Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Elise-rose-cullen, sélectionnée parmi les reviews que j'ai reçues, sur le challenge "Sweet". J'espère que cet OS te fera plaisir !

J'assume plus ou moins cette OS rose bonbon et dégoulinant de sucre... Vous dites que je fais des trucs trop tristes ? Vous allez êtres servis !


Lollipop

Au bout du couloir, Weasley et Granger marchaient d'un bon pas, l'un semblant subir le poids de son sac tandis que l'autre, droite comme un i, tenait fermement un gros bouquin dans ses bras. Sans doute allaient-ils dans leur salle commune, vu l'heure.

Un peu en retrait, Potter marchait, les mains dans les poches, le bâton de sa sucette entre les lèvres se mouvant d'un coin à l'autre de sa bouche. Draco sentit son cœur s'emballer quand il vit le trio, et plus particulièrement le brun, si décontracté, une sucrerie à la bouche et ses yeux verts semblant tout droit tournés vers lui.

Forcément, quand le blond croisa le rouquin et sa copine, ils lui lancèrent un regard peu avenant, sans cesser de discuter, mais leurs yeux exprimaient toute l'aversion qu'ils ressentaient pour le blond. Draco le leur rendit bien, mais quand il croisa les yeux vert émeraude du Survivant, il ne put faire la même chose. D'autant plus que le brun sortit la sucette de sa bouche. Une sucette ronde et plate, rouge fraise, brillante de salive. Avec un léger sourire, tout en passant à côté de lui, il la tendit vers ses lèvres que le blond ouvrit d'instinct pour accueillir la sucrerie entre elles.

Et Potter continua à avancer, sans un mot, farfouillant dans sa poche sans doute pour sortir une autre sucette, dans le dos de ses deux meilleurs amis. Draco, lui, venait de refermer sa bouche sur le bâton et suçait non sans un certain délice le bonbon, en se disant que, plutôt que d'être excité à l'idée que la salive de Harry rendait la sucette tout de suite bien meilleure, il devrait sérieusement s'inquiéter de son cas.

Sérieusement.

Soudain, énervé, il parcourut le chemin qu'il lui restait jusqu'aux cachots afin de rejoindre sa chambre particulière de préfet en chef, qu'il avait dérobée à la rentrée à Granger, Dumbledore voulant récompenser le jeune homme pour son courage lors de la précédente bataille, la jeune fille ayant déjà reçu bien assez d'honneur comme ça. Jeune fille qui prit très mal ce « favoritisme », comme elle l'appelait, mais le blond n'en avait cure et il n'allait certainement pas se plaindre de ce cadeau, certes accordé avec une certaine pitié : lui, au moins, il avait sa chambre pour lui tout seul.

Il pressa tout de même le pas, de peur de rencontrer un de ses camarades de classe. Il avait une sucette à la bouche et il était hors de question que qui que ce soit le remarque : il avait beau avoir ensorcelé le bâton pour qu'il soit invisible, difficile d'entretenir une conversation intelligible avec un truc aussi gros dans la bouche. Et il était tout simplement hors de question qu'il l'extraie de sa bouche… De toute manière, il était habitué à ce genre de petites magouilles.

Cela faisait environ deux mois qu'il y était habitué.

Deux mois.

Deux très, très, très longs mois. Tellement longs que c'était à se demander comment il avait pu tenir aussi longtemps et comment il allait faire pour continuer à survivre jusqu'à la fin de l'année à ce rythme-là.

Quand il arriva dans sa chambre, le blond jeta son sac dans un coin et s'affala sur son lit à baldaquin, sa sucette toujours dans la bouche, dont il désensorcela le bâtonnet. Il la savoura pendant quelques minutes, les yeux dans le vague, repensant à Harry, ses grands yeux verts couleur sucette à la pomme, sa bouche luisante et son léger sourire quand il lui avait tendu sensuellement la friandise, la faisant glisser hors de ses lèvres, avec un tel naturel que Draco se serait maudit d'être si faible, s'il n'était pas autant en manque.

Il se faisait pitié. Mais à un point…

Tout ça à cause d'un pari stupide et d'une soirée tout aussi stupide. S'il n'était pas allé se bourrer la gueule après cette fameuse fête d'Halloween organisée par Dumbledore, histoire de rendre cette sinistre soirée on ne peut plus joyeuse, Draco n'en serait pas là. Il savait pourtant que ça allait mal se terminer, que ce genre d'after où l'alcool coulait à flot, à l'abri du regard du corps professoral, était très dangereux pour sa santé. Très dangereux.

Depuis la rentrée scolaire, les tensions entre les maisons s'étaient quelque peu apaisées, et comme le disait si poétiquement Blaise, les élèves des différentes maisons ne se reproduisaient plus entre eux. Jusque-là, Draco n'avait jamais été abordé, ou alors à de très rares occasions, par des filles ou des garçons des autres maisons. À chaque fois, c'étaient des Serpentard, et Draco n'avait fricoté qu'avec des gens de sa maison. Cela n'avait rien à voir avec il ne savait quelle pureté du sang, c'était plutôt parce qu'il connaissait ces gens-là, trop fiers pour parler ouvertement de ces petits égarements avec le joli blond, qui dominait systématiquement.

Cependant, depuis la rentrée, plusieurs filles puis garçons lui avaient fait comprendre qu'il les intéressait beaucoup, et notamment Kevin Entwhistle. Ah, ce Kevin, songea Draco en fronçant les sourcils. Depuis deux mois, ce nom le révulsait au plus haut point.

Serdaigle de septième année, Entwhistle était plutôt mignon, pour ne pas dire très beau, il avait de la conversation et ses notes n'étaient pas mauvaises. En somme, il en avait dans la tête et très certainement dans le pantalon. Depuis quelques semaines, il lui faisait une cour assez impressionnante, le cherchant et le titillant comme on l'avait fait, à l'exception de Potter. Mais Potter était une exception, à part entière, Draco ne pouvait guère les mettre au même niveau. Cependant, il était impossible pour Draco d'envisager une quelconque relation avec ce garçon car il ne comprenait absolument pas ce que le blond recherchait chez un homme. À la limite, ils auraient pu très bien coucher ensemble, mais il comprit très rapidement que le Serdaigle ne le lâcherait plus si jamais il cédait, d'autant plus qu'il avait l'idée saugrenue d'être au-dessus.

Après un bon mois d'une cour acharnée mais vaine, Entwhistle l'avait piégé. Lors de cette secrète et alcoolisée soirée d'Halloween, Draco était bien trop ivre pour se rendre compte de ce qu'il faisait, et ce n'étaient pas ses amis qui allaient l'aider à se tirer de son faux pas, vu l'état où ils étaient. Draco ne se rappelait quasiment pas du pari qu'il fit avec son prétendant, mais par contre, quand il vit le contrat signé de sa main le lendemain, rédigé dans une prose misérable avec une plume à papote, ce qui montrait bien le coup monté de cet abruti d'Entwhistle, il tomba des nues. Au point qu'il tapa un scandale de tous les diables à ses amis, qui encaissèrent sans un mot.

Ou presque.

OoO

« Vous vous rendez compte de la situation ?! Cet enfoiré m'a fait signer un contrat ! Un putain de contrat !

- Mais…

- Et vous m'avez laissé faire un truc pareil ?! Bande d'incapables, de traitres !

- Je te signale que Pansy a parié avec Patil qu'elle n'aurait plus jamais de C en Botanique, et tu sais à quel point son niveau est misérable et que Théodore était tellement ivre qu'il a parié avec Millicent qu'il ne dirait plus putain jusqu'à la fin de l'année.

- Blaise, je t'emmerde.

