CHAPITRE HUIT
L'adrénaline et les endorphines que le combat avait provoquées étaient maintenant complètement parties et les blessures de Valem le martyrisaient de plus en plus, l'empêchant de réfléchir efficacement. Des sirènes retentissaient au loin et leur bruit s'intensifiait à mesure que les véhicules, appartenant sûrement à la police de Bespin, approchaient. Valem se trouvait dans un hangar totalement dévasté et avait un cadavre sur les bras : il allait devoir s'expliquer. Il essaya de se détendre et de faire le vide autour de lui pour envelopper ses blessures de Force et en anesthésier la douleur, mais même en temps normal la méditation Jedi n'était pas son fort : il ne parvint qu'à maintenir la douleur à un niveau à peine tolérable.
Il se tourna lentement vers la porte quand cette dernière retomba sur le sol, encore fumante, après que les « pouf » caractéristiques de petites charges de détonite se soient fait entendre. Cinq hommes habillés en tenue bleue entrèrent, fusils blasters sortis, et le mirent tous en joue à l'unisson. Le Padawan lâcha son oreille ensanglantée et leva les mains en signe d'apaisement en se dirigeant vers eux. Ils baissèrent un peu leurs armes en voyant dans quel état il se trouvait – ses habits étaient maculés de poussière, de sueur et de sang – mais se jetèrent des regards nerveux et le remirent en joue en apercevant le corps sans vie de la Twi'lek et le sabre laser qui pendait à la ceinture du Padawan. Valem voulut s'en séparer pour faire acte de bonne foi, mais les policiers se mirent tous à lui crier dessus en même temps quand il approcha la main un peu trop rapidement de la poignée de son arme. Valem n'était plus en état de comprendre les ordres qu'ils lui donnaient, les invectives se contentant de lui vriller douloureusement les oreilles, et ralentit juste son geste en espérant que cela les apaiserait. Même sans l'aide de la Force, Valem voyait que les policiers étaient très tendus et que leurs doigts tremblaient sur leur détente. Mais aucun policier ne tira quand il atteignit son sabre, ni quand il le posa tout aussi lentement sur le sol. Une fois relevé, deux policiers vinrent l'encadrer et lui tenir solidement les bras tandis que deux autres le gardaient toujours dans leur ligne de mire. Le dernier, un homme musclé et au visage taillé à la serpe, posa quelques secondes son regard sur le cadavre de la Twi'lek, puis vint s'ancrer devant Valem en approchant son visage de celui du Padawan. Leur supérieur sûrement.
- Que s'est-il passé ici ? Expliquez-vous.
Même d'une seule oreille, Valem l'entendait distinctement tellement il était proche. Sa voix était dure et son haleine aussi désagréable que le ton qu'il prenait.
- Selon ce que vous direz, nous serons peut-être amenés à vous inculper pour meurtre.
Un de ceux qui le tenaient en joue prit timidement la parole.
- C'est un Jedi, Capitaine. Il a sûrement dû…
- Il pourraits'agir d'un Jedi, le coupa le Capitaine sans détacher son regard de celui de Valem. Tout ce qu'on sait, c'est qu'on a deux cadavres ce soir et une seule personne pour les relier. Alors, Jedi ou non, je vous conseille de parler, monsieur.
S'il voulait pouvoir repartir de Bespin, Valem allait vraimentdevoir s'expliquer. Et de manière convaincante. Mais la bouche de Valem refusait de lui obéir: elle était desséchée et le seul son qui en ressortait était sa propre respiration sifflante. Il était finalement content que ces deux policiers lui tiennent les bras, car ils l'aidaient en fait à rester debout. Cela ne fut qu'en se faisant violence qu'il réussit à sortir péniblement quelques mots.
- Je suis… Jed… Appeler… Maître Skywalker.
Il y eut un long silence, puis comprenant qu'il ne tirerait rien de plus de Valem, le Capitaine fit un petit geste de la main et se retira du chemin pour fermer la marche tandis que les policiers emmenaient le Padawan dehors.
