Je suis comme le lapin blanc : en retard. Ça change pas de d'habitude, vous me direz.
J'ai relu, mais vite fait. Je viens de boucler. Il reste sans doute des fautes, mea culpa.
Bonne lecture !
Halloween.
Vanitas était occupé à se fustiger mentalement. La raison étant : il n'avait pas vu Riku de toute la journée et ça le rendait nerveux. Et sa nervosité lui donnait envie de se défenestrer, parce que c'était vraiment débile.
Les élèves de première année commençaient à se rassembler en foule, lanternes à la main. Axel commentait les talents artistiques de chacun, la plupart du temps pour se moquer. Vanitas approuvait, bien entendu, mais il n'en laissait rien savoir, parce qu'il s'en foutait un peu, trop occupé à ignorer les regards désobligeants de ses professeurs et à chercher une certaine personne du regard.
Xion ne tenait pas en place. Elle avait disparu dans la foule de chapeaux pointus depuis cinq bonnes minutes. Minuit approchait, et la lune descendante brillait dans le ciel, étonnamment dépourvu de nuages en cette nuit glaciale, qui séparait deux mois et deux mondes.
La nuit d'Halloween, aussi appelée Samain dans les anciens textes, étaient réputée pour être celle où le voile qui séparait le monde des vivants et celui des morts était le plus fin. Une nuit sacrée pour les sorciers du monde entier, et vaguement pour les humains ordinaires. Quoique ceux-ci en profitaient davantage pour que leur progéniture aille gratter aux portes à la recherche de bonbons gratos. Ce qui n'était pas moins important que les morts, évidemment.
« P'tain c'est pas compliqué de graver une foutue bouche et des yeux sur une citrouille ! Les gens ont de la pâte à tartes à la place des mains ou quoi ? »
Vanitas leva les yeux au ciel. Pas assez de ressources mentales pour ces conn-
Ah ben, maintenant qu'il l'apercevait, il avait envie de s'enfuir dans la direction opposée. Parfait. Génial. Bon sang, ce qu'il détestait cet état. Dissonance, ça s'appelait, quand on était tiraillé par deux sensations, idées ou croyances contraires. Sensations, dans son cas. Ce n'était pas agréable. Mais à la fois, si. Et c'était bien tout le problème.
Il en était là de ses réflexions auto-flagellatrices quand Riku l'aperçut à son tour. Impossibilité de reculer, à présent. Ça réglait le souci. L'autre se dirigeait vers lui, flanqué de ses deux idiots de service.
« Salut. »
Vanitas hocha la tête. Flemme de sortir sa baguette magique pour un simple bonjour. Et puis, vu la foule autour d'eux, il préférait éviter d'attirer l'attention avec un sortilège aussi clinquant que celui qui lui permettait de communiquer avec autrui.
« Salut ! s'exclama Kairi à son tour.
-Bonjour ! fit Sora.
-Eeeeh ! s'étonna Axel. Alors c'est toi, Riku ? Vanitas met une énergie folle à éviter le sujet, tu sais ?
-Quel sujet ?
-Ton sujet ! »
Très fin, ça. La réplique eut au moins le mérite de faire rire les acolytes de Riku. En même temps, entre abrutis du même acabit, ils devraient bien s'entendre avec Axel... Vanitas devrait peut-être songer à ouvrir une garderie, puisque visiblement, il attirait les grands gamins comme du papier tue-mouche.
Le sourcil droit de Riku s'arqua légèrement. Heureusement, il n'eut pas le temps de répondre qu'une masse sombre fonça à toute vitesse dans le dos d'Axel, qui poussa un cri étouffé en faisant de son mieux pour rester debout. Le boulet de canon enroula deux jambes et deux bras autour de son ami.
« Coucou !
-Xion ! T'as failli me casser le dos ! Descend de là !
-Oh, t'es pas drôle... »
Elle s'exécuta tout de même, puis son regard s'attarda sur Riku. Elle plissa les yeux, réfléchissant, et Vanitas sut d'instinct qu'elle allait dire une connerie.
