Posté le : 10 Mars 2011. Fièvre. Inspiration. Second Roman. Baba O'Riley. Rock. Art.

Note sur le calendrier dairyen : Mercredi. 9H25. J'ouvre les yeux et je vois mon manuscrit sur mon bureau. J'ai commencé mon premier roman en mai 2010. J'ai mis le point final en novembre mais l'histoire me prenait tellement aux tripes que j'ai dû arrêter. J'ai fini par la terminer. Le soulagement. Mais une pause qui a duré de longs mois avant que je ne m'attaque au tome 2, suite directe du tome 1. Alors il y a quelques jours, dans le noir de ma chambre, je vois ce putain de manuscrit et je me dis qu'il faut faire quelque chose... J'ai allumé mon notebook. J'ai mis de la musique. Je me suis retrouvée à écrire jusqu'à 14H non-stop. A 15H, je me suis dit qu'il fallait profiter du karma : j'ai renoué avec l'art dans la même journée. Je suis partie à l'école d'art sans réfléchir. Mon mentor qui ne m'avait pas vu depuis des mois a été content de me revoir, ne serait-ce que pour une journée. J'ai pris un crayon et j'ai dessiné. A 18H, je contemple mon croquis. Putain, je n'ai pas perdu. Je ne rentre pas avant 21H. Je traîne un peu partout. Je vide une librairie. Je réaligne mes chakras. Je me couche à 2H du matin après avoir passé la nuit au téléphone avec mon étoile du soir. Je me lève quelques heures après : Je ne veux jamais que ce mercredi ne se termine.

Post-it : J'aime les gens qui écrivent du caca et l'assument. Par contre, je poste plus tôt car je ne suis pas sûre d'avoir Internet demain.

IL NE FAUT PAS S'ARRÊTER SUR QUI NOUS SOMMES. MAIS PLUTÔT VOIR LA PERSONNE QUE L'ON VEUT DEVENIR.


ELLE M'A DONNE LA FIEVRE. PENDANT DES HEURES... (NTM)

Ceci expliquant cela ~ J'ai eu la fièvre. Une très forte fièvre avec nausée, vertige, tremblement et tout le tralala pendant plusieurs jours. Du coup, hop, au lit ! Pour me distraire j'ai répondu de très longues reviews durant mon rétablissement. Chacun s'amuse comme il le peut dans la disponibilité de ses moyens.

Les Singles Inconnus - réponses aux reviews anonymes ou, dans le langage préhystérique, les Raaaaaaaaaaarrrrrr.

Lenalee [Réponse : Il faudrait que je m'essaie au très mauvais chapitre pour briser l'habitude. J'ai une sainte horreur de l'habitude - sauf si cette dernière me met en valeur. Tu comprends donc ma joie de me dire que j'ai - ô malheur - fait encore un "très bon chapitre". Pour moi, c'est un véritable ravissement d'ouvrir un mail et de voir ça. J'ai mes petits yeux qui brillent comme des loupiotes du Nouvel An Chinois (d'ailleurs, je l'ai raté et j'entendais les bruits du haut de ma fac, fichtre !) Bref, pour en revenir au chapitre, je commence par ce que tu m'as dit à propos de la conversation entre Mel et Harry : Je pensais que c'était nécessaire pour Mel que de tirer la sonette d'alarme et de gueuler "Mon garçon, fait gaffe à tes fesses !". Je pense qu'il s'agit du père de substitution d'Harry. Il peut faire la leçon à tout le monde et je le trouve naturellement imposant. Enfin, je le voulais comme quelqu'un imposant le respect malgré ses quelques loufoqueries. Je te souhaite une bonne lecture et à bientôt j'espère.]

Yamia [Réponse : Oh, ne t'en fais pas si tu es pressée par le temps. On l'est un peu tous par moment. Je me dis que c'est déjà pas mal de trouver le temps de me lire et encore plus de me déposer un petit mot. Je trouve que c'est toujours sympa. Donc non, je ne t'en veux pas le moins du monde. Encore merci du compliment quant à la fin du chapitre précédent. Je tâcherai d'être encore à la hauteur.]

