Le Relativity émergea cette fois de la brèche sans s'être fait secoué. Ce qui augurait bien. Sur l'écran, on ne voyait que l'espace, il n'y avait pas de planète en vue et surtout, pas de vaisseau.
- Statut, demanda Braxton.
- Nous avons atteint la bonne date, cette fois.
- Très bien. Maintenant, scannez pour les déplacements temporels.
L'officier obtempéra, puis au bout d'un moment, il soupira bruyamment.
- Capitaine, dit-il enfin, c'est impossible, le taux de déplacements temporels est exponentiel. Je n'ai jamais vu ça. C'est comme si tous les voyageurs du temps s'étaient donnés rendez-vous à cette époque.
Braxton se leva et regarda l'écran. Il se retenait pour ne pas laisser éclater sa colère. Myriam pouvait voir une veine gonflée sur son font et elle devinait que le moment n'était pas bien choisi pour faire un commentaire. Plus elle travaillait avec ce Braxton, plus elle appréciait son capitaine, beaucoup plus à l'écoute, et surtout, beaucoup moins colérique. Elle avait bien sûr ses « moments », comme tout le monde, mais rien à voir avec ce visiteur du futur.
Braxton fit volte-face et regarda Myriam en face.
- Commandeur White, comment avez-vous eut cette date? Qui vous a dit que Léa Roberge se trouvait en cette année?
- C'est compliqué.
Braxton continuait à faire preuve de retenue, mais elle sentait qu'il était sur le point d'éclater.
- Il me faut plus d'information, sinon nous ne la retrouverons jamais! Le moindre indice pourrait nous être utile.
- D'accord, dit-elle. C'est Q qui me l'a dit.
La mâchoire inférieure du capitaine Braxton retomba et il s'assit sur son fauteuil, complètement découragé.
- Vous auriez dû me le dire plus tôt.
- Vous… vous savez qui il est.
- Je suis un capitaine. Ça fait des siècles que nous sommes informés de son existence.
- Ils devraient aussi informer les premiers officiers, maugréa-t-elle, ça éviterait les mauvaises surprises.
Braxton ne releva pas son ton ironique.
- Avec Q, on n'est jamais sûr de rien. Peut-être qu'il nous aide, peut-être qu'il nous teste, peut-être qu'il se moque de nous.
- J'opterais pour le troisième choix, dit-elle avec humour.
- Il ne vous a vraiment rien dit d'autre?
Elle allait répondre quand une console bipa.
- Capitaine, dit alors un des officiers, un vaisseau vient à notre rencontre avec une signature de Starfleet et il nous appelle.
- Sur écran.
- Nous n'avons que l'audio.
- Et bien, nous ne leur donnerons que l'audio aussi.
- Vous êtes en contact.
- Ici le capitaine Braxton…
- Capitaine Braxton, coupa une voix de femme qui sembla étrangement familière à White, livrez-nous votre prisonnière.
- Elle n'est pas ma prisonnière, dit-il. Qui êtes-vous?
- Nous sommes l'agence de surveillance inter-temporel. Vous êtes en violation des lois du temps en amenant à cette époque une femme du 24e siècle.
Myriam pouffa.
- Qu'y a-t-il de drôle?
- Je croyais que c'était vous qui faisiez la loi en matière de voyage dans le temps.
- Si c'était le cas, il ne vous aurait jamais pris à son bord, reprit la voix.
- Si vous pouvez détecter les infractions à votre loi du temps, vous devez bien être capable de détecter deux autres personnes de mon époque, dit alors Myriam, prenant tout à coup le contrôle de la conversation.
- Qui êtes-vous, demanda leur interlocutrice?
- Je suis le commandeur Myriam White, premier officier sur le USS Hawking, NCC-82594 de Starfleet, du 24e siècle. Et vous qui êtes-vous?
- Capitaine, coupa un des officiers, ils nous envoient la vidéo.
- Mettez-la sur écran.
Sur l'écran apparut alors une femme qui portait un uniforme noir et bleu, légèrement scintillants. Il s'agissait d'une femme d'une soixantaine d'année, aux cheveux gris, mais au visage toujours aussi reconnaissable.
- Je suis le Commodore Léa Roberge du USS Wells, contente de vous revoir, Myriam. Ça faisait longtemps.
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Kirt Jamar suivit le moine qui le guida jusqu'au sous-sol du bâtiment. Il descendit un escalier étroit et fut tout de suite surpris par une odeur d'humidité. Il marcha ensuite le long d'un petit corridor, éclairé par les mêmes lampes qu'il avait remarquées à l'étage. Au bout du petit corridor se trouvait une porte en bois, très anciennes. La surface de la porte était sculptée de motifs floraux, la poignée était en cuivre. Il savant qu'il devrait tourner la poignée et pousser la porte, même s'il n'était pas habitué à ce genre de porte. Il était étrange de trouver un objet si ancien, si loin dans le futur.