Il faisait maintenant nuit, mais la rue restait éclairée par de beaux lampadaires desquels une lumière cristalline et uniforme s'échappait. Deux speeders et une navette Lambda étaient posés devant le hangar, tous trois aux couleurs bleu et or de la police de Bespin. D'autres policiers maintenaient un petit attroupement de noctambules et de curieux à l'écart pendant que Valem se faisait escorter vers la navette. A peine avait-il fait quelques mètres dehors qu'il sentit un puissant sentiment de haine et de menace mêlées dirigé à son encontre. Il tourna la tête vers les quelques passants venus voir pourquoi la police était là, mais il n'arriva pas à savoir précisément de qui ces sentiments émanaient. Il parcourut donc les mètres qui le séparaient de la navette de police qui venait de se garer devant lui puis y monta sans pour autant baisser sa garde. Il quitta finalement les lieux au moment même où un Zabrak furieux arrivait en criant : il parlait de vol, de honte et d'attaque, tout en désignant successivement un moto-speeder rouge mal garé et Valem. Ce dernier n'y prêta pas grande attention et cessa d'être sur le qui-vive, se concentrant sur le contrôle de sa douleur. Il s'expliquerait aussi plus tard pour ça.
L'adrénaline s'étant totalement estompée, le corps de Valem jugea préférable qu'il sombre dans l'inconscience. Le Padawan la laissa venir et la douleur disparut.
Gilam Evvis regarda la navette et son escorte s'éloigner jusqu'à ce qu'ils sortent de son champ de vision en tournant à un carrefour. Il reporta ensuite son attention sur le cadavre de la Twi'lek qui était emmené dans un second speeder et se racla bruyamment sa gorge. Même si elle avait été désignée comme son maître, il ne l'avait jamais appréciée. Elle n'avait vraiment pas mérité l'honneur que lui avait fait le Maître Zaar en lui donnant un sabre laser. Ce dernier l'avait recueillie alors qu'elle n'était qu'une esclave et l'avait entraînée pour la transformer en une véritable guerrière. Mais au final, la vanité de la Twi'lek s'était révélée bien trop grande : elle se pensait invincible. Or, personne ne l'est. Sa vraie place était donc bel et bien là, dans les méandres éternels de la mort, et Gilam se félicita intérieurement d'être celui qui l'y avait envoyée.
Au revoir, maître Knel'tu'la.
Il promena ensuite son regard sur la scène de la bataille par l'ouverture du hangar et se la remémora. Du haut de son perchoir, il avait assisté à tout l'engagement et l'avait même apprécié. Le Jedi avait fait preuve d'un certain panache pour retourner le style de combat de Knel'tu'la contre elle. Et Gilam avait dû réprimer l'envie de rentrer lui-même dans la rixe pour en découdre, et ce à plusieurs reprises en dépit du fait qu'il n'avait pour arme qu'un bâton électrique et un fusil blaster de précision. Mais les ordres étaient les ordres et sa mission consistait juste à venir chercher Knel'tu'la, pas à l'aider en quoi que ce soit. Elle pouvait bien se défendre toute seule. Et quand il avait finalement tiré sur les deux protagonistes, il avait pu voir la rapidité de réaction du Jedi blessé et il s'était prestement retiré, sa présence en ces lieux n'ayant alors plus raison d'être. Et puis, le Jedi pouvait encore lui être utile : quand son Maître apprendrait la mort de Knel'tu'La, il serait furieux. Même si la mission d'origine – tuer un témoin gênant – était une réussite, la perte d'un apprenti et d'un sabre laser rendrait le Maître Zaar fou de rage, Gilam en était certain. Avoir quelqu'un sur qui redirigersa colère était donc préférable.
Salvateur même.
En y repensant, il ne comprenait pas pourquoi le Jedi ne l'avait pas repéré quand il s'était mêlé aux passants il y avait deux minutes à peine de cela. Il était vrai qu'un jeune homme d'une vingtaine d'années de taille moyenne, aux cheveux bruns mi-longs et habillé d'une cape de voyage sombre, somme toute commune, était plutôt passe-partout. Mais il avait tellement laissé transparaître son envie d'en découdre qu'il avait senti le Jedi se concentrer sur lui au travers de la Force. Il s'était alors préparé à l'inévitable combat, mais il n'avait pas eu lieu. En effet, un Zabrak fou furieux avait débarqué en vociférant des injures à l'encontre du Jedi et ce dernier avait relâché son attention envers lui.
