Disclaimer : Square Enix, Disney, etc.
Genre : Angst/Hurt/Comfort
Pairing : VanVen
Merci à Jaymey pour le proofreading lul. Merci pour votre lecture et vos reviews, cœur sur vous.
Destiny's Union
Ténèbres. Ténèbres. Ténèbres.
Partout, toujours. Un cycle sans fin. Il était tombé ; il ne se relèverait plus.
Il faisait noir. Trop noir.
Non, pas trop. Jamais trop pour lui. Qui était-il, encore ? Quelqu'un... quelque chose. Issu des Ténèbres. Né de la cendre, retourne à la poussière. Quelque chose comme ça – non ?
Retourné aux Ténèbres.
Mais il était toujours là.
Non. Non, non non... j'ai tout fait comme il fallait. J'ai fait tout ce qu'il disait. Pourquoi ?
Pourquoi ?
Pourquoi était-il encore là ? Il aurait dû disparaître. Il aurait dû être annihilé. La χ-blade avait été un échec. Son cœur, définitivement détruit. Ven en avait décidé ainsi.
Ventus en avait décidé ainsi ?
Quelle cause vaudrait de détruire son propre cœur ? Ah, oui.
Il hait les ténèbres plus que tout. C'est pour cela que tu es ici aujourd'hui.
Si seulement, si seulement il pouvait se séparer de cette voix-là, si seulement il pouvait la brûler vive, voir ses cendres s'envoler pour ne plus jamais revenir. Si seulement il pouvait percer les Ténèbres et disparaître avec elles. S'effriter comme la χ-blade l'avait fait. La seule union possible. Destinée à échouer.
Pourquoi ne l'avait-il pas vu ?
Pourquoi l'avait-il cru ?
S'il mourrait maintenant, tout ça n'aurait servi à rien. (Il l'aurait mérité.)
N'était-ce pas ce qu'il avait toujours souhaité ?
Détruire son cœur. Détruire leur cœur.
Mais il existait encore. Au milieu des Ténèbres. Il existait, il se souvenait, il pensait. Était-ce sa punition ? Garder sa conscience corrompue avec lui pour l'éternité ? Se battre avec des émotions qu'il ne connaissait pas jusqu'à ce qu'il finisse par exploser ?
La nécropole était ici, pas ailleurs.
J'aurais préféré ne plus exister.
Forger la χ-blade avait été une erreur. Une erreur monumentale.
La pire qu'il ait jamais commise.
La deuxième avait été de continuer à espérer.
On l'avait manipulé comme un pantin sans vie. Les paroles murmurées au creux de son oreille l'avaient guidé sur le chemin de la destruction. Non, pas la destruction. Le néant.
Il n'avait même plus le droit de pleurer.
Xehanort l'avait peut-être manipulé, lui comme tous les autres, tous ceux de qui il se sentait supérieur – comme il avait eu tort ! –, mais il était tombé dans son piège sans un regard en arrière, sans un remord, sans un seul instant de clairvoyance.
Xehanort.
La χ-blade.
Maître Xehanort. Il se souvint.
Des journées entières passées seul dans la nécropole à attendre que le temps s'écoule. De la vie de Ven au fond de ses rêves. De la façon dont l'homme en avait profité pour attiser sa haine. Des longues heures « d'entraînement » qui s'étaient révélées plus proches de la torture que de l'apprentissage lent et dépourvu de cris d'agonie auquel avait droit l'autre moitié de son cœur.
Il n'y en a que pour tes amis, n'est-ce pas ?
Que pour eux. Toujours pour eux. Terra et Aqua m'ont consolé. Terra et Aqua m'ont rassuré. Terra et Aqua m'ont entraîné. Terra et Aqua se sont occupés de moi. Terra et Aqua m'aiment. Et je les aime aussi.
Une question.
Qui m'aimera, moi ?
Personne. Jamais. Plus maintenant.
Les hommes n'aiment pas les abominations. Ils les tuent ou les enferment dans des cages sous les rires de leurs congénères.
La Lumière n'aime pas les Ténèbres. Elle les rejette le plus loin possible en priant pour qu'elles tombent dans l'oubli. Il était tombé.
Personne n'avait jamais eu pitié. Pas un instant.
(Mais il était toujours là.)
Il avait serré les dents, il avait supporté, il avait suivi les ordres (il les avait parfois enfreints). Une fois, une seule fois, il avait cru – mais Xehanort était là, il était toujours là et, enfin, il l'avait ramené à la réalité, au monde terrifiant du dehors, au vrai visage du désespoir.
On devrait s'en aller. Rien que tous les deux.
C'était un rêve, et c'était plus que tout ce qu'il pouvait espérer.