Miruru en mode stone [Réponse : Pourquoi es-tu stone mon enfant ? Tu as traîné dans ma pharmacie ? Bah dis donc, ça t'a bien lobotomisé le cerveau pour se limiter à l'adjectif hautement qualificatif qui est mignon. Beuh ? Mignon ? Tu sais, je n'arrive plus à dissocier ce mot de mon esprit. Je le trouve un peu connoté bisounours. Je ne le prends pas mal ! Au contraire ! J'ai toujours rêvé d'être un bisounours. Mais, j'imagine mal Draco mignon avec les yeux larmoyants. Je trouve que ça lui va mal... Alors qu'Harry - dans les fanfictions - on adore le faire mignon, frêle, androgyne, petite chose, puceau et j'en passe. Draco aussi a sa part de féminité, joyeux bordel ! [...] Réflexion faite, tu n'as pas dit mignon mais touchant. Autant pour moi. Mais mon raisonnement tient quand même, na ! Mon cerveau doit être au rabais depuis que j'ai fait une forte fièvre. Oui, j'ai failli m'évanouir en plein exposé sur la révolte des paysans durant la Guerre de Trente Ans. Dairy is a genius.]

Kiss-Kuss [Réponse : De rien De rien De rien - une RAR au sens littéral du terme, huhu. En tout cas, je suis très heureuse - doux euphémisme - de me dire "Tiens, mes Harry et Draco ont de la gueule dans cette fanfiction et il y'en a pour approuver !" Bah, c'est très gratifiant, surtout que je passe un petit temps à creuser la personnalité de chacun et essayer de leur donner des caractéristiques pour essayer - j'ai bien dis essayer - de ne pas tomber dans le cliché. C'est tellement dur en même temps... J'espère que le Baba O'Riley continuera de te séduire encore.]

Charl-y [Réponse : Les joies du hasard : tomber sur une fanfiction qu'on apprécie dès le premier clic. Cela m'arrive parfois quand je prends le temps de chercher et que j'ai pris ma dose de coca. J'aime me caler sous la couette avec mon notebook en mode lapdog. Parfois, je pouffe comme une dinde devant des dialogues ou je m'émoustille devant des lemons en buvant ma tasse de thé au citron (ironie du sort). Bref, une vraie lectrice quoi ! Mais en ce moment je suis un peu dégoûtée : le seul truc que j'ai le droit de lire c'est mon livre de code (courage Dairy). J'ai dû abandonner l'autobiographie de Bob Dylan, mon transgénérationel Scott Fitzgerald et mon tendre Beigbeder, tout ça pour pouvoir hypothétiquement conduire ma propre Mustang. Vive le capitalisme et la non-praticité des transports en commun. Mais j'essaie tout de même de décompresser en lisant des fanfictions. Ce n'est pas de la prose transcendante mais ça fait terriblement du bien. Alors de savoir que tu apprécies mon travail - même si ce n'est que de la simple fanfiction - eh bien, ça me gonfle le coeur. D'autant plus que tu aimes mes goûts musicaux ! Mama Mia ! Fais gaffe à toi, je tombe facilement amoureuse.]

Luka [Réponse : Oui, pour le Baba O'Riley je chine des endroits, des objets et j'en fais un endroit original. Tu veux quelques exemples ? Oui, non, pas le temps, je dois aller aux toillettes ? Si ça ne t'intéresse pas, saute les lignes suivantes et lis la fin de la review. Dans le cas contraire, ouvre grand tes yeux : ça sent l'exclu. Alors Baba O'Riley, quant à sa façade extérieure, est une villa que j'ai trouvé dans une impasse parisienne sur la butte de MontMartre. J'ai quelques photos sur mon notebook. C'est une impasse qui m'a propulsé à mes années collèges, lors de mon séjour dans le Kent avec les maisons pittoresques, hautes comme des tours et possédant une histoire folle. Ensuite, quant aux livres un peu partout, c'est l'esprit de Shakespeare and Compagny : librairie anglophone près de Notre Dame de Paris - station St Michel en RER B (je ne sais pas si tu vis à Paris ou non). Pour les vyniles fixés au plafond, c'est dans le manoir de Lew dans Californication - saison 3 (je ne me souviens plus dans quels épisodes exactement on voit cette image apparaître). J'avais, dans mon ancienne chambre, fixé des CDs au plafond, mais jamais des vyniles. Lew - celui de Californication - était un rockeur riche exentrique et tellement... mmh. Bref ! Pour le poêle, il y en avait un dans l'ancienne maison de ma grand-mère (je n'ai jamais compris d'ailleurs pourquoi surtout qu'elle vit sous le Tropique du Cancer. Après, j'avoue que c'est une composition de l'endroit où je voudrais vivre mais qu'il m'est impossible d'avoir. Pas parce que je n'ai pas les objets à ma disposition ou quoi que ce soit. Mais tout simplement parce que je suis maniaque et donc je ne pourrai jamais avoir un Baba O'Riley plus de deux jours sans... craquer. Le mot est lâché. Ensuite, j'ai aimé ta vision des personnages : je les vois entiers - du moins dans mon esprit, encore faut-il voir le rendu. Mel est celui qui, à mes yeux, représente le plus le Baba O'Riley : tolérance, transgénérationel, patience et folie. Cela me touche en fin de compte de savoir que j'ai su te transporter... c'est magique. Et crois-moi, je suis forte à l'épreuve de écrire un roman à la place d'un message.]