« Toi, t'as pas le dos aussi fin que celui d'Axel. Je grimperais sur toi, la prochaine fois. »
Vanitas aurait aimé la frapper ou lui lancer un sort, mais son esprit encore vaguement actif l'informa que ce serait pris comme un acte possessif. Et ils ne sortaient pas ensemble ou quoi que ce soit.
Cela dit... Riku venait encore lui adresser la parole, même après le mensonge et la filature et la pseudo-déclaration. Mais il n'avait pas été très clair sur les détails. Est-ce qu'il lui pardonnait, pour commencer ? Et est-ce qu'il lui avait subtilement foutu un râteau ou même pas ? Vanitas n'y comprenait rien, et aborder le sujet lui paraissait compliqué, aussi bien sur le plan pratique que du point de vue du courage dont il se pensait pourtant bien pourvu, avant que son cœur ne se mette à faire n'importe quoi.
Compliqué, donc, davantage encore cette nuit et avec leurs amis qui leur tournaient autour. Parasites, songea-t-il de nouveau.
« Je... Ne sais pas comment le prendre, balbutia Riku à l'intention de Xion.
-Ça veut dire qu'elle t'apprécie, soupira Axel. Cherche pas, c'est le milieu de la nuit, alors elle est un peu dopée. Moi je l'ignore, en général.
-Parce que vous traînez encore ensemble à minuit, en temps normal ? s'enquit Kairi en s'incrustant dans la conversation.
-Bah, parfois, elle est tellement à l'ouest qu'elle débarque dans notre piaule, expliqua Axel. Elle croit qu'on va vouloir la suivre dans ses aventures au bout milieu de la nuit. En général notre troisième coloc, Léon, la vire. Mais parfois, elle est trop tenace même pour lui, alors c'est nous qu'il fiche dehors. Comme si on y pouvait quelque chose !
-C'est quoi, le souci, en fait ? »
Ce fut Xion qui prit le relais.
« Bah en fait, j'suis un animal nocturne, alors... »
Vanitas fixait le bout de ses chaussures. Il n'était pas avantagé pour participer à la discussion. Même si ç'avait été le cas, il s'en serait probablement désintéressé, à vrai dire. Il avait déjà entendu un million de fois l'explication.
« Dis... »
Il releva la tête. Il s'agissait de Riku, qui lui aussi avait déjà entendu cette histoire, et profitait de l'inattention des autres.
Il paraissait mal à l'aise. Bah, ça faisait d'eux d'entre eux, du coup. Ça ne rassurait pas tellement Vanitas. Il le fixa d'un air qu'il espérait encourageant.
« Euh, j'me disais qu'on pourrait parler, continua Riku. Après la cérémonie. Et, au fait, c'est pas grave, tu sais. Enfin, bon, j't'expliquerai. Si tu viens. Ok ? »
Wah. C'était la demande de rencard la plus décousue qu'il lui ait été donnée d'entendre.
… Peut-être qu'il allait un peu vite en pensant à un rencard.
Il hocha la tête, voulu demander où ils étaient sensé se voir, exactement, mais Riku fixait le sommet de son crâne.
« Ton chapeau... »
Vanitas le tenait à la main. Il le lui montra. Eh, techniquement, il l'avait sur lui, alors il ne pouvait pas être puni !
Riku poussa un soupir exaspéré.
« Bon, passe-moi ça... »
Il lui prit le chapeau des mains d'autorité et le fixa sur ses mèches brunes, avant d'apposer un sort d'aimant, effleurant un peu ses cheveux au passage. Vanitas fit de son mieux pour ne pas reculer comme un animal sauvage.
Il voulu protester, mais ce fut à ce moment que le directeur de l'école prit la parole, sa voix résonnant partout grâce à un sort d'amplification.
Il leur expliqua de nouveau en détails le déroulement de la soirée, le cheminement à travers la forêt, la lente procession de lanternes, le chemin qui se séparait en deux, les portails magiques. Dans les films, ça avait un peu côté épique. Maintenant qu'il s'y trouvait, Vanitas sentait que ça allait surtout être très, très long. Encore plus long à présent qu'il avait quelque chose à espérer au bout de la route.
