Huitième chapitre ! On approche à grands pas de la fin je pense. A moins que d'autres péripéties me viennent… Bonne lecture à tous et merci pour vos commentaires !
Chapitre 8
Un véritable héros
« Et là ! J'ai passé le ballon à Jeremy et wooo ! En plein dans le but ! Et grâce à moi. »
Le bibliothécaire acquiesça en silence, rangeant soigneusement un exemplaire du Hobbit sur l'étagère. Depuis que le garçon était venu lui rapporter les livres empruntés, livres qu'il avait rapidement dévoré, il passait à la bibliothèque presque tous les soirs. Au début, c'était surtout pour choisir de nouveaux livres et satisfaire sa soif de culture nouvelle. Mais il avait vite pris l'habitude de s'asseoir à une table pour explorer les ouvrages et même pour faire ses devoirs à la sortie de l'école. C'était l'enfant le plus sérieux qu'Artemus Blake ait eu l'occasion de rencontrer. Il se plongeait chaque soir dans ses devoirs comme si sa vie elle-même dépendait de ses résultats. Enfin, d'après ce que le sexagénaire avait pu voir, il n'avait pas beaucoup de soucis à se faire. Si ce n'est en français. Eddy lui avait demandé, la semaine passée de jeter un œil à son expression écrite. Son père devait rentrer tard ce soir-là et il ne voulait pas l'ennuyer avec ses devoirs. Le bibliothécaire avait passé une bonne heure à expliquer ses erreurs à Eddy mais les difficultés de l'enfant semblaient aller au-delà de la simple compréhension. Le garçon était intelligent. Il comprenait ses erreurs et continuait pourtant de les faire. Il lui faudrait beaucoup de temps et de travail pour surmonter ses difficultés à l'écrit et même cela ne suffirait peut être pas.
Artemus continuait d'écouter le garçon parler tout en rangeant les rayons. Il avait tenté de lui expliquer qu'une bibliothèque était un lieu de calme mais il avait vite renoncé. Le garçon, une fois lancé, semblait ne pas pouvoir s'arrêter de parler. C'était à peine s'il prenait le temps de respirer.
Mais la bibliothèque était rarement pleine de monde, surtout en semaine, et le responsable des lieux avait appris à apprécier le babillage continu du jeune Eddy.
« Du coup, après, les autres voulaient que je joue dans leur équipe. Mais moi je préfère jouer avec Jeremy, Thomas et Henry et Christine. C'est une fille mais elle joue super bien. Et puis ils sont cools. » Continuait de raconter le garçon tout en terminant ses problèmes de math. Problèmes auxquels il avait à peine jeté un œil avant de noter ses réponses. Les chiffres apparaissaient sur la feuille à une vitesse impressionnante et Artemus ne put résister au besoin de vérifier les résultats. Tout était correct. Sans surprise.
« Là, tu as inversé les syllabes. » Indiqua le bibliothécaire en pointant de l'index l'énoncé d'un problème.
« Oh. Merci M'sieur Blake. »
Tony corrigea minutieusement son erreur avant de fermer son cahier. Il avait terminé.
« Tu aimes les maths ? »
« Oh oui ! » S'enthousiasma Eddy avant de se reprendre et de hausser nonchalamment les épaules, prenant un ton et une attitude qui se voulaient neutres. « Enfin, ça va. C'est pas trop nul. »
« J'ai l'impression que c'est un peu trop facile pour toi. » Fit remarquer l'adulte.
Le petit baissa la tête, se refermant sur lui-même. « Il est tard. Mon père ne va pas tarder. » Murmura-t-il en rangeant ses affaires. « Bonne soirée, monsieur Blake. »
« Bonne soirée, Eddy. »
En sortant, Tony nota que le grand homme chauve qui était assis dans un coin n'avait pas beaucoup avancé dans la lecture de son roman à l'eau de rose.
oOo
« Nous sommes toujours sans nouvelles de Tony Stark. » Annonça la journaliste devant l'écran bleu sur lequel avait été affichée une photo d'un Tony souriant, une flûte de champagne à la main. Etrange choix d'image pour un reportage qui visait clairement à critiquer, une fois de plus, le héros de métal.
