7

Convalescence

Une douleur abominable le tira de son sommeil réparateur. Les premiers jours de son repos avaient été simples, doux et sans souffrance, mais depuis quelques heures, il avait l'impression que son corps tout entier s'était mué en un torrent de lave en ébullition plein de rancœur et de malveillance. Alors, lorsqu'un élancement plus aigu et plus sauvage que tous les autres coupa son ventre en deux, Aiolia poussa un grognement guttural et se redressa autant qu'il put.

Lorsqu'il ouvrit les paupières, sa vision embuée et trouble distingua ce visage connu dont il ne parvenait toujours pas à se rappeler le nom. Sa tête et ses yeux le brûlaient désagréablement et il vit, malgré sa vue trouble, que la seule chose qu'il avait réussi à redresser en réalité était son bras droit le gauche restant toujours obstinément inerte. Dans sa main, il sentait le poignet fin et frais de son jeune médecin qui tenait une pincette surmontée d'un coton imbibé d'une solution légèrement orange. Le Lion prit une grande goulée d'air douloureuse pour bloquer le cri de souffrance qui sourdait en lui.

- Tu m'as fait peur ! s'écria le jeune homme avec indignation. Lâche-moi, que je continue à te soigner !

- J'ai mal, gémit Aiolia d'un air pathétique sans desserrer sa prise.

Dans sa douleur assommante, il n'eut même pas le temps d'avoir honte de sa faiblesse. Deux grands yeux verts doux et rassurants se posèrent sur lui.

- Je me doute que ça doit être douloureux, mais j'essaie de désinfecter tes plaies du mieux que je peux. Ta septicémie persiste et j'ai peur que tu me refasses un choc septique si je ne soigne pas ça correctement. Rassure-toi, je vais te refaire une injection de pénicilline si tu veux.

Les deux hommes se fixèrent le temps de trois respirations laborieuses, puis Aiolia capitula et laissa son bras droit retomber le long de son flanc brûlant. Il était sur le point de tourner de l'œil mais, courageusement, il cligna trois fois des paupières en prenant une grande inspiration, pendant que le jeune homme à ses côtés se massait le poignet.

- T'as quand même une sacrée poigne pour un malade, déclara-t-il en déposant sa pincette sur une petite plaque en fer.

- J'ai chaud, se contenta de répliquer Aiolia d'une voix rauque.

Alors que le jeune médecin se détournait légèrement pour fourrager dans un tiroir tout près de son lit, Aiolia releva son bras droit tremblant et s'évertua à repousser les draps qui recouvraient son corps. Mais il n'y avait pas de draps. Il n'y avait que sa peau en sueur et ses plaies ouvertes et suppurantes. Ses doigts touchèrent directement sa chair à vif et il poussa un cri que sa gorge retint en se contractant sous la douleur. Aussitôt, le jeune homme se redressa et, d'un geste incroyablement vif, attrapa son bras pour l'éloigner.

- Hep là ! lança-t-il en le forçant à reposer tranquillement sa main sur le matelas. Reste tranquille, je ne voudrais pas être obligé de t'attacher.

La tête prise dans un étau brûlant de souffrance, Aiolia n'entendit pas le moindre mot et s'évertua à débloquer sa gorge pour reprendre une goulée d'air. Enfin, il y parvint et respira plusieurs fois de suite bruyamment. Les yeux grands ouverts sur le plafond, il cligna des paupières et tourna la tête en sentant cinq doigts frais attraper son bras gauche. Il vit le jeune homme enfoncer une seringue dans une perfusion située juste au creux de son coude, puis se redresser avant d'augmenter encore la dose de morphine de la poche en plastique. Puis il le fixa de ses yeux verts.

- Si seulement tu pouvais manger autre chose que des vitamines par intraveineuses tu pourrais reprendre plus de force mais pour l'instant ce n'est pas possible, dit-il gravement, alors évite de toucher tes blessures et de m'agresser chaque fois que tu rouvres les yeux.

Aiolia ne put que grogner pour lui signifier qu'il avait bien entendu, puis ferma les yeux dans l'espoir de sombrer encore une fois dans ce sommeil lourd et noir que lui apportait généralement la morphine. Sauf que cette fois, le jeune médecin s'évertuant à soigner ses plaies, il fut incapable de s'endormir à cause de la douleur. Il sera le poing droit, grogna de douleur tout en retenant ses cris, siffla même entre ses dents lorsque la souffrance était trop forte, et prit son mal en patience.

Après plusieurs minutes qui lui parurent interminable, Aiolia sentit les mains fraiches bander son torse et ses bras avec habileté, puis elles cessèrent de le martyriser. Il entendit le bruit sec et crissant de la mine de criterium sur le papier, puis des pas qui s'éloignaient, et enfin se fut le silence. En quelques secondes seulement, il s'endormit, le corps brûlant et l'esprit brumeux.

Ce qu'il aimait particulièrement dans ce genre de sommeil artificiel, c'était qu'il n'en avait absolument pas conscience. Aussi, il était chaque fois à peu près certain que, lorsqu'il fermait les yeux pour échapper à la douleur, la honte ou une soudaine colère renaissante, il se réveillerait toujours en un jour nouveau, l'esprit totalement vierge de tous sentiments. Et cette fois-là ne fit pas exception.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il avait l'impression de les avoir clos seulement quelques secondes plus tôt, mais il sut qu'il s'éveillait en réalité sous un jour nouveau. La lumière était légèrement déclinante et teintée d'un rouge léger, car le soleil couchant baignait la soirée grecque d'une palette de couleurs sanguines qu'il avait toujours particulièrement appréciés. Il aimait son pays pour ça, ses magnifiques couchers de soleil. Pas seulement pour ça, certes, mais c'était quand même une qualité non négligeable.