Ensuite, la cohorte de professeurs qui encadrait la processus les exhorta à allumer leurs lanternes et à avancer, rendus fort susceptibles par le stress de l'organisation. La cérémonie devait commencer à minuit pile. Question de tradition, et autres blablas sans intérêt. Vanitas leur lança un regard noir, à ces adultes perchés sur leurs balais tandis que les étudiants devaient se taper le chemin à pied. Traditions, hein ?
Il se sentait tellement frustré de ne pas pouvoir râler à mi-voix ! Son mutisme allait lui provoquer un ulcère, si ça continuai ainsi. Aux prochaines vacances, il faudrait sérieusement qu'il récupère sa voix. Qu'il tente, au moins. Il n'était pas d'un naturel optimiste, et encore moins à ce sujet.
Devant lui, les abrutis de Riku et les siens faisaient joyeusement connaissance, alors que la procession se mettait lentement en marche. C'était sensé être une avancée solennelle, silencieuse, mais, bouarf... Sans doute que les apprentis sorciers, mille ans auparavant, étaient plus disciplinés que ceux du XXIème siècle.
Vanitas en vit même quelques uns vérifier leurs téléphones portables, bien que ces choses soient interdites dans l'enceinte de l'établissement. Les ondes, tout ça tout ça... Rien de prouvé scientifiquement, d'ailleurs.
Les élèves retardatères allumèrent leurs lanternes uns à uns avec un sort de feu. La magie élémentaire était de loin la plus simple à maîtriser, la plus instinctive. Aucun sorcier digne de ce nom ne pouvait se louper là-dessus. Ou alors, il y avait un sérieux souci. Certains y excellaient davantage que d'autres, cela dit. Vanitas était bien soulagé, depuis sa position, de ne pas pouvoir observer l'expression sans doute terrifiante d'Axel. Le jeune homme aimait le feu. Un peu trop.
Riku resta à côté de lui pendant toute la marche, sans dire un mot. Des fois, leurs regards se croisaient. Pas trop, parce que c'était vraiment trop grillé de tourner la tête dans la direction de l'autre, quoique la tentation soit parfois trop forte. Et quelques fois, leurs manches se frôlaient. Aucun d'eux ne faisaient quoique ce soit pour s'écarter.
Vanitas essayait de ne pas espérer, mais c'était compliqué, ça aussi. D'un coté, son esprit qui lui répétait de couper court à tout espoir, de l'autre son cœur qui battait trop fort... Di-sso-nan-ce. Il allait devenir dingue.
Le portail devint visible derrière la foule de chapeau, et les paumes de Riku devinrent subitement moites, sa gorge sèche. Il connaissait l'issue de la soirée, mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer, malgré tout, un miracle. Il avait encore du mal à accepter tout ça...
Pourtant, Sora, Kairi et Ven l'avaient réconforté toute la journée, lui avaient répété que ce n'était pas grave, et qu'ils l'aimaient quand même, et qu'il devrait s'aimer aussi, nan ? Sur le principe, Riku était d'accord, et ça lui avait fait du bien de tout avouer, au bout du compte.
Il ne parvenait quand même pas à s'y faire.
Il était trop loin dans la masse estudiantine pour voir la fin du chemin de terre, mais il en connaissait les particularités. Il se terminait brusquement au milieu de rien, laissant place à une bande d'herbe vierge, puis deux bandes de terre parallèles prenaient le relais. Deux bifurcations. Deux voies.
Bientôt, il le savait, les professeurs allaient invoquer des portails aux trois extrémités. Le chemin neutre serait doté d'une porte mauve. Les deux autres, les chemins des Ténèbres et de Lumière, auraient respectivement une couleur rouge et bleue.
C'était simple. On traversait le premier gouffre de magie, et on ressortait soit d'un côté, soit de l'autre.
Riku se demandait ce que ça ferait, de se trouver à l'intérieur. Est-ce qu'il y aurait un couloir de magie pure ? Un morceau d'un univers parallèle ? Est-ce qu'ils pouvaient rester coincés ?
Il déglutit bruyamment. Vanitas tourna vers lui ses yeux fluorescents, devinant son angoisse. Et puis, en se tournant de nouveau vers le discours du directeur, il fit quelque chose que personne dans l'univers, pas même le principal concerné, n'aurait pu prédire.
