Nous y voilà ! C'est la fin. Et sans doute le début d'un long temps de pause niveau écriture de fanfics. Celles et ceux qui suivent mon LJ savent que j'ai d'autres projets... Donc à suivre. Avant de vous quitter, un gros gros merci à siobanparker pour sa pré-lecture et ses conseils avisés. Merci à tous ceux qui ont suivi cette histoire jusqu'au bout, à toutes les revieweuses... et à bientôt...
Épilogue
Draco tournait en rond dans la bibliothèque. Les traces de ses pas avaient laissé un sillon soyeux sur le tapis entre la cheminée et le bureau. Cette attente allait le rendre fou.
Depuis leur retour au manoir, Apryll s'était évertuée à l'éviter. Il ne la voyait guère qu'entre deux portes ou aux repas et là, elle s'escamotait dès la dernière bouchée avalée, en prenant un air fort affairé.
Et elle ne lui avait toujours pas donné de réponse. Bon sang, il s'était même mis à genoux devant elle ! Le dernier Malfoy qui avait demandé la main de sa femme à genoux était l'arrière-arrière-arrière-grand oncle Gustave, un pauvre fou auquel on ne pensait qu'en frémissant, et dont le nom avait bien vite été effacé de l'arbre généalogique et le portrait relégué au grenier. Merlin nous garde que cette tare ait été transmise à sa postérité !
Oh, les premiers jours, Draco avait bien essayé une ou deux fois de relancer le sujet aux repas, mais Apryll l'avait toujours habilement dévié et il ne voulait pas insister devant Kip, ce qu'elle savait parfaitement et utilisait sournoisement ! Décidément, cette moldue aurait mérité de figurer aux rangs des élèves de Serpentard !
Il s'était réellement efforcé de ne pas bousculer la jeune femme et de lui laisser le temps et l'espace dont elle avait besoin pour se remettre de leurs émotions et réfléchir à sa proposition. Ça lui avait coûté beaucoup et rapporté assez peu ! Et puis réflexion faite, c'est lui qui avait fait le premier pas, ainsi que le deuxième... et encore les suivants ! C'était bien assez ! Maintenant, c'était au tour d'Apryll. Sa fierté était en jeu !
Seulement ses bonnes résolutions n'avaient pas fait long feu. Une semaine s'était écoulée et ça lui semblait être un délai bien suffisant pour reprendre ses esprits ! D'un pas décidé, il se dirigea vers la nursery, non sans s'être assurée auparavant, par baby-boule interposée, de la présence de la gouvernante.
Devant la porte, il hésita une fraction de seconde en se sentant étrangement et désagréablement vulnérable. Il secoua la tête comme pour chasser une pensée importune et attisa sa colère, cela lui réussissait mieux.
Il entra sans frapper et referma la porte d'un geste rageur. Apryll sursauta et lâcha la pile de linge qu'elle portait. Draco réalisa alors qu'elle était en train de faire ses valises. Elle partait ! Sans l'avoir prévenu ! La colère le submergea et il lui fallut faire appel à toute la maîtrise Malfoy pour énoncer froidement :
- Vous nous quittez... J'en conclus que vous refusez ma proposition... C'est fort regrettable. D'autant que, voyez-vous, je me serais tout de même attendu à plus de civilité de votre part, et à ce que vous me la décliniez en personne.
Apryll se sentit pâlir et s'empressa de retourner à ses occupations pour fuir le regard furieux de son patron et retrouver une contenance. Elle se pencha pour ramasser les vêtements à terre et se força à les plier calmement et à compter lentement jusqu'à 7 avant de répondre :
- Vous ne le pensiez pas vraiment. Vous étiez dans le feu de l'action et vous...
- ... parce que vous pouvez dire ce que je pense réellement ou pas ? Sachez qu'un sorcier connaît le pouvoir des mots et ne les utilise qu'à bon escient...
Grinçant, les sourcils noués, il persifla :
- Sans doute auriez-vous l'extrême obligeance de m'expliquer les raisons de votre départ précipité et furtif ? Je pense que c'est bien là la moindre des choses que vous me deviez : des explications ! A défaut d'autre chose... Et honnêtes si ça ne vous dérange pas trop...
Elle eut la bonne grâce de rougir :
- Très bien...
Apryll soupira et reposa le nouveau chargement qu'elle avait prélevé dans la commode et vint s'asseoir sur le bord du lit, les mains jointes coincées entre ses genoux. Ses yeux baissés contemplaient sans les voir les motifs du parquet marqueté.
- C'est vrai, j'ai été lâche. Je ne trouvais pas le courage de vous le dire en face. Je vous avais écrit une lettre...