Soudain, Aiolia fronça les sourcils. Un bruit étrange sur sa droite lui arrivait jusqu'aux oreilles et, lorsqu'il tourna la tête, il vit Dohko de la Balance confortablement allongé sur son lit aux draps vert clair, et qui ronflait de bienêtre, la bouche grande ouverte. Malgré lui, le Lion sourit. Etait-ce cela qui l'avait réveillé ?

- Milo, retourne te coucher tout de suite ! s'écria une voix pleine de colère.

Apparemment non. Aiolia dressa le cou autant qu'il put, et se rendit compte alors seulement qu'il ne ressentait absolument plus aucune douleur. Son corps semblait avoir de nouveaux plongé dans cette inertie insensible et lourde. Et tant mieux.

C'est alors qu'il vit son ami de toujours Milo, le solide, l'inébranlable Milo, marcher d'un pas trainant en se soutenant sur une longue barre de fer à roulette à laquelle pendait une poche en plastique exactement semblable à la sienne. Et il sourit. Hormis le fait que le Scorpion soit vêtu d'une robe blanche à pois verts particulièrement horrible, il semblait sain et sauf. Quant à sa façon de marcher, à la fois prudente et pressée, c'était on ne peut plus pittoresque. Il plaçait chacun de ses pas l'un devant l'autre avec d'extrême précaution, et Aiolia crut, à voir cette démarche singulière, que la perfusion de la poche n'était pas relié à son bras, mais directement branchée entre ses fesses. Malgré lui, il pouffa de rire. Il s'apprêtait à héler son ami lorsque le jeune médecin arriva près de celui-ci, apparemment très en colère.

- Ne m'oblige pas à te trainer comme la dernière fois ! s'écria-t-il en croisant les bras pour se donner plus d'autorité.

Mais Milo ne daigna même pas lui adresser un regard, et se contenta de répliquer :

- Nan, j'en ai marre de pisser dans un tube, je vais au chiotte !

Le jeune homme ferma les yeux et s'exhorta à la patience en prenante une longue et profonde inspiration. Il rouvrit les paupières et s'apprêtait à répliquer lorsque le téléphone de son bureau sonna. Il tourna la tête dans sa direction, revint rapidement à Milo qui continuait d'avancer contre vents et marrées, puis soupira et s'en fut en déclarant :

- Comme tu veux ! Mais si t'arrache encore ta perf' compte par sur moi pour te la remettre !

Il entra dans le bureau qui se trouvait non loin, et sa voix, étouffée par les fines cloisons de la pièce, parvint tout de même à Aiolia, qui ne put malgré tout saisir les mots. De toute façon il s'en fichait, comme de se souvenir du prénom de ce garçon dont il se fichait désormais. Dans un sourire, il appela son ami avec énergie :

- C'est toujours plus douloureux que ça en a l'air, hein ?

Puis il rigola. Vivement, Milo se tourna soudain dans sa direction en souriant. Malheureusement, la barre en métal à roulette dont il se servait comme appui ne suivit pas le mouvement et continua de rouler docilement en avant. N'ayant pas assez de force pour la retenir, Milo ne put que la suivre et Aiolia, toujours sagement allongé dans son lit, vit son ami glisser lentement tout en tentant de retenir l'objet malfaisant, sans succès. La chute fut longue et lente, exprimée ainsi par le très courageux Milo du Scorpion :

- Ah ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaah je gliiiiiisse !

Pour finir, elle fut douloureuse. Dans un bruit à la fois sourd et métallique, Milo heurta le sol et s'étala de tout son long sur le linoléum blanc. Aiolia s'esclaffa alors sans pouvoir s'en empêcher et partit dans un fou rire à la fois nerveux et soulagé, alors que son pauvre ami gémissait, le nez sur le sol :

- Aaaaaaaaaaah ! J'ai mal …

Riant toujours, le Lion vit le jeune médecin surgir de son bureau et courir vers Milo en jurant. Avec force et souplesse, il l'aida à se remettre debout en pestant contre lui parce que sa perfusion s'était encore détachée.

- J'en ai vraiment plein le dos de tes bêtises ! Ça ne t'a pas suffi de te prendre la porte en pleine poire hier, il a fallu que tu recommences aujourd'hui ! s'écria-t-il avant de relever ses yeux verts sur Aiolia, qui riait toujours à gorge déployée. Et ça te fait rire toi ?

Ses abdominaux se contractant à cause de son hilarité, le Lion sentit une douleur aigu traverser son ventre pour remonter brusquement dans ses pectoraux et ses bras, et le faire souffrir cruellement. Il s'arrêta alors et siffla de douleur, le visage crispé.

- Tiens bien fait ! lança le jeune homme en soutenant Milo jusqu'à son lit.

Les sourcils froncés et les dents serrées, Aiolia lutta contre la souffrance traitresse qui lui faisait monter les larmes aux yeux. De sa main droite, il avait attrapé les draps et les serrait fermement jusqu'à ce que sa main en tremble, puis il concentra son attention sur ce jeune médecin autoritaire qui replaçait efficacement un Milo baragouinant des excuses et des plaintes dans son lit. Dans ses souvenirs, il ne se souvenait pas que ce garçon – dont il ne se rappelait toujours pas du nom ! – possédât une telle force de caractère.