Il entra donc, pour se retrouver dans une pièce étonnamment vaste et éclairée qui détonnait avec le reste du bâtiment. Il s'agissait d'une chapelle si on se fie au banquettes qui s'enlignaient devant lui. Elle était brillamment éclairée par des tubes lumineux. À la place de l'autel se trouvait une boîte sur un socle. Le moine lui désigna la boîte.
- L'Orb est-il à l'intérieur, demanda Kirt?
Le moine hocha la tête et quitta la pièce en silence.
Kirt ravala sa salive et s'avança vers la boîte. Il remarqua que la boîte était beaucoup plus luxueuse que tout ce qu'il avait vu dans cette bâtisse et sûrement plus ancienne. Il tendit les mains vers les portent et les ouvrit. Un rayon de lumière s'en échappa.
Il se retrouva dans le corridor d'un vaisseau de Starfleet qu'il ne connaissait pas. Il croisa un homme portant le grade de capitaine. Ce dernier faillit lui foncer dedans, Kirt se tassa au dernier moment. Il poursuivit son chemin sans l'avoir vu. Kirt le suivit. Ils entrèrent dans l'infirmerie de ce vaisseau inconnu. Une femme avec l'uniforme bleue des officiers médicaux étaient penchée sur lit. Elle injectait quelque chose à un enfant d'environ deux ans. Personne ne remarqua la présence de Kirt.
- Docteur, je veux des réponses, demanda le capitaine.
- J'en ai quelques-unes.
- Quelle est la cause de la mort de l'équipage du USS Samouraï?
- C'est un virus extrêmement rare qu'on surnomme la peste rigelienne. On l'avait déjà vu en action sur la colonie de Cetus Alpha. Il a l'habitude de se dissiper aussi vite qu'il est apparu. Il n'y a pas de vaccins ou de remèdes connus.
- Y a-t-il un risque pour l'équipage.
- Non. Le virus n'est déjà plus actif.
Le capitaine se tourna vers l'enfant.
- Et le survivant?
- Kirt Johansen, âgé de 22 mois. C'est le fils de l'enseigne Peter Johansen, un ingénieur du USS Samouraï.
- Et sa mère, si elle n'était pas à bord, pouvons-nous la contacter?
- Sa mère a mystérieusement disparu après sa naissance. Elle était à demi Tellarite et les hybridations entre Tellarite et humain présentent un taux très anormal de maladie mentale. Tout porte à croire qu'elle a commis un geste désespéré, mais le corps n'a jamais été retrouvé.
Le capitaine soupira.
- C'est donc un orphelin. Comment a-t-il pu survivre à cette épidémie?
- La plus importante partie de son génome est humaine, mais c'est un hybride, il y a de bonnes chances que cette particularité l'ait protégée. Il faudrait séquencer son génome pour en être certain.
Le capitaine réfléchit.
- Je ne crois pas que ce sera utile, docteur. Dès que nous serons à la station spatiale 23, nous confierons cet enfant aux services sociaux, ils lui trouveront une famille.
Avant que Kirt ne comprenne pourquoi on lui montrait les événements les plus mystérieux de son passé, il se retrouva sur Tellar Prime, la planète des Tellarites. Il était poursuivi par un groupe d'enfant tellarites qui avaient l'habitude de s'amuser à ses dépends. Il avait trouvé la cachette idéale, dans le jardin, sous la fontaine, il y avait un petit creux, il était facile de s'y glisser. Il n'en bougea pas. Des adultes vinrent s'asseoir sur les bancs autour de la fontaine et il les entendit parler. Il reconnut ses parents adoptifs et un inconnu.
- Nous croyons qu'il serait préférable qu'il fréquente votre école.
- Mon école est éloignée, ce ne sera pas facile.
- C'est un humain, le seul de ce village, ce n'est déjà pas facile pour lui. Quand il ira à l'école, ce sera pire. Votre établissement est dans une ville où viennent les officiers de Starfleet et les employés de la Fédération, il y a beaucoup de diversité et beaucoup d'humains. Il sera plus facilement accepté.
L'homme sembla réfléchir.
- Puis-je vous demander comment vous avez réussi adopter un humain? Normalement, les services sociaux de la Fédération essaient de garder les orphelins dans des familles d'adoption de la même espèce.
- Nous n'étions pas certains de vouloir le prendre avec nous au début, dit sa mère, mais il n'y avait personne d'autre sur la liste d'attente pour l'adopter.
Le Tellarite hésita et rajouta.