Il lui prit la main.
Médusé, Riku tenta de déchiffrer son expression, mais l'autre se cachait derrière ses mèches de corbeau, l'enfoiré. Les doigts ne serraient pas très forts les siens, on aurait dit qu'ils s'apprêtaient à s'évaporer ou à lâcher prise d'une seconde à l'autre. Pour ne pas qu'il se rétracte, Riku raffermit la prise sur la paume de Vanitas, pour lui signifier que le contact ne le dérangeait pas, et puis surtout parce qu'il en avait envie. La main restait tendue contre la sienne, mais ne s'enfuit pas.
Marrant. Riku aurait imaginé les Ténèbres plus froides que cela. C'était étrange, cette peau tiède contre la sienne, surtout vu le temps glacial qu'il faisait en cette nuit d'automne. Pas désagréable. Cela dit, il faudrait définitivement qu'ils mettent les choses au clair après la cérémonie.
Les élèves s'avançaient un à un vers le portail, dans leur ordre chaotique d'arrivée. Ils se trouvaient vers le milieu de la procession. Riku grimaça. Bon, au moins, ils n'étaient pas tout à la fin... Cela dit, peu importait, puisqu'ils étaient tenus de rester jusqu'à ce que le dernier élève de la promotion soit passé. Après, en théorie, ils étaient sensés aller prendre leurs bagages et les déménager vers les dortoirs, soit des Ténèbres soit de la Lumière, afin de laisser la place aux nouveaux de première année, qui arriveraient dans la matinée.
Riku espérait qu'il n'y aurait pas de Monstre des Dessous de Lit, là où il atterrirait.
De temps en temps, Kairi ou Sora se retournait pour lui lancer un regard encourageant, auquel il répondait d'un petit sourire crispé. Heureusement, l'obscurité leur cachait ses doigts liés à ceux de Vanitas. Ce contact était la seule chose tangible qui lui permettait de ne pas se perdre dans son stress. Et d'éviter de vomir d'angoisse, aussi, sans doute.
Il avait l'impression de passer son oral de bac d'allemand pour la seconde fois. Les sorciers, soumis aux même lois sur l'éducation que le commun des mortels, suivaient un cursus normal en attendant les études supérieures. Et Riku y excellait déjà dans toutes les matières, mais les oraux, bons dieux... Il en faisait encore des cauchemars.
Ce rapprochement n'était pas pour le rassurer.
La foule s'amenuisait vite. Ils n'étaient que deux classes, après tout. Bientôt, ce fut le tour d'Axel, qui se retrouva du côté gauche, comme prévu. Puis Xion, qui sautilla jusqu'au portail, et Sora et Kairi. Tous marquaient un temps d'hésitation avant d'aller à l'encontre de leur Destin. Bien, il n'était pas le seul à appréhender. Malgré le fait que tout le monde ait déjà vérifié son affiliation dans le miroir de l'équilibre, le doute persistait dans les esprits.
Les élèves qui se retrouvaient d'un côté ou de l'autre bavardaient joyeusement, se félicitaient, leurs visages détendus et rassurés de se trouver avec leurs camarades... Ou non. Certains braillaient pour se faire entendre de leurs amis de l'autre camp, mais personne ne paraissait tellement triste.
Très bientôt, les doigts de Vanitas quittèrent les siens, laissant une sensation fantôme sur sa peau à l'endroit où l'impression de chaleur disparut. Ce fut le seul à s'avancer sans ciller vers le portail, d'un pas conquérant. Personne ne fut surpris lorsqu'il ressortit par le portail rougeâtre. Personne ne pouvait l'être. Riku l'observa un petit moment, un sourire flottant aux lèvres, avant de se rendre compte que c'était à son tour de passer.
Il s'avança, très lentement. Sa lanterne-citrouille tremblait devant lui, et il se concentrait pour ne pas la lâcher dans un fracas de pulpe cucurbitacéenne.
Le gouffre violacé de magie le fixait, avide de l'absorber. Riku inspira, expira. La voix de Kairi exhalait des encouragements, depuis le côté de la Lumière.