Dommage. J'aurais apprécié pouvoir le battre à mort à la vue de tous. Mais cela n'est que partie remise de toute façon. Je le sens dans la Force.
Gilam remit la capuche de sa cape de voyage sur sa tête et sortit de la foule pour se diriger vers un hangar situé plus d'une centaine de niveaux en dessous de la surface de la station, dans les niveaux peu fréquentables de Port Town. Son fusil blaster allait bientôt être découvert et il se devait de retourner auprès du Maître et de l'informer de l'échec de Knel'tu'la. Cela n'allait vraiment pas être un bon moment à passer, mais il le fallait. Et avec un peu de chance, Zaar le chargerait de laver l'honneur de la Twi'lek et de tuer le Jedi. Oui, il allait sûrement demander sa mort. Et quand Gilam réussirait là où son maître Knel'tu'la avait échoué, Zaar le prendrait officiellement sous son aile et lui donnerait la puissance dont il avait désespérément besoin. Il l'avait promis...
Le Sith arriva au hangar et y entra silencieusement. Il se mit aux commandes du vaisseau à la peinture noire écaillée qui l'y attendait et envoya une demande de sortie au spatioport. Le cargo corellien de modèle YT-2000 ressemblait à son prédécesseur le YT-1300, dont le plus illustre modèle était sans conteste le Faucon Millenium de Han Solo, à l'exception notable que le cockpit était situé au centre de l'appareil et non sur le côté. De plus, l'armement de ce modèle plus récent était bien plus conséquent, l'appareil étant par exemple doté d'un canon ionique. Gilam se félicita intérieurement d'avoir « convaincu » les pirates qui avaient eu la malchance de l'aborder de lui céder ce petit bijou de technologie contre son vieux cargo léger de type Nesst, bien moins intéressant car non-armé. Il était en train de se rappeler le grisant sentiment de puissance qui s'était emparé de lui quand il avait tué un à un les malheureux bandits lorsque le contrôle lui donna son autorisation de sortie de Bespin. Sans s'en rendre vraiment compte, il s'était mis à caresser délicatement son bras gauche, sur lequel plus de deux cent cinquante petites cicatrices saillaient de sa peau : une pour chaque jour éloigné d'elle.
- Contrôle à transporteur Aigle Blanc, vous pouvez partir.
Aigle blanc… Un vaisseau noir avec un apprenti Sith pour pilote étant nommé Aigle Blanc…
La situation ne manquait pas d'ironie, de par ce qui s'était passé quelques semaines plutôt à son bord, lors de sa « réquisition », mais surtout car il s'appelait en réalité le Croc d'ébène, Aigle Blanc étant juste une des nombreuses identités d'emprunt enregistrées dans le transpondeur du vaisseau. Gilam mit en route le moteur et poussa les répulseurs à fond. En moins de cinq minutes, il fut hors de portée de l'attraction de la géante gazeuse de Bespin. Il entra alors des coordonnées sur sa console centrale et les étoiles se transformèrent en traits de lumière tandis qu'il passait en hyperespace.
Reym n'en pouvait plus. Cela faisait plus d'une heure qu'il essayait de convaincre la police de Bespin que le moto-speeder devant le hangar était le sien. Mais le voleur semblait être impliqué dans un ou plusieurs meurtres, et la police refusait de toucher quoi que ce soit à la scène de crime. Et, pour ajouter au problème, les rumeurs disaient déjà que le voleur était un Jedi et qu'il avait « réquisitionné » son moto-speeder dans le but de coincer un meurtrier : cela excusait le vol avec violence de son véhicule, non ? Excédé, Reym se tourna pour la énième fois vers le policier devant lui qui était en train de parler dans son comlink, un homme d'imposante stature mais qui n'avait pas l'air de briller pour son intelligence.
- Mais c'est tout de même inadmissible ! Ce prétendu Jedi a surgi de nulle part et m'a plaqué au sol pour me voler mon moto-speeder. Et maintenant j'en ai besoin. Pour travailler.
Le policier poussa un long soupir d'exaspération avant de ranger son comlink et de lui adresser la parole d'une voix lente et fatiguée.