- Mais j'en ai rien à foutre ! Vous aviez pas le droit de me faire ça, bande d'abrutis !

- Arrête de m'insulter, c'est ta faute si tu tiens pas l'alcool !

- Moi ?! Moi, je tiens pas l'alcool ?!

- T'as trop bu hier soir, j'y peux rien moi ! T'as fait une connerie, t'assumes !

- Mais vous étiez où pendant que je faisais la plus grosse connerie de ma vie ?!

- Alors, voyons voir… Millicent dormait dans un coin, Tracey faisait la conversation à Brian McGregor, je ne sais pas ce qu'elle lui racontait mais ça l'a fait vomir, et Gregory chantait l'hymne de Poudlard avec Vincent. Puis… oh, la vodka a soudain rendu Pansy lesbienne donc elle était en train de draguer Lavande qui trouvait ça plutôt rigolo, et c'est vrai que c'était marrant, surtout quand elles ont commencé à danser la valse. Quant à Daphnée, elle était en train de jouer aux échecs avec Dean, mais ils avaient remplacé les pièces avec des petits verres bien remplis. Et Blaise, il me faisait la déclaration d'amour la plus décousue et charmante que j'ai entendue lors de ma courte vie. »

Puis, un ange passa.

« Et Théodore, il était où ?

- Je ne sais pas, il a disparu. Seamus aussi d'ailleurs. Il t'a violé, Théo ?

- Théodore ?!

- Nan, on était fringué quand on s'est réveillé…

- Réveillé où ça ?!

- Dans le dortoir des Gryffy. C'est Potter qui m'a réveillé, il m'a dit de sortir avant que ses potes se réveillent et qu'ils le fassent de façon un peu plus violente. »

Autant le groupe de septième année avait eu l'air clairement stupéfait quand Luna s'était assise à côté de Blaise pour leur énumérer ce qui s'était passé la nuit précédente comme si elle leur détaillait leur menu du midi, autant l'idée que Théodore ait pu fricoter avec l'irlandais les hallucinait carrément.

« Me regardez pas comme ça, bande de demeurés, il en a après mon cul depuis le début de l'année, et vous le savez bien…

- Il est pas tellement là, le problème…

- Hey, j'étais bourré, je me rappelle de rien. Que je sache, moi, je me suis pas retrouvé à poils au matin, Potter peut largement en témoigner.

- Qui s'est… putain Pansy, t'es pas sérieuse ?! »

La jeune femme plongea son nez dans son bol de chocolat chaud, ses cheveux tombant devant son visage pour cacher ses joues écarlates. Assise en face d'elle, Daphnée la regardait, bouche bée. Draco préféra ne rien dire, il était toujours terriblement en colère et se fichait bien de la vie sexuelle de son amie. Sa vie intime, à lui, était bien plus intéressante…

« Bref, tout ça, on s'en fout ! Mon problème est grave, très grave !

- Oh, arrête, t'abu…

- Blaise, tu connais Draco aussi bien que moi, donc tu sais qu'il n'abuse pas. »

Le blond leva fièrement le menton tout en croisant les bras, toisant Blaise qui jeta un regard en biais à Théodore qui mâchouillait péniblement sa tartine. Oh oui, ils savaient tous que ce qui s'était passé la veille entre Draco Malfoy et Kevin Entwhistle allait faire de leur vie un enfer.

« Mais t'inquiètes, on va t'aider. On est des Serpentard ou pas ? On va lui faire perdre son pari, tu vas voir !

- C'est ça, essaye de te rattraper…

- Arrête Draco, vous êtes aussi accro l'un que l'autre, c'est évident que vous allez craquer à un moment ou à un autre. Le tout, c'est que ce soit lui qui craque le premier ! À nous d'élaborer un plan pour le faire céder… »

OoO

Depuis sa plus tendre enfance, Draco Malfoy avait développé une addiction au sucre assez sévère, en partie à cause de sa mère qui lui envoyait des sucreries toutes les semaines pour qu'il ne meure pas de faim, comme disait Pansy avec sarcasme. Comme s'il pouvait manquer de nourriture à Poudlard… mais de sucre, certes, ça il pouvait très facilement en manquer.

Tout Poudlard, ou presque, était au courant de son goût pour tout ce qui était sucré mais la plupart ignoraient son addiction qui pouvait le rendre de très mauvaise humeur quand il était en carence, surtout en période de stress, où il était tout simplement imbuvable. Et forcément, Entwhistle s'était informé et avait joué avec le plus gros point faible de l'objet de ses désirs…

En cette soirée de beuverie, Draco avait parié avec Entwhistle qu'il se priverait de sucre jusqu'à la fin de l'année, tandis que lui, accro au café, s'en passerait sur la même période. Si Draco perdait, il devrait sortir avec Entwhistle sur une période minimum d'un mois, et si jamais c'était l'autre qui perdait, il devait le laisser tranquille. Leur contrat serait matérialisé par un bracelet en argent à leur poignet : si l'un d'eux échouait, il deviendrait noir tandis que celui du gagnant virerait au doré.

Autant dire que quand Entwhistle lui présenta le contrat le matin même, Draco se traita de tous les noms, avant d'aller gueuler sur ses amis pour apaiser quelque peu ses souffrances. Ce contrat le condamnait à passer huit mois de jeûne et à se passer de pâtisseries et il ne savait quels plats contenant de près ou de loin du sucre, ainsi que de certaines boissons. Son chocolat chaud du matin, il avait dû y renoncer.

Et à sa modique bonne humeur du matin également.

Car un Draco qui n'a pas sa dose de sucre de la journée est un Draco exécrable. Une fois la cuite passée, ses amis se rendirent très rapidement compte de l'étendue du problème et de ce qu'ils allaient subir jusqu'à la fin de l'année, si les deux parieurs ne lâchaient pas l'affaire. Tous savaient à quel point il était nécessaire pour la santé mentale de Draco et la santé physique de son entourage que le blond ait sa dose de sucre quotidienne, et Merlin savait à quel point elle pouvait être élevée lors des moments de stress ou d'angoisse, notamment quand il avait un examen ou un devoir important à rendre.

En somme, Draco Malfoy devint en l'espace de quelques jours une véritable boule de nerfs. Il lui devint impossible de prendre un petit déjeuner correct : il n'aimait pas le café, à moins d'y mettre quatre à cinq cuillères de sucre, adorait le chocolat chaud sucré mais détestait le lait tout seul, et quant au jus de fruit, il était à proscrire, il n'aimait pas ça. Dans le contrat, il était inscrit qu'il avait le droit aux fruits. Un éclair de lucidité, visiblement… Donc le sucre naturel d'un fruit lui convenait. Mais tout ce qui était sucre de canne ou de betterave, miel et ses dérivés… interdits. Entwhistle avait été très clair là-dessus. Enfoiré, pourquoi n'était-il pas plus bourré à ce moment-là, celui-là ?

Ne lui restait plus que le thé. Mais Draco, à la grande horreur de Théodore, le buvait avec du sucre. Donc son thé du matin, seule boisson qu'il pouvait se permettre, était très difficile à avaler. Et quant à la brioche, la confiture, tarte, beignet et il ne savait quelle douceur du matin… fini.

Draco était réduit à manger de la viande ou du poisson et des légumes. Régime tortue, comme disait Blaise. Avec du pain et de l'eau.

