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Me revoilà après une absence plus longue que prévue. Non seulement le travail est prenant en saison mais l'informatique m'a joué un vilain tour. Je ne suis pas manchot en informatique mais parfois, l'informatique me dégoûte.

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Word n'a pas enregistré mon travail alors que je venais de terminer d'écrire le chapitre durant un week-end moins chargé. Il a planté et a effacé plus de la moitié de mes écrits. Le temps et le fait de devoir me souvenir de ma prose ont donc différé la publication et j'en suis navrée.

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J'espère toutefois que vous saurez apprécié ce chapitre en priant pour que le prochain vous soit livré plus tôt.

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Bonne lecture.

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Chapitre 7 : Fierté professionnelle

Léon Vance termina sa lecture et ferma le rapport, un sourire satisfait aux lèvres. Son équipe venait de mettre un terme aux agissements d'un petit cartel de drogues qui sévissait depuis plusieurs mois et dont le FBI n'avait pas réussi à clore les activités. DiNozzo pouvait être content, il venait de battre l'agence concurrente en seulement quelques jours d'enquête et une petite mission sous couverture pour lui.

Et pour une fois, aucune blessure n'était à déplorer pour l'italien. Bien au contraire, il en avait infligé lui-même quelques-unes à des criminels récalcitrants qui ne voulaient pas se rendre. L'équipe de l'italien avait réussi à boucler l'affaire en à peine une semaine là où le FBI piétinait depuis plus de trois mois et sans la moindre casse pour le NCIS. Ses agents avaient assuré leur travail avec compétence.

La satisfaction du directeur était à son comble surtout lorsqu'il avait reçu les félicitations de son confrère du FBI qui avait déploré de ne pas compter l'agent dans ses rangs. Par la même occasion, il avait réitéré sa proposition de coopération sur le territoire de compétence de DiNozzo si le besoin se faisait sentir. Et d'ajouter qu'il avait déjà prévenu le bureau local qu'il devait apporter toute l'aide que DiNozzo pourrait demander.

Après plusieurs semaines d'affaires successives clôturées avec succès, Tony et son équipe occupaient désormais la première place en termes de ratio de réussite pour les enquêtes résolues, ce qui réjouissait immensément Léon Vance qui avait prédit un brillant avenir à l'italien une fois qu'il serait libéré de l'ombre et de l'emprise de Gibbs et son propos se vérifiait.

Certes, l'équipe première n'existait plus en tant que tel depuis le départ de DiNozzo et la dispersion du reste de l'équipe mais le taux de réussite de la nouvelle équipe de l'italien était pratiquement de 100%. L'agent en charge mettait son formidable cerveau en action sans la moindre retenue maintenant qu'il n'était plus bridé par un chef exigeant et des collègues irrespectueux qui tentaient de le rabaisser à tout vent.

Et cerise sur le gâteau, il apprenait à ses agents une nouvelle manière d'appréhender tous les angles d'une affaire et de tenter une approche différente de ce qui s'enseignait au FLETC. Certes, l'exercice n'était pas facile, loin de là, parce que Tony avait un cerveau qui fonctionnait différemment de celui de la grande majorité des hommes et son mode de pensée et d'analyse n'avait pas d'équivalent.

De même, sa manière de transposer des scenarii de films ou des synopsis de livres pour coller aux enquêtes qu'il traitait lui permettait d'émettre des théories qui aboutissaient généralement à des solutions auxquelles personne n'aurait songé. Et c'était ce qui faisait la force de cet agent exceptionnel que ses confrères lui enviaient, à lui, Léon Vance, directeur du NCIS. Il en était extrêmement fier.

John Mitchell, le bras droit de DiNozzo, était dithyrambique sur son nouveau chef et sa manière de diriger l'équipe. Il avait adressé un e-mail personnel de remerciement au directeur pour leur avoir assigné un nouveau chef d'équipe compétent, à l'écoute de ses agents, un formateur non conventionnel mais imaginatif et intéressant.

Lorsque c'était nécessaire, il n'hésitait pas à diviser l'équipe pour mener deux enquêtes conjointement. Pour ce faire, il confiait l'une d'elles à son bras droit et deux agents tandis qu'il menait l'autre avec le dernier agent et un policier. Il avouait que faire appel à la police locale lorsque nécessaire renforçait la collaboration entre les différentes forces en présence.

Avec l'accord du directeur et sur sa recommandation pour améliorer les relations de la police locale avec le NCIS, DiNozzo faisait appel à un officier de liaison expérimenté pour compléter son trio. Afin de ne pas surcharger son informaticien, l'agent Paul Webster, il assignait un technicien informatique pour les épauler et accélérer les recherches indispensables à leur travail.

De même, alors que McGee ou Gibbs pensaient que DiNozzo était un technophobe, comme l'ancien Marine, Tony s'était au contraire très bien adapté à l'utilisation des nouvelles technologies mises à la disposition de son bureau. Il appréciait d'avoir à sa portée des outils qui leur facilitaient la vie et surtout les tablettes qui désormais remplaçaient les bons vieux calepins de Gibbs ou le navigateur GPS des véhicules qui se substituaient aux cartes routières papier.

Le plus surprenant était que Tony avait décidé de poursuivre plus loin, il prenait désormais des cours d'informatique non seulement avec Webster lorsque le travail le leur permettait mais également avec d'autres techniciens du bureau ou de la base pour compléter ses connaissances en la matière. Avoir une antenne locale couplée avec une base militaire apportait certains avantages comme l'utilisation d'un satellite que le SecNav avait autorisé l'italien à emprunter aussi souvent que nécessaire.

