nouveau et temporaire, certes - territoire. Il leur signifiait très explicitement que l'endroit lui appartenait désormais, et qu'elles n'y étaient qu'invitées.
-Récupère ton chat, Braveheart.
La voix d'Evian lui tira à peine un regard ennuyé en direction de la rousse. Elle ne s'était jamais complètement remise de la fois où P.-C. avait déchiré puis partiellement avalé son devoir de Runes - mais quelle idée avait-elle eu, aussi, de le laisser traîner à la Bibliothèque ? ne lui avait-on jamais appris à tenir ses affaires rangées et hors de portée de tout incident inattendu ? elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même.
-Non, merci, contesta-t-elle simplement avec politesse.
-C'est pas vraiment une demande.
Oprah haussa un sourcil. Ah ?
-Serais-tu en l'incarnation de Mère espionnant Poudlard, pour t'arroger le droit de me donner des ordres ? S'enquit-elle.
L'idée était plutôt effrayante en vérité. Voir Mère arpenter les couloirs du château n'était certainement pas quelque chose qu'elle désirait. Un vautour sur le dos, c'était bien trop ennuyeux. Et trop pesant. Elle risquait de glisser en allant faire sa balade quotidienne du matin sur les toits de Poudlard ; ce serait définitivement peu amusant, et peut-être même risqué… pour ses vêtements, qui risquaient de se déchirer dans la chute.
-Tu connais pas les bonnes manières ? Insista sa condisciple, faisant définitivement très honneur à la pugnacité de sa Maison.
-Ça se mange ?
-… fut le silence consterné qui suivit la réaction faussement innocente et naïve d'une Oprah tout sourire. Le respect, tu sais ce que c'est ?
-Je veux une preuve.
-Quoi ?
-Une preuve, répéta une Poppy très conciliante. Je veux une preuve de mon prétendu irrespect. Tu peux faire ça pour moi, Evian ?
Grincement de dents.
Décidément, Evian n'arrivait pas à apprécier son nom. Elle devrait envisager de faire un recours au Ministère de la Magie. Ou d'intenter un procès à ses parents, si ça devenait un tel handicap. Grogner sur les gens ne se faisait pas, après tout. Quelqu'un pourrait finir par croire qu'elle avait la rage.
-Ton chat fait comme chez lui, dans notre espace privé.
Oprah baissa la tête, ses yeux se posant sur un P.-C. confortablement lové en boule aux pieds d'Alice. Une Alice qui n'était visiblement pas plus préoccupée que ça par la proximité du chat, au vu de la conversation qu'elle entretenait activement avec Ann. Tiens tiens, c'était bien la première fois qu'elle voyait Ann parler librement avec quelqu'un d'autre qu'elle ou Luce. Ou le Sir. Voire P.-C. Tant mieux. Si Alice pouvait emmener Ann sur le chemin du Pays des Merveilles - de Botanique actuellement -, c'était volontiers qu'elle la laissait faire.
-Le temps est un voleur, répondit donc Oprah d'un air qu'Ann jugerait sûrement très philosophique.
Elle aurait peut-être dû préciser sa pensée. Ainsi, elle aurait sûrement pu éviter le duo de regard perplexe de McQuignon et Evian. Mais était-ce sa faute si ses interlocutrices n'avaient pas les aptitudes pour suivre ses répliques à leur égard ? Non.
-Quoi ? Fut la première réaction interloquée qu'elle obtint, vite accompagnée d'une fausse jumelle : Qu'est-ce que tu racontes ?
Apparemment, son interlocutrice en question, l'Autre, n'était pas du même avis et la matraquait du regard comme pour exprimer sa réprobation. Elle le pensait toujours, toutefois : elle ne pouvait pas se targuer d'être responsable de l'incompréhension de l'Autre, non, non, non et non.
Oprah haussa un sourcil.
-Le temps est un voleur, répéta-t-elle à nouveau, plus lentement, en détachant bien les syllabes comme si elle parlait à une malentendante ou à un tout petit enfant. As-tu besoin d'un rendez-vous chez le Magicoprothésiste pour améliorer ton audition défaillante ?
