Chapitre 8
Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la bataille de Balmorra. Le capitaine Quinn s'était distingué par un coup de maître en débusquant le camp des rebelles. Sa victoire lui a valu une promotion, devenant un officier spécialisé. Ce grade particulier lui offre la possibilité d'aller sur le terrain comme bon lui semble, tout en accomplissant des missions pour l'Empire. Seul Darth Baras reste son supérieur, ses ordres demeurant prioritaires.
Son affectation a été validée rapidement, lui conférant certains privilèges comme l'obtention de son propre vaisseau. Après quelques missions auprès du gouverneur, Malavai quitte enfin Balmorra. Il a gagné un peu sa liberté, croyant qu'il serait coincé à jamais sur cette maudite planète à cause de son échec à Druckenwell.
Tout ceci ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas croisé la route d'Absya. Déclarée officiellement morte, la pirate est toujours en vie, quelque part dans la galaxie. Leur rencontre a quelque peu bouleversé les préceptes du capitaine. Son devoir militaire passe avant tout. Cependant au fond de lui, son âme est attirée par la belle mercenaire. Depuis sa disparition, les rêves étranges ne le hantent plus.
A bord d'une navette de type Herald, le capitaine navigue dans l'espace. L'appareil est un vestige du règne de Darth Revan. Il reste encore des modèles de ce type de vaisseau et ce dernier a subi d'importantes modifications adaptées aux missions de l'officier. A son bord se trouve un droïde protocolaire nommé 2V-R8, remplissant les taches d'intendance et de maintenance.
Avant son départ, Malavai a reçu un message venant de Darth Baras. Le seigneur Sith souhaite qu'il se rendre sur Nar Shaddaa afin de prêter main forte à l'Empire présent sur place. Ses autres instructions lui seraient données une fois sur place. Sans regret, le capitaine laisse Balmorra derrière lui et passe en hyperespace pour rejoindre le système sous le joug des Hutts.
Nar Shaddaa est réputé pour être un repaire de contrebandiers et criminels en tout genre. C'est aussi la plate-forme commerciale du Cartel des Hutts. Les aliens à l'apparence de limaces restent encore une force importante face à la République et à l'Empire. Ils vendent leurs services aux deux camps uniquement pour doubler leurs gains. La navette de Malavai se pose dans le spatioport Mezenti. Avant de quitter la navette, 2V-R8 l'alerte d'un appel venant de Darth Baras. L'officier se dirige vers l'holoterminal, enclenchant la communication.
« Ah capitaine, dit le Sith apparaissant en hologramme. Je vois que vous êtes arrivé. Votre navette vous convient-elle ?
- Elle va au-delà de mes mérites, Excellence.
- Mais elle sera un atout dans vos missions. Votre objectif sur Nar Shaddaa est de prendre contact avec la cellule impériale s'occupant de l'Echange. C'est un groupe de terroristes qui nous pose de sérieux problèmes. Ces malfrats pillent notre armement pour mieux le revendre à la République. Contactez le commodore Caster Klakk, je l'ai informé de votre venue. Il doit vous confier une mission d'infiltration. Durant cette opération, je souhaite que vous vous empariez des données détenues par l'Echange. Selon mes sources, ce groupe possède des informations concernant la padawan de Nomen Karr. Transmettez-les moi avant de les remettre au commodore. Bien sûr, il ne doit pas être au courant de votre véritable mission.
- Bien Excellence. Je vous les livrerai en temps et en heure. »
Le Sith coupe la communication. Il est temps pour Malavai de s'atteler à ses nouvelles responsabilités. Confiant le vaisseau au droïde, le capitaine quitte le spatioport pour se rendre au cœur de la jungle urbaine de Nar Shaddaa. Les ruelles de la zone de la promenade sont bondées de races différentes. Les marchands hèlent à se vider les poumons pour attirer leur clientèle.
Sur ses gardes, le capitaine se dirige vers l'aire des taxis pour se rendre dans le quartier où se trouve le centre des opérations impériales. Quelques minutes après, il passe la porte gardée par des droïdes de combat. Il ne lui faut pas attendre longtemps après avoir annoncé sa venue. Un soldat le guide jusqu'à une salle de réunion où s'affairent plusieurs officiers et opérateurs. Un homme aux cheveux et à la barbe grisonnants, portant une plaque de haut gradé, observe son arrivée d'un air soulagé.
« Capitaine Quinn, bienvenue au centre de commande. Je suis le commodore Klakk. Votre venue était plus qu'attendue.
- Merci commodore, répond Malavai en le saluant militairement. Je n'ai pourtant pas l'impression que vous soyez au bord de la crise.