C'était comme de devoir plonger dans une eau glacée. Riku détestait ça. Il y mettait toujours un orteil après l'autre. Et éventuellement, Sora le poussait, et il se rendait compte que ça n'était pas si horrible, une fois qu'on était dedans.
Personne pour le pousser, ce coup-ci. Au final, il suffit d'une impulsion venant de lui-même. Juste un courage rassemblé à deux mains.
Il s'élança, vit tout mauve pendant une demi-seconde, et puis fit deux pas sur le sentier. Cligna des yeux, déstabilisé. Regarda, désorienté, la masse de chapeaux pointus devant ses yeux. Se tourna vers le portail.
Rouge.
Se retourna pour croiser le regard peu surpris de Vanitas. Il le rejoignit, lui et les deux autres, pour dégager le terrain aux prochains arrivants. Ç'avait été... Tellement rapide ! Comme de continuer sur le même sentier qu'il empruntait depuis toujours.
Les Ténèbres, hein ?
Xion lui sourit d'un air réconfortant.
« C'est rien, tu sais ?
-Je sais... murmura-t-il, sonné par la déception et la retombée du stress.
-Allez ! fit Axel en lui assénant une tape dans le dos. T'es le seul à tirer la tronche ! Tu devrais être content, t'as le privilège de notre compagnie ! »
Riku força un sourire. Il n'était pas certain que ce soit un privilège de se trouver à proximité d'Axel. Il regarda Vanitas, qui haussa les épaules.
« Il est désolé, traduisit Xion.
-Bah, euh, c'est pas g- Enfin, c'est pas ta faute, quoi. T'as essayé. J'suppose que c'était perdu d'avance, de toute manière. Je m'y ferais. »
Et en ce qui concernait les choix de carrière... Il pourrait toujours trouver quelque chose de moralement acceptable, comme chasseur de vampire, ou un truc comme ça. Il n'était pas obligé de finir nécromancien ou sorcier vaudou. Il trouverait un truc.
« Eh, tes potes te font coucou » fit observer Axel.
En effet, à leur droite, deux silhouettes s'agitaient de façon disproportionnés pour attirer son attention. Mal à l'aise, il agita une main dans leur direction. Ils se retrouveraient dans le dortoir des première année, au moment de récupérer leurs valises. Et puis sans doute au matin à la cantine.
Ça irait.
Vanitas haussa tellement les yeux au ciel qu'il donnait l'impression de vouloir les faire sortir de leurs orbites.
« Et là, il a envie de vomir, traduisit Xion. Parce qu'il trouve ça niais, vos démonstrations d'amitié.
-Eh ben, t'es forte...
-Oh, l'habitude. Ça viendra, t'en fais pas ! »
Le sous-entendu de la seconde phrase fut ignoré. Ils attendirent que la cérémonie se termine en échangeant des banalités. Le directeur conclut sur un discours assommant, devant des élèves somnolents qui ne demandaient qu'à s'écrouler sur un lit, peu importe lequel. Riku partageait le sentiment global. Cela dit, il lui restait encore une question à régler.
Le discours s'acheva enfin, au soulagement général. La cérémonie d'Halloween était plus épique en fiction. Et puis, Halloween était techniquement passé... Sauf si on considérait que la Nuit D'Halloween ne se terminait pas à minuit mais plutôt au lever du soleil...
« On y va ? » s'enquit Xion.
Vanitas lui fit un signe de la main qui, Riku le devinait assez bien, devait signifier quelque chose comme : Allez voir ailleurs si j'y suis.
« Mais pourq- commença Xion. Oh. Bon. Ok.
-Tu viens pas, Vanichat ? questionna Axel.
-Pfff... Allez, viens, toi » soupira Xion en traînant le rouquin par le bras.
Un souci de réglé. Riku regard autour de lui les différents groupes d'élèves qui s'attardaient, se mélangeaient, traînant à la faveur de la nuit. Tout le monde n'était pas fatigué, finalement.
Après être arrivé à la même conclusion que lui, Vanitas soupira d'agacement et sortit sa baguette de sa poche.
On va où ?
« Euh... J'avoue que j'ai pas pensé... »
Le regard blasé de son vis-à-vis l'interrompit.