- Vous croyez que vous êtes le seul qui cherche à faire son travail ? Hein ? Alors pourquoi cherchez-vous à emmerder le monde ? Faites comme tout le monde : allez faire une déposition au poste de police Nord et s'il s'avère que ce véhicule est bien le vôtre, nous vous le retournerons une fois l'enquête finie. Pour l'instant, nous le gardons comme pièce à conviction.
Reym n'en revenait pas. S'il avait été un des riches touristes venant pour les casinos des niveaux supérieurs, la police lui aurait gentiment demandé l'autorisation de prendre quelques holos avant de lui rendre son moto-speeder, en lui payant même les éventuelles réparations. Mais là, rien n'y faisait.
Tout ça à cause d'un Jedi ! Oui, Skywalker nous a sorti de l'emprise de l'Empire, mais cela n'est pas une raison pour donner tous les droits aux Jedi ! Et en plus il faut que cela me tombe dessus le jour même où j'arrive sur la cité…
Reym vit alors un autre policier plus loin, qui se penchait vers des morceaux de métal ayant été apparemment expulsés jusque dans la rue par l'explosion qui avait eu dans le hangar. C'était un Zabrak à la peau d'un jaune sombre, ses cornes le définissant clairement comme étant originaire d'Iridonia. Reym se dit qu'il avait peut-être plus de chance avec quelqu'un de son espèce. Déjà que son attirail de chasseur de prime - ses deux blasters visibles accrochés à sa ceinture et sa vibrolame dans son dos - lui attirait généralement de l'antipathie, mieux valait mettre la culture de son côté et s'adresser à quelqu'un qui serait naturellement comme lui : doté d'un fort caractère ne laissant pas place à la demi-mesure. Il l'interpella en zabraki, et ce dernier se détourna rapidement de son travail pour aller voir qui le dérangeait. Avant même qu'il ne soit arrivé à son niveau, Reym reprit la parole, en basic cette fois.
- J'aimerais vous parler d'un vol dont je viens d'être la victime et dont l'auteur n'est autre que le Jedi.
Le Zabrak ne lui répondit pas et se contenta de l'observer, le détaillant de la tête aux pieds. Reym fit de même en se demandant la raison de ce silence. D'après les tatouages du policier, celui-ci aurait dû être un Zabrak communicatif, voire enjoué, mais son expression était alors sombre, presque résignée. Finalement, le policier prit la parole, d'une voix neutre qui laissait néanmoins transparaître une pointe de tristesse.
- Vous êtes de la famille de la « fine lame » Toomba Dorno ?
Reym savait qu'il lui ressemblait, en un peu plus petit cependant, mais il ne s'était pas attendu à cette question. Il ne sut que répondre et préféra retourner la question.
- Pourquoi ?
Le policier le regarda intensément avant de presque murmurer.
- Il est mort. Selon nos dernières découvertes, la Twi'lek qui était étendue dans le hangar vient de l'assassiner dans la cantinaGolden Ace.
Reym mit du temps à assimiler l'information : une fois ingérée, il sentit ses pieds se dérober sous lui. Il tomba au sol et les deux policiers s'affairèrent autour de lui pour le relever.
Non… C'est impossible. Toom' ne peut pas mourir… Non…
Il s'appelait Reym. Reym Dorno. Et Toomba était son grand frère, celui qui l'avait élevé, celui sans qui il ne serait jamais devenu qui il était à présent. Reym était devenu chasseur de prime en suivant l'exemple de son frère, l'ayant accompagné comme coéquipier pendant des années. Et maintenant qu'il avait décidé de tenter sa carrière en solo, alors qu'il revenait juste sur Bespin pour revoir son frère et lui raconter comment s'était passé sa première traque en solitaire, il était… Il était…
Reym regarda d'un air hagard les policiers qui le soutenaient à présent, ne se rendant même pas compte qu'ils l'amenaient à l'arrière d'un speeder. Ce ne fut qu'une dizaine de minutes et quatre verres de mauvais caf plus tard qu'il sortit de sa torpeur. Il demanda à ce qu'on lui explique exactement toute la situation et écouta attentivement tout ce que les policiers avaient le droit de lui communiquer. Et plus on lui parlait, plus une idée faisait son chemin dans son esprit. Finalement, il prit une décision.
Il faut que je prévienne Peter Reeco. Lui seul pourra m'aider.
