NdA: Voilà, le dernier chapitre est en ligne pour la fin de ce petit exercice de style. Le titre est une citation de Nerval que j'aime beaucoup. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop arrivés à la fin. Merci infiniment à ceux et celles qui m'ont laissé des reviews, ça m'a fait très plaisir et j'espère que vous aurez apprécié ce cours voyage en imagination. Bonne fin de lecture! Merci encore!


Chapitre 7 : «Le rêve est une seconde vie»

Tonks et Bill n'avaient pas reparlé de la conversation qu'ils avaient eue cette nuit-là. Bill avait sûrement raison : la journée était consacrée au travail et au combat. Seule la nuit voyait revenir les sentiments.

L'ARES était passée à la vitesse supérieure. Grâce à Fred et à George, ils pouvaient désormais compter sur des baguettes totalement opérationnelles. Ils n'avaient pas testé les Sorts Impardonnables, ce que personne n'avait relevé : il n'était de toute façon pas question de les utiliser, même contre les agents d'Ombrage. Ou contre Ombrage elle-même. Leurs opérations de propagande avaient fini par payer et le village entier de Pré-au-Lard, ou ce qu'il en restait, s'était joint à eux. Aucun des membres de l'ARES n'était retourné dans les usines, ils ne se présentaient plus aux Recensements. Ils s'étaient littéralement retranchés à Pré-au-Lard et combattaient chaque jour les Gardes de la Chancellerie. Ils tenaient le siège depuis cinq semaines et n'avaient eu à déplorer aucune perte. La population commençait à reprendre espoir et Ombrage était de plus en plus contestée. Il s'en fallait de peu qu'une insurrection populaire la chassât de l'ancien Ministère et rétablît une démocratie. Les journées n'avaient jamais été plus belles qu'en ce moment depuis des années. Enfin il était permis de se dire que tout cela pouvait bientôt s'arrêter. Enfin il était permis de penser qu'un monde meilleur allait être bâti sous peu. Enfin il était permis de faire de vrais projets d'avenir qui ne servaient pas juste à maintenir l'illusion que tout n'était pas perdu.

Une explosion les réveilla brusquement. Un signal! Ils avaient installé des pièges un peu partout autour du village et chaque explosion pouvait être le signe d'une attaque imminente. Ils se levèrent immédiatement, se saisirent de leurs baguettes et se ruèrent dehors. Le spectacle qui les attendait différait complètement des batailles habituelles. Pré-au-Lard était encerclé par une soixantaine de Gardes. Ombrage s'était déplacée en personne. Chacun se prépara au combat. Quelque chose clochait. Ginny n'aurait pas su dire quoi mais elle savait que quelque chose clochait. Ce n'était pas seulement la présence d'Ombrage qui lui faisait affirmer cela et il lui suffit de regarder le visage de ses camarades pour avoir la certitude qu'elle n'était pas la seule à avoir un mauvais pressentiment. Ils s'engagèrent cependant dans l'affrontement en prenant bien soin de ne pas se laisser entraîner en-dehors du village. Ils menaient une véritable guérilla et les protections des maisons menaçaient souvent de céder. L'ARES était parfaitement rodée à ce genre d'exercice et les forces étaient équilibrées. Du moins était-ce ce qu'ils pensaient avant que Seamus s'effondrât, touché dans le dos par un sort non verbal alors que son adversaire était en face de lui. Ginny se retourna immédiatement. Devant elle se tenait Bellatrix Lestrange, un rictus aux lèvres.

-Ce petit morveux ne vaut pas la peine que je le tue moi-même. D'autres s'en chargeront très bien et très facilement puisqu'il n'est même pas capable de surveiller ses arrières.

Ginny ne répondit pas et sa main se crispa sur sa baguette.

-Tu trembles petite fille ? C'est donc une caractéristique de ta famille. Ton frère aussi tremblait avant de mourir. Je ne peux pas te dire que cela ne fera pas mal. Je ferai au contraire en sorte que tu souffres avant d'aller rejoindre bébé Potter.

Les combats s'étaient interrompus. Bellatrix n'était évidemment pas venue seule. Ombrage souriait. Elle pensait avoir réussi à faire venir les Mangemorts à son aide. En réalité, ils n'étaient venus que pour eux-mêmes. Bellatrix répugnait à l'idée de laisser ces Gardes de pacotille se charger de ses ennemis. A défaut d'avoir pu tuer Potter, elle se contenterait de sa petite amoureuse. Elle leva sa baguette.

Bill et Tonks étaient dos à dos, chacun ayant à faire face à des Gardes et à des Mangemorts. Les ennemis étaient maintenant à peu près au nombre de quatre contre un. Ils n'avaient pas le temps de chercher à voir où en étaient leurs camarades. Ils se doutaient de toute façon que la situation était la même pour chacun d'entre eux. Luna était entourée par deux Gardes et un Mangemort. Seamus ne s'était pas relevé. Neville se retrouvait devant Rastaban Lestrange, Narcissa Malefoy et Zacharias Smith, qui était entré dans la Garde d'Ombrage dès le début de son règne. Maugrey avait aussitôt été pris d'assaut par quatre Mangemorts et se tenait non loin de Lupin. Remus, immobile, regardait son unique adversaire. Fenrir Greyback le toisait avec un sourire carnassier tout à fait approprié. Le vent soufflait légèrement sur Pré-au-Lard. La tension était palpable. Le silence, qui n'avait jamais été aussi profond avant un combat conduit sous la dictature, rappelait à s'y méprendre celui qui s'était fait avant la Bataille Finale contre Voldemort. Le temps donnait l'impression de s'être arrêté, chacun ayant conscience du caractère décisif de l'événement. Brusquement, le charme fut rompu et des éclairs jaillirent simultanément de toutes parts…