Bon, bah, suis-moi.
Riku sursauta lorsque Vanitas fut remplacé par un nuage de fumée et un bruit de bouteille qu'on ouvre, et puis faillit laisser le corbeau s'envoler en ne le suivant que des yeux. Dans la précipitation, il invoqua son balai et suivit le volatile dans le ciel moucheté d'étoiles et de nuages gris.
Vanitas espérait que Riku ne lui en voudrait pas pour ce rappel maladroit de sa raison de lui en vouloir. Mais bon, il voulait s'extirper à tout pris de la masse grouillante de ses semblables, et puis faire disparaître ce nœud à l'estomac. Voler l'apaisait.
Il repensa à leurs mains liées, à son audace un peu stupide. Un mur se serait trouvé sur son chemin qu'il se serait sans doute cogné la tête dedans. Est-ce que l'autre n'avait pas répondu au léger contact par simple pitié ? C'était bien son genre, en plus...
Il se percha sur une gros branche dégagée en attendant que Riku n'arrive. Celui-ci atterrit à ras du sol, désenfourcha son balai et le chercha du regard.
Vanitas descendit, se transformant de nouveau à mi-chemin entre le sol et l'arbre. Riku le considéra d'un air impassible.
« J'ai une question, mais c'est très, très déplacé, annonça-t-il de but en blanc. C'est sûrement la fatigue qui fait que ça me vient à l'esprit. »
Vanitas le fixa d'un air qui l'invitait à poursuivre, ce qu'il fit :
« Je me demandais... Pardon, c'est bizarre, surtout dans la situation... Mais comme ça se fait que, lorsque tu te métamorphoses, tu ne perdes pas tes vêtements ? J'veux dire... C'est une question innocente, hein ! Mais c'est très étr- »
Sans réfléchir, il lui posa une main sur la bouche pour l'empêcher de poursuivre. Parce que son visage chauffait bizarrement à force de l'entendre s'embourber dans ses histoires de vêtements. Sérieusement, voilà qu'il rougissait ! Qu'est-ce que ce gars avait fait de lui, au juste ?
Il expliqua tout de même :
Question de maîtrise.
À vrai dire, les premiers cours de métamorphoses avaient été... horriblement gênants. Axel plaisantait parfois en disant que ça avait contribué à leur esprit d'équipe. Se remémorer ces souvenirs désagréables ne fit rien pour arranger son malaise. Il en était au stade où il traçait des formes dans la terre, du bout de ses chaussures, en essayant de calmer la tempête de son esprit et de son corps.
Riku observa les alentours et fronça les sourcils.
« L'arbre des pendus ? Vraiment ? »
Ce à quoi Vanitas pinça les lèvres. Il se remémorait trop tard une conversation à propos d'endroits glauques. Mais ça ne changerait rien, à ce stade. Si ?
On n'y pendait plus personne depuis des siècles, mais l'arbre noueux conservait ce nom, ainsi qu'une aura particulièrement malsaine. Il ne produisait plus aucune feuille l'été, alimenté par une terre gorgée de chair et de sang.
Ouais. Il aurait pu trouver plus romantique, certes. Mais eh, il aimait bien cet endroit !
Pour se donner une contenance, il s'adossa à l'arbre, les mains dans les poches, attendant que l'autre fasse le premier pas. C'était lui qui avait demandé à discuter, après tout. Qu'il se débrouille. A son tour de galérer. Vanitas ressentit un genre de plaisir malsain à cette pensée.
« Bon, bah... Ça a pas trop fonctionné, hein ? »
C'était le cas de le dire, oui. Vanitas traça un :
Ça va ?
« Oui... marmonna Riku en s'approchant. Oui, ça ne me semble plus aussi catastrophique qu'avant. Je suis juste un peu déçu, mais j'en fais pas une maladie. Et je crois que j'ai compris... Enfin, ça me semble plus logique, maintenant. »
?
Parfois, le mutisme comportait des aspects positifs. On ne pouvait pas prononcer de points d'interrogation, à l'oral. C'était pourtant vachement pratique.
