QUATRIEME PARTIE
CHAPITRE I
Un an plus tard…
Les modestes objectifs de vie de James Potter ne s'étaient pas tout à fait réalisés comme il l'espérait. Ça n'allait pas si mal, mais s'il s'était un jour imaginé qu'il contrôlait sa vie, il en était maintenant tout à fait désabusé.
Et ça avait l'air de vouloir empirer.
Dans un effort pour se ressaisir, il avait cherché à s'occuper et posé sa candidature pour un poste d'Auror. Il n'en avait certainement pas besoin et c'était le rêve de Sirius, pas le sien. Mais il pensait qu'il pouvait s'en tirer une journée après l'autre si on lui donnait des instructions à suivre. Pour ça, il avait été gâté.
L'enfer, c'était un jour après l'autre. Il le savait maintenant.
Sirius, lui, avait été ravi et leur amitié était repartie de plus belle… dans sa tête.
James était simplement trop fatigué émotionnellement pour faire énormément d'efforts, mais une pinte au bar et un partenariat aux Aurors et ça suffisait pour Sirius. Sans commentaires.
Donc de ce côté là ça allait assez bien.
Ça avait même eu l'avantage supplémentaire de rassurer Remus qui tournait autour de lui comme une âme en peine et qui était beaucoup plus subtil que Sirius. Maintenant il pouvait s'inquiéter pour son propre compte : un loup-garou n'avait pas beaucoup d'avenir en Angleterre sorcière. Ce qui prouvait bien, de l'avis de James que d'introduire un loup-garou à Poudlard était impressionnant mais sur le long terme, inutile. Il aurait mieux valu lui procurer un boulot.
Et Remus évidemment, refusait la moindre aide au contraire de Peter.
Sauf que Peter…
Ça faisait un an et demi qu'il n'avait pas demandé un prêt. Ses visites ne s'étaient pas rapprochées et il évitait toujours de regarder James dans les yeux. Par contre, il faisait tout ça avec beaucoup plus d'aplomb et de subtilité. Visiblement quelqu'un avait appris au petit Peter à bien mentir.
Et maintenant la question magistrale :
Voldemort ? Ou Dumbledore ?
Parce que les deux semblaient avoir beaucoup de méthodes en commun ces derniers temps. Voldemort était à la fois absent et omniprésent. Silence pendant deux mois et puis un raid sanglant dans un lieu très public, histoire que la marque ne passe pas inaperçue. Le ministère avait renoncé à enquêter sur chaque incident concernant les moldus après la première année. Et des gens, des familles entières de sorciers disparaissaient la nuit, on ne retrouvait les cadavres que si Voldemort décidait de les exposer quelque part, comme des leçons de choses. Et c'était pire de ne pas savoir si votre nièce, votre ami était enfin en paix, ou toujours dans les donjons quelque part, jouet de quelques maniaques… pour les Aurors, il y avait aussi le problème de ceux qui n'avaient pas disparu. Des gens pouvaient être escamotés et replacés – ou remplacés – avant que leurs proches ne s'en aperçoivent. Polyjuice et Imperius étaient à la mode. Son département, comme celui des Mystères étouffaient le nombre d'employés du Ministère surpris en train de saboter leur propre travail, et tous savaient que le nombre qu'ils n'avaient pas surpris devait être supérieur. Peu avaient pu être récupérés vivants. Leur consigne par défaut, au cas où ils se faisaient prendre, était de faire autant de dégâts qu'ils pouvaient. La tactique était remarquablement efficace.
James avait l'impression d'être pris dans une guerre de siège, avec eux dans le rôle des assiégés. Ils ne pouvaient qu'attendre dans leurs tours de pierre que déferle l'assaut, sans savoir si d'autres au même moment n'étaient pas attaqués, sachant qu'ils n'étaient jamais la vraie cible et qu'une fois l'attaque finie, les attaquant se fondraient de nouveau dans la population qu'eux, Aurors devraient protéger. Si ce n'était pas la plus grande ironie de tout. Personne ne savait qui était un Mangemort. Oh bien sûr, quelques uns attiraient les soupçons, mais c'était ceux qu'on ne connaissait pas qui faisaient peur. Votre voisin pouvait être l'un d'eux. Votre cousin. Vous n'osiez plus vous fier a personne, et le nouveau tabou qu'avait mit en place l'autre mégalomane gagnait du terrain parce que personne n'osait plus prononcer son nom de peur d'être entendu et de subir sa vengeance.
Vous savez qui. Quelle rigolade.
Et le Ministère n'était pas équipé pour une guerre de guérilla, et les gens paniquaient, même les fonctionnaires et personne n'apprenait de ses erreurs et ils allaient droit vers le désastre, même pas parce que Voldemort était bon, mais parce qu'ils se conduisaient stupidement. James désespérait.
Dumbledore, de son côté…
Dumbledore avait des solutions. Bien sûr. C'était son commerce, n'est-ce pas ? Il avait des solutions pour tout. Et comme les gens étaient impatient de suivre ses solutions ! Au point d'en avaler l'appât et le fil, sans poser de questions.
Il n'aidait pas que ses proches soient devenu Dumbledore-dépendants. Sirius voulait se battre, et les échecs perpétuels des Aurors le frustraient. Il voulait comme il disait « porter la guerre chez l'ennemi » et ne semblait pas se rendre compte qu'il voulait jouer avec les mêmes règles que l'autre côté.
Remus au cœur tendre avait été durement meurtri par son entrée dans le monde du travail. Un diplôme de Poudlard ne faisait pas grand-chose contre la peur de la pleine lune, et cet imbécile refusait toujours l'aide de ses amis. Par contre, les phrases sucrées du directeur passaient bien, et Remus revivait ses jours de chouchou du prof au point de citer des phrases entières commencées par « Albus dit… ». La honte. Ah, Ils étaient beaux les Maraudeurs ! Tous récupérés.
Peter passait. Il était membre de ce nouveau groupe que Dumbledore avait fondé, avec beaucoup d'âneries et quelques mensonges sur son origine que n'importe quel sang-pur aurait éventés. Bien sûr, les membres de ce groupe, comme les Weasley, ou Sirius avaient perdu contact avec leurs racines et n'avaient donc pas reçus une éducation stricte. Dites leur que Merlin a fondé l'Angleterre sorcière et ils le croient. Les autres, moldus-nés et sympathisants, ne demandaient qu'à croire.
Mais de toute façon, il semblait que le monde sorcier ne demandait que ça dans son entièreté : croire, n'importe qui, n'importe quoi, pourvu qu'ils aient quelqu'un à suivre. Ça dégoutait James, la façon dont ses concitoyens, dans les heures sombres, cherchaient désespérément un héros vers qui se tourner. Et Dumbledore, faussement modeste, ne demandait qu'à être ce héros, avec ses solutions à court terme, ses stratégies à peine esquissées et ses buts vraiment vagues. Les gens avalaient ça comme des petits pains. Le groupe qu'il avait soi-disant crée, l'ordre du Phoenix – et quand est-ce que les gens se rendraient compte qu'on ne pouvait pas avoir un Phoenix pour familier, il se le demandait. Probablement jamais – était le refuge des frustrés, des laissés pour compte, des assoiffés de gloire.
Et de sa femme. Ne pas oublier sa femme.
A Suivre.