« Deux semaines se sont écoulées depuis que la petite Lizzie Meyer a perdu la vie, deux semaines sans que le soi-disant héros de New-York ne soit apparu une seule fois en public. Où se cache-t-il ? Pourquoi refuse-t-il de s'exprimer sur ces évènements tragiques ? Ce sont là des questions qui demeurent sans réponse, attisant la douleur d'un père et d'une mère qui ne réclament pas de coupable mais souhaitent seulement comprendre pourquoi leur petite fille leur a été arrachée. Tony Stark ne prendra-t-il pas la parole ? Pas même pour sauver du naufrage Stark Industries dont les actions sont en chute libre depuis le début de la semaine ? »
La télévision se coupa et Clint se leva brutalement de son fauteuil avant de quitter la pièce, irradiant de colère. Steve ne fit rien pour le rattraper. Il savait exactement ce que l'archer ressentait. Ses propres poings étaient serrés si forts que ses ongles pénétraient dans sa peau.
Depuis que Tony avait quitté la Tour, depuis qu'ils l'avaient forcé à fuir, plus rien n'allait. Thor avait disparu depuis plusieurs jours, Bruce restait enfermé dans son labo ou dans l'atelier de Tony, Clint n'avait jamais été aussi irritable et Natasha ne parlait plus à personne.
Steve n'avait jamais réalisé, jusqu'à présent, à quel point Tony était important au sein de l'équipe. Et pas seulement pour la force d'Iron Man ou son génie. Il était agaçant, égocentrique, ne s'arrêtait jamais de parler. Mais c'était sa personnalité qui les avait rassemblés. Tony prenait à cœur le bien être de chaque membre de l'équipe en oubliant ses propres besoins. Combien de fois Steve ou les autres avaient du extraire de force le génie de son labo pour l'obliger à manger ou à se reposer ? Combien de cinémas, de restaurants avaient eu pour seul but de l'aider à se détendre après des jours passés sur un projet ? Petit à petit et sans que les avengers ne s'en rendent compte, Tony était devenu l'une de leurs missions quotidiennes.
Sans Tony, Bruce ne ferait pas partie des Avengers. Sans Tony, Clint ne leur aurait jamais dévoilé sa personnalité pétillante. Il serait resté cloitré avec les souvenirs des meurtres commis sous le contrôle de Loki. Sans Tony, Thor ne se serait peut-être jamais senti aussi à l'aise, dieu parmi les mortels. Car si Tony était doué pour quelque chose, c'était bien pour faire comprendre au reste du monde, immortels y compris, que personne ne le surpassait. Dans quelque domaine que ce soit. Natasha. Tony avait peut-être eu plus de difficultés à lui faire confiance mais une fois que c'était fait, Natasha s'était ouverte petit à petit. Comme si un poids s'était levé de sa poitrine. Et lui, le grand Captain America. Il était tombé de haut quand il avait rencontré le fils d'Howard Stark. Mais au final, comme les autres, il avait fini par aimer la personnalité haute en couleurs du génie. Il était devenu un membre de sa famille.
Il fallait que Tony revienne. Ils devaient le retrouver.
Le vibreur de son téléphone le fit réagir instinctivement. Il décrocha sans réfléchir mais lorsqu'il reconnut la voix, à l'autre bout du fil, il le regretta immédiatement.
« Directeur ? »
« Où est Stark ? »
oOo
Elsa éteignit la télévision et se tourna vers son fils qui la regardait, se mordant la lèvre inférieure.
« Tu crois qu'on devrait prévenir Tony, maman ? »
Avant qu'Elsa ne puisse répondre, une voix s'éleva de la poche de son fils, la faisant sursauter.
« Si je puis me permettre, monsieur Keener, je ne le recommanderais pas. »
Harley, qui ne semblait pas du tout surpris que son téléphone se mette à lui parler, retira l'objet de sa poche.