C'était horrible. Absolument horrible. Un véritable calvaire, une torture mentale. D'autant plus qu'à plusieurs reprises, on essaya d'« empoisonner » sa nourriture et y intégrer du sucre. Il était impossible de contaminer les plats venant de la cuisine, mais à la moindre inattention, son plat ou sa boisson étaient fichus. Tout était bon pour le faire tomber. Entwhistle le voulait et il semblait prêt à tout le faire céder. Bien sûr, ses amis veillaient au grain et aucun n'aurait pu le trahir, l'encerclant quand il mangeait pour que personne ne l'embête. Heureusement qu'ils étaient là, ceux-là…

Mais Draco était nerveux. Il était toujours angoissé quand il mangeait, guettait son bracelet, maudissait Entwhistle et ses vices cachés de Serpentard…

Ce n'était qu'un pari. Draco aurait pu céder, après tout, Entwhistle n'était pas si laid que ça, et visiblement, le jeune homme avait vraiment envie de lui et de lui prouver sa valeur, bien que le blond y soit complètement insensible. Mais tout était question de fierté : on n'avait pas Draco Malfoy de cette manière-là, il avait dit non et on l'avait piégé. La vengeance est un plat qui se mange froid. Il était hors de question qu'il cède à ce vaut-rien qui avait osé le prendre en traître et lui imposer cette cure anti-sucre.

Il détestait Entwhistle.

Il le haïssait.

Et cette haine lui permit de tenir à peine deux semaines. Il était prêt à craquer, à bouffer le premier morceau de sucre qui lui tombait sous la main. Les examens de Noël, qui n'étaient que de petits contrôles de routine sans grande importance, arrivaient à grands pas et l'angoisse montait en lui. Le dégoût qu'il éprouvait pour Entwhistle était sans commune mesure, mais il était prêt à craquer. C'était trop, pour lui, beaucoup trop… et pour ses amis aussi, d'ailleurs.

Mécaniquement, Draco fit tourner sa sucette dans sa bouche, produisant un petit bruit quand le bonbon tapa ses dents. Un petit bruit si familier, si… agréable. Lentement, Draco sortit le bonbon de sa bouche et regarda la surface rouge et translucide. Il se rappela que Harry l'avait sucée avant de la lui donner et que sans elle, il serait devenu complètement dingue.

Tout Poudlard, ou presque, était au courant de son stupide pari. Les Serpentard sont perfides, c'était bien connu, mais en dépit de tous leurs efforts, ils ne parvinrent pas à trouver la moindre solution pour aider le blond, que ce soit ses amis ou ses prétendants.

Jusqu'à Potter.

OoO

Cela faisait bien une demi-heure que Draco arpentait les couloirs. Ce n'était pas à son tour de faire sa ronde mais il avait échangé son tour avec le préfet de Poufsouffle, ayant un grand besoin de s'aérer la tête, et tant qu'il y était, autant que cela soit un minimum utile. Son collègue avait ricané en se moquant de lui : au moins, cette cure était bénéfique pour lui, non seulement il faisait régime mais en plus il faisait du sport en marchant sans cesse. Agacé, le blond lui avait répondu qu'il ne grossissait pas et l'autre avait répliqué que c'était un vrai mystère et qu'il devrait vraiment s'inquiéter pour ça : ce n'était pas bon de maigrir aussi facilement et d'être obligé de se goinfrer de sucre pour avoir un poids correct.

Draco avait haussé les épaules puis avait commencé sa ronde : il savait parfaitement que le préfet avait raison, son père lui-même s'était inquiété en voyant que priver son fils de sucrerie revenait à le faire maigrir de façon assez inquiétante. Narcissa ne voyait pas où était le problème, elle avait toujours vu sa mère manger des pâtisseries à longueur de journée et ne pas prendre un gramme. Ce qui n'était pas franchement le cas de Bellatrix et Andromeda qui ne bénéficiaient pas de la même morphologie que leur génitrice et de leur sœur cadette…

Contrairement à ce qu'il aurait espéré, cette balade ne l'apaisa en rien : il avait faim de sucre, il était énervé, en colère et n'en pouvait plus de cette situation. Et cet état le rendait autant insupportable pour lui-même que pour son entourage… Il ne savait pas ce qu'il devait faire, s'il devait céder à Entwhistle ou bien continuer à lutter et bousiller son année avec ce pari stupide. Peut-être devrait-il tout simplement lui dire oui, sortir avec lui, lui faire voir monts et merveilles et enfin piétiner son cœur tout comme lui avait piétiné son honneur avec ce pari Ô combien stupide.

Oui, c'était certainement la meilleure chose à faire.

« Malfoy ? »

Il fit un bon de dix mètres en entendant son nom. La main sur le cœur, il se tourna et ne cacha pas sa surprise envoyant Potter, sorti de nulle part, en milieu d'un couloir plongé dans la pénombre.

« Potter ? Qu'est-ce que tu fous là, par Merlin ?!

- Je voulais te voir. À propos du pari. »

Draco jura intérieurement : même lui y accordait une importance, à ce fichu pari. Il était inutile d'essayer d'étouffer l'affaire, tout se savait dans ce château, mais il n'aurait pas cru que Potter puisse s'y intéresser. Mais en quoi ça le regardait, bon sang ? Qu'est-ce que ça pouvait lui faire, qu'il se soit fait couillonner en beauté ? Quoi, ça le faisait jubiler de le voir dans cette situation ? Il était si gamin que ça ?

Draco, se dit-il intérieurement, si c'était lui qui s'était fait avoir comme un bleu, tu n'hésiterais pas une seule seconde à venir l'emmerder…

« Oui, et ?

- Il parait que t'es privé de sucre jusqu'à la fin de l'année, si Kevin ne lâche pas l'affaire, c'est bien ça ? »

Draco sentit la colère monter en lui. Il savait que c'était stupide, qu'il n'avait pas à se mettre dans un tel état à cause de Potter, qu'il n'était pas plus important que les autres et que son avis sur la question ne changerait rien à la situation. Mais ça l'emmerdait profondément quand même, il aurait préféré que son balafré préféré ferme ses oreilles comme il savait si bien le faire depuis la fin de la guerre et qu'il ignore toute cette histoire.

Il se sentait tellement misérable, à côté de lui… Draco faisait toute une affaire de cette histoire de sucre, de fierté et d'amour non partagé. Et lui, ce héros national, ce gamin de dix-sept ans trop petit pour son âge, avec ses cheveux dans tous les sens et ses traditionnelles lunettes rondes, il osait s'y intéresser…

Non, décidément, rien n'aurait pu le rabaisser davantage que ça

« Et alors, qu'est-ce que ça peut te faire ?

- Tu n'as pas trouvé de solution pour pallier ce manque de sucre ?

- T'es con ou quoi, Potter ? J'ai pas le droit de bouffer de sucre, comment tu veux remplacer ça ? C'est comme si t'étais interdit de sel, rien ne peut remplacer…

- J'ai une solution à te proposer.

- Tu serais pas le premier. »

Sans répondre, Potter ouvrit son sac et en sortit une thermos en métal avant de le remettre à sa place sur ses épaules. Draco regarda le récipient d'un air perplexe. Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ?

« Ta solution se trouve là-dedans.

- Et elle coute combien, ta solution ?

- Un baiser. »

Il n'était pas le premier à tenter sa chance et certainement pas le dernier à lui demander quelques secondes de bonheur contre lui ou contre ses lèvres. Mais il n'avait pas n'importe quel garçon devant lui. C'était Potter. Son ennemi d'école, son opposé, un gamin ayant grandi trop vite, et qui comme d'autres, venait tenter sa chance. Pour une raison que Draco n'aurait su expliquer, Potter était revenu à de meilleurs sentiments et semblait être clairement attiré par lui. Il l'avait vu, dans ses yeux verts, et il le sentait depuis quelque temps déjà, même si jusque-là il n'avait pas su mettre de mots sur comportement du brun.