Dire que Davenport avait changé son fusil d'épaule en ce qui concernait Tony était un euphémisme. Désormais, chaque fois que DiNozzo demandait quelque chose, il était presque certain de l'obtenir parce que le SecNav ne savait comment faire amende honorable auprès de l'italien. Même si Léon jouait les intermédiaires, il était satisfait que quelqu'un reconnaisse désormais la valeur de l'agent.

Léon était même étonné que l'italien ne se soit pas vu offrir sa propre équipe dès son arrivée à l'agence. Il était certain qu'il aurait pu diriger une équipe sans la moindre difficulté malgré son jeune âge. Il avait acquis sa plaque de détective alors qu'il avait à peine 26 ans, le plus jeune détective depuis au moins la seconde guerre mondiale.

En tant que directeur, il se devait de prévoir les promotions d'agents méritants pour remplacer la génération partant en retraite. Il avait déjà évoqué le cas de DiNozzo avec Gibbs qui avait refusé de se séparer de son agent senior et bras droit indispensable pour remplir l'incroyable paperasse que Gibbs lui déléguait. Mais Léon avait soupçonné que l'ancien Marine opposait un refus pour des raisons plus personnelles que professionnelles.

Il n'empêche qu'il ne pouvait continuer à gaspiller le talent de l'agent en le laissant mijoter dans son rôle de second alors qu'il ferait un formidable chef d'équipe… bien meilleur que Gibbs sans aucun doute. Et c'était assurément cette certitude qui faisait renâcler Gibbs à le laisser s'envoler loin du nid et loin de son influence... même néfaste.

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Léon se souvenait parfaitement de la conversation qu'il avait eue, lors d'un gala de charité, il y avait déjà quelque temps avec l'un des anciens directeurs de l'agence qui occupait désormais un poste à la Sécurité du Territoire, Tom Morrow. Les deux hommes en étaient venus à parler boutique comme il arrive souvent dans ce genre de soirée.

« Alors vous avez fait connaissance avec l'équipe de Gibbs, je présume » avait demandé Morrow.

« A vrai dire, je n'ai pas encore rencontré le Grand Homme » répondit ironiquement Léon. « Il a été blessé dans une explosion, a perdu la mémoire et est parti se refaire une santé au Mexique. »

« Hum, il est allé se terrer chez son ancien mentor, Mike Frank, je présume. »

« Exact, aux dernières nouvelles, il tentait de récupérer les années qui lui manquent en termes de souvenirs. Saviez-vous qu'il avait perdu sa première femme et sa fille, tuées toutes les deux par un dealer de drogue mexicain ? »

« J'ai rencontré Jethro deux ans après son entrée au NCIS et cette information n'était pas de notoriété publique » déclara Tom. « Si Jethro n'est pas là, qui avez-vous mis à la tête de l'équipe ? »

« Son second, l'Agent DiNozzo » annonça Léon. « Très prometteur. »

« Très bon choix, Léon et il est plus que prometteur » approuva Morrow. « DiNozzo est le seul qui peut canaliser Gibbs lorsqu'il est dans un mauvais jour. C'est également un très bon enquêteur, un ancien policier, le plus jeune détective à avoir obtenu sa plaque depuis plusieurs décennies. A sa sortie de l'Académie de Police, il avait largement fait exploser les compteurs dans presque tous les domaines : tests d'aptitude physique grâce à ses talents sportifs, tests au stand de tir en pulvérisant les derniers meilleurs résultats, tests de raisonnement en résolvant les cas proposés en un temps record. Ses examinateurs étaient stupéfaits mais malgré ça, il a dû passer par la case 'flic de rue', comme tout nouveau débutant. Une perte de temps à mon avis. »

« Personne n'a songé à le recruter pour le FBI ou une autre agence ? » s'était enquis Léon.

« Il a refusé tout net de devenir un 'féd en costume noir bon marché' selon ses propres termes » lui apprit Tom en riant. « Rappelez-vous le conseil que je vais vous donner, Léon. Si vous arrivez à arracher DiNozzo à l'influence de Gibbs, il deviendra un formidable chef d'équipe et qui sait, il pourrait bien un jour occuper votre fauteuil. Il a les capacités de faire un très bon directeur, il sait déjà manipuler témoins et suspects pour obtenir des informations, il a navigué très jeune parmi les requins de la finance en côtoyant les partenaires de son père. Bien conseillé, il peut aller très loin, jusqu'à devenir SecNav, qui sait… ! »

« Je projette de garder un œil attentif et analytique sur l'équipe, je me dois de savoir ce dont mes agents sont capables et de recourir à des changements si besoin. »

« D'après les dernières rumeurs, il semblerait que le 'trio infernal' soit en pleine action » maugréa Tom.

« 'Le trio infernal' ! C'est une exagération, j'imagine » s'étonna le directeur du NCIS.

« Pas du tout » le contredit aussitôt Morrow. « C'est la désignation officielle que certains agents ont donné à votre laborantine, Abby Sciuto qui emmène le groupe constitué avec McGee et David. Ils ont décidé que DiNozzo ne faisait pas un remplaçant convenable pour Gibbs et ont décidé de le lui faire savoir à leur manière. »

« Hum, j'ai tout intérêt à concentrer mon attention sur cette équipe, il me semble » bougonna Léon.