Samaire LaBiche [Réponse : Bon déjà, je dois faire un point sur une chose : ton pseudo. J'étais... comment dire... morte de rire ? Eh bien oui tu as failli m'achever de cette très longue fièvre que j'ai dû subir durant de longs jours. J'ai reçu ton mail et j'ai cru que je venais d'avoir l'ebola (si, j'te jure) et que j'hallucinais sévère. Ton pseudo ressemble à un titre de chanson de rap. Je vois d'ici le refrain "Samaire LaBiche avait des grosses miches. J'ai baisé cette quiche en lui faisant croire que j'étais riche. Samaire LaBiche n'avait rien dans le pois chiche et était chaude comme [...] Je t'épargne la seconde strophe. Ah le rap, les wesh, les casquettes, oh que j'aime ! C'est tellement divertissant. Par exemple, tu apprends que le rap n'est pas si éloigné du rock : avec un simple "yeeeeeaaah" tu peux défoncer les Charts. Parce qu'il y a une manière de dire "yeaaaaaah" faut pas que ce soit trop snob sinon on ne croira jamais à du rap authentique, t'as vu ? (ouais, j'ai mon dico du 93 sous le coude, ça sert pas mal en temps de crise). En parlant de crise et de problème financier, je vais revenir sur un point : tu me demandes comment Mel gagne son argent. Eh bien, il fait de la revente d'objets, il y a une caisse commune au Baba O'Riley qui a été mentionné au chapitre 1, et Mel rend des services à des personnes qui l'aident en retour à obtenir d'autres choses, par exemple refaire la peinture, l'achat d'un nouveau matelas etc. Il n'y a pas de problèmes : que des solutions. Après, c'est sûr qu'il n'a pas le salaire de Draco ou de Blaise, mais il a de quoi subvenir à ses besoins - surtout que Harry lui paie désormais un loyer ! Enfin bref, dis-toi que moi aussi je fantasme royalement sur Blaise. Je bave dès que j'écris son prénom à ce salopard * rebave*]

Aleks (postée sur le chapitre 5) [Réponse : J'espère que tes quelques soucis seront vite réglés. J'aimais bien ta petite bouille. Je te souhaite tout le courage du monde et... même si on ne se connaît pas, tu peux toujours choper mon adresse email sur mon profil. Je suis une oreille attentive et une petite épaule sur qui pleurer et un corps à frapper. Oui, j'ai tendance à me désigner pour la veuve et l'orphelin. Non, plus sérieusement, je suis entièrement disponible en cas de besoin : je ne suis pas juste une folle qui écrit des saloperies sur le net. J'ai un coeur en plus d'un sexe.]

JE M'EXCUSE DE FAIRE DE LONGUES RÉPONSES. SI CELA VOUS GÊNE, FAITES LE MOI SAVOIR. J'ÉCRIRAI DES CHOSES PLUS COURTES.


Mot de la Bêta – Eve J Hoang : Han, ce fut bref, mais riche en rebondissements… que d'émotions !

.

.

.

~ Merci à Micka et Damien pour leurs pistes de lecture : dommage, j'ai déjà tout lu. Bonne lecture à tous et à toutes.