Soudain lui vint une question qu'il ne s'était pas encore posé depuis qu'il était revenu au Sanctuaire : combien de temps s'était-il écoulé entre leur mort à tous et leur retour ici ? Il tenta d'en juger par lui-même en fixant, comme si cela pouvait l'aider, le visage et les expressions du jeune homme qui accomplissait très bien son devoir de médecin, mais il réalisa alors qu'il n'avait pratiquement aucun souvenir de lui, car il n'y avait en réalité jamais prêté une grande attention.

Il se rappelait très bien de lui comme étant un compagnon silencieux de Seiya, efficace comme Chevalier bien qu'incroyablement sensible, mais pas exceptionnellement puissant ni sage. Un combattant accompli et utile qui n'avait jamais vraiment fait parler de lui, pour autant qu'il sache. Il décida donc de faire le tri par élimination, mettant de côté cette douleur qui ne voulait pas le quitter.

Le premier nom qui lui vint à l'esprit fut Hyôga mais, pour autant qu'il sache, celui-ci était blond, et s'il s'en était souvenu avec une telle aisance c'est surtout parce qu'un jour, Milo s'était vanté d'avoir couché avec lui. Il l'élimina donc d'office, ainsi que les deux suivants : il se rappelait de Shiryu car celui-ci avait été l'élève assidu de Dohko, et de Seiya parce qu'il l'avait connu étant enfant. Il se rendit compte alors qu'il lui manquait deux noms, dont celui du jeune homme qui replaçait à gestes efficaces et précis la perfusion dans le bras du Scorpion.

- Et maintenant tu restes tranquille ou je te pète une jambe ! lança-t-il avec véhémence.

- Mais j'ai envie de faire pipi, se plaignit Milo en rejetant les couvertures avec rage.

- Attend quelques secondes que je replace le cathéter. **

- Nan !

S'en suivit une lutte mémorable entre le Chevalier du Scorpion et son médecin qui abdiqua finalement de peur de faire mal à son patient. Assit sur son lit, les jambes remontées sur le torse, Milo braquait sur son bourreau un regard perçant plein de mise en garde. Le jeune homme soupira, se frotta les paupières, puis dit à contrecœur :

- Comme tu voudras, mais enfile au moins des chaussons pour éviter de glisser.

Aiolia le suivit du regard alors que la sourde douleur de son corps disparaissait très lentement. Le jeune homme repartit dans son bureau et reprit le téléphone.

- Je craque, déclara-t-il fatigué, il me faut des renforts !

Lentement, Aiolia leva le bras droit pour caresser le bandage qui enserrait son torse. Ses plaies sensibles lui envoyèrent un message de douleur aigu qui le fit grogner. En face de lui, légèrement sur sa gauche, Milo tenta de nouveau de se mettre debout. C'est alors que la voix de Dohko, tiré de son sommeil par la chute malencontreuse de son compagnon du Scorpion, retentit dans la grande salle blanche et silencieuse :

- Tu vas arrêter de faire chier ton monde toi ? Reste allonger.

- Nan, répliqua aussitôt Milo en se mettant laborieusement debout, je suis resté enfermé dans une cage je ne sais combien de temps, je n'ai pas envie de rester allongé, et je veux voir comment va Camus.

Face à cette raison, Dohko conserva le silence. Quant à Aiolia, il se garda bien de répliquer. Cette amitié qui existait entre le Scorpion et le Verseau, à la fois étroite et réservée, ne lui avait jamais vraiment plut. Les deux hommes étaient aussi différents que le soleil et la lune, ou la glace et le feu. Ils n'avaient rien en commun, n'aimaient absolument pas les mêmes choses, se tapaient souvent sur le système et passaient plus de temps à se crêper le chignon qu'à passer de véritables bons moments ensembles. Mais ils étaient amis, et Aiolia avait dû faire avec ça. Lorsqu'ils se disputaient, Milo passait son temps à se plaindre et à affirmer haut et fort que rien n'était de sa faute, et Camus refusait obstinément d'adresser la parole à quiconque tant que Milo ne s'était pas excuser, tout en tenant Aiolia pour responsable de ces disputes ; c'était du moins ce qu'il en ressentait.

En réalité, ce qui exaspérait autant le Lion, c'est qu'il n'avait rien pu faire contre cette amitié étrange. Pire, il n'avait rien vu venir. Lorsque Camus était arrivé, il ne parlait à personne et regardait tout le monde de haut. A cette époque, il était arrivé à Milo de s'absenter plus que de coutume, mais puisqu'Aiolia entamait une relation poussée avec Marine de l'Aigle, cela ne lui avait pas déplu, bien au contraire. Seulement un jour, il avait remarqué que Camus était devenu bien plus loquace grâce au Scorpion. Depuis, il faisait partie intégrante des douze, mais ses fréquentes disputes avec Milo en exaspérait plus d'un.