« Plutôt deux fois qu'une, Léon » lui conseilla son homologue. « L'attitude de cette équipe est prise en exemple par toutes les autres, du moins au bureau de DC. Gibbs et son comportement rétrograde n'est pas forcément apprécié mais il n'empêche que certains copient sa manière de réagir ou de traiter ses agents. Certes, aucun autre chef d'équipe ne se permet de corriger son second en lui administrant une tape sur la tête ni d'exprimer leur mécontentement par des brimades ou des réflexions négatives. Il semble pourtant que parmi la génération senior, le besoin effréné de compétition entre agents pour les pousser à donner le meilleur d'eux-mêmes commence à faire des émules. »

« Vous plaisantez, j'espère » s'indigna Vance.

« Pas du tout, je l'ai constaté avant mon départ et après l'adjonction de l'Agent Todd au sein de son équipe. Gibbs a même insisté sur le fait qu'elle n'avait pas à obéir aux ordres de DiNozzo. »

« Mais… c'est son second, il est en charge de l'équipe s'il n'est pas disponible » remarqua le directeur du NCIS, totalement éberlué par cette révélation.

« Semblerait que Gibbs ait oublié ce 'léger' détail » statua Tom. « D'autant plus curieux qu'il avait lui-même recruté le détective pour occuper ce poste au départ de Burley. Et plus curieux encore, Todd était un ex agent des Services Secrets qui n'avait aucune expérience en matière d'investigation mais qui refusait de reconnaitre l'autorité de son supérieur direct, l'Agent DiNozzo. Tout comme les deux autres membres de son équipe, McGee et David étaient ignorants en la matière également en intégrant l'équipe. »

« Comment parvient-il à résoudre les enquêtes dans ce cas ? »

« Oh, il a noté le potentiel de DiNozzo en tant que détective et surtout, il a compris qu'il avait trouvé un flic avec un formidable esprit de déduction. Il a donc décidé de se l'adjoindre comme agent et second après une enquête commune. Leur duo a admirablement bien fonctionné jusqu'à ce que le SecNav insiste pour que les équipes comptent au moins quatre agents. Les choses ont commencé alors à se gâter. DiNozzo a malgré tout tenu le coup après chaque nouvelle addition. J'ai cédé mon poste juste après la mort de Todd et j'ai approché DiNozzo avec une offre qu'il a refusée. Depuis, je ne cesse de le solliciter sans aucun résultat. Gibbs doit le tenir en laisse plus que je ne le pensais mais le jour où son second en aura assez et qu'il pourra voler de ses propres ailes, il fera des étincelles. J'espère être là pour le voir parce qu'il mérite vraiment de couper le lien ombilical qui le relie à Jethro. »

« Vous pensez vraiment qu'il ferait un bon chef d'équipe, Tom ? »

« Oh que oui et si Gibbs n'avait pas insisté, il aurait eu sa propre équipe dès l'instant où il avait terminé ses classes au FLETC » statua Morrow. « Retenez ce que je viens de vous dire et agissez en conséquence, Léon, ce sera tout bénéfice pour l'agence. Dans le cas contraire, je reviens au galop pour le recruter. »

« Aucun risque, je le garde » le contredit Léon avant de le saluer pour rejoindre son épouse.

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Cette conversation était restée gravée dans sa mémoire et le moment venu, il avait décidé de tirer profit de l'absence de son agent principal pour tester l'italien et le 'libérer' si nécessaire de la position dans laquelle Gibbs le confinait par pur égoïsme.

La situation engendrée par l'attitude de McGee et David lors de l'absence de Gibbs lui avait permis de former un plan d'action si d'aventure, il devait opter pour une interférence dans la gestion de son équipe première. Il avait étudié les prochains départs en retraite et soupesé le pour et le contre de chaque poste qui serait disponible à divers moments.

Il savait, dans son for intérieur, qu'il ne pourrait promouvoir l'italien en tant que chef pour une équipe basée à DC. Il courrait le risque de voir Gibbs ou ses agents harasser continuellement leur ancien collègue juste pour le plaisir de le narguer ou tenter de le déstabiliser. Il se devait de préserver son agent de continuelles brimades de leur part et surtout de l'éloigner définitivement de Gibbs.

Pour voir l'italien s'épanouir et surpasser son ancien chef, il était évident qu'il devait sortir de la sphère néfaste que Gibbs avait construite autour de son équipe depuis son retour de sa 'siesta mexicaine' comme Tony avait surnommé l'absence de l'ancien Marine.

Certes, il aurait été agréable et certainement jouissif de cantonner Tony au bureau de la capitale, le voir damer le pion à ses ex partenaires et voir leur tête de constater que l'agent n'était pas aussi idiot qu'ils pensaient que l'italien l'était. Même si David proclamait avoir des dossiers complets sur eux tous, elle ne savait pas tout ce qu'il y avait à savoir sur DiNozzo, loin de là, même.

Léon se devait d'être prêt à proposer un poste assez attractif à l'italien pour le retenir à l'agence. Il devait pouvoir offrir un challenge à son agent, un challenge aussi bien en termes d'agents qu'en termes de territoire stratégique. Le positionner dans un poste à responsabilité où les enquêtes seraient équivalentes à celles gérées par l'équipe de Gibbs mais aussi dont certaines seraient sans doute plus délicates à mener mettrait l'italien un niveau au-dessus de Gibbs.

Léon avait besoin de réaffirmer à DiNozzo qu'il lui faisait confiance, Gibbs serait bientôt dépassé et il avait atteint le sommet de l'échelle de sa catégorie. L'ancien Marine ne souhaitait pas occupé un poste administratif et surtout se voulait, en aucun cas, se voir offrir le fauteuil de directeur. Il avait à maintes reprises exprimé son opinion à ce sujet d'une manière pas toujours correcte.