Baba O'Riley

Single 8 : « Rocket Man »


"Rocket Man" - My Morning Jacket. 2001. Piste de 5 min. Reprise d'une chanson mythique d'Elton John. Quand la Californie s'accapare le patrimoine anglais. Quand les trémolos dans la voix des chanteurs se lient bien des années après. C'est l'histoire d'un homme pouvant être toi, moi, nous, eux.

And I think it's gonna be a long, long, time

'Til touchdown brings me 'round again to find

I'm not the man they think I am at home

Ah, no no no...

I'm a rocket man

Rocket man

Burnin' out his fuse

Up here alone

« Il pleut des araignées, sérieusement. Peut-être que c'est un mauvais signe », My Morning Jacket.

.

.

.

Théodore Nott était appuyé contre le chambranle de la porte du bureau de son associé.

Il devinait sa peau sous son costume sombre, ses grains de beauté et ses cicatrices.

Il n'avait pas besoin de fermer les yeux pour se souvenir de la sensation de l'effleurer, de le caresser, de le toucher, et d'être touché en retour.

Théodore se rappelait des fourmillements qui l'avaient prit, des tremblements et autres spasmes amoureux. Il s'était mordu la main pour ne pas trop crier ; ce n'était même pas dans ses habitudes de crier.

Avec Blaise, il avait vogué jusqu'aux rivages du plaisir.

C'était beau, c'était intense… mais pas véritable.

Il y avait toujours cette lueur factice, dans le regard de son amant. Un éclat qui disait : "Mon corps est à toi, mais pas mon esprit". Blaise n'avait même pas eu besoin de prononcer le prénom "Harry" que son fantôme s'était déjà glissé sous les draps.

En se réveillant le lendemain matin, Théodore s'aperçut que sa chambre d'hôtel ne sentait que la baise.

- C'était de la baise, avait-il sombrement pensé. De la baise, rien de plus.

Il s'était réveillé seul le dimanche matin, dans sa chambre, en Irlande.

Il s'était réveillé seul et avec le goût amer de ne pas être celui qu'il aurait voulu être : Harry. Nombre de fois, il avait pensé que sa vie amoureuse serait plus simple s'il avait été un autre que lui. Déjà, Blaise le regarderait autrement que juste comme un bon pote sur qui on peut toujours compter.

Blaise le regarderait comme un amant...

Ce dimanche matin, Blaise avait déserté.

La pluie avait séché à la lumière du soleil, sur les carreaux de sa fenêtre. Seuls les trottoirs étaient légèrement humides. Il n'y avait plus de traces de la pluie, encore moins de Blaise. Peut-être était-il rentré à Londres sans lui ?

Théodore avait effleuré l'autre côté du matelas et eut un sourire moqueur : il virait midinette chaussettes hautes, couettes et tee-shirt Bambi, comme dirait Blaise.

Mais Blaise n'était pas là, donc au diable les conventions !

Il se dirigea vers sa salle de bain et prit sa douche.

Théodore eut l'image mentale d'Harry dans la douche de l'appartement de Blaise en train de se caresser sous l'eau. Même comme ça, ce salaud était beau.

Théodore comprenait bien pourquoi Blaise se tuait autant à la tâche pour pouvoir garder l'étudiant en art contemporain avec lui : irrésistible, drôle, taquin, compréhensif.

A côté de lui, comment Théodore Nott pouvait-il tenir la comparaison ?

- Eh bien, tu es… avait un jour commencé Blaise, près de la machine à café, pour le rassurer. Tu es... fort en math. Et tu es toujours tiré à quatre épingles. Tu es quelqu'un de dévoué et... tiens, voilà ma cliente : je te laisse.

Théodore était resté là, comme un con, à réfléchir : en bref, il n'avait rien pour lui. Même pas aux yeux de l'homme qu'il aimait.

Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rabattre sur quelqu'un d'autre. Mais à quoi bon, puisque c'était ce mec-là qui l'obsédait ?

Depuis leur retour d'Irlande, Blaise faisait tout pour ne pas rester en contact prolongé avec lui.

Théodore ne pouvait pas véritablement dire qu'il le fuyait, mais il ressentait sa gêne, son embarras. Blaise ne passait qu'en coup de vent dans son bureau, ou demandait à sa secrétaire de lui transmettre les papiers.