Comme l'affirmait énergiquement ce dernier, il n'y avait que de l'amitié entre eux, rien de plus, même si Aiolia se doutait bien que Milo aurait aimé aller plus loin dans leur relation. Mais il avait comme un doute sur la sexualité de Camus, persuadé même que celui-ci était profondément hétéro, mais le Scorpion semblait vouloir persévérer. Du moins, c'est ce qu'il ressentait, même s'il s'offusquait souvent en répliquant qu'il ne s'intéressait absolument pas à Camus de cette façon. Aiolia en était bien moins sûr, mais il avait depuis longtemps décidé de ne plus s'occuper des petites amourettes de son camarade. Il avait déjà bien assez à faire avec Mû.

Lorsque ce nom revint dans son esprit, Aiolia ouvrit la bouche de stupeur. Il n'avait pas repensé au Bélier depuis qu'il s'était réveillé la première fois dans l'infirmerie du Sanctuaire, malgré la colère qu'il avait ressenti lorsque la reine des Amazones l'avait emmené. D'ailleurs, Mû lui avait-il seulement échappé ?

Pris d'une soudaine panique à l'idée que son compagnon ait pu rester bloqué là-bas, il tenta de remuer, bien décidé à imiter Milo pour retrouver le Bélier. Mais, les yeux écarquillés, il réalisa alors que ses jambes, totalement insensibles, refusaient de bouger, tout comme son bras gauche. Sa respiration se fit alors plus rapide et plus inquiète. Il était paralysé ? Pourquoi ? Un frisson de stress intense parcourut son corps et se répercuta dans ses plaies à vif. Il siffla de douleur et s'arc-bouta légèrement, les yeux fermés.

- N'essaie pas de bouger, lui dit Dohko avec calme, toi et Aphrodite êtes les plus touchés.

Aiolia rouvrit les yeux et les riva dans ceux de la balance. Il vit alors que son visage était rouge de coup de soleil et avait pelé par endroit. Avait-il lui aussi si piètre allure ? Il leva alors le bras droit et caressa son visage avec réticence. Quelques croutes dures apparurent sous ses doigts, sur ses joues, ses lèvres, son front et son menton. Foutues Amazones !

- Lui il n'a pas fait de choc septique, reprit Dohko dans un murmure, ses plaies n'étaient pas aussi infectées que les tiennes mais il est gravement défiguré apparemment.

- Comment tu sais ça ? parvint à grogner le Lion.

- J'ai demandé.

La discussion s'arrêta là. Aiolia laissa retomber sa main et fixa le plafond. Il n'avait pas envie de dormir, pas envie de réfléchir, pas envie d'entendre le souffle rauque de Milo qui parvenait enfin à son but. Il avait juste envie de hurler de colère et de frapper jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de lever le poing ! Mais bon, vu qu'il parvenait déjà à peine à le remuer, il prit son mal en patience. Il aurait sa vengeance, il le savait. Il se vengerait. L'erreur des Amazones avait été de le laisser en vie.

Le jeune médecin se matérialisa brutalement devant lui, et lui demanda, le sourire aux lèvres :

- Je vais nettoyer tes plaies avant que le soleil ne se couche, pour que la fièvre ne remonte pas dans la nuit. Tu te sens d'attaque à le supporter ou je t'anesthésie ?

- Une anesthésie générale ? renchérit Dohko en se redressant dans son lit. Ce ne serait pas trop risqué vu son état ?

- Non, je ne crois pas.

Les yeux vert lumineux se braquèrent dans ceux d'Aiolia, qui fronça les sourcils. Cette puissance et cette assurance qu'il lisait dans ce regard d'émeraude était en train de l'énerver, lui, un Chevalier d'Or cloué au lit à cause d'une femme un peu trop teigneuse.

- Ça fait des jours qu'il m'inquiète à faire des poussées de fièvre, reprit le jeune homme dans un sourire, mais là … je ne sais pas … à voir ses yeux, on a l'impression qu'il a bouffé du lion !

Dohko pouffa de rire alors qu'Aiolia répliquait d'un air mauvais :

- Aha, très drôle.

- Alors ? redemanda le jeune médecin, les mains sur les hanches.

Aiolia ignora royalement la question, se contentant d'en poser une autre :

- Comment va Mû ?

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de réfléchir et de peser le pour et le contre. Puis il sourit de nouveau innocemment, et tourna la tête d'un quart vers la gauche. Il y eut un léger bruit de pas, un mouvement, et Mû du Bélier franchit la frontière visuelle d'Aiolia, toujours étendu dans son lit. Son cœur manqua un battement et un soupir de soulagement lui échappa.

Mû lui sourit timidement en s'approchant à pas mesurés et prudents. Lui aussi portait la blouse des patients, ses traits étaient tirés et il semblait avoir maigri. A première vue, il ne souffrait de rien de trop grave, mais son visage portait deux hématomes violets et on distinguait la brûlure sanglante d'un lien ayant enserré fortement son cou. Il s'arrêta près d'Aiolia, lui prit la main gauche et s'assit doucement sur le bord de son lit.

- Je vais bien, lui dit le Bélier d'une voix fragile et enrayée, mais toi, t'a morflé apparemment.

- Je ne sens pas ta main, se contenta de répliquer Aiolia dans une colère sourde.

Son compagnon n'en sembla pas plus perturbé. Il se tourna vers le jeune homme toujours derrière eux et demanda :

- Il a fait une résistance à la pénicilline ?

- Oui. Pas au début, mais après deux chocs septique, son infection a augmenté, l'antibiotique devenait inactif et j'ai dû lui injecter de l'acide clavulanique.

Aiolia fronça les sourcils, et Mû se tourna vers lui, souriant d'un air rassurant.