- Nous gardons la tête froide mais l'Echange nous donne vraiment du fil à retordre. Un homme de votre compétence est l'opportunité que nous attendions depuis longtemps. Le seigneur Baras vous a chaudement recommandé.
- Je ne fais que mon devoir envers l'Empire.
- Bien. La mission que j'ai à vous confier repose sur des aptitudes d'infiltration. Mais avant que nous commencions le briefing, votre coéquipier ne va pas tarder à venir.
- Mon coéquipier ? S'étonne Malavai.
- Je vous rassure. Cette personne a déjà travaillé pour nous, bien que ses tarifs soient un peu élevés.
- C'est un mercenaire en prime ?
- Le terme "d'homme à tout faire" serait plus convenable. Nos effectifs sont déjà bien restreints et ses compétences nous sont essentielles pour la réussite de cette mission.
- Dans ce cas, pourquoi avez-vous besoin de moi ? »
Le commodore soupire doucement et invite le capitaine à le suivre dans une pièce plus isolée. Caster parle à voix basse.
« Je fais toujours en sorte que le personnel extérieur soit accompagné d'un de mes hommes afin de garder un œil. Histoire qu'il n'aille pas revendre des secrets de l'Empire. Pour le moment, il n'a jamais failli. Je lui ai même proposé de s'engager dans l'Empire mais il la décliné en raison de la paye. Son travail rapporte plus que mon propre salaire.
- Je n'aime guère les mercenaires.
- Moi non plus, mais si j'avais le choix, je ferais autrement. »
Les deux hommes entrent dans une pièce avec un système d'holoterminal au centre. Quelques minutes après, deux personnes les rejoignent : Une lieutenant de l'Empire au visage jovial et l'autre…Malavai écarquille légèrement les yeux.
Absya ?!
Bien qu'elle ne soit ni habillée, ni coiffée pareil, la femme ressemble comme deux gouttes d'eau à la pirate…Hormis ses yeux de couleur rouge bordeaux. Sa tenue est beaucoup moins provocante que celle qu'elle portait sur Balmorra mais tout aussi moulante : Une veste de cuir violet sombre fermée jusqu'en haut avec des manches et un pantalon dans les mêmes tons. Ses cheveux sont relevés en des tresses nouées à l'arrière. Elle porte un oculaire holographique et deux blasters sur les hanches. A son entrée, cette dernière plisse les yeux en apercevant Malavai avant se tourner vers le commodore, l'air souriant.
« J'ai failli attendre, commodore, dit la jeune femme dont la voix était légèrement différente de celle que connaît le capitaine.
- Cela fait partie des aléas du travail avec l'Empire, Cheryl. Je vous présente le Capitaine Malavai Quinn qui sera votre supérieur et partenaire pour cette mission.
- Ravie de vous rencontrer Capitaine, salue la dénommée Cheryl.
-…Moi de même, répond calmement l'agent de Baras. »
Il essaye de ne rien laisser paraître, bien que de nombreuses questions se bousculent dans sa tête. Que fait-elle ici ? Et surtout comment a-t-elle réussi à endosser une autre identité ? La lieutenant s'approche du terminal, faisant apparaître une carte holographique.
« Je suis le lieutenant Saita Nargon. J'ai déjà travaillé avec Cheryl et elle connaît la situation de Nar Shaddaa. Si vous me permettez capitaine, je vais vous faire un bref résumé de ce qui se passe.
- Je vous écoute, déclare Malavai en portant son attention sur cette dernière.
- Comme vous le savez, les maîtres ici sont le Cartel des Hutts. La lune est le repaire d'un des plus grand marché noir de la galaxie. Nous avons des liens avec le Cartel et il serait dangereux de les briser. Nous agissons donc toujours sous couverture et avec la plus grande discrétion. Néanmoins, le Cartel a ses ennemis et l'un des plus dangereux est le Syndicat de l'Echange. Ces derniers ont tenté de s'emparer de marchandises que nous destinait le Cartel afin de les revendre au profit de la République. Bien sûr, nous n'avions aucune preuve de leur implication dans ces manœuvres…Jusqu'à il y a quelques jours. Grâce au talent de Cheryl et à son infiltration dans les bas-fonds, nous avons pu mettre la main sur un indice qui nous a permis de localiser un entrepôt. Officiellement, il appartient à une boite peu connue mais nous soupçonnons qu'il s'agit en fait d'une planque de l'Echange.
- La mission consiste à infiltrer l'entrepôt et trouver une preuve tangible qu'il s'agit bien d'un repaire de l'Echange, poursuit le commodore. Le mieux est de pirater la mémoire du bâtiment et de récolter le maximum de données. Nous avons pu obtenir un plan des lieux et deux options d'entrée s'offrent à vous, Capitaine. »
Saita change l'hologramme, faisant apparaître le bâtiment avec des plans d'accès. Malavai les analyse avec les indications annotées dessus sur les systèmes de surveillance ou de défense.