En plus… il était beau comme un cœur, cet enfoiré. À quoi bon se leurrer… À quoi bon nier qu'il était mignon comme tout, avec ses cheveux décoiffés, son léger sourire et cette timidité presque affligeante qui faisait tout son charme. C'était tout à fait son genre. Draco aimait les mignons. Pas les mecs plus grands et plus musclés que lui, virils et qui se voulaient dominants. Il préférait les garçons plus fluets, plus timides, réservés. Ça ne correspondait pas vraiment avec son caractère, mais c'était ainsi. Et Potter faisait partie de ceux-là…

Et Potter venait le draguer…

Pourquoi tu t'abaisses à ça…

« Tu crois que ta solution mérite un baiser.

- Largement. »

Un léger sourire aux lèvres, Potter lui tendit sa thermos et Draco l'attrapa, toujours aussi septique. Jusque-là, le blond ne s'était jamais risqué à consommer quoique ce soit qui ne vienne pas de la Grande Salle, car il n'avait confiance en personne. Mais étrangement, il ne parvenait pas à se méfier du jeune homme. Il était trop gentil pour le tromper et se jouer de lui. À moins que tout ceci ne soit effectivement qu'un mauvais tour…

Mais quelque chose en lui le poussa à lui faire confiance.

Alors, sans le lâcher des yeux, Draco ouvrit la thermos et but une gorgée.

Son cœur se serra et son ventre se révulsa quand il sentit le goût chaud et sucré du chocolat liquide mélangé au lait. Un effroyable sentiment de trahison le glaça. Cet enfoiré s'était foutu de sa gueule. Et alors que Draco avalait malgré lui le liquide, car il aurait beau cracher, il était trop tard, Potter glissa deux doigts sous son bracelet, un léger sourire aux lèvres. Stupéfait, Draco vit que la couleur demeurait inchangée.

« Par Merlin, mais comment…

- Je peux avoir ma récompense ?

- Mais comment t'as fait ? T'as mis quoi là-dedans ?!

- Malfoy…

- Quoi, c'est un faux contrat ? C'est pas un bracelet magique ? C'est pas possible, il a pas pu…

- Tu comptes respecter ta promesse ou non ? »

Là, tout de suite, Draco se fichait bien de sa promesse : il voulait savoir. Comment diable Potter avait-il réussi cette prouesse ?! Il y avait forcément un truc et il allait savoir quoi. Mais il eut beau lui poser toutes les questions possibles, Potter garda ce sourire mystérieux aux lèvres et continua à exiger son baiser d'un air un peu gamin. Un peu taquin.

« Tu n'auras pas ton baiser tant que tu ne m'auras pas expliqué ! »

Cela n'avait absolument aucun sens. Il ne pensait pas un seul instant que le jeune homme puisse réellement venir le voir avec cette boisson pour un baiser. Il ne le pensait pas assez superficiel pour faire ça. Et puis, de toute manière, Draco n'avait pas envisagé quoi que ce soit avec lui. Il avait beau le trouver à croquer, objectivement, une fois toute son aversion passée disparue, mais de là à approfondir avec lui… Non. Ça ne rimait à rien. Il ne pourrait jamais vivre une vraie relation avec ce garçon, pas avec leurs antécédents, pas avec l'avenir qui s'ouvrait à lui… Il méritait bien mieux qu'un blondinet accro au sucre, narcissique au possible et imbu de lui-même à la limite du déraisonnable.

Potter, lui demeurait sérieux. Et puis, il finit par comprendre qu'il n'aurait rien, et alors, les traits de son visage se tendirent, son sourire disparut et quelque chose entre la déception et la douleur avait vrillé les yeux.

« Je suis pas assez bien, pas vrai ? Juste bon à te filer du chocolat allégé. Désolé de ne pas être même pas aussi bien qu'Entwhistle, Malfoy. »

Et Potter tourna les talons, lui laissant la thermos. Ses yeux verts lui avaient serré le cœur. Sans qu'il ne sache bien pourquoi, le blond se précipita vers lui, le força à se retourner, puis écrasa sa bouche contre la sienne.

Il en avait embrassé, des mecs. Franchement, Draco avait expérimenté, avec des plus âgés et avec des plus jeunes. Mais un baiser de Harry Potter, c'était juste du bonheur en barre.

Et ce type…

Il était bien plus que cela encore.

OoO

Les yeux mi-clos, Draco se rappela de ce moment si particulier et si fort en émotions. Il se souvint de ses lèvres contre les siennes, sa langue dans sa bouche, ses dents, ses mains dans ses cheveux, si chaudes, si tendres, qui caressaient ses joues et effleuraient son cou…

C'était juste bon.

Un peu maladroit… mais bon.

Ce type, c'était juste de l'or en barre.

Et pourtant, ils ne sortaient pas ensemble.

Enfin, c'était compliqué, songea le Serpentard en refaisant tourner sa sucette dans sa bouche, les sourcils froncés. Tout était compliqué avec Harry. Tout. À commencer par son univers : ses amis qui ne comprendraient pas, la rivalité qui demeurait entre les Gryffondor et les Serpentard, son emploi du temps de ministre… et sa putain de gentillesse.

C'était sans doute le plus grand obstacle entre eux : sa gentillesse. Il n'était pas bête comme ses pieds, loin de là, mais tout ce qui faisait de lui un homme bien et rempli de bons sentiments était comme un mur infranchissable pour Draco. En général, il faisait peu de cas de ses partenaires ou petits copains, il se fichait bien de ce qu'ils ressentaient et des blessures qu'il pourrait leur infliger. Mais Harry était bien différent, et à force de le côtoyer, Draco avait appris à le connaître, et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il était tout à fait son genre de mec. Cependant, l'idée de lui faire du mal, ce qui ne manquerait pas d'arriver, bloquait tout entre eux.

Et pourtant, Merlin savait à quel point le jeune homme pouvait se montrer insistant. En l'espace de quelques jours, Potter était devenu son fournisseur officiel de sucreries « allégées » comme il disait, au début. Des sucreries que sa tante avait préparées pour son cousin, l'été précédent, dans un vain espoir qu'il maigrisse. Il avait été tellement malheureux d'être ainsi privé de sucre qu'elle laissa tomber l'affaire et jeta tout à la poubelle. Tout en bénissant la stupidité de son cousin, Potter s'était empressé de tout récupérer. En quand il avait appris pour le pari de Draco et s'être renseigné sur les détails du contrat, le jeune homme s'était présenté à lui avec du chocolat chaud sucré à l'aspartame.

Draco ne savait pas ce qu'était l'aspartame et à vrai dire il s'en fichait bien. Enfin, au début, il avait cherché à comprendre comment Potter s'était débrouillé pour que la triche passe inaperçue au niveau de son bracelet, et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il était dur en affaire… Tant que Draco lui refusa le peu d'attention qu'il lui demandait, il n'obtint absolument rien. Le blond ne voulait pas céder à son ancien ennemi, et il le lui avait expliqué, qu'ils n'avaient rien à faire ensemble, qu'il n'en tirerait rien de bon et qu'il ferait mieux de tourner la page. Mais on pouvait dire que Potter était du genre tenace.

Et qu'il avait une façon de draguer bien particulière…

Non sans un sourire, Draco repensa à toutes ces rencontres, brèves ou longues, où Potter d'un regard ou d'un geste l'attirait à lui. Au début, c'était les friandises qu'il suçait constamment qui alléchaient son regard, puis, ce fut lui, tout simplement. Lui, ses yeux vert pomme, son léger sourire, ses fossettes au coin des lèvres et cette gentillesse qui faisait qu'il cédait quasiment systématiquement, glissant quelques « doses » de sucre plus ou moins discrètement dans la poche du blond.