Pour ce qui concernait l'italien, si les cartes étaient présentées avec suffisamment d'attractivité et de souplesse, Léon était certain qu'il pourrait un jour accepter de diriger l'agence. Lui adjoindre un assistant qui le soulagerait d'une partie administrative devenue de plus en plus lourde et le laisser se faire les dents sur certains dossiers seraient des avantages qui pourraient le décider à s'asseoir dans le fauteuil directorial.

A l'heure actuelle, Léon ne voyait aucun autre agent aussi compétent pour lui succéder.

McGee avait beau avoir rêvé d'occuper ce poste, l'informaticien n'avait pas assez de charisme, de sociabilité, d'empathie pour réussir à naviguer dans les méandres de la politique. Il avait un esprit trop cartésien pour ce genre d'emploi, il ne savait pas louvoyer et prendre des chemins détournés pour arriver au but espéré. Il n'était pas assez imaginatif pour contourner un problème ou assez rapide pour retourner une situation désespérée en un succès retentissant.

DiNozzo avait connu le monde cruel des affaires dès son plus jeune âge, il avait fait ses classes alors qu'il était encore un gamin et avait appris à se comporter comme on l'attendait de lui, s'adaptant à la personnalité de ses interlocuteurs en un clin d'œil. Il avait compris que, pour obtenir ce qu'on voulait, il n'était pas forcément nécessaire d'être sincère et honnête. Il fallait parfois savoir utiliser les armes à sa disposition même si elles n'étaient pas légitimes.

C'était cette habilité précieuse qui permettait à l'agent de briller en missions sous couverture. Il savait adapter son attitude à son vis à vis en quelques secondes. Savoir lire son opposant était un avantage que peu d'agents de terrain de sa valeur possédaient. Il était dommage que cette compétence ne soit pas innée chez l'humain en général, elle n'était possédée que par quelques individus trop peu nombreux pour être gaspillée.

Même le meilleur profileur n'était pas en mesure de retourner une situation dangereuse en un clignement de paupière. Certes, il pouvait déchiffrer et comprendre la mentalité d'un criminel mais être en mesure d'ajuster sa propre attitude en fonction de ses adversaires n'était pas une compétence requise chez ces professionnels. Comprendre et réagir étaient deux choses totalement différentes.

Léon soupira et émit un petit rire. Qui aurait cru que s'épancher sur l'oreiller auprès d'une femme avisée lui permettrait de se voir proposer des conseils précieux et plein de bon sens. Il avait écouté les arguments avancés par sa femme en ce qui concernait ses inquiétudes vis-à-vis de l'italien.

La curiosité de Jackie en ce qui concernait l'agent l'avait conduite à l'inviter à dîner un soir. La rencontre avait été un moment épique dans la vie de Léon, il avait vu les deux inconnus s'entendre comme larrons en foire en l'espace de quelques heures. Tony avait également emporté l'adhésion de ses enfants juste en leur posant quelques questions sur leurs centres d'intérêts.

Keyla avait fondu lorsqu'il avait joué quelques morceaux sur son piano et qu'il lui avait montré quelques exercices à pratiquer pour améliorer son jeu. Jared était passé du statut de renfrogné à celui d'extatique lorsque l'italien lui avait fait une démonstration de son jeu au basket et qu'il avait également obtenu quelques conseils pour progresser. Jackie, quant à elle, avait discuté cuisine et était parvenu à arracher une ou deux recettes au fin cuisinier que semblait être DiNozzo.

Léon avait appréhendé la rencontre, il avait jusque-là évité de mêler son travail à sa vie familiale. Jamais il n'avait encore ramené un collègue de travail chez lui, c'était le plus sûr moyen de mettre sa famille en danger. La seule exception qu'il avait faite à cette règle l'avait été pour l'italien et il ne regrettait absolument pas de l'avoir transgressé.

La relation entre eux s'était développée rapidement parce que Tony n'avait plus personne à qui faire confiance après le départ de Gibbs. Lorsque Léon s'était rendu compte que l'italien était isolé au sein de sa propre équipe, il avait décidé de lui apporter son soutien afin de conserver intacte toute la compétitivité de l'italien.

La suite des évènements lui avait prouvé qu'il avait choisi la bonne option, Tony lui avait rendu la confiance qu'il lui avait montrée. Il avait eu à cœur de remplir ses tâches de chef d'équipe malgré les embûches que McGee, David et Sciuto lui mettaient dans les jambes. Les diners réguliers avec sa famille avaient aidé également l'italien à se distraire et oublier les préoccupations professionnelles et surtout l'attitude néfaste de ses collègues.

Le retour inattendu de Gibbs avait entrainé une situation qui avait dégénérée en conflit ouvert à certains moments. Léon avait eu la nette impression que Gibbs était jaloux de son second, de son travail exemplaire en tant que remplaçant malgré la situation conflictuelle entre les membres de l'équipe. Il avait assisté à des piques virulentes adressées à Tony par Gibbs lui-même auxquelles l'italien était resté apparemment insensible, du moins devant son chef.

Lorsque Léon avait défié Gibbs et adjoint un agent à former sous la férule de DiNozzo, il savait qu'il jouait un jeu pernicieux avec l'ancien Marine. Mais si c'était le prix à payer pour parvenir à extraire son agent de l'emprise néfaste de son mentor, il se devait de le faire. Il avait surtout souhaité que la recrue, un ancien Seal, protège l'italien si nécessaire, assure ses arrières sur le terrain et lui évite d'être blessé ou pire… d'être tué.