« Monsieur Stark a besoin de temps pour se reconstruire sur de nouvelles bases. Sans l'influence des médias, sans la pression des avengers et sans les attentes des uns et des autres. »
« Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, Jarvis ? »
La voix marqua un silence avant de répondre : « Monsieur Stark a subi bien plus qu'il ne pouvait le supporter en un trop court laps de temps. Physiquement et émotionnellement. Il a… craqué. Je pense que c'est le terme adéquat. »
« Okay, Jarvis… » Soupira le jeune garçon. « On va lui laisser le temps qu'il faudra. »
« J'espère que tu ne t'en sers pas pour tricher en cours. » Lança soudainement Elsa, sortant de sa stupeur.
« Maman ! » S'indigna Harley.
oOo
« Un accident de formule un. » Expliqua Tony au jeune trentenaire en costard qui lui faisait face. « J'étais en tête depuis cinq tours quand cet idiot m'est rentré dedans. Ma caisse a volé dans la rambarde de sécurité. Il n'en restait rien. Un miracle que je m'en sorte avec juste ce petit souvenir. » Finit-il en levant le menton et en désignant la cicatrice qui courait le long de sa gorge.
L'homme sourit poliment, incertain que l'histoire du mécanicien soit fondée sur quelque vérité. Il accepta les clés que lui tendait Tony et repartit au volant de sa japonaise aux injecteurs flambants neufs.
« Une formule un ? Rien que ça ? » Se moqua gentiment Ben qui n'avait rien raté de la conversation. Il rejoignit Tony à l'extérieur du garage. « Je croyais que c'était un accident avec un bébé tigre. Ou alors… qu'est-ce que c'était déjà ? Cette histoire que tu as racontée à madame Grant ? »
« Oh ? Le duel à l'épée ? »
« C'est ça. Je me demande comment j'ai pu l'oublier… »
Leur discussion fut interrompue par des éclats de voix s'élevant de la ruelle qui longeait le garage. Tony n'hésita pas, abandonnant son patron pour aller s'enfoncer dans l'allée lugubre.
Trois jeunes adultes au look très discutable étaient en train de s'en prendre à un gamin d'à peine quatorze ans. En cercle, ils le poussaient violemment de bras en bras, riant à gorge déployée.
« Alors Richie, tu ne fais plus le malin, hein ? Où est passé le héros qui vole au secours des donzelles ? Il fait dans son froc, hein ? »
Un grand maigrichon en jogging noir poussa le garçon un peu trop violemment et celui-ci tomba par terre, entaillant la paume de sa main avec un tesson de verre qui traînait là. Un hoquet de douleur le secoua et il ne parvint pas à retenir ses larmes, s'attirant des railleries plus vivaces encore de la part de ses tortionnaires.
Un punk en blouson de cuir noir parsemé de pointes de métal lui asséna un méchant coup de pied dans l'estomac, l'obligeant à se recroqueviller sur lui-même.
« Hey ! »
L'exclamation fit se retourner la racaille qui vit à peine le poing qui approchait de sa figure avant de se retrouver au sol, le nez en sang. Il ne fallut pas longtemps aux deux autres agresseurs pour s'en prendre à celui qui venait de ridiculiser leur chef. En revanche, ils ne s'attendaient pas à ce que l'importun sache se défendre et rendre aussi bien les coups. Le type en jogging noir s'élança, le poing volant vers Tony. Impassible, Tony se baissa légèrement, le bras remonté au-dessus de sa tête pour dévier le coup. Il retourna sa paume et referma sa prise sur la manche de son adversaire, le tirant en avant et l'envoyant tituber plus loin.
Tony évita l'assaut du second voyou avec l'agilité du toréador, lui assénant un violent coup de pied dans le péroné. Le craquement qui suivit fut confirmé par le cri de douleur du jeune adulte.
Le chef de bande s'était relevé et le gamin sauvé par l'intervention de Tony s'était reculé contre le mur, cherchant à se fondre dans la brique.
« Tu sais te battre, enfoiré. » Grogna le mâle alpha en essuyant le sang qui lui coulait dans la bouche du revers de la manche. Il sortit de sa poche deux poings américains qu'il enfila avec un sourire de prédateur abruti.