« On sera donc à l'aveuglette une fois à l'intérieur, juge le capitaine.
- Et il faudra faire preuve de prudence, répond Caster. On ignore combien ils sont là-dedans.
- Pardonnez-moi de vous interrompre commodore, lance Cheryl. Mais vous oubliez la troisième option que je vous avais soumise.
- Elle est trop risquée. Je connais vos aptitudes mais cette fois-ci…
- Quelle est cette troisième option ? »
C'est Malavai qui interrompt le commodore. Son regard fixe Cheryl, l'air calme. Néanmoins ses yeux reflètent une lueur de doute. Cheryl sourit doucement avant de s'avancer vers l'holoterminal et de pianoter sur le clavier. Le schéma du bâtiment tourne sur lui-même, révélant une étrange face.
« Il existe une entrée de canalisation débouchant directement sur le vide. Cette face du bâtiment n'est pas surveillée car l'accès en est impossible à cause du passage étroit. La canalisation n'a plus été utilisée depuis des lustres. Elle a dû être bouchée mais cela n'est pas un souci pour l'ouvrir. Si vous n'avez pas peur du vide, ni de faire de l'escalade, capitaine, nous pouvons passer par là et mon intuition me dit qu'on entrera au cœur du complexe, se rapprochant même des salles informatiques.
- Sauf qu'il est hors de question que vous utilisiez des explosifs, rétorque le commodore. J'ai retenu sur votre paye les dégâts que vous aviez provoqués à votre dernière mission.
- Ce n'était pas de ma faute, il y avait des droïdes lourds de combat. Je pensais à quelque chose de moins bruyant. Un de mes collègues m'a refilé un petit bijou capable de découper le métal très rapidement. D'ailleurs si cela fonctionne, il est prêt à avoir une exclusivité avec l'Empire si ça vous intéresse.
- Cheryl, je ne remets pas vos compétences en doute, mais cette fois-ci, vous serez sous les ordres d'un officier impérial. Vous devrez suivre ses directives. »
La jeune femme soupire avant de croiser les bras. Malavai garde un œil sur elle, réfléchissant quand même à la nouvelle option.
« Et pour sortir de là, vous aviez l'intention de passer par le même endroit ?
- Les deux premières entrées peuvent servir de sortie sauf si on est repérés, s'explique Cheryl.
- Et niveau matériel ?
- Nous avons ce qu'il vous faut, lance le lieutenant. J'admets que la troisième option est risquée mais elle offre l'avantage d'entrer par là où on s'y attend le moins. »
Le commodore jette un regard noir vers son lieutenant, peu ravi qu'elle suive l'idée de la mercenaire. Malavai fait signe au commodore de venir un peu en retrait pour échanger à voix basse sans que les deux femmes n'entendent.
« Si vous me permettez, je pense que la troisième option peut présenter un autre avantage pour nous.
- Que voulez-vous dire ?
- Les accidents arrivent souvent. Et j'ai l'impression que votre budget ressemble à une peau de chagrin. Si la situation l'exige, je peux me débarrasser du mercenaire à la fin de la mission. »
Caster fronce les sourcils et jette un bref coup d'œil vers Cheryl. Puis il esquisse un fin sourire.
« Je dois admettre qu'elle commence vraiment à nous coûter cher. Je pensais l'épingler pour divulgation de secrets de l'Empire…Mais votre idée me plaît. Cependant, cela peut se retourner contre vous et je n'aimerais pas vous perdre.
- Il suffit de gagner sa confiance. Laissez-moi faire. »
Malavai revient vers les deux femmes, se tournant vers Cheryl.
« Il est rare que je suive l'opinion d'une mercenaire. Nous allons utiliser votre troisième option. Mais attention, je ne tolère ni l'échec, ni qu'on contredise mes ordres. Est-ce clair ?
-…Vous ne le regretterez pas capitaine, sourit Cheryl. Je vous protégerai s'il le faut, je ne voudrais pas perdre mes bonus avec le commodore.
- Ce ne sera pas nécessaire. Il s'agit d'infiltration, pas de confrontation directe. Lieutenant, rassemblez ce dont nous avons besoin.
- Oui Capitaine ! »
Saita sort de la salle accompagnée de Cheryl pour récupérer ce dont elle a besoin. Caster s'approche de Malavai.
« J'espère que vous savez ce que vous faites.