- C'est un inhibiteur d'enzyme, ça aide la pénicilline à agir. Mais, dans certains cas très rare, ça provoque aussi une paralysie temporaire des membres en cas d'allergie légère. Une fois que ton organisme l'aura totalement éliminé, et si on n'a pas à t'en réinjecter, tu pourras de nouveau bouger. Rassuré ? *

- Ouais, répliqua Aiolia d'un air bougon, mais j'ai pas dit que j'avais peur.

Mû s'autorisa un sourire plus sincère qui irrita davantage son compagnon. Celui-ci détourna le regard, légèrement vexé, mais sentit les lèvres de Mû toucher délicatement sa joue à la peau râpeuse et encroutée de brûlure en voie de guérison. Un murmure chaud chatouilla son oreille :

- J'ai eu peur pour toi …

Leurs yeux se rencontrèrent et Aiolia sourit d'un air rassurant. Au même moment, brisant ce doux moment de retrouvailles, la voix de Milo retentit depuis l'autre côté de la pièce.

- Shun ! La bouteille de Camus est vide, et il a soif.

- J'arrive, lança le jeune homme en se dirigeant vers le lit du Verseau.

Aiolia le suivit du regard, le temps que son cerveau enregistre l'information qui venait de lui être donné, puis il revint à Mû.

- Il s'appelle Shun ? demanda-t-il dans un murmure, pour ne pas que le garçon l'entende.

Mû arqua un sourcil, incrédule et inquiet, alors que Dohko se rapprochait légèrement d'eux.

- Oui, répondit alors le Bélier après quelques secondes de silence, tu ne te rappels pas de lui ?

- Mais si, répondit aussitôt Aiolia, exaspéré. J'avais oublié son nom c'est tout.

Maintenant qu'il s'en souvenait, tout lui revint naturellement. Le garçon s'était présenté à Mû juste après la bataille du Sanctuaire qui leur avait permis de se rencontrer, pour lui demander de le former à être médecin. Mû étant celui du Sanctuaire, il possédait d'importantes connaissances médicales propres aux Chevaliers – qui, n'étant pas des hommes comme les autres, n'avaient pas forcément besoin des mêmes soins – et le Bélier avait accepté. Depuis, et ce malgré les autres batailles qui avaient réclamé son attention, Shun avait été un élève assidu, à qui Mû n'hésitait plus à confier des tâches importantes, tel que : s'occuper seul des treize malades qui occupaient en ce moment son infirmerie.

Comme par hasard, lorsque Shun avait commencé à apprendre près de Mû, lui et Aiolia sortait ensemble depuis peu. Alors, chaque fois que le Lion se rendait à l'infirmerie pour rendre visite à son amant, venir le chercher pour une soirée et une nuit à deux, ou simplement par satisfaire une brusque pulsion sexuelle dans son bureau privé – ce qu'il adorait particulièrement, cela dit en passant – et bien le garçon était là.

Malgré cela, bien qu'il se souvienne de ça, Aiolia ne gardait pas de souvenir particulier de Shun. Il n'était qu'une présence discrète et timide à laquelle il n'avait jamais prêté attention. Pas étonnant alors, qu'il ne se souvienne pas de son nom.

Mais le regard inquiet et sérieux que Mû braquait sur lui commençait sérieusement à l'asticoter.

- Quoi ? demanda-t-il brusquement.

- Il y a autre chose dont tu aurais du mal à te souvenir ? demanda aussitôt son amant.

Enervé, Aiolia grogna. Le Bélier se pencha alors sur lui et lui murmura à l'oreille :

- Et le petit nom que tu me donnes quand on est tous les deux, tu t'en souviens ?

Le Lion fronça les sourcils et se renfrogna davantage, pas le moins du monde amusé.

- Je ne t'ai jamais donné de petit nom, imbécile, répliqua-t-il d'un air bougon.

Rassuré, Mû sourit et se redressa, serrant toujours la main gauche de son compagnon. Tout près, Dohko pouffa de rire et se rallongea.

- Pas de doute, il a toute sa tête t'as pas à t'en faire, déclara-t-il amusé.

Mû rit à son tour, mais Aiolia resta de marbre. Il ne trouvait pas ça particulièrement drôle. Et puis le silence s'installa. Un silence lourd et pesant, qui mit le Lion mal à l'aise. Qu'aurait-il pu dire d'autre ? Raconte-moi ce que t'as subi avec la reine ? Alors, ces vacances ? Brutalement, Aiolia se rendit compte que ce qu'ils avaient vécu venait de dresser un mur entre eux, un mur fragile qu'il pouvait encore faire tomber en trouvant les bons mots, mais seulement s'il s'y prenait à temps.

Il se décarcassa autant qu'il put. Que dire ? Il n'avait jamais été doué pour ça. Aiolia n'était pas quelqu'un de particulièrement à l'aise avec les mots, sauf quand il s'agissait de râler ou de raconter des idioties avec son ami Milo. En ce qui concernait les excuses, il préférait les actions aux paroles, comme par exemple un bouquet de fleur pour une femme – toujours efficace quand on l'offre en fixant ladite femme dans les yeux – ou un long baiser brûlant et entreprenant pour un homme – car un gay, dit-on, pense au sexe toutes les neuf secondes.