Parce que Ventus haïssait les Ténèbres. Il avait préféré briser son propre cœur plutôt que d'y céder. De la faiblesse ? Xehanort avait menti. Ça n'avait rien à voir.
(Mais il était encore là...)
Xehanort.
Combien de fois l'avait-il brisé ?
Parmi toutes les émotions qui l'enchaînaient aux Ténèbres, une lui caressa le visage, la seule importante, la dernière possible, celle qu'il avait nourrie jour après jour, minute après minute.
Je le hais.
Non.
Je le hais.
Il suffoquait. Il pleurait. Il hurlait.
Je le hais. Je le hais. Je le hais. Je le hais. Je le hais !
Il n'avait pas disparu. Il était toujours là. Il trouverait un moyen de sortir des Ténèbres. Un moyen de les prendre avec lui. Il recevrait toute la négativité du monde. Il créerait le nescient le plus puissant jamais créé.
Après ça, il mourrait peut-être, mais quelle importance ? Il n'était même pas supposé exister. Le cœur qui l'avait accueilli autrefois s'était changé en fumée. Il l'avait chassé pour toujours –
(Mais il était toujours là, non ? Non ? Pourquoi ?)
Il s'éveillerait pour tuer Xehanort.
Le détruire jusqu'à ce qu'il ne reste plus trace de lui dans l'univers tout entier.
On oublierait jusqu'à son existence.
Le tuer. Je le hais. Je le hais. Je le tuerai.
— Non.
Il aurait eu envie de rire. Il pleurait, pourtant. Il riait en même temps.
— Non ? répéta-t-il, et sa voix lui sembla lointaine, si lointaine, si brisée qu'il ferma les yeux en espérant ne plus jamais avoir à l'entendre à nouveau.
— Non.
Était-il en colère ?
Vanitas éclata de rire, cette fois. Quelle raison avait-il de se retenir ? Il n'était nulle part. Il existait à peine.
— Pourquoi ? demanda-t-il au vide.
Le vide lui répondit :
— Je ne te laisserai pas faire.
Il était en colère.
Il était devant lui, debout, sa Keyblade à la main. Il la tenait à l'envers. Vanitas l'avait remarqué la première fois. Pourquoi la tenir comme ça ? Ça n'avait pas de sens. Il devait faire des mouvements plus grands. Ça demandait plus d'énergie. Son Maître ne lui avait-il pas appris ça ?
Soudain, il avait sa propre Keyblade dans la main, et, la rage au cœur, il se jeta sur lui.
— Je ne te laisserai pas faire, insista Ven.
Il para la première attaque sans sourciller. Il ne souriait pas. Il ne lui avait jamais vraiment souri – pas en sachant à qui il l'adressait.
— Je vais le tuer.
— Non.
— Tais-toi !
Il se tut. Vanitas l'attaqua encore et encore, mais sa Keyblade ne trouvait jamais sa cible. Elle tombait en morceau, elle aussi – comme la χ-blade, comme ses espoirs.
Puis, Ven leva son arme et l'abattit sur lui avec plus de violence que Xehanort n'en avait jamais usé à son encontre. Il s'effondra. Se remit à pleurer.
— Tout est de sa faute, murmura-t-il.
Il s'enroula sur lui-même, les genoux ramenés jusqu'à sa poitrine, imitant la position de sa naissance, le moment où tout avait basculé.
Son étreinte ne dégageait aucune chaleur, aucun réconfort.
Le temps passait ou ne passait pas. Il essaya de compter. Il perdit le fil au bout de dix. Il ricana encore – Ven ne répondit rien.
Il était en colère, oui. Contre lui ?
Mais je n'ai rien fait. C'est sa faute. Leur faute à tous.
Ven l'enjambait. Il s'accroupit à côté de lui.
— Laisse-moi tranquille, dit Vanitas.
Ven ne l'écouta pas. Il était dans son cœur, après tout. Il écrivait toutes les règles. Qui était Vanitas pour lui donner des ordres ? Il avait perdu le droit d'ouvrir la bouche bien longtemps auparavant.
— Laisse-moi...
Ven se coucha sur le côté, comme lui, et ramena ses jambes à sa poitrine, comme lui, à quelques centimètres seulement, parfait miroir de celui qu'il était ou avait été. Ses yeux étaient toujours aussi bleus, dans le noir. Comment était-il seulement capable de les voir ?
— Tu as détruit tout ce que j'avais, dit l'autre d'une voix comme amortie par l'épaisseur des Ténèbres. Je devrais te haïr.