- Soyez sans crainte commodore. Je sais comment m'y prendre avec les mercenaires. J'ai eu affaire à eux sur Balmorra. Il faut juste que l'opportunité se présente. »
Le commodore voit où il veut en venir. Les deux hommes quittent la pièce, revenant vers le hall. Plusieurs minutes s'écoulent avant que les deux femmes ne reviennent. Cheryl porte un lourd sac sur son épaule. Prenant les dernières recommandations, le capitaine et la mercenaire quittent le complexe. Il va pour se diriger vers l'aire des taxis quand Cheryl lui fait signe de le suivre autre part, prétextant qu'un véhicule plus discret les attend.
Il la suit alors qu'elle emprunte des ruelles peu fréquentées. Sa main se pose sur son blaster, il se demande si c'est un piège. Arrivée dans un endroit complètement désert, Cheryl pose le sac lourd. Elle se tourne vers lui au même moment où un blaster se pose contre sa tempe.
« Qu'est-ce que vous faites ici….Absinthe ? »
Elle hausse un sourcil avant de sourire d'une manière arrogante.
« Moi aussi, je suis contente de te revoir capitaine. Ça fait une paye depuis Balmorra.
- Si vous ne voulez pas que je gâche votre fausse identité, répondez-moi.
- Enlève ton arme ou tu perds tes précieux bijoux de famille. »
Il fronce les sourcils, avant de sentir le canon d'un blaster se poser en dessous de la ceinture. Il n'a rien vu venir, ce qui l'enrage. Cependant il contient sa colère, soutenant le regard impertinent de la mercenaire. Doucement, il retire son blaster et elle fait de même. Cheryl –ou plutôt Absya car c'est bien elle- s'appuie contre le mur.
« Je travaille pour l'Empire.
- Ça j'avais compris, mais pour quelle raison ? Je croyais que vous deviez vous faire passer pour morte.
- Après que Camaxtli m'ait déposée ici, je pensais prendre du bon temps, savourer mes crédits gagnés grâce à toi. Mais, je suis une femme active. Je n'aime pas rester sans rien faire. J'ai repris du service mais en changeant un peu…D'ailleurs, tu aimes ma nouvelle tenue ? Et mes yeux.
- Arrêtez avec ça. Les services secrets vous démasqueront !
- Même pas ! Le mieux pour se faire oublier d'un camp est de travailler sous son nez…Et puis, ça suffit avec le vouvoiement. On commence à bien se connaître, toi et moi.
- Ne comptez pas là-dessus. On a une mission à accomplir. Et bien que cela ne m'enchante pas, je dois travailler avec vous.
- Oh ? Pourtant j'avais cru comprendre que lorsqu'on s'est quitté, que tu aurais aimé qu'on soit dans le même camp. Au fait, comment vas-tu expliquer au commodore que tu ne m'as pas tuée.
- Pour le moment, je ne vous dénoncerai pas…
- Je ne parle pas de ça. Je sais très bien ce que tu complotes avec Klakk. Je ne suis pas idiote. »
Il n'en montre rien mais il a sous-estimé son esprit logique. Elle ne peut être facilement dupée. Elle soupire, croisant ses bras en dessous de sa tête.
« Je vais devoir changer d'identité. C'est dommage, j'aimais bien Cheryl. Et Saita sera déçue d'apprendre ma mort. On s'entendait bien et on avait même pris un verre ensemble. Mais bon, s'il faut mourir encore une fois pour sauver ton honneur de mâle. »
Il fronce les sourcils, il n'est pas atteint par les paroles d'Absya.
« C'est vous qui vivez dangereusement. A vous d'en assumer les conséquences.
-…Une fois qu'on goûte au danger, on ne peut plus s'en passer. Tu verras toi aussi. D'ailleurs, félicitation pour ta promotion. Baras devait être ravi de ton succès. J'espère que Deimos ne va pas me regretter.
- Cela suffit, coupe net Malavai. On a une mission à accomplir.
- Je voulais qu'on papote un peu, vu que tu vas devoir –encore- me tuer. Mais bon. Heureusement que j'ai quand même touché des crédits pour mes autres missions. »
Il commence à faire demi-tour, signe qu'il ne veut plus parler. Derrière lui, elle ramasse le sac et le fixe de dos. Son regard vient de changer, légèrement tremblant.
« …Au fait. Tu m'as manqué. »
Il s'immobilise mais ne se retourne pas. Son ton de voix est le même que celui sur Balmorra quand elle est troublée. Il l'entend se rapprocher de lui.
« Quand j'ai quitté Balmorra, je n'ai plus eu de songe de toi…Mais je ne t'ai jamais oublié. Peut-être que la distance joue sur ces contacts entre les âmes. Mais bon, je suppose que tu ne veux pas en discuter. On a une mission. »
Elle le devance, sans le regarder et prend la direction où se trouve le véhicule. Les poings capitaine se serrent. La voix intérieure en lui qui s'était tue jusqu'alors, résonne de nouveau en lui…
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