Comment ne pas craquer face à un type qui vous séduit l'estomac mais aussi les sens, à coups de sucettes, le bâtonnet négligemment calé à coin de la bouche ou alors tournant contre sa langue, accompagné d'un regard qui voulait dire beaucoup de choses ? Ce type était un danger public, Draco l'avait rapidement compris, et le repousser devenait sans cesse plus compliqué, surtout quand il voyait d'autres garçons s'approcher de lui. Dans ces moments-là, il se sentait jaloux.

Jaloux de ces types qui pourraient l'avoir aussi facilement, sans complexer sur les différences qui les opposaient, sur ce que les autres diraient et les regards qu'on leur lancerait constamment.

C'était compliqué d'être avec lui, mais de le repousser, aussi, et de rester loin de lui.

Potter était devenu Harry en l'espace d'un petit mois.

Il était passé de mec potable à joli garçon plein de rêve et de tendresse, à mille lieues de ce que Draco était et avait eu. Et cette différence trop importante lui faisait peur.

Très peur.

Alors il se contentait de jouer au jeu du chat et de la souris. Harry le happait avec ses yeux magnifiques en plein couloir tandis que Draco effleurait ses hanches quand ils entraient en classe, voire la main, quand il en avait l'accès. Une sorte de flirt, qui aurait dû s'approfondir depuis le temps.

Tout aurait été plus facile si ce fichu pari était terminé, se dit Draco en se redressant pour aller chercher son sac de cours et en sortir de quoi faire ses devoirs. Cette histoire durant depuis début novembre, nous étions à la mi-février, et le temps commençait à devenir long. En dépit de son addiction sans doute pire que la sienne envers le café, Entwhistle ne cédait pas. Nerveux comme jamais, il avait tout tenté pour que Draco avale du sucre, d'une manière ou d'une autre, il avait essayé de le séduire également mais rien n'y faisait : il le privait de sucre, il l'avait privé de ses traditionnels chocolats de Noël, il était hors de question que ce cloporte l'approche.

En plus, pensa-t-il soudain, Harry se plaignait qu'ils ne se voient pas assez et la situation dure, mais franchement, ce n'était pas de sa faute s'il était si occupé, entre ses rondes de préfet, ses amis omniprésents et ceux d'Entwhistle qui prêchaient la bonne parole, sans compter l'emploi du temps de Harry qui devait lui aussi gérer ses amis mais aussi son équipe de Quidditch. Par bonheur, Draco avait été exempté de son rôle de capitaine, car si en plus il avait dû s'occuper de ça… Visiblement, Severus avait eu pitié de lui et avait confié la gestion de l'équipe à quelqu'un d'autre, Draco se contentant de prendre son balai, faire quelques exercices, chercher son vif d'or et rentrer dans sa chambre. En somme, le minimum syndical.

Difficile cependant de s'accorder avec Harry…

Agacé, Draco commença ses devoirs afin de ne plus y penser.

OoO

On toqua à la porte avant d'entrer. Il n'y avait bien qu'une seule personne dans cette école à faire ce genre de truc… De toute manière, il entendait le tableau se déplacer pour laisser entrer son visiteur ainsi que les pas dans le couloir, à quoi bon toquer ? Harry était un véritable mystère…

« Entre, Honey. Combien de fois t'ai-je dit d'arrêter de toquer, c'est stupide…

- Peut-être que tu n'as pas envie de me voir.

- Si je voulais limiter tes visites, tu n'aurais pas le mot de passe de ma chambre. »

Allongé sur son lit, Draco était en train de lire un livre pour un devoir en métamorphose. Il leva le nez quand le sac de Harry s'échoua non loin de la porte alors qu'il faisait quelques pas pour le rejoindre, se déchaussant au passage. Il avait la mine fatiguée et quand il se laissa tomber à côté de lui, rebondissant légèrement sur le matelas, Draco sentit une douce odeur de fruit.

« Toi, tu sors de la douche.

- Hein ? Ah, oui, entraînement. Je suis mort… »

Le brun fouilla dans sa poche et en extirpa deux sucettes. Il en tendit une à Draco, que ce dernier ne put décemment pas refuser. Il écouta vaguement Harry lui parler de sa séance d'entraînement qui l'avait mis sur les rotules. Il réagit à peine quand le jeune homme sauta du coq à l'âne en évoquant la Saint Valentin.

« Draco, tu écoutes quand je te parle ?

- Oui, pourquoi ?

- Je viens de te dire que dans deux semaines, c'est la Saint Valentin.

- Et ? »

Le blond ne comprit le problème que quand il entendit Harry soupirer. On en revenait sans cesse au même problème. Ça en devenait lassant…

« Harry, tu sais très bien ce que je pense. Pourquoi on ne peut pas simplement rester amis ? Ne dis rien, ces dernières semaines ont prouvé qu'on pouvait très bien s'entendre…

- On s'embrasse, Draco. J'embrasse pas mes amis. »

Il y avait presque toujours un goût sucré dans sa bouche. Étrangement, quelque chose avait remué en lui quand Harry lui avait avoué qu'il ne mangeait plus de sucre depuis qu'ils se voyaient.

« Je viens dans ta chambre, on passe certaines soirées ensemble… Je ne te demande pas d'officialiser la chose, d'en parler à tout le monde, mais ça fait deux mois qu'on flirte. Pourquoi j'ai pas droit à ma chance ? Qu'est-ce que je fais de mal pour…

- On en a parlé je ne sais combien de fois… Oui, on s'embrasse, oui, on passe du temps ensemble, mais tu sais que ce sera mal perçu par les autres, que ça va créer des embrouilles…

- Draco, honnêtement, je t'ai pas abordé pour être ton ami. Ça va faire deux mois que j'essaie de te le faire comprendre, je suis fatigué, là… Ne prends pas cet air exaspéré, s'il te plait.

- Toi aussi, tu me fatigues.

- Parce que je te mets face à la réalité ?

- Parce que tu ne veux pas comprendre. T'as pas l'impression que ce sera mal vu, que je suis un abruti de Serpentard imbu de lui-même qui passe son temps à bouffer des sucreries et qui n'en a rien à foutre de ce qui n'est pas lui ? Je te ferai du mal, Harry, je suis pas capable de vivre une relation correcte avec qui que ce soit. Je t'apprécie, franchement, et tu le sais ça. Si vraiment il devait y avoir quelque chose entre nous, ce serait déjà… »

Soudain, Harry se leva et partit vers la porte à grands pas, enfilant ses chaussures au passage. Surpris, Draco se redressa et voulut se lever mais le brun revint, la hanse de son sac sur l'épaule, tandis qu'il fouillait à l'intérieur. Il en sortit un gros sachet en plastique rempli de confiseries qu'il jeta sur le lit. Le visage fermé, tendu, il leva les yeux vers lui et tenta de lui faire un sourire, qui ne fut rien d'autre qu'une grimace.

« On arrête là. Avec tout ça, tu devrais tenir jusqu'à la fin de l'année si tu y vas mollo. J'ai tenu quasiment un mois avec tes belles promesses, mais là j'en peux plus. Justin m'a demandé de sortir avec lui. Il n'est pas toi, mais au moins, lui, il sait ce qu'il veut. »

Et le visage tendu, craquelé par la douleur, Harry tourna les talons et sortit de la chambre. Mais avant même qu'il ne touche la poignée de la porte, il fut soudain plaqué contre elle. Le brun poussa un petit cri de surprise et de douleur. Deux mains fermes le retournèrent pour le plaquer à nouveau contre le battant en bois, et enfin, une bouche impérieuse prit possession de la sienne.