Mais même les meilleures intentions du monde peuvent être contrecarrées et les meilleurs plans voués à l'échec. Gibbs et compagnie n'avaient pas pris l'arrivée de Giordano de très bon pied, les deux subordonnés avaient tout fait pour monter la recrue contre son mentor. Mais les deux italiens s'étaient ligués pour opposer un front uni contre McGee et David, au grand dam des deux conspirateurs.

Les évènements suivants avaient permis à Léon de promouvoir Tony au poste de chef d'équipe et de lui offrir le choix pour sa première affectation en tant que tel. Et depuis sa nomination, il avait fait des merveilles non seulement en résolvant les enquêtes avec succès mais en restaurant également les relations avec les forces de police locales. La réputation d'intégrité de l'italien s'était répandue comme une traînée de poudre et celle du NCIS local en avait été rétablie.

Et pour l'heure, il avait une équipe à féliciter pour le bon travail accompli. Il souhaitait faire savoir à Tony qu'il approuvait les quelques légères décisions contestables qu'il avait prises pour réussir à mettre un terme aux agissements des trafiquants de drogue.

Il jeta son cure-dent et vida sa tasse de café, il se leva, réajusta sa veste et quitta son bureau pour se rendre au MTAC. Il demanda aux techniciens non indispensables de quitter la pièce, pria qu'on le mette en liaison avec le bureau de l'antenne locale qu'il indiqua avant d'ordonner au dernier technicien de sortir à son tour. Il avait promis à Tony de préserver son lieu de transfert et il entendait bien respecter cette promesse.

Il fut mis en liaison avec le centre de communications de la base et demanda la connexion avec le bureau du NCIS. Le préposé aux communications apparut à l'écran et le salua.

« Bonjour, Monsieur » dit aimablement le technicien.

« Bonjour, Agent » lui répondit Léon. « Je souhaite m'entretenir avec l'Agent DiNozzo, s'il vous plait. »

« Tout de suite, Monsieur. »

Il attendit quelques minutes que l'agent appelle l'italien et que ce dernier se présente dans le champ de la caméra.

« Bonjour, Monsieur » lança joyeusement Tony.

« Bonne journée à vous, Tony » lui renvoya Léon en souriant.

« Quel bon vent vous amène à nous contacter aussi tard ? »

« Le vent de la victoire sans doute » gloussa le directeur. « Pouvez-vous appeler votre équipe ? »

« Bien sûr, tout de suite » indiqua Tony tandis qu'il prenait son téléphone.

Il demanda à son second de le rejoindre avec le reste de l'équipe dans la minute qui suivait. Il raccrocha et il poursuivit sa conversation avec son supérieur.

« Comment va la famille, Léon ? »

« Bien même si chaque membre Vance déplore votre départ et souhaite que les vacances soient là pour vous rejoindre durant cette période. »

« Ah, Jackie souhaite goûter à la cuisine locale, à ce que j'entends » dit l'italien en souriant.

« Oh, elle n'est pas la seule à vouloir s'envoler pour quelques semaines, les enfants sont aussi impatients de vous revoir et d'explorer votre nouveau territoire. »

Tony allait continuer lorsque la porte du centre s'ouvrit pour laisser le passage de son équipe au complet.

« Léon, permettez-moi de vous présenter officiellement mes agents » dit Tony d'un ton sérieux.

Il nomma chaque agent à tour de rôle, chacun d'eux salua le directeur courtoisement mais avec retenue. Ce n'était pas tous les jours que le grand homme désirait voir les agents de terrain.

« Je viens de terminer votre rapport sur le démantèlement du cartel de drogue » annonça d'emblée Léon. « Comme d'habitude, un récit complet et détaillé, Tony. Devant ce nouveau grand succès, je tenais à vous offrir personnellement mes félicitations et celle du SecNav à toute l'équipe. Non seulement, vous avez accompli un sacré travail en un temps record mais vous avez coupé l'herbe sous le pied du FBI. Mon confrère se joint d'ailleurs à moi pour les félicitations même s'il est un peu vexé de savoir que vous avez réussi à supplanter son agence dans cette affaire. Beau travail d'équipe, madame et messieurs. Je souhaiterais voir plus souvent mes équipes travailler ainsi main dans la main. »

« Merci, Monsieur » répondirent en chœur les agents.

« Continuez ainsi, Tony et je peux d'ores et déjà prédire que cette année, la médaille du meilleur agent ne sera pas décerné à un vétéran » indiqua le directeur.

« Je ne fais pas ce travail pour me voir décerner une médaille ou une quelconque récompense, Léon » soupira Tony.

« Ça, je le sais, votre équipe le sait désormais mais qui d'autre le sait ? » supputa-t-il.

« Peu importe qui sait et qui ne sait pas, je n'ai fait que mon travail, un travail pour lequel je suis payé »

« Vous le voyez ainsi mais ni le SecNav, ni moi ne pouvons ignorer vos actions héroïques, Tony » le réprimanda gentiment le directeur. « Vous avez fait plus que votre travail, vous avez fait en sorte que les civils qui gravitaient autour de ce gang ne soient pas pris pour cible en vous interposant au péril de votre propre vie. Je sais que vous ne donnez pas plus d'importance à votre vie qu'à celles d'innocents, que vous estimez que votre devoir est de les protéger coûte que coûte mais il va être de votre responsabilité de rester en vie. »

Tony et lui échangèrent un regard qui en disait long, ils pensaient tous deux à l'ancienne équipe étendue à trois autres membres du personnel. Ceux qui avaient travaillé avec lui mais n'avaient jamais compris pour quelle raison l'italien avait choisi ce métier.