Un jour, il lui envoya même le scanner d'un contrat qu'il avait signé par mail, au lieu de traverser le couloir pour le lui donner en main propre.

La technologie brisait les liens.

Théodore avait longuement regardé sa page mail et avait envoyé un accusé de réception.

Les spécialistes étaient clairs là-dessus : communiquer via la technologie avec quelqu'un se trouvant à moins de dix mètres détruisaient la cellule familiale et amicale. Qu'en était-il des amants ?

Blaise fixait l'écran de son ordinateur, les yeux exorbités, quand Théodore toqua à sa porte pour s'annoncer. Son associé sursauta puis se retourna sur sa chaise roulante.

Ils se fixèrent un long moment, puis Blaise brisa le silence :

- J'ai laissé les dossiers sur la table du couloir.

- J'ai vu. Mais pourquoi ne pas être venu directement dans mon bureau ?

- La table était plus proche, répondit Blaise en cliquant sur sa souris.

- Tu ne veux plus me voir, c'est ça ? Tu peux me dire la vérité.

Blaise tapa quelques mots sur une fenêtre de conversation, puis reporta son attention sur Théodore, qui n'avait pas bougé.

- J'ai juste besoin de faire le point dans ma tête, de faire le vide.

- Tu te demandes toujours si Harry est un meilleur coup que moi, nargua Théodore en s'avançant.

- Théo, tu ne peux pas me demander de te choisir alors qu'il vient à peine de me quitter, plaida Blaise. Tous les deux, ce n'était pas n'importe quoi, contrairement à ce que l'on peut croire. Je me suis attaché à lui, même si... même si, ce n'était pas de l'amour. J'ai comprit que ce n'était pas ça quand... quand je l'ai vu avec un autre. J'étais jaloux parce que, pour moi, Harry était censé m'appartenir. Tu comprends un peu mieux ? Harry était mon truc, mon jouet à moi, j'avais le droit de le casser, de... de tout. J'ai besoin de savoir que j'ai quelqu'un à mes pieds - ça me rassure. Mais je ne veux pas que tu occupes cette place : je t'estime trop.

- Menteur, cracha Théodore. MENTEUR ! Tu m'as TOUJOURS considéré comme une sous-larve, quelque chose d'inintéressant. Toi, tu te crois si beau, si supérieur : rien d'autre ne compte, pas même tes amis. J'étais ce type "dévoué", toujours là pour ta petite personne, et qui n'avait le droit à rien en retour. C'est ça l'estime, Blaise ? Ce sont ça les amis ? Tu peux... tu peux croire que je délire, mais je pense ça depuis un moment. Pour toi, la charité c'est de m'adresser la parole : je le lis dans tes yeux. Je sais que je n'en vaux pas la peine... tu ne t'es jamais foulé pour moi. Toujours toi, toi, toi...

- Je ne suis pas Draco.

- DRACO EST MIEUX QUE TOI, hurla Théodore, au paroxysme de la colère. Il a toujours été quelqu'un de mieux que Blaise Zabini. Et tu sais pourquoi ? Parce que lui, il n'a pas peur de dire la vérité, surtout celle qui fait mal. Quand il m'a demandé de m'installer avec lui, j'aurais dû le suivre. J'aurais dû me caser avec lui. Il me respectait, lui ! Je lui ai brisé le cœur, juste pour toi !

- C'est un salopard qui t'a volé ta place à Harvard ! rappella Blaise en se levant.

- Ce n'est pas ce qu'on raconte, trancha Théodore. Moi, je n'y crois pas. Je ne pense pas qu'il ait fait ça pour me nuire... Draco était incapable de me faire du mal. Draco m'aimait.

Blaise eut un rire froid et le regarda méchamment.

- Tu crois sérieusement qu'il est capable d'aimer autre chose que son nombril ? Draco s'est entiché de toi parce que... parce qu'il n'avait rien de mieux à se mettre sous la dent. Sois réaliste. Tu penses qu'il se serait intéressé à toi juste parce que... tu es toi ?