Draco avait le cœur qui battait fort dans sa poitrine, tapant contre sa cage thoracique comme s'il voulait en sortir. La colère grondait en lui, alors qu'il ravageait la bouche si tendre et sucrée de Harry.

C'était compliqué.

Ç'avait toujours été compliqué, pourquoi est-ce que tout aurait dû être simple à présent ?

C'était compliqué de le laisser venir à lui, de le repousser, et de le laisser repartir…

Pourquoi ne comprenait-il pas qu'il était trop bien pour lui, qu'il méritait bien mieux, et que même s'il refusait de se l'avouer, Draco souffrait de ne pas pouvoir le posséder comme il en rêvait depuis plusieurs semaines ? Pourquoi s'accrochait-il, pourquoi le regardait-il avec des yeux pareils, plutôt que de le repousser une bonne fois pour toutes, avec du mépris, pour rendre les choses plus faciles ?

Harry n'était pas comme les autres.

Il ne faisait pas les choses comme les autres…

Et les autres…

Ils pouvaient toujours aller se faire foutre.

C'était du moins ce que pensa Draco jusqu'à ce qu'il sente contre sa bouche quelque chose d'humide… comme des larmes, alors que la bouche de Harry se faisait moins tendre, sa respiration s'accélérant contre sa joue. Il était en train de pleurer. Et cette constatation fut comme un coup qu'on lui aurait donné à la tête et au cœur…

Il le faisait pleurer.

Stupéfait, le blond se recula, alors que l'autre baissait la tête pour cacher son visage derrière ses épais cheveux noirs.

« Harry ? Harry, pourquoi tu pleures ? Je t'ai fait mal ? »

Tu lui fais mal au cœur, espèce d'abruti !

« Pourquoi… t'es comme ça ? Pourquoi… tu me fais… fuir… et puis… tu reviens me chercher… »

Il sanglotait. Il craquait. Il n'en pouvait plus de lui, de ses lubies, de ses colères, de son côté lunatique… et tout ce qui allait avec. Il craquait, parce que Draco était indécis, parce qu'il le rejetait pour le récupérer l'instant d'après avec des baisers, parce qu'il agissait avec lui comme s'ils n'avaient rien à faire ensemble pour ensuite se comporter avec lui comme s'il lui appartenait.

En somme, c'était un beau salaud. Un salaud de Serpentard, qui savait tout sur tout, mieux que tout le monde, et il ne restait plus à Harry qu'à lui obéir sans un mot. Parce qu'il était juste fou amoureux de lui, parce que Draco s'en doutait sans en accepter l'idée. Parce que Harry faisait tout pour être près de lui sans se faire marcher sur les pieds et Draco s'arrangeait pour avoir le moins de temps possible à lui accorder, entre ses rondes qu'il pouvait déléguer, ses entraînements et ses séances de révision avec ses amis dont il pouvait très clairement se passer. Il ne faisait pas d'efforts et il se fichait bien de ce que ressentait Harry.

C'était Harry qui n'était pas assez bien pour lui, et non pas le contraire. Qu'il arrête de le ménager et qu'il lui dise très clairement ce qu'il ressentait…

« Harry… essaie… essaie de comprendre…

- Comprendre… quoi ? Que je suis pas assez bien ? Dis-le, Draco… plutôt que… me baratiner…

- Je ne te baratine pas… Je… Je vais te faire du mal…

- T'as peur ou quoi ? T'as peur… que je te fasse du mal ? »

Son cœur se serrait douloureusement dans sa poitrine. Il avait mal à le voir ainsi, recroquevillé contre la porte, tout contre lui, son corps secoué par des sanglots qu'il retenait depuis bien trop longtemps. C'était l'humiliation de plus, le rejet de trop. Pas le plus violent, Draco avait été très clair à plusieurs reprises et il savait qu'il lui avait fait du mal, il l'avait vu dans ses yeux et dans son attitude des jours suivants… Mais ce soir, il craquait. Il avait envie d'être heureux.

Mais il ne pouvait pas le laisser partir…

Il n'y arrivait pas.

Harry lui avait trop montré en si peu de temps pour qu'il puisse le laisser partir…

Le cœur au bord des lèvres, le blond se pencha vers son oreille, sa main perdue dans ses cheveux noir de jais.

« J'ai peur de trop m'attacher à toi et ne plus pouvoir te laisser partir, quand t'en auras marre de moi et de mon caractère de merde… »

Harry pleura longtemps contre lui. C'était la tension qui retombait, cette tension qui s'accumulait de jour en jour… Avec toute la tendresse dont il était capable, Draco le berça contre lui, réfutant ces pardons, ses « j'en peux plus du regard des autres » et ses « t'es mon seul moment de détente, j'en pouvais plus de rêver pour rien… ». Il l'embrassa dans les cheveux, puis ses joues humides et sa bouche. Il lui dit à l'oreille qu'une fois qu'il serait calmé, ils en reparleraient, à tête reposée.

Mais qu'il arrête de pleurer…

Par pitié, qu'il arrête…

OoO

La pièce était à moitié plongée dans la pénombre, les épais rideaux de velours vert foncé laissant quelques rais de lumière passer dans la chambre. La veille, ils avaient oublié de tirer ceux du lit, mais ce n'était pas franchement désagréable. C'était même un réveil plutôt agréable. En fait, habituellement, cette négligence de la veille l'aurait fait grogner, mais même le poids de Harry contre son torse lui paraissait agréable. Il était sérieusement atteint… Le manque de saccarose, ça ne lui réussissait décidément pas.

Draco poussa un léger soupir avant de passer une main lasse dans ses cheveux blonds. Il tourna la tête pour regarder l'heure et constata qu'ils n'allaient pas tarder à se lever : ils étaient certes en vacances mais il était hors de question de manquer le petit-déjeuner, aussi déprimant soit-il. Le blond passa à nouveau sa main dans ses cheveux, faisant cliqueter la chaîne de son bracelet argenté qu'il se traînait depuis deux bons mois. Le trente-et-un, cela ferait trois mois qu'il avait entamé cette maudite diète.

« Est-ce qu'un jour tu vas arrêter de tripoter ce truc ?

- Comment tu sais que je le tripote ?

- Le bruit. C'est pas parce que tu le regardes qu'il va disparaître, tu sais.

- Dans deux semaines, ça fera trois mois que ce putain de pari me prive de sucre. Tu te rends compte, Honey ? Trois mois… Et dire que je vais devoir tenir à ce rythme jusqu'à la fin de l'année…

- J'espère qu'il va craquer avant. Tu as beaucoup maigri. »

Gardant toujours les yeux fermés, Harry laissa sa main voyager sur les côtes un peu saillantes de Draco qui grimaça. Il avait perdu le goût à la nourriture depuis sa cure anti-sucre et bien que Harry ne l'ait jamais vu nu auparavant, il n'avait pas manqué de remarquer sa perte de poids. Bientôt, il serait aussi mince que lui…

« J'ai tout essayé pour le faire craquer, rien à faire.

- Pourquoi tu ne lui dis pas que tu as quelqu'un ? Tu sais que je suis pas contre. À moins que…

- Ça n'a rien à voir avec toi, Honey, tu le sais… Je sais pas, je ne sais pas si ça changerait les choses. Blaise est pour mais Pansy et Tracey pensent que ça empirerait les choses, rien que pour me faire chier.

- C'est une possibilité. Enfin, c'est toi qui vois…

- C'est la Saint Valentin aujourd'hui. Je pensais lui dire, mais je me tâte. »

Silence.

« Tu te tâtes ? »

Petit sourire.

« Ouais.

- Et si moi je te tâte, tu seras fixé ?