L'italien se passa la main dans le cou, un signe évident qu'il était embarrassé. Léon lui adressa un petit sourire.

« Encore quelques mois à ce rythme et vous pourrez vous estimer heureux de ne pas être sur la sellette ou dans le collimateur de la presse » remarqua le directeur. « Le SecNav est très satisfait d'avoir finalement approuvé votre promotion et il ne cesse de louer vos 'exploits' comme il les appelle. Il a même songé à créer une équipe spéciale chargée de vous observer pour comprendre votre façon de traiter les enquêtes. J'ai eu bien du mal à l'en dissuader arguant que ça ne ferait que vous compliquer la vie et retarderait la résolution des affaires. »

« Bonté divine, j'espère qu'il ne va pas conserver cette idée en tête, ce serait complétement irréaliste de travailler dans ces conditions » s'exclama Tony d'un ton horrifié.

« Oh, ce n'est pas sa seule idée, il a mijoté autre chose : la formation des futurs agents » lui apprit encore le directeur.

« Quoi ! » s'écria Tony. « Je suis un agent de terrain, pas un professeur. Je ne suis même pas sûr d'être un bon mentor vu la façon dont McGee a réagi à sa formation. »

« Ah, Tony, vous avez été un bon formateur mais vous avez eu un mauvais élève en la personne de McGee » le contredit Léon. « Giordano a grandement apprécié vous avoir eu comme mentor, il donne toute satisfaction à son chef d'équipe actuel. Il a indiqué qu'il avait peu à lui apprendre pour ce qui est de la formation de base et que sa manière de réfléchir lui faisait penser à vous, un compliment rare dans la bouche de l'Agent Stevenson. »

« Vous avez placé Grant dans son équipe ? » s'étonna Tony. « Je pensais qu'il ne voulait plus de bleu parmi ses agents. »

« A vrai dire, il a fait une exception pour Giordano lorsqu'il a su que votre élève cherchait une autre équipe pour terminer sa formation » mentionna Léon. « Stevenson est très satisfait d'avoir changé d'avis mais ne pense pas réitérer la chose avec un autre agent en probation. Trop peur d'être déçu. »

« Stevenson est un puriste et un perfectionniste, il n'aime pas la médiocrité » souligna Tony en riant. « Grant sera un parfait agent en probation pour lui. »

« Pas sûr que Giordano fera de vieux os dans son équipe, m'est avis qu'il demandera un transfert dès que l'occasion se présentera » argua Léon.

« Où qu'il aille, il fera de son mieux pour réussir et satisfaire son chef d'équipe tout comme il a honoré son supérieur lorsqu'il était un Seal en exercice, Directeur. »

« Il a eu un excellent mentor en tant qu'agent et il aura envie de lui faire honneur » renchérit Léon. « Si ça avait été possible, vous auriez votre propre équipe ici à DC et je suis certain qu'il aurait été ravi de vous suivre. Mais pour des raisons évidentes, j'ai préféré vous éloigner à mon grand regret. »

« Il valait mieux que je parte, Léon et je suis content d'avoir fait ce choix. J'ai une équipe formidable ici » affirma l'italien en désignant d'un geste ses agents. « Je ne le dis pas parce qu'ils sont présents. Ils savent que je suis là s'ils ont un souci quelconque tout comme je sais que je pourrais compter sur eux en cas de problème. Ils sont suffisamment intelligents pour être à l'écoute, approuver, désapprouver ou commenter les changements que je souhaite instaurer sans pour autant tout rejeter en bloc. Ils me respectent tout comme je les respecte. »

Les derniers propos de Tony provoquèrent des regards étonnés de la part de son équipe que Léon capta et il décida d'éclairer un peu leur lanterne, ce qu'il supposait que Tony n'avait pas fait par égard pour ses anciens collègues. Il n'avait lui-même aucun scrupule à informer ces agents de l'attitude répréhensible de l'ancienne équipe de Tony.

« Heureux de savoir que vous avez des agents qui reconnaissent votre valeur et ont appris à vous apprécier bien mieux que Gibbs, McGee, David ou Sciuto » déclara le directeur. « Si d'aventure, vous veniez à partager une enquête, j'espère sincèrement que votre nouvelle équipe saura vous épauler efficacement. »

John se racla la gorge avant d'oser exprimer son opinion.

« Directeur, je pense parler au nom de mes collègues et au mien en vous assurant que l'Agent DiNozzo fait non seulement l'unanimité parmi nous depuis sa nomination mais il a prouvé que nous pouvions nous appuyer sur lui » dit-il avec conviction. « Nous redoutions le successeur de l'Agent Barnett mais avons vite appris que Tony n'avait rien de commun avec lui. »

Il se tourna vers son chef et lui adressa un sourire.

« Vous avez su nous regrouper par votre approche non conventionnelle mais efficace. Vous avez su être à notre écoute, vous avez prêté une oreille attentive à nos doléances, vous avez approuvé nos critiques et nos suggestions pour le bien du service. Vous avez, en un mot comme en cent, gagné notre confiance. En retour, le moindre que nous puissions faire est de suivre votre ligne de conduite, d'imiter votre façon de travailler, de donner le meilleur de nous et d'être à vos côtés et d'assurer vos arrières sur le terrain et ailleurs. »

Tony regarda son second avec ahurissement.