Mais là, fatigué, usé et rongé par la colère et la douleur, il avait vraiment du mal à savoir que faire. Peut-être la formule de Mû était-elle la bonne ? Aiolia prit une grande inspiration, encore hésitant entre la formule : tu m'as manqué, ou : j'ai eu peur pour toi. Il ouvrit la bouche, prêt à parler, lorsque Shun revint brutalement parmi eux, tirant derrière lui une plaqua à roulette sur laquelle trônait coton, flacon de désinfectant, bandeau propre et pincette. Ainsi qu'une seringue contenant très certainement l'anesthésiant, par précaution.

- Désolé de vous interrompre, lança-t-il énergiquement, je vais nettoyer tout ça. Tu veux participer ?

Mû ne réfléchit qu'une milliseconde et acquiesça en se redressant avec raideur, tandis qu'Aiolia s'apprêtait à protester. En réalité, il n'avait pas envie que son compagnon assiste à ça, qu'il voit son état humiliant et assiste à sa douleur. Mais il aurait encore plus honte de lui-même s'il suppliait le jeune médecin de le rendre totalement insensible par peur de souffrir. Aussi, lorsque celui-ci lui reposa la question :

- Alors, anesthésie ou pas ?

Il répondit non d'un bref signe de tête. Il était sur le point de prier Mû de partir lorsque ce dernier le devança.

- Tu devrais, déclara-t-il autoritairement, je ne sais pas si tu es en état de supporter la douleur.

- Bien sûr que si, répliqua Aiolia sur un ton qui n'admettait aucune discussion.

Mû et Shun s'entreregardèrent, le premier eut un bref geste désinvolte des épaules, et le deuxième commença à dénouer le bandage qui entourait le torse du Lion. Et celui-ci, rien que pour prouver à son amant qu'il supporterait ça, ne s'offusqua pas lorsque le jeune médecin attrapa une pincette et imbiba un morceau de coton de désinfectant à la forte odeur d'alcool.

Lorsque le tissu de la bande se souleva tout en frottant sa peau sensible, Aiolia serra les dents, plus encore lorsque l'air frais de la pièce fit frissonner les plaies à vif. Mû se pencha légèrement sur lui et scruta les blessures d'un œil expert.

- Elles sont propres, déclara-t-il en relevant le regard vers Shun, c'est du bon travail.

Le garçon sourit en guise de remerciement et commença ses soins. Une incroyable brûlure mis le corps et la résistance du Lion à rude épreuve et il siffla de douleur tout en serrant les draps avec force et en pensant : orgueil de merde !

Les minutes qui suivirent furent parmi les plus terribles de son point de vu, mais il serra les dents et encaissa courageusement. Les Amazones avaient tenté de le briser, de transformer le lion en chaton, mais il était difficile de faire d'une tête brûlée un animal obéissant et fragile. Et puis Aiolia était bien décidé à prouver à tous dans cette salle que ces maudites femmes guerrières n'avaient pas réussi à le faire plier. Il n'était pas brisé, il était encore maitre de lui-même et de son corps, et il n'avait pas envie que Mû, ou bien encore Dohko, Milo et Shun, le voit comme un faible qui souffrait le martyre et n'était pas capable de prendre sur lui pour dominer sa souffrance. Il allait leur prouver qu'il était revenu de cet enfer, non pas affaibli, mais plus fort qu'il ne l'avait jamais été ! Et c'est tout en se répétant : orgueil de merde ! Qu'il prit son mal en patience et laissa Mû et Shun nettoyer ses plaies.

C'est alors que Milo s'approcha d'un pas trainant, accroché à la barre à roulette de sa perfusion comme si sa vie en dépendait, s'arrêta aux pieds du lit de son camarade du Lion et déclara dans une grimace :

- La vache ! C'est dégueulasse !

- Retourne te coucher ou je te remets le cathéter, toi ! s'écria Shun en pointant sa pincette sur le Scorpion.

Il y eut un bruit de chute, puis un gémissement de douleur et un cri de colère. Shun laissa retomber son outil sur la plaque en fer où reposaient encore les cotons, les flacons et la seringue, et se dirigea à pas vifs et raides vers un Milo aux jambes empêtrés dans le fil de sa perfusion et la barre en métal. Mais Aiolia était bien trop occupé à lutter contre un mal au cœur fulgurant provoqué par la douleur pour faire attention aux singeries de son camarade du Scorpion.

- T'es pas possible hein, lança le jeune médecin en aidant le pauvre Scorpion à se redresser, je te remets dans ton lit et tu as intérêt à y rester !

- Mais euh …

- Y'a pas de mais qui tiennent, allonges-toi et arrêtes de n'en faire qu'à ta tête ! Regarde, t'as encore arraché ta perf'. Tu m'énerves ! Tu m'énerves tu m'énerves !

- Attention les gars, on en est à trois répétitions là, il est vraiment énervé ! rigola Dohko en tentant de paraitre discret.

Malheureusement, en plus d'avoir développé un caractère on ne peut plus prononcé, Shun semblait aussi avoir l'ouïe fine. Soutenant fermement Milo avec une force incroyable pour son petit gabarit asiatique, il pointa un doigt rageur sur la Balance et lança :

- Ne commences pas toi !

- Oui chef, affirma Dohko sans se départir de son sourire.

- J'ai mal au doigt de pied, gémit Milo en claudiquant pathétiquement.

- Ça t'apprendra à faire l'andouille, renchérit Shun avec humeur.

Aiolia rouvrit les paupières en entendant Mû pouffer de rire. Il braqua ses yeux bleus limpides dans les siens pour capter son regard, ouvrit la bouche pour parler mais son corps s'arc-bouta avec raideur et il se tut.