- Kirt est le fils de ma demi-sœur.
- Vous voulez dire qu'il est en partie tellarite?
- Pas si fort, dit-il en baissant le ton! Il ne faut pas que les autres le sachent.
- Mais pourquoi, s'étonna l'humain?
- Chez nous, les hybrides sont mal vus, c'est un sujet d'opprobre. Ma sœur a vécu l'enfer. Kirt a l'air totalement humain et c'est mieux pour lui.
L'enfant, toujours caché, était encore trop jeune pour comprendre les implications de ce qu'il avait entendu. En fait, tout ce qu'il avait compris est qu'il irait dans une autre école, au loin, et il n'en aimait pas l'idée. L'adulte qui assistait à ce souvenir savait à quel point son passé était fait de secrets honteux.
Il était à nouveau dans la chapelle et refermait la boîte en se demandant combien de temps elle était restée ouverte. Il avait le sentiment d'y être depuis des jours.
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Myriam était visiblement éberluée, alors que Braxton se mettait encore en colère. Ce qui commençait à être ennuyeux.
- C'est une supercherie, s'écria-t-il!
- Commodore Roberge, comment être certaine que c'est vraiment vous?
- Je tiens d'abord à m'excuser, dit Léa. Je n'ai pas tenue ma promesse.
- Quelle promesse, demanda White?
- Je vous avais promis de vous raconter l'histoire de mon lien de parenté avec l'ambassadeur Picard. Je ne l'ai jamais fait.
Myriam se rappela alors une conversation qu'elle avait eu avec son capitaine peu de temps après s'être embarqué sur le Hawking. Léa tenait à aller accueillir un ambassadeur que le Hawking devait conduire vers un lieu de négociation parce qu'elle était parente avec lui, mais quand Myriam lui avait demandé plus de détails, Léa avait promis de tout lui raconter plus tard, ce qu'elle n'avait jamais fait. C'était bien Léa Roberge! Personne d'autre n'aurait utilisé une référence aussi nébuleuse pour prouver son identité.
- Je vous pardonne, dit Myriam en souriant, si vous me racontez tout maintenant.
- Aussi étrange que ça puisse paraître, commandeur, nous n'avons pas le temps pour ça. Tout ce que je peux vous dire, c'est que les rumeurs qui ont courues à ce sujet étaient exactes.
- Je m'en doutais, répondit-elle.
- Avez-vous fini de papoter, s'exclama Braxton! Nous avons une mission à accomplir.
- Vous avez raison, répondit Léa. Capitaine Braxton, vous et votre équipage êtes en état d'arrestation pour avoir volé le Relativity et avoir poursuivi vos activités de patrouille temporelle sans avoir reçu l'aval de vos supérieurs. Veuillez me livrer votre passagère et vous mettre aux arrêts. Nous remorquerons votre vaisseau au 29e siècle où vous serez jugés.
- Jamais, s'écria Braxton! Fermez la communication.
- Feu, cria Léa juste avant que la communication soit coupée!
Le Relativity fut secoué et au même moment Myriam sentit les picotements précurseurs d'une téléportation. Elle se retrouva sur une passerelle d'un autre vaisseau. Elle était derrière la console tactique et elle voyait, de dos, la version plus âgée de son capitaine donner des ordres aux autres officiers.
- Téléportation complétée, dit l'un d'eux.
- Levez les boucliers et préparez-vous à ouvrir une brèche vers le 29e siècle, nous devons y envoyer le Relativity coûte que coûte.
Le Wells fut secoué.
- Ils nous tirent dessus, les boucliers tiennent bon.
- Ouverture de la brèche en cours.
- Commodore, le Relativity vient d'entrer en distorsion.
- Poursuivez-le.
Le Wells fut encore secoué.
- Ils ont déployés des torpilles, comme des mines, sur leur sillage.
- Commodore, dit un autre officier. La torpille a endommagé les moteurs auxiliaires, nous sommes attirés par la brèche.
- Poussez les moteurs à fond.
- Aucun effet, si nous passons la brèche alors que la destination temporelle n'est pas atteinte…
- J'en connais les risques, lieutenant. Passez en distorsion tout de suite.
- Oui, commodore.
Le vaisseau se mit à vibrer avec force. Myriam s'accrocha à une console pour ne pas tomber. Puis tout devint calme.
- Nous quittons la distorsion. La brèche s'est refermée. Tout va bien.
- Parfait, s'exclame le commodore Roberge.
Elle leva de son siège et se tourna vers Myriam.
- Commandeur White, bienvenue à bord!
- Pouvez-vous m'expliquer ce qui vient de se passer?
Léa lui montra une porte adjacente à la passerelle.
- Venez dans mon bureau.