« Waouh ! » dit-il d'un ton hésitant. « Quand vous choisissez de parler, Mitchell, vous le faites pour la bonne cause, on dirait. Je n'ai jamais obtenu autant de sincérité de la part de mes partenaires, subordonnés ou supérieurs durant toute ma carrière de flic ou d'agent. »

« Dans la mesure où mes propos reflètent notre pensée collective, je ne vois pas pour quelle raison nous ne pourrions pas l'exprimer. »

« Aucune raison de cacher votre opinion sur votre supérieur, Agent Mitchell » intervint Léon. « Vous avez expérimenté une gestion autoritaire et unilatérale sous la férule de l'Agent Barnett qui a mené à de sérieux problèmes. Je savais qu'en envoyant Tony comme successeur, vous y gagneriez au change. Je ne sous-entends aucunement qu'il est laxiste ou manque d'autorité, loin de là. Il m'a prouvé que, malgré les difficultés rencontrées avec son ancienne équipe, il savait parfaitement remplir son rôle, faire son travail et bien plus. Avoir la capacité de faire la part des choses et exécuter sa tâche malgré les aléas de sa relation avec ses collègues est un exploit que peu d'agents auraient pu relever. »

L'équipe écoutait religieusement les informations distillées par le directeur. Chacun d'eux avait spéculé sur leur chef, les raisons de son départ de DC et le transfert de la plus importante équipe de l'agence devaient avoir des facteurs sérieux, aucun agent sensé ne quittait un tel poste sur un coup de tête.

Tony n'avait discuté que brièvement des raisons qui l'avaient incité à partir lors de son arrivée et n'avait jamais abordé le sujet depuis ce moment. En fait, il parlait rarement de son ancienne équipe sauf si une enquête lui en rappelait une autre et qu'il pouvait s'en inspirer pour illustrer un raisonnement qui l'avait conduit à la solution.

Pour dire que chaque agent était attentif aux propos du directeur était donc un euphémisme. Leur chef semblait également un brin embarrassé par les compliments que leur supérieur débitait à son sujet. Mitchell soupçonnait qu'il n'était pas habitué à en recevoir et ne savait donc pas comment se comporter lorsqu'il en était destinataire.

Le bras droit de Tony revint à la réalité tandis que le directeur abordait un sujet délicat.

« J'imagine que cet exploit n'est pas passé inaperçu des journalistes ? » demanda-t-il soudain. « Bien qu'il serait nécessaire de redorer le blason de l'agence auprès du public, je recommande que votre nom ne soit pas officiellement lié à cet exploit, Tony. Il va s'en dire que si votre photo devait être publiée, vous pourriez abandonner les missions sous couverture. »

« C'est la raison pour laquelle nous avons laissé cet aspect de l'enquête à la police locale » indiqua l'italien. « Certes, notre rôle sera mentionné mais sans qu'aucun de nous ne soit directement impliqué dans les conférences de presse. Dans le cas contraire, Mitchell sera notre porte-parole. »

« Bien, c'est un compromis acceptable » approuva Léon. « Vous pouvez fêter ce succès aux frais de l'agence, Tony, j'avertis le service comptable de prendre en charge la note. Sur ce, je vous laisse en renouvelant mes félicitations. »

« Merci, Monsieur » lança l'équipe avant de se diriger vers la sortie.

« A bientôt, Léon » dit Tony en le saluant d'un geste de la main.

Le technicien coupa la communication et décocha un regard chaleureux et un sourire à Tony qui haussa les sourcils d'étonnement.

« Félicitations pour ce coup d'éclat, Agent DiNozzo » déclara-t-il.

« Merci, Peters » dit Tony en lui tapotant l'épaule. « Les gars et moi sommes heureux d'avoir mis fin aux agissements de ces criminels. »

« Comme d'habitude, Monsieur » pouffa le technicien.

Sur ce, Tony sortit de la pièce et rejoignit son équipe qu'il trouva assembler autour du bureau de John en pleine discussion sur le choix du restaurant que leur offrait l'agence. Chacun avait un avis et souhaitait pourtant trouver un point commun à leurs goûts pour satisfaire chaque membre de l'équipe. Finalement, leur décision s'arrêta sur un club qui leur permettrait de diner et poursuivre la soirée sur la piste de danse si l'envie leur prenait.

Tony sourit, c'était si différent avec cette équipe comparé à son ancienne. Ici, c'était une concertation lorsque, pour l'autre, c'était plus souvent une décision imposée par un seul membre. Et lorsque lui-même proposait un lieu, il était souvent débouté. Il était vrai que leurs goûts en matière de divertissements étaient aussi différents que pour tout le reste.

Tony en avait de plus raffinés que ceux d'Abby qui préférait tout ce qui sortait de l'ordinaire, sa qualité de gothique oblige. McGee optait souvent pour des endroits plus intellectuels tandis que Todd choisissait souvent des lieux plus classiques. Miss Mossad n'avait pas de préférences en particulier, elle cherchait à s'adapter à celles des autres pour s'intégrer plus facilement.

Dans cette équipe, le choix s'effectuait en fonction de l'humeur générale mais chaque sortie permettait à chacun, à tour de rôle, de se retrouver dans un lieu qu'il appréciait particulièrement. De cette façon, aucun n'était privilégié ou frustré. Chaque enquête résolue se terminait invariablement devant un verre dans un bar choisi par l'un d'eux et tiré au sort parmi une liste établie à partir de leurs préférences.