« Tu vas morfler, connard. Tu ne pourras pas esquiver tous les coups. »
« Ça reste à voir. » Sourit Tony en lui faisant signe de s'approcher pour le provoquer. « Je me suis battu contre bien plus fort et je connais une fille qui en mettrait dix comme toi au tapis en moins d'une minute. Alors, qu'est-ce que tu attends fillette ? Attaque ! »
Cédant à la provocation, le voyou se jeta sur Tony. Il fallait qu'il l'admette, le punk était rapide. Il réussit tout de même à parer les premiers coups, lancés avec rage, sans trop de difficultés. Mais lorsque le gars en jogging entra à nouveau dans la partie, les choses se compliquèrent considérablement. Et ses blessures n'avaient pas encore totalement guéri.
Un moment d'inattention et le subalterne le saisit par les épaules, immobilisant le haut de son corps assez longtemps pour que son chef frappe Tony dans les côtes. Un grognement de douleur passa ses lèvres mais il profita de la force de l'impact pour se glisser hors de l'étreinte du sous-fifre.
Le souffle coupé, il ne put pas faire grand-chose de plus. Il chancela, serrant ses côtes d'un bras, prêt à se servir de l'autre pour se protéger des coups qui n'allaient pas tarder à pleuvoir. Tony ne se départit pas de son sourire insolent. On lui avait souvent répété qu'il fallait éviter de narguer ses ennemis, surtout quand ceux-ci avaient le dessus mais il ne pouvait pas s'en empêcher.
« Tu tapes comme une fille, je l'avais dit. »
« Chope-le, Bobby. Je vais lui faire avaler sa langue. »
Ben choisit le bon moment pour entrer en scène, une lourde barre de fer en main. « J'ai appelé la police. Laissez-le et foutez le camp ! »
C'était peut-être la menace de la police où le fait qu'ils n'avaient soudain plus l'avantage du nombre mais les voyous ne réfléchirent pas longtemps. Ils s'enfuirent sans demander leur reste, attrapant leur acolyte à la jambe brisée au passage.
« Eddy ? Ça va ? » S'inquiéta Ben en lâchant la barre de fer.
« Ça va. Va voir le gamin. » Lui intima Tony en lui désignant le garçon apeuré.
oOo
« Okay, Rich. Ça devrait faire l'affaire pour le moment. » Dit Ben, satisfait du bandage qu'il venait d'enrouler autour de la paume du garçon assis à son bureau. Il avait désinfecté la plaie au mieux après s'être assuré qu'elle avait arrêté de saigner. Il lui faudrait sans doute quelques points mais ses parents pourraient se charger de l'emmener voir le médecin quand ils arriveraient. Etre en couple avec une ancienne infirmière avait ses avantages.
« Qui étaient ces gars, Richie ? »
Le garçon essuya les larmes séchées qui lui collaient les joues avant de lever son regard vers les deux adultes qui l'observaient comme s'il allait soudainement se remettre pleurer. « Je sais pas trop. Ils embêtaient ma grande sœur l'autre jour à la sortie du lycée. Je suis allé leur dire d'arrêter. Ils se sont moqués de moi mais un prof est arrivé et ils sont partis… Je pensais pas qu'ils reviendraient. »
« Tu as été courageux de t'interposer comme ça. »
« C'est ma sœur. » Répondit Richie, comme si cela coulait de sens. Un héros de tous les jours, pensa Tony. Un de ceux qui ne demandent ni gloire ni reconnaissance. Un véritable héros.
« Tu peux rester avec lui, Eddy ? Il faut que j'appelle le sheriff pour lui dire ce qu'il s'est passé. »
« Je croyais que tu avais déjà appelé les flics ? »
« Je n'ai pas vraiment eu le temps. »
Ben pouvait voir qu'Eddy n'était pas très à l'aise à l'idée que la police vienne au garage. Evidemment.
« Je vais rentrer, okay ? J'ai pris un mauvais coup. » S'excusa Tony.
Ben acquiesça mais avant que Tony ne sorte de son bureau, il le rappela. Quand il se retourna, Ben pointa du doigt sa propre gorge.
« Tu devrais faire quelque chose pour ça. »
Tony porta instinctivement la main à sa fausse cicatrice.
A suivre.
Et voilà ! Un peu d'action comme promis, même si ce n'est pas grand-chose ^^ Et Tony qui revient doucement sur les rails.
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