Encore un peu et Evian serait bientôt aussi rouge que ses cheveux. Mince, elle aurait dû prendre son appareil à photographie sorcier pour enregistrer cette évolution colorée. Pourquoi avait-elle oublié tant de choses primordiales ? Qu'avait-elle fait aux astres, par Saint-Augustin ?
-Mes oreilles vont très bien, la sortit de ses pensées Lily.
-Vraiment ? Alors c'est peut-être ton cerveau qui a besoin d'aide ?
Ah, ça y était ! Le stade du cramoisi était atteint. On aurait presque dit que de la fumée sortait des oreilles de l'Autre. Oprah ne put – et ne voulut guère – retenir un gloussement. Ainsi, Evian imitait fort bien le wagon de tête du Poudlard Express, avec ses flamboyantes teintes rouges et ses crachats de fumée. Que voilà un beau déguisement pour le Halloween qui s'en venait. Elle aurait vraiment dû prendre son appareil photo.
-Tu devrais plu-
Mais nul ne devrait jamais savoir ce que Lily Evans préconisait à Oprah Braveheart, puisque l'herbe, une fois de plus, lui fut coupée juste sous les pieds. Ladite Oprah, en effet, n'était guère attentive aux conseils de l'Autre, et elle préféra commença à chantonner de son éternelle voix douce et monotone, un peu trop grave pour une fille :
-Je ne suis qu'une ombre. Rien qu'une ombre, une ombre vagabonde… Qui, aussi légère qu'une onde, effleure les songes… Tes songes, mes songes, nos songes ~
Elle avait beau ne pas élever la voix, elle n'avait apparemment aucun mal à se faire entendre. Sa voix résonnait dans le compartiment, coupant court à toute tentative de conversation initiée par une Evian qui, interrompue, n'était guère heureuse de la tournure de la situation. Un sourire au coin des lèvres, Oprah s'empressa donc de poursuivre :
-Je ne suis qu'une vision, continua-t-elle dans un murmure lent en fixant Evans droit dans les yeux. Mirage ou hallucination, peu importe la distinction, pour une simple illusion.
Un claquement de langue plus tard, Sir Charles-Edouard se mit à l'accompagner de son répétitif hululement lugubre, créant un concerto des plus harmonieux. À en faire fuir tout Joncheruine qui serait assez brave pour être resté jusque là - peut-être cela serait-il d'ailleurs suffisant pour ériger définitivement une barrière protectrice pour le restant du trajet jusqu'au château… peut-être.
-Je ne suis qu'un mensonge, bouhou-hou-oou, fruit de ta déraison. Bouu.
Et à en traumatiser son chat, qui s'était réfugié entre les jambes d'une Lily à l'air contrarié, tremblant et crachant comme si le diable était face à lui. Dommage qu'il n'ait pas les oreilles suffisamment sensibles pour apprécier la qualité de cet interlude musical.
-Bou-ouhou-ouh, fut-elle rappelée à l'ordre avant de continuer : Je ne suis qu'une ombre, laissée à l'abandon. Je ne suis qu'un souvenir errant booooou-hou dans un monde de néant, qu'un océan larmoyant, au fond de ton inconscient. Je-
-Si c'est pour chanter quelque chose d'aussi stupide, tu ferais mieux de te taire, Braveheart, la coupa Lily Evans.
Oprah haussa un sourcil.
-Stupide ? Depuis quand quelque chose est stupide si l'on a pas la capacité d'en comprendre le raisonnement intrinsèque logique ? S'enquit-elle en inclinant un peu la tête sur le côté, l'air aussi innocent qu'un P.-C. qui viendrait de faire ses griffes sur son oreiller favori.
Non, elle ne venait pas d'insulter Evian.
Elle avait émis une constatation, c'est tout.
Rien qu'une constatation.