Cette fois, Léon lui avait coupé l'herbe sous le pied en offrant de payer leur sortie. Aussi, aujourd'hui, Tony décida d'exercer son privilège et de proposer son propre choix parce qu'il avait envie et besoin de détendre l'atmosphère d'une manière différente.

« Très bien, les gars » lança-t-il donc.

Son intervention stoppa net la discussion entre ses agents qui se tournèrent tous vers lui en un seul bloc.

« Je vous propose de nous détendre ce midi par un déjeuner attractif et ludique » annonça-t-il. « Pour nous divertir autrement, je propose un bowling au club de la base. John, vous réservez pour nous pour midi, vous demandez au gérant de nous préparer le menu spécial en lui indiquant mon nom. Hors de question qu'il me confonde avec mon prédécesseur. »

« Bien, Tony » dit John en se précipitant vers le téléphone.

« Hum, Chef, est-ce que ça veut dire que l'invitation du directeur n'est plus d'actualité ? » demanda Colin, un brin déçu.

Tony émit un petit rire avant de se calmer rapidement. Son équipe était suspendue à sa réponse. John les rejoignit et attendit le verdict après avoir confirmé la réservation.

« En vérité, Colin, Léon m'a pris de vitesse en offrant de prendre en charge la sortie » déclara le chef d'équipe. « Aussi, je vous propose de nous réunir ce vendredi soir si aucune enquête ne vint perturber ce projet. Et pour vous féliciter pour un travail rondement mené, j'étends l'invitation à vos conjoints et enfants. Nous nous détendrons dans un restaurant avec karaoké, histoire de passer un bon moment. Et je compte sur vous pour participer » ajouta-t-il d'un ton ferme mais également taquin.

Tony sourit en entendant Paul grommeler, John soupirer, Colin glousser et Maria rire franchement.

« Vous savez vraiment être un tantinet autoritaire tout en restant modéré » protesta l'agent féminine de l'équipe tandis qu'elle indiquait un espace entre son pouce et son index pour montrer l'importance.

« Tout est dans l'art de dire les choses, Maria » expliqua Tony en haussant les épaules. « Il est plus facile d'attraper des abeilles avec du miel qu'avec du vinaigre. C'est la même chose avec les hommes, vous obtenez plus avec des compliments qu'avec des rebuffades. »

« On dirait que vous parlez en connaissance de cause, Chef » nota Paul d'un ton doux teinté de... gêne.

Tony croisa son regard et lui adressa un léger sourire triste.

« Mon ancien chef, Gibbs, avait un principe simple pour obtenir des résultats rapides : la compétition entre agents » leur révéla-t-il sans remords. « Sans égard pour mon statut de second, il me traitait comme un autre agent et plus durement. Je n'ai aucune intention de copier son mode de gestion, chacun de vous a des forces et des faiblesses, c'est ce qui fait que l'équipe présente une bonne homogénéité dont il me suffit de tirer parti au mieux. »

« C'est la raison qui vous pousse à créer des équipes différentes à chaque enquête ? » s'étonna alors John qui venait de comprendre.

« En effet, en fonction du thème des enquêtes, je divise l'équipe pour que vos compétences s'accordent au mieux avec le motif du crime » indiqua leur chef. « Utiliser les ressources de l'équipe au service de nos enquêtes est bien plus profitable que de gaspiller votre temps et votre énergie pour des tâches qui vous sont inadéquates. Ce ne veut pas dire que je ne vais pas vous aider à vous améliorer dans vos points faibles mais nous le ferons au fur et à mesure du temps. Bousculer vos habitudes et votre zone de confort risquerait de vous déstabiliser alors que je cherche l'effet inverse. »

« Y a pas à dire, Chef, vous êtes vraiment très différent de Barnett » s'exclama soudain Colin. « Il se contentait de nous donner ses ordres sans aucune explication et gare à celui qui ne les suivait pas. »

« Et il ne se préoccupait pas de savoir si nous pouvions les exécuter » poursuivit Paul. « Il voulait des résultats sans s'encombrer de détails selon lui inutiles. »

« Il n'avait aucune considération pour nous, tout ce qui l'intéressait était d'obtenir un ratio honorable pour que la direction lui fiche la paix » argua Maria d'un ton acerbe et vindicatif à l'encontre de son ancien chef.

« Eh bien, il nous appartient de redorer le blason du bureau et de briller suffisamment pour que nous soyons reconnus et appréciés » suggéra l'italien. « Et n'oubliez jamais que sans votre aide, je ne suis rien, ce n'est qu'ensemble que nous pouvons faire beaucoup. »

L'équipe approuva ses propos en hochant la tête et en souriant largement à leur chef. Tous étaient conscients qu'ils avaient une seconde chance avec Tony et ils n'entendaient pas la gaspiller. Ils avaient attendu assez longtemps que la direction de l'agence réponde à leurs doléances et maintenant que c'était chose faite et que leur nouveau dirigeant leur convenait, ils avaient à cœur de ne pas le décevoir.

Tony les enjoignit à s'accorder un break et à entreprendre un travail relaxant après les semaines stressantes qu'ils venaient de vivre pour démanteler le trafic de drogue. Il gagna son bureau privé où il s'accorda lui-même une petite pause. Il ouvrit son ordinateur et entreprit de rédiger un mail à ses amis Tobias, Jimmy et après réflexion, Grant.

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Le prochain chapitre se concentrera sur un ami de Tony…

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A bientôt

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Chitmi