- Tu penses qu'on ne peut pas m'aimer pour ce que je suis ? Que je suis trop minable pour qu'on pose les yeux sur moi ? Oui, Draco m'a aimé et ça, ça te fait vomir. Tu n'aimes pas qu'on raconte cette histoire mais je vais te la dire...

- TAIS-TOI !

- Non, toi, tu vas m'écouter ! Draco et moi, cela aurait pu se faire, si seulement j'avais gardé les yeux ouverts ! On aurait pu être heureux tous les deux si... si je ne t'avais pas rencontré. Mais même après ça, Draco ne m'en a pas voulu - ou si c'était le cas, il ne me l'a jamais montré. Il s'est montré digne et fier, tel qu'il l'a toujours été. Je sais qu'il m'aimait sincèrement parce qu'il m'a souhaité du bonheur avec toi. Et aujourd'hui, des années plus tard, je suis malheureux et toujours aussi seul ! Parfois, je me lève le matin en me demandant si tout cela en vaut la peine…

Blaise resta figé.

Ils se dévisageaient l'un l'autre, la réponse flottant là, au-dessus de leurs têtes. Ils pouvaient presque se revoir, des années auparavant, au moment où Théodore se trouvait à un carrefour de son destin : Blaise ou Draco ?

- Je crois que j'ai fait un très mauvais choix en te suivant, souffla-t-il. Je n'aurais pas dû laisser tomber Draco. C'était notre ami.

- C'était, trancha Blaise. Le passé on doit le laisser loin derrière.

- NON, ON NE PEUT PAS, cria Théodore. DRACO ETAIT LA POUR NOUS. C'EST GRACE A LUI QU'ON...

- Je t'arrête tout de suite, coupa son associé. Je ne lui dois rien. L'homme que je suis devenu c'est à moi que je le dois ; personne d'autre. Ce n'est pas... de l'ego mal placé, mais juste la réalité. Draco n'a jamais obtenu mon diplôme à ma place. Draco n'a pas dégoté mes premiers boulots à ma place. Draco n'a aucunement bâti cette agence à ma...

- Notre place, répliqua vivement Théodore. Mais tu sais quoi ? Tout part à vau-l'eau depuis quelques temps : j'en ai marre de perdre de l'argent. Donc je vais faire la chose la plus intelligente qui m'ait été donné de faire.

- Ah ouais ? Quoi ?

- Je démissionne, Blaise. Démerde-toi pour trouver un nouvel associé. Je retire mes parts et je finis de rembourser mes crédits avec.

- Tu... tu vas me lâcher comme ça ? prononça Blaise, incrédule. Juste comme ça ? Mais j'ai besoin de toi pour...

- Il fallait y penser AVANT. Avant de te servir de moi. J'emmerde ce boulot, j'emmerde ce voyage, je t'emmerde toi et j'emmerde Harry.


Harry était allongé dans son lit, sous les combles du Baba O'Riley.

La radio s'était allumée automatiquement à huit heures. Les premières notes de Rocket Man, reprise par My Morning Jacket, résonnaient dans sa chambre. Il fredonna le refrain en respirant lentement.

A ses côtés, Draco dormait paisiblement.

Il était allongé sur le dos, les mains sur le ventre, tout habillé. Sur son cœur, se trouvait un paquet rectangulaire. Harry se pencha légèrement vers lui et fouilla l'intérieur de sa veste. C'était des cartes.

Harry passa dix minutes à vérifier s'il n'y avait le double d'aucune carte, s'il bluffait. Apparemment, non.

Harry déposa les cartes sur la table de chevet et entreprit de dévêtir entièrement Draco. Ce dernier semblait plongé dans un sommeil très profond aux senteurs de cocaïne et d'autres drogues mélangées.

Harry l'effeuilla, enlevant d'abord sa veste bleu-marine. Bouton après bouton, sa chemise de la même couleur, soyeuse, découvrit un torse blanc sur lequel figurait une brûlure.

Harry n'osa pas toucher cette cicatrice et s'attela à lui enlever son pantalon. Une fois entièrement nu, Harry contempla ce corps échoué dans ses draps.

Il avait l'impression de le redécouvrir, là, ce matin, sous ses doigts curieux.

Il effleura ses flancs, suivit ses poils blonds qui descendaient vers son sexe, s'arrêta à quelques centimètres puis remonta. Il contourna son nombril et traça des arabesques le long de ses légers abdominaux.