En aucun cas cela ne pouvait être à l'origine de la soudaine tension dans les poings d'une Evian qui venait de se mettre debout. En aucun cas. Ni, d'ailleurs, le soulagement qui exhalait dans le soupir de son Annie alors que l'Autre était traînée dehors par une Alice profitant de l'arrêt de la diligence pour jouer les bergers et rassembler son troupeau. En aucun cas, non.
Et elle ne souriait pas parce qu'elle était ravie de la tournure de la situation.
En. Aucun. Cas.
L'air très digne, Oprah rajusta son chapeau pointu à pompom sur sa tête, histoire de se protéger au maximum des intempéries, attrapa d'une main la caisse de transport à nouveau alourdie par le poids d'un chat magicien, et sortit affronter le courroux divin. Derrière elle, une Ann aux prises avec la cage de son hibou au moins aussi grande qu'elle. Des éclairs illuminèrent leurs pas lorsqu'elles descendirent de leur diligence, arrêtée devant les grandes portes sombres auxquelles on accédait par le majestueux escalier en pierre qui avait vu tant de chutes et autres petits tracas du quotidien des étudiants. Ann était toujours aussi pressée, et elle ne prit guère la peine d'admirer le paysage, préférant attraper la main d'Oprah pour l'entraîner à la suite de la foule qui montait déjà quatre à quatre les marches pour gagner le Hall et ainsi éviter toute invasion d'Aquavirius. Ce fut le sprint de leur vie. La course de fond, les dernières foulées dans un souffle crachotant et vacillant pour Ann, à peine entaché pour Oprah. Si la première n'osa relever la tête qu'une fois à l'abri de la dépression humide du gourou-juge divin, la seconde, elle, admirait toujours le ciel à s'en tordre le cou. Finalement, il n'y eut plus que des escaliers au-dessus d'elles et des torches crépitantes tout autour.
-Par Saint-Augustin ! S'exclama Oprah en secouant la tête.
Une fois encore, ses cheveux se transformèrent en vague inondant tout sur leur passage, surtout les quelques courageux qui osaient passer près d'elle. Mais c'était amusant. Ça lui rappelait un peu ce que faisait P.-C. quand il sortait de son bain. Elle comprenait parfaitement pourquoi il le faisait… et pourquoi il la regardait ensuite d'un air bien trop satisfait de lui-même.
-Si ça continue, nous aurons une inondation sur les bras. Le lac va déborder, fit remarquer une Ann toute préoccupée.
-Peut-être qu'on pourra faire du… surf ? Hésita Oprah en butant momentanément sur le mot, avant de reprendre avec plus d'assurance : du surf, oui, dans le parc ?
Sauf que les astres n'en avaient pas fini avec elle.
Elle aurait dû s'en douter.
En effet, soudain, le ciel lui tomba sur la tête.
Ou plutôt, un ballon rouge rempli d'eau percuta le sommet de son crâne, explosa et déversa son contenu en trombe sur elle. Serait-ce un genre nouveau de bénédiction ? Elle penchait plutôt pour une attaque sournoise prétendument blagueuse. Ruisselante, elle leva la tête. Autour d'elle et de son amie régnait la panique ; des élèves couraient dans tous les sens, hurlant, lançant des injures, se poussant, trébuchant. Il y avait uniquement deux possibilités qui pouvaient expliquer un tel désordre. Alors, Baroudeurs ou Poltergeist ?
Poltergeist.
Peeves flottait à cinq ou six mètres au-dessus du sol, son visage rond tendu par la concentration alors qu'il entreprenait de viser avec soin un groupe de fillettes toutes de verts vêtues. Nul n'était épargné. Un coup classique de début d'année, finalement. C'était un peu comme s'il leur souhaitait la bienvenue, à sa façon un peu trop enjouée. Elle aurait préféré qu'il s'abstienne, cela dit. Non que ça la dérange d'être trempée, elle l'était déjà à cause du Déluge, dehors, de toute façon. Par contre, ce n'était pas l'avis, ni de son chat crachant et sifflant à tout va, ni de Sir Charles-Edouard qui avait été malencontreusement éclaboussé lui aussi. Leur première soirée n'était définitivement pas de tout repos ; peut-être était-ce pour compenser les années précédentes, où tout s'était déroulé plus ou moins dans le calme et la perfection. Sauf la fois où les Baroudeurs avaient lâché des Bombabouses dans le Poudlard Express, l'empestant au point que le Banquet avait dû être repoussé, les professeurs exigeant que tous les élèves se lavent avant de ne serait-ce qu'envisager de rentrer dans la Grande Salle. Et puis, il y avait aussi cette fois où le Sir avait volé l'uniforme d'Ann pour le balader dans toute la Tour de Serdaigle. Bon, plutôt moins que plus, finalement.