- Désolé, s'excusa Mû avec sincérité, j'ai trop appuyé. Ça va ?

Le Lion acquiesça sans dire un mot alors que son compagnon changeait de coton. Il l'imbiba d'une lotion orangée odorante et se pencha sur le torse meurtri. Aiolia sentait qu'il devait dire quelque chose. Parler. Dire n'importe quoi. Fragilisé ce mur nouveau entre eux, le faire tomber.

Mais, alors qu'il prenait la décision d'ouvrir de nouveau la bouche, ses yeux se posèrent sur les traces rouges et gonflés qui balafraient le cou de Mû. Encore une fois, il ne prit pas la peine d'aller jusqu'au bout et se tut, le regard baissé. Il remarqua alors que les poignets du Bélier portaient également des traces de liens. Il ignorait évidemment ce que son amant avait dû endurer entre les mains de la reine des Amazones, mais il commençait à se faire une idée.

Les yeux verts de Mû suivirent son regard, et il retira son bras de son champ de vision avec rapidité, comme s'il avait peur de se brûler. Il sourit nerveusement et Aiolia, toujours muet, se sentit affreusement bête. Il garda le silence. Les secondes s'écoulèrent. De l'autre côté, on entendait Shun pester contre un Milo geignant et repentant, alors que Dohko était pris de rires convulsifs.

- Désolé, murmura Mû sans oser croiser son regard, c'est que … c'était …

Avec horreur, Aiolia vit ses yeux verts se mouiller de larmes et la honte afflua en lui comme un torrent de culpabilité. Sans la commander, il sentit sa main droite bouger et ses doigts vinrent tendrement caresser l'avant-bras du Bélier. Celui-ci n'eut d'abord aucune réaction, puis il tourna lentement son regard vers lui et sourit doucement. Ils s'entreregardèrent un instant, puis le Lion tenta de se redresser légèrement.

- Hey, murmura-t-il en attirant son amant vers lui, ça va aller. Viens là.

Il n'était sûr de rien, bien évidemment. Comment aurait-il pu savoir que tout irait bien ? Tout dépendait de la façon dont leurs camarades les avaient tirés de là. S'ils avaient attaqué les Amazones pour les réduire au silence et les récupérer sains et saufs, alors il n'y avait plus aucun danger et les femmes guerrières ne tenteraient plus quoi que ce soit. Mais, s'ils avaient simplement conclus un accord avec elles pour les sortir de leurs cages, alors elles n'en resteraient pas là, c'était évident.

Mais à cet instant, Mû avait seulement besoin d'être rassuré et Aiolia n'avait pas réellement envie de penser à tout cela. Ils s'approchèrent encore l'un de l'autre et leurs lèvres se touchèrent dans un léger baiser. Ils étaient vivants, et en cet instant, c'était tout ce qui comptait.

De tendre, l'échange devint plus brûlant lorsque leurs langues se mêlèrent et Mû s'approcha davantage. Il posa sa main sur le bras gauche toujours insensible et inerte d'Aiolia, mais cela réveilla en lui une douleur insupportable et il poussa un grognement rauque étouffé par le baiser. Le Bélier se redressa alors en un éclair, et déjà, un sang frais imbibait le bandage qui enserrait le biceps.

- J'suis désolé ! s'exclama le Bélier alors qu'Aiolia contractait son bras de douleur.

Dans sa souffrance, il réalisa que son membre engourdis avait retrouvé de sa mobilité. Son compagnon contourna le lit pour s'approcher de la blessure en se répandant en excuses sincères.

- C'est pas grave, parvint à gémir Aiolia.

- Bouges pas, reprit Mû sans prendre garde à ses paroles, je vais regarder ça.

D'un geste expert, il dénoua le bandage et le retira soigneusement. Une blessure béante, qui s'ouvrait sur la chair et les muscles, se révéla alors et le Lion détourna le regard en sentant son estomac vide se contracter de dégoût.

- Nom de ! s'exclama Mû en attirant à lui le plateau en fer abandonné par Shun. C'est pas vrai … c'est horrible … comment t'as fait pour supporter ça ?

- Je ne le sentais pas, grogna Aiolia.

- Je vais m'en occuper.

Le Bélier reprit sa pincette et l'approcha de la plaie. Le blessé ferma les yeux alors qu'une douleur aigue à l'odeur entêtante d'alcool lui vrillait la tête. Des pas s'approchèrent et il entendit la voix de Shun qui disait :

- C'est sa blessure la plus grave, il manque totalement un bout de muscle. Je n'arrive pas à la refermer.

- Il va très certainement falloir greffer, répliqua Mû vivement, le coup de fouet à déchirer la peau et le biceps.

- Le coup de fouet ?

Aiolia rouvrit les yeux pour braquer sur Shun un regard brûlant et le mettre au défi de continuer. Ils se regardèrent alors que, les dents serrées, le Lion était sur le point de tourner le l'œil. Le garçon s'adoucit et s'approcha de lui.

- Tu veux plus de morphine ? demanda-t-il doucement.

D'un geste vif de droite à gauche, Aiolia refusa. Mû lui lança un regard mais se garda bien de répliquer, ce qui ne fut pas le cas de Shun.

- C'est courageux mais stupide, déclara-t-il sans peur.

- J't'ai rien demandé, répliqua Aiolia avec fureur.