Riku paraissait chercher ses mots. Vanitas le regardait simplement. Il était un peu désappointé que sa théorie ait foiré, à vrai dire, mais ce n'était rien face à la joie égoïste qu'il avait de se dire que Riku se trouverait dans la même classe que lui pour les années à venir, qu'il le veuille ou pas.
Il se demanda également si Riku le faisait exprès, de se rapprocher comme ça, ou s'il le faisait sans y penser. Les deux réponses le rendaient nerveux. Nerveux bien. Son self-control commençait à s'effriter, et la dissonance à tendre davantage vers le côté agréable de la chose.
Il espérait qu'il n'aurait pas à le regretter.
« C'est que... J'essaie toujours de faire ce qui est bien, tu vois ? Mais j'me rends compte que parfois, j'me force tellement à être dans le droit chemin que c'en est un peu ridicule. Et, c'est bête, mais quand j'suis avec toi, je me rends compte que c'est bien aussi, de se laisser aller, parfois, sans penser aux conséquences. Je culpabilise trop, mais c'est pas ça, ma vraie nature, c'est... Pardon, j'sais pas où je veux en venir. J'arrêterai jamais de culpabiliser complètement, pour tout et n'importe quoi. Mais je veux bien... lâcher prise. Un peu. C'est peut-être pas si catastrophique... »
Oh. Très, très intéressant.
J'peux t'apprendre, traça nerveusement Vanitas.
« A lâcher prise ? questionna Riku avec une ébauche de sourire. Ça me semble bien... »
Ce n'était pas une impression, il se rapprochait bel et bien. Plus près que ce que Vanitas avait calculé, à vrai dire. A quelques centimètres, juste. Sans pouvoir s'en empêcher, il bascula un peu vers l'avant, lui aussi, son dos quittant le tronc rugueux de l'arbre.
Soudain, Riku recula d'un pas, une expression coupable sur le visage.
« Avant, faut que j'te dise un truc, trancha-t-il. J'suis pas amoureux. »
Oh, sérieusement ?
« J'veux dire, ce qui n'empêche pas que... »
Moi non plus.
Fallait pas exagérer. Il savait une chose ou deux sur l'amour, mine de rien, parce que personne ne pouvait échapper à l'évocation de ce thème, même en essayant très fort. Il savait que l'amour, c'était beaucoup plus profond, plus significatif que ce qu'il éprouvait. Ce qui n'excluait pas que ça évolue. Mais ce qu'il ressentait, ce truc qui lui détruisait les entrailles avec une intensité impossible, qui lui donnait envie de se liquéfier sur place, ce n'était pas de l'amour, c'était un mélange d'hormones et d'autres trucs inexplicables. Un béguin, il aurait pu appeler ça, n'eusse-t-il pas trouvé ce terme affreusement moche.
Les jeunes adultes donnant dans l'anglicisme disaient crush. Ce mot signifiait aussi détruire, ce qu'il trouvait pas mal de circonstance pour cette sensation qui lui piétinait l'estomac.
Pas amoureux, donc.
Riku eut l'air tour à tour surpris et soulagé et re-surpris et ainsi de suite. Ça aurait pris un temps infini, certainement, si Vanitas n'avait pas prit l'initiative de poser ses lèvres sur celles de l'autre, et tant pis s'il avait l'impression d'exploser.
Pour la première fois depuis une éternité, son cerveau la mit en sourdine, et tout ses autres organes aussi.
C'était bien.
C'était tellement bien qu'il recommença, encore et encore et encore, et tant pis s'ils ne bougeaient de là pas avant que le soleil ne se lève à l'horizon.
C'était peut-être pas de l'amour, mais pour une raison dont il se foutait éperdument, Vanitas souhaita que le soleil ne se pointe jamais et qu'il ne soit jamais, jamais, jamais obligé de quitter les bras de Riku.
Jamais plus.
Beurk, la fin est mièvre, pardon.
Mais si ça vous a plu, n'hésitez pas à commencer. Si ça ne vous a pas plu et que vous voulez m'engueulez, bah, vous pouvez commenter aussi, j'prend tout !
Ça a été très plaisant à écrire, en tout cas, malgré le retard immense.
Brefbref. A plus !