-Peeves ! Hurla une voix stridente lui rappelant furieusement le crissement habituel des serres de Sir Charles-Edouard sur une fenêtre. Peeves, arrête immédiatement !
Le professeur McDonald débarqua depuis la Grande Salle, ses longues robes volant autour d'elle comme une paire d'ailes rouges et noires, son chapeau de travers sur son chignon et ses lunettes menaçant à tout instant de tomber. Comme elle. Trébuchant sur le sol humide et plus boueux que la porcherie qu'Oprah avait eu l'occasion de visiter durant les vacances de l'an dernier, le professeur glissa et dû se retenir pour ne pas heurter le sol de son auguste et professoral popotin.
À son cou.
Oprah eut l'étrange sensation qu'un collier étrangleur lui était passé et que quelqu'un y tirait de toutes ses forces. Elle porta une main à celles qui serraient son cou et froissaient son col. Heureusement qu'elle n'avait pas mis sa cravate à l'endroit habituel, tiens. Jupiter était peut-être avec elle, finalement. Rien n'était moins sûr cependant.
-Veuillez m'excuser, Miss Braveheart, entendit-elle vaguement.
-Hm. Pas de mal, professeur, marmonna-t-elle, les yeux levés au plafond lointain scrutant les escaliers éternellement en mouvements.
-Peeves ! Aboya McDonald – elle se transformait en chat pourtant, pas en chien.
Elle redressa son chapeau pointu, repoussa ses lunettes sur son nez, rajusta ses robes, retroussa les manches… Se préparait-elle à partir en guerre ?
-Je ne fais rien de mal. Ils sont déjà mouillés, non ? Caqueta la sempiternelle voix nasillarde d'un Peeves ravi. Ha ha ha !
Mais le Poltergeist ne faisait pas la poids face à une femme fulminante de rage. Finalement, plutôt qu'un chat ou un chien, elle voyait davantage un dragon. Un très gros dragon absolument pas content, voire complètement enragé ; une dragonne, en fait, dont le Poltergeist aurait dérangé la couvée - en l'occurrence, les étudiants.
-Je te préviens, Peeves ! Le Baron sera prévenu !
Le caquètement furieux qu'émit alors le Poltergeist si célèbre de Poudlard ressemblait furieusement à celui d'un coq en pleine mue sur le point de se faire égorger. Mais ledit coq, lui, n'aurait pas la chance de se sauver pour continuer à caqueter, contrairement à Peeves qui s'en fut – non sans lâcher une nouvelle bombe à eau en direction du professeur, tentative risquée de se venger – dans les ombres du château.
-Bon, allez-y maintenant, aboya à nouveau le professeur – il y avait définitivement du chien quelque part là-dessous.
Entre temps, Oprah s'était finalement décidée à abandonner la caisse de P.-C. et son petit sac de voyage à ses pieds. Ils touchaient à peine le sol quand ils disparurent, dans un pop retentissant. Merci les Elfes de Maison, qui les redirigeaient vers leurs dortoirs respectifs. Ils étaient d'une efficacité sans pareille. Comme Moogy, l'Elfe de la famille, sans qui le Manoir ne serait définitivement pas plus accueillant que la sombre tanière d'un quelconque animal. Elle lui manquait, tiens.
Un nouvel aboiement retentit depuis les puissants poumons de la dragonne enragée :
-Tout le monde dans la Grande Salle !