Il avait mal, et il était en colère. Il était incapable de se lever, cloué au lit par ses blessures alors que Mû et Milo pouvaient déjà se mettre debout. Et il n'y avait rien de plus rageant que de se sentir aussi faible. Cette fois, Shun se tut et détourna les yeux, l'expression indéchiffrable, puis tendit la main vers la pincette qu'il avait laissé sur le plateau.

- C'est pas juste ! s'écria alors Milo depuis son lit. Si moi j't'avais dit ça, je me serais pris trois baffes !

- La ferme, renchérit Shun en roulant des yeux d'un air dépité.

Le Scorpion grommela, mais ses propres étaient incompréhensibles. Aiolia sentit sa colère se muer en rage. Il avait raison. D'après ce qu'il en avait vu, Shun avait été assez dur avec Milo, mais simplement parce que celui-ci pouvait le supporter. Parce qu'il était assez fort. Dans un grognement d'effort douloureux qui assombrit brièvement sa vue, le Lion redressa la tête et adressa à Shun un regard plein de haine.

- Ta pitié tu peux te la garder ! lança-t-il d'une voix rauque.

Mû releva la tête, les yeux écarquillés de stupéfaction, et Shun se figea. Derrière le Bélier, Dohko s'approcha légèrement d'eux en tendant l'oreille, curieux d'entendre la suite. Il y eut quelques secondes de battement durant lesquelles Shun et Aiolia ne se quittèrent pas des yeux, puis le garçon jeta violemment sa pincette sur le plateau et s'en fut à grands pas sans dire un mot. Milo se tassa sous sa couverture et le regarda partir en clignant des yeux. Silence dans la salle.

- Ça ne va pas ! s'offusqua soudainement Mû dans un murmure parfaitement audible. Il t'a sauvé la vie je te rappels !

Dans sa colère légitime, il sera davantage le bras gauche meurtri d'Aiolia qui retint de justesse un cri de souffrance en s'arquant et en se mordant la lèvre inférieure. Le Bélier le relâcha mais ne prit pas la peine de lui présenter des excuses. Il le fixa sans un geste ni un mot alors que le Lion luttait pour garder conscience et papillonnait des yeux pour éclaircir sa vision trouble. D'autres secondes s'écoulèrent, toujours dans le plus grand silence, puis Mû reposa sa pincette avec douceur et s'approcha de la poche de morphine.

- J'augmente légèrement, déclara-t-il avec froideur, tiens-toi tranquille c'est presque fini.

Puis il reprit ses soins. Aiolia parvint à retrouver une respiration rauque mais plus ordonnée, et entendit clairement son amant lui chuchoter à l'oreille :

- T'as intérêt à t'excuser.

Un simple grognement lui répondit, mais ce n'était pas faute de volonté ni de mauvaise humeur. Aiolia avait simplement trop mal pour ouvrir la bouche, de peur de laisser échapper un cri de douleur. Mais il connaissait bien son compagnon après plusieurs années de proche intimité, et savait ce que ce ton voulait dire : qu'il allait devoir obéir sous peine de souffrance et de punition.

Un bref instant, le Lion en vint à regretter sa cage sous le soleil, là où il était encore libre d'envoyer balader les autres comme bon lui semblait. Mais ce fut vraiment très bref.


Coucou c'est moi ! Alors, première précision :

* Il n'est précisé nulle part qu'une légère allergie à l'acide clavulanique existe, et auquel cas provoque une très légère paralysie générale, je l'ai inventé pour le bien du chapitre, et je m'en excuse ! Mais toute cette histoire de résistance à la pénicilline, elle, elle est véridique je le jure ! J'ai fais des recherches en écrivant =)

** Je ne peux pas vous assurer à 100% que cette sonde s'appelle un cathéter, mais je trouvais le mot sympa, et je n'ai pas réussi à trouver, même en cherchant. Alors si c'est faux, je m'en excuse également ^^

Voilà ! Bon, comme la plupart l'avais deviné, ce mystérieux médecin aux yeux verts était bien Shun, j'avoue que je ne me suis pas foulé pour en faire un gros gros mystère mais bon, ça n'était pas le principal non plus XD

Comme je vous avais prévenu, ce chapitre n'est pas particulièrement excitant mais nécessaire, après ce qu'ils ont vécu, les Chevaliers d'Ors doivent reprendre des forces, passage obligé. J'en ai profité pour approfondir la relation Aiolia/Mu, et détendre un peu l'atmosphère avec Milo (j'suis assez à l'aise avec lui quand il s'agit de faire des conneries XD) En tout cas, j'espère que vous aimez le caractère adulte que Shun a développé ! Il est assez différent de celui que j'ai décris dans "Rédemption", mais si je devais chaque fois me servir des mêmes personnages avec les mêmes caractéristiques se serait un peu rébarbatif non ? En tout cas moi je l'aime bien, et j'ai hésité longtemps avant de faire de lui ce qu'il est (s'il vous exaspère un peu, ne vous en faites pas, en réalité il n'a pas tant changé que ça XD : Gabie ou l'art de se contredire 0o)

Bref ! Euh ... voilà. Dans le chapitre 8, que j'ai terminé d'écrire hier, vous obtiendrez quelques réponses à quelques questions, mais faudra attendre la semaine prochaine ! Là je vais écrire le chapitre 9 ^^

Bisous tout le monde, et merci à toutes pour vos reviews !