Il fendit son torse avec son index et taquina sa pomme d'Adam sans le quitter des yeux. Draco avait une expression fascinante quand il dormait.

Harry enleva son tee-shirt du groupe Lemon Tree, puis son caleçon.

Il se mit sous les draps après avoir ouvert un emballage de préservatif et l'avoir déposé sur la table de chevet en le vidant de son contenu.

Harry voulait tout faire pour que Draco soit convaincu qu'ils avaient couché ensemble la veille. C'était nécessaire. La drogue provoquait souvent l'oubli, et jamais Draco ne comprendrait comment son lui de la veille avait atterrit dans cette chambre.

Et puis, cela contraindrait Harry à lui dévoiler ce qu'ils s'étaient dits. Il avait promit de garder le secret.

Le tout restait que Mel ne s'aperçoive pas de sa présence ici...

Ce matin-là, Harry observa longuement cet amant fictif.

Il nota chaque détail, chaque contour de son visage, chaque imperfection dans un coin de son esprit, sans pour autant le toucher.

Il n'avait pas le droit de toucher, sinon la magie se briserait.

Harry repensait à ce qu'avait dit Draco la veille :

- Tous les trucs immondes que j'ai appris concernant l'amour physique, c'est un homme déjà formé qui me les a appris. Un ami proche de mon père a abusé de moi pendant des années...

Jamais Harry n'aurait pensé qu'un type comme lui, aussi fort, avait pu être, par le passé, vulnérable et à la merci d'un psychopathe.

Drogué, Draco avait exhibé ses blessures que jamais il n'aurait montrées dans son état normal.

Harry voulait protéger cette confidentialité, lui faire croire qu'il ne s'était pas confié à un inconnu, qu'il était fort et qu'il le resterait.

Harry savait qu'il n'aurait pas apprécié qu'on sache ses secrets les plus profonds par un malheureux hasard. Alors il respectait cet oubli.

Draco grogna dans son sommeil et se retourna. Il avait une nouvelle cicatrice qui déchirait son dos. Harry se demanda si c'était l'homme, le violeur, qui les lui avait faites. Harry contempla la profondeur du trait et n'osa imaginer quelle pût être sa douleur. Harry longea la cicatrice du regard avec dégoût. Cette marque-là devait avoir une terrible histoire.

- J'ai dormi longtemps ? prononça une voix rauque venant d'outre-tombe.

Harry se figea, comme prit sur le fait, et murmura :

- Non, pas tellement. Il va être huit heures et demie.

- Je suis nu, c'est ça ?

- Oui.

- On a couché ensemble ?

- Oui.

- C'était bien ?

- Oui.

Draco se tut, et resta immobile.

- Je ne me souviens plus, reprit-il. Raconte-moi.

- J'étais dans le living-room, je rangeais quelques livres avant la fermeture. Tu es arrivé ici, je t'ai proposé quelque chose à manger. Tu as refusé. Nous nous sommes installés sur le canapé puis tu m'as embrassé. Je t'ai proposé de continuer tout ça là-haut. Tu as dit oui et nous avons couché ensemble.

- Je ne m'en souviens pas, répéta Draco. Je me souviens juste de... d'être entré dans ta chambre et de...

Il se tut un moment. Harry prit peur qu'il se souvienne de tout, finalement.

- C'est vrai, j'ai baissé mon pantalon. Ça je m'en souviens. Après, le vide.

- Moi je m'en souviens, tu peux me croire, dit Harry d'un ton taquin.

Le silence suivit ces quelques mots.

Harry se leva et indiqua qu'il allait prendre sa douche en bas. Draco se redressa sur ses coudes et le regarda disparaître par l'encadrement de la porte. Il observa ensuite sa place vide sur le matelas, puis, sur la table de chevet, son jeu de cartes et l'emballage vide de préservatif.

Draco se rallongea et contempla le plafond.

Une petite toile d'araignée s'était formée un peu plus loin, dans le recoin d'une poutre. La vie était un peu comme une toile d'araignée : on tissait des liens sans savoir à quel moment on se prendra dans son propre piège.

A suivre


Chapitre de transition. La suite sera un peu plus... croustillante.