Ne le haïssait-il pas déjà ? Ne l'avait-il pas haï le jour même de sa naissance – non, bien avant ça, quand il avait refusé d'user des Ténèbres pour protéger sa vie ?
— Je devrais te haïr, répéta-t-il.
Ça faisait mal, beaucoup trop mal, encore plus que la solitude, encore plus que les années passées avec Xehanort, encore plus que les rêves de bonheur et les souvenirs d'angoisses indicibles.
— Et alors ? rétorqua-t-il en y mettant toute sa haine, toute son amertume et son aigreur, en essayant de faire mal, lui aussi, mais il n'y parvint pas, il n'y était jamais parvenu.
— J'ai rêvé de toi. Toi aussi ?
Laisse-moi tranquille ! Ne me parle pas de ça ! Je ne suis plus là, tu ne comprends pas ? Je ne devrais même pas t'entendre !
Son visage était si proche, si proche qu'il pouvait y voir tout ce qu'il ne voulait pas y voir, le dégoût, la colère et, pire que tout, la pitié répugnante de ceux qui avaient le loisir de la ressentir quand bon leur semblait.
— C'était horrible, dit Vanitas, et sa voix était faible et pathétique, la voix d'un enfant minuscule qui racontait ses cauchemars de monstres aux yeux jaunes à une gardienne disparue. Tu l'as fait exprès.
Ven restait silencieux. Il ne le lâchait pas des yeux.
Arrête ça !
— Le garçon masqué. L'inconnu du parc. L'autre garçon. Vanitas.
Tu as oublié Ventus.
Il rit encore. Ven ne riait pas.
— Tu m'as menti.
Quel étrange reproche.
— Tout le monde ment, répondit Vanitas. Il m'a menti. Tu m'as menti.
Tout ira bien. Elle aussi.
— Moi ? Je n'ai rien fait.
— Tu m'as fait voir des émotions impossibles. Tu m'as fait croire que je pouvais être comme toi.
— Comme moi ?
— Que je pouvais voir la Lumière. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas.
Il n'avait jamais pu. Un mirage parmi d'autres. Ven l'observait sans ciller. Encore.
— On aurait pu être amis, chuchota-t-il si bas que Vanitas ne l'aurait d'ordinaire pas entendu – mais le silence était tel, ici, que chaque souffle résonnait comme le craquement du tonnerre un soir d'orage.
— Non.
— On aurait pu être amis.
Non ! Non, on n'aurait jamais pu, c'était perdu d'avance, c'était...
— Je t'ai..., commença Ven.
Ses doigts s'approchèrent de son visage avec une lenteur irréelle, suffocante, imparable.
Non ! Non, non, non, non, non, laisse-moi tranquille, laisse-moi tout seul, laisse-moi...
— ... laissé derrière. Je t'ai laissé... derrière. Je...
Il ne termina pas sa phrase. Sa main effleura sa joue dans une caresse d'une douceur terrible et sans fin.
(Comme dans son rêve...)
Et il était heureux.
Il était si heureux que ça lui donnait envie de vomir. Ça lui donnait envie de le haïr plus encore, de lui faire regretter d'être venu jusqu'ici, d'avoir osé croire, oser espérer que...
— Je suis si... fatigué..., poursuivit Ven.
Si fatigué.
Sa voix se perdait dans le lointain.
Si fatigué...
— La prochaine fois... on sera amis... pas vrai ? Aqua... Terra... toi et... et... m...
Si fatigué.
Une main dans la sienne, soudain. Juste entre eux deux. Quelque chose de froid, aussi.
— La prochaine...
Les yeux bleus disparurent derrière des paupières vaincues par le sommeil implacable qui s'abattait au milieu du néant.
Quelque chose de froid.
Il voulait fermer les yeux. Il faillit céder. C'est alors qu'il la vit, juste là, entre leur deux mains, unissant deux destins à jamais séparés, à jamais liés, peut-être.
L'éclaireuse.
Une voix dans la nuit.
Ses paupières se refermèrent. Il sentait les doigts de Ven toucher les siens. Ses émotions le quitter une à une.
Le sommeil, enfin. Enfin.
xxxxx
On ne va pas être séparés, hein ? demanda l'enfant d'une voix faible, quelque part au fin fond d'un rêve.
Elle sourit. Elle pleurait, peut-être.
Non, répondit-elle. Non, bien sûr que non.
(Ai-je fait d'Ignis une éclaireuse juste pour cette phrase ? Oui.)
Spoiler alert : ceci est l'OS que j'ai préféré écrire de ce recueil, adieu.
C'est donc l'avant-dernier de cette série. À jeudi pour le dernier ! Merci pour votre lecture et vos reviews encore :) Je vous aime, cœur cœur.