- C'est possible. »

Aussitôt, Harry lui grimpa dessus et ses doigts glissèrent sur les côtes de Draco qu'il se contentait jusque-là d'effleurer. Surpris et soudain pris dans une crise de rire incontrôlable, le blond tenta de se dégager de sous le corps de son amant qui le plaquait sur le matelas, nu contre lui, ses jambes enserrant les siennes et ses mains sur son torse. Les larmes aux yeux, hilare, Draco le supplia d'arrêter et n'obtint gain de cause qu'après lui avoir promis de tout dire à Entwhistle. Essoufflé, le blond jura sans pouvoir dégager définitivement son petit ami de sur son corps. Et lui qui pensait que son amant le cajolerait, il avait été servi !

« Enfoiré de Gryffy… »

Harry gloussa contre son cou alors que Draco posait un bras léger mais non moins possessif sur ses épaules. Il planta un baiser dans ses cheveux, le faisant soupirer de bonheur contre lui. Légèrement, il se mit à lui caresser les épaules et le dos, appréciant son grain de peau sous ses doigts, à lui, qui traçaient des formes abstraites sur son torse. Bientôt, il sentit la bouche du brun dans son cou et un sourire effleura ses lèvres. Ça y est, il allait l'avoir, son tâtonnement…

Soudain, il sentit une chaleur désagréable autour de son poignet et Harry contre lui sursauta en poussant un petit cri surpris. D'un geste vif, Draco leva son bras et poussa un hurlement à faire trembler les murs de sa chambre : le bracelet était doré.

« Putain j'ai gagné ! T'as vu ça, Harry ?! J'ai gagné, j'ai gagné, j'ai gagné ! Cet enfoiré a craqué ! Il a bu du café ! J'ai gagnééééé ! »

Harry fut quasiment éjecté des bras de Draco qui, les yeux pleins d'étoiles, admira son poignet et surtout le bracelet doré qui y brillait, se demandant s'il n'était pas en train de rêver. Par le caleçon de Merlin, deux mois et demi ! Cet enfoiré de Entwhistle avait craqué et avait enfin bu son maudit café, mettant fin à ses souffrances et à ce pari Ô combien stupide. Il aurait dû se douter que cet abruti ne tiendrait pas jusqu'au bout, il avait beau en avoir dans le crâne, il demeurait un être humain avec ses besoins et ses priorités. Et visiblement, en ce quatorze février, il avait enfin craqué…

« Par Merlin, je suis enfin libre… Mon calvaire est terminé… »

À côté de lui, Harry souriait légèrement. Draco était comme un enfant, allongé au milieu des draps, les cheveux dans tous les sens et les yeux brillants de joie. Il était enfin libéré et c'était un peu comme si toute la tension qu'il avait accumulée durant ces dernières semaines disparaissait, alors qu'il n'avait avalé aucun morceau de vrai sucre. C'était psychologique, Harry l'avait compris depuis bien longtemps, Draco avait besoin de manger du vrai sucre pour se sentir mieux dans sa peau, tout l'aspartame du monde ne pourrait jamais combler ces besoins-là. Mais ça l'avait aidé à tenir, et c'était toujours ça…

Harry se leva. À quoi bon attendre que Draco revienne sur Terre ou bien lui dire qu'il avait triché avec ce substitut… Le brun préféra aller se laver. Il ne sentait pas forcément très bon, vu la nuit qu'il avait passée la veille, et de toute manière il avait besoin de se décrasser avant de rejoindre les autres au petit-déjeuner. Sans que Draco n'essaie de le retenir au lit, Harry partit donc se laver, et quand il en sortit, son petit-ami se précipita à son tour dans la salle de bain en lui disant qu'il le retrouverait plus tard. Il avait toujours cette même expression complètement surexcitée sur le visage.

Au fond de lui, Harry se sentait toute chose. C'était comme si quelque chose s'était bloqué en lui depuis que le bracelet argenté avait viré au doré. Les choses ne seraient plus pareilles, se dit-il en soupirant. Draco ne lui avait pas jeté un regard, ni quand il était allé se laver, ni quand il avait quitté la chambre. Et dire que leur relation avait évolué depuis deux semaines…

Le blond avait enfin accepté de sortir avec lui et la veille, après deux mois de flirt et de baisers volés, ils avaient fait l'amour sur un coup de tête. Ce n'était ni prémédité ni fabuleux, car c'était la première fois pour Harry et Draco, contrairement à ce qu'il aurait cru, était de plus attentifs et ne voulait pas lui faire de mal inutilement. Il n'y était pas allé comme un bourrin et ça n'avait pas été trop mauvais et douloureux. Harry s'était attendu à pire, surtout venant de Draco qui avait tout de même une certaine expérience avec les hommes.

Dire que cette histoire de bracelet avait ruiné sa journée était un bien grand mot, mais en tout cas, elle commençait très mal. Draco était tellement lunatique que Harry était incapable de savoir ce qui allait se passer par la suite. D'autant plus que nous étions le 14 février, le jour de la Saint Valentin. Il n'était pas assez romantique pour imaginer quelque chose de particulier pour cette journée… commerciale, mais il pensait au moins passer un petit moment avec lui. Surtout qu'il lui avait promis qu'il lui préparerait un gâteau au chocolat… Enfin, il verrait bien. Mais maintenant que Draco n'avait plus besoin de lui, l'avenir de son couple lui semblait compromis. Ç'avait été trop compliqué de le convaincre de sortir avec lui, de le séduire, avec son estomac en plus, Draco avait eu trop de réticences, en dépit de ses belles paroles…

En entrant dans la grande salle, Harry poussa un soupir à fendre l'âme. Il se sentait soudain très fatigué. Déjà l'an dernier, il craquait pour Draco, même s'il refusait de se l'avouer, et il avait eu tant de mal à l'avoir… Ils n'étaient pas faits pour être ensemble, c'était une évidence. Et alors qu'il s'asseyait, Harry sentit les larmes lui monter aux yeux, en se disant qu'il avait beau se dire que Draco était de sale humeur à cause de ses carences en saccarose et qu'il reviendrait dans de meilleures dispositions avec le temps, il réalisa à quel point il s'était leurré. Le jeune homme fit bonne figure mais son cœur saignait. Il en vint à craindre le moment où Draco entrerait dans la grande salle.

Ce moment ne tarda pas à arriver : bientôt, Draco Malfoy entra dans la vaste pièce en conquérant, un sourire triomphant sur le visage et la démarche assurée. À la table des Serdaigle, Entwhistle avait le nez dans sa tasse de café, le visage peu avenant. De loin, Harry regarda son amant fanfaronner pendant dix bonnes minutes, rapidement rejoint par ses amis. Entwhistle ne disait rien, sans doute aussi honteux qu'en colère. Forcément, toutes les tables en parlèrent et bientôt Harry fut envahi par les bavardages, ce qui le mit dans un état d'énervement assez conséquent, qui le surprit lui-même.

Un instant, il songea à partir. Il eut envie de quitter la salle et ruminer dans son coin. En soit, que Draco aille vanter ses mérites, alors qu'il avait triché comme tout bon Serpentard qu'il était, tombant dans le piège tête la première que Harry lui avait tendu, il s'en fichait comme de sa première robe, il le connaissait suffisamment pour prévoir son comportement. Non, le coup de grâce ce fut quand il le vit de loin se préparer un petit-déjeuner de roi, avec du chocolat chaud où il ajouta de bonnes cuillérées de sucre et diverses gourmandises.

Pourtant, Harry resta car le courrier arrivait, chouettes et hiboux entrant dans la pièce par centaines, des enveloppes ou des colis attachés à leurs pattes. Las, il regarda les boites joliment enveloppées aux coloris rouges et roses s'empiler devant lui. Il savait déjà qu'il n'en ouvrirait aucune et qu'il ne lirait absolument aucune lettre, jetant tout au feu quand il en aurait l'occasion. C'était ce qu'il avait de mieux à faire, de toute manière.