Elle lança un regard éloquent à la corbeille débordant de papiers chiffonnés et raturés. Prenant une profonde respiration, elle leva les yeux et s'obligea à le regarder franchement :
- Je refuse. J'aime profondément Kip. Être mère et SA mère serait un fabuleux cadeau mais ça ne me suffit pas. Je veux plus. J'en ai le droit. J'ai le droit d'être une femme à part entière, d'être aimée et d'aimer en retour celui que je serrerai dans mes bras. Vous n'avez pas besoin de moi.
La colère de Draco retomba comme le silence après la tempête. Il ne prit pas même garde au retour de ce creux dérangeant au creux de sa poitrine. Pour la première fois de sa vie, il était déconcerté. Est-ce que ce n'était pas évident qu'il voyait en elle plus qu'une mère pour son fils ? Si ça avait été le cas, il se serait contenté de la garder comme gouvernante. Nul besoin de l'épouser !
Sous le regard médusé d'Apryll qui attendait l'explosion, il tourna les talons d'un air absent.
De retour dans son refuge, il reprit sa déambulation machinale. Bien sûr qu'il avait besoin d'elle ! Comment pourrait-il le lui faire comprendre ? Jamais il n'avait eu à exprimer ce qu'il attendait d'une personne. Tout l'art Malfoy était de le faire comprendre subtilement, et d'amener l'interlocuteur à croire qu'il était à l'origine de l'idée... ou tout bonnement de prendre, sans s'embarrasser à demander...
Il tournait et retournait l'objet qu'il avait saisi sans y penser sur son bureau. Ses doigts se resserrèrent davantage. Alors il prit conscience de ce qu'il tenait. Un sourire vint éclairer son visage puis s'élargit franchement : il savait ce qu'il devait dire !
Il était si pressé qu'il transplana directement à l'étage de la nursery, lui qui interdisait formellement de le faire dans l'enceinte du manoir : Un Malfoy se déplaçait dignement, pas comme les elfes de maison !
Rentrant en trombe, il trouva Apryll qui avait repris tristement son travail de rangement. Il la saisit par les mains et la fit rasseoir.
- Je ne sais pas si c'est aimer. Tout ce que je sais, c'est que je n'ai jamais ressenti ça pour personne avant Kip, que je ne pourrais pas plus vivre sans vous que sans mon fils. Et ce besoin dépasse de loin toute considération sur votre absence de pouvoir ou de sang sorcier...
Troublée, Apryll considérait son patron qui discourait avec animation en agitant vigoureusement une plume blanche.
Un peu désorienté, Draco semblait s'abîmer dans sa découverte intérieure. Il ouvrait la bouche pour reprendre le fil de son discours quand il s'aperçut qu'il avait oublié ce qu'il voulait dire ensuite. Il regarda Apryll comme si elle détenait la réponse quand il avisa la plume qui virevoltait entre ses doigts déliés. Il retrouva son sourire de petit garçon et la brandit d'un air vainqueur :
- Est-ce que vous savez ce que c'est ? C'est une plume. Une plume de chouette blanche. Ma chouette...
Il sourit à nouveau, avec cette fois une pointe de mélancolie :
- Elle s'appelait Stella. Et c'était mon amie.
Il s'arrêta sur ce mot, s'étonnant lui-même de l'avoir choisi. Oui en vérité, c'était son amie. Qui d'autre avait réellement mérité ce titre depuis ?
- Oui, mon amie. C'est ma grand-mère qui me l'avait offerte. Ma grand-mère m'aimait...
Et là aussi, à son air extasié, Apryll comprenait que c'était une révélation pour Malefoy.
- C'était la seule à pouvoir combler ce grand creux...
Il se frotta la poitrine d'un air absent comme s'il voulait chasser cette sensation douloureuse.
- Et elle est morte... ma grand-mère... et puis Stella aussi... Mon père l'a tuée...
Il eut un sourire lointain, comme pour s'excuser et revint à sa plume. Il la tendit à Apryll :
- C'est tout ce qui me reste d'elles. Je vous la donne. Parce que je n'en ai plus besoin. Parce que votre présence à le même effet pour moi : Restez Apryll ! Vous êtes la seule à me faire accepter ce coeur si creux dans ma poitrine, la seule à me faire croire qu'il est possible de le remplir.
Apryll s'était levée doucement. Se glissant contre lui, elle passa ses bras autour de la taille de Draco et appuya son visage contre la poitrine du jeune sorcier. Appuyée contre son coeur, elle l'écoutait battre calmement, juste un tout petit peu plus rapidement que d'habitude. Entre ses doigts, tournait la plume soyeuse.
Cet homme ! En guise de déclaration romantique, il lui avait offert la plume de sa chouette d'enfant...
Elle sourit...