Harry s'éveilla en sursaut, haletant. Il chercha ses lunettes à tâtons et les mit sur son nez. La pièce était silencieuse. Il perçut les ronflements de Ron à quelques pas de lui. Le Terrier. Il était au Terrier. Il se frotta le front en silence. Il ne ressentait rien au niveau de sa cicatrice, il avait bien fait le vide dans son esprit avant de s'endormir. Ses progrès en occlumencie avaient été remarquables à partir du moment où Bill Weasley avait remplacé Rogue comme instructeur. Il secoua la tête. De toute façon, son rêve ne concernait pas du tout Voldemort. Il avait presque envie de réveiller Ron, Hermione et Ginny pour leur conter le cauchemar étrange qu'il venait de faire. En même temps, il savait ce que ses amis répondraient : la pression qui pesait sur lui avait augmenté de jour en jour à mesure que la chasse aux horcruxes avait progressé. Qu'il s'éloignât de la réalité à travers ses rêves était alors tout à fait normal. Peut-être. Si rêver d'un avenir dans lequel il était mort pouvait être considéré comme tout à fait normal…

Il avait tenu sa promesse et n'était pas retourné à Poudlard cette année. Il était arrivé à la dernière ligne droite : le combat contre Voldemort pouvait avoir lieu d'un jour à l'autre. Tom Jedusor était mortel.

Le jour commençait à poindre par la fenêtre de la chambre. Harry se leva et se dirigea vers la cuisine pour préparer le petit-déjeuner : les autres n'allaient de toute façon pas tarder à se lever. Ils se levaient tous très tôt depuis quelques temps. Il était toujours perdu dans ses pensées, perturbé par son rêve, quand Mr. et Mrs Weasley entrèrent dans la cuisine.

-Bonjour mon chéri. Bien dormi ? demanda Molly en l'embrassant.

Harry haussa les épaules en une moue qui ne signifiait ni oui ni non. Aucun d'entre eux ne dormait véritablement bien ces derniers jours de toute façon. Prétendre le contraire était inutile et ils le savaient. La question rituelle revenait pourtant tous les matins. Molly écarta Harry de la cuisinière et lui fit signe de s'asseoir pendant qu'elle prenait le relais. Moins de cinq minutes plus tard, toute la famille Weasley, Hermione et Harry étaient attablés devant leurs œufs et leurs toasts. Ils parlaient de tout et de rien, des dernières inventions des jumeaux qui se vendaient toujours aussi bien, du dernier match de quidditch qu'ils n'avaient pas pu suivre en direct ou du programme de duels qu'ils modifiaient quotidiennement. Hermione n'avait pas son pareil pour inventer des situations complexes auxquelles ils devaient réagir. Leurs stratégies devaient toujours évoluer et ils apprenaient à s'adapter à des situations qui paraissaient complètement désespérées. Ils n'étaient pas dupes, cependant. Ils savaient bien que le vrai combat serait inattendu et qu'on ne pouvait pas totalement s'y préparer. Ce n'était pas une raison pour rester les bras croisés à attendre. Leurs entraînements réunissaient toute la famille Weasley, d'anciens membres de l'AD, Remus Lupin, Tonks. Alastor Maugrey supervisait le tout en grondant contre le moindre petit écart. Ils suivaient une véritable formation d'Auror et leur instructeur s'avérait extrêmement exigeant. Ils se battaient depuis moins d'un quart d'heure quand plusieurs «plop» retentirent simultanément. Le silence se fit immédiatement.

Lord Voldemort se tenait devant eux, accompagnés de ses fidèles mangemorts, Bellatrix Lestrange en tête. Peter Pettigrow rampait à l'arrière, comme toujours. Harry serra la main sur sa baguette. Bien. Enfin. Il était confiant. Il ne s'était jamais senti mieux préparé de toute sa vie à ce qui allait suivre. Voldemort avait les lèvres serrées. Ils n'échangèrent pas un mot et, selon un accord tacite, comme si tout avait été planifié, ils transplanèrent tous à Godric's Hollow. Ron se planta devant Pettigrow pendant qu'Harry continuait de faire face à Jedusor. L'histoire allait s'achever là où elle avait commencé.

FIN


Ma fic est en fait partie d'un "Et si?" Et si Voldemort éliminé, une didacture s'installait? Et qui serait dictateur? Ombrage s'est imposée parce que je venais de terminer le tome 5 à l'époque. (Pfiou, oui, ça fait un moment que cette fic dort sur mon PC...) Une fois ma dictatrice trouvée, c'était ce que j'allais faire des personnages qui était préoccupant. L'idée du rêve est classique, mais elle s'est imposée parce qu'elle permet d'expliquer plusieurs choses: l'impression de bribes d'histoire, la brièveté de ma nouvelle, le fait aussi que Bill ne soit pas mutilé (dans un rêve, n'a-t-on pas tendance à idéaliser?) etc. Et à partir de cette fin que j'ai eue tout de suite, il a fallu reconstituer un peu le reste. Voilààà pour la genèse. Merci beaucoup de m'avoir accompagnée sur ma publication , ça fait toujours plaisir et en plus, ça fait découvrir d'autres auteurs à lire! ;)