Un colis au papier vert et doré tomba devant ses yeux. C'était une boite qui ne se différenciait guère des autres, à ceci près que son papier était un peu original, mais elle n'était pas la seule dans le lot. Ce qui attira son regard, ce fut la petite étiquette attachée au ruban : elle ne portait que son nom, mais son écriture, il l'aurait reconnue entre mille. Surpris et les joues légèrement roses, il prit la boite et en défit nerveusement le papier, ses voisins de tables trop occupés avec leur repas ou leurs propres présents pour faire attention à lui.

Sous le papier, une jolie boite en bois plutôt précieux, d'après ce qu'il pouvait en juger, était scellée par un petit cadenas factice. Le jeune homme eut envie de lever les yeux, hésita un long moment, puis chercha l'expéditeur des yeux. Ce fut très compliqué de ne pas piquer un fard monstrueux quand il réalisa que Draco le regardait fixement, attendant sans doute sa réaction. Maladroitement, Harry fit sauter le cadenas et ouvrit la boite. L'intérieur, en velours, moulait les objets qu'elle contenait, à savoir…

Des sucettes.

Treize sucettes, de plusieurs couleurs, formaient des lettres de sucre, enveloppées dans un papier plastique qui ne gâchait en rien la présentation.

Il sentit à nouveau les larmes lui monter aux yeux, alors que ses joues viraient au rose vif, tandis qu'il lisait le message.

I LOVE YOU

HONEY

C'était trop. Cette fois-ci, Harry se leva, son sac sur l'épaule, et quitta la pièce, laissant derrière lui tous les présents et courriers. De l'autre côté de la pièce, Draco le regarda partir, étonné, et un poids tomba sur son cœur quand il réalisa qu'il n'avait rien dans les mains : pas un paquet, pas une boite.

Sa boite était restée sur la table.

Quelque chose monta en lui, entre colère, tristesse et dégoût.

De la douleur, aussi.

Il venait se prendre le râteau du siècle.

Et alors que Potter quittait la grande salle, Draco se leva et se pressa vers la sortie, le cœur au bord des lèvres. Harry marchait vite devant lui, au point que le blond n'eut même pas le temps de sortir que Harry était déjà quasiment en haut du grand escalier du hall d'entrée. Draco dut lui courir après pour le rattraper, et quand il fut à sa hauteur, il lui attrapa méchamment le bras, enfonçant ses doigts dans ses chairs. Harry glapit et se retourna. Il sembla très surpris en le voyant et encore plus en réalisant qu'il lui faisait mal. En voyant son expression, le visage de Draco se détendit légèrement, mais ça bouillonnait toujours en lui.

Pour le coup, Draco s'attendit à beaucoup de choses, mais certainement pas à ce que Harry glisse sa main derrière sa nuque et qu'il s'empare passionnément de ses lèvres. Surpris, le blond lui lâcha le bras et l'autre en profita pour prendre son visage en coupe et intensifier leur baiser. Draco se laissa emporter par sa bouche, entrouvrant ses lèvres pour le laisser approfondir cet échange si suave, dominant ce baiser de façon tout simplement exquise.

Ses bras enlacèrent naturellement sa taille. C'était juste bon. L'avoir contre lui, sa bouche contre la sienne, c'était juste bon. Du rêve. Un rêve incompréhensible, mais un rêve quand même. Ce qu'il aurait voulu comme une sorte d'aboutissement à ces deux semaines vraiment ensemble, où il avait découvert un Harry plus tendre qu'il ne l'aurait cru, plus à l'écoute qu'il ne l'était déjà et d'une gentillesse à faire flipper n'importe quel Serpentard qui se respecte et qui lui donnait juste envie de se vautrer un peu plus dans toutes ces bonnes choses qu'il lui offrait au quotidien… Ce qu'il aurait voulu, c'était de lui faire comprendre qu'il tenait vraiment à lui, qu'il lui faisait confiance et qu'il était prêt à faire un bout de chemin avec lui. Il l'avait fait avec une pointe d'humour, un clin d'œil…

Mais où était cette putain de boite ?

Quand Harry se recula, la bouche humide et écarlate, les yeux pétillants et la mine réjouie, Draco sentit tout ce qu'il y avait de mauvais en lui disparaître.

« Qu'est-ce que tu peux être romantique, pour un Serpentard…

- Je t'emmerde, Potter. »

Le brun éclata de rire avant de planter un autre baiser sur sa bouche. Mais Draco avait d'autres idées en tête…

« Elle est où, la boite ?

- Pardon ?

- La boite, elle est où ?

- Bah dans mon sac. Où veux-tu qu'elle soit ? »

Un nouveau poids tomba sur son cœur : mais quel con il avait été… Évidemment, Harry n'allait pas quitter la grande salle comme un gamin avec sa boite sous le bras, il aurait éveillé les soupçons et là, tout de suite, il n'avait certainement pas envie d'être embêté par ses amis ou il ne savait quel curieux.

« Nulle part.

- Tu m'as fait mal, tout à l'heure ! Qu'est-ce qui t'a pris ?

- Tu marchais vite, excuse-moi. »

Vraiment, il n'était qu'un sombre idiot… Pour se faire pardonner, il l'embrassa à son tout légèrement.

« Merci pour les sucettes, j'ai adoré.

- Je t'en prie, Honey. »

Dans ses bras, Harry souriait. Il semblait aimer ce surnom, que Draco lui avait donné à force qu'il lui fournisse des sucreries, et qui dans un sens lui correspondait parfaitement. C'était niais à en pleurer. Mais c'était juste lui…

Le jeune homme se dégagea de ses bras pour ouvrir son sac et en sortir la fameuse boite, dont il caressa le couvercle, avant de l'ouvrir et hésiter quelques secondes. Il en choisit une en forme de O et toute mauve, à la violette sans doute, la cala entre ses dents avant de la ranger la boite et enfin retirer le filme plastique pour l'engouffrer dans sa bouche.

« C'est bon ?

- Ouais. T'as acheté ça où ?

- Chez un confiseur sorcier. Je lui ai demandé de remplacer du sucre par de l'aspartame. Enfin, maintenant tu vas pouvoir manger du sucre sans avoir peur que j'en avale… Ne rigole pas, s'il te plait !

- Il savait ce que c'était, au moins ?

- Absolument pas. Mais il n'était pas à une excentricité près.

- Vous les sorciers, vous m'étonnerez toujours…

- Ça te plait, au moins ?

- J'ai l'air déçu ? »

En réalité, il était tout simplement excitant, avec cette maudite sucette dans la bouche. Par Merlin, il ne savait pas si c'était vraiment une bonne idée de lui avoir offert un truc pareil.

« Au fait, on se voit toujours ce soir ? Tu m'avais promis un gâteau au chocolat, il me semble.

- Tu auras encore de la place pour un gâteau, vu tout ce que tu as mangé ce matin ?

- J'ai toujours de la place pour du chocolat.

- Tu ne vaux guère mieux que Ron…

- Ne me compare pas à Weasley, je ne te permets pas ! »

Il y avait du bruit derrière eux : les étudiants quittaient la grande salle et commençaient à monter les escaliers pour monter dans les étages. Harry lui coupa alors la parole l'embrassant une dernièrement fois, un sourire au coin des lèvres.

« Je te dis à ce soir, Honey. »

Et c'est le regard plein de promesses qu'il le laissa, après avoir glissé sa sucette dans sa bouche, un léger sourire sur les lèvres.

FIN